30 belles années

Prête pour la suite./ Photo DR Lexie Swing

Prête pour la suite./ Photo DR Lexie Swing

Je suis née il y a trente ans quelques minutes avant midi, c’était le printemps et il neigeait. Voilà comment débute mon histoire, celle que m’ont toujours contée mes parents. En réalité, comme chaque individu, ma propre histoire me préexiste, fruit de faits et de contextes qui prennent les traits de ceux qui m’ont mis au monde. Je suis la résultante de bonheurs et de déboires, de choix et d’un peu de chance aussi, moi qui suis venue me greffer à ma mère en quelques semaines à peine, comme ma propre fille a si bien su le faire après moi. Il y a trente ans, à Saint-Étienne, il y avait 20 cm de neige. Comme aujourd’hui, sous mes pieds, bien loin de ma Loire natale.

Le bonheur est fugitif. À l’image de la poussière qui se révèle dans la lumière, il se constate plus qu’il ne s’accroche. Mais si je devais le fixer, durant un instant à peine, je choisirais ce jour précis. J’ai trente ans. J’ai connu des jours hasardeux, j’espère des lendemains chantants, mais en cet instant, le bonheur est là, vacillant toujours, mais bien présent.

Je suis où je rêvais d’être, géographiquement certes, mais temporellement, factuellement, aussi. J’écris, j’aime, je pouponne, je câline, je couds, je cuisine, je savoure et je vis surtout. Je peine à prendre du recul tant la vie me semble filer au grand galop, mais je suis ravie, quelque part, de cette cadence qui martèle au rythme de mon coeur.

Je n’ai jamais imaginé qui je serai à trente ans. J’espérais sûrement vaguement être écrivain. Ou une journaliste connue. Je n’ai jamais fait le portrait de l’amour et encore moins de la maternité. J’en avais envie, j’espérais que cela viendrait un jour, mais aucune pensée précise n’était venue se matérialiser dans mon esprit.

J’ai beau avoir l’imagination fertile, la vie m’a offert bien plus que ce j’avais pu imaginer.

Aux trente années écoulées, à celles que je souhaite encore meilleures, et à cet instant parfait.

-Lexie Swing- (nouvelle trentenaire)

 

Une vraie fille

Vue de dos./ Photo Cristian

Vue de dos./ Photo Cristian

C’est une vraie fille. Une vraie fille. Elle est douce et câline. Elle aime les poupées et jouer à la cuisine. Une vraie fille. Une fille à son papa, qui aime se lover dans ses bras. Une sœur aimante et tendre, aux gestes méticuleux et aux cheveux longs. Une vraie fille. Qui aime les princ… Merde? Elle n’aime pas les princesses ? Quand il a fallu porter un chapeau de fête « de fille » à la garderie, elle a dit « non, je veux Flash Mécouine ». Et le jour où j’ai sorti une jupe, elle s’est mise à pleurer. Elle voulait des baskets et ses chandails d’été. Ceux qui sont larges et à manches courtes, et qu’elle porte par dessus des t-shirts aux manches trop longues. Je lui ai dit « mais regarde la jupe tourne! » Alors elle s’est mise à tourner. Elle a ri et applaudi. Ouf, une vraie fille! Elle a pris « gros bébé », elle lui a fait un câlin. Elle l’a puni au coin et elle s’est mise à chanter. Faux.

Sa sœur est arrivée. Les cils ourlés. Des cils de fille. Une peau douce. Un sourire d’ange. Elle portait du bleu. Une dame m’a rassuré « même si elle est habillée comme un garçon, avec son joli visage, on voit bien que c’est une fille ». Elle a grandi. Elle s’est mise à crier, à rouler, à tempêter. Elle a saisi des cheveux et donné des coups. Elle a eu pâle figure en rose. Elle a porté du rouge, beaucoup, parce que ça lui va si bien.

Je suis une vraie fille. Avec des émotions exacerbées et la colère en bandoulière. Enfant discrète, adulte silencieuse, qui regarde le trottoir pour ne pas avoir à soutenir les regards. Je suis une cuisinière, une couturière, une littéraire. Je suis une vraie fille.

