Le dénominateur commun

./ Photo Parc Naturel du Pilat

./ Photo Parc Naturel du Pilat

Les kilomètres se ressemblent, l’enchaînement des étapes est toujours le même. A l’orée des Bois Noirs, l’excitation surgit. Souvent le temps s’en mêle. Forte pluie, grêle, neige abondante, ce sommet de l’ancienne A72 possède son propre micro-climat. La descente, et puis le panneau de fin de limitation des 110 km/heure. Une accélération et l’adrénaline prend son envol. Bientôt on est au péage. On salue le Ikea. On fait la grimace devant les barres d’immeubles qui se dressent, sombres et menaçantes, dans l’horizon stéphanois. Ces immeubles et ces zones commerciales aux néons vacillants qui donnent une image piteuse de Saint-Etienne à qui contourne la capitale de la Loire pour rejoindre Lyon.
Pour nous, c’est beaucoup plus que ça. Ce sont les repas de famille, les balades au cœur du mont du Pilat. C’est l’odeur des pommes de terre dans la braise et du cervelas grillé. Ce sont des maisons que l’on reconnaît parce que la porte d’entrée s’est fichée dans nos mémoires d’enfants. Ce sont ces lieux que l’on nomme par le nom de leur rue, égrenant leur existence à mesure des années, retraçant les dates, les périodes et les visages. Quel âge avais-je? Le petit cousin était-il déjà né? C’est où cette photo où l’on mange des spaghettis à la table des enfants ?
Nous avons pour souvenirs des lieux moches qui nous étreignent le cœur. Peu importe les pancartes de guingois et les locaux abandonnés, ma mémoire s’emballe à chaque visite, à chaque passage. Et avec mes aïeuls, la ville s’éloigne, la ville s’étiole. Un jour elle ne sera qu’un pan du passé, un endroit sur la carte  et des photos oubliées dans les cartons. Je profiterai d’une virée française pour la montrer à mes filles. Elles feront la grimace, incapables de voir le beau derrière le laid puisqu’aucun souvenir ne sera présent dans leur mémoire pour le parer de beaux atours. Je rentrerai un peu déçue, je ressortirai de vieilles photos, je leur parlerai de ces lieux, de ce balcon, de cette terrasse, de ce dixième étage, de ses rires, de ses chansons, de l’espèce de synthé qui traînait dans la chambre d’amis et du lit appareillé comme une voiture de tourisme, vestige d’une époque où le goût n’avait pas que du bon. J’habillerai leurs images de mes mots, de mes histoires. Alors peut-être qu’elles comprendront, peut-être qu’elles s’intéresseront, et se souviendront, qu’au départ de notre histoire, aux prémices de leur existence, il y a deux grandes familles, issues de Saint-Etienne. Ville de Loire, berceau de nos origines. Notre dénominateur commun.

-Lexie Swing-

Bébé : 5 choses à prendre dans l’avion

./ Photo DR Lexie Swing

./ Photo DR Lexie Swing

Voici ce que j’avais préparé à quelques jours de notre départ la semaine dernière. Et j’étais décidément bien inspirée! Moi qui pensais que le voyage avec la petite mandarine se passerait comme sur des roulettes à billes, je me suis retrouvée prise aux pièges à 9000 mètres d’altitude avec un bébé fiévreux et hurlant, qui ne daignait baisser en décibels que secoué dans un porte-bébé. Bienvenue dans mon cauchemar. Heureusement j’étais équipée…

Vendredi, nous décollons. Direction la France, la famille, les amis, les vacances, les « on vous laisse les filles on part respirer se promener une heure », la vie quoi! Miss Swing va célébrer son troisième anniversaire entourée de sa famille, et c’est déjà un beau cadeau. Elle en parle souvent d’ailleurs, au point que ses amis de la garderie lui ont dit que « ce n’était pas vrai qu’elle allait en France » et elle a boudé pour la peine. Dire qu’ils n’ont que trois ans…

Nous allons donc prendre l’avion avec elle, mais aussi avec sa petite soeur, pour qui ce sera un baptême de l’air. Pour nous, ce sera le troisième voyage avec un enfant de moins de deux ans (et le premier avec un enfant de PLUS de deux ans, notre porte-monnaie ne va pas s’en remettre question prix des billets d’avion). Il y a tout un tas de choses que l’on recommande de prendre lorsqu’on voyage avec un bébé, mais voici cinq choses qui ne sont pas toujours précisées, et tout aussi utile selon moi.

Une gigoteuse. Certains préféreront prendre une couverture mais je sais qu’avec un bébé de cinq mois qui gigote beaucoup je ne dormirais que d’un oeil si je lui mets une couverture. J’ai donc choisi encore une fois l’option gigoteuse, histoire qu’elle soit bien couverte, sans risquer de se retrouver la tête sous les couvertures en plein vol. A noter que des tas de couvertures sont toujours disponibles, et qu’il est toujours bon d’en demander une dès le départ pour la mettre dans le fond du berceau, histoire que le bébé n’ait pas l’impression de dormir sur une planche en bois. (Grâce à la gigoteuse elle n’avait pas froid. Ceci dit côté sommeil dans le berceau on repassera. A noter que sur Air Transat, si tu n’es pas club ou option plus tu n’as pas le droit à ta couverture, ou alors tu la paies.)

