Les belles adresses de Saint-Jean-sur-Richelieu

Hier, nous avons passé une partie de la journée à Saint-Jean (aux musettes – j’aurais toujours cette phrase dans la tête). Saint-Jean-sur-Richelieu, capitale des Montgolfières au détour du mois d’août, a un secret bien gardé : des petites boutiques, créées par des entrepreneurs locaux. Des magasins qui ponctuent la balade, des restaurants et cafés qui permettent une pause méritée certes, mais surtout savoureuses.C’est pour deux de ces initiatives que j’avais envie de venir hier à Saint-Jean-sur-Richelieu. Un article listant quelques bonnes adresses pour enfants sur la Rive-Sud m’avait permis de découvrir en photos l’une des plus belles boutiques pour enfants du coin. Lors des vacances de Noël, j’avais même enfin mis les pieds dans la ville pour découvrir les plaisirs de Machin Chouette, une salle de jeux locale absolument géniale installée dans la zone attenante au centre-ville. Il fallait que je revienne, j’avais vu bien trop de boutiques alléchantes.  Pour bien commencer notre visite, nous avons d’abord cherché un joli endroit pour se sustenter. Toute bonne exploration commence par un remplissage de ventre, n’est-ce  pas? En retrait par rapport à la rue, nous avons suivi un panneau inspirant et poussé la porte de MJ et Cie, un joli café-salon de thé. La vitrine de desserts nous a accueillis – un excellent moyen de retenir les corps affamés. La salle, petite, était à elle seule une invitation : des banquettes remplis de coussins, des tables en bois, des petits objets faits mains à vendre ici et là, et de jolis cadres au mur.La grande ardoise, au dessus du comptoir, regorge de plats appétissants, tant pour les convives qui aiment les recettes carnées que pour les végés et véganes. Notre table en sera un bel exemple : un sandwich brie-poulet-oignons caramélisés-mayonnaise corsée, un autre dinde-chutney de mangues-chèvre, et même un jambon-fromage-mayonnaise-salade, gentiment coupé en deux et réparti dans deux assiettes, pour mes filles. Pour mon amoureux et moi, les plats véganes ont eu notre préférence avec un sandwich aux légumes grillés et « parmesan » (levure alimentaire) absolument savoureux (pour moi) et un cari de légumes bien relevé (pour lui). A noter que tout est fait maison, et ça se sent! On y mange comme chez cette amie qui connaît les accords parfaits et les recettes les plus savoureuses. La façon de s’adresser à nous, chaleureuse et arrangeante, en est d’ailleurs un autre exemple. Les produits y sont beaux, généreux. On en redemanderait bien, mais les desserts nous font de l’oeil.Malgré nos ventres déjà bien remplis, nous avons donc fini sur une note sucrée. Je réalise en l’écrivant que chacun y est allé avec sa préférence et que nous avons encore une fois réussi à tester à nous tous la moitié des mets proposés. Gâteau au fromage, verrine chocolat-caramel salé ou red velvet, biscuit graines de courge et chocolat, et des macarons pour mes filles, qui choisissent en toutes circonstances ces douceurs très sucrées et très colorées qui tiennent facilement dans le creux de leurs mains.Ainsi repus, nous avons pu traverser à pied le chemin de fer – j’adore! – et descendre jusqu’à l’une des grandes rues du Vieux Saint-Jean. J’avais une destination en tête : Le Petit Cocon, le magasin de livres et jouets que j’avais admiré depuis l’extérieur. Une chose est certaine : l’intérieur est encore mille fois supérieur à ce que j’avais imaginé. L’endroit est rempli d’objets et accessoires pour les tout-petits, de jeux pour tous les âges et de livres superbes. Il est de ces magasins où vous vous arrêtez à chaque pas en soupirant « j’aimerais acheter ça, et ça aussi! ».Notre choix s’est finalement porté vers un objet en bois créé par la marque local Castor et compagnie. Sur la planche en bois, des petites plaques à choisir parmi celles proposées en magasin avec les tâches que vous souhaitez voir votre enfant accomplir au quotidien. A côté, un petit personnage qui se promène entre les cases « A faire » et « Fait ». Conseillé dès 5 ans, il a déjà trouvé son public auprès de B. mais aussi de sa petite soeur, qui se fie aux dessins pour savoir quoi faire. Autre achat, un de ces animaux bondissants que Tempête a pu chevaucher dans le magasin et qu’elle demande depuis longtemps.

Nous reviendrons. Pour la déco – avez-vous déjà vu les adorables veilleuses de A little lovely company? – pour les jouets (comme le Toy Van, que j’adore) – pour les boites à lunchs, vu que la maternelle se profile pour nous. Et puis pour les livres surtout, soigneusement rangés devant le mur de briques. De ces murs que vous rêveriez d’avoir chez vous.

Et c’est un peu comme ça qu’on se sent ici, chez nous. Que ce soit chez MJ et Cie ou au Petit Cocon, on se sent bien, tranquille, presque en famille. La gentillesse inégalable des propriétaires et/ou employés est à elle seule une raison de revenir.

-Lexie Swing-

Célébrer mes droits chaque jour

Chaque année pour la journée des droits des femmes, le 8 mars, je partage des articles, des graphiques et quelques idées folles. Parfois j’écris, mais souvent non. Parce que ce que je voudrais écrire est dit plus joliment par d’autres, mais aussi parce que je ne me suis jamais limitée à une journée pour évoquer nos droits et ma quête de l’égalité. Je pourrais en parler aujourd’hui, mais je le ferai plutôt demain.