Qui ne porte pas de bijoux. Qui ne se fait pas les ongles. Qui porte du parfum un jour par semaine, souvent le vendredi. Qui aime les beaux vêtements et les beaux talons. Qui ne pousse pas de cris suraigus, ni pour la peur ni pour la douleur. Qui pleure devant tous les films, surtout les dessins animés. Qui ne pleure pas aux enterrements. Qui déteste porter du rose. Et encore plus du violet. Qui aime les beaux mots et la belle musique. Qui n’a jamais chanté devant un miroir armé d’une brosse à cheveux.

Qui lutte depuis 15 ans contre les clichés, contre les stéréotypes, contre les cases, contre les bien-pensants, contre les idées reçues, contre les hommes misogynes, contre les femmes misogynes, contre les « nous les filles » et « eux les gars ».

Et qui ne sait plus, à force, s’il vaut mieux bricoler car coudre c’est trop cliché, s’il vaut mieux piétiner les princesses pour détruire les stéréotypes, s’il ne faut afficher que de la force et de la froideur pour éviter d’être taxée de vraie fille ou de garçon manqué.

Une fille, c’est quelqu’un qui se considère comme telle. En bleu, en rose, en paillettes, en jean-baskets, en pleurs, en cris, en jurons ou en silence. Avec des cheveux noirs, blonds, roux. Ou pas de cheveux du tout. Avec une religion, avec des questions, avec des certitudes, avec des soupçons. Debout, assise ou couchée. Malade ou en bonne santé. En avocate, en coiffeuse, en chômeuse, en ingénieure ou en vendeuse. Avec ou sans enfants. Avec ou sans poils. Avec ou sans amants.

Une fille, c’est 50% de la population mondiale environ. Ça va vous prendre un paquet de cases pour nous ranger dedans…

-Lexie Swing-

Cake enfantin pour becs sucrés

Profil affaissé./ Photo DR Lexie Swing

Profil affaissé./ Photo DR Lexie Swing

Un reste de yogourt à boire, des pommes flétries, des fruits surgelés… J’ai toujours une excellente excuse pour faire ce gâteau. Chaque semaine ou presque, j’affiche la recette, je mélange le tout et j’enfourne. Ma toute première réalisation date d’il y a un an, lorsque je cherchais des gâteaux à réaliser avec ma fille. Pour elle qui adore les yaourts liquides mais qui ne les finit jamais, c’était parfait! Maintenant je le réalise en dix minutes à peine. Ensuite je m’assois pour regarder un film devant la télé. Avant de me coucher, je le dépose sur ma table, prêt pour le déjeuner…
La recette d’origine est de Marilou. J’ai changé quelques petites choses, à peine. C’est une recette comme on les aime, facile, adaptable, évolutive. Je l’ai réalisée avec du sucre blanc et du sucre roux, avec des pommes, avec des poires, avec de la vanille, avec de la confiture, avec des noix, avec du yogourt à boire parfumé ou un reste de yaourt nature. Celui qui cuit tandis que j’écris ces lignes est une pure création : mûres fraîches, bleuets surgelés, chocolat blanc et amandes effilées. Je le fais traditionnel, au lait de vache, et parfois sans PLV, avec du lait d’amande. Je mets moins de sucre que la recette d’origine (n’hésitez pas à l’ajuster car, selon les ajouts que vous ferez, la quantité de sucre évoluera). La seule vraie différence c’est le temps de cuisson. Chez Marilou, ça prend 25 minutes. Chez moi, et qu’importe le nombre de fois où je l’ai réalisée, c’est 50 minutes au minimum, généralement une heure. C’est un cake de dimanche après-midi, qui gonfle à peine. Un cake carpette, réconfortant à souhait, qui autorise toutes les folies créatrices.

