Les astuces zéro-déchet qui simplifient la vie

Je ne suis pas vraiment partie, mais quand même un peu. Je m’étais perdue entre mes compotes zéro-déchet et mon implication professionnelle. Bien sûr, mon amie la culpabilité maternelle me tenait compagnie, avec sa copine l’amoureuse nostalgique (l’adepte du «c’était bien avant hein? Quand on avait du temps pour nous deux»), et je ne vous parle même pas de l’email-pro addict, celle qui réserve des salles de conférence depuis le resto, à 19h.

En parallèle, je continue mon cheminement vers le «moins tu as de déchets, mieux tu te portes». Mon chum fait un peu la sourde oreille (ça doit être depuis que je rationne les coton-tiges jetables), et pourtant il n’y a pas que des efforts incommensurables, en bout de ligne. Il y a aussi des aspects positifs, outre le salut de ton âme, s’entend.

Les poubelles

C’est mon aspect préféré. Une fois vides, mes bocaux repartent dans leur placard, parfois après un détour par le lave-vaisselle. Il n’y a pas de cartons de coquillettes à recycler, pas de plastique souillé dont je ne sais que faire, pas même de pot de yaourts géants que j’empile une fois rincés dans l’espoir de leur offrir un jour une vie meilleure. Ma poubelle de recyclage est assez petite, comparativement à la place prise par trois boites de céréales empilées par-dessus deux cartons de mouchoirs en papier. Les allers-retours quotidiens ne sont (presque) plus un cauchemar. Maintenant, ce sont les 10 dessins quotidiennement ramenés du service de garde de l’école qui la remplissent. On ne peut pas gagner partout!

Les mouchoirs

À la fin de l’été, j’ai lancé un grand appel familial, invoquant partage, trousseau, dot et héritage au besoin, pour récupérer les mouchoirs de nos aïeuls. Exit les mouchoirs en papier – sauf pour le nez fin de vous-avez-compris-qui – un lot conséquent (quoique jamais suffisant, rapport à l’hiver qui a fait son entrée en grandes pompes la semaine dernière, neige et rhume inclus) a donc rejoint nos tiroirs. Plus de petites choses tristement fripées sur le sol des chambres, fini les bouloches sur les vêtements après un malheureux oublié dans une poche de pantalon avant lavage : une fois utilisés, les mouchoirs en tissu familiaux rejoignent la panière de linge sale. J’en glisse dans les poches des manteaux (plus facile de se frotter le nez – on est tous d’accord pour dire qu’en bas de 6 ans, les enfants ne se mouchent pas vraiment, en tout cas pas sans son parent qui s’époumone à ses côtés «mais souuuuffle bon sang, Mamie ne t’a pas entendu de l’autre côté de l’Atlantique»), j’en laisse dans les tiroirs et sous les oreillers, j’en utilise même pour emballer une madeleine ou un morceau de pain.

Les boites à lunch

Ici, au Québec, ma fille amène chaque jour son lunch à l’école. Pâtes ou soupe dans un Thermos, sandwich dans une poche en tissu dédié, compote dans une gourde réutilisable, eau dans une bouteille également Thermos. Les idées de repas manquent parfois mais les contenants jamais. Grâce à ça, j’évite la perte des cuillères, malencontreusement jetées avec les contenants de yaourts, je n’ai pas non plus de maudit sachet qui s’ébroue l’aluminium en déversant leurs restants de miettes à l’intérieur du sac de lunch, ni d’opercule de yaourt se séchant la couenne dans un recoin de la boite à collation. La consigne ici est «ne jette rien», même dans le doute. Certes, je récupère des gourdes jetables mal rebouchées – j’ai pas dit qu’on était parfait – mais c’est un moindre mal, n’est-ce pas?

Les serviettes de table

Le grand appel familial susmentionné à porter ses fruits en matière de serviettes de table en tissu également – c’est qu’on était écolo dans le temps! Elles ont rejoint le lot de serviettes mignonettes achetées à une couturière du coin. Le sopalin/scott towel mène désormais une vie de patate de sofa. Il peut garder ses feuilles plus longtemps qu’un palmier en Floride et c’est un grand pas pour l’humanité de trois ans qui déroule habituellement le sopalin avec un peu trop d’enthousiasme. La serviette peut se réutiliser plusieurs fois, dans tous les coins, et elle est une nouvelle raison parfaite de dispute fraternelle. Vous pensiez vos serviettes parfaitement similaires, et bien non! Là maman tu vois il y a un renard à vélo, et bien sur celle-là le renard on le voit pas son vélo. Voilà, bien fait pour toi maman, t’avais qu’à y penser aussi.

-Lexie Swing-

« J’ai pas de plan »

Le plan de naissance, vous connaissez cette idée? C’est un plan, écrit ou oral, que vous pensez, rédigez et communiquez aux médecins, aux sage-femmes, à votre mère (qui en critiquera la moitié) et qui donne vos préférences quant à l’accouchement : pour ou contre l’épisio, épi(péri)durale* ou non, allaitement au sein ou au biberon, permission de griffer le conjoint s’il continue à dire en regardant le moniteur des contractions «oh la la, celle-ci elle va être grosse» comme un surfer sur la plage de Seignosse un soir de tempête.

A quelques semaines de l’accouchement de ma première à naître, j’avais lu des tas de choses sur les plans de naissance, mais je n’avais encore rien prévu. Plus encore que l’envie, je n’en ressentais pas le besoin. La planète entière savait que je ne voulais pas allaiter – à commencer par ma sage-femme à qui je l’avais mentionné en introduction, drette après mon prénom – et c’était à peu près la seule chose qui m’intéressait. À la sage-femme qui s’interrogeait, j’ai répondu «non, je n’ai pas de plan» et elle a eu ces mots «ne pas avoir de plan, c’est encore le meilleur plan possible». J’avais une vague idée de ce qu’elle voulait dire, j’avais lu ces futures mamans, terrifiées de voir leur accouchement leur échapper, ces héroïnes montées au combat parce qu’on tentait de raisonner leurs souhaits, à tort ou à raison. J’ai lu mille témoignages, a posteriori, de femmes qui avaient dû accoucher par césarienne plutôt que par voie basse et qui se sentaient lésées, volées, qui se sentaient fautives même, de ne pas avoir su donner la vie comme elles pensaient qu’on le devait. Ça me rendait triste pour elles. Pourquoi se flageller ainsi devant une situation généralement imprévue et incontrôlable? Que pouvons-nous prévoir de cela, et qu’y faire?