J’ai des droits tous les jours de l’année, aujourd’hui aussi c’est vrai, mais pas plus qu’un autre jour (sinon j’en profiterai). Grâce à l’endroit où je vis, j’ai des droits plus marqués que certaines de mes pairs. Des droits que je voudrais mentionner.

Aujourd’hui je porte une robe. Ma seule difficulté a été de savoir si j’avais une paire de collants viables – ça ne m’arrive pas souvent avec les collants. Personne chez moi ne m’a fait de remarques sur la longueur de ma robe. Personne dans la rue ne m’a interpellée pour souligner dans un langage fleuri le fait que je porte une robe et ce que cela provoquait au niveau de l’entrejambe de ses pantalons. Personne dans mon travail n’a posé sa main sur ma hanche parce que ma robe appelait ce geste, personne n’a non plus jugé que ma tenue n’était pas appropriée pour travailler, au motif que cela déconcentrait une part majoritaire, sinon importante, de mes collègues. J’en ai le droit mais ça n’a pas toujours été le cas.

Aujourd’hui, je fais le travail que je souhaitais. J’ai été recrutée pour mes compétences, à défaut de mon expérience. On a valorisé ma capacité d’apprentissage, mon entregent, mes qualités rédactionnelles, mon goût pour l’organisation d’événements, mon altruisme. Personne n’a mentionné mon tour de poitrine, le dessin de ma bouche ou la courbe de mon fessier. Personne n’a posé le regard dessus ni n’a fait un sous-entendu chuchoté de façon parfaitement audible à l’oreille de son plus proche collaborateur. J’en ai le droit, mais ça n’a pas toujours été le cas.

Aujourd’hui je dis fièrement que j’ai fait 8 ans d’études, plus un trimestre à l’étranger. C’est plus que nombre de gens avec qui je travaille. J’ai choisi les études que je voulais faire, et après avoir obtenu une licence en droit je me suis réorientée. J’ai fait de nouveau un choix après avoir fait un master en sciences politiques, et un autre après avoir fait Sciences Po Toulouse. On ne m’a jamais dit que ce n’était pas ma place, que je n’avais pas l’esprit pour. Et je ne me suis jamais sentie moins bonne ou moins écoutée en raison de mon sexe. J’en avais le droit. Ça ne s’est pas passé comme ça pour toutes mes amies.

Aujourd’hui ça fait 5 ans que je suis maman. Deux fois. J’ai pu choisir quand avoir mes enfants. Utiliser une contraception quand je n’en souhaitais pas d’autres. Prendre de longs mois de congé pour m’en occuper alors qu’elles étaient bébés. Partager ce congé avec leur papa. Retourner travailler quand j’ai jugé que le moment était venu et trouver une garderie en conséquence. J’en ai le droit. Toutes les femmes ne l’ont pas.

Nos droits, en tant que femmes, restent maigres, marginaux. On peine à gravir les échelons, à repeindre la grande murale. On en est à devoir changer le monde une femme à la fois quand on aurait le goût de donner des coups de pieds dans tous les clichés, les représentations faussées et les écarts en tout genre.

Malgré tout, je suis contente de me sentir de plus en plus libre. Le lieu où je vis mais aussi les accomplissements et mon âge (grandissant) m’ont peu à peu permis de me débarrasser de mes entraves. Plus personne n’arrive à me faire douter de mes possibilités pour des questions de genre, nul ne se permet de remettre en cause mes acquis. Cela signifie-t-il que le combat est terminé ? Pas du tout. Il ne fait même que commencer. Car débarrassée de mes chaînes, je travaille désormais à une cause plus grande que moi. Celle des femmes de par le monde, celle des femmes en devenir, celle de nos filles. Et peut-être que c’est là le véritable féminisme, synonyme littéral d’altruisme: voir plus loin que sa propre expérience, que son propre quotidien. Comprendre que ce n’est pas parce que « moi, je » suis libre, que les autres le sont, et que nous le serons toujours. « Féministe, tant qu’il le faudra » martèle un pin’s que m’a récupéré une amie chère. Féministe pour toujours, donc.

-Lexie Swing-

Photo : Gabriel Sanchez

Changer de métier

Ce que l’on voit de soi n’est pas le reflet de ce que les autres aperçoivent de nous. C’est vrai dans de multiples domaines : le physique, la sociabilité, mais aussi la réussite professionnelle.

Je suis passée d’un métier qui, par essence, est un domaine perverti de fausses impressions, à un autre, qui paraît beaucoup plus terre-à-terre mais qui reste somme toute méconnu.

Lorsque je parle de mon ex-métier de journaliste et que l’on me demande ce que j’y faisais, je dis que j’écrivais des portraits, que je couvrais les petits procès au tribunal. Parfois j’ajoute que j’ai couvert un festival de jazz. C’est ce qu’on veut entendre, enfin je crois. C’est surtout plus facile à décrire. Cela répond à l’idée que l’on s’en fait. Pourtant, il ne s’agit qu’une d’une partie minime, le morceau immergé de l’iceberg. Le quotidien était bien différent. Vous voulez vous faire une idée? Voici le type de titres que j’aurais rédigé, il y a presqu’une dizaine d’années :

« Collision majeure sur l’A2 »

« Les riverains de Bouchon-les-Orties en guerre contre l’entreprise Machinchouette » (et il aurait fallu couper car le titre aurait été trop long)

« Journée sportive pour les retraités de Saint-Jean »

Nous parlions de problèmes locaux : la circulation, les événements de la ville, les industries et domaines propres à notre secteur géographique, les écoles, les artistes du coin. Être journaliste local implique d’être polyvalent dans les domaines sur lesquels on écrit – c’est certain, mais cela revêtait une autre réalité aussi : suivre une actualité qui ne représentait pour moi qu’un maigre intérêt.

