Les aléas de l’habillage d’hiver

Quand E. voyage incognito./ Photo DR Lexie Swing

Quand E. voyage incognito./ Photo DR Lexie Swing

C’est beau l’hiver. C’est même féérique. Si vous étiez avec moi ce matin, à déguster un café en grains pas très bon parce que j’ai la flemme de courir à Montréal en racheter, nous nous installerions devant la fenêtre tels deux petits vieux pour regarder la neige tomber. Elle est lourde, épaisse, immaculée, et scintillante dans le jour déjà levé. J’adore la neige. Ça fait couic couic sous les pieds quand on marche, et dans ma petite ville de la rive-sud recouverte de son manteau blanc, j’ai l’impression perpétuelle d’être en vacances aux sports d’hiver, comme on disait avant. Mon âme d’enfant embrasse pleinement toute cette neige. Mon âme de mère, en revanche…

Au Québec, les températures avoisinent volontiers les -15 – 20 l’hiver. Parfois beaucoup moins bien sûr – les fameux pics à -40, et parfois plus. Après tout, le 24 décembre, il faisait 14 degrés. Mais disons que -15, c’est une température avec laquelle nous avons l’habitude de composer. Les habits sont faits en fonction, particulièrement les habits d’enfants, qui ont le chic pour tomber tous les trois mètres (enfin pas tous les enfants, mais la mienne oui) et faire l’ange au milieu du jardin. Les habits sont chauds. Les habits sont étanches. Les habits sont une horreur à mettre. Une crise de nerfs matinale. A vous faire regretter l’été et ses robes-sandales. Jugez plutôt du déroulé :

  • Il est 8h20. Vous devez être à la garderie à 8h30. Vous avez sept minutes de marche. Donc trois pour vous préparer. Vous êtes en retard avant même d’avoir commencé.
  • Vous posez le bébé dans son transat.
  • Vous enfilez son manteau au toddler. Puis ses mitaines (ses gants). Puis sa tuque (son bonnet).
  • Il enlève ses gants au motif qu’ils n’étaient « pas bien mis ».
  • Vous remettez les mitaines.
  • Vous vous rendez compte que vous n’avez pas mis le pantalon de neige. Celui avec les bretelles qui passent sur les épaules.
  • Vous enlevez le manteau du toddler. Il jette ses mitaines par terre. Et sa tuque, parce que « je veux pas de la tuque sans le manteau, c’est moche ».
  • Le bébé pleurniche. Vous lui remettez sa sucette.
  • Vous mettez une jambe dans le pantalon. L’autre. Vous remontez le tout. Le toddler crie parce que le chandail est remonté à mi-dos. Vous poussez avec les doigts pour faire glisser le chandail. Vous malmenez un peu les bras pour les faire passer dans les bretelles. Vous accrochez le tout. Vous voulez mettre le manteau. Mais le toddler veut d’abord mettre les bottes parce que le pantalon sans les bottes, « ça va pas ».
  • Vous mettez les bottes (et rattrapez l’enfant avant qu’il tombe à la renverse). Vous mettez le manteau. Vous mettez la tuque et les mitaines.
  • Vous enfilez votre manteau et votre tuque. Vous attachez le porte bébé.
  • Le bébé crache la suce sur le plancher, directement dans la neige souillée qu’il y avait sous les bottes.
  • Vous partez nettoyer la sucette sous l’eau (et bénissez les anciens proprios d’avoir fait construire une sdb au sous-sol).
  • Quand vous revenez, le toddler a jeté ses mitaines par terre une nouvelle fois. Vous vous acharnez à les lui remettre. Le pouce ne rentre pas. Puis il crie « par dessous par dessous », parce qu’il ne veut pas que les mitaines recouvrent son manteau. Vous les mettez dessous. Il ne veut pas « dessous comme ça », il veut « dessous avec l’élastique noir par dessus ». Vous allez chercher ledit élastique noir dans la manche (la protection pour la neige), vous le mettez par-dessus le gant, puis passez le reste de la manche sur le tout. Vous serrez l’attache au poignet. C’est trop serré. L’enfant veut le faire lui-même. Mais il a des moufles et il n’y arrive pas. Il essaye d’enlever ses moufles. Vous menacez. Il boude et se jette à plat ventre par terre.
  • Vous attrapez le poupon, le glissez dans sa combinaison. Il fait 40 degrés dans votre manteau. Le bébé ne coopère pas d’un poil et tient ses bras serrés sur sa poitrine. Vous arrachez un bras pour le glisser dans la manche. Il hurle comme un petit cochon. Vous enfilez la cagoule. Arnachez le bébé. Suez pour attacher le porte bébé entre les omoplates.
  • Vous ramassez l’enfant. Le bébé hurle de se retrouver la tête en bas. Vous parvenez à enfiler vos bottes sans défaire les lacets. Vous vous rendez compte que vous n’avez pas mis de moufles au bébé sous sa combinaison. Renoncez à l’idée de le défaire et partez à la garderie les coudes serrés le long du corps, pour garder au chaud les mains du bébé glissées dessous (il y a a combinaison par dessus quand meme hein, mais par -20 une paire de moufles supplémentaire n’est pas superflue).