J’ai répété «non, je n’ai pas de plan» et j’ai demandé à ce que, quand même, elle nous explique comment faire si je n’arrivais pas à temps à l’hôpital. Nous aurions une heure de route pour nous y rendre et je voulais parer à l’éventualité d’un accouchement en cours de route. J’avais totalement confiance en la capacité de mon amoureux à accoucher notre premier enfant (lui beaucoup moins). Il avait une seule consigne : passer le panneau Toulouse. Je voulais qu’elle naisse dans une grande ville. J’étais snob. J’étais prête à accoucher sur le stationnement du Carrefour pour ça. (Depuis j’ai changé) (Je suis prête maintenant à accoucher avec les biches).

Quand la sage-femme – j’ai accouché avec des sage-femmes seulement – m’a demandé de me mettre sur les genoux et a installé une affaire pour que je m’y accroche, je crevais d’envie qu’elle aille se faire f***** parce que j’avais une contraction folle et l’envie de mourir. Elle a dit «vous me faites confiance?» et j’ai dit oui. Parce que je leur faisais confiance. Parce que c’était leur job. Parce que je sais que quand on fait confiance aux gens et qu’on le leur dit, ils font un meilleur boulot. Et que vu où elle avait ses mains, ce n’était pas le moment de lui faire passer un bilan de compétences.

Quand l’anesthésiste est venu me saluer, m’a expliqué la procédure et a ajouté « quand vous avez besoin de moi, faites moi signe », j’ai répondu « j’ai besoin de vous maintenant ». Je n’avais aucun défi personnel à relever face à la douleur et mon col était suffisamment ouvert. J’aurais pu attendre, j’imagine. Mais il était là et il serait probablement introuvable au moment où j’aurais besoin de lui (qui a dit « comme tous les hommes? »), alors j’ai décidé que c’était le bon moment.

Ne pas avoir de plan, c’est devenu un leitmotiv. Pour accoucher comme dans la vie en général. Se laisser porter. Tout prévoir, et puis rien du tout aussi. Ça devrait être le crédo de tous ceux qui, comme moi, stressent devant l’imprévu. Parce que sortir du cadre n’est plus un stress quand il n’y a pas de cadre. Et que l’on croit à tort que tout planifier diluera l’anxiété, ce qui est faux. Tout planifier, c’est mettre des barrières occultantes en carton-pâte. Des barrières fixes d’apparence mais qui s’effondreront au moindre imprévu, brisant du même fait le carcan de nos certitudes.

Pour vivre sereins, vivons libres donc. Que l’impossible soit notre seul horizon.

Surfons ces vagues, aussi hautes soient-elles. Il y aura bien quelques mains à griffer, s’il le faut.

-Lexie Swing-

*La péridurale en France se nomme l’épidurale au Québec

Une simple histoire de compote

Je suis à ma table de dîner, épluchant des pommes, comme presque tous les soirs. C’est long d’éplucher 6 ou 7 pommes, chaque soir. C’est long considérant le faible rendement. De la compote pour trois personnes, pour un seul repas. Cette compote est notre dessert du midi, et la collation du matin de ma fille aînée, que je glisse dans sa petite gourde réutilisable. Parfois je m’arrête à 4 pommes, et je décide que l’un de nous se contentera de croquer dans le fruit directement. Plus de vitamines et moins de trouble.

Je fais de même pour tous les desserts, pour la plupart des plats. Je prépare des flans, des crèmes soja caramel ou chocolat, des mousses au chocolat. Je fais des gâteaux, du pain et des brioches pour le matin, et la collation de l’après-midi de ma fille. M’avez-vous croisée dans ma cuisine à 5h30? C’est l’heure à laquelle je mélange une dernière fois ma préparation avant de l’enfourner. Souvent, je l’ai préparée la veille au soir et réfrigérée. Parfois, et notamment lorsqu’elle est végane, je me contente de mélanger les éléments secs, ajoutant le lait, l’huile, les fruits ou le chocolat au saut du lit.

Hier soir, ma main était molle sur l’éplucheur et je me suis ouvert un doigt. Mon amoureux m’a dit «va passer ton doigt sous l’eau froide un bon moment», et j’ai automatiquement répondu «je n’ai pas le temps». Avant la compote, j’avais fait la pâte de mon saucisson brioché du lendemain et mon mélange de tofu pour mes sandwichs aux œufs (sans œufs). Il restait encore à mélanger les ingrédients secs de mes muffins à la banane du petit déjeuner.

Je n’ai jamais de regret de faire ainsi. Je ne me sens pas lasse, je ne me sens pas frustrée du temps que j’y consacre. Cuisiner est un plaisir infini pour moi, et bien manger, au sens goûteux du terme, l’est tout autant.

Mais je voudrais que l’on arrête de jeter à la figure des gens qu’ils devraient privilégier le fait-maison. Comme si c’était une affaire qui s’achetait au supermarché. Le fait-maison, c’est le fait par soi. C’est du temps, beaucoup de temps, consacré à la préparation, mais aussi à la planification. Êtes-vous de ceux qui planifient leur menu pour la semaine à venir? Vous voyez de quoi je parle. C’est le poids de «charge mentale». Le reste, c’est du temps consacré à découper, mesurer, soupeser, cuire et mélanger. Dans la vie d’une personne qui travaille, d’une personne qui a potentiellement des enfants et/ou des implications hebdomadaires, c’est un temps qui ne peut s’acheter.