La première fois que je me suis sentie chez moi, j’avais 28 ans et je venais d’arriver à Montréal. Avant ça, et depuis celle que je considère comme ma « hometown » – Clermont-Ferrand – il n’y avait pas eu de chez moi. Or pour bien traiter une actualité locale, il faut la vivre, en comprendre les enjeux, s’y intéresser ou prétendre le faire. Et ce n’était pas mon cas. Je n’étais pas de là, ne souhaitais pas y rester, n’y ai jamais rien établi. Ni relation, ni possession. Seul mon chien, mon solitaire au coeur sauvage, y trouvait pleinement son compte, s’enfuyant à la moindre occasion pour traverser les prés environnants ventre-à-terre, le museau au vent et les pattes boueuses.

Le métier n’était pas pour moi. Est-ce que cela aurait été différent, à un autre niveau, dans un autre type de périodique? En d’autres termes, aurais-je été épanouie dans un mensuel à débattre de la place de la femme dans la société et de l’éducation de nos tendres chérubins? Peut-être. Mais j’en doute. Car par delà le quotidien, et le manque d’intérêt des sujets, il y avait mille aspects qui me déplaisaient. Poser des questions dans un autre objectif que de simplement apprendre à connaître une personne. Chercher à avoir « la » phrase, la citation, celle qui fera un bon titre, ou une bonne conclusion, ou une phrase à mettre en exergue. Faire des micro-trottoirs sur des sujets insipides et/ou racoleurs. Appeler pour obtenir une info. Appeler pour confirmer une info. Appeler pour obtenir une info sur quelqu’un qui est mort brutalement. Appeler pour obtenir une info sur quelqu’un qui est mort brutalement et comprendre que le correspondant n’avait pas encore eu vent du décès. Modérer les commentaires. Rencontrer des gens importants qui n’ont rien à dire. Rencontrer des gens passionnants qu’on censurera faute d’importance. Rencontrer des gens qui vous appellent « la petite stagiaire ». Rencontrer des gens qui ne veulent pas être interviewés par une femme. Corriger des articles sans queue ni tête. Trouver des titres pertinents de moins de 20 caractères. Signer un article dont le fond a été coupé huit fois et la conclusion modifiée.

Un jour je vous parlerai de tout ce que j’aimais quand même dans le journalisme. Les toasts au foie gras en tête.

Lorsque je suis arrivée à Montréal, j’ai cherché et rapidement trouvé un emploi comme journaliste. J’ai candidaté pour ce que je connaissais, et c’est tant mieux. J’arrivais en terre inconnue, avec un jeune enfant et peu de sous en poche, à cet instant mon expérience de rédactrice était ce que j’avais de plus tangible, et de plus rassurant. Cet emploi m’a permis de faire mes premières gammes comme Montréalaise, il m’a donné la confiance nécessaire, et les contacts.

Qu’importe comment je m’y sentais, à la fin. Et qu’importe également que le journalisme n’ait jamais été tout à fait pour toi. Bien souvent je me suis demandée ce que ma vie professionnelle aurait pu être, si je ne m’étais pas « trompée ». Et puis j’ai décidé qu’elle avait été ce qu’elle devait être. Avec le journalisme, j’ai appris la curiosité, j’ai enrichi ma culture, j’ai résisté à la pression, j’ai fait de magnifiques rencontres et surtout j’ai avancé. Je n’ai pas fait demi-tour, il y a un an. J’ai juste enjambé un pont, choisi une autre voie. A cet instant de ma vie, j’étais arrivée face à un croisement. Je pouvais choisir de continuer comme rédactrice. Je faisais du bon travail, j’aurais certainement été une bonne coordonnatrice de contenu. On me l’a proposé. J’ai observé le chemin. Il était connu oui, tangible, existant. Il était une prolongation, une départementale toute droite. De celle que l’on connaît si bien que l’on finit par s’y planter, au premier clou venu. J’ai tourné à gauche, j’ai choisi l’aventure. C’était comme sillonner les Rocheuses à bord d’une Ford Fiesta.

Ça tombait bien, j’avais toujours été bonne conductrice.

Trève de métaphores. Je voudrais surtout dire à toutes celles et tous ceux qui choisissent une autre voie qu’ils doivent cesser de regarder en arrière, en se demandant à quoi leur vie aurait ressemblé si… Nous avons pris les chemins que nous jugions possibles, nous avons parfois suivi des routes que d’autres avaient tracées pour nous. Et même si la maturité finit par nous montrer que ce n’est plus la bonne voie pour nous, qu’importe? Faites la liste des compétences acquises, dressez le bilan de vos envies, et virez de bord. On a le droit d’avoir plusieurs vies dans une vie. Le métier qui vous correspondait il y a dix ans n’est peut-être pas celui qui est fait pour vous aujourd’hui. N’ayez pas de regrets, vous n’avez rien gâché, seulement gagné en expérience.

