Activités sportives : le dilemme du parent spectateur

Avez-vous déjà vu ces amusants petits panneaux, en bord des terrains de sport? Ces doux messages, destinés aux parents, qui rappellent les règles évidentes : ce match n’est qu’un jeu, l’enfant est là pour jouer, l’entraîneur n’est pas un punching-ball… J’en ai pris mille en photos, des affichettes du genre, amusée d’imaginer qu’il était nécessaire de brandir de telles consignes pour garder le parent au calme. Je veux dire…. Quel parent est vraiment du genre à trépigner en se mangeant le poing, au bord du terrain, les bras en moulinette désignant tantôt l’arbitre, tantôt l’enfant, dans un effort désespéré de rétablir de l’ordre dans cette partie dans laquelle personne ne semble mettre du sien? Qui sont ces parents, hein?

Moi. Moi, maintenant.

Je plaide coupable. Je ne prends ni la foule, ni l’entraîneur à témoin – bienséance oblige – mais l’interpellation de mon enfant se fait généralement en haut de l’octave, et sur tous les tons. Je trépigne tant que je laboure le terrain. Mon enfant conte fleurette au poteau du but alors qu’elle était censée jouer attaquant, on l’oublie trois fois de suite parce qu’elle triture sa gourde sur le bord du terrain, elle court droit devant, telle une Eugénie Le Sommer ou une Christine Sinclair, la foule criant déjà son nom… et elle évite soigneusement le but adverse pour continuer tout droit, loin là-bas, en direction des balançoires, entrainant dans sa course deux équipes entremêlées de fillettes fluettes hautement couettées et légèrement enragées.

Si, si… Si vous pensiez que les petites filles de 4 ans étaient toutes de douces créatures chantonnant À la claire fontaine à leurs poupons immaculés, vous n’avez jamais vu un match de soccer un lundi soir d’orage.

Mon enfant, c’est celle qui joue comme une pro. C’est celle aussi qui a inventé l’échelle négative dans le respect des consignes. Elle n’exécute pas, elle réinvente. Demandez-lui de faire une passe, elle vous frappe un but. Suggérez-lui de se laver les mains, elle enfile son manteau. Implorez-la de dormir, elle vous raconte le dernier épisode visionné de Masha et Michka, force grognements et gestes du bras à l’appui. A 23 heures.

C’est un amour. Têtue comme une porte de métal mais libre comme le vent du Sud. Imperturbable dans sa détermination à mener sa vie comme elle l’entend, y compris si cela consiste à s’inviter dans une équipe qui n’est pas la sienne et à participer au match de soccer du terrain d’à côté.  Parfaitement imperméable à tout requête, régulière dans sa volonté propre.

Ses rapports journaliers de la garderie sont ponctués de rappels à l’ordre. Les cours de karaté résonnent de son nom, avec la constance des «Ne fais pas…» accordée aux trouble-fête. Le soccer est son exutoire. Sa grande scène où elle mêle jeu de pieds habilement maîtrisés et désintérêt soudain pour la partie en cours.

Mais il n’y a pas de rôle de spectateur enviable n’est-ce pas? Le parent de l’enfant qui ne veut même pas jouer n’est pas mieux loti. Ni celui qui doit contrôler son enfant un peu trop vigoureux, celui-là même qu’on a rabattu sur le soccer faute d’avoir trouvé une place à la lutte. Ni même la mère de la joueuse star, lorsqu’elle devra faire face à sa propre déconvenue, alors que sa toute jeune championne préférera finalement aller sauter sur une (un) trampoline que de s’entraîner des jours durant.

Car ce sont des enfants. Juste des enfants. Jouant pour s’enthousiasmer, participant pour s’oxygéner. Des enfants qui se moquent de l’enjeu et font souvent fi des règles. Des enfants qui ne partagent qu’un but ultime : partager une crème glacée en famille une fois le match fini.

Certains entraîneurs l’ont mieux compris, finalement. Ils interdisent les présences parentales, ils ferment la porte derrière nos progénitures. Ils font taire les espoirs insensés, les ambitions démesurées. Ils nous laissent l’heur de penser que notre enfant participe servilement à l’exercice imposé, quand il rebondit sur le tapis au fond de la salle. Ils nous taisent les rappels à l’ordre, ils nient les impertinences, ils minimisent les pleurs. Ils privilégient l’enfance, probablement. Et nous devrions en faire autant.

Mais au prix qu’on paie, quand même…*

-Lexie Swing-

*Expression désabusée de la mère impuissante à déloger son enfant du poteau droit du but, malgré des moulinets des bras vigoureux indiquant avec précision un message clair «toi pas sur le terrain dans 10 secondes, toi pas de glace ce soir». 

Six astuces pour un petit déjeuner frais le matin

Ce n’est plus un secret : nous déjeunons régulièrement chez nous de gâteaux et pains frais. Ce n’est pas forcément l’idée que les nutritionnistes se font d’un petit déjeuner sain, mais sur mon échelle personnelle du bien manger, le gâteau fait maison se positionne devant les céréales sucrées du supermarché.

La perspective d’enfourner bientôt de la pâte à madeleines ou une brioche tressée dans le four préchauffé est une motivation suffisante pour me lever – tôt – le matin, et je me plais à croire que c’est une odeur qui, inconsciemment, teintera les souvenirs d’enfance de mes filles.

J’en profite souvent pour glisser une part dans la pochette à collation de ma grande, et une autre dans le sac de karaté de la petite, avant d’en garder quelques morceaux pour nos propres boites à lunch. Si mon conjoint les dévore, je crois, en dessert, ils sont pour moi une étape dans ma journée, soit avec mon café en arrivant, soit quelque temps avant de partir, en fin de journée, lorsque je sais le souper lointain et que les activités sportives des filles se profilent.

