20h30, le cours de sport

On se connaît bien, nous les parents du sport. On arrive en retard, essoufflés, délivrés de la routine du soir. Les enfants sifflent le rappel mais nous ne sommes plus là pour les entendre. Nous laissons ça à d’autres, à l’autre, le temps d’une heure, d’un cours, à peine.

On débarque mal chaussés et la couette de travers, fouillant à mains griffées dans nos totebags éculés. Le mignon sac de sport est indisponible, relégué au rang de sac de piscine pour l’aîné, ou de sacs à couches pour la petite dernière. On déniche triomphalement une paire de bas de sport, un bandeau fatigué, entre les mouchoirs douteux, les barres de céréales écrasées et le jouet Kinder oublié là, il y a longtemps déjà.

On se salue comme des braves, sortis indemnes de la bataille du 18-20. Celle des consignes mille fois répétées et des mains mal lavées, des petits pois triés, du dessert réclamé et du verre d’eau qui n’en finit plus d’être quémandé. Les premiers mots sont ceux d’un père, ceux d’une mère, comme si l’on emportait partout avec soi cette part de notre existence, telle une encre indélébile au creux du cœur et des conversations.

Et puis l’étoffe se fait plus légère. On la dépose entre deux coussins, à la va-vite sur la chaise des visiteurs. On enfile nos bas, nos gants, nos t-shirts trop grands. On noue nos cheveux et on redresse les épaules. On laisse un peu de nous derrière la porte vitrée. On laisse les contraintes, on oublie la routine, ne gardant que l’essence même de nos tout-petits, ceux-là mêmes qui avancent en surveillant notre présence rassurante par-dessus leur épaule. Nous sommes tourelles et levons les poings. Le courage au creux de la garde.

On court avec l’énergie brute d’une vie sur la corde raide, luttant pour rester éveillés. On frappe avec une férocité dont on ne se serait pas cru capable. Et c’est notre monde entier qui brûle dans nos veines. Nos inquiétudes, nos colères, nos impuissances. On danse avec la légèreté de ceux qui s’abandonnent, dans un dernier souffle, libérés des chaines du quotidien, et portés par l’amour des êtres qu’ils ont bercés.

Il n’y a que nous, au centre du ring. Avec le cœur qui bat vite, comme s’il en portait tant d’autres avec lui.

Nous ne sommes pas que des parents, nous sommes autres, nous sommes plus. Mais persiste, en filigrane, cette importance. Qui nous colle à terre et nous tient debout, le cœur à son apothéose, porté par mille battements de plus. Plus vivants que jamais.

-Lexie Swing-

Photo : Samantha Hurley

Insubmersibles

On a 15 ans. La vie est une surprise. On court, on flirte, on danse, on boit souvent trop, on s’époumone, on brûle de l’intérieur d’une flamme vive et ardente. On s’épuise à vivre, piquant du nez dans les soupers de famille, narguant les petits déjeuners dominicaux, la tête enfouie sous les oreillers. Nous oscillons dans un monde à part, en dehors du temps routinier, faisant fi des obligations, fatigués par avance des distances.

On a 23 ans. On étudie. On travaille. On amasse. On brûle encore. On paie l’alcool par des maux de tête cuvés sur toutes les tables de ce monde. On se targue de tenir la cadence. On se couche à 2h pour se lever à 6. On rit et on recommence. Inconscients que ce temps passera.

On a 30, 35, 40 ans. On est des travailleurs, des parents. On tient une maison. On orchestre des vies. On se lève avec l’aube, on se couche à minuit. Les jours se ressemblent, la matinée se célèbre dès l’aurore. On tient bon, phare imprenable. Le lever se fait d’un saut, le déjeuner se dévore d’une traite. La douche est prise à la volée, le café à peine avalé. On habille, on débarbouille, on débarrasse, on rassure, on supporte, on soutient, on emporte, main dans la main. Et on pousse, vers d’autres portes, vers d’autres bras. On délaisse, pour d’autres responsabilités. Qu’on assume, le nez dans les dossiers, les doigts agiles, la verve haute. On lustre nos chapeaux en jonglant comme des pros. La route du retour, l’habit que l’on défait. Les enfants que l’on récupère, les récits qu’on écoute, qu’on questionne, parce qu’il faut s’intéresser, toujours. Ne pas perdre le fil, ni de ses enfants, ni de son ou sa conjoint(e), ni de soi. Chôyer, entourer, écouter, pour ne jamais devoir répondre qu’on ne savait pas. Et puis rentrer, nourrir, laver, changer, nettoyer, bercer, entourer. De nos bras, de nos mots, de nos sourires, de nos encouragements. S’oublier, s’oublier tant. Aspirer au silence, trouver son inspiration dans la nuit tardive. Épouser le crépuscule, comme un salut quotidien. Finir tard dans la nuit, s’effondrer dans son lit. Se relever pour des cauchemars, se blottir pour éloigner les monstres. Compter les heures, saluer les étoiles. Éteindre le réveil et recommencer encore.