Est-ce que vous vous êtes déjà posé la question de changer de métier?

-Lexie Swing-

Photo by Robert Nelson

Être le vieux de quelqu’un

Ça a commencé avec un athlète. Un athlète au plus fort de son succès. Au top de sa carrière. Toutes ces années d’entraînement et enfin la consécration. Il avait atteint son objectif, il allait pouvoir prendre sa retraite.

26 ans.

Ça a continué avec une actrice. Une « fille de ». Longue carrière. Récente reconnaissance. Une trilogie et la consécration. La vie désormais rêvée, l’amour, le succès, les belles bagnoles, les robes qui ondulent sur ses hanches.

28 ans.

Ça a pris son envol avec elle. Médecin. Attentive. Cultivée. Elle dit « les enfants sont souvent comme ça », même si je sais qu’elle n’en a pas. Je lui concède ses connaissances même si elle n’en a pas l’expérience. Et lui demande de m’écouter, par le quotidien auquel je suis confrontée.

28 ans

Ça a atteint son point culminant avec un proche. Prof de sport de mes enfants et propriétaire de centres sportifs. Les enfants l’appellent monsieur, je l’interpelle par son prénom. Il apprend à nos enfants à évoluer dans notre société.

27 ans.

Ils sont des athlètes accomplis, des actrices reconnues, les professeurs et éducateurs de nos enfants, leurs maîtresses et maîtres. Ils sont parfois nos patrons, nos chefs de projets, nos homologues. Nos dentistes, nos ophtalmologistes. Elle est mon médecin.

Et ils ont moins de 30 ans.

Le coup de vieux !

Ils sont des gens d’expérience, spécialistes dans leur domaine. Je les crois, je leur fais confiance. Parfois je leur laisse même le bénéfice du doute.

Mais face à eux, mon esprit s’échappe souvent. Et en privé, dans des tablées de vieux comme moi, je ne peux m’empêcher de railler « je pourrais être sa grande sœur! ». Car ces gens là, pour ma tranche d’âge, c’est la petite sœur pénible avec ses couettes croches et son appareil dentaire. C’est le frangin à qui on a fait boire sa première shot de tequila à 13 ans. C’est le môme avec ses lunettes et son blouson trop grand qui devait rentrer avec nous à la fin de l’école, pour ne pas qu’il se perde. C’est la gamine qui rigolait comme une baleine avec son groupe de copines toutes identiques.

Ils sont mes jeunes à moi, mes petits. Tout en étant sûrement les vieux de quelqu’un, eux aussi. Ils ne sont, heureusement, pas des gens que j’ai côtoyés enfants. Je ne sais pas si je pourrais donner du crédit aux propos de quelqu’un que j’ai vu découvrir un jour avec ravissement ses crottes de nez.

Nous avons vieilli. Et eux aussi !

(Mais on reste plus matures, forcément).

Et vous, vous êtes le vieux de qui ?

-Lexie Swing-

Photo : Kyaw Tun

Pourquoi tu cries

Elle m’a dit « Pourquoi tu cries Maman, elle te comprend pas mieux quand tu cries ». C’était juste et c’était des mots que j’avais moi même dit, quelque temps avant.

Pourquoi tu cries. Je le leur dis à elles, quand elles se chicanent, privilégiant la puissance des cris face au poids des mots. Je leur dis quand elles s’époumonent, frustrées que le repas n’arrive pas assez vite ou que l’heure du coucher débarque encore trop tôt. Je lui dis, quand il élève la voix pour des broutilles, quand le poids de la journée est rendu trop lourd à porter et qu’il cherche à s’en décharger. Je lui dis encore, quand il confond consignes et ordres, respect des règles et obéissance aveugle.

Je leur dis et puis je crie. Je crie le matin parce qu’elles niaisent une chaussure à la main alors qu’il faudrait partir. Je crie le soir, parce que la montagne de choses à faire est proportionnelle à ma fatigue, et que le dixième « on mange quoi Maman? » vient de rencontrer mon exaspération. Je crie la nuit, parce que c’est le réveil de trop, parce que je voudrais dormir, parce qu’elle voudrait dormir, et que malgré notre volonté commune, la fatalité d’une grosse toux ou la visite d’une série de cauchemars sont venus perturber durablement notre sommeil.

Certains jours je crie quand j’appelle, je crie quand je rappelle les consignes, je crie pour interdire, je crie pour disputer. Des fois je crie pour leur demander d’arrêter de crier.

Et là on frappe un mur. Tout le monde se regarde interdit: « Mais pourquoi tu cries Maman? »

C’est vrai ça, pourquoi je crie ? Discerne-t-on mieux ma voix, par dessus la mêlée? Est-ce que je profite ainsi d’une meilleure écoute ? D’un plus grand respect des consignes ? Est-ce que même je trouve une satisfaction, ou un certain repos, après avoir crié?

Et quel exemple, finalement, est-ce que je donne ? Qui devrais-je incriminer, lorsque mes filles crient pour quémander du chocolat, crient pour refuser le bain, crient pour se faire entendre, crient pour se faire comprendre. Qu’elles crient d’habitude et non de colère, qu’elles crient comme on pleure, comme on sourit: comme ça vient et puis pourquoi pas puisque c’est le mode de communication chez moi.