Un porte-bébé ou une écharpe. Pour moi, c’est le truc indispensable. Je n’ai jamais emmené la poussette canne (parapluie) dans l’avion par peur qu’elle finisse en petits morceaux et parce que je n’ai pas envie d’avoir à négocier avec le personnel pour qu’elle voyage en cabine plutôt qu’en soute. De plus, lorsque je suis arrivée seule avec Miss Swing au Canada, c’est bien le porte-bébé qui m’a sauvé la vie. Je n’aurais pas pu pousser mes bagages si j’avais eu la poussette en plus. L’autre avantage, c’est que, si votre bébé ne dort bien que sur vous, vous vous assurez avec le porte bébé de pouvoir vous-même dormir sans risquer de l’échapper. (C’est LE truc qui m’a sauvé. Avion, changement de terminal, TGV, j’ai voyagé avec bébé arrimé à mes épaules. Pendant une dizaine d’heures donc. Appelez-moi un osthéo!)

Des affaires de rechange… pour soi. On pense toujours à prendre un deuxième body et une autre tenue. Mais rarement un deuxième t-shirt pour nous. On se dit qu’au pire, si on se fait vomir dessus, on en achètera un. Ou qu’une amie nous en prêtera. Sauf que dans l’avion, il n’y aura personne pour se porter volontaire pour un échange de chandails. Alors soyez prévoyant, pensez à la deuxième tenue… pour tout le monde! (Et à une troisième éventuellement!)

Du lait tout prêt. Ça n’existe pas partout mais, quand on a un bébé qui boit du lait, c’est bien de pouvoir compter sur une préparation « prêt-à-boire ». Rien à mélanger, pas de doublon « eau + poudre » qui encombre le sac à couches. Pratique! (Parfait même)

Du Tylenol, Doliprane ou autre version du genre. Personne n’a envie de se retrouver avec un enfant malade à des milliers de mètres d’altitude sans pouvoir faire quoi que ce soit. (Je ne sais pas ce qu’on aurait fait si nous l’avions oublié. Car bien sûr, la petite mandarine a déclaré une forte fièvre en plein vol, à 4h de l’atterrissage. Les prémices de plusieurs nuits blanches qui allaient bientôt nous poursuivre).

Et pour vous, quel est le truc indispensable à avoir en avion pour bébé?

-Lexie Swing-

Tempête

Love is all you need./ Photo DR Lexie Swing

Love is all you need./ Photo DR Lexie Swing

Tempête. C’est le nom qu’on lui donne dans l’intimité. Vivre avec E., c’est comme être dans l’oeil du cyclone. En apparence, tout est calme. Pas de bruit, pas de geste brusque, pas de murmure. Et puis soudain les murs tremblent, la maison s’emplit de rugissements suraigus et de gestes désordonnés. Tempête. Elle est aussi calme qu’agitée. Déterminée à secouer la vie comme un prunier pour accéder plus vite à ce qu’elle a de meilleur : des biberons, des couches propres et du yaourt nature volé au coin d’une cuillère qu’on aura attrapée au vol alors qu’elle ne nous était pas destinée. Tempête. Elle s’agrippe, pour mieux comprendre, pour mieux observer, pour mieux saisir. Surtout aux cheveux de sa soeur, au besoin. Sa soeur qui, comme souvent les deuxièmes, la fascine. Il n’y a personne de plus drôle, de plus intelligent et de plus beau au monde que B., pour la petite mandarine. Mais un bisou de trop et voilà qu’elle l’empoigne. Quitte à danser, autant le faire à deux, voilà ce que doit se dire ma cadette, qui ne lâche prise qu’après de longues minutes et toujours à regret. Tempête. Qui a déboulé si vite dans l’existence que l’obstétricienne a failli l’échapper. Bien décidé à faire sa place. Ce n’est pas parce qu’on arrive en deuxième que l’on n’a pas son mot à dire et des cris à pousser. Tempête. Qui se secouait dans tous les sens, les premières semaines, pour échapper à l’emprise des bras ou du porte-bébé. Toujours mieux seule, dans son lit ou à terre, pour observer. Tempête. Tempête qui retombe désormais lorsqu’on la promène. A l’abri contre nous, ou lovée dans sa poussette, elle se tord le cou pour découvrir le monde. Aucun bébé n’aime autant qu’elle parcourir les magasins et manger au restaurant. Tempête. Qui se dévisse la tête pour regarder la télé malgré nos tentatives pour qu’elle reste le dos tourné. Et qui est l’interlocuteur idéal de nos familles sur Facetime, les yeux fixés sur la caméra, babillant à mesure. Enfant de son siècle, définitivement. Tempête, qui m’a renversée, chamboulée mais jamais lassée, malgré ses cris aigus et son appétit démesuré. Tempête, mon bébé chéri, ma cadette, mon portrait craché. Mon Erin d’amour.