On a 23 ans. On est inconscients. On se croit résistants. On est insubmersibles. On aura 30, 35, 40 ans, on battra à la course les jours et les nuits, tutoyant le soleil, implorant les étoiles. On sera debout. Plus forts que jamais.

– Lexie Swing-

Crédit photo : Matthew Henry

Le ménage ou la victoire par chaos

Il y a les routines bien orchestrées, les tableaux de chasteté, ceux qui prévoient un effleurement de la poussière en jour A et une friction des fenêtres après trois semaines d’abstinence. Il y a ces maisons qui feraient pâlir les magazines, celles où la vie est comme aseptisée, et celles où le quotidien est juste drôlement bien rangé. Et puis il y a la mienne, où les casseroles s’entassent dans l’évier pourtant immense parce que je cuisine chaque soir avec une frénésie qui nourrirait dix ventres vides. Il y a les commodes qui débordent, et les chandails que mon aînée transfère en soupirant de ses tiroirs à ceux de sa soeur. Il y a les jouets qui pullulent, les légos se reproduisant comme autant de pédi-menaces minuscules, le carton des affaires de poupées vomissant des guenilles sur le plancher des chambres.

J’haïs le ménage tout en m’y plongeant corps et âme chaque week-end. Une relation passionnelle qui tourne vite au pugilat, largement aidée en cela par les soeurs La Bricole. Ainsi, en deux heures et moyennant quelques participations à divers puzzles et danses improvisées, j’ai pu venir samedi dernier à bout de la face A du disque de ménage hebdomadaire : le salon et la cuisine. Dimanche matin, soit la bagatelle de 15h plus tard, dodo compris, j’ai attaqué la phase B, les chambres, expédiant du même fait les irréductibles au salon. Mal m’en a pris. Le flot ininterrompu de directives (« Mets le bébé ici », « Donne-lui une tomate », « Enlève ton pied du canapé ») et d’invectives (« Tu dis pas moi quoi je dois faire! », « C’est pas à toi », « Tasoeur, donne! ») a vite tourné au vinaigre. Le champ de batailles était à la hauteur des cris : livres aux pages béantes disséminés sur le sol, vêtements de poupées semés à l’envi, légos abandonnés aux quatre coins de la pièce et miettes de pain – des vraies – glissées au coin de la bouche des poupons de plastique (« parce qu’ils avaient faim, maman »).

Mon quotidien est ainsi. Chaque pièce nouvellement rangée retrouve sa version chaotique quelques minutes plus tard, comme un reflet déformant dont elle ne voudrait plus se défaire. Chaque objet doit être rangé sitôt son utilisation terminée, c’est la règle numéro 1 de toute demeure ordonnée. Ayez un instant de faiblesse, une fatigue passagère, un malheureux « Oh je le rangerai tantôt », et c’est toute la maison qui s’encanaille. Les lits se défont, les vêtements s’empilent sur le fauteuil du fond, les brosses à dents s’éparpillent autour du lavabo, saluant au passage les verres à dents que l’on échange sans fin. Le manteau a loupé sa rencontre avec le crochet et jouit désormais d’un repos mérité sur le dossier du canapé, flirtant avec le porte-monnaie et les clés de voiture abandonnées dans le haut du coussin et que l’on cherchera avidement demain. Le dernier bol oublié sur la table du petit déjeuner s’est multiplié, et la famille entière du vaisselier s’épanouit désormais au milieu des miettes de pain et de brioche endimanchées.