Alors on a décidé que c’était fini, de crier pour rien. Les petits, les grands, et pourquoi pas le chien, qui gémit comme il danse, en battant la cadence. Que le moment était venu de se réapproprier les mots, le ton qu’on y met et la puissance qu’on leur accorde. Qu’un chuchotement bien formulé vaut autant que mille phrases hurlées.

Et que le jour où je crierai tu m’entendras, et m’écouteras. Tu sauras que c’est grave, tu sauras que je n’en peux plus, parce que ce sera la toute première fois, et non juste une de plus.

-Lexie Swing-

Photo : Rhendi Rukmana

3 façons d’acheter différemment

Quand, il y a quelques mois, nous avons plongé les yeux dans nos dépenses afin de circonscrire le flot continu, nous savions qu’il y avait quelques trous. Comme tout le monde, nous laissions parfois aller nos achats, nous équipant de manière plus ou moins compulsive. Mais ce qui nous a surpris, une fois l’application Mint installée, a été de constater le montant d’argent dépensé certes, mais surtout le nombre de dépenses, le nombre d’achats et de paiements faits, et leur fréquence. Ils pourraient se résumer ainsi : un café au Starbucks, une brioche au Pain Doré, une jolie carte chez Papyrus, un beau stylo chez Indigo, une super promo chez Winners et une incontournable paire de jeans taille 2 ans chez Zara.

Je suis sûre que vous voyez de quoi je parle.

Je travaille en plein centre-ville de Montréal, j’ai une heure de pause le midi et les centres commerciaux sont accessibles par les souterrains depuis mon building. Je peux magasiner par -15 degrés en pull et bottines, entends-tu ça??

Bien sûr j’en ai profité. Ardemment. Mais l’étude de nos dépenses m’a mis face à cette réalité indubitable : je dépensais par ennui et non par besoin. Avec ce qui en découlait : je gâtais trop mes enfants parce que je trouvais toujours des bébelles à ramener, j’encombrais ma maison de choses inutiles, j’encourageais une consommation qui ne me correspondait pas (tsé le petit machin de plastique made in China?).

Alors on s’est imposé des nouvelles règles : moins d’achats, plus de réflexion, aussi plus de faits-maison dans les repas. On s’est mis à dépenser différemment, voilà comment.

1. Réfléchir avant d’acheter

J’écris cet article un sac Winners sous le bras, une histoire de cordonnier mal chaussé sûrement. Mais il n’empêche que l’item que je dissimule ainsi correspond en tout point à ce que je cherchais. C’est quelque chose dont j’avais besoin, pour une occasion précise. Et je me suis rendue chez Winners trois fois avant de trouver ma perle rare. Niveau rentabilité horaire, zéro, mais en termes de rentabilité objet, on est au top. La règle numéro 1 : n’acheter que ce qui a été voulu, soupesé, estimé. Et surtout ne jamais acheter par dépit. Car acheter quelque chose dont on sait qu’il n’est pas exactement comme on l’imaginait, c’est l’assurance de racheter à plus ou moins court terme un nouvel item, plus adapté. Et c’est valable pour les choses les plus bêtes. J’ai investi comme ça dans un épluche-légumes. Magasin de cuisine reconnu, marque bien sous tout rapport. Mais d’une inutilité crasse. J’avais bien vu qu’il n’était pas comme je cherchais mais tsé, c’était le seul du magasin. Et j’avais justement une soupe à faire ce soir là qui n’en pouvait plus d’attendre… le plan classique!

2. Consommer durable

Il y a quelques années, on nous a très gentiment donné deux gros sacs de bébelles. Le genre de petits gugusses en plastique fin, et des tas de mini accessoires. Il devait y avoir mille morceaux, au bas mot. Ma cadette n’était alors qu’un pépin de pommes et les sacs furent rapidement remisés. Mais maintenant que l’on pourrait les ressortir, voilà qu’ils nous donnent de l’urticaire. Des affaires toutes croches, qui ne tiennent pas vraiment. Des petits bouts, tout le temps, partout, qui glissent dans les coussins du canapé et collent aux poils du chien. Résultat, ils ont réintégré leurs sacs plastiques et partiront bientôt pour d’autres cieux que les miens. Alors pour ne point encombrer plus notre vie, nous avons mis un terme aux petits jouets inutiles, aux bébelles de sacs surprises du supermarché et autres affaires de plastique. Je veux du solide, et surtout du « je te l’offre et tu as intérêt à jouer plus qu’une demi heure avec ». Hier nous avons arpenté Toys’r’us à la recherche de sucettes pour Tempête, l’occasion pour sa grande sœur d’ouvrir des yeux comme des soucoupes en s’exclamant qu’elle était arrivée au paradis (rien que ça). Et bien sûr en réclamant chaque chose qu’elle voyait. Absolument chaque petite chose. Et généralement des peluches moches et des crayons pailletés.

No way.

Et puis une chaise haute et un lit mais pas comme le lit que j’ai mais un autre lit, superposé, pour mes deux bébés.

Elle en a 5, un dortoir n’y suffirait pas.

Alors passé les caisses – et les bijoux et accessoires de coiffures Claire’ s, l’occasion de nouvelles demandes – j’ai pu échanger avec elle et lui demander ce qu’elle aurait choisi dans tout le magasin. Elle a dit la peluche moche (enfin elle n’a pas dit moche bien sûr, elle a dit « le petit tigre trop beau avec ses yeux qui font comme des paillettes »). Après elle s’est ravisée et elle a dit « Rocky et sa voiture ». (On a déjà mais passons). Et puis ce matin elle m’a avoué avoir bien réfléchi. Elle voulait – elle en était sûre et certaine j’en n’ai pas dormi de la nuit maman – elle voulait un cahier de jeux Peppa Pig. On est passé d’un lit superposé en plastique rose à un cahier de jeux Peppa Pig. Apprécie le sentiment d’accomplissement.