-Lexie Swing-

Miss Swing et la surdité sélective

Je ne sais pas de quand ça date. Quelques semaines tout au plus. Un problème de vieillesse. Car Miss Swing aura bientôt atteint l’honorable âge de 3 ans. Et les jours avançant elle a développé un trouble assez commun paraît-il : la surdité sélective.

J’ai été tentée de croire qu’il s’agissait avant tout d’une affaire de mots. Comme « consigne », « dormir » ou « manger des choux de Bruxelles ». Mais j’ai vite compris que si la surdité apparaissait pour la phrase « j’ai dit non pour le chocolat », Miss Swing répétant à l’envi « donne un morceau, donne un morceau s’il-vous-plaît maman que j’aime », elle saisit toujours du premier coup la question « Veux-tu du chocolat? ». Il ne s’agissait donc pas d’un problème de mots. Ni de chocolat.

J’ai donc étudié et théorisé la question. Et je peux désormais vous dire ceci : « la surdité sélective se caractérise par un comportement généralement rétif de l’enfant faisant fi des consignes pour jeter délibérément un objet dans les toilettes ou traverser un stationnement en courant, nonobstant les appels répétés de son superviseur parental. Synonyme : bourrique ».

Cette surdité réapparait de manière fréquente. J’ai pu le constater encore ce matin lorsque Miss Swing a jeté un livre sur sa soeur alors que je hurlais à 3 centimètres de son oreille droite « si tu jettes ça, tu es punie! ». Alors qu’elle revenait après sa période de « réflexion », elle m’a avoué benoîtement qu’elle ne m’avait « pas entendue ». Et son visage innocent montrait bien qu’elle n’était en aucun cas responsable de cette surdité soudaine.

Heureusement, si j’en crois les écrits, elle reste temporaire. Disparaissant au bout de quelques mois pour réapparaître dans une dizaine d’années, aux alentours d’une période charnière de la vie autrement appelée « la mule – le retour ». Rdv à l’adolescence.

-Lexie Swing-

Calme et concentré, un beau livre pour les petits yogi

Calme et concentré, aux éditions Nathan./ Photo DR Lexie Swing

Calme et concentré, aux éditions Nathan./ Photo DR Lexie Swing

Il est arrivé par la Poste un matin de décembre. « Cadeau des cousins » était-il estampillé. En vrai, moi je le sais, c’était un présent de Tatie D. Un présent qui a tout de suite enthousiasmé Miss Swing. Sous le papier, elle a découvert un joli livre cartonné. Elle s’est assise, elle a gratté de l’ongle les mandalas à toucher, penché la tête devant les dessins de petit yogi et m’a finalement tendu le livre : « Qu’est-ce qu’il faut faire maman? »

Le livre a pour but de recentrer l’enfant, et de le calmer. Grâce aux mandalas à suivre du doigt tout en respirant, l’enfant apprend à inspirer et expirer. D’autres pages lui expliquent comment se masser des zones spécifiques du corps. Notre préféré : la main. Son père et moi en tenons chacun une, et lui massons au gré des explications de la page : replier les doigts un à un, appuyer là où est dessinée la petite coccinelle (le mont de Vénus), masser les doigts en les tournant, etc.

Une petite aide pendant le Terrible Two./ Photo DR Lexie Swing

Une petite aide pendant le Terrible Two./ Photo DR Lexie Swing

Un autre exercice que l’on fait souvent avant d’aller se brosser les dents : les positions de yoga. Faire le gros dos comme un chat, s’étirer dans la position du chien… Les enfants de l’âge de Miss Swing sont souples et c’est une façon amusante de les aider à se détendre et s’étirer.

Des petits jeux de concentration sont également proposés : transvaser de l’eau, danser et s’immobiliser lorsque la musique s’arrête ou encore transporter des choses en équilibre sur un livre. Des exercices qui rappellent la pédagogie Montessori.

Notre avis :

Adopté par nous, les parents, comme par notre aînée de 3 ans. Vouloir apprendre à son enfant à se relaxer, à bien respirer, c’est une bonne chose, mais avec un support, c’est parfois plus aisé. Tout y est : l’apprentissage durable (savoir respirer et se recentrer est un apprentissage incontournable dans la vie), le moment parent-enfant, le bénéfice d’un enfant calmé et prêt à s’endormir, etc.

« Mes premières activités pour être calme et concentré », collection Haut comme trois pommes aux éditions Nathan. Pour les enfants de 3 à 6 ans. 24,95$ au Québec chez Archambault, 15,90 en France à la Fnac.

