Une main toute entière {Immigration}

Dans quelques jours, j’entrerai dans la cour des grands. Je serai un 5 ans et +, comme dirait ma fille. J’aurai, à mon actif, 5 ans d’immigration. 5 ans, une main toute entière. À mon échelle, c’est une poignée d’années. À celle de mon aînée, une existence entière.

Nous avons basculé, inexorablement, vers l’inertie du quotidien, l’habitude. Je ne questionne plus – pour autant que je l’ai jamais fait – je parcours, je vis, j’oscille dans cette continuité apaisée. Nous y avons nos repères, géographiques et sentimentaux. Nous avons vécu des premières fois, des deuxièmes, des dizaines et centaines. Nous avons déménagé à l’intérieur de ce même pays, de cette même province. Nous sommes passés de la ville à la banlieue, de un à deux enfants, d’un appartement à une maison avec jardin, d’un job à l’autre.

Et c’est peut-être ça qui marque un changement. Grandir à l’intérieur de son immigration, s’y installer, y faire son nid. Accepter une nouvelle réalité, et la transformer à son image. La faire sienne.

Nous aurions, probablement, fait tout cela. Nous aurions eu deux enfants, nous aurions acheté une maison, nous aurions évolué professionnellement, nous serions partis en vacances. Mais nous l’avons fait dans une autre dimension et à un autre niveau. Au sein de traditions et de paysages différents.

Nous avons construit le nid et sommes partis à l’aventure. Nous sommes désormais sereins. Les aventures elles-mêmes ont pris une autre mesure et s’inscrivent dans des frontières géographiques dont nous n’osions pas rêver. Nous planifions des voyages en Gaspésie, aux Iles-de-la-Madeleine, en Nouvelle-Écosse, en Colombie-Britannique… Nous revenons du Nouveau-Brunswick et avons passé plus d’une fois la frontière avec les États-Unis. Nous avons été à de nombreuses reprises vers l’Ouest, visitant l’Ontario. Et nos souhaits nous amènent à Hawaï (qui se prononce Hawaiii), à Seattle ou San Francisco, en Amérique Latine. Sur ce même continent.

La vie est-elle si différente ici ? Non. Les pas que l’on fait sont les mêmes, seul le chemin est différent. Ici, il est sec en été, lumineux et enneigé en hiver. Il est ruisselant au printemps et se couvre de feuilles écarlates l’automne venu.

L’important, finalement, est d’y être bien. Que l’horizon soit lumineux et la route pas trop sinueuse. Depuis 5 ans, et pour longtemps, je suis ici, et j’y suis bien.

-Lexie Swing-

Pourquoi il vous faut regarder «Nanette» d’Hannah Gadsby

J’ai téléchargé «Nanette», sur Netflix, sans trop savoir à quoi m’attendre. On me l’avait conseillé en me précisant qu’Hannah Gadsby était humoriste. Elle aurait pu parler de la pluie comme du beau temps qu’il faisait, je n’aurais jamais pu deviner vers quoi je m’en allais.

Je pourrais vous dire de même. Installez-vous devant Nanette et vous verrez. Peut-être me feriez-vous confiance, peut-être oublieriez-vous, peut-être hausseriez-vous un peu les épaules, en passant votre chemin. Pire : peut-être l’ajouteriez à votre liste «à voir», à vos souhaits, à vos projets, et elle tomberait dans l’oubli au profit de quelque série au suspense haletant ou d’une nouvelle saison de Suits.

Et vous manqueriez alors une leçon de vie comme nous n’avons que peu l’occasion d’entendre. Car «Nanette», c’est avant tout un one-woman-show. Celui d’une Australienne, humoriste depuis une dizaine d’années, et qui a fait de son homosexualité le sujet de ses spectacles.

Je me suis installée dans mon fauteuil de train, avec 25 minutes devant moi et l’esprit ailleurs. Je n’étais pas entièrement à cette affaire, mais le spectacle se laissait regarder. C’était confortable. Drôle. Grinçant envers les hommes. J’ai éteint mon téléphone en entrant dans la gare et j’ai oublié le spectacle quelques jours durant. Et puis un soir, à la faveur de l’oubli de mon roman du moment, j’ai relancé le spectacle.

Je m’attendais à rire. Je ne m’attendais pas à pleurer. Car c’est au creux des silences, ces silences d’attente fébrile qui ponctuent parfois les rires, qu’Hannah Gadsby a soudainement sifflé la fin du jeu. Dans nos oreilles ouvertes, l’humoriste a enfin pu déposer sa vérité. Celle qui se cache sous le vernis de l’autodérision, à la commissure des sourires fatigués. Car une bonne histoire drôle, nous dit-elle, est une introduction et une punchline. Un contexte et une pirouette. Mais l’histoire humaine, la vraie, c’est celle qui s’étire par-delà les rires. La chute, la fin de l’histoire et les ressentis des protagonistes. Hannah Gadsby reprend alors le fil de l’histoire, la réaction de l’homophobe ridiculisé, l’amertume des palais honnis. Avec la violence, des mots et des gestes, en filigrane des scènes ainsi décryptées.

Ce spectacle, c’est son chant du cygne. La fin de sa carrière d’humoriste pour laisser place au reste, la guérison. Pour nous, c’est autre chose. Le départ peut-être, la transition. Ce spectacle est nécessaire, pour savoir et pour comprendre. Pour changer les choses, enfin.

Extraits (traduction libre) :

«J’ai construit ma carrière sur l’autodérision et je ne veux plus faire ça. Est-ce que vous comprenez ce que faire preuve d’autodérision signifie quand cela vient de quelqu’un qui est déjà considéré comme marginal? Ce n’est pas de l’humilité, c’est de l’humiliation.»

«Je ne m’identifie pas comme transgenre. Mais je suis clairement un genre «pas normal». Je ne pense même pas que lesbienne est la bonne identité pour moi. Vraiment pas. C’est aussi bien que je vous le dise. Je m’identifie comme fatiguée. Je suis juste fatiguée.»

«Les punchlines ont besoin de traumatismes, parce que les punchlines ont besoin de tensions et que les tensions se nourrissent de traumatismes. L’an dernier, je n’ai pas révélé à ma grand-mère mon homosexualité parce que j’ai toujours honte de qui je suis. Pas intellectuellement, mais ici (elle désigne son cœur), j’ai toujours de la honte. Tu apprends de la partie de l’histoire sur laquelle tu te concentres. J’ai besoin de raconter mon histoire correctement.»