Ouf. Je suis épuisée rien que de l’écrire. Bien sûr il y a des jours où Miss Swing est à la fois autonome et coopérative. Elle enfile ses affaires seule, aide à attacher le porte-bébé, me rappelle que j’ai oublié de mettre les moufles, etc. Il y a des matins, beaucoup d’ailleurs, où la petite mandarine rigole tout le long, en jouant avec sa sucette. Et puis il y a aussi d’autres jours, où il faut remettre les moufles dix fois, où les nez n’arrêtent pas de couler, où je me souviens que j’ai laissé le chèque pour la garderie dans la cuisine à l’étage alors que j’ai déjà mes bottes. Il y a l’arrivée à la garderie aussi, toujours périlleuse. Il faut aider Miss Swing à se déshabiller sans trop balloter sa soeur dans le porte-bébé, puis enlever ses propres bottes souillées pour se rendre au local des 3 ans.

J’aime la neige. J’adore même. Mais j’avoue, je gagne chaque jour en admiration pour ces éducatrices qui doivent chaque jour habiller des dizaines d’enfants. Patiemment. En sachant que pour 30 minutes de préparation, ils passeront à peine 15 minutes dehors.

« Oui mais avec Miss Swing c’est facile, elle fait tout toute seule, elle est parfaitement autonome », nous a dit récemment l’éducatrice. Ah…

-Lexie Swing-

Happy 2016

./ Photo Tom Roeleveld

./ Photo Tom Roeleveld

Il y a seize ans, nous « tournions le siècle ». Passez par la case départ, et prenez 2000 ans. Un choc, un vrai, observé avec appréhension par ceux qui prédisaient coupure d’internet et fin du monde (deux choses très similaires, en somme). Seize ans sapristi! Les enfants du siècle sont désormais au volant, qu’ils soient en conduite accompagnée ou apprenti conducteur, de ce côté-ci du globe. Ils sont presque majeurs, généralement vaccinés. Ils vont prendre leur envol. Avons-nous pris notre envol? Nous sommes les enfants du siècle dernier, qu’importe la dizaine affichée. Avons-nous pour autant acquis la maturité? Appris de nos erreurs? Les 15 années écoulées ont montré le pire et le meilleur de la civilisation actuelle. Des découvertes incroyables, notamment scientifiques, et des reculées majeures, dans les guerres, toujours plus sales; dans les moeurs, dont la progression fluctue à mesure que l’acceptation de l’autre se rétracte.

Nous sommes désormais en 2016. Un chiffre marquant pour moi, et quelques autres, car cette année, nous fêterons nos trente ans. Que pourrais-je vous souhaiter, en dehors du meilleur?

  • De la sécurité. Financière, sanitaire, émotionnelle. Parce que lorsque se sent à l’abri et aimé, on est toujours plus à même de s’émanciper, et de se réaliser.
  • Des aventures, beaucoup. Que vous la préfériez dans les livres, ou le sac au dos.
  • De la chance. Parce qu’on a toujours besoin d’un petit coup de pouce du destin.