 

Un cake pommes-framboise qui se prend pour un cake au jambon./ Photo DR Lexie Swing

Un cake pommes-framboise qui se prend pour un cake au jambon./ Photo DR Lexie Swing

 

Pour un cake pommes – framboise :
1/3 de tasse (85 ml) de yogourt (à boire ou normal) ou de lait végétal
2 œufs
2/3 de tasse de farine (115g)
1/3 de tasse de sucre (blanc cela donne une croûte plus solide, mais le roux est meilleur au goût je trouve) (60g)
1 cuillère à thé de levure
2 pommes
1 cuillère à soupe bombée de confiture de framboise

Mélangez tout, dans l’idéal dans l’ordre yogourt, oeufs, farine et levure ensemble, sucre et vos ajouts tels pommes, framboises ou autres. Beurrez le moule de Mamie G. (ah non ça, c’est chez moi… Un jour je vous raconterai l’histoire extraordinaire de ce moule dans lequel rien n’accroche jamais et qui a traversé les années et un océan, et qui vit sa 108e vie dans mon placard pour mon plus grand bonheur) (des fois je me dis qu’il doit y avoir de l’amiante ou un truc du genre dedans).

Enfournez à 350°F ou 180°C pendant… longtemps! De 30 à 55 minutes donc.

– Lexie Swing-

Un nom de roman

B./ Photo DR Lexie Swing

B./ Photo DR Lexie Swing

Je rentre. Je m’attarde sur un journal gratuit faute d’avoir une autre lecture sous la main. Entrevue avec une auteure. Son héroïne, une adolescente, s’appelle B. Comme ma B. B. est tantôt une fille de jazz, tantôt une fille perdue chantée par M.J., et maintenant une adolescente normale dont le nom s’étale en petites lettres rondes sur une quatrième de couverture.

Ce n’est pas la première fois que B. est le prénom d’une héroïne de roman. Pas la deuxième non plus. Il y en a eu plusieurs, comme si ce prénom inspirait, un véritable prénom de muse moderne.

Je n’étais pas très prénom court, pas très prénom mode non plus. J’aimais les prénoms qui portent sur leurs épaules une signification tonitruante et une toilette de reine. Quelque chose comme Isolda. Ou Athenaïs. Force est de constater que ce n’est pas vraiment le genre de prénoms dont ont hérité mes filles. Paraîtrait que l’on est deux à les faire et donc deux à choisir leur nom. La décision s’est faite à la faveur d’un 50/50 : mi-court et punchy (pour lui), mi-rare (pour moi). B. donc.

Et quand je vois son prénom sur une couverture de roman ou au détour d’un résumé, quand je vois un auteur se l’approprier, comme un enfant rêvé ou un alter ego plus héroïque, plus juste, plus épanoui aussi, quand je réalise qu’il voit en ce prénom un résumé des enfants de sa génération ou la copine géniale dont toute petite fille pourrait rêver; alors je me dis que notre choix était bon, qu’il était clairvoyant. Car c’est tout ce que je lui souhaite, d’être appréciée, d’être une amie juste et peut-être même d’être une héroïne, à sa manière.

-Lexie Swing-

Ghomeshi : une justice mal fichue?

Affaire Ghomeshi./ Photo CBC

Affaire Ghomeshi./ Photo CBC

L’affaire Ghomeshi. Si vous êtes au Canada, vous ne pouvez pas avoir loupé l’info. Si vous êtes ailleurs, en revanche… Jian Ghomeshi, c’est un animateur de radio de Toronto. Il y a quelque temps, il a été accusé d’agressions sexuelles. Avec un S, comme dans plusieurs. Les victimes de l’affaire, ce sont trois femmes. Trois femmes avec qui Ghomeshi avait eu des relations.

Les faits et la manière dont ils ont été défaits (je m’appuie sur La Presse):

La première plaignante a expliqué que Ghomeshi et elle s’embrassaient dans la voiture lorsque l’animateur lui a soudainement tiré les cheveux. Une autre fois, il a agi de même et l’aurait ensuite frappée à la tête. Le contre-interrogatoire de la Défense a révélé qu’elle avait ensuite envoyé des courriels à l’accusé en lui demandant de la contacter. Elle avait joint une photo d’elle en bikini. Au procès, elle a expliqué que lorsqu’elle a porté plainte auprès de la police, elle ne se souvenait plus avoir écrit ces courriels (les faits remontent à 2003).