-Lexie Swing-

Immigration au Canada : ce qu’on n’avait pas imaginé

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En voyage aux USA, tout près./ Photo DR Lexie Swing

Immigrer, c’est se préparer à une autre culture, à un autre mode de vie. Parfois très différent, comme dans le cas de H. à Dakar. Mais malgré toute la préparation psychologique possible, il y a des choses auxquelles on ne s’attend pas, des détails qui nous ont échappés. En immigrant au Canada, je n’avais pas pensé à:

La neige. Je connais la neige. J’allais souvent au ski enfant. Et puis entre Clermont-Ferrand et Saint-Etienne, à l’approche des bois noirs, elle est souvent très présente au coeur de l’hiver. Je connais la neige. On l’attend, on trépigne, elle tombe, on court dedans. Et puis le lendemain on se lève et elle a fondu. Ma réalité canadienne : s’il arrive que la neige de décembre fonde avec un retour ponctuel de la chaleur aux alentours de Noël, la neige de janvier, elle, tient bien. Elle n’est pas juste en montagne, pas juste en campagne. Elle tombe, elle reste, et elle est partout. C’est comme être en station pendant trois mois, chaussé de ses moon-boots et de son blouson de ski. D’ailleurs il n’est pas rare que le forfait pendouille de la poche de poitrine. Personnellement, j’adore (le couic-couic de la neige sous les pieds, vous vous souvenez?).

Le médecin. En France, quand je suis malade, j’appelle Patrick (Patrick, c’est mon médecin) et il me dit de passer dans la journée. Au pire, si c’est la 151e cystite de l’année, il laisse l’ordonnance sur la tablette à l’entrée. Et si c’est dimanche, le médecin d’astreinte au système de répartition de mon département envoie directement l’ordonnance à la pharmacie de garde. Ma réalité canadienne : Nous avons eu la chance de trouver un médecin de famille (un médecin traitant) et c’est presque mission impossible. Quand je suis malade je passe au sans rendez-vous le matin et on m’indique à quelle heure je vais pouvoir revenir. Ou bien j’y vais avec mon ordinateur et je travaille de là-bas. Quand les filles sont malades, j’attends d’être bien bien sûre que ça ne va pas passer tout seul, je ne m’amuse pas à aller voir leur pédiatre juste pour le plaisir de faire « constater » leur nouveau rhume. Si je veux voir mon médecin de famille, c’est rdv le mois prochain. Pour l’angine on repassera, par contre pour le suivi c’est bien. Vivre au Canada apprend donc à relativiser ses menus problèmes et éviter de plomber le système de santé en toquant chez le médecin à la moindre interférence gastrique. Ce n’est pas forcément toujours un système rassurant, c’est certain. Mais au moins il responsabilise.

Le maudit Français. En France, on se critique beaucoup entre Français. On dit que les autres Français sont intolérants, râleurs, on a un peu honte en voyage quand on voit un Français faire une crise à la réception d’un hôtel. Mais quand il est question d’unité nationale on répond présents. Parce qu’il s’agit de notre pays, de nos origines. Ensuite on se remet à critiquer. Ma réalité canadienne : il y a deux types majeurs de Français immigrants au Canada, celui qui vient vivre à l’étranger et celui qui vient en France. Oui vous avez bien lu. Certains de nos compatriotes arrivent au Canada en pensant arriver en France. Après tout on parle français, on mange des patates et surtout il y a fuuuull de Français dans certains coins de la Province. Ils ne sont pas prêts pantoute à découvrir que le Québec, ce n’est pas la France. Ils déplorent l’usage des mots, trouvent la grammaire fantaisiste, et les relations entre humains difficiles. Faque, ils font ce que tout bon Français de souche fait dans une telle situation : ils critiquent. Ouvertement. Ça ne plaît pas aux Québécois, qui se font soupçonneux lorsqu’ils nous voient débarquer avec nos Pajar hors de prix et notre accent pointilleux. Alors même si tu arrives la fleur au fusil avec ton drapeau blanc et ta volonté de t’intégrer, tu tomberas toujours sur des Québécois pas ravis du tout de te voir là. Juste parce que tu es Français? Juste parce que tu es Français… Vois-tu comme, en France, les Marocains intégrés ou tentant de l’être paient pour le seul Marocain qui a décidé que la France, c’était correct de la considérer comme le Maroc vu qu’on y parle français de même et que toute la gang du bled est déjà là et qu’il peut donc ruer dans les brancards et faire des pieds de nez aux règles et lois françaises ? Et ben c’est pareil. Il arrive que tu doives ramer grave pour te faire accepter, et pour certains tu resteras toujours le petit Français avec ton pain blanc, ton béret et tes critiques malvenues sur la grammaire malmenée.

