Karaté kid

B. a fait plusieurs activités depuis ses premiers rires. Des cours de bébé-piscine, des sessions Karibou, de la gym-trampoline en septembre dernier. 

Je n’en avais pas vraiment conscience, alors que je l’accompagnais, vêtue de son justaucorps, mais elle n’avait pas envie de s’y rendre. L’idée lui plaisait, le sport, l’action, certaines des professeurs, mais il y flottait ce-je-ne-sais-quoi qui la retenait de s’y épanouir. Cela me sert un peu le cœur quand j’y repense. Mais je sais aussi que la vie sera faite de lieux où elle n’aura pas envie de se rendre et de choses dont elle repoussera l’exécution. Les activités de loisirs, cependant, devrait rester une source de plaisir. Pourquoi s’astreindre à faire à tout prix de la course à pied alors qu’on déteste courir? Pourquoi s’inscrire pour abandonner immédiatement? Nous avons tous quelque chose, un sport, une activité, qui nous correspond. J’en suis intimement persuadée. Ce n’est pas parce que faire du sport nous demande un effort suppplémentaire que l’on ne peut y trouver du plaisir, de la satisfaction.

Forts de cette idée, nous avons cherché ce qui pourrait correspondre à notre grande de 4 ans et demi. Un âge où plus d’activités sont désormais permises. Et nous ses parents avons choisi le karaté.

Je dis nous car, à la mention du karaté, B. nous a dit «non». Juste non. Vous ne l’auriez pas inscrite? En vérité, tout comme moi au même âge, et même moi il y a quelques mois , elle n’avait aucune idée de ce qu’était le karaté, de ce qu’on y apprenait. Si c’était drôle, si c’était pour tout le monde.

On a d’abord pensé au karaté car il allait apporter tonus musculaire, équilibre et souplesse à notre petite fille un peu gauche. On a continué à penser karaté quand les deux ans sont devenus trois ans, puis quatre, et que son caractère a dû faire face à la vie, la vie de famille, la société. Quand elle a dû apprendre à garder le contrôle et que l’on a dû apprendre à garder le nôtre. On a enfin évoqué le karaté en apprenant qu’il donnait confiance, que tout le monde pouvait y trouver son compte, que c’était amusant mais rigoureux. Notre petite fille est rigoureuse, elle aime les règles, elle aime l’ordre, elle est souple et enjouée. À elle aussi le karaté pouvait correspondre.

On lui a dit qu’on allait juste essayer. Juste comme ça. On lui a montré une vidéo pour qu’elle ne soit pas surprise de la tenue portée et on s’est inscrit pour le cours d’essai.

Ils étaient plein d’enfants, mais aussi plein de professeurs. C’était joyeux, bruyant. B. était comme anesthésiée, toute à son effort de tout observer. Elle a enfilé la tenue sans mot dire. Le professeur a demandé aux enfants de venir s’asseoir devant lui. 10 se sont mis à courir vers lui. Deux se sont mis à sangloter. On a retenu notre souffle et Tempête qui voulait se joindre au groupe… et la magie a opéré. B., quatre ans et demi, ma toute petite souvent en retrait, a pris sa place dans le groupe. Mieux : elle a dit bonjour. Mieux encore : elle s’est présentée.

Pendant le cours nous observions. Souriants devant son enthousiasme, soucieux devant sa mine parfois fermée. Lorsque le professeur «principal» a sonné la fin du cours, nous sommes restés immobiles. B. nous a rejoint en courant, avec une moue lasse, et en cœur nous avons posé la question qui allait tout déterminer : «As-tu aimé? Veux-tu t’inscrire?»

Son visage s’est illuminé. Elle a dit «oui je veux!», et puis «c’est quand la prochaine fois?». Elle a parlé de jack et de punch, elle a mimé l’esquive. Elle a surtout dit que Monsieur Truc était gentil et il est où Monsieur Truc, est-ce qu’il sera là la prochaine fois? C’est quand la prochaine fois?

Que fait B. au karaté? Elle y va une demi-heure deux fois par semaine. Ils commencent par des étirements, un petit laïus/action sur le contrôle de soi, en groupe ils reprennent les enchaînements de «coups» et mouvements. Puis ils se séparent en petits groupes autour des enseignants «adjoints» pour des exercices plus précis. À la fin, le professeur les invite à s’asseoir autour de lui et il évoque le «mot de la semaine» comme environnement, confiance ou une notion similaire.

Comment c’est? Joyeux, entraînant! La qualité du cours vient en partie de la personnalité du professeur principal. Les notions sont claires, il les encourage, il mime, il parle d’une voix forte et invitante, l’ensemble est rythmé, les professeurs adjoints font pleinement partie du programme et répondent aux questions du professeur principal pour donner le ton à la troupe. La politesse est de mise, ainsi que l’importance de répondre d’une voix distincte et d’un ton clair.

Des défauts? Oui et non. Une demi-heure c’est super. Deux fois par semaine c’est demandant. Cela rajoute un certain stress à notre semaine. Si B. ne s’y plaisait pas autant on ne se donnerait pas la peine. Également, le prix, 100$ mensuels environ, est un investissement supplémentaire à ce qu’on aurait pensé mettre pour l’activité sportive de notre fille de 4 ans.

Je recommande? Oui, je crois que vous l’avez senti. Malgré les inconvénients, l’argent et le temps que cela nous prend, je vous l’assure, it worth it. Comme nous assistons à tous les cours, nous reprenons les thèmes évoqués, nous lui rappelons de parler d’une voix claire et de regarder dans les yeux. Et notre petite se transforme tranquillement, prenant confiance et assurance, et s’amusant, surtout.