Ce que je souhaite, tout court :

  • Que l’on cesse de faire cas de ce qui n’a pas la moindre importance, comme la hauteur du gazon de son voisin, l’orientation sexuelle du cousin Gaston ou le nombre d’enfants de la famille Cornichon. Si l’on consacrait la moitié de l’énergie que l’on met à critiquer son prochain dans des projets louables, on aurait déjà changé la face du monde.
  • Que l’on arrive à changer le cours des jours, en cessant de pester des dix heures du matin parce que « décidément cette journée était mal partie ». Ras-le-bol d’avoir le sentiment de perdre des journées entières parce que nous avons posé le mauvais pied au lever ce matin. Fini la déconne, deux heures de malchance, c’est déjà bien assez, changeons les choses. Ou faisons-en au moins de bonnes histoires.
  • Qu’on lâche un peu nos téléphones, nos ordinateurs, pour regarder nos proches dans le fond des yeux et pas seulement depuis l’écran d’un ordinateur. Observer le dernier fou-rire du bébé sur notre téléphone alors qu’il gazouille à nos côtés, c’est ridicule et ça suffit. Mais retrouvons-les quand il s’agit de prendre des nouvelles. N’attendons pas que les autres le fassent. Combien d’amitiés se lassent à force d’attendre le premier pas de l’autre?
  • Et surtout qu’on sautille, qu’on esquisse quelques pas de deux et un entrechat, qu’on accepte de jouer à la marelle au milieu du parking, et à chat sur les bancs du parc. Qu’on montre à nos enfants ce que c’est que le bonheur. Qu’il ne faut pas faire que l’attendre, qu’il faut le créer. Parce que c’est bien d’avouer parfois à ses enfants que papa est triste et maman fatiguée, mais que c’est chouette aussi de leur expliquer qu’on peut embrasser la vie, les bras et les yeux grands ouverts.

Que 2016 soit belle.

-Lexie Swing-

PS Si j’en crois le bruit que fait la petite mandarine, 2016 sera surtout baveuse. Bien à vous ;)

On a adopté Culiniste

Miss Swing aux commandes./ Photo DR Lexie Swing

Miss Swing aux commandes./ Photo DR Lexie Swing

Culiniste, c’est le gars qui te prépare ton épicerie et te dit quoi en faire. En gros. Sauf qu’ils sont probablement plusieurs gars. Et filles. Et que c’est un peu plus fancy que ça.

Il y a quelques mois, mes blogs québécois préférés se relayaient pour annoncer la bonne nouvelle : une nouvelle tendance venait de voir le jour, celle de proposer à messieurs-dames tout le monde de devenir d’excellents cuisiniers d’un jour, à domicile, dans sa propre cuisine. Grâce à mon amie A., j’ai bénéficié d’une offre pour tester l’un d’entre eux : Culiniste. J’aurais pu vous en parler d’entrée de jeu. Donner ma première impression. J’ai voulu faire un peu plus que ça : vous annoncer que ça y’est, nous étions conquis! Car nous avons déjà commandé de nouveau, par deux fois. C’est une preuve non?

Comment ça marche?

Carton, ouvre toi!/ Photo DR Lexie Swing

Carton, ouvre toi!/ Photo DR Lexie Swing

Culiniste, pour notre famille, c’est trois repas pour deux-trois personnes par semaine, pour 59 dollars. La livraison se fait le mardi, directement sur notre perron. Les aliments sont emballés par recette, avec un sac particulier pour les viandes et poissons, dans un grand carton réfrigéré prévu pour conserver ainsi les produits pendant 24h. Ceci dit, avec le temps qu’il fait depuis lundi, un trou dans le jardin aurait suffi.

Chaque semaine, avant le mercredi, un choix de six recettes est proposé sur le site. Trois sont présélectionnées, en fonction du profil que vous aurez enregistré au moment de votre inscription (viande, poisson, végétarien, envie de tester des recettes exotiques, etc.). Mais vous pouvez les changer comme bon vous semble.

Attention, il faut penser à « sauter la semaine » si vous ne souhaitez pas en bénéficier, sinon vous serez prélevés et recevrez les trois repas présélectionnés.

Chacune des recettes est présentée sur une fiche de papier cartonné, avec les étapes à suivre et des photos pour les accompagner. Il n’y a plus qu’à retrousser ses manches et à s’y mettre.

Saumon grillé, nouilles ramen et soupe miso./ Photo DR Lexie Swing

Saumon grillé, nouilles ramen et soupe miso./ Photo DR Lexie Swing

Est-ce que c’est cool?

C’est awesome! Si le carton arrive suffisamment tôt le mardi, on remonte nos manches et c’est parti! Miss Swing sort méticuleusement chaque ingrédient tandis que son père et moi découpons. Elle a le droit de mélanger et d’ajouter les épices. Une vraie team!

