Touché(e)(s)! (Et pas qu’un peu)

./ Photo Matt Preston

./ Photo Matt Preston

On m’aurait conté cette histoire, je n’aurais pas cru qu’elle fut (vraiment) possible. Déjà, avant d’avoir des enfants, la grippe et la gastro étaient des inconnues dont population et médias faisaient grand cas. Rester couché une semaine? À ne pas pouvoir se lever? C’est un truc de roman du XIXe ça non? Je veux dire, la médecine moderne est formidable. Elle nous requinque en deux coups de cuillères de doliprane, dosage fort si nécessaire.

En fait non. La médecine vraiment moderne ne requinque pas. Elle constate. Vous avez un rhume? Prenez un doliprane et reposez-vous. Vous avez une bronchite ? Prenez un doliprane et reposez-vous. Vous avez la grippe et vous êtes cloué au lit depuis 6 jours en état de mort végétative? Remballez votre sac à microbes et débarrassez le plancher plus vite que ça, vous allez contaminer tout le cabinet. Un doliprane suffira.

La gastro est arrivée chez nous par une porte inconnue. La garderie certainement. La garderie est un véritable repère pour les microbes en tout genre qui y copulent avec la légèreté joyeuse d’une bibitte élevée parmi les rires enfantins et les couches sales. Elle est arrivée sournoisement, elle a tiré à balles réelles, et personne n’en a réchappé. Pas même mes parents fraîchement débarqués de France pour les vacances.

Elle a touché tout le monde. On m’a vomi trois fois dessus. Y compris dans les cheveux. Je me suis douchée plusieurs fois dans une même journée, en portant encore mes vêtements et mes chaussures.

Le mardi, le virus a déclaré la guerre à mes parents. Je n’ai revu ma mère que trois jours plus tard. La veille, j’accompagnais Miss Swing à l’hôpital, faute de trouver une solution pour apaiser ses douleurs au ventre et sa fatigue intense durant depuis trois jours. Je tenais moi-même à peine debout tandis que ma fille passait de moment de grâce où elle murmurait de sa petite voix enfantine «il est où le médecin maman? Je veux encore de la glace» à l’état d’une larve neurasthénique et pleurnichante (je fais de l’ironie mais ça te fait un petit quelque chose en tant que mère de voir ton enfant roulé en boule, souffrance 10 000 et de rien pouvoir faire pour l’apaiser).

La durée ? De quelques heures pour Tempête (qui se trouvait déjà sous antibios pour une bronchite) et son père à 4 jours pour Miss Swing, dont des heures et des heures à dormir en gémissant.

Ce qui nous a sauvé ? Le popsicle de réhydratation proposé par le médecin de l’hôpital, goût bleuet.

Combien ça nous a coûté ? 17 dollars pour trouver d’urgence une place en clinique médicale pour Miss Swing, finalement annulée car son état légitimait un départ pour l’hôpital où j’ai payé 25 dollars de stationnement. Plus du tylenol, des anti-vomitifs et des popsicles.

Quand aimerais-je recommencer ? Jamais! Et si je trouve le bambin crasseux qui nous a refilé ça je le donne à manger aux loups! Notre semaine de vacances en famille est devenue une espèce de parenthèse semi-cauchemardesque où l’on a béni l’existence de nos DEUX salles de bains. Un «must-have» de la gastro…

Le bénéfice ? 2,5 kilos en moins sur la balance de mon côté. Pourquoi faire un régime lorsqu’on peut s’enquiller une bonne gastro ?

Enfin voilà, je suis de retour. Les mains lavées mille fois. J’ai désinfecté tout mon bureau, poignées de portes comprises. Lavé les peluches et les tétines. Frotté les jouets. Et prié Mère Nature. Un peu.

-Lexie Swing-

Avoir 3 ans

Avoir 3 ans/ Photo Magnus Franklin

En février, Miss Swing a eu trois ans. Un âge plein d’intelligence et de réflexions sensées. Un âge qui est aussi une espèce de no man’s land dans la littérature éducationnelle. Entre terrible two et fucking four, point de chapitre. A lire cela, je me voyais déjà dans une période d’accalmie et de bonheur immodéré où j’aurais gambadé dans la pinède une enfant sur la hanche et l’autre au creux de ma main.

Que nenni. Je sais pourquoi il n’existe pas de chapitre sur les trois ans. C’est parce que, si on le décrivait ne serait-ce qu’une seule fois, la moitié de la population réclamerait une contraception définitive.

Chez nous, les trois ans, c’est comme si crimes et châtiments avait bouffé orgueil et préjugés. Un incroyable mélange de larmoiements, d’argumentation, de justification, de compliments, de tentatives de soudoiement, le tout enrobé d’un entêtement à faire pâlir un Ariégeois, mené d’une main de virtuose par une trois ans minus avec les cheveux qui lui balaient les épaules. Une espèce de poupée de conte, aux cheveux châtains clairs, aux dents qui poussent au petit bonheur et aux cils ourlés, qui a décidé de faire exactement ce que sa tête lui chantait.