-Lexie Swing-

Quand l’anglais bloque…

Au Québec, à Montréal du moins, tout le monde parle peu ou prou anglais. Au moins un peu. Contrairement à la France, il est rare de commencer une phrase par «Hey, can I ask you…» et de se retrouver face à une personne montrant une incompréhension totale. Suivant le niveau de la conversation, il est possible que l’on vous réponde en français, mais la compréhension orale est bonne. Le quotidien, les publicités, la radio, la télévision et le reste ont largement contribué à cet état de fait.

Alors quand on arrive au Québec, on réalise vite qu’il va falloir maîtriser aussi l’anglais, au moins un petit peu. Lorsque l’on travaille dans les services, ou en contact avec la clientèle, il est (selon moi) indispensable d’être capable d’interagir dans les deux langues, dans le cadre d’une conversation basique au moins. Et surtout, surtout, d’être capable de comprendre son interlocuteur.

Travaillant pour un média francophone, j’ai passé les trois premières années dans un confortable déni de mon piètre niveau. Je m’y suis trouvée confrontée, à de rares moments, lors d’entrevues avec des anglophones, mais la honte du moment était vite oubliée.

Peu à peu, parce que l’on reprenait et synthétisait des articles de médias anglophones, ma compréhension s’est améliorée. Reste que je me retrouvais incapable d’aligner deux mots.

J’ai pourtant passé quelques mois en Irlande, mois dont je suis revenue avec un anglais courant, à défaut d’être fluent. Mais face à la concurrence environnante, et cette aisance à changer de langue au fil d’une même conversation, ma capacité à m’exprimer en anglais s’est comme atrophiée. Je me suis mise à bafouiller, à dire des do quand il fallait dire does, et des is quand j’aurais dû dire was. Mon accent, qui de façon surprenante était relativement correct pour une Française; mon accent est devenu indéchiffrable, incompréhensible. Un yaourt semblait habiter ma bouche. Une patate brûlante.

J’ai changé de travail et j’ai commencé à devoir échanger avec des Anglophones. À l’écrit, à l’oral. Au fil des réunions, ma compréhension devenait quasiment parfaite. Mais lorsqu’il s’agissait de s’exprimer, m’agrippant au principe de la province francophone, je me rabattais sur le français. Toujours. Si je devais écrire un courriel en anglais, je vérifiais la moitié des mots sur Linguee et ne mettait personne en CC.

Et puis un beau jour on m’a proposé des cours d’anglais. Pas parce que mon niveau était atroce mais parce que cela se faisait, dans mon entreprise. Je me suis donc retrouvée face à elle, ma prof. Une Anglophone de Montréal au rire sans fin et au verbe pointu. Une fille passionnante, avec qui j’ai commencé à échanger sur toutes sortes de sujets, faisant fi de cette langue que je ne maîtrisais plus.

Quand elle m’a demandé «Que souhaites-tu retirer de ce cours, pour quelle raison es-tu là?», j’ai mentionné mon envie de dépasser mes peurs. Peu importait que je fasse des fautes, je voulais être capable de parler, juste ça, parler.

Trois heures par semaine ont eu raison de mes appréhensions. Tout à coup le barrage a lâché. Tout à coup ma parole s’est libérée. J’ai cessé de tout regarder sur Linguee. Je me suis fait confiance, puisqu’elle semblait me comprendre.

Trois semaines après mes débuts, mon accent était revenu, normal, habituel. Pas parfait mais compréhensible. Et pour la première fois, cette semaine, j’ai mis une collègue en CC. Sans relire dix fois. Juste comme ça. Parce que maintenant je sais, je suis capable, et demain sûrement je saurais encore mieux.

Ce que je fais pour améliorer mon anglais au quotidien:

  • Je lis de la chick-lit. Je sens que là je vous fais rêver… Je suis incapable de lire Bridget Jones et autres comédies romantiques du genre, sauf en anglais! En anglais je n’ai pas conscience du style, ni de l’incohérence de l’histoire. Les histoires sont gentillettes. Parfaites pour lire sans se prendre la tête en butant sur les mots. S’il y en a un que je ne saisis pas, ce n’est pas grave, ça ne devrait pas me faire perdre le fil de l’histoire… Dans le même genre, une amie m’a confiée avoir lu Fifty Shades of Grey dans la langue de Shakespeare. Et puis c’est facile, martinet se dit martinet, en anglais.
  • Je parcours des articles. Je lis Courrier International depuis des années… La distance fait que, désormais, je le lis en priorité sur Internet. Alors quand la version originale est anglophone, je n’hésite plus, je me plonge dans l’article en VO. Et si à la fin j’ai un doute de compréhension, je peux toujours relire la traduction de Courrier International, histoire de…
  • Netfliiiix. A notre arrivée au Canada, nous avons dédaigné la télévision pour investir dans ce qui n’existait alors pas en France : Netflix. Si j’imagine que dans l’Hexagone les films et séries proposés sont traduits en français, il n’en est pas de même ici. Certains sous-titres sont parfois disponibles, mais pas partout, et pas tout le temps. Et puis on s’habitue vite à la vraie voix de Chandler ou de Monica (vous vous rappelez lorsque le doublage changeait soudainement au milieu d’une saison? Affreux!). Désormais, on ne cherche plus. On écoute les films en anglais, sous-titrés en anglais au besoin. Et on imaginerait plus les regarder autrement!
  • J’écoute des podcasts! C’est assez récent, ça a commencé lorsque J. a abordé le sujet de ses podcasts préférés sur son blogue. J’ai notamment commencé à écouter « Terrible, thanks for asking« . Nira McInerny a une histoire difficile mais une voix incroyable. J’adore l’entendre. Plus récemment, je me suis lancée dans « Stuff Mum Never Told You« , un podcast animé par deux Américaines et qui traite de sujets sur les femmes / le féminisme. Je les écoute pendant ma pause lunch au boulot ou dans le train. Je sais que J. écoute plutôt lorsqu’elle marche dans la rue. Chacun ses habitudes, l’important est d’habituer son oreille et d’entrainer sa compréhension orale!