On aime particulièrement le fait que chaque ingrédient soit dans une quantité précise, tout comme les épices ou encore les crèmes. Aucune perte! Autre point intéressant : on a pu tester quelques recettes d’ailleurs, qui nécessitent des ingrédients que l’on trouve parfois difficilement. Pas de gros sac d’épices que l’on ne réutilisera pas, pas de temps perdu à arpenter Montréal à la recherche de l’ingrédient magique : il est dans le carton, dans son mini-sac, pesé au gramme près.

Depuis qu’on utilise Culiniste, je me rends compte que notre façon de cuisinier a un peu évolué. On pense au fond de viande pour faire une sauce, on réutilise la même poêle entre nos préparations pour un même plat, on met plus d’échalotes et d’oignons, et aussi plus de moutarde. On a découvert des aliments, ou de nouvelles façons de les préparer, et on refait maintenant certaines des recettes qui nous ont vraiment plu.

Des points négatifs?

Il n’est pas noté l’origine des produits sur les contenants. Je voulais leur poser la question mais j’oublie à chaque fois. Est-ce de la viande issue de l’élevage du coin ou est-elle importée d’ailleurs? J’avoue que j’aimerais savoir. En tout cas, les produits sont frais.

Autre petit défaut : selon le secteur où l’on se trouve, le livreur (mais cela ne dépend pas de Culiniste en vérité) ne peut passer qu’en toute fin d’après-midi. Pas facile de préparer une des recettes le soir même lorsque le carton est livré à 18h30.

Le principe du site fait que, si l’on oublie de « sauter la semaine », il n’est plus possible de faire marche arrière et les recettes sont alors livrées, et notre compte débité. Parfois, cela tombe bien. D’autres fois, les recettes qui débarquent ainsi ne sont pas du tout à notre palais et tendent à nous dégoûter un peu du système (mais c’est le jeu ma pauvre Lucette!).

Dans l’ensemble, sur trois commandes, nous avons été conquis! A tester donc…

-Lexie Swing-

La Saint B.

 

Bonne fête./ Photo Rendezvousenfrançais

Bonne fête./ Photo Rendezvousenfrançais

En janvier, nous fêtons la Saint B. Nous disons donc « bonne fête », à ne pas confondre avec le « bonne fête » québécois, qui correspond au « joyeux anniversaire » français. L’occasion de vivre quelques quiproquos. Avec la concernée, déjà :

« Ce sera l’anniversaire de Talou (sa grand-mère).

– Elle aura des cadeaux?

– Oui.

– J’aurais des cadeaux?

– En fait oui, parce que ce jour-là c’est aussi ta fête. Enfin pas ta fête « ta fête ». Ta fête parce qu’on célèbre les B. ce jour-là.

– Ah… Je vais souffler des bougies?

– Non parce que ce n’est pas ton anniversaire, c’est ta fête. La Saint B. A la Saint B. on ne souffle pas de bougies.

– Mais pour ma fête je pourrais?

J’ai cherché un peu, et je n’ai pas l’impression que les saints soient fêtés au Québec, peut-être à cause du rejet de l’Eglise depuis la Révolution Tranquille des années 60. Sans doute aussi à cause de la grande diversité culturelle et religieuse du pays, et de la Province en particulier. La Saint B. entraîne alors quelques questionnements. Comme auprès des éducatrices…

« Elle risque de parler de sa fête aujourd’hui…

– Ah bon? (Jetant un oeil au calendrier des anniversaires.) Ce n’est pas en février?

– Si mais aujourd’hui c’est la Saint B.

– Ah? Je ne savais pas. Vous faites ça en France?

– Oui, enfin non. Enfin pas tout le monde. C’est catholique en fait. Nous on est pas catholiques mais on fête les fêtes. C’est … de famille! (Ouf, j’ai trouvé une explication). On fait ça dans notre famille depuis longtemps.

– Donc aujourd’hui on fête la Saint B.

– En fait pas vraiment, on fête les Guillaume.

– …

– C’est que B., c’est tirée de Guillaume.

– … ?!?!

– Guillaume c’est Wilhelm en allemand. Sa version féminine est Wilhelmina, et B. c’est le diminutif de Wilhelmina.

– Elle s’appelle Wilhelmina en vrai?

– Euh… Non.

 

Moralité, désormais je réponds : ça n’existait pas, il nous fallait un jour, on a pris celui-là. Dans ma famille, on offre un petit cadeau pour fêter son saint, et on fait un repas spécial, à tout le moins un dessert. C’est comme un anniversaire, en plus petit. Ou comme une fête, en plus petit. C’est une petite fête, en fait…

Et vous, les fêtez-vous, les saints?