Le fait-maison a bien des qualités. On contrôle mieux ce que l’on mange, la provenance et la qualité des ingrédients que l’on utilise, et on économise, aussi! Mais il n’est, et ne sera, jamais accessible à tous. C’est la raison pour laquelle de belles initiatives se développent : pots mason traiteurs consignés, plats traiteurs dans des plats en verre à rapporter, etc.

C’est un luxe, le fait-maison. Un luxe de temps plus qu’un luxe d’argent. Le fait-maison, c’est une femme qui enfile son tablier tous les soirs quand les enfants sont couchés, c’est un homme qui découpe les légumes en aidant aux devoirs, c’est un couple qui fait la liste des menus hebdomadaires le vendredi soir, c’est un groupe d’amis qui cuisinent ensemble le week-end et se répartit les plats pour la semaine. C’est moi, qui épluche mes fruits tous les soirs, pendant que le repas du lendemain cuit.

Écologiquement, c’est le mieux (je pense). Pour notre santé, également. Doit-on accuser ce qui ne le font pas? Certainement pas. Ou alors, allez cuisiner maison pour eux, tiens.

-Lexie Swing-

Les autres ont-ils le droit d’exister ?

Croyez-vous au polyamour? Un de mes contacts a récemment posé cette question, sur les réseaux sociaux. C’est drôle car j’avais lu plusieurs témoignages à ce sujet. Des individus qui étaient amoureux de plusieurs personnes à la fois, des couples où une autre personne s’invitait, pas pour une relation sexuelle à plusieurs mais parce que l’un des personnes du couple était amoureuse de deux personnes à la fois. «Entre les deux, mon cœur balance», pourrait-on citer. Mais qui a dit qu’il fallait forcément choisir? C’est ce que martèle le polyamour.

À la question «Croyez-vous au polyamour», j’ai surtout eu envie de répondre par une autre question : «Pourquoi devrais-je y croire?». Il ne s’agit pas d’une théorie scientifique, ou d’une croyance religieuse, il s’agit de personnes exprimant leurs préférences relationnelles. Si elles l’expriment, c’est que cela est vrai, pour elles. Il s’agit de leur vérité. Vous pourriez me demander par contre «Penses-tu être le genre de personnes à être amoureuse de plusieurs personnes à la fois?», et je vous dirais que non. Je suis le genre de personnes qui, passionnellement parlant, semble avoir un réservoir à sortie unique. Donner mon amour à une nouvelle personne signifie généralement que je cesse d’en donner à la personne précédente (sentimentalement toujours, s’entend). Je garde des liens amicaux (parfois à sens unique, les ruptures n’étant pas vraiment le meilleur moyen de se découvrir une amitié avec quelqu’un), mais mon intérêt sentimental disparaît, pour se reporter.

Il y a cette idée répandue que les préférences d’existence des gens, qu’elles soient relationnelles, sexuelles, individuelles, sont quelque chose sur lesquelles on doit avoir une opinion. C’est la version adulte de l’éducation par les haricots : «On ne dit pas C’est pas bon, on dit je n’aime pas ça». Parce que sa vérité n’est pas celle des autres.

Nous avons de la difficulté à voir la vie des gens qui nous entourent à travers leurs yeux. Nous la voyons à travers le prisme de notre propre existence, à travers nos réussites, notre éducation, nos erreurs. Nous frissonnons de leurs certitudes, de leurs choix. Comme si c’était… Comme si c’était quoi? Contagieux? Comme si cela remettait en cause notre propre existence?

Les choix des autres ne nous définissent pas, ils enfoncent seulement les rideaux occultants des fenêtres de notre monde. Il n’y a pas de décision à prendre, pas de validation à donner. Personne n’attend de recevoir une validation.

Pourtant, c’est ce que nous donnons toujours. En interrogeant quelqu’un sur son célibat, en quémandant la venue d’un premier enfant, en calculant la pertinence du deuxième, en interrogeant sur la nécessité d’en avoir d’autres ensuite, en s’indignant sur la couleur d’une peau ou sur le genre de l’être aimé, en pressant une situation maritale, en remettant en cause le recours à la Procréation médicalement assistée.

Nous le faisons sur les réseaux sociaux, nous le faisons surtout dans la vie. L’annonce d’une grossesse est assortie de son lot de commentaires, la révélation d’un amour de son tas de phrases affligeantes. Personne pourtant n’est investi de la mission divine d’ouvrir les yeux scellés de ce monde aveuglé.

La réponse à «vous êtes sûr que ça ne va pas faire trop, trois enfants?», ne sera jamais «ah oui, au temps pour moi, je vais le renvoyer d’où il vient». Comme on le lit souvent, si vous n’avez rien de gentil à dire, taisez-vous.

Mais faites l’effort, juste un instant, et essayez les chaussures des autres. Elles sont peut-être un peu petites, vous y êtes inconfortable, et c’est correct. Faites quelques pas avec. Regardez le tracé du chemin parcouru, soupesez les obstacles franchis, observez les liens défaits, frissonnez au contact de cette existence. Ce n’est pas la vôtre. Elle n’attend pas votre absolution. Mais elle est là, elle existe. Vous n’avez pas à y croire, elle est sous vos yeux, c’est une réalité.

Vous pouvez prendre le temps de vous questionner, vous pouvez choisir de passer votre chemin. Mais vous ne pouvez pas nier la rencontre, vous ne pouvez pas nier l’existence. Un monde existe au-delà de vous, de nous, et il se moque des croyances.

-Lexie Swing-

La bonne différence d’âge entre deux enfants

Je ne sais pas vous, mais moi j’ai lu de nombreux articles sur le sujet. Et la conclusion était toujours, toujours la même : il n’y a pas de différence d’âge idéal. En résumé : deux pages de lecture pour n’être aucunement avancé!