D’ailleurs on est sorti du magasin et elle m’a dit « je suis bien fière de ne t’avoir rien demandé maman ». Lol.

3. Réinvestir son argent

Le problème des items superflus, c’est qu’ils ne sont pas prévus dans le budget. J’imagine que tout le monde prévoit une case plus ou moins lousse de « divers ». Mais pas de « j’ai acheté un poney sur Groupon parce que je m’ennuyais à la job ce midi ». Pour acheter ce qui n’est pas vital, nous commençons donc par nous départir de l’existant. Je rêve de ce moule à tarte rectangulaire (chacun ses passions les gars), je vais donc commencer par revendre cette machine à jus dont nous nions l’existence depuis sa première utilisation. Les filles auraient besoin de quelques paires de jeans supplémentaires ? Pourquoi ne pas commencer par faire de la place dans leur garde-robe avec les paires trop petites. « Maman je voudrais le Livre du Loup qui part sur la Lune ». Miss Swing a donc choisi quelques jouets qu’elle n’utilisait plus et nous les avons mis en vente. Elle est à quelques dollars de pouvoir s’offrir le livre du Loup et j’ai bien hâte de voir son visage quand elle pourra donner elle-même son argent au caissier ou à la caissière de la librairie.

On est passé des bébelles du Dollarama à ma fille qui se paye ses propres bouquins, j’assume.

Mais croyez-moi, terminer la négociation d’une vente par « je ne souhaite pas descendre le prix plus bas, l’argent va à ma fille de 5 ans pour qu’elle puisse s’acheter des livres », ça fait son petit effet.

Pour tout ceux qui aiment les bonnes idées budget, je vous conseille d’aller faire un tour chez Béatrice. C’est le thème central de son blog et elle est pleine de ressources.

Et vous, comment consommez-vous ? Avez-vous des astuces ?

-Lexie Swing-

Photo : Matthew Henry

Fini le pouce!

Miss Swing suce son pouce depuis la nuit des temps, ou depuis ses premières nuits, c’est selon. Un acte pour lequel j’ai développé une véritable relation d’amour-haine.

Car le pouce était tantôt salvateur, tantôt obstacle (à la parole) et danger (pour les dents et la mâchoire). Il était le doudou facile que l’on a toujours avec soi et derrière lequel elle se cachait volontiers.

Après le tome précédent (« Sus au pouce ») et quelques jours durant lesquels le pouce avait été pourvu d’un pansement tant il était abîmé (le fameux duo « hiver + salive »), nous avions finalement laissé les choses suivre leur cours et Miss Swing reprendre son pouce bien-aimé.

Et puis en décembre dernier, sa nouvelle éducatrice, dans son nouveau CPE, nous a envoyé un courriel. Quelques mots avec lesquels elle soulignait que le pouce devenait un handicap. B. se cachait derrière, s’empêchant parfois de répondre. Plus encore, et nous l’avions remarqué durant ses cours de karaté, la succion entraînait invariablement une perte de concentration. Le pouce bien vissé dans la bouche, Miss Swing quittait le monde réel, allant jusqu’à oublier ce qui se tramait devant elle: prof, parents, petite sœur ou danger.

Alors avec son accord nous avons pris les devants. Nous avons demandé à notre grande fille quelle pouvait être la bonne solution selon elle pour arrêter le pouce. Les menaces n’avaient pas marché, il fallait passer au plan d’autonomie et de responsabilisation.

Finalement c’est en repensant à la précédente réussite des pansements que nous avons imaginé une solution plus durable : le gardien de pouce, ou cache-pouce, ou « le machin pour le pouce » comme il a bien sûr fini par s’appeler chez nous.

Un objet certainement facile à réaliser mais pour lequel j’ai préféré me tourner vers une couturière d’Etsy. Nous avons soigneusement pris les mesures, Miss Swing a choisi le tissu – la Pat’Patrouille – et nous avons commandé le précieux.

J’ai poussé un soupir de soulagement en ouvrant le paquet et découvrant que ledit cache-pouce arborait Rocky, chien préféré parmi la gang. La première partie allait en être grandement facilitée.

Miss B. était ravie de son nouvel objet. Elle l’a enfilé rapidement et conservé la journée et la nuit durant. Au moment d’aller à la garderie, elle a connu une hésitation, craignant qu’il se salisse ou, je pense, que l’on se moque un peu d’elle. Finalement, et comme je le lui avais prédit – ses amis ont été plutôt envieux de cette demi mitaine d’intérieur à l’effigie de leurs héros préférés. Et la machine s’est enclenchée.

Trois semaines plus tard, alors qu’elle avait oublié de le mettre pour dormir, j’ai réalisé qu’elle s’était endormie la main sous l’oreiller. La journée, le geste de porter le pouce à sa bouche s’interrompait généralement à hauteur d’épaule, ou bien les doigts venaient toucher son visage, pensivement. Mais la succion avait disparu.