La deuxième plaignante, qui est une actrice, a souligné que Ghomeshi et elle s’embrassaient dans la chambre de l’animateur quand il l’a poussée contre le mur, l’a frappée au visage et aurait tenté ensuite de l’étrangler. Au procès, elle a admis avoir couché de nouveau avec lui quelques jours plus tard et avoir écrit une lettre (qui a été produite au procès) qu’elle terminait par les mots « J’adore tes mains ».

La troisième plaignante  a raconté pour sa part qu’ils s’embrassaient sur un banc dans un parc lorsqu’il l’a mordu à l’épaule et a commencé à lui serrer la gorge avec ses mains. Lorsqu’elle a porté plainte, elle a volontairement omis (elle l’a reconnu au procès) de parler du fait qu’elle avait de nouveau couché avec Ghomeshi après l’agression qu’elle invoquait. L’avocate de Gomeshi a également révélé que les deux dernières plaignantes avaient échangé nombre de messages au sujet de l’affaire, de leurs dépositions et de l’accusé.

Il a tout du gendre idéal n’est-ce pas?

 

Ghomeshi a été relaxé et le web s’est enflammé.

 

Les affaires juridiques, c’est ma partie. Et croyez-le ou non, la vision entre les internautes et les juristes étaient bien différentes hier. Les Canadiens et surtout Canadiennes ont déploré le fait qu’on laisse ainsi un violeur en liberté. Pauvres victimes, écrivaient plusieurs. « Elles ont eu le courage de dénoncer et le violeur repart libre ». Certains hashtag ont vu le jour. De tous, #rapeinpeace est certainement le plus cynique. Partout, on s’interroge : « Les victimes auront-elles le courage de dénoncer encore? » Une professeure de droit de Toronto déplore ainsi le poids de la preuve qui pèse sur les plaignantes : « On envoie le message que, si ton comportement n’est pas irréprochable avant, pendant ou après, ce n’est même pas la peine de porter plainte!»

Du côté des criminalistes, tous ont donné, avec plus ou moins d’emphase, le même discours. Ils étaient convaincus que Ghomeshi serait relaxé car, du point de vue du droit, il ne pouvait être condamné « hors de tout doute raisonnable ». Le juge n’a pas eu d’autres choix que de relaxer l’accusé car les dissimulations des plaignantes l’empêchaient de pouvoir trancher hors de tout doute raisonnable. Il y avait des messages qui avaient été dissimulés, des appels qui n’avaient pas été évoqués. L’une des victimes a ainsi caché à la police avoir revu Ghomeshi après la relation qu’elle a qualifié d’agression. Toutes, au moment de l’enquête, avaient pourtant assuré ne pas l’avoir recontacté car elles étaient traumatisées. Toutes ont repris contact. Mentir, c’est se parjurer.

Ce ne sont pas les seules femmes qui ont trouvé que Ghomeshi avait un comportement particulier. Une productrice de la radio Q s’est ainsi plainte que l’animateur l’avait harcelée et avait miné son sentiment de sécurité. En 2012, des étudiantes se voient conseiller d’éviter de faire un stage dans cette radio au motif que l’un des animateurs a des comportements inappropriées avec les jeunes femmes stagiaires. En tout, 15 femmes et un homme ont approché les médias pour témoigner d’abus de la part de l’animateur.

(Là tu te dis… « Putain, le mec… »)

Gomeshi est-il un homme violent? Probablement. Les faits ne sont pas vraiment niés et une cohérence existe à ce sujet entre les témoignages des plaignantes. Gomeshi a lui-même admis qu’il aimait les relations sexuelles brutales. Ces femmes étaient-elles sous sa coupe? Est-il un manipulateur ou un pervers narcissique ? Ont-elles accepté des relations dont elles n’avaient pas envie dans le seul but de lui faire plaisir ou de ne pas avoir à lui dire non? Je pense. Et elles ne sont pas les premières. Et elles ne sont pas les seules. L’humain est capable du pire pour plaire ou par amour. Y compris de prendre des coups. Y compris de se mettre plus bas que terre.