Si jamais vous aimeriez vous aussi vous offrir le luxe de profiter certains matins d’un petit déjeuner frais, voici quelques astuces glanées au fil des mois :

–       Préparez vos pâtes à gâteaux et à cookies la veille, et réfrigérez. Pour certaines préparations, réfrigérer est un incontournable. C’est le cas des madeleines – le changement de température entre le frigo et le four est le secret de leur bosse. Mais la plupart des pâtes s’y prêtent volontiers, pour autant qu’on les laisse tranquillement revenir à température ambiante avant de les enfourner.

–       Préparez vos pâtes à pains et à brioches la veille également. Pétrissez, laissez lever durant une heure dans le four à peine chauffé, puis éteint, en couvrant le bol d’un torchon mouillé. Dégazez ensuite la pâte et réfrigérez toute la nuit. Cela permet une deuxième poussée lente de la pâte.

–       Mélangez vos ingrédients secs lorsque les recettes ne se prêtent pas à une préparation en amont. Les biscuits véganes, par exemple, sont souvent meilleurs lorsque préparés minute. Pour gagner du temps, je mélange ensemble les ingrédients secs la veille au soir. Le matin, je n’ai donc plus qu’à ajouter les liquides : du lait de soya, de l’huile, du beurre végane, et à enfourner. De la même façon, il est facile de conserver un mélange d’ingrédients secs dans un pot Masson. Sur le même principe qu’un mélange à gâteaux «à offrir», on peut préparer quelques pots de mélanges à gâteaux pour la semaine avec la recette à portée de main.

–       Faites-vous des overnight oats. Ce n’est pas à mon goût mais certaines personnes adorent. Le principe : on mélange flocons d’avoine, yogourt, lait, graines de chia, confiture, sirop d’érable, name it… et on laisse au frigo toute la nuit pour pouvoir déguster ça bien frais le matin. La papesse du genre, Marilou, propose plusieurs recettes sur son site.

–       Congelez! Doublez vos recettes et congelez les restants. Un muffin ou un cookie passé au programme décongélation du micro-ondes, c’est juste délicieux.

–       Restez dans la simplicité. Personne n’a envie de commencer sa journée avec une recette compliquée, qui demande 16 ingrédients et quelques incantations. Tenez-vous en à vos recettes préférées, simples et épurées. Je vous livre mes préférées ci-dessous.

 

Nos recettes du quotidien :

–       Les muffins véganes à la banane de It doesn’t taste like chicken.

–       Les madeleines façon Lenôtre.

–       Les cookies véganes d’Une maman végane

–       Le pain sans pétrissage de Rose.

–       Les muffins chocolat-avoine, sur le blog.

 

Belle fin de semaine!

 

-Lexie-

Et si on commençait par être des humains décents?

«It doesn’t take much to be a decent human», littéralement : ça ne prend pas grand chose pour être un humain décent. Voici ce qui légendait une vidéo visionnée il y a quelques jours. Dans celle-ci, un motard avise une vieille dame s’apprêtant à traverser au passage piéton. Après s’être arrêté, le motard met pied à terre, cale la moto sur sa béquille avant de tendre un coude bienvenu à ladite vieille dame et lui permettre ainsi de traverser avec aide, et en toute sécurité.

D’aucuns auraient parlé de héros ordinaire. «Tous les héros ne portent pas de cape», lancent volontiers les publicitaires à l’approche de la fête des mères – après nous avoir servi de la soupe sexiste durant les 364 jours précédents. Et s’il n’y avait pas d’héroïsme, dans les menus gestes du quotidien? Si c’était… de la simple décence, que de tenir une porte, adresser un merci ou porter secours?

Lors d’un cours, récemment, on m’a posé la question : «qu’est-ce qui t’énerve le plus chez les autres?» Vous savez, c’est cette question typique, à laquelle on répond généralement suivant notre humeur du moment, nos valeurs ou bien ce qu’on croit acceptable, et à la mode. On y évoque la bêtise, l’intolérance, l’orgueil. J’y ai souvent tu mon ressenti, moi qui détestais les gens «grande gueule» qui prennent la foule à parti et le monde en tenailles, dans un besoin de revanche qui s’indigne de tout, de la frite mal cuite au prix de l’essence, laissant de côté la faim dans le monde et le déclin des écosystèmes car on peut rire de tout mais s’indigner seulement de certaines choses.

Ceci dit, nous évoluons tous, en grandissant (même si rendu là, seul l’âge grandit) et l’agacement se disperse. Bloquant désormais les intempestifs râleurs par ce geste de parfaite désinvolture qu’est le fait de mettre ses écouteurs et de lancer Spotify fort fort fort, j’ai rabattu ma réponse vers mon nouvel ennemi : le pas-aidant. Au Québec, c’est un moyen facile de qualifier une situation négative : «pas fin» (bête), «pas vite» (bête) (mais pas bête dans le même sens, saisissez la nuance). Pas aidant donc, comme dans «je m’en câl…. que tu marches juste derrière moi, je ne tiendrais pas la porte pour tout l’or du monde même si tu me le demandais à genoux». Ou comme dans : «on vit dans la même rue depuis cinq ans et on débarque au même arrêt et à la même heure tous les jours de labeur que compte cette vie mais jamais ô grand jamais je ne t’adresserais plus qu’un simple regard distrait, nullement effrayé par tes bonjour joyeux ou tes remarques répétitives sur la météo qui nous étonne».