Je plaisante, bien sûr, car c’est certainement là une vérité importante : il n’y a pas d’écart d’âge idéal. Il y a autant de possibilités qu’il existe de familles, et chaque famille a sa propre vérité. Mais il est faux de dire que tous les écarts d’âge se valent. Voici pourquoi.

2-3 ans – l’écart idéal, mais pas tout le temps

Mes filles ont deux ans et demi d’écart. 2-3 ans, voire 4 ans, c’est ce que nous considérions comme le bon écart d’âge. Nous avons la grande (grande) chance d’avoir des facilités de conception et ainsi d’avoir pu, en quelque sorte, décider de cet écart d’âge.

Ndla : Nous portons tous un jugement sur les autres, et l’écart d’âge entre deux enfants fait partie des choses «jugeables» facilement. Pour autant, dans la grande majorité des cas, ce n’est pas quelque chose que l’on décide. Les 7 ans d’écart que vous décriez auprès de votre amie sont possiblement le résultat d’une difficulté à concevoir, tout comme des enfants d’âge très rapprochés peuvent être le résultat d’un échec de contraception et/ou d’une hyperfertilité. Nous avons tous un jugement mais il n’est que rarement nécessaire de le partager.

Ndla(bis) : Décider d’attendre 7 ans avant de concevoir un second ou troisième enfant, ou souhaiter avoir plusieurs enfants très rapprochés, est aussi un choix personnel. Votre jugement n’est toujours pas attendu dans ce cas non plus.

2-3 ans est un bon écart d’âge… mais pas toujours au début. Selon le sexe des enfants, la maturité du premier, la facilité du deuxième et votre état de fatigue, cela peut même se révéler être le cocktail explosif idéal. L’enfant de 18 mois – 2 ans et demi a, comme chacun sait, une tendance aux débordements. Ses émotions sont aussi fortes qu’un tour dans le Rock’n’Roll Coaster à 9h du matin après une nuit trop courte (le vécu…). Ajoutez-y des parents à partager, un nouveau-né couvert de cadeaux, des hormones maternelles bouillonnantes et changeantes qu’il ressent instinctivement, un tout-petit poussé dans un statut de grand réputé autonome alors qu’il porte encore des couches, et vous devinerez la difficulté que peut représenter la transition.

3 ans, c’est peut-être un bon écart d’âge mais c’est le temps qui nous a été nécessaire pour remonter la pente. 3 ans pour tempérer les jalousies, 3 ans pour apprendre à être quatre, 3 ans pour redormir correctement la nuit (et encore, je fais fi de toutes les nuits où nous nous levons encore), 3 ans pour apprendre à jouer ensemble sans s’empoigner à tout bout de champ.

Alors est-ce que ça vaut vraiment la peine, 2-3 ans d’écart?

Oui, je le pense sincèrement. Du point de vue des enfants, et à compter de 2 ans et demi – 3 ans environ (pour le plus petit), c’est un frère ou une sœur avec qui partager ses jeux, avec qui discuter, avec qui regarder la télévision, etc. En France, c’est aussi le moment où les deux enfants vont commencer à aller à l’école en même temps.

De façon concrète, nos filles peuvent aujourd’hui jouer ensemble au Memory, à un jeu de bataille, à la poupée, aux voitures, aux légos (même si la petite essaye encore d’avaler les petites pièces…). La plus grande est désormais suffisamment autonome pour préparer des choses pour sa cadette, comme le petit déjeuner, pour l’aider à faire ses lacets ou remonter sa fermeture éclair.

Du côté des parents, 3 ans, et en admettant qu’on ne veuille pas d’autres enfants, c’est l’assurance de régler toute la partie «bébé», puis «jeunes enfants», puis «enfants», etc., au même moment. B. était déjà propre à la naissance de sa sœur, mais pas depuis assez longtemps pour que nous ayons perdu la main. Les biberons étaient encore dans le placard, la poussette encore utilisée, le porte-bébé encore réglé. Cet écart a permis le transfert facile de certaines choses : siège-auto, vêtements, etc. Aujourd’hui, leurs tailles se rapprochent même suffisamment pour que je transfère directement les vêtements d’une garde-robe à une autre, sans passer par la case stockage. J’ai dit récemment que je ne pensais pas avoir d’autres enfants et cette dimension fait partie de ce qui motive notre décision. Nous n’avons pas le goût de replonger, maintenant que nos enfants ont gagné en autonomie.

5 ans et + – l’écart parfait, sauf au milieu

Après les errements de notre première année de vie à 4, je me suis mise à penser que nous aurions dû attendre. Récemment encore, B. me demandait d’avoir un bébé frère ou sœur, et alors que je rétorquais qu’elle avait déjà eu un bébé sœur, elle m’a répondu «je m’en suis pas rendue compte, et maintenant elle est plus bébé».

Et ça, c’est la vérité toute nue des aînés. B. était trop petite à deux ans et demi pour prendre vraiment du plaisir à son statut de grande sœur d’un bébé. Celles et ceux qui se sont retrouvés aînés à 5-6 ans, voire plus, se souviennent souvent avec bonheur du tout petit dont ils avaient désormais «la responsabilité». À cet âge, l’enfant est plus construit. Il connaît bien des inquiétudes mais les choses mises en jeu par l’arrivée d’un nouvel enfant, comme l’attachement, sont plus ancrées qu’à deux ou trois ans. C’est un âge où l’enfant a besoin d’être responsabiliser, ce qui tombe – il faut le dire – parfaitement avec le fait de devenir grand frère ou grande sœur.