-Lexie Swing-

 

PS C’est vraiment tiré de Wilhelmina.

Le Noël des expatriés

Le cadeau de Noël de l'éducatrice./ Photo DR Lexie Swing

Le cadeau de Noël de l’éducatrice./ Photo DR Lexie Swing

Quand on est expatrié, il y a – grosso modo – trois façons de fêter Noël. La première, très courue, consiste à rentrer en France. Heureux possesseurs d’un billet hors de prix, nous nous engouffrons dans un avion vêtus de nos manteaux prévus pour affronter -30° qu’il nous faudra quitter dès le pied posé sur le sol français. S’enchaînent alors dix jours, voire deux semaines pour les plus chanceux, d’un marathon intense où l’on se relève à peine les fesses posées sur un canapé. Ce sont les Fêtes du pire et du meilleur. Toute la famille est réunie, on a la chance de croiser Mamie Berthe en dehors de sa maison de retraite et les amis éparpillés en France et dans le monde sont tous revenus passer Noël « au pays ». Mais ce sont des vacances sans repos, des vacances où il est impossible d’accorder plus d’une heure de temps à quelqu’un, des vacances où l’on avale les kilomètres autant que les chocolats et le gratin dauphinois. Des vacances qui ne sont pas des vacances. Juste des retrouvailles éphémères.

Il y a la version « la France vient chez moi ». Alors on file chercher à l’aéroport nos familles englouties jusqu’aux yeux sous des vêtements de ski dernier cri. On leur avait promis un Noël blanc mais voilà que l’herbe renaît sous leurs pas. Ou alors on leur parlait des températures clémentes et leur avion se pose sur un mètre trente de neige. Environ. Pas de demi-mesure. Ils sont ravis. Nous aussi. Ils ont apporté du foie gras dans leurs bagages, même si personne n’est bien sûr que c’est légal. On en profite pour passer quelques jours « au chalet », tout en déplorant l’absence du reste de la famille. On s’inquiète un peu de l’arrière-grand-mère qui ne sortira guère de sa résidence pour les Fêtes, des frères et soeurs qui ne verront pas nos parents pour le 25. Mais on en profite. On est un peu égoïstes.

Et puis la dernière possibilité, en dehors de rester entre-soi, c’est de retrouver son autre famille. La canadienne. Celle que l’on s’est construite, à coups de rencontres entre blogueurs, ou entre forumeurs. Grâce au travail, grâce au sport, grâce aux enfants. Une grande famille d’expats, qui se serre toujours les coudes. On mélange nos traditions, on réinvente la culture des Fêtes. On apporte un peu d’ici, et beaucoup d’ailleurs. On se comprend. On est pareil. On est de partout. On est de France, souvent. On ne se serait jamais rencontrés en France. On se serait croisés au détour d’un ciné. Et ignorés. Ici, on est amis. On est ensemble. On est une famille. Demain soir, je retrouve ma famille. L’autre. Et j’ai hâte de même.

Où que vous soyez, avec vos parents, vos frères et soeurs, avec Mamie Berthe, avec vos voisins, avec vos collègues ou avec vos amis. Que vous soyez bien ou mal accompagné… Passez de belles fêtes, soyez heureux, profitez-en. Même si c’est trop, même si vous courez, même si ce n’est pas exactement comme vous l’aviez imaginé… Avec une guirlande de Noël, on peut illuminer tout un monde. Demander à un enfant qui traîne par là, il vous le dira…

Et à bientôt…

-Lexie Swing-

Habiter la Rive-Sud de Montréal (ou en banlieue) (ou à la campagne)

Patinage sur le lac./ Photo SaintBruno.ca

Patinage sur le lac./ Photo SaintBruno.ca

Il y a un an, nous emménagions dans notre maison, à Saint-Bruno, sur la Rive-Sud de Montréal. Un choix réfléchi. Mais un choix hésitant aussi. Un an après, il nous arrive encore de lorgner les nouveaux condos dans les quartiers ouest de Montréal. Griffintown, la Petite-Bourgogne, NDG, des quartiers que l’on aime particulièrement. S’y serait-on vu y habiter? Non. Et c’est pour cela que nous sommes partis.