Le pas aidant est ma bête noire. Il a remplacé à ce titre le bien-pensant. Celui-là même qui sait mieux que toi comment élever ta fille et nourrir ton chat. Qui avertit plutôt qu’il ne conseille, et juge en posant le regard. Le bien-pensant n’a de prise que si on lui fait l’aumône de tendre l’oreille. Le bien-pensant a donc disparu de mon existence, remplacé par le pas-aidant.

Notez que l’on peut être bien-pensant et pas aidant tout à la fois, l’irrespect allant curieusement de pair avec une connaissance totalitaire quoique surfaite de la société et de ses besoins. Le pas-aidant m’insupporte, car outre les portes qu’il me jette dans les jambes, les regards qu’il fuit et les merci qu’il retient, il m’envahit l’esprit. Souvent, je m’interroge, je tambourine, répétant inlassablement : «Je ne comprends pas ces gens-là». Comment peut-on lâcher une porte sans jamais regarder derrière soi? Comment peut-on oublier de dire s’il vous plaît, ou merci, quand on est un adulte fonctionnel? Comment peut-on croiser quelqu’un, recevoir son bonjour, le dévisager sans mot dire, pour finalement tourner les talons sans avoir desserré les dents. Passionnée de psychologie, j’élabore des théories et excuse les incompris.

Mais je suis lasse d’excuser. Qu’on les maîtrise par l’éducation, qu’on les applique par respect de règle ou qu’on s’y adonne par empathie naturelle, on devrait tous être régi par les mêmes règles minimales d’entraide. On devrait se sortir le nez de nos téléphones, blottis dans nos nombrils, et reconnaître enfin le monde qui nous autour.

On devrait, si vous le voulez bien, se prêter à un exercice facile : se demander, à chaque personne croisée, ce qu’on pourrait apporter de positif à cet instant de sa journée. Que ce soit un simple sourire, un rire partagé, une porte retenue, un bonjour échangé, des paquets que l’on aide à porter, un compliment que l’on a adressé, une place dans le bus que l’on a laissée, une main sur l’épaule que l’on a déposée ou une conversation de politesse à laquelle on s’est pliée.

Cela fait du bien, de se tourner vers le monde, de sortir de soi. Parce qu’il vaut mieux être une personne décente au quotidien, qu’un héros, juste une fois.

-Lexie Swing-

Photo : Cherie Lee

Découvrir les trains à Saint-Constant

Quand on immigre dans un nouveau pays, tout commence par un voyage. Les premiers mois sont ceux de la découverte et l’on parcourt nos nouvelles villes la curiosité en baluchon. On en vient à connaître ces endroits mieux que les endroits d’où nous provenons. C’est tout l’intérêt d’immigrer : on avance les yeux et le coeur grand ouverts.

Pour beaucoup, ces mois de découverte sont suivis de mois d’installation. Le quotidien plus si nouveau devient la normalité. On use alors d’habitudes locales sans sourciller, et l’on s’enterre dans un rythme travail-maison sans arrière-pensées. Les sorties deviennent moins fréquentes, et les week-ends se passent à jouer dans la cour arrière. On se surprend à revenir dans des endroits déjà découverts, on écume les mêmes bars et les mêmes restaurants, on se construit des repères. C’est le temps de la banalisation.

Et puis, les envies reviennent. On s’entête à voyager à l’intérieur du pays quand les citoyens de longue date rêvent d’en traverser la frontière. On fait d’une aventure le moindre trajet, chanceux parce que conscients de ce qui nous entoure. On s’enthousiasme, surtout, ce qui se trouve à côté, des petites activités familiales et des endroits insolites dont les visites rythmeront notre été.

Dimanche dernier, rejoignant nos amis de Québec en week-end dans la région de Montréal, nous avons ainsi découvert le musée ferroviaire de Saint-Constant, également appelé Exporail, sur la Rive-Sud.

Le choix s’est fait au regard de deux critères : nous voulions un endroit agréable à visiter pour de jeunes enfants et qui permette de passer un peu de temps en extérieur considérant les températures estivales que nous avions alors.

Le musée ferroviaire est l’endroit parfait pour qui recherche ces deux critères. Très ludique, il se fait pour moitié en intérieur et pour moitié en extérieur. La partie intérieure permet un accès à de nombreux trains tels qu’ils ont été mis en circulation à compter des années 1830. Le long des trains, des pancartes racontent les petits et grands succès, accompagnant les textes de photos d’époque.

Certains wagons proposent des jeux aux plus petits, quand d’autres – accessibles seulement à l’extérieur – laissent entrevoir la vie d’alors. L’occasion de découvrir que certains trains étaient mêmes pourvus… de salles de classe !

La visite intérieure se termine sur une salle entière dédiée à des trains miniatures qui parcourent une vallée reproduite de toutes pièces. L’un des trains est même pourvue d’une caméra, elle-même reliée à un écran qui projette l’image en tout temps et permet de voir en temps réel les images du parcours effectué.

À l’extérieur, et après quelques errances, faute d’indications suffisamment précises, nous nous dirigeons vers le petit train. Ainsi juchés, nous traversons tunnels et ponts de fortune. L’expérience arrache des cris de joie aux enfants, les parents gardant les lèvres closes et les genoux fermement serrés considérant l’étroitesse du support sous la largeur de leur fessier d’adultes.

Trajet en sens inverse, passage devant l’entrée du musée, direction cette fois l’autre partie du site, dédiée aux trains en taille réelle. Une balade en tramway d’époque, ainsi qu’en train de passagers est possible. Malheureusement, compte tenu de l’heure avancée, l’activité était déjà arrêtée. Si vous optez pour une visite en après-midi, n’hésitez pas à commencer par la visite extérieure afin de mettre toutes les chances de votre côté.