Les difficultés surviennent souvent plus tard, quand l’aîné entre dans la préadolescence, au secondaire ou au collège, alors que son cadet est encore chez les petits du primaire. Tout sexe confondu, la configuration devient souvent ennuyeuse pour le plus grand, et difficile pour le plus petit qui perd parfois son compagnon de jeu. Vient ensuite l’autre moment difficile : le départ de l’aîné(e) de la maison, qui se produit dans tous les cas dans une fratrie (dans un sens ou d’un autre, ce n’est pas toujours l’aîné qui part le premier), mais est parfois vraiment marqué temporellement dans la vie du cadet qui n’est alors qu’au collège ou au début du secondaire. Le salut de ce type de fratrie, c’est l’âge adulte. Je pense connaître plus de frères et sœurs avec un écart d’âge important qui sont très proches aujourd’hui, que de frères et sœurs qui sont pourtant proches en âge. Je ne compte pas le nombre de fois où un ami m’a dit «j’ai seulement 18 mois de différence avec mon frère/ma sœur et on ne se parle jamais, on ne peut pas faire plus différents que nous deux!».

La différence de caractère

Il y a un autre point qui m’intéresse et m’interpelle de plus en plus. Je serais curieuse de savoir si vous avez fait les mêmes observations : dans une fratrie, a fortiori proche en âge, les traits de caractère semblent se répartir. Il n’est pas rare d’avoir un premier enfant très nerveux, et le second très calme, un aîné fort en dessin, un cadet fort en sport, un grand très indépendant, un petit toujours entouré d’amis, etc. En observant mes propres enfants – l’échantillon d’études est un peu court j’en conviens – je me suis posée la question suivante :

– Le caractère de Tempête s’est-il forgé au contact de celui de sa sœur?

Comme si, pour certains traits de caractère, le deuxième enfant prenait ce qui est disponible dans la palette des possibles.

Cette différence de caractère qui se retrouve quand même dans beaucoup de fratries peut engendrer autant d’amour que de rancœur. Différence peut vouloir dire autant complémentarité qu’opposition, et selon le sexe des enfants, leur âge et l’éducation reçue des parents, il peut osciller plus d’un bord que d’un autre.

La différence d’âge, côté parents

Si je devais répondre à la question initiale «C’est quoi le bon écart d’âge», je dirais que c’est celui dans lequel se reconnaissent les parents, celui qu’ils sont prêts à vivre. Il y a les avantages des enfants rapprochés, en mode «on donne un bon coup de collier et dans 5 ans c’est derrière nous». Les enfants deviennent autonomes à peu près en même temps, ils peuvent véritablement être des compagnons de jeux, pour peu qu’ils parviennent à s’entendre. Le pendant, c’est que chaque période difficile l’est deux fois plus : petite enfance, adolescence.

Il y a ceux qui préfèreront aller au bout de l’histoire avec leur premier enfant, avant de recommencer avec un deuxième. Accompagner le premier jusqu’à ce qu’il soit capable de voleter, avant de faire de même avec l’enfant suivant.

Avant d’être une question de personnalité des enfants, je pense qu’il s’agit donc avant tout de la personnalité des parents, de ce qu’ils sont prêts à porter, et comment.

Alors, je ne vous demanderai pas «c’est quoi selon vous le bon écart d’âge?», je vous propose plutôt qu’on compte les points de ceux qui ont le plus tapé sur leurs frères et sœurs. Quelle est la pire bêtise que vous leur ayez mise sur le dos? La pire phrase jamais dite? Qu’est-ce qui vous fait toujours penser à lui/elle/eux?

Bref, comme me le dit chaque soir, le «monsieur de la guérite» à l’entrée de la garderie «on lâche pas, la vie est belle».

-Lexie Swing-

La ferme Guyon et le Garde-Manger de François

L’absence d’articles ne reflètent pas l’absence d’aventures, bien au contraire. Mais si peu de moments figés sur écran pour tant d’instants vécus … La vie s’est faite pleine, tellement pleine, mon amoureux devant filer soudainement pour la France, croisant sa maman à l’aéroport de Lyon, en partance pour Montréal. Les allers-retours à Dorval, pour déposer les uns et récupérer les autres, le désormais habituel trajet école – garderie – train, et puis train – garderie – école. Le karaté que l’une ne fait plus, faute de fatigue écolière et de piscine le samedi. Le karaté que l’autre fait toujours, et nos moments désormais en tête-à-tête, juste avant le cours qui est désormais le sien.

Et puis les aventures du week-end donc, qui nous ont conduit à Chambly samedi, à la Ferme Guyon.

Le programme était simple : ferme pédagogique, papillons en liberté et marché couvert avec des produits locaux et bios, entre autres.

Nous sommes arrivés peu de temps après l’ouverture et avons ainsi bénéficié du privilège de ceux qui se lèvent tôt – aka les parents de jeunes enfants : une ferme presque vide de monde.

A l’intérieur de la ferme pédagogique, nous avons déambulé au milieu des stalles, caressant les deux chèvres laissées en liberté, recevant les explications de l’une des soignantes, qui tenait dans ses bras une poule qu’elle flattait comme un petit chien. Nous sommes entrés dans l’espace réservé aux lapins, à quelques canards et poules. Et nous avons observé les canetons jusqu’à ce que Tempête obtienne le privilège d’en tenir un. Un bébé dans les mains d’un bébé…

Comme nous étions peu nombreux, les filles ont pu nourrir les cochons de morceaux de tomates maladroitement jetés dans la souillure – ils ne leur en ont pas tenu rigueur !

Elles ont été aussi aux premières loges pour découvrir les poussins nouveaux-nés serrés sous leurs lampes chauffantes ou pour flatter les moutons, bêlant en ligne pour attirer leur attention.

La visite terminée, et après un détour par la ruche (à mon corps défendant), nous avons marché jusqu’à la serre abritant les papillons. Ils voletaient, magnifiques, dans une serre bien chauffée. Il n’y avait que nous cinq et des dizaines de papillons se perchant sur nos tuques d’automne et nos sacs à dos. Une belle découverte à peine altérée par les cris d’orfraie poussée par ma petite dernière, peur des insectes oblige.