La question se pose : jusqu’où y a-t-il eu consentement ? Il est toujours difficile de prouver, dans un tel procès, que le oui s’est transformé en non en cours de route, et que l’agresseur n’a pas su l’entendre ou n’en a pas tenu compte. En revanche, ce qui peut donner des indications, c’est la nature de la relation ensuite. La victime a-t-elle évité ensuite ledit agresseur? Se sont-ils revus? Ont-ils échangé des messages? De quelle nature? Et qui en a eu l’initiative? Les spécialistes des violences faites aux femmes disent que ce n’est pas la question, que ce n’est pas parce qu’on reprend contact ou qu’on a de nouveau une relation avec ledit agresseur qu’il n’y a pas eu pour autant agression avant ça. Je comprends leur point de vue, j’imagine qu’on évoque ici le poids de la manipulation, le complexe de l’attachement qu’on peut porter à un agresseur, etc. Et je crois volontiers que l’agression n’a pas un visage, mais mille. Et autant de façons de la vivre. Malgré tout, c’est perturbant. Et bien sûr que face à la Cour, ça entache l’histoire et ça sème le doute.

Les gens ont peur aujourd’hui, après la vague des (#) agressions non dénoncées que l’affaire Ghomeshi avait déclenchée, que les victimes se taisent de nouveau. Pourquoi parler si on n’est pas écouté ? Mais le fardeau de la preuve relève de l’accusation et pour être entendues, les victimes doivent pouvoir prouver. Prouver l’agression, ce qui n’est pas toujours possible. Mais surtout prouver leur préjudice. Ce travail repose sur l’enquête. Et c’est peut-être là que le bât a blessé. Les preuves étaient-elles suffisamment solides ? Les témoignages étaient-ils suffisamment crédibles ? L’enquête a-t-elle été une prise de partie plutôt qu’un travail éclairé ? L’appel à ceux qui avaient pu subir la même chose de la part de l’accusé a-t-il conduit à une chasse aux sorcières ? Car le juge Hopkins a été clair sur ce point : relaxer l’accusé ne signifie pas que les faits n’ont pas eu lieu mais que la parole des plaignantes n’était pas suffisamment crédible eut égard aux mensonges sur lesquels la Défense a fait la lumière.

Reste que le public crie au scandale, au mauvais jugement. Mais même pour les organismes de défense et les spécialistes des agressions sexuelles, le juge n’est pas en cause. Le droit ne lui permettait pas de rendre un autre jugement. L’homme en question est un pourri ? Jusqu’à la moelle, probablement. Mais la justice qui s’applique doit être la même pour tous. Les spécialistes en sont convaincus : cela montre les incohérences du système judiciaire dans le traitement des agressions sexuelles. Jusqu’où va le consentement ? Qu’est-ce qu’être victime ? Comment doit-on mener l’enquête ? Les victimes doivent être entendues, écoutées, protégées. Mais elles n’ont pas toute puissance. La justice est aussi là pour empêcher des condamnations à tort.

Cet homme-ci n’inspire pas la pitié, c’est le moins que l’on puisse dire. Mais cessons un instant de penser à lui et imaginons-en d’autres. Que penser des dérapages ? Des accusations dans une cour d’école qui finissent devant un tribunal à cause d’un adulte trop bien intentionné qui a entendu dans les mots d’une adolescente la vérité absolue ? Vous avez peur pour vos filles, peur qu’un jour elles soient agressées et ne soient pas écoutées ? Peur qu’elles n’obtiennent pas justice ? Je vous comprends. Des filles j’en ai deux. Moi aussi ces peurs je les ai et ces questions je me les pose. Mais vous êtes-vous déjà demandé ce que vous feriez, pris dans l’étau de l’accusation avec votre enfant, votre fils par exemple, devant faire face à des actes qu’il n’a pas commis ? Il n’y a pas qu’une seule vérité, pas qu’une seule personne impliquée, pas juste du blanc et du noir. Il y a de la demi-teinte, des allégations en gris majeur.