(À propos de son enfance en Tasmanie, où l’homosexualité n’a été décriminalisée qu’en 1997)

«70% des gens qui m’ont élevée, qui m’ont aimée, en qui j’avais confiance, pensaient que l’homosexualité était un péché; que les homosexuels étaient des êtres abominables, des sous-hommes, des pédophiles. Lorsque j’ai commencé à m’identifier comme gay, il était trop tard, j’étais déjà homophobe.»

Nanette est un apport essentiel à la cause. La cause homosexuelle, en premier lieu, mais la cause humaine en général. Sur le rapport à l’autre, le rapport à soi, la place des hommes et des femmes, la peur de ce qui nous est étranger, et le besoin, indispensable, de faire évoluer des sociétés qui rejettent encore certains de leurs membres au nom d’une normalité artificiellement créée.

– Lexie Swing –

À noter : À ma connaissance, le spectacle est disponible en VO sous-titré uniquement, de quoi vous exercer l’oreille au passage.

L’après-midi volée

Le dimanche a déjà filé, à la vitesse à laquelle filent ces journées-là. On les voudrait reposantes, mais elles sont souvent éreintantes, reflets exacts de nos semaines de travail. On tente d’y faire rentrer mille activités et autant de ménage, du rangement et des jeux partagés, des moments pour soi aussi, des discussions d’adultes. On a l’absurdité de penser que ces journées font 32h, quand elles n’en font que 24, et que la fatigue de la semaine coupe déjà de moitié l’énergie qu’on voudrait consacrer à bien faire.

Mon cousin était de passage, revenu de Québec, en route pour New-York. Après son départ, rejouant dans ma tête les conversations, j’ai perdu le fil. «Où travailles-tu?», me souvenais-je avoir demandé à son ami. Et puis la réponse, confuse dans ma tête. Des morceaux de phrases. Et Tempête qui crie depuis le trampoline. Je m’étais levée pour départager une dispute, pour nettoyer un genou, pour remettre de l’eau dans les seaux rose et bleu. Je m’étais rassise. «L’équipe est formidable», finissait-il alors, à l’attention de mon amoureux, qui avait tenu le fort des conversations en mon absence. J’ai bu une gorgée de limonade. «C’est le plus important», ai-je conclu. J’ai su plus tard, de quel emploi il s’agissait, et la couleur de son quotidien, lors d’un bref retour sur les échanges avec mon conjoint. J’avais loupé la moitié, la moitié des conversations, la moitié des jeux.

On dit souvent que les parents sont des équilibristes, des jongleurs. Ce qu’on dit peu, en revanche, c’est que bien souvent les balles tombent. Le spectacle n’est pas si beau et l’exécution imparfaite, laissant l’ensemble des spectateurs avec un goût d’inachevé. Les enfants à qui l’on n’accorde qu’une attention sommaire, les invités dont on se détourne trop volontiers.

Et que dire du jongleur?

J’ai parlé de tourisme en essuyant des bouches dégoulinantes et disserté des coutumes locales en épongeant des verres renversés. Assise au bord de ma chaise, tantôt repoussée dans un coin par des petites fesses qui voulaient tant s’asseoir à mes côtés, tantôt escaladée, puis aussitôt jalousée, assaillie pour être surmontée. Je suis encore chanceuse que le nombre de mes genoux égale celui de mes enfants.

Les appels incessants, les «Maman» que l’on croit ignorer un instant, les paroles que l’on manque. L’adulte qui parle au premier plan tandis que l’enfant chute, à l’horizon. L’œil qui imprime tout, l’oreille qui enregistre. Les variations de tons, les jeux que l’on sait compromis, les prémices des disputes, les coups que l’on devine avant que le bruit nous parvienne. Les sourires que l’on fige, les excuses que l’on donne, l’impatience que l’on contient et le bras que l’on agrippe un peu trop fort.

Mon corps libéré, la journée écoulée, j’ai déambulé le long du trottoir, sur le chemin de l’épicerie. Toute entière dans cet épuisement. J’ai revécu ma journée, volée à moitié. Les pieds fragilement ancrés sur une ligne oscillante, jonglant entre deux réalités.

-Lexie Swing-

Lulu

Je ne sais pas ce qui m’a fait penser à elle, soudainement. Un mot prononcé, une odeur particulière, un grattement sur la porte… Il y a longtemps qu’elle est partie, et je pense rarement à elle désormais. Notre histoire a été suffisamment jolie et douce pour éviter l’atermoiement. Nous nous sommes connues au début de nos vies, avons vécu ensemble 7 belles années, et même séparées quelques mois. J’ai grandi, elle a vieilli. Et une nuit, elle est partie.

J’ai toujours eu des animaux, de l’aube de ma vie à mon quotidien d’aujourd’hui. Ils se sont succédé, à la hauteur des années dévolues à leur propre existence. Chien après chien, rongeur après rongeur. Sur le tard, des chats ont fait leur apparition. Et puis quelques années ensuite, un cheval, puis un autre.

De tous, Lulu restera ma favorite, ma destinée. J’avais 19 ans lorsque je l’ai adoptée dans une animalerie. Mes parents avaient déménagé, me laissant pour quelque temps la maison où nous habitions, avant que je la quitte à mon tour pour rejoindre un appartement en centre-ville. Mon premier appartement.  La maison était vide, à l’exception d’un fauteuil en osier, d’un lit, d’une vieille télé et d’autres choses que le temps a effacé. Lulu en a fait son terrain de jeu, s’aventurant peu à peu. Lorsque nous avons déménagé, quelques semaines plus tard, ce fut le vrai début de notre vie à deux. Nous descendions deux fois par mois dans le Sud-Ouest, sa cage tressautant sur le siège arrière de ma Fiesta. Elle était de toutes mes vacances, de tous mes week-ends. Notre seule vraie séparation fut de quelques mois, alors que je m’envolais pour l’Irlande. Perchée sur sa cage, elle attendait la dernière attention, la dernière caresse. Plus tard, elle a emménagé avec l’amoureux et moi dans notre premier appartement. Son amour des fils électriques lui y a joué un vilain tour, et c’est ébahi qu’un jour nous avons entendu un bruit sourd – son corps électrifié projeté contre le dessus du meuble – avant qu’elle ne se rue au milieu du salon, les yeux exorbités, sa tête blanche entièrement noircie.