La carte de crédit. En France, j’avais une carte de crédit. Depuis mes 16 ans. 16 ans, t’imagines? J’avais un découvert autorisé, et passé ce découvert je ne pouvais plus utiliser un cent de plus. Même si je me retrouvais en rade au sommet de l’Himalaya avec comme seule issue un pot-de-vin à refiler au chef des sherpas. Lorsque je l’utilisais, ça faisait baisser le solde de mon compte immédiatement. Et lorsque je voulais retirer de l’argent au distributeur, j’utilisais cette même carte. Ma réalité canadienne : Ma mère, dont la finance est le métier, m’avait expliqué que ce n’était pas pareil sur le continent nord-américain. Là-bas on avait des cartes de CREDIT. Ouais mais moi aussi j’avais une carte de crédit, et puis quoi? Et puis elle avait raison. Lorsque nous sommes arrivés au Québec, nous avons ouvert un compte et reçu en retour une carte de débit et une carte de crédit avec un plafond de 1000 dollars. Lorsque nous retirons de l’argent, nous utilisons la carte de débit. Nous pouvons également payer avec la carte de débit mais l’achat est prélevé immédiatement sur notre compte. La plupart du temps, nous utilisons la carte de crédit. Visa, Mastercard, même chose que partout. Ce crédit, il faut le rembourser. Chaque semaine, nous évaluons les dépenses réalisées avec la carte de crédit et versons la somme correspondante depuis notre compte pour rembourser le solde. Au fur et à mesure du temps passé au Québec, l’organisme de crédit propose d’augmenter la limite autorisée. Vous pouvez donc avoir droit à, disons, 10 000 dollars. Et là ça peut poser problème. 10 000 dollars, c’est idéal quand on veut payer des billets d’avions pour aller au bout du monde. Mais il faut les rembourser, et vite si possible, sous peine de devoir payer des frais importants. Beaucoup de magasins proposent leur propre système de crédit. Et c’est dans la culture du pays que de passer par ces crédits pour s’offrir des choses. Télévisions à crédit, ordinateurs à crédit, plancher et peinture à crédit, etc. Comme ce n’est pas dans notre culture d’origine de tout acheter à crédit, les Français s’en sortent plutôt bien dans ce système, évitant d’acheter des choses qu’ils savent ne pas pouvoir rembourser immédiatement. Mais qu’importe les origines, tout le monde peut-être envouté par la poule aux oeufs d’or. Et se retrouver englouti dans une spirale infernale de surendettement. Sans un organisme comme la CAF pour venir en aide.

Les mots. En France, on comprend globalement quand les autres nous parlent. Même les patois régionaux laissent la place au français universel de France la plupart du temps. Bien sûr, certaines expressions surprennent parfois. Comme quand je dis « boseigne » à quelqu’un qui ne va pas bien, ou qu’on parle d’aller à la vogue. Mais, en voyant le visage de l’interlocuteur, on se reprend vite car on a conscience d’utiliser un mot de patois. Ma réalité canadienne : Le français du Québec ne ressemble pas vraiment au français de France. Et ce n’est pas du patois, c’est la langue de la province (j’insiste là-dessus). La structure de la phrase est la même, ils se ressemblent pas mal à l’écrit mais à l’oral c’est une autre affaire. Outre le fait que je ne comprenais pas du tout lorsqu’on me parlait au départ, il y a encore aujourd’hui des mots qui me manquent. Quand je fais une recherche pour un produit en particulier dans google, il m’arrive de le taper en anglais, faute de trouver la correspondance en français du Québec. Les articles de puériculture en sont un bon exemple : sac à couches (le sac où on met les affaires de bébé), bassinette (berceau), bas (chaussettes), mitaines (gants, avec des doigts), formule (lait infantile), drap contour (drap housse), etc. Maintenant j’ai deux fois plus de façons de dire les choses, et ça me plaît beaucoup (et je peux faire tourner en bourrique mes amis en France). Il y a aussi des utilisations auxquelles on ne se fait pas, comme pour moi « bouffe » et « cochon ». Bouffe est vraiment usuel. Il désigne la nourriture, mais pas vraiment au sens familier du terme. Il est utilisé dans les publicités, ou pour désigner le « food-court » (l’endroit où on peut trouver à manger) dans un centre commercial par exemple. Et quand on dit qu’un plat est cochon, c’est pour signifier qu’il était bon et copieux. « C’est cochon » entendrez-vous parfois s’exclamer votre ami au restaurant. C’est drôle, et ça me déconcerte toujours!

Les mains tendues. En France, même si la solidarité existe, on pratique pas mal le chacun pour soi. File d’attente, places assises, jour de tempête… C’est souvent d’abord pour soi et ensuite pour les autres. Le métro arrive, je dégomme Mamie Gertrude sur les rails et je m’engouffre dans la rame. Tant pis pour la blonde chargée comme une mule avec ses deux marmots, elle n’avait qu’à pas en pondre deux à la fois. Non mais. Ma réalité canadienne : j’en ai souvent parlé, c’est mon sujet préféré, mais ici il y a une vraie culture de la main tendue. Je suis trop chargée avec bébé Swing à la garderie? Un autre parent m’habille ma grande fille. Je suis trop chargée avec bébé Swing à l’épicerie? Un employé emballe mes courses et les met dans ma voiture. Je suis trop chargée avec bébé Swing dans le bus ou le métro? Deux personnes, un homme ou une femme, parfois un préado (mais un vieux non, les vieux sont partout les mêmes) jaillissent de leur siège pour que je m’assoie. Je suis trop chargée – et trempée – sous la pluie avec bébé Swing? Une famille en voiture s’arrête pour me demander si j’habite loin et si j’ai besoin d’un lift (être ramenée chez moi). Personne ne se dit que je n’ai que ce que je mérite, et que je n’avais qu’à pas pondre ma marmotte dans un pays où il faut – 25 l’hiver. Les gens sont aidants. Les gens sont gentils. Et même je dirais : les gens ne se posent pas la question. Il m’a suffi de voir des adolescentes me proposer leur assistance chaque jour lorsque je prenais le métro à côté d’un lycée de filles pour savoir que c’était dans la culture, dans l’éducation. Qu’importe qu’elles soient premières de la classe, polies et assidues ou jemenfoutistes et rebelles; j’avais l’air d’avoir besoin d’aide, elles me proposaient donc leur aide. C’est tout.