Et vous, parlez-vous bien anglais? Au boulot? Dans la vie de tous les jours? Comment faites-vous pour vous entraîner?

-Lexie Swing-

 

Ma fille porte des fringues de gars (mais pas que …)

Le rose a longtemps été exclu de la garde-robe de ma première fille. Écœurés par les dégradés réduits (rose pâle/rouge framboise/fushia/mauve) et les jouets genrés, nous avons coupé court dès l’annonce de notre première grossesse par le biais d’une véritable campagne de terreur visant à éliminer tout désir d’offrir à notre progéniture quelque vêtement rose que ce soit. Non seulement cela a fonctionné, mais les gens s’excusaient : «Je suis désolée il y a quelques pois roses sur la poche arrière droite», ou «Le smock est blanc rosé mais je peux le découdre si tu préfères». Avec le recul, c’était un poil mesquin de notre part, mais à l’époque nous avions l’impression que cela était nécessaire pour éviter de se retrouver avec une garde-robe unicolore. Et avec raison : les quelques personnes non-prévenues nous ont invariablement offert du rose.

Est-ce parce que toutes les personnes pensent que les petites filles doivent porter du rose? Oui, mais pas seulement. La société bien sûr a codifié cette impression. Et le choix en lui-même reste restreint. Tous les parents qui ont souhaité gardé la surprise du sexe en ont fait l’expérience : au royaume du vêtement pour bébé, le mixte n’existe pas (pas beaucoup disons, restons quand même honnêtes) ou c’est un sac de jute. J’entends par là que le mixte, ou le non-genré, est forcément jaune ou beige.

Nous avons donc travaillé ardemment à offrir autre chose à notre fille. Pas parce que nous voulions changer la société par son biais, mais plutôt pour que ses goûts ne se limitent pas au rose, aux robes, aux paillettes, aux smocks, et aux leggings.

Pour les leggings, c’est foutu.

Mais pendant longtemps, le stratagème a fonctionné. Au milieu d’une marée de petites amies déguisées en princesses à l’Halloween, notre B., déguisée en super-héroïne, scandait : «Moi, z’aime le blue».. Et fiers parents que nous étions alors (on est toujours un peu cons, quand on est parent, on s’enorgueillit de choses surprenantes).

Et puis le vent a tourné : elle s’est mise à réclamer des chats, à quémander des paillettes et surtout, surtout, elle s’est mise à aimer le rose. Pire : c’est devenu sa couleur préférée. Et insidieusement, j’ai moi-même commencé à en acheter de plus en plus. Après tout : qui n’a pas envie de «faire mouche» avec son enfant et de voir le bonheur dans ses yeux alors qu’il déballe son quinzième chandail acheté pour la rentrée?

Ça m’embêtait un peu, quand même, cette histoire de rose. Mais je me disais que c’était hors de mon contrôle. La garderie, les amies, avaient eu finalement raison de ses préférences.

Un midi, je me suis retrouvée dans les allées du magasin Old Navy. Pas très cher, et avec des messages sur les pyjamas assez féministes (côté fille en tout cas) comme «Offrez-lui une belle nuit de sommeil afin qu’à son réveil elle soit capable de déplacer des montagnes» (en anglais, c’est plus court ;)) ou «Smart girl». Mais force est de constater que le rose est souvent de mise.

Le matin, j’avais proposé un chandail orange et vert à ma fille, qui m’avait aussitôt tancée : «Ça, c’est pour les garçons». Et tout à coup je me suis réveillée. Mes discours du type «Il n’y a pas de vêtements pour les garçons ou pour les filles, tu peux porter ce que tu veux» n’avaient aucune valeur, puisque moi-même je ne lui offrais pas cette possibilité. Il y avait des couleurs qui devaient être pour les garçons puisque ces couleurs-là, je ne les lui faisais pas porter.

Même sans voir l’enfant qui les porte, la société nous a conditionnés à juger si un vêtement est «de fille» ou «de garçon». Et je ne parle pas d’une jupe ou d’un boxer, mais bien de la couleur ou de la forme. Le rose, les pois, les nœuds, le violet, sont «de fille». L’orange, le vert (foncé surtout), le marron, les formes larges, sont «de garçon».

Ce midi-là, hésitant entre des étoiles et une sirène, j’ai fait deux pas sur la droite et j’ai commencé à évaluer les pyjamas «de garçons». Je faisais la moue. Ils avaient tellement l’air «de garçons». Je me retrouvais à lutter contre mes propres démons et me trouvais soudainement ridicule.

J’ai finalement attrapé un ensemble bleu nuit avec des planètes dessinées en vert. J’espérais ainsi séduire ma fille dont la garderie décline l’ensemble de son organisation ainsi que le nom de ses groupes en rapport avec l’astronomie. Fière de mon choix, je me suis alors dirigée vers les chandails. Plus compliqués, car «portés en publics». Lequel accepterait-elle d’arborer? Quels choix pour une transition en douceur?

J’ai sorti du lot un chandail assez large, avec des manches longues cousues dans des manches courtes. Un chandail bleu chiné, avec des manches longues grises et sur le devant, le S de Superman. Il se trouve que ma fille, si elle aime les super-héros, les apprécie principalement par le biais de ses amis garçons. Ainsi Spiderman et Batman n’ont plus de secrets pour elle. Mais puisqu’on parle peu des super-héroïnes aux garçons, et qu’eux-mêmes s’identifient plutôt aux hommes, ce qui est normal, ma fille elle-même ne se transforme, lorsqu’elle joue, qu’en Spiderman ou autre.

Ce soir-là, lorsque j’ai ramené les vêtements pour ma fille et qu’elle a ouvert le paquet, j’ai vu dans ses yeux, et à la forme de sa bouche, ce «O» de surprise conquise, que oui, j’avais fait mouche. À 4 ans, elle a encore le désir d’aimer les mêmes choses que ses amis. Tous ses amis. Garçons compris.