Côté repas, c’est vers un brunch dominical que nous avons orienté notre choix. Rendez-vous donc au restaurant Œuf Xceptionnel, situé à quelques centaines de mètres de la gare. Le rapport quantité/qualité/prix y est idéal et le personnel agréable.

Et vous, quels sont vos plans de la fin de semaine ?

-Lexie Swing-

Exporail, 110 Rang Saint Pierre, Saint-Constant, QC J5A 1G7

Tarif journalier : 20,80$ pour un adulte, 10,40$ pour un enfant, 54,10$ pour une famille. Gratuit le premier dimanche de chaque mois.

Famille : sur qui pèse le zéro-déchet?

Alors que j’échangeais avec Maylis sur la préparation des déjeuners quotidiens, mentionnant mes levers aux aurores et les gâteaux que j’enfournais dans la maison endormie, elle m’a dit «c’est super mais après il faut faire attention à ce que le zéro-déchet ne soit pas une composante de plus dans la charge mentale des mères, mais bien une façon de vivre partagée avec le papa».

Elle a raison bien sûr. Mais son propos m’a fait réfléchir à toutes ces initiatives que l’on prend car elles nous semblent les bonnes, et que l’on assume parfois seul(e) parce que ce sont les nôtres, et que l’on se sent mal à l’aise de les faire porter par autrui. Qu’il en aille de l’éducation des enfants, du régime alimentaire, en passant par un mode de vie, un choix d’épargne, une conscientisation qui nous fait réfléchir à deux fois à notre façon de consommer.

Celui qui décide est souvent celui qui assume. Il n’est guère évident de prendre une décision commune avec engagements égaux lorsqu’on sait que bien des prises de conscience se font à titre individuel. On ne réagit pas tous de la même façon au visionnage de documentaires, aux reportages parcourus et aux histoires racontées, sinon on aurait tous changé de la même manière notre façon de consommer aujourd’hui.

En termes de zéro-déchet, la prise en charge du compostage par notre ville a été un bon démarrage sur le plan commun. Pas de prise de conscience à avoir, une simple liste à suivre. Les règles sont les règles, n’est-ce pas? Plutôt facile pour mettre le pied à l’étrier de toute la famille.

Reste tout ce qu’il y a autour et tous les efforts individuels que nous sommes censés faire pour contribuer à la survie de notre planète. Cuisiner «maison», acheter des produits locaux et biologiques, privilégier le vrac, réduire notre consommation d’eau, penser à utiliser des contenants réutilisables pour les achats courants : le pain, le café à emporter, le cookie du goûter… et savoir y renoncer lorsque l’on n’a pas le matériel approprié.

À ce niveau, c’est souvent sur l’initiateur que repose le poids du zéro-déchet. Car oui, le zéro-déchet est paradoxalement un poids. Il impose un changement d’habitudes, il prend un temps supplémentaire (faire la cuisine, parcourir plusieurs épiceries pour trouver le nécessaire, planifier ses menus et ses achats), il demande un investissement personnel dans une vie où l’on peine à trouver du temps pour souffler. C’est la conscience qui fait le travail et supporte l’effort soumis.

Or, encore une fois, la prise de conscience ne se fait pas de la même façon et au même moment pour tout le monde. Et l’on se retrouve à secouer ses proches avec l’impression qu’ils refusent d’ouvrir les yeux. On est celui qui fait les courses un peu partout, celui qui se plie aux contraintes de la planification des menus. On est celui qui sonne le rappel des contenants, des sacs à pain, des poches à collation. On est celui, aussi, auprès duquel on s’excuse d’un café acheté à la va-vite sous son couvercle non-recyclable, ou de détritus oubliés dans la poubelle des déchets. Comme on s’excusait hier auprès de sa mère d’avoir traîné à débarrasser «son» lave-vaisselle. Comme on s’enthousiasmait encore, auprès d’elle, en s’exclamant «tu as vu, je t’ai plié le linge». Je l’ai fait pour toi. Parce que je sais que ça te fait plaisir. Parce que c’est ta tâche, ton idée de comment la maison doit être rangée et la vie se dérouler.

Quand on est une famille, quand on est un couple, on doit savoir faire deux choses pour fonctionner. Lâcher prise et prendre l’ownership. Lâcher prise, c’est pour celui qui instigue, celui qui répète, celui qui s’émeut. Ce n’est pas toujours le même. Nos consciences ont des géométries variables et des préoccupations parfois divergentes. On note le désordre quand l’autre tique sur le ménage. On s’inquiète des repas quand l’autre planifie les travaux. On vit à court-terme quand l’autre se projette. On lâche prise et on accorde nos violons, c’est ainsi que l’on avance. Et on prend l’ownership. C’est quelque chose que j’entends souvent dans mon boulot – bilinguisme oblige – et qui me parle. Prendre l’ownership, donc la propriété de quelque chose, c’est intégrer le souhait, la décision de quelqu’un (le mandat donné, dans une job) et le prendre en charge comme si c’était notre décision, notre projet. Pas pour faire plaisir à l’autre mais au nom du bien commun. Parce que l’on est autonome, mature et conscient. Parce que refuser un projet, une décision, c’est possible et souhaitable si ce projet va à l’encontre de ses valeurs. Mais que l’on ne peut pas rester simplement passif, attendant que l’autre prenne en charge et que la vie se passe. On ne peut pas, dans une maison, faire juste pour l’autre, qu’il s’agisse de l’éducation des enfants, du ménage, des travaux, des papiers, et de la charge mentale en général. En devenant conjoint et peut-être parent, on accepte de faire partie d’une équipe, de travailler à efforts égaux à son bien commun, même si ce sont sur des aspects différents. Ce qui devrait être exclu, en tout temps, c’est la passivité.