C’est tout, et c’est beau aussi. Et c’est pour ça que c’est le pays où j’ai choisi… de rester.

-Lexie Swing-

 

Dans sa bulle

Il a eu trois ans, il pousse la porte de la garderie. Il est souvent exubérant, perpétuellement en mouvement. Ma fille le salue mais ce matin il est grognon. Alors sa maman se penche un peu : « Tu as besoin de ta bulle? »

Sa bulle. L’image est jolie et elle me parle. Sa bulle l’enveloppe, protectrice. A l’orée de son petit monde, vaguement aux aguets, il regarde ses amis qui courent, qui rient déjà, la bouche barbouillée des fruits de la collation du matin. Ce sont ses quelques minutes, indispensables et salvatrices. Et puis la bulle éclate, la paroi cède. Le gamin bondit comme une biche dans le groupe toujours en mouvement. L’appréhension a disparu, et le voilà qui court déjà à la rencontre de l’autre petit garçon – ils ne sont que deux les pauvres – de la classe.

Je connais bien cette bulle. J’ai mis presque trois ans à l’accepter. Trois ans durant lesquels j’ai tenté souvent de la percer, tantôt enjôleuse, tantôt consolante. Tantôt énervée, voire excédée, même. Trois ans pour comprendre que la bulle était nécessaire.

Alors voilà. On est samedi. C’est l’heure de la gym des tout-petits. La ronde frémit, crépite, les enfants bondissent, rient et courent en tout sens. Ma douce est assise, indolente. A l’abri de mes jambes en tailleur, elle observe. Le groupe s’anime, les monitrices réclament l’enthousiasme, l’attention. Secouer les maracas en rythme. Chanter avec elles les chansons. J’entonne l’hymne, je secoue les petites billes dans leur écrin de bois, mon poing fermé sur le sien, qui tient l’instrument. Elle est une poupée, molle et absente. La musique s’arrête, la gym commence.

Mon enfant bondit. Elle est juchée sur le toboggan. Elle roule en bas du tapis. Elle escalade, rampe, tombe parfois, et recommence. Elle est partout, elle qui n’était pas vraiment là. La bulle a fondu.

Et chaque jour, et chaque samedi, et chaque fois qu’un groupe se réunit, la bulle revient. Palpable et increvable. Difficile à admettre. Agaçante. Mais indispensable.

-Lexie Swing-

Sur les pas d’Agatha

L'exposition A. Christie./ Affiche Pointe-à-Callière museum

L’exposition A. Christie./ Affiche Pointe-à-Callière museum

Agatha, c’est l’un des auteurs que j’ai le plus lus. Chaque semaine, je retire l’un de ses ouvrages de la bibliothèque, religieusement. Parfois, c’est une relecture. Je ne me souviens pas du titre mais réalise qui est le coupable à mi-parcours. Et le plaisir n’en est pas moins présent.

Découvrir qui elle était et d’où elle tenait son inspiration était forcément un de mes vœux. Alors quand ses photos, ses objets personnels et ses bons mots ont pris possession de la salle des expositions temporaires du musée de Pointe-à-Callière, j’ai aussitôt trépigné pour y aller.

Au commencement, ce sont des photos de bébés, des photos d’enfants, des premiers livres, des premiers sourires. Et puis au fil de nos pas, Agatha prend son envol. Bientôt elle est majeure, elle épouse la vie et un aviateur, sa sœur lui lance le défi d’écrire un premier roman policier. Et la plume prend son essor. On parcourt sa vie au rythme de ses publications, retrouvant ses inspirations dans ses rencontres et surtout ses voyages.

Pourquoi y aller ?

– Pour savoir qui était Éric.

– Parce que l’on découvre tout autant l’aspect professionnel de sa vie – ses livres – que personnel, grâce à une biographie dûment nourrie par l’auteure elle-même.

– Pour les photos qu’elle a prises elle-même dans la deuxième partie de sa vie, avec un œil exercé et un intérêt certain pour les gens, qu’importe leur catégorie sociale.

– Pour comprendre d’où lui sont venues certaines de ses idées.

– Pour profiter d’une exposition conséquente et passionnante.

L’exposition Agatha Christie de Pointe-à-Callière est à l’image de ce que propose habituellement le musée : riche, fournie, intelligemment orchestrée. Qu’on soit un lecteur averti de cette auteure ou qu’on la découvre tout juste, l’exposition reste particulièrement intéressante. Un incontournable donc, à découvrir jusqu’au 17 avril.