Victoire par chaos du bordel quotidien.

On ne peut rien laisser au hasard, le désordre et la saleté s’infiltrent par tous les interstices de la fatigue quotidienne. Ils profitent de chaque moment d’atermoiement, du poids de chaque journée de travail délesté sur le coussin du canapé, de chaque soupir et de chaque hésitation. Un couchage fataliste (« Tant pis je verrai ça demain ») apporte plus de déboires qu’un miroir morcelé.

Alors j’ai décidé d’abattre mes cartes, et au jeu du sans-atout j’ai sorti mon joker.

L., elle a des balais magiques, des mains décidées et le ménage c’est son métier. Tremble, Poussière.

-Lexie Swing-

 

L’aventure de la bibliothèque

Il pleuvait des cordes, et Tempête n’était pas sortie. Elle s’ébrouait comme un chien fou, en faisant « bougn-bougn-bougn » – selon sa propre expression – sur son poney gonflable. Alors je lui ai proposé d’aller faire les courses et de passer à la bibliothèque. J’aurais dû penser que la tâche serait ardue parce qu’elle avait compris « on va faire la course » et qu’elle avait déjà traversé la maison en criant « c’est moi je vais gagner ». Alors je lui ai dit qu’on allait d’abord à la bibliothèque, je lui ai fait poser le livre qu’elle était partie chercher dans la sienne, de bibliothèque, elle était dubitative mais elle m’a suivie. Quand j’ai présenté ma carte pour payer des frais de retard que je devais, la dame m’a dit « ça fait de longs mois que vous n’êtes pas venue? » et ça aussi, ça aurait dû me mettre la puce à l’oreille.

Tempête s’est précipitée en avant. Elle avait oublié la bibliothèque mais elle avait aperçu les fauteuils. Elle a jeté son manteau et sa tuque, a empoigné ses bottes et j’ai dû l’arrêter car sinon elle aurait déjà enfilé son pyjama. Je lui ai placé un livre coloré dans les mains, elle a hésité quelques instants puis avisé un petit espace libre, sur une table pour enfants. Du coin de l’oeil, je l’ai vue s’asseoir. Elle s’est désintéressée du livre pour se dévouer à un jeu en bois qui trainait par là. Je suis partie dans une allée, attentive au bruit des billes en bois qui roulaient sous sa main. Je suis réapparue de l’autre côté de l’allée.

Elle avait disparu.

Mon coeur s’est affolé, mais pas trop longtemps. J’ai vite reconnu son doigté caractéristique. La même douceur avec laquelle elle pianote sur ma machine à écrire ancienne. Elle était là, perchée sur une marche d’ordinaire réservée aux bibliothécaires, à taper une recherche incongrue sur les ordinateurs. Je l’ai saisie avant que la barre d’espace ne reste enfoncée sous son index rageur et l’ai emportée avec moi. Je voulais juste un livre – j’avais renoncé de longue date aux 5 auxquels j’ai droit d’ordinaire. Un seul. Je ne savais pas lequel. J’ai tenté de la séduire: « Quel livre pourrait plaire à maman? » Elle m’avait déniché des trésors, par le passé, délogeant ses pépites dans les rayons à sa portée – au dessus de la moquette, ce rayon inexploré. Elle a jeté à mes pieds un livre pioché dans le présentoir. « Comment vivre une retraite heureuse ». J’ai trouvé qu’elle avait de l’humour.

Elle a ignoré les Sophie Kinsella – d’ordinaire elle se passionne pour les couvertures colorées – et a tourné le coin du rayon. Je savais où elle se trouvait. Toute la bibliothèque savait où elle se trouvait. Elle s’époumonait. « Je suis cachée Mamaaaaan, tou me vois pas ». Ensuite, elle est réapparue et m’a sautée dessus, me couchant d’un même élan parce que j’étais accroupie sur le sol. « Tou te caches Maman? » Et puis elle est repartie aussitôt, slalomant entre les lecteurs, chantant à tue-tête une version bien personnelle d’Au Clair de la Lune.