C’est donc avec bonheur que, dès le lendemain matin, elle a enfilé ses leggings (on ne se refait pas), ses baskets violettes et son chandail Superman. À notre arrivée, nous avons croisé l’un de ses camarades, qui a eu LA réaction que je n’aurais même pas espérée : «Wow Maman, t’as vu le chandail de B.? Comme il est beau? Maman je veux ce chandail! Elle est trop cool B.! »

Ma fille avait tout à la fois enrichi sa garde-robe et créé un nouveau pont avec des amis, un ami du moins. L’expérience était un succès!

Désormais, j’essaye de faire fi de mes préjugés et de glaner les vêtements dans toutes les sections de son âge, en m’attachant à des dessins ou des couleurs qu’elle aime, en faisant fi de l’agencement des couleurs, de la forme, ou des détails.

Et de son côté, la société avance : déjà deux fois que je relaie la décision de boutiques de vêtements pour enfants de cesser un étiquetage en fonction du genre. Juste laisser les gens décider ce qu’ils trouvent jolis, ce qu’ils ont envie de porter, sans se sentir nécessairement hors-norme parce qu’on aime les vêtements un peu larges ou les pois roses.

-Lexie Swing-

S’improviser blogueuse beauté

Il y a des sujets de blogues qui m’ont toujours échappé. Certains parce que je n’y connais rien (le cinéma), et d’autres parce que je les trouve réduits au point de me demander comment les gens qui les rédigent arrivent encore à se renouveler et à trouver un intérêt à leurs articles.
La beauté fait partie de ce domaine. Je m’excuse d’avance auprès des blogueurs/blogueuses concerné(e)s.

Je sais que les enfants/la famille, sont aussi un sujet mortellement ennuyeux pour nombre de personnes. Surtout ceux qui n’en ont pas, ou ont refermé joyeusement la porte lorsque le petit dernier de 31 ans s’est enfin décidé à quitter les pénates familiales. Mais les enfants, lorsqu’on en a, prennent une place si importante dans nos vies, et de manière si particulière et inattendue, chamboulant tout à la fois nos conceptions, notre quotidien et ce que nous croyons savoir de nous-mêmes, qu’un seul article ne pourrait suffire à tout dire.

Mais les produits de beauté?

J’ai toujours eu un rapport assez distancié à la beauté. Je suis affreusement rapiat lorsqu’il s’agit de dépenser plus de 15 dollars pour une crème et plus de 10 pour un mascara. Je me maquille de la même façon depuis 15 ans et j’ai découvert le fond de teint sur le tard. Je manque tourner de l’œil quand je lis (parce que des fois j’en lis, certaines blogueuses ont un vrai talent d’écriture et de l’humour, même pour faire la promotion d’un fer à lisser) des articles intitulés «routine minimaliste» ou «routine relaxe du dimanche matin» et que ladite routine comprend 5 fois plus de produits que ma propre «routine» quotidienne visant un ravalement intégral pour circonstances professionnelles.

Pourtant j’ai une peau terrible. J’ai hérité de mon père problèmes cutanés et brillance disco. Le terme «peau mixte à tendance grasse» a été inventé pour moi. J’ai toujours fait avec, aidée par la pilule dès l’âge de 15 ans, et par quelques dermatos, sans jamais beaucoup de succès. Il y a quelques années, dix peut-être, j’ai commencé à utiliser une crème de jour pourvue d’un écran solaire. Et comme je crains le soleil, le cancer de la peau et les rides bien plus que l’acné, je l’ai adoptée. Ma loyauté est à la hauteur de mon désintérêt, je ne me suis jamais dit qu’elle pouvait contribuer au problème.

Et puis j’ai eu deux enfants et j’ai basculé vers une contraception sans hormones. Mon cycle est redevenu joyeusement naturel, et le naturel n’est pas toujours synonyme de bonne santé, quoique mon côté grano en pense. Vicelard comme pas deux, changeant d’idée comme d’ovaires à secouer, distribuant maux divers et éruptions variées. Quatre saisons en 28 jours. 24 les mois impairs. Sauf si c’est un dimanche.

Ma peau y est donc allée de son propre discours. Vivant la vie rêvée des peaux libérées d’hormones et luisant comme un ver sous la nuit étoilée. N’ayant plus de défis à relever, ma vie professionnelle étant bien réglée, mes enfants s’élevant désormais presque seuls (mais criant toujours à 22h34 alertés par le chuchotement du drap sur lequel je viens généralement de m’allonger), et les repas se contentant de crudités pitchés dans un plat commun (#teamvégé), je me suis réveillée de mes quinze ans de coma esthétique pour m’intéresser à ce que le monde de la beauté avait à m’offrir : une crème matifiante.

Matifiante. Oui ça existe. Avec ou sans protection solaire. Avec hydratation légère. Tenue 6-heures-efficacité-prouvée-panel-représentatif. Avec fragrance ou sans odeurs. Avec ou sans produits chimiques.

C’est bien connu que les produits chimiques sont à la beauté ce que la bombe nucléaire a été à la guerre. Tu te félicites de la disparition soudaine de tes problèmes avant de te demander deux jours plus tard pourquoi tout tombe en ruines.

J’ai donc retourné le web à la recherche de la perle rare. À date je la cherche encore, mais plusieurs sont sur ma liste : Neostrata et Caudalie en tête. Depuis, mon intérêt se réveille. Je tape des mots inconnus dans ma barre de recherche Google : « peau neuve », « cache cernes », « exfoliant ». 

Pire: au hasard d’un passage chez Winners (S. je fais comme toi ;)), farfouillant dans les produits bios, j’ai déniché un antirides Avalon Organics. Le mot Q10 y était inscrit en gros. Comme j’ai 31 ans et que je ne dors pas, j’ai décidé que j’allais me rajeunir la face. 