En l’espace d’une journée, elle peut ainsi (et elle a déjà):
– Gémir pour qu’on la lève de son lit alors qu’elle a un lit de grande
– Brailler pour ne pas mettre ses pantoufles
– Refuser d’aller faire pipi
– Dire qu’elle voulait des gâteaux, puis des céréales, puis non finalement du pain. Réclamer encore des céréales. Jurer que cette fois-ci c’était pour de vrai. Refuser de manger ses céréales.
– Prendre un jouet à sa sœur au motif qu’elle le mettait dans sa bouche.
– Engueuler sa sœur parce qu’elle touchait une peluche avec des doigts mouillés.
– Dire cinq fois « tu m’as fait mal » pour justifier le fait qu’elle se soit mise à crier, alors qu’on la regardait depuis l’autre bout de la pièce.
– Jeter un jouet d’énervement. Trois fois de suite.
– Lécher le caddy au supermarché, et de nouveau plusieurs fois tandis qu’on lui lance un regard furieux tout en payant à la caisse.
– Commencer un dessin, abandonner au bout de trois minutes parce que « c’est trop fatigant pour mon petit bras maman »
– Faire mine de nous taper
– Faire la poupée de chiffon tandis qu’on l’aide à enfiler son pantalon

Vous avez pris peur? Non ne partez pas! Ce qui est fabuleux avec les enfants de cet âge, c’est cette intelligence incroyable qui ponctue les moments d’accalmie. Entre deux cris de colère, je reste pantoise de ses réflexions. Un vrai florilège. Exemple :

Je suis la fille de P et T?

Non tu es leur petite fille.

Donc c’est toi leur fille?

C’est ça chérie, et c’est qui la soeur de Papa? Tu sais?

C’est facile : c’est Tatie, la maman de mes cousins.

(CQFD)

 

E. c’est ma soeur, ma soeur pour toute la vie.

 

Maman?

Oui?

On va à droite tu as dit

Oui, et?

Tu vas à gauche.

 

Un jour on fera tous ensemble un petit recueil de leurs meilleures réflexions, ça vous dit? En attendant, je vais jeter un oeil au chapitre sur les 4 ans. Il paraît que ça fait froid dans le dos. Surtout quand il se produit en même temps que le terrible two du numéro 2.

 

À bon entendeur…

 

-Lexie Swing-

Happy mom day!

Mother and daugther./ Photo Zach Taiki

Mother and daugther./ Photo Zach Taiji

Aujourd’hui, pour la première fois, je vais recevoir des cadeaux en tant que maman. Première fois car aucune garderie ne s’était prêtée au jeu avant ça. Aujourd’hui, je suis chanceuse, les éducatrices m’ont fait de jolis dessins! B. m’apportera son sac en me décrivant à l’avance son contenu, puis se ravisera probablement quelques pas avant d’arriver à moi, déclarant que « non, c’est (son) cadeau » et qu’elle le garde. Sa soeur de 8 mois m’a écrit une carte. Si si, je l’ai entraperçue. J’ai hâte de découvrir la plume de sa nouvelle éducatrice et son talent de dessinatrice.

Je me moque un peu mais je suis touchée. C’est un joli honneur, une jolie fête. J’ai regardé il y a peu une vidéo de mes 8 ans dans laquelle je déclame d’une voix assurée le poème appris pour l’occasion. C’était toujours un beau moment, les fêtes des parents. On construisait des trucs improbables, des pots à crayons sertis de pinces à linge et des boites de camembert transformées en boite à bijoux, par la grâce d’une peinture hésitante, d’un beau noeud doré et d’une noisette (ne me demandez pas pourquoi – c’était la touche Tic et Tac sûrement).

Je suis fière d’être leur mère. C’est dans leur seul regard que je le suis devenue. Certaines se reconnaissent au premier mouvement du bébé qu’elles portent encore dans leur ventre, d’autres s’épanouissent au premier « maman » prononcé. Moi, c’est ce regard reconnaissant qui m’adoube en tant que mère. Ce regard qui dit « toi je te reconnais, tu as l’odeur de ma mère, tu as le goût de ma mère, tu es à moi ».

C’est une grande joie d’être mère. Une grande source de surprises aussi, et d’apprentissages. J’ai appris beaucoup de choses en étant mère, et découvert des facultés et des muscles jusqu’ici ignorés. Par exemple :