-Lexie Swing-

Photo : Matthew Henry

Le marathon des activités

Un tout-petit ne devrait pas avoir plus d’une activité extra-garderie par semaine. 30 minutes tout au plus de baby-something (même si «moi pas bébé» n’est plus un bébé, toutes les activités s’appellent baby-quelque chose, et impliquent que toi – ô parent épuisé – tu donnes une nouvelle fois de ton temps pour amuser ta progéniture. Car oui : toute activité pour enfants de moins de 3 ans est en réalité une activité parent-enfant). Pour avoir un développement personnel harmonieux, l’enfant petit doit bénéficier de moments de calme, dans sa maison, à lire Pomme d’Api en mangeant proprement une collation saine sur le canapé du salon.

Ça, c’est la théorie.

En pratique, il n’y a pas de calme là où il y a plus d’un enfant et l’espace de lecture est circonscrit au parquet considérant la relative nouveauté dudit canapé. J’ai des sueurs froides rien qu’à imaginer des feutres à proximité du tissu gris clair immaculé. Tempête étant par essence un enfant vif et bondissant dès potron-minet, l’urgence de l’inscrire à une petite baby activité s’est faite sentir. C’est donc les mains jointes et la bouche en coeur que nous avons suggéré au professeur de karaté d’accueillir l’enfant très motivé dans son cours malgré les six mois manquants à l’âge requis. À deux ans et demi, vêtue d’un kimono blanc et d’une ceinture à son nom, notre cadette a pris part à son premier cours.

Et elle a tenu bon. Même si c’était deux fois par semaine. Même si sa soeur a choisi d’arrêter quelques mois plus tard. Même quand le stationnement était glissant ou la collation de l’après-midi déjà lointaine. Elle a continué, réclamant chaque semaine son cours, amusée par les détails qui font le sel de la vie d’un enfant de trois ans : se changer dans la voiture, manger des petits gâteaux dans son siège auto, retrouver les amis du club. À l’hiver, cependant, un obstacle s’est dressé : Tempête voulait faire de la danse.

Pas à la place, non. Tempête voulait aussi faire de la danse.

Autant on voyait bien l’aspect très positif du karaté, autant la danse nous laissait de glace. Mais le parent moderne est un parent coupable : pauvre petite qui, pour la première fois, nous exprime une véritable envie. Plutôt que de trancher, nous avons additionné. Désormais, les cours de karaté se passeraient uniquement en soirée, pour laisser la place au cours de danse le samedi matin.

Et le rythme a repris : lundi karaté avec maman, mercredi karaté avec papa, samedi danse avec le moins endormi des deux. Oui 9h la danse le samedi, ceux qui font les horaires n’ont aucune pitié.

La belle saison est arrivée, la garderie a organisé ses propres petits cours de sport. Karaté également – l’enfant est en passe de devenir professionnel avant l’heure – mais aussi soccer.

Et qu’est-ce qu’elle était bonne au soccer. À l’aise, et motivée. Pile à l’heure pour la saison d’été, au moment même où la danse allait s’arrêter.

«Tu aimerais faire du soccer?», ai-je demandé, dopée par les souvenirs de «Joue-la comme Beckham».

«Oui», elle a dit. «Et puis du tennis avec Papa aussi».

Alors voilà. Dans le placard de ma cadette, il y a une ceinture de karaté et puis des chaussons de danse. Des souliers de soccer, des protèges tibias taille Peewee et un ballon rond ont rejoint l’étagère. Quant à la raquette… c’était son cadeau de fête.

Fin mai, pour la seule et unique fois, elle sera partout. Au soccer le lundi, au karaté le mercredi et le jeudi, à son spectacle de danse le dimanche. Ce sera beaucoup trop, mais ça ne sera qu’une fois. Ce sera un souvenir excitant, de ceux qui fleurissent durant les repas de famille. Elle dira «j’ai toujours été comme ça», et «mes parents disaient toujours que je voulais faire toutes les activités possibles». Ce sera sa vérité, ça ne sera pas la seule. Ce sera celle d’une époque, celle d’un instant, peut-être celle de toute sa vie durant. Mais nous serons là pour lui dire, le cas échéant, qu’elle était l’enfant le plus tranquille au monde lorsqu’il s’agissait de lire son Pomme d’Api, un Spéculos à la main, sur le sol du salon.

-Lexie Swing-

PS Je précise qu’aucun enfant aîné n’a été maltraité dans cette histoire, ni nié dans ses besoins fondamentaux d’accomplir des exploits sportifs. L’enfant aîné fait de la natation, avec la motivation d’une nouvelle bru se rendant au premier souper de Noël de la belle-famille. Par souci d’équité et par refus d’enfermer notre progéniture dans des cases définies, nous avons précisément demandé «est-ce que l’une de vous, ou les deux, souhaite faire du soccer». Et tandis que Tempête criait «OUI» et partait chercher un ballon, B. a croisé mon regard : «Tu me fais une blague, n’est-ce pas?»

 

Le pays des jours de pluie

En tant qu’immigrant, on se fait souvent demander si notre pays ne nous manque pas. Beaucoup? Allez, un peu quand même. Même pas les bons croissants?