Un détour par le marché couvert, écourté par l’impatience enfantine à l’approche du repas, mais définitivement à redécouvrir : envoyant les enfants à la voiture avec leur père et grand-mère, j’ai bénéficié de quelques minutes pour acheter plusieurs fromages, des œufs frais et un yaourt de ferme…

Nous avons choisi de nous arrêter à la boulangerie le Garde-Manger de François pour le lunch. Une boulangerie installée depuis plus d’un siècle, et qui recèle de trésors, à l’image de son pain curry-noix-érable, que nous dénichons habituellement au marché de Longueuil. Point de photos ici, tout a été dévoré bien trop vite, mais les options végétariennes ne manquaient pas, comme mon sandwich aux légumes grillés agrémenté d’une mayonnaise épicée, ou le sandwich au pâté de lentilles de mon conjoint, qui ressemblait à s’y méprendre à des rillettes. Une superbe adresse !

Tarifs de la ferme : 12 dollars duo adulte (ferme + papillonnerie) et 6 dollars le duo enfant (gratuit pour les 3 ans et moins.

-Lexie Swing-

Le défi de saison : ranger les vêtements d’été

Au changement de saison s’est imposée l’urgence du tri des commodes. Si je fais fi du ménage de printemps et des vide-greniers estivaux, je ne peux décemment pas ignorer les piles de pulls qui débordent des commodes l’hiver fini, ni les mains bleuies de mes enfants une fois l’automne installé. Ayant affronté avec commisération la vision des enfants dûment gantés et chapeautés dans la cour d’école il y a quelques jours – tandis que ma propre fille tentait tant bien que mal de retenir sa capuche tout en gardant ses mains au chaud dans les poches de son imperméable – je suis passée à la vitesse supérieure et ait attaqué le rangement des placards à vêtements.

Je déteste trier les commodes. Je ne sais que faire des vêtements trop petits, j’en ai trop pour tous les stocker et oublie fréquemment de les porter à un repreneur quelconque. Je fais des sacs de jolies choses pour les enfants plus petits de mes amis, que j’oublie de leur donner. L’hiver est à l’horizon et les sacs abritent encore des shorts souples et des t-shirts manches courtes. Tempête étant plus grande que sa grande sœur au même âge, et les filles ayant seulement deux ans et demi de différence, je transvase désormais avec une joie non feinte les vêtements d’une commode à l’autre. Restent les affaires hors-saison et tout le trop-petit.

Les piles, finalement, s’ordonnent. Jeans et leggings en deux tas alignés, t-shirts manches longues, jouxtant les t-shirts manches courtes, jupes et robes suspendues dans la penderie et pulls maladroitement pliés. Je savoure un instant ce tableau cubique.

Il ne durera qu’un instant, justement.

Mon tableau cubique est devenu une peinture baroque. Il s’en est suffi d’une journée, et d’un habillage matinal pour que les piles soient retournées. Je suis toujours fascinée par cette facilité déconcertante qu’ont les enfants de jeter un vêtement froissé au milieu d’un tiroir, sans un atermoiement sur l’impossibilité subséquente à trouver un vêtement à porter. «J’ai rien à me mettre», se plaint l’adolescente accro au shopping en lorgnant sur votre porte-monnaie. «Commence par ranger ta commode», ai-je envie de rétorquer.

Cela fait quelques jours à peine, et les tas sont sens dessus dessous. Les culottes prises dans les cols des chandails, les gilets dissimulés sous les pantalons. Le tiroir des chaussettes est une masse informe de cœurs solitaires et ma fille porte avec bonheur des couples dépareillés (mais unanimement rayés, parce que j’achète des amoureux en série).

Le placard de sa petite sœur, pourtant plus récemment trié, n’est d’aucun secours. Si seules les cases les plus basses – pyjamas et sous-vêtements – lui étaient initialement accessibles, son penchant pour les hauteurs, et l’escalade des meubles en tout genre, a eu raison des cases «t-shirts» et «pantalons», qui tombent dans la panière de linge sale en fonction de ses dédains.

Et sinon, est-ce nécessaire d’épiloguer sur les 90% de vêtements de leur garde-robe qu’elles ne porteront jamais parce que «c’est moche», «ça gratte» et «c’est trop serré»?

Bref, je me retiens de tout brûler. Mais je sais qu’il y a parmi vous des ordonnés compulsifs. Alors dites-moi tout : quel est votre secret?

-Lexie Swing-

Ma tête en l’air

Hier, j’avais pensé au sac à lunch mais j’avais oublié les couverts. Vendredi dernier, j’avais zappé la casquette par journée de grand soleil et forte chaleur. Et le mardi d’avant, j’avais carrément laissé le sac dans la voiture, avec la collation fromagère dedans. Je suis cette mère-là, cette personne-là. Je cuisine tout, j’achète des produits biologiques, j’œuvre chaque soir à préparer les repas de ma fille avec elle afin qu’elle ait la conscience et la responsabilité de ce qu’elle mange – et ça marche, elle dévore! – mais j’oublie tout.

Mes proches ajouteraient même volontiers j’en suis sûre : «Et elle ne trouve rien». J’ai l’art de chercher ce qui se trouve littéralement sous mon nez. Un défaut entre mes yeux et ma raison peut-être. Comme si, tant que je cherche, mes yeux n’envoyaient pas le signal que ce que je cherche se trouve justement là. C’est drôle car c’est une caractéristique que l’on attribue volontiers aux hommes. Sur les dessins humoristiques, dans les blagues de couples, on entend souvent cette scène typique : l’homme qui fouille dans les placards, criant que le sel n’y est pas, et la femme qui déboule et se saisit de l’objet convoité, se trouvant bien entendu juste là, sous son nez. Dans mon couple, dans ma famille, je suis celle qui cherche. Ce matin je ne voyais pas mon téléphone, posé près de mon clavier d’ordinateur. Samedi, je cherchais en vain l’ouvre-bouteille, suspendu sur le mur. Deux fois de suite, je l’ai cherché. Alors que je l’avais reposé strictement au même endroit. Ma seule issue est de mettre les choses à un endroit précis, et de m’y tenir. Comme si mes mains avaient plus de mémoire que mes yeux. Malheureusement le rangement n’est pas non plus mon affaire.