  • On peut porter un enfant et passer l’aspirateur, on peut porter deux enfants et pousser un caddy, on peut porter deux enfants et marcher dans 20 centimètres de neige. On porte un enfant beaucoup plus que 9 mois, finalement.
  • On peut se rendre compte un matin, fatiguée, que l’on a pas dormi plus de 6 heures d’affilée sans réveil depuis plusieurs années. Et se lever quand même.
  • On est parfois plus excitée que l’enfant lui-même en ouvrant les cadeaux qu’il a reçus. Et plus excitée que lui à l’idée de jouer au ballon, à la maison playmobil ou aux vieux polly pockets poussiéreux. D’ailleurs, souvent, on les accapare.
  • On s’émerveille d’un rien : une nuit sans réveil, un sourire, un pipi bien visé
  • 6h30 est une heure normale pour se lever. Même la fin de semaine.
  • Un enfant peut transformer en quelques secondes une pièce rangée en remake de l’ouragan Katrina
  • Un enfant chante faux. Souvent. Et il chante n’importe quoi.
  • On se retourne quand on entend « maman » dans la rue. Même quand on est seulement avec son bébé de quelques mois dont le seul mot courant est « dédé ».
  • Un parent a vraiment un humour naze. Mes nièces disaient « dédé », B. disait « dédé », E. dit « dédé », et invariablement l’un de nous dit « mais c’est qui ce Dédé? », et les autres s’esclaffent. Depuis 8 ans.
  • L’allégation qui veut que « tu abhorres la morve, sauf celle de ton enfant » est fausse. Tu abhorres la morve, c’est tout. Et tu poursuis dans toute la maison ton morveux hurlant parce que tu oses approcher un mouchoir de son nez.
  • Un parent peut hurler de façon hystérique, mais c’est généralement pour défouler l’énergie qu’il aurait volontiers mis dans une baffe.
  • On peut revenir 48 fois dans la même nuit vérifier si le bébé respire.
  • On ne soupçonne pas le nombre de fois où un enfant peut se cogner, jouer sa vie, ses doigts, ses dents, et sortir indemne.
  • On ne soupçonne pas non plus dans quelle situation périlleuse un enfant qui apprend à marcher est susceptible de se retrouver en quelques minutes.
  • On cherche toujours ses traits ou ses mimiques dans le visage de son enfant, ou ceux de son conjoint, et on est soulagé lorsqu’on les identifie, comme si on avait besoin de se dire « c’est bon, c’est bien le mien ».
  • On ne sait pas ce qu’on veut : on pousse notre enfant à s’asseoir, marcher, parler, compter et lorsqu’il déclame pour la première fois l’alphabet, on le dévisage les yeux embués en murmurant d’une voix misérable « mais où est passé mon bébé ».
  • Au restaurant, un enfant de deux ans mange les fruits et les frites. C’est tout.
  • « Encore » est probablement le mot qu’ils prononcent le plus, qu’il s’agisse de chocolat, de chatouilles ou de leur faire faire l’avion. Le nombre de « encore » est inversement proportionnelle à l’envie du parent de remettre ça.
  • Les enfants de deux à six ans ont des réflexions bien plus pertinentes que les grands enfants de 30 ans et plus.
  • Mettre au monde un enfant, c’est comme accoucher d’un morceau de son coeur. On le reconnaît, on ne veut plus le quitter, il nous devient indispensable. C’est à la fois incroyable et douloureux. Un bonheur indescriptible et des peurs à n’en plus finir. C’est comme si l’on naissait encore une fois, finalement.

-Lexie Swing-

Being a feminist

Feminism on the wall./ Photo DR Lexie Swing

Feminism on the wall./ Photo DR Lexie Swing

Les féministes, ce sont toutes des femmes poilues. Avec des seins nus. Parfois elles ont un sein coupé. Ce sont des Amazones. Des guerrières impitoyables. Elles ont les cheveux courts, les féministes. Les idées aussi d’ailleurs. Elles n’en ont qu’une : écraser l’homme à coups de Santiags – définitivement trop fifille, la Louboutin – mais pas avant de lui avoir extirper sa précieuse semence, histoire de perpétuer l’espèce.

J’aime bien cette vision. Elle est un poil néandertalienne mais assez réjouissante. Je n’aime pas trop ça les poils sous les bras et je porte les cheveux longs. J’aime bien les hommes. Pas toujours c’est vrai. Les libidineux ventripotents au rire gras et à la main baladeuse me donnent des accès de violence mais je vis en parfaite harmonie avec les 99% restants et moins voyants de la population masculine.

Je suis féministe. Parce que dans féministe il y a le mot femme. Je ne sais pas comment on peut être une femme et ne pas être féministe. A vrai dire, à moins d’être un parfait idiot, je ne sais pas non plus comment aujourd’hui on peut être un homme et ne pas être féministe. C’est comme si nous menions ensemble une barque avec deux pagaies. Ça fait des siècles que celle de droite est cassée et que l’on tourne en rond autour du nombril d’un groupuscule masculin qui méprise les femmes, certes, mais souvent aussi les autres hommes, ce qu’on oublie parfois. L’homme est devenu misogyne par intérêt et non par conviction. Juste parce que ça éliminait d’office 50% de la population au moment du partage.

Certains. Certaines surtout, pensent que le féminisme, c’est la pagaie de droite qui frappe la pagaie de gauche et va nous faire tous chavirer. Une vision réductrice souvent prônée par celles et ceux qui préfèrent le confort d’un monde déjà défini et bien compartimenté («les femmes s’occupent des enfants, les hommes ramènent de l’argent») à l’incertitude d’une société à déconstruire, et ce même si ça lèse 50% de la population. Le féminisme, c’est cette conviction qui tente de réparer la pagaie cassée pour que l’on arrive enfin à aller droit et à avancer, au lieu de faire du sur place. Sans le féminisme, c’est toute la chaloupe qui menace de prendre l’eau à chaque instant. Ce sont les femmes qui sont laissées en plan, mais aussi de nombreux hommes finalement. Parce qu’ils sont les conjoints de femmes malmenées, dénigrées, discriminées. Parce qu’en raison du fossé salarial de genre, le couple supporte un manque-à-gagner important.