Selon notre degré d’intégration, on objecte mentalement contre les termes «notre pays», qui reflètent parfois moins le pays quitté que le pays d’accueil. Disons que «chez nous» a le dos large. Sauf les jours de pluie.

Les jours de pluie, «Chez nous» a un goût de râpées stéphanoises et de jeux de cartes. Il a la couleur de l’enfance, la voix des êtres chers. «Chez nous» a fini par devenir cet endroit où nous n’avons jamais vraiment vécu, mais souvent foulé. Ces conifères caractéristiques, ces immeubles terriblement moches, cette gentillesse gravée au cœur.

Le pays de l’enfance n’est pas celui où l’on est né, c’est celui où l’on grandit, où l’on apprend. C’est l’accent des aventures et la couleur du ciel. Ce sont les fourmis que l’on cloisonne entre deux brindilles, ce sont les pierres rêches sous les doigts. C’est le tabouret fendu de la cuisine sur lequel on se juche. Ce sont les imperfections que l’on réserve aux intimes, les torchons tâchés qu’on dissimule pendant les visites, la tasse ébréchée où l’on sait boire sans se couper. Ce sont les bols préférés que l’on doit laisser aux invités, par politesse. C’est une cachette en haut de l’escalier, derrière les étagères. C’est un prénom qu’on a inscrit au recoin d’une porte, pour laisser sa trace aux griffes du temps.

Ce sont des nouvelles, des émissions connues, des génériques rassembleurs. Ce sont des victoires, des cris dans la foule. C’est la face de Jacques Chirac qui se matérialise sur le plateau des Guignols en 1995. C’est l’adolescent juché sur un lampadaire, scrutant un peuple niortais en délire, place de la Brèche, un 12 juillet. Ce sont des supporters clermontois écœurés, place du Capitole, les genoux sous le menton et les yeux vides, murmurant «putain, une 7e défaite». C’est un présentateur météo chéri de tous s’effondrant en direct à la télévision.

Le pays de l’enfance, c’est celui des souvenirs partagés et de la terre foulée. C’est une construction du temps, une appartenance du moment, qui fait fi des origines et de la consonance des noms. Ce sont des expressions en mutation que l’on collectionne comme autant de petits cailloux. Une manière imparfaite de garder la trace de son chemin. Savoir d’où l’on vient, et en tirer la force nécessaire pour se tenir debout. Se laisser libre de choisir la suite.

-Lexie Swing-

Elle n’est pas qui j’avais imaginé

«Je suis plus ta fille». Dans sa voix, le ton est impérieux, défiant. On ne cille pas. Ce n’est pas la première fois qu’on entend ça. Je suis plus ta fille, plus ta sœur, t’es plus mon père, je vais trouver une autre famille. B. la discrète est devenue B. la bouillonnante. À la faveur de la naissance de sa sœur, à l’aube de l’automne (merci Corneille), il ya bientôt 4 ans, le petit chat s’est transformé en lion.

Ça nous a pris trois âges pas faciles pour arriver au résultat actuel : le Terrible Two (en avance de quelques mois), le Threenager et le Fucking Four. On n’a pas fait mieux depuis l’ère Mésozoïque (l’ère où ont vécu la majorité des dinosaures, divisée en trois périodes : Crétacé, Jurassique et Trias… ça se sent que j’ai fait mes devoirs de maternelle, non?).

La (presque) blondinette effacée, qu’on taxait déjà de timide-comme-ses-parents-au-même-âge, avait trouvé sa «voix». Avez-vous déjà eu affaire à un enfant à la fois introverti et en colère? C’est un degré non mesuré sur l’échelle de Richter. Les sentiments sont énormes mais tapis, bouillonnants mais incommunicables. Ce n’est pas faute de parole, pourtant, et malgré ce que les spécialistes veulent bien en dire. L’enfant qui communique mal ses sentiments n’est pas toujours celui qui ne connaît pas les mots. Il les connaît mais il ne les trouve pas, le moment venu, plongé dans un abysse d’émotions affleurantes. Comme si l’iceberg tout entier avait soudainement décidé d’émerger.

Nous ne sommes pas tous doués de naissance pour exprimer nos sentiments. Si certains enfants ponctuent leurs jeux d’un «je suis TELLEMENT heureux» et leurs inquiétudes d’un «es-tu sûr que ça va Papa?», d’autres ignorent comment mettre des mots sur ce qu’ils ressentent. Un handicap qui peut perdurer à l’âge adulte. En témoignent les jeudis de filles et leur lot de «non mais sérieux ce mec, c’est un handicapé des sentiments». Soit. On ne peut apprendre ce que l’on ne nous enseigne pas.

C’est donc avec force dévotion et très peu de patience que nous avons travaillé d’arrache-pied pour aider B. à reconnaître ses sentiments pour apprendre plus tard à les maîtriser. Nous avons lutté fort et hurlé souvent. Pour dire ensuite : «tu as vu, ça c’est de la colère, moi aussi il m’arrive de ne pas réussir à maîtriser mes sentiments». Transformer ses échecs en apprentissages et devenir son propre cobaye, le B A BA de l’éducation approximative.

L’école et l’apprentissage de la socialisation ont fait le reste. Tapie dans l’ombre, au départ, B. est devenue plus affirmée, campée sur ses positions. «Je ne suis pas d’accord», a-t-elle récemment dit à son institutrice. La rébellion s’installe, héritage paternel, et la défiance n’est jamais loin. Ses mots sont restés durs : «Arrête!», «Non mais tu peux faire ce que je t’ai demandé?», «T’es pas un peu tannant?». Elle reprend à sa sauce notre ton, épinglant une fois de plus nos incohérences. «On ne parle pas comme ça aux adultes!», s’agace-t-on. «Pourquoi on peut parler comme ça aux enfants, alors?», s’énerve-t-elle en retour.