À ce propos, on m’a toujours dit que les problèmes de puberté terminaient… après la puberté. Certains avaient connu le pire : des boutons jusqu’à – oulala – 25 ans. Ce qu’on avait bien sûr omis de me dire, c’est que les hormones de grossesse, elles-mêmes déréglées par des années de pilule, prendraient la relève. Que l’absence de contraception hormonale mènerait ma peau à une rébellion. Et que oui, je me réveillerais un matin avec des boutons ET des rides. Plus Benjamin Button que Beyoncé, pour selon que j’ai eu un jour l’espoir de ressembler à Beyoncé.

Alors voilà, depuis quelques semaines je redensifie, exfolie, hydrate, et soigne. Je conjugue des verbes et emploie des termes que j’ai longtemps ignoré dans les magazines féminins, incapable de lire un article de 3000 signes sur la pertinence de l’emploi du chou rouge dans les nouvelles crèmes à la mode. 

Je suis une autre femme. 

Enfin pas tant que ça. Il y a une semaine j’ai retiré le vernis de mon gros orteil gauche. Ça partait mal. J’ai plié devant l’effort et remis le boulot au lendemain pour les 9 orteils restants. Ça fait une semaine, et je cache ma paresse dans des chaussures fermées malgré les 28 degrés de cet automne exceptionnel.

Une flemme authentique, toujours.

-Lexie Swing-

Crédit photo : Lexie Swing

Venice MTL, la Californie à ma table 

Il y a un mois, alors que nous fêtions nos dix ans main dans la main, nous nous sommes retrouvés pour le lunch au Venice MTL. Travaillant tous deux au centre-ville, il était un choix évident. Je l’avais déjà testé plus tôt dans l’année avec une amie et j’avais adoré sa salade, la « Venice » , du restaurant éponyme*, que j’avais aussitôt tenté de refaire!
Moderne, joyeux comme un après-midi sur une plage de Californie, l’endroit est très prisé par la clientèle de gens d’affaires des environs et souvent bondé. Une preuve, s’il en fallait, de son excellente nourriture!

Côté menus, sans surprises me concernant, il y a du végé et du vegan en option. Mais pas que! Et c’est ce qui fait le charme de l’endroit : que l’on soit omni, veggie ou flexi tendance pesci, il y a de quoi trouver son bonheur.
Sur la carte, on trouve ainsi des salades composées originales, des tartines, des tacos, d’excellentes frites de patates douces et, paraît-il, des pokés parmi les meilleurs de Montréal. À la carte, pokés de saumon, de crevettes, de tofu ou encore de thon. Vous voudrez revenir pour tout essayer ! Laissez une place au dessert (ou faites comme moi et emportez une partie de votre plat principal en doggy-bag histoire de rendre votre souper plus festif) et faites honneur au menu! À date j’ai essayé le carré citron-basilic et le gâteau au fromage, tous deux délicieux. Le gâteau au fromage, en particulier, est comme je les aime : pas très photogénique mais goûteux et physiquement généreux.

Si vous êtes plutôt dus pour une sortie brunch, l’adresse peut aussi valoir le coup (coût). Le menu est assez similaire avec un accent mis sur les tartines et les smoothies bols.

Notez qu’il y a en fait deux Venice : l’un situé dans le Vieux-Montreal et un second, où je me rends, plus proche du centre-ville, sur Beaver Hall. Ce-dernier est charmant, décoré d’un vieux vélo, de plantes feuillus et de panneaux colorés. On est en vacances le temps d’une heure à peine. Idéal pour se ressourcer.

Les prix du midi : 13$ pour ma salade préférée, 17$ pour un poké de saumon, entre 10 et 13$ pour les tacos et 8$ pour un carré citron-basilic ou un gâteau au fromage savoureux.

Un plat sur la carte : La salade Malibu avec roquette, betteraves, fromage de chèvres, chips de pita, graines de tournesol et vinaigrette au miel et à la moutarde de Dijon.

Bon à savoir : Il faut s’y prendre tôt (ou tard!) si l’on veut pouvoir y dîner (luncher) sans trop d’attente. Rendez-vous à 11h30 ou à 13h, ou bien apprêtez-vous à faire la file un petit quart d’heure. Le temps idéal pour lorgner sur les assiettes et passer la carte en revue!

-Lexie Swing-

Restaurant Venice MTL, 1045 Côte du Beaver Hall, Montréal QC H2Z 1S5. Réservations au (514) 379 – 3997 (Groupe de 8 personnes et plus seulement). Autre succursale rue Saint-François-Xavier, dans le Vieux-Montréal. Site internet : http://www.venicemtl.com/

Crédit photos : Lexie Swing 

*J’ignore si vous connaissez cette règle de grammaire mais j’ai moi-même longtemps fait l’erreur. Éponyme signifie « qui donne son nom ». Par exemple, Led Zeppelin est le groupe éponyme de l’album (le premier) appelé Led Zeppelin. Et non l’inverse . Pourtant vous trouverez l’erreur très souvent dans des articles. Il est fréquent qu’on lise « l’album éponyme de Led Zeppelin (Mariah Carey) (Neil Young) (Queen) ». Faites un pied de nez aux journalistes et ne faites plus cette erreur! »