Saint-Bruno, c’est le paradis des familles. De ma famille en tout cas. Il y a une garderie au coin de la rue. Un café pour les nouveaux parents. Un catalogue entier d’activités sportives et culturelles proposées par la Ville. Des boutiques et des restos qui ne sont pas – que – des chaînes. Un parc naturel dont l’abonnement est pris en charge par moitié par la mairie. Il y a des gens dans des petits condos et d’autres dans des maisons si grandes que tu n’en trouves plus le bout. Il y a des tas de décorations devant les maisons dès le temps des Fêtes venus. Il y a une patinoire l’hiver, en accès libre. Des marchés d’hiver, des marchés d’été, des cinés en plein air, des fêtes, des tas de fêtes. Il y a la quiétude, surtout.

On se verrait bien vivre dans un condo luxueux du centre montréalais. Hier, ou plus tard. Mais maintenant non. Chaque fois que j’imagine mes filles un peu plus grandes, c’est ici, sur la Rive-Sud. Dans une école toute proche aux abords de laquelle les voitures ne grouillent pas. Arpentant le quartier avec quelques copines, dont on connaîtrait les parents puisque tout le monde finit par se connaître, inévitablement. Pratiquant un sport ici-même, représentant leur bourgade à défaut d’un quartier ou d’un arrondissement. Comme jeune adulte, j’ai aimé l’anonymat de la grande ville et détesté la proximité de ces villages où tout le monde se tutoyait. Mais, qu’importe l’âge que j’ai désormais, c’est pour les personnes qui m’accompagnent que je projette ma vie aujourd’hui.

Hier, je me suis rendue à la bibliothèque. Cahin-caha, la mini dans sa poussette et la moins petite accrochée à ma main. Elle l’a lâchée un instant pour attraper un caillou quelque part. Ai-je paniqué? Pas vraiment. Les voitures sont plutôt rares sur les chemins que nous empruntons et elles manquent rarement de ralentir aux abords des passages piétons. Une heure plus tard, nous en sommes revenues. Le vent faisait voleter les pans de ma tuque et l’air était froid, mais le soleil de décembre baignait les rues de lumière. Il faisait frette, mais dans mon coeur c’était chaud, chaud. Parce que dans mon monde, tout est désormais à la bonne place. A commencer par moi.

Et vous, quel choix de vie avez-vous fait?

-Lexie Swing-

Où il est question de taille

50 cm à la naissance./ Photo DR Lexie Swing

50 cm à la naissance./ Photo DR Lexie Swing

La taille a toujours été un truc qui me fascine. Et bien sûr ça fait moitié perverse à ce stade mais attendez que je m’explique. Je suis dans la courbe basse des adultes. Pas minuscule, mais ce que l’on a coutume d’appeler « petite ». Même Anthropology en a fait une taille à part. Et même si « tout ce qui est petit est mignon », quelques centimètres de plus n’auraient pas fait de mal à mon estime personnelle, surtout à l’adolescence. Quand je maîtrisais encore mal la séduction. Et les talons.

Miss Swing est née dans la courbe moyenne. Elle y est restée jusqu’à ses deux mois environ, et puis la courbe a commencé à flancher. Aucune cassure, juste du très normal : Miss Swing était « petite » elle aussi. Elle continue à l’être, représentant indifféremment le clan des petits-mais-pas-minuscules.

Je me suis débattue durant toute sa première année avec des tailles de vêtements qui ne correspondaient que trop bien. Trois mois à trois mois, six mois à six mois, neuf mois à neuf mois… voire un peu plus! Les gilets étaient souvent de la taille en dessous, et les pantalons doivent désormais être resserrés à la ceinture pour tenir.

Et puis E. est arrivée. Elle faisait exactement la même taille que sa soeur à la naissance. Même taille, même poids, à quelques grammes près. Des copies conformes. Deux semaines plus tard, rendez-vous chez le médecin. Elle avait pris deux centimètres. Et mes prédictions ont pris l’eau.

Depuis, la petite mandarine a tout d’une belle orange. Elle grossit et grandit à vive allure. Et si elle daignait s’asseoir ou ramper, on la prendrait facilement pour un bébé de quelques mois de plus. Impossible de fermer les cache-couches, difficile de couvrir les jambes avec le pantalon. E. aura quatre mois dimanche, et hier j’ai sorti à reculons la boîte estampillée « 9 mois – 12 mois ». J’ai vidé entièrement le six mois pour faire de la place. Je me suis dit qu’au pire, les pantalons tirbouchonneraient quelque temps.