Comme mère, je me repose sur mes filles, leur enseignant ce vide que je ne parviens pas à combler. J’énumère à voix haute les choses que l’on doit prendre, pour être certaine de ne rien oublier. Mon aînée me tance : «Pourquoi répètes-tu ça chaque matin maman?». Alors je lui dis la vérité. Je la lui ai dit ce matin, quand elle m’a reproché de lui mentionner de prendre son sac comme chaque matin. «Ce n’est pas pour toi que je le dis chérie, c’est pour moi. Je sais que toi tu y penses, mais moi je n’y pense pas toujours. En te le disant, je me le remémore.» Elle a compris, elle savait déjà. Elle a remarqué, je sais. Et ça l’agace, comme bien d’autres avant elle. Mais je veux qu’elle sache que nous vivons tous avec des faiblesses et que les accepter est déjà faire un pas pour les combler.

Je sais aujourd’hui que ce n’est pas un défaut de concentration, ou un désintérêt de ma part. Ni même que je «ne sais pas chercher» comme je l’entends depuis 25 ans. Tout au plus est-ce augmenté par la fatigue que je ressens depuis quelques années à cause des nuits hachées. Je suis convaincue, à l’image de la maladresse, à l’image de la plupart des incapacités, qu’il s’agit d’une question physique, peut-être dans mon cas d’une souplesse du cerveau. Et nous avons beau nous agacer de voir notre fille renverser encore et encore son jus de fruit ou son pot de yogourt, tous les «mais fais donc attention, concentre-toi» du monde n’y changeront sûrement rien. Concentrée sur autre chose – la conversation, le morceau de chocolat en arrière-plan qu’elle souhaite attraper, le dessin qu’elle a gardé près d’elle  en mangeant même si elle n’a pas le droit – elle renverse immanquablement. Peut-être que son cerveau calcule mal les distances ou fait fi des obstacles. Pourquoi certains ont-ils les mains comme des savonnettes et ont déjà brisé la moitié de l’argenterie familiale? Difficile à dire.

J’ai cessé de croire qu’on pouvait se changer ou changer les autres en matière d’oubli et de maladresse, surtout à coup de reproches et de phrases impulsives. Au même titre qu’on admet qu’une personne est plutôt forte en maths ou mémorise toutes les dates historiques, nous devrions être capables d’admettre que nous sommes fabriqués différemment et capables de choses variées. On devrait apprendre à pallier nos incapacités plutôt que de vouloir systématiquement les changer. Alors nous enseignons de nouvelles habitudes : poser son verre plus loin, garder son yogourt dans l’assiette. Et nous appliquons les nôtres : afficher la liste des choses à prendre, ranger toujours au même endroit. Et puis s’appuyer sur les autres. Il y aura toujours ceux qui se souviennent de tout, ceux qui trouveraient une aiguille dans une botte de foin serrée, ceux qui ont su jongler de façon innée. Il y a ceux qui se souviennent systématiquement des dates, et ceux qui mémorisent toutes les anecdotes. Il y a ceux qui peuvent décrire n’importe quelle scène et n’importe quelle tenue, et ceux qui sont capables de reproduire les intonations et les phrases prononcées avec exactitude.

Au lieu de se demander sans cesse pourquoi nos proches sont si maladroits, nous pourrions commencer par nous demander en quoi ils sont bons. Et nous appuyer sur eux, comme ils s’appuient sur nous. Pour ensemble avancer. On dit souvent que ça prend un village, pour éduquer un enfant. Moi je pense que ça prend un village pour vivre, tout simplement.

Et vous, à quoi êtes-vous bons?

-Lexie Swing-

Ces bras qui ont tant compté

Ils enlacent et caressent, ils rassurent et apaisent, ils gesticulent à l’heure du conte et s’engourdissent, à celle de la sieste. Ces bras-là, ceux que nous avons cherché, mesuré, soupesé du regard, ceux que nous avons serré nous-mêmes parfois. Ces bras qui ont tant compté. Ces femmes et hommes qui les accompagnées, de leurs premières découvertes à leurs premiers apprentissages.

Ce seront pour toujours ces bras dont nous nous souviendrons. Il les fallait forts pour accompagner les premières valses, pour guider et porter, pour apprendre. Nous les avons choisis, leur avons fait confiance, pour soutenir ces premières danses. Ils ont eu plusieurs noms, surtout des noms de femmes. Je les oublierai peut-être – les noms se rangent mal dans ma mémoire personnelle – mais je n’oublierai pas ces bras grands ouverts, ou fermés sur leurs épaules. Ces bras rassurants, qui ont aimé mes filles comme les leurs. Ces voix apaisantes, ces sourires amusés, cette envie de les faire avancer, de les conduire à l’autonomie.

Je n’oublierai pas comment mes filles les ont serrés fort, comme elles s’y sont accrochées, pour ne pas vaciller. Je me souviendrai de toutes les fois où j’ai surgi le soir et aperçu par la vitre embuée leur petit corps blotti sur une hanche, coincé sous la pliure d’un coude. Je redessinerai l’arc solide des épaules et les mains franches, qui ont servi d’appui aux foulées imprécises. Je saurai que ces bras-ci ont porté haut et loin, sur la grande glissade, sur la dernière prise du mur d’escalade, et qu’ils ont poussé fort les balançoires, sous leurs cris ravis.

Ces bras sont ceux qui m’ont donné la place nécessaire pour devenir leur mère, même quand parfois ce sont eux qu’elles ont appelé «maman». Je n’en ai jamais connu de jalousie, vous étiez leur figure maternelle un peu vous aussi. Vous vous êtes succédé, avec le rythme qu’imposent les déménagements et l’évolution propre à l’enfant. Vous avez laissé la place à d’autres, avec le cœur que je savais parfois gros. Vous disiez «je me souviendrai toujours d’elle», et je sais que ce n’est pas forcément vrai. Mais nous, nous souviendrons toujours de vous. Vous avez été nos bras, vous nous avez permis d’exister en tant que personne propre.