– Lexie Swing –

Les aléas de l’habillage d’hiver

Quand E. voyage incognito./ Photo DR Lexie Swing

Quand E. voyage incognito./ Photo DR Lexie Swing

C’est beau l’hiver. C’est même féérique. Si vous étiez avec moi ce matin, à déguster un café en grains pas très bon parce que j’ai la flemme de courir à Montréal en racheter, nous nous installerions devant la fenêtre tels deux petits vieux pour regarder la neige tomber. Elle est lourde, épaisse, immaculée, et scintillante dans le jour déjà levé. J’adore la neige. Ça fait couic couic sous les pieds quand on marche, et dans ma petite ville de la rive-sud recouverte de son manteau blanc, j’ai l’impression perpétuelle d’être en vacances aux sports d’hiver, comme on disait avant. Mon âme d’enfant embrasse pleinement toute cette neige. Mon âme de mère, en revanche…

Au Québec, les températures avoisinent volontiers les -15 – 20 l’hiver. Parfois beaucoup moins bien sûr – les fameux pics à -40, et parfois plus. Après tout, le 24 décembre, il faisait 14 degrés. Mais disons que -15, c’est une température avec laquelle nous avons l’habitude de composer. Les habits sont faits en fonction, particulièrement les habits d’enfants, qui ont le chic pour tomber tous les trois mètres (enfin pas tous les enfants, mais la mienne oui) et faire l’ange au milieu du jardin. Les habits sont chauds. Les habits sont étanches. Les habits sont une horreur à mettre. Une crise de nerfs matinale. A vous faire regretter l’été et ses robes-sandales. Jugez plutôt du déroulé :

  • Il est 8h20. Vous devez être à la garderie à 8h30. Vous avez sept minutes de marche. Donc trois pour vous préparer. Vous êtes en retard avant même d’avoir commencé.
  • Vous posez le bébé dans son transat.
  • Vous enfilez son manteau au toddler. Puis ses mitaines (ses gants). Puis sa tuque (son bonnet).
  • Il enlève ses gants au motif qu’ils n’étaient « pas bien mis ».
  • Vous remettez les mitaines.
  • Vous vous rendez compte que vous n’avez pas mis le pantalon de neige. Celui avec les bretelles qui passent sur les épaules.
  • Vous enlevez le manteau du toddler. Il jette ses mitaines par terre. Et sa tuque, parce que « je veux pas de la tuque sans le manteau, c’est moche ».
  • Le bébé pleurniche. Vous lui remettez sa sucette.
  • Vous mettez une jambe dans le pantalon. L’autre. Vous remontez le tout. Le toddler crie parce que le chandail est remonté à mi-dos. Vous poussez avec les doigts pour faire glisser le chandail. Vous malmenez un peu les bras pour les faire passer dans les bretelles. Vous accrochez le tout. Vous voulez mettre le manteau. Mais le toddler veut d’abord mettre les bottes parce que le pantalon sans les bottes, « ça va pas ».
  • Vous mettez les bottes (et rattrapez l’enfant avant qu’il tombe à la renverse). Vous mettez le manteau. Vous mettez la tuque et les mitaines.
  • Vous enfilez votre manteau et votre tuque. Vous attachez le porte bébé.
  • Le bébé crache la suce sur le plancher, directement dans la neige souillée qu’il y avait sous les bottes.
  • Vous partez nettoyer la sucette sous l’eau (et bénissez les anciens proprios d’avoir fait construire une sdb au sous-sol).
  • Quand vous revenez, le toddler a jeté ses mitaines par terre une nouvelle fois. Vous vous acharnez à les lui remettre. Le pouce ne rentre pas. Puis il crie « par dessous par dessous », parce qu’il ne veut pas que les mitaines recouvrent son manteau. Vous les mettez dessous. Il ne veut pas « dessous comme ça », il veut « dessous avec l’élastique noir par dessus ». Vous allez chercher ledit élastique noir dans la manche (la protection pour la neige), vous le mettez par-dessus le gant, puis passez le reste de la manche sur le tout. Vous serrez l’attache au poignet. C’est trop serré. L’enfant veut le faire lui-même. Mais il a des moufles et il n’y arrive pas. Il essaye d’enlever ses moufles. Vous menacez. Il boude et se jette à plat ventre par terre.
  • Vous attrapez le poupon, le glissez dans sa combinaison. Il fait 40 degrés dans votre manteau. Le bébé ne coopère pas d’un poil et tient ses bras serrés sur sa poitrine. Vous arrachez un bras pour le glisser dans la manche. Il hurle comme un petit cochon. Vous enfilez la cagoule. Arnachez le bébé. Suez pour attacher le porte bébé entre les omoplates.
  • Vous ramassez l’enfant. Le bébé hurle de se retrouver la tête en bas. Vous parvenez à enfiler vos bottes sans défaire les lacets. Vous vous rendez compte que vous n’avez pas mis de moufles au bébé sous sa combinaison. Renoncez à l’idée de le défaire et partez à la garderie les coudes serrés le long du corps, pour garder au chaud les mains du bébé glissées dessous (il y a a combinaison par dessus quand meme hein, mais par -20 une paire de moufles supplémentaire n’est pas superflue).