Ils n’ont pas tirbouchonné.

Je ne me leurre pas. Elle n’a pas soudainement atteint 75 cm dans la nuit. Tout au plus toise-t-elle 64 ou 65 cm. C’est le haut de la courbe, pour ses quatre mois. Et elle ne rentre plus dans le six mois car les créateurs de vêtements pour enfants ont prévu les choses ainsi depuis que la mode est monde : une taille de plus que l’âge.

Je sais autre chose : elle sera probablement à peine plus grande que moi. Combien d’entre nous ont vécu ce passage incroyable de dominer les autres de quelques centimètres pour se retrouver finalement dans les fonds du classement l’adolescence venue? En attendant, chaque fois que le temps de la mesurer est venue, je ressens un fond d’excitation mêlé d’appréhension. Combien désormais? Et pourquoi? A qui as-tu pris ça ma petite mandarine? Resteras-tu mon bébé géant? Le temps me le dira…

Et vous, la croissance vous a-t-elle joué des tours?

-Lexie Swing-

Pratiquer le yoga maman-bébé

Yoga avec bébé./ Photo Aktiv I Oslo.no

Yoga avec bébé./ Photo Aktiv I Oslo.no

Au Québec, le duo congé maternité-congé parental est une institution. Et une institution longue durée! Près d’un an pour celles qui choisissent le congé à son plus long terme. Et durant cette année, il faut bien s’occuper! Les associations sportives l’ont bien compris, elles sont donc nombreuses désormais à proposer des activités maman-bébé. Causeries, café mais aussi sport et relaxation. Parmi elles, le yoga. Un doux combiné!

Le mot d’ordre est la liberté : le bébé a faim, on le nourrit. Il dort? On le laisse à ses rêves. Il est réveillé? On l’implique dans les exercices. A plat dos entre nos mains pendant la position du chien. Bien droit entre nos bras tandis que l’on cherche son équilibre debout sur un pied. En bascule sur nos tibias pendant que l’on pratique quelques abdominaux. Le café qui organise les cours a également prévu un équipement de choix : balancelle et tapis de jeux pour tous les petits yogi.

J’ai été vite épatée de la réceptivité de la petite mandarine. Elle n’a jamais manqué un seul cours au profit d’un sommeil pourtant bien mérité. Chaque mercredi, à 10 heures tapantes, elle est d’attaque, prête à battre des mains et à pousser ces cris propres à ceux qui se découvrent une voix pour la première fois. Elle rit quand je l’embrasse à chaque contraction de mes abdominaux, m’arrache les cheveux lorsque je prends la position du chien et me bave abondamment dessus en toute situation.

Les Fêtes se profilant, la session touche à sa fin. Mais j’ai déjà ressorti mon tapis, à la grande joie de ma grande fille qui l’accapare pour inventer de nouvelles postures consistant à se mettre les pieds sur la tête. Une position que mon grand âge m’empêche d’imiter. Mais il est certain que je continuerai à pratiquer.

Et vous, avez-vous participé à des activités maman-bébé?

-Lexie Swing-

 

 

Faire des biscuits de Noël avec ses enfants

Miss Swing aime cuisiner. Miss Swing aime Noël (mais pas le Père Noël). Il était donc certain que réaliser des biscuits de Noël était une activité qui allait la botter. Mon amie A. avait fait une petite session du genre quelques jours avant, elle m’a donc orienté vers ce site riche en gâteaux en tout genre pour trouver mon bonheur : les Gourmandes d’Isa dont j’ai tiré cette recette : les biscuits de Noël glacés au sucre.

Confection des biscuits./ Photo DR Lexie Swing

Confection des biscuits./ Photo DR Lexie Swing

Le matin, un peu avant le repas de midi, nous avons donc préparé la pâte. C’est la partie « cuisine ». J’utilise un robot, j’ai donc assis Miss Swing à côté afin que – sous ma surveillance toujours – elle verse à mesure les ingrédients préparés dans des petits bols à l’avance. Comme proposé par Isa, nous avons ensuite réfrigéré la pâte pour deux heures (4 en fait pour nous, le temps d’aller faire les courses, de dîner, de faire un temps calme) (qui n’a pas duré).