Je vous passe le moment où j’ai dû la ceinturer pour lui enfiler son manteau, qu’elle avait d’abord abondamment traîné sur le sol en jappant : « Je veux faire cacahuète maman! » C’est le moment qu’a choisi la bibliothécaire pour lui dire: « Peux-tu parler moins fort jeune fille? » et qu’elle a dit non. Parce qu’elle a deux ans et qu’elle dit non. J’ai fait mon plus beau sourire et j’ai fait comme si je n’avais rien entendu.

Je vais disparaître de nouveau pour quelques mois. 6 peut-être. Le temps qu’ils oublient son visage. Ça change beaucoup d’apparence un enfant en 6 mois, non?

-Lexie Swing, à la maison avec ses filles parce que la garderie est fermée-

Crédit photo : Lexie Swing

Mère (très) active

Avoir une activité à soi est primordial. Encore plus quand on est en couple. Encore plus quand on est parent. Tous les magazines vous le diront. Votre horloge interne, elle, vous dira que vous n’allez certainement pas aller taper la baballe alors qu’il y a trois machines de linge à plier et que vous avez 1201 heures de sommeil à rattraper depuis la naissance de votre deuxième marmot. Comme toute femme du monde moderne, j’ai décidé que les magazines détenaient la clé de mon bonheur. J’ai donc dit merde au sommeil, fermé les yeux sur le linge et j’ai révolutionné mon emploi du temps. Explications:

J’avais toujours rêvé d’apprendre la langue des signes. Pourquoi? Aucune idée. Mais comme la question m’est posée quotidiennement, il serait temps que je trouve une réponse plus fournie que « beeeeuah ché pa, comme ça ». Reste que, je voulais tellement en faire que j’ai demandé à mes parents d’investir dans mon futur en m’offrant des cours de LSQ pour mon anniversaire. En avril donc. Après, j’ai réalisé que je n’avais pas le temps de m’inscrire, ma volonté est donc restée lettre morte, jusqu’à août, au moment où telle la cigale je me suis réveillée. J’avais bien chanté tout l’été, il était temps d’apprendre à signer.

Au même moment, une alerte judicieusement placée par la moi de juin 2017 sur mon calendrier Outlook a rappelé à la moi de fin août 2017 (édition limitée) qu’il était temps de s’inscrire au sport si je voulais profiter d’un remboursement partiel de mon entreprise. Je n’allais pas passer à côté d’une telle opportunité alors que mon porte monnaie ET mon tour de taille post-grossesse me pressaient de me bouger la couenne. J’avais déjà investigué la question quelques mois avant et me suis donc inscrite à une session de pilates sur table à l’école de danse contemporaine, chaque jeudi midi.

Ça, c’était juste avant que l’on me rappelle que je m’étais portée volontaire pour des cours d’anglais. Deux midis par semaine.

C’est ainsi que la chrysalide (que dis-je, la larve) roulée en boule sur son canapé, entre deux piles de linge à plier, est devenue un papillon de compétition. Une espèce courbaturée, à l’esprit encore plus chargé, avec une tonne de linge à plier (je pense qu’il se reproduit), mais avec un je-ne-sais-quoi de plus, une nouvelle corde (pas pour se prendre, mauvaise langue) à son arc, un surplus de liberté.

J’étais devenue pas mal juste une amoureuse, juste une travailleuse, et surtout juste une mère. Maintenant je suis pas mal plus. Un peu trop peut être. Tout est une question d’équilibre… J’avais prévu de le retrouver, mais avec ma folie des grandeurs habituelle, je me suis déjà réinscrite pour le trio infernal, tout en m’interrogeant: est-ce que j’aimerais la chorale ? Mon accent français m’empêcherait-il de faire du théâtre ? Où puis-je louer des skis ? Et le quotidien : Chéri, comment règles-tu le vélo d’appartement ?

Bref, on n’est pas couché.

Et vous?

-Lexie Swing-

10 choses qui font de moi une super mère

On crie, on sacre parfois, on se trompe, on tranche un conflit de façon injuste, et on culpabilise, forcément. Ce n’est pas évident d’être parent, c’est un apprentissage de chaque instant, certainement le plus dur, le plus long et le plus complexe des apprentissages sur lesquels nous avons dû travailler.