Ouf. Je suis épuisée rien que de l’écrire. Bien sûr il y a des jours où Miss Swing est à la fois autonome et coopérative. Elle enfile ses affaires seule, aide à attacher le porte-bébé, me rappelle que j’ai oublié de mettre les moufles, etc. Il y a des matins, beaucoup d’ailleurs, où la petite mandarine rigole tout le long, en jouant avec sa sucette. Et puis il y a aussi d’autres jours, où il faut remettre les moufles dix fois, où les nez n’arrêtent pas de couler, où je me souviens que j’ai laissé le chèque pour la garderie dans la cuisine à l’étage alors que j’ai déjà mes bottes. Il y a l’arrivée à la garderie aussi, toujours périlleuse. Il faut aider Miss Swing à se déshabiller sans trop balloter sa soeur dans le porte-bébé, puis enlever ses propres bottes souillées pour se rendre au local des 3 ans.

J’aime la neige. J’adore même. Mais j’avoue, je gagne chaque jour en admiration pour ces éducatrices qui doivent chaque jour habiller des dizaines d’enfants. Patiemment. En sachant que pour 30 minutes de préparation, ils passeront à peine 15 minutes dehors.

« Oui mais avec Miss Swing c’est facile, elle fait tout toute seule, elle est parfaitement autonome », nous a dit récemment l’éducatrice. Ah…

-Lexie Swing-

Happy 2016

./ Photo Tom Roeleveld

./ Photo Tom Roeleveld

Il y a seize ans, nous « tournions le siècle ». Passez par la case départ, et prenez 2000 ans. Un choc, un vrai, observé avec appréhension par ceux qui prédisaient coupure d’internet et fin du monde (deux choses très similaires, en somme). Seize ans sapristi! Les enfants du siècle sont désormais au volant, qu’ils soient en conduite accompagnée ou apprenti conducteur, de ce côté-ci du globe. Ils sont presque majeurs, généralement vaccinés. Ils vont prendre leur envol. Avons-nous pris notre envol? Nous sommes les enfants du siècle dernier, qu’importe la dizaine affichée. Avons-nous pour autant acquis la maturité? Appris de nos erreurs? Les 15 années écoulées ont montré le pire et le meilleur de la civilisation actuelle. Des découvertes incroyables, notamment scientifiques, et des reculées majeures, dans les guerres, toujours plus sales; dans les moeurs, dont la progression fluctue à mesure que l’acceptation de l’autre se rétracte.

Nous sommes désormais en 2016. Un chiffre marquant pour moi, et quelques autres, car cette année, nous fêterons nos trente ans. Que pourrais-je vous souhaiter, en dehors du meilleur?

  • De la sécurité. Financière, sanitaire, émotionnelle. Parce que lorsque se sent à l’abri et aimé, on est toujours plus à même de s’émanciper, et de se réaliser.
  • Des aventures, beaucoup. Que vous la préfériez dans les livres, ou le sac au dos.
  • De la chance. Parce qu’on a toujours besoin d’un petit coup de pouce du destin.

Ce que je souhaite, tout court :

  • Que l’on cesse de faire cas de ce qui n’a pas la moindre importance, comme la hauteur du gazon de son voisin, l’orientation sexuelle du cousin Gaston ou le nombre d’enfants de la famille Cornichon. Si l’on consacrait la moitié de l’énergie que l’on met à critiquer son prochain dans des projets louables, on aurait déjà changé la face du monde.
  • Que l’on arrive à changer le cours des jours, en cessant de pester des dix heures du matin parce que « décidément cette journée était mal partie ». Ras-le-bol d’avoir le sentiment de perdre des journées entières parce que nous avons posé le mauvais pied au lever ce matin. Fini la déconne, deux heures de malchance, c’est déjà bien assez, changeons les choses. Ou faisons-en au moins de bonnes histoires.
  • Qu’on lâche un peu nos téléphones, nos ordinateurs, pour regarder nos proches dans le fond des yeux et pas seulement depuis l’écran d’un ordinateur. Observer le dernier fou-rire du bébé sur notre téléphone alors qu’il gazouille à nos côtés, c’est ridicule et ça suffit. Mais retrouvons-les quand il s’agit de prendre des nouvelles. N’attendons pas que les autres le fassent. Combien d’amitiés se lassent à force d’attendre le premier pas de l’autre?
  • Et surtout qu’on sautille, qu’on esquisse quelques pas de deux et un entrechat, qu’on accepte de jouer à la marelle au milieu du parking, et à chat sur les bancs du parc. Qu’on montre à nos enfants ce que c’est que le bonheur. Qu’il ne faut pas faire que l’attendre, qu’il faut le créer. Parce que c’est bien d’avouer parfois à ses enfants que papa est triste et maman fatiguée, mais que c’est chouette aussi de leur expliquer qu’on peut embrasser la vie, les bras et les yeux grands ouverts.

Que 2016 soit belle.

-Lexie Swing-

PS Si j’en crois le bruit que fait la petite mandarine, 2016 sera surtout baveuse. Bien à vous ;)