Peu à peu, elle a commencé à oublier de le porter et nous avons oublié de lui rappeler. Nous sommes un mois et demi plus tard et désormais le cache-pouce dort avec le pyjama. Elle l’enfile le soir venu, mais plus jamais à la garderie ou la journée.

A refaire, nous en aurions plusieurs. L’avoir fait faire nous en a empêché – question de prix – mais si la création avait été de moi, j’aurais probablement multiplié les cache-pouce pour en disséminer dans plusieurs sacs et lieux, et éviter les oublis à la garderie (une chaussette ou un gant d’automne font alors le boulot !).

Mais c’est une solution facile qui – si l’enfant est prêt et partant – est une bonne manière selon moi de l’aider à arrêter, en douceur et en le responsabilisant.

Et puis, je ne vous ai pas dit… Nous avions lancé le projet avec la promesse d’un cadeau de grande, si d’aventure elle parvenait à arrêter de sucer son pouce. Chose promise est donc due : Miss Swing a passé sa première nuit dans son lit en hauteur. A voir son sourire en le découvrant, le jeu en valait visiblement la chandelle.

Quant à sa façon d’être, elle a évolué elle aussi. Elle est toujours rêveuse mais définitivement plus présente, plus dans la réalité. Elle s’affirme également plus, parlant d’une voix plus forte, se mettant moins en retrait. Le CPE, le karaté, et peut être un peu nous aussi, y ont contribué. Et puis surtout elle, en relevant le défi avec brio.

-Lexie Swing-

Crédit photo : Lexie Swing

Le retour sur Instagram

J’étais partie le cœur léger, j’y suis revenue sur la pointe des pieds, par la petite porte. Je furetais entre les profils, pas tous les jours et jamais très longtemps.

Et puis l’application s’est remise à popper. Des gens me suivaient, de nouvelles personnes décidaient d’aimer les photos que j’avais publiées jadis.

Et alors que je cherchais, un soir, une photo proposée il y a bien longtemps, alors que Tempête n’était qu’une toute petite chose molle et fripée, bien loin de la fillette dodue et pleine d’énergie qui galope à mes côtés. Alors que je la cherchais, donc, j’ai parcouru mon album de photos publiées. Mes hashtag maladroits m’ont narguée, mes mentions publicitaires m’ont agacée, mais les photos m’ont souvent émue. Elles étaient un instant de cette vie. Pas son reflet, ni même sa vérité, mais un extrait, une capture souvent sans contexte, un moment trop bien cadré mais émouvant quelque part.

Je ne voulais plus voir la vie à travers mon téléphone, et leur sourire seulement au creux de ma main. Je ne voulais plus prendre des photos de dos, respect de leur anonymat oblige. Je ne voulais plus voir leur quotidien seulement par dessus leur épaule. Et savourer mon plat sur écran glacé, immortaliser ma course mais ne pas la terminer, figer des rires dont je n’ai pas profité.

Alors j’ai décidé de changer les règles. Publier oui, mais pas tout de suite. Choisir une photo car elle signifie quelque chose, et non capturer l’instant pour seulement le partager, avec la contrainte de l’immédiateté, comme si le moment allait se flétrir s’il n’était pas instantanément partagé.

Au 15 janvier, j’ai publié une première photo. Un souvenir d’enfance, répondant du même fait à une tendance du moment. Un bel exercice de mémoire, un clin d’œil à la paternité. Ce 15 février, j’ai choisi d’honorer mon pays, sa culture du sport d’hiver et l’importance pour moi d’embrasser pleinement ce qu’il a à offrir.

Je me plais à imaginer ce que le 15 mars pourrait révéler. Notre attente à l’aéroport, fin février, et l’arrivée de mes parents ? La célébration tardive de la fête de Miss Swing? Une tempête de neige au 14 mars dont ils diront encore que c’était la dernière, avant que le poids du monde retombe 15 jours plus tard ? L’ambiance cabane à sucre ? Un instant volé au sommeil ? Une cachette improvisée entre deux oreillers ?

Un mois de vie peut-il se réduire à une seule photo ? Absolument pas. Mais il est amusant de constater que ce ne sont pas forcément les grands moments, ni même les photos les mieux cadrées, que l’on choisit de montrer.

La photo de février est donc en ligne ! Pour d’autres aventures, rendez-vous dans un mois…

-Lexie Swing-

Miss B. fête ses 5 ans

5 ans, c’est une main grande ouverte qu’elle brandit à tout va. 5 ans, un âge de grande, la fin de la petite enfance et les apprentissages qui s’accélèrent désormais.

Une journée n’aurait pas suffi à célébrer notre belle aînée. Nous avons donc commencé la ronde dès la veille du jour J., en allant la chercher juste avant la sieste à la garderie. En catimini – petite sœur dans les parages oblige – nous avons quitté le bâtiment pour prendre la direction de l’école, car la miss fera son entrée dès septembre en maternelle. Elle a dit bonjour, a annoncé son nom et pris la main qu’on lui tendait pour aller dessiner sur une petite table prévue à cet effet. Elle est revenue plus tard, nous frôlant tandis que nous nous acquittions des tâches administratives d’usage, et elle s’est approchée, un peu, de la porte semi-vitrée qui laissait entrevoir sacs et vêtements enchevêtrés. Elle était intimidée, mais solide, naturelle, enfilant avec facilité le costume de la future écolière.