Elle est allée d’une habitation à l’autre, jusqu’à Orbessan, où elle a coulé des jours tranquilles pour sa dernière année. Je faisais alors des trajets tous les deux mois vers Paris. J’y passais une quinzaine de jours, mon amoureux s’occupant de la maisonnée, à laquelle s’était adjoint le chien, quelques années auparavant. C’était l’un de mes derniers voyages, de mes derniers déplacements à Paris. Lulu ne mangeait plus depuis quelque temps et mon conjoint savait ses jours comptés. Je rentrais le vendredi soir, descendant en gare d’Agen d’où nous roulions ensuite vers le Gers. La nuit était avancée lorsque nous sommes arrivés. Mes affaires déposées et quelques mots échangés, je me suis attardée. La gamelle était intacte, l’abreuvoir propre d’une eau jamais bue. J’ai posé ma main sur sa tête, l’appelant doucement par son nom. Dans mon ventre, ma première à naître n’était encore qu’une ébauche. B. était à l’aube de sa vie, Lulu au crépuscule de la sienne. Leurs chemins se sont croisés dans cette dernière caresse.

Au matin, elle était partie.

-Lexie Swing-

Nous sommes ceux qui sont partis

A sa tante, un soir de juillet, B. a reproché : « Pourquoi as-tu déménagé en France, pourquoi tu es partie alors que nous sommes tous ici? » L’incrédulité a vite laissé place à l’amusement : « Mais ce n’est pas moi, c’est vous qui êtes partis, a-t-elle expliqué. Vous viviez en France et vous êtes partis vivre au Canada. »

Nous sommes ceux qui sont partis. Et bien qu’elle n’ait jamais ignoré qu’elle était née en France, mon aînée n’avait jamais fait le lien du départ. Nous avions déménagé, nous avions tout quitté, pour nous établir ici. Il lui était impossible de mesurer le poids du départ, la richesse de nos espoirs, la valeur des souvenirs. Elle ne peut se rappeler des meubles laissés derrière, de sa première chambre dont nous n’avons emportée que des photos et quelques objets déco, de la maison en haut de la colline où nous vivions alors. Nous avons pris l’essentiel – nous trois et notre chien, des vêtements et quelques ustensiles. Les livres et les CD dorment encore dans les garages de nos parents, nos cadres les plus grands ont rejoint d’autres murs et les meubles ont été éparpillés dans les demeures familiales.

« Ce n’est pas juste!, a déclaré B. plus tard ce soir-là. J’aimais ça, moi, la France. Pourquoi vous m’avez fait partir? » Sans le savoir, elle a fait écho à une question qui nous revient souvent, au rythme des visites. La seule qui se soit jamais posée au sujet de notre expatriation.

Peut-on vivre loin des siens?

Je n’ai pas la réponse à cette question. Je l’ai posée, plusieurs fois. Mon compagnon aussi. On vit, oui, loin des siens. On pourrait vivre mieux, s’ils étaient présents. On vit simplement, finalement, ce qu’on appelle des compromis. Pour vivre ici, j’ai fait des compromis. J’ai accepté que nos si proches, soient loin. Parce que j’étais convaincue qu’une vie meilleure nous attendait ici.

Et ça n’a rien d’un Eldorado. Je ne vous parle pas d’idéaux. J’ai vécu cette vie-ci, immigrée au Canada depuis 5 ans. Je sais ce que j’y ai gagné, j’ai mesuré ce que j’y ai perdu. Pour être ici, nous nous sommes déracinés. Mais que dire de mes enfants? Où sont-elles leurs racines? Nous, première génération de notre immigration, nous sommes les voyageurs. Nous sommes, et serons toujours je crois, en transit. Nous sommes entre deux réalités, deux cultures, deux existences. Nous avons inventé notre quotidien, créé notre normalité. Mes filles, elles, sont d’ici. Cette culture est la leur. C’est la deuxième génération, celle qui s’enracine.

Il n’y a pas de lieu idéal, celui-là même où s’additionnent nos aspirations, nos espoirs et leur présence. Je regrette parfois une vie qui n’existe pas. Une vie où ils jouent entre cousins, où elles grandissent auprès de leurs grands-parents, où nous sommes entourés par la famille au quotidien. Mais une vie, aussi, où elles sont des filles libres, des femmes qui pourront s’accomplir. Où on les respecte, et où elles pourront traverser une ville entière sans se faire manquer de respect, parce qu’elles sont des femmes. Une vie où nous avons trouvé, professionnellement, notre place. Où nous avons acheté notre première maison. Une vie simple, entre grande ville et grands espaces.

Il n’y avait pas de gros lot à gagner, et nous savions les dés pipés. Nous avons choisi. Nous avons parié sur leur futur, et le nôtre. Nous sommes au bon endroit. Nous y sommes seuls, mais nous sommes au bon endroit. Ce sont nos coeurs, surtout, qui perçoivent l’impact de cette séparation. Le temps peut-être, amoindrira nos solitudes, à mesure que la branche canadienne fleurira.

Elles repartiront peut-être, ou partiront pour d’autres horizons. Je n’ai pas de doute que les générations à venir tiennent le Monde entre leurs mains. Notre traversée ne sera alors qu’une coudée, un noeud dans l’arbre généalogique. Que nous aurons dessiné nous-mêmes, à la sueur de nos fronts. Maîtres de nos destinées.

-Lexie Swing-

La série à voir si… (Netflix mon amour)

Nous n’avons pas la télé, mais nous avons Netflix! Jusqu’ici, nous regardions tantôt ensemble, tantôt séparément (malgré tous mes efforts, le style liquoreux-bourratif lui reste en travers de la gorge), mais toujours le soir, pour peu que les enfants s’endorment avant nous (si si, l’inverse s’est déjà produit). J’ai fait un pas supplémentaire récemment en découvrant le téléchargement sur Netflix. Plus besoin d’espérer le calme – relatif – de la fin de soirée, je profite maintenant de mes 50 minutes de train quotidiennes pour me mettre à jour.

Loin de mon adolescence où le visionnage de mes séries préférées était un marathon hebdomadaire soumis aux aléas des programmations et des émissions spéciales, avec modification des doublages en cours de parcours et annulation de la série au 38e kilomètre, les séries s’avalent désormais par saison, et il est possible de défier la Coupe du Monde en binge-watchant une série entière un dimanche soir sans cligner des paupières.

Si vous n’avez plus rien à vous mettre sous les yeux, et errez, l’âme en peine de ces histoires télévisuelles inachevées, voici trois propositions qui m’ont tenue éveillée – et vu mon état de fatigue, ce n’est pas peu dire – ces dernières semaines.