Ce dont on est sûr désormais, c’est que la justice doit évoluer, les enquêtes être différemment menées et les victimes écoutées.

Et que Ghomeshi, lui, sera de nouveau devant la justice, en juin cette fois, pour une autre accusation d’agression sexuelle.

Et vous, qu’en pensez-vous?

-Lexie Swing-

 

PS Voici un édito très intéressant sur le sujet dans la Presse :  Par Yves Boisvert

Pâques, tradition familiale et chocolat

Il y a autant de façons de fêter Pâques que de familles dans mon entourage. Il y a ceux qui offrent des vêtements, ceux qui offrent des jouets, ceux qui cachent des chocolats, ceux qui offrent du chocolat moyen avec une belle surprise dedans, ceux qui optent pour le gros oeuf Kinder et le finissent en cachette, ceux qui se tournent vers le chocolatier, ceux qui font un peu de tout ça…. et ceux qui ne font rien, par conviction religieuse, par non-conformisme ou par volonté de ne pas céder à une tendance qu’ils jugent consumériste.

La gamme 2016 de la pâtisserie Rolland./ Photo Rolland

La gamme 2016 de Christophe Morel proposé par la pâtisserie Rolland./ Photo Rolland

Dans ma famille, mes parents (ma mère) ont opté pour le chocolatier. Pour ce jour spécial, ma mère se rendait chez un bon professionnel et choisissait deux animaux (parce que nous sommes deux, CQFD) de taille moyenne, à la bouille d’ange et au chocolat au lait (parce que c’est ce que mon frère et moi on préférait). Il y a certainement eu des chocolats planqués dans le jardin, des petits oeufs dans un bol à disposition sur la table et un repas traditionnel en famille de temps en temps, mais le moment marquant, pour moi, c’est lorsqu’elle ramenait nos précieux de cellophane vêtus. Je ne me souviens pas avoir cru aux cloches ou au lapin, mais en la capacité de ma mère à ramener des bestioles extraordinaires, oui.

Les lapins de Christophe Morel./ Photo CM

Les lapins de Christophe Morel./ Photo CM

Souvent, lorsqu’on créé soi-même une famille, chacun distille ses traditions familiales et s’amuse de celle de l’autre. Quoi, vous ouvriez les cadeaux le 24 ? Quoi, un Noël sans les grands-parents ? Et puis c’est quoi cette sombre histoire de sou pour faire sauter la première crêpe à la Chandeleur ? Lorsque ce fut notre tour de créer Pâques, nous avons trouvé que le joli chocolat du chocolatier était une bonne idée. Je le voulais petit et mignon. Et anti-conformiste. Parce que oui, chez moi, les animaux étranges avaient le dessus sur les poulettes, lapins, oeufs et friture que l’on retrouve souvent à Pâques. J’ai envoyé Mr Swing. Il a ramené une poule. Pas une fille non. Une poulette au chocolat au lait. Une poulette adorable. J’ai décidé que je l’aimais. Les deux. La poule et l’amoureux. Même si l’an prochain, côté chocolat, je prendrais autre chose. Une abeille par exemple. Ou une grenouille. Ou un chien. On a trouvé notre bonheur chez l’incroyable Christophe Morel mais ils sont beaucoup à faire des chocolats originaux, tels Chocolat Andrée, Juliette et chocolat, Le comptoir chocolat…

Les moutons de Juliette et Chocolat./ Photo Juliette et Chocolat

Les moutons de Juliette et Chocolat./ Photo Juliette et Chocolat

Comme je connais le pouvoir d’attraction du chocolat Kinder, j’ai quand même opté pour une chasse aux oeufs dans le jardin. Ce sera moins facile de les chercher, avec les moufles, mais tsé… c’est ça d’implanter sa tradition pascale au Québec!

Alors, comment fête-t-on Noël chez vous ?