L’inscription terminée, nous avons sorti les patins fraîchement offerts (un cadeau de la Saint-B. promis puis oublié), et les miens, achetés l’an passé puis aussitôt remisés. Quelques rares patineurs étaient déjà présents, dont un papa et sa toute petite fille, venus nous porter un support pour Miss B. afin de l’aider à se tenir et à avancer (j’ai bien déjà de la peine à me tenir moi-même). Et elle a voulu avancer, encore et encore, jurant que ses pieds n’étaient pas froids et que ses joues n’étaient pas rouges, bien après que son père ait renoncé au spectacle pour se mettre à l’abri dans la voiture.

La journée de son anniversaire a commencé sur les chapeaux de roues, l’horloge du four nous indiquant de bon samedi matin que karaté il y avait et qu’en retard nous étions. Ce n’est que rendu chez O’Bokal, épicerie de vrac par excellence et adorable salon de thé, que nous avons pu reprendre souffle et esprit, devant une boule de chocolat fondant doucement dans le lait chaud, deux cafés brûlants et quelques puzzles familiaux. Une pizza pochette et quelques rares légumes plus tard, nous avons joué à la poupée et rangé la maison, avant de prendre les luges et de filer vers les pentes près du lac. Le temps était doux, les flocons abondants et la nuit tombée a rapidement découragé les quelques enfants qui trainaient encore là, nous offrant le luxe suprême de descentes sans attente et sans risque de heurter quelques amis restés au milieu du chemin.

La fête n’aurait pas été complète si nous n’avions pas terminé la fin de semaine sur une invitation faite aux amis de la garderie, en l’occurrence de l’ancienne garderie. Ces amis même, assis en rang d’oignon, sur une photo de groupe prise en 2016, alors qu’ils étaient juste âgés de 3 ans, et qui se retrouvent deux ans plus tard à fêter une nouvelle fois cet anniversaire ensemble.

La bonne équipe, que mon amoureux et moi sommes souvent lorsqu’il s’agit de pâtisser, a travaillé fort pour offrir à notre désormais grande fille le gâteau dont elle rêvait, pourvu de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. Sur une recette d’Aurore, nous avons donc décliné ses souhaits, un gâteau après l’autre, couche de crème après couche de crème. Un beau succès, si j’en crois les yeux ébahis sur les faces d’anges. Une certaine fierté, pour nous aussi, quand nous avons jeté un œil aux photos prises et aux deux maigres parts restantes dévorées le soir même.

Une journée n’aurait pas suffi, mais trois non plus finalement. Hier, c’est la garderie qui prenait le relais des festivités. Avant que nous embarquions une nouvelle fois pour la fête, samedi prochain.

Encore un joyeux anniversaire à mon impétueuse belle des champs.

-Lexie Swing-

Au croisement

Je suis au Markina, un café chic de Saint-Bruno. Je suis seule. Je prends mon temps. J’ai pris ma journée pour me remettre des flots incessants de travail et de pression, de routine et de culpabilité, d’absence et d’insomnies. Je suis seule, assise au bord des fenêtres. L’angle du café donne sur un croisement large, deux rues principales de la ville s’y étreignent pour mieux se laisser ensuite. Horizontalité des routines, verticalité des espoirs, nourris ou déçus, elles sont ces routes que nous empruntons tous ici.

J’habite à quelques rues de là. J’y étais encore il y a quelques jours. Je gravissais la pente enneigée, soufflant dans la nuit froide du matin. Est-ce que vous me voyez ? J’ai les mains engourdies et les poils du capuchon qui me cachent la vue. Je progresse à l’aveugle. Et puis soudain je cours en glissant un peu car le 91 file vers moi, de l’autre côté du croisement, et que je crains de manquer son arrêt.

J’y étais il y a une semaine, juste un peu en dessous. J’encourageais mes filles à marcher dans la neige crissante, promettant de faire coucou aux chatons de l’animalerie et de passer devant le magasin de jouets. Évoquant du pain chaud. Poussant finalement la porte de la pharmacie.

J’y étais il y a quelques mois, en tenue plus légère. Riant avec mes parents ou mes beaux-parents, un café chaud au creux de la main, le chariot zigzaguant sur le trottoir. Octobre jouait à l’été et bientôt nous irions pour une toute dernière fois aux jeux d’eau du parc, en contrebas.

Juillet nous avait déjà vu passer, pédalant sur nos vélos, remontant vers le lac à la recherche de fraîcheur et de sentiers cyclistes.

J’y étais il y a trois ans, déambulant sur le trottoir, le pas plus pesant et le ventre habité. J’y ai pris des marches pour me tenir en forme, des marches pour déclencher son arrivée, et plus tard des marches en tête à tête, mon pas vaillant et son corps chaud dans le porte bébé.

Je l’ai traversé à l’automne 2014. Et je suis tombée sous son charme. Roulant à travers la ville, nous nous sommes laissés porter par la certitude que ce serait chez nous. Il y a eu cette évidence, c’est le premier de nos souvenirs.

Et au fil des années la mémoire se consolide et les moments s’empilent. Sous la neige, sous le soleil, sous la pluie battante, heureux, tristes, fâchés, complices, ou incertains, nous mêlons nos pas à la poussière du trottoir, à la blancheur de l’hiver. Ce point de repère, immuable, devient alors un phare, le signe que l’on est arrivé chez nous. Et le croisement, lieu d’hésitation, devient alors le chemin de tous les possibles, la voie de toutes les certitudes.

-Lexie Swing-