Voici la série à voir si…

Vous aimez le sarcasme, le politiquement incorrect, les brunes fatales et Uma Thurman (un peu) : Imposters. Je suis en amour avec la fabuleuse Inbar Lavi, alias Maddie Jonson. Elle est le personnage central, mais pas unique, de cette série parfaitement irrévérencieuse, surprenante, haletante sans être inquiétante. L’histoire? Ezra Bloom, héritier d’une grosse entreprise familiale, est nouvellement marié à une jeune Belge. Un soir, alors qu’il est de retour du travail, il trouve la maison vide et une vidéo à visionner. Sa femme est partie, emportant une partie de sa fortune avec elle. Alors qu’il peine à faire le deuil de son histoire, un homme frappe à la porte. Ils ont quelque chose en commun : la même femme les a quittés. S’ensuit alors une course-poursuite pour retrouver Maddie Johnson, arnaqueuse de haut vol.

Vous aimez les femmes libres, les années 80, l’humour enlevé : GLOW (Gorgeous Ladies of Wrestling). GLOW, c’est la version romancée d’une histoire vraie. En 1986 – aka the year I was born – une fédération de catch entièrement féminine voit le jour. Une surprise, dans un milieu presqu’entièrement masculin et une époque encore frileuse quant à l’émancipation féminine. Les femmes recrutées pour le show sont majoritairement des actrices, des danseuses, des mannequins, ayant des vues sur le monde de la show-business. La série actuelle revient sur cette histoire, sur ce groupe de femmes, devenues des personnages fantastiques. La place de la femme des années 80, ses combats, son émancipation, intervient en filigrane de chaque épisode. Les combats sont magistraux. On y est plongé à plein corps, les poings serrés, étourdis malgré nous. À noter les multiples détails propres aux années 80 qui ponctuent la série, à commencer par les tenues (inénarrables), les musiques (éternelles), les bagnoles (et leur lot de nostalgie) mais aussi des détails plus ponctuels, comme le test de grossesse réalisé par l’une des protagonistes. Savoureux!

Vous aimez les séries policières et l’humour décalé : Brooklyn 99 (prononcez nine-nine). Il y a quelque chose dans cette série qui m’en rappelle une autre : Scrubs. L’univers (policier ici, médical dans Scrubs) n’est pas le même, mais l’identité propre de chaque personnage et l’humour parfois potache ont des similitudes, tout comme, d’ailleurs, le physique des deux personnages principaux. Brooklyn 99, c’est un commissariat de la police de NY. On y suit le quotidien d’une dizaine de personnes, tous pourvus de caractères très différenciés, telle une comédie de boulevard. Au fil des épisodes, les différences s’atténuent cependant, les personnages révélant leurs fragilités, leurs excentricités, et leur histoire. La bonne surprise de cette série, c’est qu’elle est relativement ancienne (à l’échelle d’une série, disons). Si vous l’aimez, sachez que 5 saisons ont déjà été tournées, et une 6e est en préparation.

Et de votre côté, des recommandations?

-Lexie Swing-

Avoir un petit troisième

Autour de moi, tel un printemps de ventres ronds, les bébés ont recommencé à fleurir. J’aime les bébés, leur peau délicate, leurs poings qui serrent fort, leurs rires en cascade. Il y a cette connaissance, presqu’un ami, qui attend son petit troisième, qui l’a peut-être même déjà accueilli, à l’heure qu’il est. «Un jour, nous avons regardé le salon, mon fils qui empilait des cubes, sa sœur qui faisait s’effondrer la tour, et les deux qui riaient aux éclats. On les a regardés, et on s’est dit qu’il manquait quelque chose, un autre enfant.»

J’ai regardé mes enfants des heures durant. Dans la voiture, dans le salon, au restaurant, sous les jeux d’eau… Et il n’a jamais manqué personne. J’ai serré mes mains sur les leurs, j’ai replié mes bras sur leurs corps chauds, j’ai saisi des peluches et des couvertures, des verres de jus et des assiettes à peine touchées. Et j’avais les mains pleines de leur existence.

Une fois, j’ai lu une femme qui demandait : «Quand sent-on que l’on n’en veut plus d’autre?» Et je pense, sans certitude, que l’on ne le sent jamais. Mais on le sait. Mon corps reste prêt, il l’est depuis longtemps. Il a voulu viscéralement ces deux enfants, impérativement. L’attente était impatiente, les tests fébriles. L’anglais rend plus facilement justice à mon ressenti : I miss those days, je manque de ces jours passés, de ces étapes. Le test positif, l’annonce, la rencontre de la première échographie, la découverte du sexe, la recherche du prénom, et l’autre rencontre, le face-à-face. Je m’imagine parfois avec un bébé dans les bras, mais c’est un passé que je revis et non un futur que j’augure.

J’ai toujours aimé les grandes familles, j’ai aimé les observer, j’ai aimé les côtoyer. J’aurais aimé être une des leurs, et j’ai longtemps pensé qu’à défaut d’en être une sœur, j’aurais pu en être la mère. Mais je ne suis pas une mère de grande famille. Nous sommes tous quelque chose, nous sommes faits pour aimer, pour élever, un ou plusieurs enfants, peut-être aucun. Notre réalité ne rencontre pas toujours nos souhaits. Mais je ne suis pas faite pour être une mère de grande famille. Dans la grande pièce de la maternité, ce rôle sera dévolu à quelqu’un d’autre et je l’observerai à distance, avec la tendresse qui nous emporte devant les jolis films et les belles histoires.

Mes filles grandissent, s’épanouissent. Il n’est déjà plus question de couches ou de portage. Les poussettes s’empoussièrent dans la remise du jardin et les biberons se sont faits rares dans le vaisselier. Je deviens une mère d’écolières, je ne les pousse plus, les porte à peine mais marche à leurs côtés. Elles rêveraient d’un petit frère, surtout la grande, pour qui sa petite sœur a grandi trop vite. Elle le demande pour Noël, elle le voudrait pour demain. Il est dans les ventres pleins des autres mamans, les mamans neuves, les mamans tierces aussi. Et son désir se fait alors plus ardent. J’ai l’éducation honnête, je la prends dans mes bras et lui confesse que je ne veux pas d’autres enfants, que je suis complète avec les deux que j’ai. Elle se fait pleine d’espoir : «Tu ne voudrais pas en faire un autre pour moi?» Alors je lui explique ce que j’ai eu longtemps de la peine à comprendre : « Il n’y a que ton papa et moi qui pouvons décider de vouloir d’autres bébés, on décide d’avoir des enfants parce que l’on se veut parent, on ne peut pas faire des enfants pour faire plaisir à quelqu’un, même si on l’aime très fort.» Et je renchéris, forte de ma leçon : «Toi seule, et la personne que tu aimeras, pourrez décider si vous voulez des enfants, personne ne devra jamais décider pour toi.»