Je suis épatée par toutes ces femmes qui renient le féminisme. Pour moi, c’est comme si elles refusaient l’égalité. Le féminisme est un mouvement prônant l’égalité et l’extension des droits et du rôle des femmes dans la société. Comment est-il possible de désavouer un tel mouvement en tant que femme à moins d’être une courge absolue ?

Je sais qu’elle est la réponse : beaucoup d’entre elles ne se reconnaissent pas dans les porte-paroles les plus visibles du féminisme, ces Amazones des temps modernes parfois vulgaires qui revendiquent des droits à grands coups d’actions fracassantes. Les mouvements, les conceptions, ne sont pas les gens qui s’en déclarent, ils sont ce qu’on en fait. Le féminisme a mille visages. Celui des Amazones, certes, mais aussi celui des femmes engagées, des travailleuses sociales, des politiciennes et des juristes qui travaillent pour lutter légalement contre les discriminations. Il a le visage des parents qui poussent leurs enfants à voir l’autre comme son égal, quel que soit son genre. Le visage des femmes qui creusent leur place dans la société, qui prennent ce qui leur revient de droit, qui refusent de se laisser classifier, enfermer dans un rôle. Il a le visage des femmes au foyer, qui ne travaillent pas par choix et non parce que cela leur a été imposé. Le visage de celles qui ne veulent pas d’enfants et résisteront à la pression sociale, parce que leur désir individuel prévaut sur le désir communautaire. Et bien sûr le visage de tous ceux qui s’identifient comme hommes, et considèrent la femme comme leur égal, en tous points. Comme une collaboratrice. Comme une partenaire. Comme une alliée avec qui pagayer.

Et l’amoureux, relisant l’article, déclarera sûrement, amusé : «Tu parles, te connaissant, je serais seul à ramer!»

Mais c’est parce que, c’est toujours moi qui lit la carte.

#teamswing

-Lexie Swing-

Pousser ma fille à être quelqu’un d’autre?

Et puis ce sourire./ Photo DR Lexie Swing

La mienne, c’est la petite fille près de la porte. La petite fille près de la fenêtre. La petite fille dans le coin, là-bas. La petite fille qui dessine près du radiateur. La petite fille qui danse derrière la bibliothèque. La mienne, c’est la petite fille seule. C’est sa conclusion en ce moment. Avec qui as-tu joué, je lui demande chaque soir. Aujourd’hui, j’ai joué seule, chaque soir me répond-elle. Elle aime être à deux alors plutôt que de se mêler au groupe, elle s’isole, ignore les propositions amicales et fait fi de l’enthousiasme des éducatrices qui aimeraient créer une ronde plutôt qu’un duo.

Je suis la maman de la petite fille seule. C’est laquelle la vôtre? Celle qui est là-bas, cachée derrière son pouce et ses cheveux longs, qui regarde votre enfant jouer, pour aussitôt s’en détourner. Je suis sa maman et souvent je me demande : « est-ce bien d’être seule ? » J’essaye de déplacer mon aiguille de jugement dans le temps. Comment est-ce d’être seule à 6 ans? À 10 ans? Je fouille parmi les visages de mes anciens camarades. Qui étaient les solitaires ? Que sont-ils devenus ?

J’interroge l’intéressée. Es-tu bien toute seule ? Oui, me répond-elle, oui je suis bien, regarde j’ai dessiné, j’ai fait des roulades et mangé du chocolat. Il y avait des amis avec toi? Oui, oui il y avait les amis. T. jouait avec E. et les autres se disputaient. Je présume son regard observateur, ses questions impitoyables.

C’est une enfant fascinante. Qui assume sa solitude. Incapable de suivre, abandonnant le navire des enfants lorsque ceux-ci font quelque chose qui lui déplaît. Est-ce que je la voulais ainsi? Non je ne crois pas. Ça prend du recul pour admettre qu’on avait dessiné dans les grandes lignes le caractère de son enfant. Est-ce une mauvaise chose d’être solitaire? Ça m’a pris quelques insomnies et sueurs froides mais je dirais que non. Bien sûr, je l’aurais voulue entourée, pleine de bonne camaraderie, sportive et pleine d’adresse. Je l’aurais aussi voulu indépendante, non-influençable, polie et respectueuse. Aurais-je été inquiète qu’elle se plie en tous petits morceaux pour satisfaire aux volontés d’une amie capricieuse si elle avait été « trop bonne copine » et recherchant à tout prix l’amitié de ses pairs en culottes courtes? Oui, probablement aussi.

Je ne sais pas ce que je veux ? Mais si, voyons, je veux le meilleur pour mes enfants, comme nous tous. Reste que le calque que j’avais dessiné pour mon aînée ne joint pas avec l’épreuve définitive. Ça dépasse, ça déborde, ça me démange de gommer certains traits. Mais ce n’est pas un dessin que j’ai, en vrai. C’est une vie, un individu. Que j’ai mis au monde et qui mène sa vie sous mon contrôle, mais hors de mon pouvoir.

Ça m’a pris quelques insomnies, donc. Mais j’ai compris finalement que non, elle n’allait pas changer. Ou peut-être que si. Peu importe. L’important pour moi, désormais, c’est de trouver les bons tuteurs pour l’aider à grandir. Faire de son indépendance une force, de son goût pour la solitude une possibilité d’accomplissement. Louer son sens de l’observation et lui donner un petit coup de pouce par là où ça pêche : le côté moteur, la timidité.