Elle grandit loin de moi

J’ai voulu la soulever et ce n’était plus possible. Elle avait désormais la carrure d’une adulte, à peine quelques centimètres de moins que moi. Ça aurait pu vouloir dire que j’étais rendue trop faible. Mais il était plus probable que la distance et les années l’ai rendue plus grande et plus forte que mon esprit voulait bien l’accepter. 
C’était il y a un instant à peine, pourtant, que ma nièce, la toute première, reposait là dans le moïse blanc. Celui qui avait accueilli sa mère et son oncle, celui qui bercerait le reste de sa fratrie et sa cousine, plus tard. Avant que l’on s’échappe à l’autre bout du monde et que le berceau de famille ne puisse nous suivre pour accueillir en son sein la petite dernière, née canadienne.
L. a été longtemps la première. Et la seule. Elle était le joli poupon que l’on portait sans cesse. La petite fille qui marchait en tenant nos mains, sous le soleil marocain. Elle a égayé nos jours certains mois de tempête et s’est prise d’affection pour ce chiot blanc et poilu qui avait peur de tout.
Ce même chiot qui aura 8 ans cet automne.
Ma nièce, elle, aura dix ans en janvier. Et ça fait des années que je dois faire un effort pour me souvenir qu’elle n’est plus la toute petite fille que l’on a laissée. Qu’elle est une personne qui raisonne, une personne d’opinion.
La distance et l’absence ont effacé la rupture du temps. Dans ma mémoire, tout se mélange. Malgré nos quelques retours ces dernières années, elle paraît n’avoir jamais eu 6 ou 8 ans. Un jour 5 et puis maintenant bientôt dix. 
Elle entre en CM2 avec un an d’avance. L’an prochain ce sera le collège. L’adolescence. Des préoccupations bien secondaires, bien loin de ce toutou qu’il fallait toujours penser à prendre et de ces nuits où elle ne dormait pas. 
Il nous faut désormais tout réapprendre, tout redécouvrir. Et accepter que dans quelques semaines, sa vie redeviendra en partie, un mystère.
-Lexie Swing-

Crédit photos : Lexie Swing

Envoyer des cartes postales avec TouchNote

Les vacances venues, ma meilleure amie et marraine de ma fille a farfouillé sur le web pour trouver une idée originale de carte postale à nous envoyer. Nous avons ainsi reçu quelques jours plus tard une carte de ses vacances, des photos d’elle et de sa jolie famille, une vue du feu autour duquel ils s’étaient assis, etc.

J’aimais le principe, qui nous a permis de découvrir le lieu où ils s’étaient rendus et des photos d’eux plutôt que des inconnus avachis sur une plage de Provence. Le seul défaut de cette carte était sa teinte. L’impression avait comme assombri les photos.

Alors à mon tour, une fois notre fin de semaine à Sandbanks achevée, je suis partie de sa super idée et j’ai trouvé sur Internet TouchNote. L’application était bien notée, le résultat était jugé satisfaisant: je me suis lancée !

Une fois téléchargée (gratuitement), j’ai lancée l’application et me suis offert un crédit de 5 cartes. Différents modèles étaient proposés, ressemblants au principe des cartes postales habituelles : 2 cases, 3 cases, 4 ou plus… J’ai choisi des photos bien éclairées, et j’ai monté mon agencement. A l’arrière de ma carte, j’ai tapé mon texte, le même que celui que j’aurais écrit à la main depuis la plage (« on s’amuse bien à Sandbanks, les filles font des châteaux de sable… ») et j’ai rentré l’adresse de ma grand-mère après l’avoir enregistrée dans le carnet d’adresses de l’application. Elle l’a reçue trois jours plus tard et elle était ravie. Des photos de sa petite-fille, de ses arrieres-petites-filles, de la plage en fond, du lac superbe où nous nous sommes arrêtés un après-midi…

La suite, vous la connaissez si vous suivez la page Facebook: ma grand-mère m’a reniée au bénéfice de mes filles, déclarant qu’elles étaient absolument superbes. Et moi? Moi j’étais « pas mal oui ça va ». Alors que j’ai mis la seule photo potable de moi des dix dernières années. Forcément.

Les avantages :

 – Un envoi super rapide 

– Des photos personnalisées et un beau rendu final selon ma meilleure amie à qui j’ai envoyé la carte postale suivante 

– Une application très user-friendly, intuitive, qui te permet de garder en mémoire l’adresse de Grand-Mamy pour le week-end suivant.

– La possibilité d’inclure des thèmes : anniversaire, remerciements, félicitations…

– Le Magic Writing qui te permet de donner l’illusion d’un texte écrit à la main.

Les inconvenients :

– La carte est envoyée du pays de production, le Royaume-Uni si je me souviens bien. Pour ceux qui aiment les timbres et qui sont heureux de savoir que leur carte a voyagé, c’est loupé !

– Le prix peut rebuter. 2,99 dollars CAD pour envoyer la carte. Étant donné le prix du timbre pour la France, on ne dépense guère plus. Mais si vous envoyez une carte de vos vacances à Mimosas-les-Bains à votre mère résidant à Narbonne, ce n’est peut-être pas ça de gagné !

– On perd le petit côté « carte écrite sur la plage, raturée et marquée par le sel et le sable ». Plus d’écriture hésitante de l’enfant, plus de possibilité de reconnaître au premier coup d’œil l’écriture de l’émetteur.

En conclusion, je dirais que c’est, comme tout, à utiliser avec d’autres choses. Idéal si vous n’envoyez plus de cartes postales parce que vous êtes lassés du processus, ou si vos grands parents préféreraient voir vos jolis minois que celui du petit garçon payé par un photographe pour prendre la pause sur toutes vos cartes de vacances. Un peu de lettre écrite à la main, un peu d’électronique et de belles photos. Réfléchir à ce qui ferait plaisir à la personne à qui vous destinez votre carte et mixez les possibilités. Voici le secret des relations épistolaires réussies.

TouchNote (gratuit), sur iOS et Android, à découvrir sur le site internet de TouchNote.

Et de votre côté, avez-vous déjà essayé ?

-Lexie Swing-

Ta petite routine

Tout le monde sait ça : un enfant a besoin de routine. Surtout quand il est petit. Surtout quand un magnet mal collé ou une tuque mal mise peuvent provoquer une crise de bacon de deux heures trente. Et gare à vous si vous pensiez que vous pouviez mettre la chaussette gauche avant la droite. C’est droite-gauche sinon rien. Méfiez-vous. Je dis ça pour vous.
Alors on créé des routines, on les illustre, on les encadre au masking tape. Les plus chevronnés sortent leur inventivité et leur plastiqueuse, avec petites fenêtres à velcro et couleurs en fonction des saisons. C’est beau comme un aperçu Pinterest, mais infaisable pour mes deux mains. Chez nous, le tableau est dessiné a mano. Il me prend l’équivalent de deux épisodes de Friends from College pour le rendre compréhensible, mais il fonctionne.