On ne sait jamais ce que la vie nous réserve. Je sais ce que l’on dit. Qu’arriverait-il si la possibilité d’un autre futur s’invitait un jour, en déjouant les barrières? La vérité est que je ne sais pas. Ce que je sais, en revanche, c’est que nous aurons le choix. Et que c’est ce choix-là qui pourra faire d’une grossesse surprise un enfant désiré.

Mon cœur est grand ouvert, baigné de leur enfance. Mes bras serreront d’autres bébés, ils les attendent impatiemment. Ils ne seront pas miens, ils sont le futur de quelqu’un d’autre. Je quitte la danse.

-Lexie Swing-

Road-trip en famille au Nouveau Brunswick

Ces dernières semaines, c’était silence radio. Et pour cause! Nous nous trouvions loin de notre « ici », à un souffle de l’océan. Depuis que je suis arrivée au Canada il y a – bientôt – 5 ans, j’ai toujours voulu explorer ces provinces que l’on appelle Les Maritimes. Nous souhaitions un lieu accessible facilement en voiture, avec un maximum de deux jours de voyage. Le Nouveau-Brunswick s’est imposé de lui-même, après avoir parcouru quelques articles, notamment celui du BestJobersblog et celui de la très regrettée Julie de Carnets de Traverse.

A mon tour, alors, de vous conter ces lieux qui nous ont enchantés. De Edmunston à Saint-John, de Saint-John à Shédiac, de Shédiac à Kouchibouguac, nous avons parcouru la moitié sud de cette province, je crois, assez méconnue, où l’on parle français avec un accent différent de tout ce que l’on a pu entendre auparavant. Les paysages y sont spectaculaires, les routes vallonnées, la nature est partout et l’océan est à portée de cils. C’est un royaume majestueux pour qui apprécie les grands espaces et les sports d’extérieurs.

Coucher de soleil

Mais reprenons au commencement: ce voyage était mon bébé. Pour des raisons de calendrier surchargé du côté de mon amoureux, je l’ai organisé majoritairement seule. Nous nous étions cependant accordés sur les détails pratiques. Forts de notre premier road-trip en famille, nous avions quelques impératifs : pas plus de dix heures de voyage pour se rendre sur place, pas de location pour une seule nuit (sauf pour couper le trajet) et une alternance entre les visites et les moments de jeux/ de balade. Aidée des blogs susmentionnés et de discussions sur la page Facebook « Voyager en famille », j’ai élaboré un trajet qui me paraissait adapté. Un peu plus de 5h de route pour se rendre à Edmunston, puis 3h40 de route pour se rendre à Saint-John où nous passions trois nuits. De Saint-John, nous avons ensuite rejoint Cap-Pelé, proche de Shédiac, sur la côte Atlantique, où nous avons logé durant quatre nuits dans une maisonnette avec accès privé à la plage. Notre dernière étape nous a conduit à Saint-Louis-de-Kent, aux abords du parc Kouchibouguac, pour deux nouvelles nuits. Au retour, nous nous sommes arrêtés une nouvelle fois à Edmunston (même hôtel!) et puis nous sommes rentrés.

Pour chaque étape, j’avais préparé une liste d’activités possibles et une proposition d’agenda. A mes filles, j’avais remis un petit document créé par mes soins avec les différentes étapes et des photos, à la fois des lieux où nous résidions et des choses que nous allions peut-être voir. Une idée en passant qui s’est trouvée être un incontournable à chaque nouvelle étape, B. se référant aux photos pendant que sa cadette apprenait par coeur le nom du prochain lieu tout en proclamant « Mais je croyais qu’on allait chez John! », et puis « C’est qui John? ». Par ailleurs, passer quelques jours au bord de la plage était aussi leur choix, un choix que je leur avais laissé faire en leur proposant de passer quelques jours à Moncton (la plus grande ville du NB) ou de passer quelques jours à la plage. Elles ont opté avec joie pour la plage et n’ont eu de cesse de s’y rendre tout le long des vacances.

Plage Nouveau Brunswick

Il faut que je vous raconte, le probable et le surréel. Le carré aux dattes sucré-salé croqué à Edmunston, l’arrêt à Frédéricton, Saint-Andrews et l’amoureux qui ne voulait plus partir, le type saoul qui a frappé à notre porte à 6h du matin pour qu’on lui prête un téléphone, l’entrée que l’on veut payer au parc de Fundy et les insectes fous qui envahissent d’un coup l’habitacle, provoquant une hystérie collective. L’espèce de minibus qui nous a emmené en 5 minutes à la porte des Hopewell Rocks et a fait notre journée, la voiture qui flambe dans Moncton et nos fenêtres qui surchauffent alors que nous la contournons, l’océan qui nous happe et le temps qui s’arrête, les filles qui dansent lors d’un souper-concert, la salle de jeux qui sauve notre après-midi pluvieuse, le temps qui s’arrête encore une fois, à Kouchibouguac, et le chaton qui danse dans l’herbe haute.

Si la vie est un voyage, alors les road-trips en famille sont probablement cette sortie en kayak sur le fleuve. Tantôt tumultueux, tantôt apaisés, toujours fascinant. Ce sont des voyages qui rapprochent, qui font grandir. On découvre un peu plus l’autre, un peu plus ses enfants. On se découvre un peu plus soi-même également.

Et à les observer, couchées ce soir dans le même lit au sous-sol pour cause de canicule, ou jouant en se tenant la main dans les jeux d’eaux cet après-midi, je crois avoir trouvé la réponse à ma question : « Comment leur apprendre à être des soeurs qui s’aiment?« . En vivant des aventures, probablement.

De Saint-Bruno à Saint-John

Au matin du jour 1, je suis bien occupée. Le chien a rejoint la veille sa demeure de vacances, et je m’active désormais pour plier les dernières affaires et faire du ménage. Alors que j’espère faire profiter les filles de quelques jeux en extérieur avant les nombreuses heures de voiture, une pluie torrentielle s’abat. La détente en extérieur se transforme en gym intérieur et je charge le coffre la voiture enfoncée à mi-chemin dans le garage. Finalement, nous sommes prêtes à partir! Les filles découvrent leur sac de voyage, contenant jeux de voiture, carnet de coloriage et de devinettes, photos du voyage et … un sac de bonbons chacune. Miss Swing a l’esprit pratique et me serine « tu aurais pu te contenter du sac de bonbons finalement, c’est ce qu’on aime le plus ». Je souris (jaune) et prends la direction de Longueuil pour récupérer mon partenaire (de vie et de voyage) qui revient d’un examen. Il monte en voiture, la pluie se dissipe, les vacances peuvent commencer!