Sa maladresse légendaire ? Non, ça on n’en fera rien. C’est génétique. Vous n’avez pas vu sa mère…

Et vous, que faites-vous pour accompagner vos tout-petits? Des astuces ? Des réussites?

-Lexie Swing-

Comme un enfant

Playing with water./ Photo Fred Mancosu

Playing with water./ Photo Fred Mancosu

Avec l’enfant vient la maturité. Que je croyais! La paperasse de naissance, les nuits hachées, les tarifs de garderie et ceux des paquets de couches… Tout ça te conditionne à devenir adulte, à enfiler pantalon serré et veston ajusté, à jouer un rôle calculé, moitié visage las (les nuits) moitié moue perturbée (le rhume qui perturbe les nuits est il la conséquence d’une détresse enfantine due à une naissance à 9h55 par césarienne plutôt qu’à 10h35 par voie basse?)

Mais tout ça n’est que façade! Personne n’est plus innocent qu’un parent. Applaudir un caca, brailler une poule sur un mur, chercher les flaques d’eau pas trop profondes mais un peu, pour sauter dedans. Choisir, à cet effet, les plus belles bottes de pluie, s’extasier devant une maison de poupée « comme on aurait voulu avoir enfant », pleurer devant un dessin animé, courir en rond, sauter haut, jouer à la cachette et clamer « 8, 9, 10, tu es bien caché? Je vais te trouver! » Et se planquer au fond d’un placard, le souffle coupé et la tête dans les manteaux, avec la même pointe d’excitation que lorsqu’on avait 8 ans.

Et puis redevenir adulte. Dire mais-oui-mon-chéri-je-te-vois sans lever la tête d’un livre. Disputer parce que la boue a taché un pantalon durant la grande invasion des cowboys par les indiens. S’interroger « la poule ne devrait-elle pas picorer plutôt que picoter? » Crier « on a dit pas la tête la première sur le toboggan ». Prévenir qu’à force de tourner, on pourrait tomber. Consoler en disant « je t’avais prévenu que tu allais tomber ». Refuser de lire Tchoupi et Petit Ours Brun parce qu’ils véhiculent des concepts éducatifs douteux. Choisir les livres avec des images rétro-baroques et des textes en alexandrins. Faire répéter un, deux, trois, quatre, cinq, six… Et demander : c’est quoi cette couleur là? Ajouter bravo tout le temps. Tu es capable. Tu es courageux. Essaye. Goûte. Il faut toujours goûter.

Réaliser que ca prend de la maturité pour réaliser. Qu’il faut toujours goûter. Ne pas se tacher. Éviter les flaques et les heures de télé. Qu’à trop tourner on finit par tomber. Qu’on est courageux. Qu’on est capable. Et puis s’amender. Dire pardon tu as raison ce n’est pas si grave. Viens on va jouer aux Indiens. Je te lirai Petit Ours Brun en faisant la grosse voix du papa. Et on tournera jusqu’à s’écrouler. On rira. Mon pantalon sera plein de boue. Je te promets de ne pas soupeser dans ma tête le risque que ça encrasse la machine à laver. Redis-moi, déjà, comment on joue à chat?

-Lexie Swing-

Parents connectés : le dialecte

Pregnancy time./ Photo Steph

Pregnancy time./ Photo Steph

Au début de ma maternité (en l’an 1 après Miss Swing), je googlais des questions scabreuses et tombais sur des pages de forums tout aussi fumeuses, ponctuées de mots et d’abréviations dont j’ignorais tout. 4 ans après, je suis rompue à l’exercice, passée maître es doctissimo, mention menstruations. Je peux donc vous livrer le recueil des incontournables des forums, le web à son meilleur.

Gygy : professionnel du vagin, Dieu pour femmes enceintes

Speculum : celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom

rrrrr : pertes sanglantes qui hantent l’esprit des nullipares à l’horloge biologique affolée (cf : ragnana)

J’ovule : le ouistiti est dans la cage, je répète, le ouistiti est dans la cage… Ou date à laquelle il est correct d’appeler au boulot le coauteur prévu du fœtus et de hurler « toi – moi – dans le cagibi de ton immeuble- maintenant : j’ovuuuule! »

DPO : Days post ouistiti

Mymy : nom mignon donné à quelque chose de purement dégueulasse, la mycose

Chichi : nom mignon donné à quelque chose d’encore plus dégueulasse et qui s’invite volontiers les jours de gastro

Zhom : tas de vêtements de sport bruyant et gras avachi devant le foot avec d’autres tas de vêtements de sport bruyants et gras

DPA : date d’expulsion planifiée du locataire qui décide souvent de se pointer sans préavis

Nain : modèle réduit du géniteur pourvue d’une voix bruyante et d’un entêtement à faire pâlir Fidel Castro.

VB : expulsion du boulet par l’entrejambe

Péridurale (ou épidurale) : Paradis

Slips filets : filets de pêche taille fillette censés épargner les culottes en coton d’une version niagaresque des rrrrr susmentionnées.