 

-Lexie Swing- (qui a déjà mangé la moitié des oeufs Kinder)

 

Comme un building

Montréal, vue de Longueuil./ Photo Alex Drainville

Montréal, vue de Longueuil./ Photo Alex Drainville


 

Samedi, je roulais seule vers Montréal. L’autoroute, la zone mi-industrielle à l’approche de Longueuil, et puis soudain le pont. Le pont et ses buildings majestueux qui se découpaient dans le crépuscule. Des buildings comme il en existe à New-York, Boston ou Toronto. Des buildings inexistants dans le monde d’où je viens. Je suis née dans une ville dont l’horizon se borne à la campagne et aux immeubles HLM. J’ai grandi dans plusieurs autres, villes moyennes où la ligne des toits culmine à cinq mètres, tout au plus. Ces buildings qui grandissent à mesure que je traverse le Saint-Laurent, c’est le Canada. L’Amérique. Celle que l’on fantasmait en regardant des séries télé.

Et tout à coup ça m’a happée. Vache ! L’ Amérique ! J’avais atterri là, à l’autre bout de l’Atlantique, et j’avais enfilé le costume de cette vie sans me poser de questions. J’ai acheté une maison et trouvé un boulot, j’y ai fait un enfant et payé mes impôts. Je me suis coulée dans les normes, j’ai appris le nom des institutions et suivi les élections. Je suis devenue schizophrène, le cul entre deux mondes et les pieds bien plantés. J’ai dit carte vitale, j’ai dit carte soleil, j’ai dit sécurité sociale parce que tout le monde comprenait. Je me suis excusée de ne pas connaître des expressions, j’ai applaudi lorsque nous partagions des impressions, soulagée de pouvoir penser que nous étions un peu pareils. Je me suis parfois retrouvée perdu devant l’implacable rejet de certains face au maudit français, et je me suis lancée passionnément dans des débats qui finissaient toujours par conclure que le Québec c’était mieux. Et c’était forcément mieux, puisque nous étions ici. J’en ai fait mon pays. J’ai tout pris, sans concession. J’ai pris les libertés, j’ai pris le bilinguisme et la défense farouche du français, j’ai pris les mots, j’ai pris le libéralisme, j’ai pris la gentillesse et l’affabilité, j’ai pris la chasse aux phoques et la production de chiots à outrance, j’ai pris les fourrures, j’ai pris la neige, j’ai pris la chaleur de l’été, j’ai pris le mois d’avril et ses pluies déprimantes, j’ai pris l’automne et ses couleurs chavirantes, j’ai pris la cabane à sucre et surtout la tarte qui va avec, j’ai pris les purées pour bébé poire-épinards et citrouille-framboise, j’ai pris les États-Unis et leur proximité, et les vacances dans « le Sud » pour se rappeler l’été. J’ai tout pris et j’en ai fait ma vie. J’ai critiqué ce qui était critiquable, j’ai louangé ce qui était appréciable. J’ai tout pris, c’est mon pays, mais je l’ai vu d’un œil neuf, de l’œil de ceux qui n’y ont pas grandi. J’ai la chance de la distance, d’être née ailleurs, d’avoir connu autre chose. J’ai la chance d’avoir fait la traversée, d’être une immigrée. J’y ai vu le poids de l’expérience, j’ai soupesé mes compétences. Et pour la première fois, en roulant vers les buildings, je me suis sentie presque, presque quand même, aussi grande qu’eux.

-Lexie Swing-

Cabane à sucre Labranche à Saint-Isidore

Au Québec, chaque mois de mars voit revenir une institution : le temps des sucres. Au moment où les érablières commencent à recueillir la sève qui coule de l’érable, elles ouvrent leurs portes pour des repas « cochons », souvent articulés autour des mêmes ingrédients traditionnels, et généreusement recouverts de sirop d’érable (si le cœur vous en dit). Depuis notre arrivée, nous allons ainsi chaque année à « la cabane à sucre ». Certains sont des fidèles et ont leurs habitudes. En tant qu’amateurs et néophytes, nous testons chaque année une nouvelle cabane.