Elle est droite, raide comme la Justice à laquelle elle croit très fort. Elle a 6 ans, et campe sur ses positions comme un cheval rétif. Et chaque jour, je nous félicite d’avoir refusé les cases, d’avoir refoulé le tampon de la timidité comme le seul valable. Car elle sera probablement tout ça à la fois. Courageuse, fière, intimidée, têtue, douce, tantôt câline, tantôt sauvage, avec cette forte indépendance des idées, et ce fort besoin encore d’être bercée. Elle est mon chaton sauvage.

-Lexie Swing-

L’école au Québec : tout ce que j’aurais voulu savoir avant

Au Québec, l’école commence à 5 ans. Les enfants entrent alors en maternelle, dans un niveau qui correspond globalement à la grande section, en France. L’enjeu y est d’apprendre les lettres, les chiffres, mais surtout – et avant tout – d’adopter une routine et une capacité à suivre des consignes, rester assis en écoutant un professeur, travailler en groupe.

Au moment d’entrer à l’école, les niveaux des enfants sont souvent inégaux, autant en termes de connaissances que d’apprentissage purement social. Certains arrivent de CPE, d’autres de prématernelle axée sur l’apprentissage théorique qui souvent couvre déjà une partie du programme de maternelle. Il y a des enfants issus de garderies qu’on dit familiales – souvent 6-7 enfants entre 6 mois et 5 ans, gardés par une seule personne à son domicile. D’autres, enfin, ont été gardés à la maison par une mère ou un père en congé parental.

Avant l’entrée à l’école, en août dernier, j’avais mille questions, que je posais régulièrement aux parents avec plus d’ancienneté et à mes amis qui avaient grandi à l’école québécoise. Depuis, j’ai obtenu quelques réponses, que je vous livre ici.

L’école finit tôt… mais il y a un service de garde

L’école a lieu de 8h15 – 14h30 (en maternelle) ou 15h30 par la suite. Je me demandais comment faisait le commun des parents mortels pour rentrer à la maison aussi tôt. Et si les enfants pouvaient rester le soir, était-ce une étude? Tous assis pendant 3h de temps? Finalement, j’ai découvert le service de garde, ouvert à compter de 7h, et jusqu’à 18h. Autant dire que de notre côté, nous l’utilisons à son plein potentiel. B. a le choix entre la salle de dessins et jeux, et le gymnase (le matin). Le soir, elle commence par une récréation, avant de passer du temps dans la salle dédiée aux jeux puis de se rendre au gymnase. Le vendredi, elle revient toujours (magnifiquement) maquillée. Sa classe possède une éducatrice dédiée, qui est présente pour eux le matin, le midi et le soir.

Est-ce que c’est vrai qu’ils mangent dans leurs salles de classe et qu’il n’y a pas de micro-ondes?

Dans son école, oui. Dans d’autres écoles il y a des micro-ondes et/ou une salle spécifique pour les repas. Mon conjoint a déjà travaillé dans un gymnase où, quelques minutes avant midi, le personnel dépliait de grandes tables pour permettre aux enfants de manger. Pour nous, c’est donc dans la salle de classe et l’enfant apporte sa boite à lunch. Un service traiteur est également disponible, si besoin est, mais il doit être commandé à l’avance (impossible de se rendre compte le matin même qu’on n’a pas de quoi nourrir son précieux).

Je n’imagine pas ce qu’on peut bien mettre dans une boite à lunch…

Chaque midi, mon conjoint et moi apportons nos boites à lunch au bureau, et B. mange globalement la même chose. Elle a parfois un plat chaud – placé dans un Thermos pour le garder chaud – et parfois un ensemble de petites choses froides. Ce midi, c’était quiche, légumes, chips tortilla et trempette au yogourt. Demain, couscous (en Thermos, donc). Selon les écoles, on peut être plus ou moins surveillé concernant ce qu’on met dans les boites à lunch. Les bonbons sont interdits de notre côté, mais les cupcakes pour le goûter sont autorisés. Dans d’autres écoles, des parents ont déjà reçu une note concernant le chocolat ou les chips. Et pour tous, les précautions prévalent généralement, avec une interdiction assez généralisée de tout ce qui contient des noix. Côté collation, il y en a deux à prévoir : une le matin qui doit être composée de legumes, fruits, yogourt… et une le soir, qui peut être toutes sortes de choses. Généralement je glisse à B. un muffin ou un cookie que j’ai cuit le matin. Sa boîte à lunch est entièrement zero déchet, au depart parce que j’avais peur qu’elle jette les ustensiles (couverts) avec le papier du gâteau ou la gourde de compote, et désormais par conviction.

C’est quoi, une journée pédagogique?

À ma connaissance, c’est une journée où les professeurs sont en formation. De fait, il n’y a pas cours, mais il est possible d’emmener les enfants à l’école. Certaines fois, une sortie est prévue – moyennant finances. D’autres fois, des activités sont organisées à l’école, suivant un thème défini. À date, B. est allée aux quilles (au bowling), au zoo, et au centre d’amusement. Elle a passé plusieurs journées pédagogiques à l’école également, revenant généralement maquillée et fatiguée! Les journées pédagogiques ont lieu au moins une fois par mois. Sont également prévues au calendrier des journées tempête, donc des journées de force majeure où l’école pourrait être fermée (pour cause de tempête). Elles sont affichées généralement assez tard dans la saison, en mars par exemple. À titre d’exemple, notre école a été fermée une journée en janvier pour cause de tempête, la journée de force majeure prévue est mars est donc devenue une journée travaillée normale.