A mi-parcours, la pluie se réinvite, et nous parcourons 250 km sous le déluge, une habitude dans nos voyages. Après un arrêt à Rivière-du-Loup, un souper au restaurant et nos mines béates devant le superbe coucher de soleil sur le Saint-Laurent, nous reprenons la route en direction d’Edmunston. J’y ai réservé le Four Points, via Hotwire. Le personnel est accueillant, les lits sont confortables et les filles s’endorment pour leur première nuit dans un lit commun. Au réveil, nous grignotons des barres de céréales et filons essayer la piscine. Nous avons au passage changé d’heure, à ma grande surprise (+1h). A 11h, nous prenons enfin la route, passons acheter cafés et carrés aux dattes (à tomber!), et des sandwichs aux oeufs pour le lunch. Notre tentative de repas dans la voiture se solde par notre premier (et dernier heureusement) vomi du voyage, Tempête engouffrant la nourriture comme un chiot ses premières croquettes. Il est 16h lorsque nous arrivons dans la capitale du Nouveau-Brunswick, Fredericton. Les rues Queen et King – deux appellations qui seront présentes dans la plupart des villes – semblent les principales. Aussitôt stationnés, nous lorgnons du côté des boutiques qui ont le charme des petits magasins indépendants. Un magasin de musiques, une vitrine pleine de jolies robes, des jouets attirants qui débordent des étals, une boutique de santé bio, des meubles de décoration scandinave… Je sais à peine où donner de la tête. Après un tour sur le pont pour cyclistes qui enjambe le fleuve Saint-Jean, nous nous promenons du côté des ateliers d’artistes ouverts sur la rue. Nos ventres sont vides et nos enfants affamés, il est temps pour nous de s’arrêter dans un restaurant végé / galerie qui partage l’espace avec une cidrerie. Lorsque nous arrivons à Saint-John, après une heure de route, il fait nuit. Le GPS nous mène au bord de l’autoroute, dans un quartier délabré, devant une bicoque posée au bout d’un grand stationnement. La surprise est grande et l’inquiétude plus encore. Au volant, Mr Swing ne s’arrête pas. Après quelques respirations et une relecture de l’annonce Air BnB, nous faisons demi-tour et retournons nous garer devant la petite maison du bord de l’autoroute. La porte poussée, nous entrons dans le lieu promis : confortable, bien pensé et plein de petites attentions laissées par la propriétaire. N’eut été le quartier – c’est dans cet appartement qu’un type saoul a débarqué dès potron-minet pour réclamer un téléphone – l’appartement aurait mérité 5 belles étoiles.

Saint-John

Ville Nouveau Brunswick

Nous sommes restés 3 nuits à Saint-John. La première journée sur place a été dévolue à l’ouest, à savoir Saint-Andrews. Ville au bord de l’eau, Saint-Andrews est une véritable carte postale de vacances. Après un tour sur le ponton, nous avons rejoint un phare aperçu au loin. Surpris par la marée, nous avons dû rapidement plié bagages, sous les cris ravis des filles qui découvraient leurs premiers coquillages. Après le goûter, et une heure de jeux au parc proche de l’école (les jeux sont un indispensable, je trouve, lorsqu’on voyage avec des jeunes enfants) nous avons roulé plus loin, jusqu’à Saint-Stephen, réputée être la capitale du chocolat. Ville sans beaucoup de charme à mon goût, sinon celui d’être une porte sur les Etats-Unis (littéralement, nous sommes passés à quelques mètres du poste frontière), Saint-Stephen nous a laissés indifférents et c’est sans tarder que nous avons rejoint nos pénates à Saint-John.

La deuxième journée sur place a été consacrée à l’Irving Nature Park. Le pique-nique dans les sacs à dos, nous avons commencé l’ascension du chemin Ecureuil, le chemin familial. Aux alentours de midi, avisant une table à l’ombre, nous avons sorti le pique-nique et … fait face à un écureuil un peu trop volontaire. Devant la tournure prise par les événements – nos tentatives désespérées pour l’éloigner, ses cris perçants et son galop rageur sur la tôle au dessus de la table – nous avons pris la poudre d’escampette et terminé notre repas plus loin! Le Irving Nature Parc est sublime, et les différents chemins permettent des balades tout autant en sentier que sur des routes goudronnées plus larges qui seront adaptées aux vélos et aux petites jambes qui maitrisent mal le passage des grosses racines. Après l’effort, le réconfort : en contrebas, la plage nous attendait!

Fin de journée à Saint-John. Un goûter pris d’abord dans un délicieux café indépendant, puis une balade dans les rues avant un passage aux jeux (nouvelle édition!). Saint-John a un charme très à l’européenne avec de belles maisons victoriennes qui rappellent certaines de nos balades dans Londres.

Le troisième jour dans le Sud fut celui du départ. Prenant la direction de l’Est, cette fois-ci, nous avons conduit jusqu’au Parc Littoral de la Baie de Fundy. Alors que mon amoureux baisse sa vitre pour payer l’entrée, les moustiques et autres insectes volants entrent en grande pompe dans la voiture, provoquant des cris perçants (les miens, j’haïs les insectes!). Nous renonçons finalement à une balade en forêt pour privilégier un pique-nique avec vue sur le littoral…

Vue sur Alma

Passage par Alma (RAS), puis nous arrivons à hauteur des Hopewell Rocks vers 15h. Le plan initial était d’y revenir en faisant la route depuis Shediac mais nous décidons finalement d’y aller en passant. Une excellente décision, qui nous vaut de découvrir l’endroit avec peu de monde, considérant l’heure un peu avancée. Pour le grand plaisir des filles, nous achetons des jetons pour prendre le minibus, une sorte d’automobile à 8 places entièrement ouverte qui dévale en tressautant les sentiers jusqu’à l’escalier qui mène aux Hopewell Rocks. Ce lieu, un incontournable du NB, est réellement surprenant. On serpente entre les rochers façonnés par l’océan, tentant d’imaginer que, quelques heures plus tard, à marée haute, le site sera recouvert d’eau. Le billet d’entrée permet d’ailleurs de revenir le lendemain. Le chemin du retour se fera au milieu des arbres, sur des sentiers parfaitement aménagés. A noter que la boutique du site est parfaitement achalandée. Si vous avez le projet de ramener des souvenirs thématiques, c’est le moment.