PLV : le maaaal que l’on doit traquer dans toutes les étiquettes alimentaires et qui se planque sous des noms sournois. Ne concerne que les enfants pourvus du bouton *alerte – produits avec protéines de lait de vache – est-ce que je peux vomir sur ton haut à 150 euros Maman ??? »

BB1 : appellation courte donnée au futur premier né, comme dans « essai BB1, ki me sui? »

Copinaute : amie-de-forum sur laquelle bitcher quand elle est déconnectée

Bref, la vie des forums est d’une excitation redoutable. Rien que les pseudos du type Mylenedu63 et unbebepourjanvier  sont annonciateurs d’un chouette programme.

Sinon le mien ça devait être une daube incroyable, genre Lexinouche ou Kalypso. Mes copin(aut)es s’appellaient les févriettes. On parlait volontiers de DPO puis de DPA, de toutes sortes de pertes, de trucs crades, des insomnies, des doutes et des peurs. Elles sont toujours mes amies aujourd’hui. Ça fera 4 ans le mois prochain.

-Lexie Swing-

En pilote automatique

Fleur en burn-out./ Photo HUS0

Fleur en burn-out./ Photo HUS0

{Attention : article dérangeant} Je détache un manteau, enlève un capuchon. Je pousse des bottes sur de tout petits pieds et embrasse sur le front un enfant, deux enfants. Sur ma hanche, le bébé gigote. Il a deux mois, trois mois, quatre mois. Je souris, j’encourage, je compatis.  Je m’enquière du programme de l’après-midi. Je remercie. Je souris. Je ne suis pas là. Je suis une mère en pilote automatique. Je joue mon rôle mais l’esprit est absent. Retranché derrière des sacs de désespoir. Je le vois bien, quand j’ose le regarder en face. Il a un petit fusil, un casque trop grand qui lui tombe sur les yeux et il appelle à l’aide. Je ne peux rien pour lui. C’est la vie. La mienne, la sienne. Et qu’elle le terrorise ne changera rien.

Je suis au foyer. Avant même que ne sonne le glas des journées travaillées, j’ai sauté à reculons. La vie à la maison? Non merci! Enceinte jusqu’au menton, j’ai hanté les magasins climatisés et les petits cafés pour échapper aux murs qui cloisonnaient mon existence. Qu’y a-t-il vraiment derrière les visages souriants des mères qui referment la porte au nez du facteur ou des colporteurs en début d’après-midi ?

J’ai donné naissance. J’ai biberonné. J’ai accompagné à la garderie ma première née, le bébé serré contre mon cœur. Je les ai aimées aussi fort que je détestais ces moments. Je voulais faire de leur vie un conte alors que la mienne devenait un cauchemar. Je me voulais une mère merveilleuse et je leur tournais le dos, avachie sur mon cellulaire, dès que les nuages s’amoncelaient.

Un jour j’ai pleuré dans la voiture. Sur le siège passager. Ce n’était pas la première fois. J’ai crié : « Sûrement que je fais une dépression et tu ne le vois même pas! » Il a dit si, je vois. Je vois que ça ne va pas. Mais non, je ne pense pas. Ce n’est pas que je ne veux pas voir. C’est juste que je ne crois pas. Tu n’as sombré dans rien, tu ne voulais déjà pas. Il a ajouté : « ton équilibre, c’est famille et travail. Tu n’as que la famille en ce moment, et oui ça ne va pas. Mais tu le savais, tu le sentais. A ton 4ème jour de congé maternité, avant même que le bébé naisse, tu disais déjà que tout ça, ça n’était pas pour toi. Pour moi, tu n’es pas en dépression, tu es juste dans le mauvais quotidien. Et bientôt il va changer. »

On allait partir en vacances et j’allais passer le relais. Trois semaines plus tard, le travail reprenait, charge à lui de devenir le parent au foyer. Il avait raison, cette vie-là n’était pas pour moi. Je n’avais pas eu le choix. J’avais espéré faire de mon mieux. J’avais espéré triompher. J’avais espéré pouvoir dire « ce n’était pas pour moi mais j’y suis parvenue ». Je n’y suis pas arrivée. Et j’ai choisi de ne pas me flageller. Je n’aime pas moins mes enfants parce que cela me rend malheureuse de ne me consacrer qu’à elles. Il y a des milliers de façons d’être mère, et ce n’est pas la mienne…

J’ai repris le travail. Et ma vie avec. J’ai jonglé. Appris à laisser mes préoccupations repartir avec le train qui file vers Mont-Saint-Hilaire tandis que je descends sur le quai. J’ai retrouvé ma fille tous les soirs à la garderie, et serré dans mes bras libres de tout bébé son petit corps chaud. J’ai souri devant chaque photo de ma cadette envoyée par son papa, en en réclamant encore plus, impatiente de glisser mon nez dans le creux de son petit cou. J’ai lu des histoires, fait des roulades et scandé paté-fais-toi-bien en tapant sur des seaux retournés. Et je me suis retrouvée.