Pourtant, nous sommes aussi de bons parents, des parents inventifs, des parents généreux. Nous avons tous nos qualités, tous nos aptitudes. Certains d’entre nous sont les rois du bricolage du dimanche, d’autres ont toujours le mot pour rire ou faire des pitreries. Il y a ceux qui n’ont pas leur pareil pour concocter un goûter de rois à partir de rien, et ceux qui restent en tout temps des piliers, immuables, indéboulonnables, et qui tiennent bon contre vents et marées.
Parce que l’on préfère souvent culpabiliser que se congratuler, je déclare la révolution lancée. Nous sommes de bons parents, nous essayons, nous réfléchissons, nous nous amendons et nous aimons à la folie. Alors voici le top 10 des choses pour lesquelles je suis une super maman, un super parent.

1. Je suis bonne comédienne.
Mon chum vous confirmera que je suis nullissime pour faire les accents mais que je suis une très bonne actrice. Donnez-moi le loup et deux-trois cochons et je vous fais tomber n’importe quelle maison, fracas et grand souffle à l’appui. Je mime, je m’époumone, je dramatise, j’ironise… bref je vis les histoires et j’adore ça.

2. J’aime cuisiner. Vous noterez que je n’ai pas dit « je suis bonne cuisinière ». Mais oui, j’aime cuisiner. Y passer du temps. Stocker au frigo trois plats pour la semaine, un cake pour le petit déjeuner et deux baguettes sorties du four. Imaginer un trifle aux pommes végane parce que manger seulement une pomme me semble un peu plate. J’aime manger, les repas en famille, donc je cuisine, et ça me donne l’impression de diffuser beaucoup d’amour (même si mes petites ingrates font la moue devant mon couscous-1h de découpage-30 Minutes de cuisson).

3. J’ai confiance en mes capacités. Quand je dis « je vais les emmener faire un tour de vélo sur la route même pas peur », I mean it. Je n’ai pas peur, je sais que je suis capable de gérer, j’ai confiance. Ça m’aide à leur faire faire des choses qui sortent de l’ordinaire.

4. Je sais garder mon calme. Je craque souvent à l’issue d’une journée ordinaire : trop de stress, pas assez de rapidité d’exécution dans l’enfilage du pyjama ou le brossage de dents. Mais mettez-moi dans un supermarché avec un Terrible 2 en phase de mutation et je suis d’un calme olympien. L’enfant qui nage au milieu du carrelage, oui oui c’est le mien. Non, je ne compte pas le sortir de là. Et oui, il va apprendre. Et sinon, ce fromage, vous le vendez combien ?

5. Je les fais bouger. J’aime mettre du Shakira et me remuer. Pousser la chansonnette (partiellement faux) sur Au Clair de La Lune. Initier une séance de yoga. Improviser une séance de peinture. J’aime passer à l’action, et les solliciter.

6. Je suis pro nature. Les tablettes, télé et jeux vidéos, très peu pour moi. Ça ne me rend pas fière qu’elles connaissent des publicités par cœur. Qu’elles reconnaissent le bruit d’un pic dans la forêt oui. Qu’elles s’émerveillent du chuchotement de leurs pas dans les feuilles d’automne, absolument. J’aime les savoir dehors et pour moi qui me suis longtemps terrée entre une couette et un bon livre, c’est un vrai progrès.

7. J’entends tout, et surtout les cauchemars à deux heures du matin. Un corps qui se tend, un murmure étouffé… Les angoisses de la nuit évitent rarement mon radar. Ce qui mine mon repos fait la joie de mes enfants: à toute heure de la nuit, je suis prête à réagir immédiatement.

8. J’entends leurs souhaits. « Je voudrais faire des cupcakes avec des paillettes vert-de-gris », « je rêve de voir un bébé veau en vrai » et l’habituel « moi veux aller au parc à vélo » de Tempête, sont des demandes que j’essaie de satisfaire. Pas tout de suite, pas là maintenant, mais elles savent que je vais y penser. Que je vais magasiner les bonnes paillettes, et regarder la météo pour savoir si on peut aller samedi au parc en vélo. Quant au petit veau je cherche toujours… une idée de ferme pédagogique avec des veaux juste nés?

9. Je me mets en quatre pour les anniversaires, pour l’Halloween, pour Noël, pour les fêtes en général.

10. Je les aime et je leur dis. Souvent. Chaque jour. Plusieurs fois par jour.

Et vous, qu’est ce qui fait de vous un parent incroyable ? De quoi êtes-vous fier? Que diront vos enfants de vous plus tard? Je veux tout savoir !