Reste que, la routine m’angoisse. Si elle rassure parfaitement ma progéniture adorée, elle me file des hauts le cœur dès 16h sonnées. Le matin, elle se fait discrète. Nous sommes en retard, les gestes sont automatiques, l’esprit n’a guère le temps de faire un autre compte que 7h00+deux brossages de dents, deux leggings, deux pipis et un rappel parce qu’il restait quelques gouttes = train manqué.

Mais le soir… Le décourage me gagne tout à fait juste après le repas. Quand je m’avachis sur une chaise pour la première fois de la soirée, après avoir fait 12 squats durant le souper pour nettoyer chaque chute d’aliments-c’est-pas-ma-faute-maman et 3 lancers de yogourts par-dessus le comptoir. La table is a mess. Le lave-vaisselle doit être vidé avant d’être rechargé. Et la routine me rappelle son insolente mécanique : le bain, les dents, le pipi, le pyjama, l’histoire, les rappels. Avec les maladies de l’automne, elle devient carrément vicieuse, ajoutant son lot d’antibios, de combo hydrasens-crise de nerfs, de crèmes pour peaux sèches, de vicks sur la poitrine et de pschitt sur l’oreiller.

A l’image des routines bien huilées, mes enfants aiment les livres bien usés et les relectures en série. Le Noël de Splat est en tête du top depuis 10 semaines consécutives, détronant ainsi Le Loup qui voulait voir le monde. Du côté de la plus jeune, nous avons une préférence marquée pour les rimes et les animaux. Trois livres sortent ainsi du lot. Trois livres que nous lisons donc chaque soir. Les yeux fermés et la mémoire auditive à son meilleur.

Après vient le temps de débarrasser tout à fait, de préparer les lunchs du lendemain, le souper du prochain soir, de lancer la sécheuse, d’étendre le linge qui a tourné et de nettoyer quelques petites choses pour éviter le grand ménage du samedi matin.

Il est 21h quand on se retrouve sur le canapé du salon. On évoque les finances, les travaux, on s’émeut des expressions de notre plus grande et des progrès de notre cadette, on se partage les infos du monde et les infos de notre petit monde, on commente, on s’étreint, et puis on lance un épisode, un film qui n’ira pas jusqu’au bout, car mon amoureux se sera endormi longtemps avant la fin.

Le secouer doucement. Éteindre la télé. Sortir le chien. Réfrigérer le souper du lendemain désormais refroidi. Improviser sa propre routine. Et puis dormir, avant que tout recommence.

Parfois je dois freiner mon esprit qui galope, ressassant sans cesse (pas facile à dire) les tâches à venir comme une ritournelle infernale. Heureusement, la routine apporte aussi son lot de moments doux, qu’on ne raterait pour rien au monde. Le chemin vers la garderie et les visages que l’on cherche dans la foule d’enfants. Le premier baiser.  La petite main dans la nôtre, en allant vers la voiture. Les mots d’enfants qui se bousculent. Le repas qui attend. Le souper tous ensemble. Le dernier baiser (même si on sait qu’il y aura des rappels). Et le silence, juste après. 

-Lexie Swing- 

La vie par écrans interposés 

Elles ont 13, 14 ans peut-être. Elles rient et font des mimiques. Leurs cheveux sont coupés à la dernière mode, leurs jeans aussi. Quand elles s’élancent depuis les balançoires trop petites pour elles, leurs Converses balaient le sol, se recouvrant d’une fine poussière de sable. Elles sont deux, elles sont adolescentes, elles sont comme toutes les adolescentes amies de ce monde, aussi insouciantes. Mais aussi plus conscientes. En face d’elles, portés comme un étendard, leurs téléphones en miroir. L’heure tourne et la caméra aussi, sans cesse, ininterrompue. Les photos pleuvent, les bouches en cul de poule s’amoncellent sur la pellicule de leurs iPhones aux coques fleuries.Bientôt, elles s’effondrent dans l’herbe, l’une à côté de l’autre. Leurs épaules se touchent mais leurs esprits sont loin. Ils téléchargent sur Instagram et commentent sur Facebook. Ils sont absents du réel, tout entiers absorbés par le virtuel. Et je ne peux m’empêcher de me demander si leurs souvenirs seront différents des nôtres et si leurs rires résonneront encore longtemps dans leur mémoire ou s’ils finiront par tomber dans les oubliettes de Snapchat.

Il y a bien longtemps qu’on ne croise plus le regard des gens, dans la rue. Bien longtemps que l’on est contraint de slalomer sur les trottoirs, un œil vaguement aux aguets et l’autre rivé sur le message que l’on tape frénétiquement. Les conversations téléphoniques des premières années avaient le mérite de garder les regards droits, mais l’Internet à disposition quasi universelle a balayé la conscience du moment.

On n’a jamais autant parlé de pleine conscience que maintenant que nos esprits sont perpétuellement ailleurs, happés par des conversations à cheval sur plusieurs continents et différents fuseaux horaires. On n’a jamais été autant connectés au monde, et déconnectés des autres.

Je n’aurais jamais pensé estimer un jour la beauté d’un coucher de soleil à travers son potentiel Instragam. Ni prendre mes enfants en photos pour le bien d’autre chose que mes souvenirs et mon cœur : pour mon blog. Je n’imaginais pas non plus que mon esprit intégrerait si bien les décalages horaires et ferait fi de l’océan. Ni que les maisons brisées de Saint-Martin voisineraient une critique locale faite à la météo pluvieuse, qui elle-même chevaucherait des photos d’enfants bronzés en rang pour la rentrée, juste à côté du visage éploré d’un jeune garçon Rohingya dont le père allait être exécuté.