Cette année, nous avions choisi le domaine de Labranche, qui produit également du vin et du cidre. Installée à Saint-Isidore-de-la-prairie, sur la Rive-Sud, l’érablière pâtit un peu de son environnement : des terres très agricoles et la proximité des éoliennes, qui jurent avec d’autres décors que nous avons pu rencontrer (genre l’érablière façon cabane dans les bois), mais c’est à mes yeux son seul défaut.

Nous l’avions choisie pour son côté très family friendly : grandes tablées, balade en carriole, animaux de la ferme, explications très pédagogiques quant à la saison des sucres… Nous n’avons pas été déçus! Arrivés à 11h40 pour midi (à la demande des propriétaires), nous avons fait la file pour prendre nos places (25 dollars par adulte, 9 dollars pour B. qui a 3 ans, gratuit en dessous de 3 ans). Peu de temps après, nous avons pu passer en salle. L’érablière a un bon nombre de places, mais sa disposition (plusieurs petites salles imbriquées) tranche avec l’impression de très grosses cabanes industrielles qu’on peut voir parfois et est très appréciable. Le personnel est d’une gentillesse rare, et il est très disponible. Les toilettes sont nombreuses (ça peut toujours servir non?) et pourvues de tables à langer.

Côté repas, c’est du traditionnel : soupe de légumes et soupe de pois, omelette soufflée, jambon, lard, oreilles de crisse, fèves au lard, patates (excellentes), etc… Mon coup de cœur va aux desserts, qui sont nombreux et délicieux : pancakes, tarte au sucre (mon péché mignon), grands-pères au sirop.

Après le repas, on peut aller déguster la tire d’érable, rendre visite aux animaux (paon, cochons, veau, lapins, chèvre…) et faire un tour de carriole (2 dollars par adulte). On peut aussi profiter du beau soleil de ces derniers jours pour une balade à pied digestive…

Un bel endroit donc, idéal avec les enfants.

-Lexie Swing-

 

./ Photo DR Lexie Swing

Juxtaposition de salles./ Photo DR Lexie Swing

./ Photo DR Lexie Swing

Soupe de légumes et soupe aux pois./ Photo DR Lexie Swing

./ Photo DR Lexie Swing

Le traditionnel./ Photo DR Lexie Swing

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./ Photo DR Lexie Swing

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A la découverte des lapins./ Photo DR Lexie Swing

./ Photo DR Lexie Swing

Après le dégel./ Photo DR Lexie Swing

./ Photo DR Lexie Swing

Lady et Beau./ Photo DR Lexie Swing

Des livres gratuits

 

Entre les livres./ Photo 命は美しい

Entre les livres./ Photo 命は美しい

 

J’y passe en soirée, après avoir couché les filles, ou entre deux siestes la fin de semaine. Je ne suis pas vraiment une fille d’habitudes… Je dispose de peu de temps alors je file entre les rayonnages, m’arrêtant à peine un instant au pied des romans mis en avant de la semaine. J’avance jusqu’au rayon des C, empoignant les Agatha Christie les uns après les autres, tentant d’en dénicher un que je n’aurais pas encore lu. Et puis ensuite j’oscille, épousant du regard les couvertures. Nous avons tous des couvertures qui nous attirent plus que d’autres. J’ai du goût pour les pochettes beiges et simples de chez Flammarion. Et un peu, je dois l’admettre, pour celles, vives et colorées, de la chick lit. De cette dernière, je me suis imposée une règle : comédies romantiques ok, mais en VO seulement. Les Kinsella et autres du genre n’ont plus de secret pour moi, et j’improve my english en toute serenite.

Je rêvais d’une bibliothèque géante reflétant mes coups de cœur. Mais la réalité étant celle des prix élevés et des menus budgets, je me suis rabattue sur ce que le gratuit a de meilleur : la culture, surtout celle des livres.
Quatre livres par semaine, plus un ou deux pour les filles, je suis bien équipée pour mes trajets de train. Un oubli et je me sens démunie. Que peuvent bien faire les autres passagers pendant tout le trajet ?
Inscription généralement gratuite dans les bibliothèques du Québec. Preuve de résidence nécessaire. 
Et vous, vous êtes-vous inscrit à la bibliothèque de votre quartier ?
-Lexie Swing-