J’ai sorti la pâte du frigo un peu avant la fin dudit temps calme. Puis, le moment venu, j’ai prélevé juste un morceau. Les enfants ont le chic pour placer les empreintes de moules au beau milieu de la pâte soigneusement étalée, avec seulement un petit morceau, on évite de devoir étaler 50 fois une pâte longue d’un mètre! De plus, j’ai montré à la Miss – deux ans et demi – comment placer son morceau de pâte sur un côté du papier parchemin (cuisson), puis replier par dessus l’autre côté du papier pour passer ensuite le rouleau dessus. Nounou-la-débrouille a rapidement maîtrisé le concept, à sa grande joie! Ensemble, nous avons donc découpé nos biscuits dans des formes de sapin, anges et autres classiques du genre. Avec le recul, j’ai préféré lorsque la pâte était étalée sur une épaisseur d’1 cm (plutôt que plus fine, comme préconisé par la recette) : plus facile à manipuler pour Miss Swing, plus moelleuse à la sortie du four.

Le moment déco./ Photo DR Lexie Swing

Le moment déco./ Photo DR Lexie Swing

Sitôt découpés, sitôt enfournés (à 340°F, 11 minutes, pour nous). Une fois la première fournée refroidie, nous avons pu commencer la décoration. J’avais choisi deux options : le glaçage royal d’Isa (dans la même recette) et des petits tubes de déco pour gâteaux dénichés à l’épicerie. J’ai donc trempé mes gâteaux tandis que Miss Swing tartinait les siens de rouge, jaune, vert et bleu. Le glaçage royal apporte beaucoup de moelleux, ceux de Miss Swing étaient donc un peu secs après dégustation. A refaire, je les tremperais tous dans le glaçage royal avant de lui faire réaliser une décoration colorée avec ces petits tubes bien pratiques!

L’activité était parfaite : cuisine, découpage, gribouillage. Ma toute petite a pu s’en mettre absolument partout (elle avait même les cheveux bleus) et c’était sans danger! Les biscuits sont très bons, ils ont disparu en deux jours à peine. D’ici janvier, nous investirons dans des moules différents, histoire de recommencer souvent!

Et voilà le résultat:

Nos biscuits de Noël./ Photo DR Lexie Swing

Nos biscuits de Noël./ Photo DR Lexie Swing

-Lexie Swing-

Une grande fille

En conférence avec les nounous./ Photo DR Lexie Swing

En conférence avec les nounous./ Photo DR Lexie Swing

Deux grands yeux. Des cheveux volages. Des lèvres charnues. Un nez retroussé. Une voix haut perchée. Elle n’est plus un bébé. Et j’ai parfois bien du mal à me souvenir que cette petite fille là est la mienne, la mienne à moi.
C’est plus évident avec un bébé, que l’on promène souvent accroché à soi. Il y a ce lien visible, omniprésent et palpable. Mais à deux ans et demi, elle a déjà pris son envol. Elle existe en dehors de nous. Elle passe des journées dont je ne sais pas tout. Parfois je l’observe derrière les portes vitrées, et je souris de cette existence, de cette minuscule vie où je n’ai pas ma place. Des histoires qu’elle invente, des mots chuchotés à l’oreille des amis, de son air pensif, de ses cheveux qu’elle repousse en arrière. Je souris de ses mimiques, je m’agace devant l’enfant qui lui arrache un jouet des mains pour le jeter au loin. La vitre dissimule ses cris mais je sais qu’elle dit « non je n’aime pas ça » comme on lui a appris.
Elle a un peu de lui, un peu de moi. Beaucoup d’elle-même. Quelque chose d’indéfinissable, qui la rend unique, indépendante, détachable. Elle n’est plus mon extension, mon bébé baveux que je promenais partout, solidement arrimé dans mon dos, et qui faute de posséder les mots, se contentait souvent de sourire. Désormais elle marche à mes côtés. Elle rit aussi fort qu’elle pleure. Elle tempête, elle tourbillonne. Elle remet en question, nous jetant à la face ses « pourquoi » sans fin.

Elle est une fille. La mienne. Mais plus seulement. Et je suis fière d’avoir contribué à mettre au monde et éduqué une petite personne douée de paroles et d’émotions. Capable de réciter l’alphabet jusqu’à G. De pleurer jusqu’à en rire. De nous imiter. De dire que le Père noël est une personne bizarre qui ne devrait pas exister. De répéter chaque mot pour l’assimiler. Et d’avoir compris que pour tout obtenir il suffit de commencer une phrase par … « mon petit papa chéri ».

-Lexie Swing-