Ce n’est pas toujours évident à admettre. Ce n’est pas toujours bien accepté. Il y a la connivence que je lis dans le regard de celles qui ont vécu la même désillusion. Et l’agacement de celles qui pensent qu’aimer ses enfants revient à s’en occuper à plein temps. Il y a ceux et celles qui pensent que le combo non-allaitement-maman-travaillant n’abrite en réalité qu’une femme dont les hormones ont tourné plus vite que l’horloge de la maturité et qu’elle s’est retrouvée pognée avec des mômes juste pour « faire comme tout le monde ». Il y a des tas de présomptions et pas beaucoup d’innocence. Mais ce n’est pas grave. Je défendrai toute ma vie le droit d’être un parent qui travaille, d’être un parent qui sort, d’être un parent qui vit, d’être un parent qui a le choix surtout.

On donne la vie à nos enfants, mais il n’est marqué nulle part qu’on doit donner la nôtre avec.

Mon petit soldat d’esprit a lâché son  fusil et retrouvé sa plume. Et il va mieux, merci.

-Lexie Swing-

Québec, on-dit et découvertes

Erable et Audi./ Photo Clément Belleudy

Erable et Audi./ Photo Clément Belleudy

Moi, Française, mi Haute-Loiraise mi-Andalouse (ok j’ai fait un léger raccourci au niveau de mes origines mais je trouve le mélange exotique), il y a des choses que je ne connaissais pas sur le Québec. Je précise ma provenance pour justifier mon inculture. Génisse française élevée aux grains bios (merci maman), j’ai débarqué avec très peu de certitudes, zéro doute (je suis 100% free doubt comme animal, la fée Inconscience s’est penchée sur mon berceau à la naissance et elle a dégommé ses copines Raison et Réflexion) et les yeux grands ouverts. Voici ce que j’ai noté, en deux ans et bientôt huit mois de présence sur le sol québécois.

1) Le souterrain n’est jamais le chemin le plus court. La première des on-ne-les-compte-plus fois où Papa est venu à Montréal, il avait hâte de découvrir lesdits souterrains de la zone commerciale du centre-ville, ceux-là même mentionnés dans les guides comme des « jonctions souterraines entre deux zones commerciales fortement achalandées ». Ça goûte un peu l’aventure à dire comme ça. En fait non, pas du tout. Ce sont juste des magasins de chaînes écrasés les uns contre les autres. Je travaille à proximité de la fameuse zone et, si ceux-ci peuvent se révéler fort pratiques en cas de cyclone, ils sont définitivement une perte de temps. Quand il faut 10 minutes pour faire Peel – magasin Gap (notez mes priorités), il en faut 20 par les souterrains, avec nausées en cadeau pour avoir dû traverser la foule compacte de travailleurs qui zonent dans les centres commerciaux à l’heure du lunch. Résultat, après deux ans et demi, il me faudrait la menace d’une attaque nucléaire pour que je préfère l’agression des néons aux pots d’échappement qui éructent sur la rue Sainte-Catherine.

2) Il y a mieux que Starbucks. L’Amérique du Nord, c’est Starbucks. Si. Ne mentez pas. C’est la première chose que mes chums de France instagramment quand ils arrivent à NY ou Montréal. Un copain m’a déjà dit que j’étais la plus chanceuse du monde parce que j’ai deux Starbucks à moins de 100 mètres du bureau. La plus chanceuse du monde! Halte là. J’aime les Americano de Starbucks, et pour ceux qui aiment, il paraît que le latte est bon. Est bon. On a pas dit qu’il était à se cogner le pompon sur le trottoir non plus! Des cafés-thé-gourmandisescochonneset/ouvegan, il y en a partout dans Montréal. Plonge le nez dans ton guide, tu verras, ils parlent pas de Starbucks.

3) Les hommes ne vous regardent pas comme si vos yeux criaient braguette. Passer le long d’un chantier, doubler le camion d’un routier, être le seul passager d’un wagon dont l’hormone principale n’est pas la testostérone… Ces expériences autrefois pénibles voire risquées sont devenus des moments comme les autres. Une récente étude montre cependant que le nombre de femmes quotidiennement importunées, dans le métro par exemple, est notable. Mais cela fera bientôt 3 ans, vacances en France mises à part – les bonnes habitudes ne disparaissent pas pendant votre absence – que personne ne s’est permis de fracasser ma bulle personnelle à coups de « t’es charmante » et du tout aussi réconfortant « t’es bonne ».

4) On peut patiner à l’arena gratuitement. Je patine très mal. Lorsque je suis sur la glace j’ai la grâce d’une girafe à qui on aurait chaussé des patins trop petits, à ceci près que j’ai la taille de Simplet.  Lorsque notre ami S. a eu la gentillesse d’apprendre à Miss Swing à patiner, nous avons découvert l’arena de notre ville. Ouverte le soir, gratuite. Il n’y avait pas de patins à louer et il a fallu se mettre à la recherche du responsable pour dégoter un casque. Ce principe d’une patinoire intérieure en libre service sur laquelle s’ébattent les familles soirs et week-ends c’est juste… awesome.

5) Un café après le dessert, vous êtes sûre ? Exit le « petit noir » en fin de repas, le café classique se déguste pendant le repas. Servi façon brunch, avant même le plat, il est glissé dans une énorme tasse et « refillé » (re-rempli) jusqu’à ce que mort s’ensuive. Et il est pas mal dégueulasse (selon mon goût à moi). Thanks lord, on est à Montréal, et la ville regorge de petits cafés à l’européenne (je me répète) – au hasard, des Italiens, et il est tout à fait possible de déguster un très bon café, en entrée, comme en dessert !