-Lexie Swing-

Crédit photo : Lexie Swing

Ta petite routine

Tout le monde sait ça : un enfant a besoin de routine. Surtout quand il est petit. Surtout quand un magnet mal collé ou une tuque mal mise peuvent provoquer une crise de bacon de deux heures trente. Et gare à vous si vous pensiez que vous pouviez mettre la chaussette gauche avant la droite. C’est droite-gauche sinon rien. Méfiez-vous. Je dis ça pour vous.
Alors on créé des routines, on les illustre, on les encadre au masking tape. Les plus chevronnés sortent leur inventivité et leur plastiqueuse, avec petites fenêtres à velcro et couleurs en fonction des saisons. C’est beau comme un aperçu Pinterest, mais infaisable pour mes deux mains. Chez nous, le tableau est dessiné a mano. Il me prend l’équivalent de deux épisodes de Friends from College pour le rendre compréhensible, mais il fonctionne.

Reste que, la routine m’angoisse. Si elle rassure parfaitement ma progéniture adorée, elle me file des hauts le cœur dès 16h sonnées. Le matin, elle se fait discrète. Nous sommes en retard, les gestes sont automatiques, l’esprit n’a guère le temps de faire un autre compte que 7h00+deux brossages de dents, deux leggings, deux pipis et un rappel parce qu’il restait quelques gouttes = train manqué.

Mais le soir… Le décourage me gagne tout à fait juste après le repas. Quand je m’avachis sur une chaise pour la première fois de la soirée, après avoir fait 12 squats durant le souper pour nettoyer chaque chute d’aliments-c’est-pas-ma-faute-maman et 3 lancers de yogourts par-dessus le comptoir. La table is a mess. Le lave-vaisselle doit être vidé avant d’être rechargé. Et la routine me rappelle son insolente mécanique : le bain, les dents, le pipi, le pyjama, l’histoire, les rappels. Avec les maladies de l’automne, elle devient carrément vicieuse, ajoutant son lot d’antibios, de combo hydrasens-crise de nerfs, de crèmes pour peaux sèches, de vicks sur la poitrine et de pschitt sur l’oreiller.

A l’image des routines bien huilées, mes enfants aiment les livres bien usés et les relectures en série. Le Noël de Splat est en tête du top depuis 10 semaines consécutives, détronant ainsi Le Loup qui voulait voir le monde. Du côté de la plus jeune, nous avons une préférence marquée pour les rimes et les animaux. Trois livres sortent ainsi du lot. Trois livres que nous lisons donc chaque soir. Les yeux fermés et la mémoire auditive à son meilleur.

Après vient le temps de débarrasser tout à fait, de préparer les lunchs du lendemain, le souper du prochain soir, de lancer la sécheuse, d’étendre le linge qui a tourné et de nettoyer quelques petites choses pour éviter le grand ménage du samedi matin.

Il est 21h quand on se retrouve sur le canapé du salon. On évoque les finances, les travaux, on s’émeut des expressions de notre plus grande et des progrès de notre cadette, on se partage les infos du monde et les infos de notre petit monde, on commente, on s’étreint, et puis on lance un épisode, un film qui n’ira pas jusqu’au bout, car mon amoureux se sera endormi longtemps avant la fin.

Le secouer doucement. Éteindre la télé. Sortir le chien. Réfrigérer le souper du lendemain désormais refroidi. Improviser sa propre routine. Et puis dormir, avant que tout recommence.

Parfois je dois freiner mon esprit qui galope, ressassant sans cesse (pas facile à dire) les tâches à venir comme une ritournelle infernale. Heureusement, la routine apporte aussi son lot de moments doux, qu’on ne raterait pour rien au monde. Le chemin vers la garderie et les visages que l’on cherche dans la foule d’enfants. Le premier baiser.  La petite main dans la nôtre, en allant vers la voiture. Les mots d’enfants qui se bousculent. Le repas qui attend. Le souper tous ensemble. Le dernier baiser (même si on sait qu’il y aura des rappels). Et le silence, juste après. 

-Lexie Swing-