Nous avons créé à chaque saison pour vous des cadeaux parfois ratés. Privilégiant la générosité enfantine à celle de notre portefeuille. Une façon maladroite de vous dire merci, merci pour toujours.

Alors merci, je n’oublierai pas.

-Lexie Swing-

Brèves de fin d’été

La fin de l’été apporte toujours son lot de surprises, de joies, et de déconvenues. Elle transporte aussi son lot de promesses. C’est le renouveau, les résolutions qu’on ne tiendra pas toujours, les calendriers que l’on abandonnera, les listes qu’on oubliera quelque part. Ce sont les nouvelles activités, les nouveaux parcours, les nouveaux visages parfois. Chez nous, elle a été à la hauteur de l’étape : chaotique, mais gratifiant, entre sommets (du grand module de jeux) et pleurs (pas toujours ceux des enfants). On se fraie un chemin, patiemment, dans cette jungle de choses nouvelles et d’inscriptions en tout genre.

La rentrée…

… s’est bien passée! Rentrée progressive sur trois jours, en demi-groupes d’abord, puis en classe entière mardi. Pas facile d’avoir les informations qui nous intéressent («Mais tu es assise où exactement? Je veux dire, là c’est comme si j’étais face aux tables tu vois, donc toi tu es où si je suis là?»), heureusement ma fille a l’esprit pratique et disert. Sa première vraie journée – longue – a eu lieu hier. La laisser au service de garde s’est avéré plus compliqué qu’espéré, pas toujours évident quand on ne connaît pas encore le système soi-même et que l’enfant assiste à nos errements (de salles, de collations, d’horaires) et nos approximations. Son moment clé de la journée a été le lunch, ses petits rouleaux de tortillas au fromage à la crème, ses petits légumes à la croq’ pas d’sel, et son yogourt à la confiture Bonne Maman.

Le chien…

… va mieux! Le rythme n’est pas toujours évident à suivre, entre l’ordre des différentes gouttes à lui mettre dans l’œil et l’antibiotique par voie orale qui nécessite que son ventre soit plein. Un détail qui devient vite une difficulté lorsque l’on a un chien qui manque d’appétit au petit matin. Je suis devenue pro du tartinage de croquettes (//spoiler : il adore le caramel et le fromage frais//). Nous avons la chance d’avoir un chien extrêmement résilient qui subit son traitement sans broncher depuis déjà bien trop de jours.

La nourriture…

… est toujours une obsession! Nous portons, depuis maintenant plusieurs années, une attention croissante aux produits que nous achetons et cuisinons. Je suis devenue totalement végétarienne il y a maintenant plus d’un an, entraînant de fait ma petite famille dans mon sillage. Je suis la seule à avoir totalement évincé la viande et le poisson de mon alimentation mais étant la principale maîtresse des fourneaux, force est de constater que c’est l’alimentation de toute la famille qui a évolué! Depuis longtemps, nous cuisinons la plupart de nos repas, réservant le tout-préparé aux soirs de flemme et fatigue (aka, les vendredis soirs). La donne change lentement, à mesure que la réduction des déchets et la réduction du budget nourriture font leur entrée chez nous (*Bobo un jour, …*). Aujourd’hui, ce sont les repas entiers, de l’entrée aux desserts en passant par les brioches du dimanche matin, que je prépare a mano. La fin des vacances et l’école auront-elles raison de mes aspirations? Probablement! Mais je ne m’avoue pas vaincue! Alors n’hésitez pas à me partager vos bonnes idées repas, celles qui sont faciles, rapides, goûteuses, sans trop de déchets et parfaites pour un vendredi soir. Parce que ce qu’on mangerait bien un vendredi soir, on serait prêt à le manger tous les soirs de la semaine. Une tartiflette, quoi ;)

Les activités…

… reprennent. Même si, en réalité, elles ne s’étaient jamais vraiment arrêtées. De quoi sera faite cette nouvelle année? Devrait-on continuer le karaté, passionnant mais éreintant, considérant la fatigue nouvelle de l’école? Sans parler de l’horaire de ministre que nous impose le fait d’aller porter et rechercher nos enfants dans deux lieux différents. Train, garderie, école, souper, karaté, bain, dodo, vous le voyez, vous, le burn-out qui se profile? Bref, on tatônne encore, entre «ça serait bien…» et «je vais craquer, si…»

Et sinon, j’ai lu…

… No home, de Yaa Gyasi, une vraie pépite! Je l’ai déjà prêté bien sûr! J’ai aussi prêté la version anglophone du Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates. Il a fait plusieurs mains déjà et je ne suis pas certaine de savoir où il est rendu désormais. J’ai adoré ces deux livres, tous deux très différents, mais qui sont à chaque fois des histoires de femmes, avant tout. En commande, j’ai La Tresse, de Laetitia Colombani, et La femme qui voit de l’autre côté du miroir, de Catherine Grangeard et Daphnée Leportois. C’est drôle car je vois souvent des gens parler de PAL, faisant référence j’imagine à la pile de livres à lire à côté de leur lit, mais c’est quelque chose qui ne m’est jamais arrivé (sauf retour de la bibliothèque). Qu’on me prête ou m’offre un livre (ou que je me l’offre moi-même), je me dois de le lire instantanément. Et comme je lis partout (cuisine, bain, dans mon lit, dans le train, dans la rue, et même en attendant que mon café coule ou qu’une réunion commence, au boulot), je lis rapidement. On peut littéralement parler de binge-reading, est-ce que vous en faites aussi? Quel est l’endroit le plus incongru où il vous arrive de lire?

Bon mois de septembre! N’oubliez pas de donner des nouvelles :)

-Lexie Swing-

Crédit photo : Vue de Montréal, par Matt Hickey