La route vers Shédiac se déroule sans heurts, à l’exception d’une voiture en flammes dans un quartier résidentiel que nous devrons contourner un peu trop près à mon goût. Après un arrêt au restaurant à Shédiac pour un souper-concert impromptu durant lequel les filles transforment le restaurant en une piste de danse improvisée, nous rejoignons notre nouvelle demeure : une maisonnette au bord de l’océan.

Shédiac et Moncton

Quatre jours à la plage, ce sont les filles et mon amoureux qui avaient tranché. Les deux premières journées y ont donc été consacrées, les plages des environs offrant cette particularité d’avoir pied très longtemps. Des îlots de sable se forment au gré de la marée et donnent l’impression d’avoir atteint le bout du monde. L’eau y est, dit-on, parmi les plus chaudes de la côte.

Eaux chaudes du Nouveau Brunswick

Au matin du troisième jour sur place, il a fallu se rendre à l’évidence, la météo avait vu juste. Réveillés par et sous le déluge, nous avons pris la décision de nous rendre à Moncton en espérant que la ville nous permettrait quelques visites. Rappelés à l’ordre par le besoin de sieste de la plus petite, nous avons finalement repris la route jusqu’à la ville à majorité francophone de Dieppe où nous avons échoué sur un stationnement… pour une sieste collective bien méritée! La pluie ne faiblissant pas mais les enfants ayant retrouvé leur pleine énergie, nous avons eu la chance de tomber sur une salle de jeux intérieure plus que digne de mention : Hop! Skip! Jump!, une enseigne présente au NB et en Nouvelle-Ecosse. L’espace est parfaitement pensé, avec une partie réservée aux plus petits vraiment riche en jeux et ateliers (dont une glissade réservée, ce qui n’est pas si courant!) et une partie pour les plus grands suffisamment sécuritaire pour laisser des plus petits s’y aventurer.

Coucher de soleil Nouveau Brunswick

D’autres activités étaient prévues, telle que la place Resurgo et les marchés du samedi matin à Moncton et à Dieppe mais nous avons préféré profiter de la plage et se relaxer. Un minimum pour des vacances non? Le lendemain matin, avant de repartir, nous avons fait un détour par l’Ecomusée dédié au homard dont les explications très précises et la rencontre avec le homard bleu a fait passer l’envie à mes amoureux des produits de la mer d’en déguster pendant les jours qui ont suivi!

Parc National de Kouchibouguac

Pas de surprise pour la location : nous avons eu le coup de coeur pour L’Ancrage, cette même place testée par Julie et les BestJobers. Ils n’avaient déjà plus de chambres disponibles pour nous, mais nous ont proposé un cottage qui était juste parfait pour nous quatre. Depuis le lit de la chambre je voyais le canapé du salon, la cuisine était grande et parfaitement équipée, les enfants pouvaient jouer sans fin dans l’immense espace herbeux devant les cottages, et je me souviens m’être dit que je pourrais probablement rester là pour l’éternité.

Dès la première soirée, nous avons traversé les longs ponts suspendus du Parc National de Kouchibouguac pour rejoindre la plage Kelly, la plus connue du parc, où les eaux sont chaudes (pour le lieu). Le lendemain, point de répit pour les braves! Mon amoureux est parti à la fraîche essayer le « fatbike », ce vélo à grosses roues roi des sentiers. Une heure et demi de plaisir au milieu de la forêt, à passer dans des sentiers étroits et des passerelles au-dessus de l’eau, croisant les doigts pour ne pas croiser d’ours!

Dès son retour, nous avons repris le chemin du parc pour tester la balade familiale proche de la plage des Callenders. Un trente minutes à grands pas au milieu des moustiques, suffisantes pour tester le parc sans finir piquer de la tête aux pieds! Puis direction la plage des Callenders, au bord de la lagune, où la faible profondeur de l’eau a permis de nombreux jeux!

Parc National de Kouchibouguac

Une nuit et c’était déjà la fin du voyage. Nous avons repris la route d’Edmunston, puis celle de Saint-Bruno, le lendemain matin. Sur la route, un arrêt parfait à Beaumont, proche de Lévis, où des tables de pique-nique côtoient des jeux pour enfants de toute sorte. De quoi se défouler sur le retour d’un long voyage en voiture…

-Lexie Swing-

Crédit photos : Lexie Swing

Le ménage ou la victoire par chaos

Il y a les routines bien orchestrées, les tableaux de chasteté, ceux qui prévoient un effleurement de la poussière en jour A et une friction des fenêtres après trois semaines d’abstinence. Il y a ces maisons qui feraient pâlir les magazines, celles où la vie est comme aseptisée, et celles où le quotidien est juste drôlement bien rangé. Et puis il y a la mienne, où les casseroles s’entassent dans l’évier pourtant immense parce que je cuisine chaque soir avec une frénésie qui nourrirait dix ventres vides. Il y a les commodes qui débordent, et les chandails que mon aînée transfère en soupirant de ses tiroirs à ceux de sa soeur. Il y a les jouets qui pullulent, les légos se reproduisant comme autant de pédi-menaces minuscules, le carton des affaires de poupées vomissant des guenilles sur le plancher des chambres.

J’haïs le ménage tout en m’y plongeant corps et âme chaque week-end. Une relation passionnelle qui tourne vite au pugilat, largement aidée en cela par les soeurs La Bricole. Ainsi, en deux heures et moyennant quelques participations à divers puzzles et danses improvisées, j’ai pu venir samedi dernier à bout de la face A du disque de ménage hebdomadaire : le salon et la cuisine. Dimanche matin, soit la bagatelle de 15h plus tard, dodo compris, j’ai attaqué la phase B, les chambres, expédiant du même fait les irréductibles au salon. Mal m’en a pris. Le flot ininterrompu de directives (« Mets le bébé ici », « Donne-lui une tomate », « Enlève ton pied du canapé ») et d’invectives (« Tu dis pas moi quoi je dois faire! », « C’est pas à toi », « Tasoeur, donne! ») a vite tourné au vinaigre. Le champ de batailles était à la hauteur des cris : livres aux pages béantes disséminés sur le sol, vêtements de poupées semés à l’envi, légos abandonnés aux quatre coins de la pièce et miettes de pain – des vraies – glissées au coin de la bouche des poupons de plastique (« parce qu’ils avaient faim, maman »).