Il y a vraiment si peu de vacances?

Si peu, ça dépend comment on se place, mais il y a 3 semaines de vacances durant l’année scolaire : deux à Noël et une fin février/début mars. À titre de comparaison, les écoliers français ont 8 semaines de congés durant l’année – si je compte bien (Toussaint, Noël, Hiver et Pâques). Globalement, nous trouvons quand même le rythme appréciable. Les jours sont tous pareils (pas de semaine de 4 jours ou 4 jours et demi) et globalement courts (8h15-15h30, comme écrit précédemment). Les enfants sont fatigués en ce moment, mais c’est une fatigue assez répandu au Québec par les temps qui courent, l’hiver de six mois raréfiant notre exposition au soleil et nos sorties. Bref, le printemps gagne du terrain et on saute tous de joie!

Est-ce qu’il y a des devoirs?

Chez nous, oui. Même si B. n’est qu’en maternelle. Lors de notre première réunion, les institutrices ont tout de suite précisé qu’elles n’en avaient pas donné pendant longtemps, mais qu’elles avaient changé leurs fusils d’épaules après que les enfants ont exprimé l’envie de rapporter quelques devoirs pour montrer à leurs parents leurs apprentissages et leurs progrès. On en a donc, mais avec parcimonie!

En quoi c’est différent de l’école en France?

En France, lorsque les enfants arrivent en grande section, ils ont – la plupart du temps – passé déjà deux ans à l’école. Ils ont acquis une certaine routine, ils connaissent les locaux, etc. Au Québec, lorsqu’ils arrivent en maternelle à 5 ans, tout est nouveau (sauf prématernelle 4 ans, comme il en existe dans certaines écoles) et tout est donc à acquérir. Comme nous sommes un groupe d’amies avec des enfants nés au même moment, à cheval sur la France et le Québec, j’ai pu comparer les expériences, y compris avec les souvenirs conservés de ma propre enfance. À mi-parcours, je me suis interrogée. Était-ce normal qu’elle n’apprenne pas encore vraiment l’écriture? À déchiffrer ses premiers mots? À compter jusqu’à 100? À côté de ça, j’ai vu se développer chez elle une capacité à travailler en équipe et une plus grande maîtrise de l’expression orale. Elle a aussi développé des connaissances pointues sur les thèmes abordés mensuellement, à l’instar des dinosaures. Sa photo et son nom ont également été affichés sur le tableau d’honneur de l’école pour son application – et implication – dans ses travaux. Le tableau d’honneur célèbre ainsi chaque mois un enfant par classe, dans tous les niveaux, sur un thème donné. Par exemple, le thème de janvier ou février était «j’apporte mon aide à mes camarades» et la mention au tableau d’honneur semble récompenser l’enfant qui a fourni un effort sur ce thème précis plutôt que celui qui a un don particulier en la matière. Si un instant je me suis interrogée quant à l’apprentissage théorique, je m’aperçois aujourd’hui que l’école telle que ma fille en fait l’expérience lui a offert d’ores et déjà des bases solides en termes de confiance en soi et d’implication au sein de l’école. Le mentorat entre les élèves plus âgés et les maternelles a aussi conduit à une meilleure intégration des plus petits, qui comptent désormais des alliés parmi les grands. J’ai hâte maintenant de voir ce que l’école primaire nous offrira, et à quel point l’éducation scolaire à la québécoise aura un impact sur le développement de ma fille, et sur celui de sa sœur, plus tard.

 

-Lexie Swing-

 

Photos : Matthew Henry (Burst)

6mois, le magazine que vous devez découvrir

Les influenceuses made in Japan. La victoire de l’IVG en Irlande. L’insolente petite ville de Calabre, exemple réussi de l’intégration des migrants parmi la population locale, désormais menacée par l’extrême-droite au pouvoir. Le luxe au Liban. Le 6mois du printemps 2019 est sorti, plein de sa richesse habituelle, de ses histoires qui commencent au creux même des photos, dans les visages las, les yeux émerveillés, les sourires interrogateurs. Dans les fonds flous des conflits, dans les horizons dorés des palaces de l’Orient, dans les recoins des chambres miteuses de ce monde et le vert parfois terni des campagnes de la planète entière.

Le magazine de photos «6mois» est à la fois mon précieux et mon vecteur. Je le lis depuis ses premières parutions. Je le partage, mais demande toujours à ce qu’il me revienne. Après avoir fait le tour de ses admirateurs, celui-ci ne dérogera pas à la règle, il reviendra à sa place sur l’étagère qui leur est dédié.

Son tour commencera par ma collègue anglophone, qui survole les légendes et s’accroche aux images. Il parcourra d’autres mains tendues, sur le chemin. Ouvert en son cœur par des lecteurs distraits par la couverture. Ils l’emprunteront sans un mot, déjà absorbés. Le ramèneront avec un post-it mal collé, remerciement silencieux. Il échouera finalement sur la table de la cuisine de mon ami et collègue, féru de petites et grandes histoires.

Pour le moment, il gît sur mon propre bureau. Je le savoure, reportage par reportage, tandis que les informations affluent ensuite dans mon esprit, nourrissant les discussions de fin de soirée et les repas de midi. J’en suis à peine à la moitié, et je trépigne déjà de découvrir le reste.

-Lexie Swing-

6mois est en vente au prix de 26 euros, avec deux parutions annuelles, au printemps et à l’automne. Il est livré chez moi – au Québec – pour un coût de 10 euros.