-Lexie Swing-, découvre la vie.

Le concept dit « de la nuit de merde »

Asleep? It will not last!/ Photo Amanda Tipton

Asleep? It will not last!/ Photo Amanda Tipton

Une nuit de merde est un incontournable pour tout parent qui se respecte. Un enfant, deux enfants, trois enfants… Il n’y a pas de règles mais plus on est nombreux, mieux on joue. Prenez deux parents. Deux parents contents de leur repos dominical mais fatigués d’avoir passer le week-end à ranger et occuper les marmots en goguette levés dès potron-minet. Prenez également un enfant, voire deux ou trois. Plus on en a, plus la partie est divertissante.

La nuit tombe. Piochez une carte. Minuit 13, cris stridents. Le parent, après deux machines à étendre et le lave-vaisselle à remplir est tombé assoupi dans son lit. Il bondit. Se prend les pieds dans la pile de bouquins qu’il projette de lire depuis 3 ans (laps de temps qui correspond étonnement à l’âge de son premier enfant). Se cogne le genou, côté creux, sous la bosse. Étouffe un cri. Part en claudiquant dans la chambre du cadet. C’est un bébé? Empochez 20 000 dollars et rejouez. Le parent atteint le berceau. Le bébé a réussi à regober seul sa sucette à la faveur d’une contorsion du corps impliquant une figure qui démembrerait n’importe quel adulte et il dort. Paisiblement. Le parent ne dort plus, lui. Mais c’est pour mieux le préparer à la nuit qui l’attend.

Piochez une nouvelle carte. Le parent s’est recouché après avoir jeté un oeil à l’heure sur son cellulaire. Il est minuit 19 lorsqu’il ferme l’oeil. Minuit 21, le bébé hurle. Il a perdu sa sucette. Le parent sacre. Il pousse du coude l’autre parent. Celui-ci fait le mort. Pas dupe et peu désireux de quitter la couette chaude, le premier parent assène un coup de genou dans la fesse gauche de son partenaire, qui bondit du lit, et se cogne contre la table de nuit. Etouffant un juron, le second parent part en claudiquant éteindre le feu de forêt d’hystérie qui monte de la chambre voisine. La sucette, c’est la vie. C’est donc en mobilisant l’ensemble de son énergie vitale et en produisant un son supérieur à celui d’une rave-party en pleine Lozère que le bébé réclame sa dope. 45 minutes et quelques pleurs – parentaux – plus tard, le second parent se recouche. 45 minutes, c’est le jackpot. Empochez 100 000 et relancez les dés.

Piochez une nouvelle carte. Il est 2h30. Vos deux protagonistes adultes dorment depuis au moins une heure trente à eux deux. Le-mot-que-vous-ne-voulez-surtout-pas-entendre-à-deux-heures-du-matin s’impose dans le silence de la maison endormie. Pipi. PIpi signifie que le pipi est à faire. PIPI que le pipi est à faire TOUT DE SUITE et qu’il vaut mieux bondir tel un cabri du lit parental pour empoigner l’enfant et le coller la fesse nue sur les toilettes. Pipiiiiiiiiiii, version lamentation, signifie en revanche que le pipi est fait. Avec tout ce que la richesse du jeu et l’imagination enfantine peut apporter à cette bonne main : peluches imbibées, pipi traversant sur trois couches atteignant la mousse du matelas, enfant qui ne se réveille que deux heures après histoire de laisser l’odeur s’installer et les draps moisir… La carte Pipiiiiiiiiiii est une excellente carte car elle implique plusieurs protagonistes : le parent 1, responsable des draps; le parent 2, responsable de doucher l’enfant; l’enfant aîné, occupé à geindre. Si vous avez de la chance, ses geignements peuvent même réveiller l’enfant cadet. La chance n’est pas avec vous et le cadet reste sourd aux bruits, plongé dans un sommeil bienheureux ? Patience, votre tour viendra! Empochez la coquette somme de 30 000 (10 000 par protagoniste, ne vous sous-évaluez pas si le cadet s’est aussi réveillé) et rejouez.

Piochez une nouvelle carte. Les parents sont dans leur lit. L’enfant propre dont le lit est mis hors d’état de nuire a rejoint le couchage parental, allongé en étoile entre ses parents qu’il laboure de coups de pied tout en écrasant son pouce mouillé sur leur visage en égrénant « Grand front, petits yeux, nez de cancan… » fier d’avoir retenu la jolie comptine apprise de ses parents. La machine à laver ronronne, menaçant d’endormir toute la sainte famille. Pas de panique, vous avez pioché un joker, mention « la machine à laver en train d’essorer se met à ruer dans un bruit infernal réveillant morts et voisins ». Vous abattez le joker et le bébé sirène, promptement tiré de ses précieux rêves de lait et couches propres, se met à hululer, façon voiture en mode «panic». Parent 1 menace de se pendre. Parent 2 hurle sur la maisonnée. Enfant 1 fait des sauts périlleux sur le lit parental. Enfant 2 improvise une sérénade en mi-majeur façon queue de chat coincée dans la porte. L’ensemble des protagonistes est réveillé. Vous avez gagné la partie.

-Lexie Swing- (qui va se refaire un café)