Je ne sais plus vraiment quoi penser de notre époque. Nous n’avons jamais été aussi conscients et au courant, et paradoxalement si distanciés. Le cœur du monde occidental s’indigne désormais avec plus de ferveur pour la bague dérobée d’une vieille dame qu’à la vision de cadavres d’enfants migrants noyés en Méditerranée. Les connaissances n’ont jamais été aussi nombreuses et pourtant les jugements n’ont jamais été aussi instinctifs, aussi peu réfléchis, aussi malaisants, abrités derrière l’anonymat de l’Internet et de l’écran.

Internet prend aujourd’hui tellement de place… Dans notre quotidien, au travail, dans les tribunes alors que nous sommes spectateurs de l’activité sportive de notre enfant, au restaurant et jusque dans nos chambres à coucher. Est-ce qu’il n’est pas parfaitement ridicule d’être allongé là, à presser vigoureusement sur l’écran de notre téléphone pour échanger avec des amis au bout du monde, tout en ignorant superbement la personne allongée juste à côté et qui partage notre vie? Combien de fois ai-je tardé à lever les yeux vers mon enfant qui m’appelait parce que mon regard était retenu par un message que je venais de recevoir? Quelles choses ai-je manquées, quelles beautés du paysage ai-je ignorées, parce que mon champ de vision se réduisait à un écran de 4 pouces?

Je fais des in and out. Je pose mon téléphone, l’oublie, me consacre à d’autres choses. La séparation n’est pas si difficile, le manque est celui de l’habitude. Et puis je le récupère, parce que la semaine recommence, le devoir m’appelle, je n’ai plus de livres à lire et dégaine alors la seule occupation quasi quotidienne de ces dernières années : mon téléphone portable. Je lis des choses qui me semblent importantes, sans n’y prêter aucune analyse. J’enregistre, j’oublie aussitôt, je zappe. Les informations se télescopent. Je ne sais plus qui de mes amies ou de la Princess Kate est enceinte. Et cette histoire de maison inondée est-elle arrivée à quelqu’un que je connais? Je commence des phrases par « il y a quelqu’un qui disait que…» en citant de parfaits inconnus. Je sais tout de certains blogueurs outre-Atlantique mais rien de mes voisins.

Je sais que «c’est ça le XXIe siècle». Mais je me demande encore si c’est bien. Et si mes filles y seront heureuses. Sommes-nous vraiment faits, nous humains, pour vivre ainsi d’intangible et de nouvelles jusqu’à l’écoeurement? Je n’ai jamais autant douté.

Et vous?

 

-Lexie Swing-

Comment vendez-vous vos affaires d’occasion?

A l’approche de la rentrée (spirituelle car la garderie et le travail ne connaissent pas vraiment de vacances), nous nous sommes mis à ranger frénétiquement et à sortir tout ce qui ne fait plus : combinaisons d’hiver, manteaux, habits de pluie et affaires diverses. Nous avons aussi entassé pêle-mêle pot, extracteur de jus et jouets. Le but : vendre tout ça durant l’automne.

Outre le fait de faire transiter des affaires en bon état afin de minimiser l’impact écolo de nos anciens achats, il y a une volonté bien plus égoïste. L’argent ainsi récolté ira directement dans la caisse « congés » et devrait nous aider à financer nos futures vacances aux Iles-de-la-Madeleine.

Alors on fait comme tout le monde : quelques photos bien éclairées, différents angles, des textes descriptifs à défaut d’être vraiment accrocheurs, et on publie sur les endroits qui nous paraissent pertinents, comme Kijiji et les groupes Facebook. Reste que, l’hameçon tarde souvent à mordre. Je reçois des messages intéressés parfois des mois après la mise en ligne. Et j’aimerais ça, moi, que les combinaisons d’hiver s’écoulent dès maintenant et que les robots de cuisine inutilisés ne restent pas à prendre la poussière dans ma (nouvelle) cuisine.

Pourtant, je vois de tous côtés des gens, des collègues, des amis, qui vendent. Je vois des personnes afficher des annonces et recueillir de nombreux commentaires. J’entends parler de lots de vêtements vendus en quelques clics.

Il est vrai que nous vendons peu, et certainement pas ce qui est le plus recherché. Lorsque nous vendrons notre glissade à l’aube de l’été, je n’ai nul doute qu’elle recueillera quelques suffrages. Et si je me décidais à mettre en vente nos affaires Souris Mini presque intactes, j’aurais sûrement quelques pouces approbateurs. Mais je n’y arrive pas. Ces affaires-là me sont précieuses. J’en ai rangé quelques-unes dans la boîte dédiée aux affaires à conserver, celles que mes filles et moi pourront ressortir plus tard et flatter de la main en regardant les photos. J’en ai surtout données beaucoup. A notre ostéo, dont la fille est née un an après Tempête, aux filles de nos amis, venues quelque temps plus tard… Redonner au suivant, en espérant que les vêtements chéris continuent à faire briller quelques photographies.

Il en est de même pour les livres et les CD. Nous en avons emmenés peu, mais je ne pourrais me départir d’aucun. J’aime tous mes livres. Je ne suis pas matérialiste pour deux sous, mais les livres sont bien plus pour moi qu’une simple histoire. Ils sont un objet merveilleux, une décoration, une invitation. J’aime les faire vivre, les prêter, mais les vendre jamais.

En récupérer par contre oui! Ainsi suis-je revenue ce printemps d’un troc auquel j’avais emmené une flopée de vêtements avec une quantité équivalente de livres de seconde main. Le bonheur!

Enfin bref, les vacances n’attendent pas! Pouvez-vous me donner vos bonnes adresses, vos techniques infaillibles ? Vendez-vous vite? Et sur quoi? Est-ce que vous vendez de tout, ou avez-vous des choses dont vous ne voulez surtout pas vous départir? Racontez-moi!

-Lexie Swing-