Mon quotidien est ainsi. Chaque pièce nouvellement rangée retrouve sa version chaotique quelques minutes plus tard, comme un reflet déformant dont elle ne voudrait plus se défaire. Chaque objet doit être rangé sitôt son utilisation terminée, c’est la règle numéro 1 de toute demeure ordonnée. Ayez un instant de faiblesse, une fatigue passagère, un malheureux « Oh je le rangerai tantôt », et c’est toute la maison qui s’encanaille. Les lits se défont, les vêtements s’empilent sur le fauteuil du fond, les brosses à dents s’éparpillent autour du lavabo, saluant au passage les verres à dents que l’on échange sans fin. Le manteau a loupé sa rencontre avec le crochet et jouit désormais d’un repos mérité sur le dossier du canapé, flirtant avec le porte-monnaie et les clés de voiture abandonnées dans le haut du coussin et que l’on cherchera avidement demain. Le dernier bol oublié sur la table du petit déjeuner s’est multiplié, et la famille entière du vaisselier s’épanouit désormais au milieu des miettes de pain et de brioche endimanchées.

Victoire par chaos du bordel quotidien.

On ne peut rien laisser au hasard, le désordre et la saleté s’infiltrent par tous les interstices de la fatigue quotidienne. Ils profitent de chaque moment d’atermoiement, du poids de chaque journée de travail délesté sur le coussin du canapé, de chaque soupir et de chaque hésitation. Un couchage fataliste (« Tant pis je verrai ça demain ») apporte plus de déboires qu’un miroir morcelé.

Alors j’ai décidé d’abattre mes cartes, et au jeu du sans-atout j’ai sorti mon joker.

L., elle a des balais magiques, des mains décidées et le ménage c’est son métier. Tremble, Poussière.

-Lexie Swing-

 

Gestion de crises

L’enfant petit est un sommet du G7 en pleine guerre du pétrole. Les intérêts individuels surpassent le bien-être collectif, et le petit pays en développement est prompt à sortir les armes en criant «Taïaut».

Contrairement à la croyance populaire, les crises enfantines ne s’évanouissent pas dans la fumée des bougies d’anniversaire. Et l’on se surprend à penser : «Mais je croyais que c’en était fini après 4 ans / 5 ans / 6 ans / 22 ans ?» La vérité est que rien n’empêche un enfant de 8 ans de grogner pour une chaussette tire-bouchonnée. J’en ai 32 et je ne m’en prive pas. Avec l’expérience, cependant, vient la capacité à réguler ses émotions, à les reconnaître, à les questionner, aussi. Du moins est-ce ainsi que la vie est censée tourner. Pour tout le monde sauf pour le paquet d’abrutis qui jouent du klaxon sur l’autoroute et du majeur au feu rouge.

Avez-vous un enfant qui fait des crises de colères fréquentes? On dit que c’est le lot commun des enfants pourvus d’un «strong will», selon le terme anglo-saxon. Comprenez «une volonté forte». Une volonté qu’ils tentent d’asseoir par tous les moyens, tels des despotes miniatures en manque de paysans à terroriser. Ces crises sont difficiles à gérer, elles enveniment les relations quotidiennes, font tourner au drame la moindre sortie crème glacée et peuvent transformer la journée la plus ensoleillée en un avis de tempête majeure avec dégâts collatéraux. Si vous aussi êtes de pauvres hères ballotés par les vents contraires des émotions, voici quelques astuces, tirées de discussions, de lectures, et d’expériences, surtout.

1) Pour le salut de votre esprit, gardez votre calme. Si vous vous énervez à votre tour, vous allez perdre la partie, noyé dans un océan de culpabilité et maintenu sous l’eau par votre conjoint énervé qui va vous reprocher d’avoir envenimé la situation, fait pleurer le petit dernier et de lui avoir cassé les oreilles dans un habitacle de voiture sans échappatoire.

2) Laissez votre cœur au placard et mettez vos méninges sur la table. Non, je n’ai parlé d’aucun organe reproductif, rangez-les! Mettez de côté l’émotionnel, détachez-vous des paroles prononcées. Ainsi que je l’entends souvent, dans une grammaire qui me remue un peu, «ne le prenez pas personnel». L’enfant de 5 ou 6 ans qui tempête n’a rien à voir avec la crise de bacon du Terrible Two. Cet enfant-ci a l’esprit vif et la parole acerbe. Il vous enverra au visage tout ce qu’il espère être une arme suffisamment tranchante. «Je te déteste», «T’es plus ma mère», «Je vais chercher une autre famille». Gardez toujours en tête que ses émotions sont – à cet instant – privées de rationalité, et si ses paroles vous gênent, allez voir ailleurs si le chat n’y est pas.

3) La gestion de la colère demande de la proximité des corps, sauf s’il pleut des coups. Souvent, on a tendance à gérer la crise de la hauteur de notre être (ce qui ne fait pas grand-chose, lorsque l’on fait ma taille), avec un bon mètre de distance et les bras en avant pour parer attaques et projectiles. Or l’enfant est souvent dépassé par la puissance du sentiment. Pour apaiser la crise, rien de mieux que d’établir un contact : lui prendre la main, l’entourer de ses bras. Le geste ne signifie pas que l’on approuve le sentiment, il montre simplement à l’enfant qu’on a identifié l’émotion (parole de psy).

4) Au plus fort de la crise, évitez les leçons. En anglais, faire la leçon se dit « lecturing ». J’aime beaucoup ce mot! Rangez donc le manuel des habiletés sociales qu’est censé posséder votre petit miracle et faites profil bas. On n’aime rien tant que d’asséner des grandes vérités professorales mais je n’irais point le faire une fois tenue en joue. En pleine crise, on se censure. Une fois la crise passée, on débouche le jus de pomme et on ouvre le cahier des doléances parentales.

5) Acceptez les sentiments négatifs. L’idée n’est pas de moi, clairement. Mais il a suffi que je la lise pour réaliser qu’effectivement, j’avais la négation facile : « Mais non, tu l’aimes ton ami Pierrot », « Mais oui, tu aimes ça aller à l’école », etc… Mais oui, on aime ça rejeter en bloc les affirmations qui nous contrarient car elles effleurent un problème possible : l’enfant est malheureux à l’école, il ne va plus avoir d’amis… Alors que bien souvent, une reconnaissance du sentiment suffit à engager la conversation et à trouver une solution au problème.

Avez-vous d’autres idées, des choses testées et approuvées ?

-Lexie Swing-

PS De bonnes sources à venir, dès que j’aurais accès à mon ordinateur ce week-end !

Crédit photo : Tai Jyun Chang