S’improviser blogueuse beauté

Il y a des sujets de blogues qui m’ont toujours échappé. Certains parce que je n’y connais rien (le cinéma), et d’autres parce que je les trouve réduits au point de me demander comment les gens qui les rédigent arrivent encore à se renouveler et à trouver un intérêt à leurs articles.
La beauté fait partie de ce domaine. Je m’excuse d’avance auprès des blogueurs/blogueuses concerné(e)s.

Je sais que les enfants/la famille, sont aussi un sujet mortellement ennuyeux pour nombre de personnes. Surtout ceux qui n’en ont pas, ou ont refermé joyeusement la porte lorsque le petit dernier de 31 ans s’est enfin décidé à quitter les pénates familiales. Mais les enfants, lorsqu’on en a, prennent une place si importante dans nos vies, et de manière si particulière et inattendue, chamboulant tout à la fois nos conceptions, notre quotidien et ce que nous croyons savoir de nous-mêmes, qu’un seul article ne pourrait suffire à tout dire.

Mais les produits de beauté?

J’ai toujours eu un rapport assez distancié à la beauté. Je suis affreusement rapiat lorsqu’il s’agit de dépenser plus de 15 dollars pour une crème et plus de 10 pour un mascara. Je me maquille de la même façon depuis 15 ans et j’ai découvert le fond de teint sur le tard. Je manque tourner de l’œil quand je lis (parce que des fois j’en lis, certaines blogueuses ont un vrai talent d’écriture et de l’humour, même pour faire la promotion d’un fer à lisser) des articles intitulés «routine minimaliste» ou «routine relaxe du dimanche matin» et que ladite routine comprend 5 fois plus de produits que ma propre «routine» quotidienne visant un ravalement intégral pour circonstances professionnelles.

Pourtant j’ai une peau terrible. J’ai hérité de mon père problèmes cutanés et brillance disco. Le terme «peau mixte à tendance grasse» a été inventé pour moi. J’ai toujours fait avec, aidée par la pilule dès l’âge de 15 ans, et par quelques dermatos, sans jamais beaucoup de succès. Il y a quelques années, dix peut-être, j’ai commencé à utiliser une crème de jour pourvue d’un écran solaire. Et comme je crains le soleil, le cancer de la peau et les rides bien plus que l’acné, je l’ai adoptée. Ma loyauté est à la hauteur de mon désintérêt, je ne me suis jamais dit qu’elle pouvait contribuer au problème.

Et puis j’ai eu deux enfants et j’ai basculé vers une contraception sans hormones. Mon cycle est redevenu joyeusement naturel, et le naturel n’est pas toujours synonyme de bonne santé, quoique mon côté grano en pense. Vicelard comme pas deux, changeant d’idée comme d’ovaires à secouer, distribuant maux divers et éruptions variées. Quatre saisons en 28 jours. 24 les mois impairs. Sauf si c’est un dimanche.

Ma peau y est donc allée de son propre discours. Vivant la vie rêvée des peaux libérées d’hormones et luisant comme un ver sous la nuit étoilée. N’ayant plus de défis à relever, ma vie professionnelle étant bien réglée, mes enfants s’élevant désormais presque seuls (mais criant toujours à 22h34 alertés par le chuchotement du drap sur lequel je viens généralement de m’allonger), et les repas se contentant de crudités pitchés dans un plat commun (#teamvégé), je me suis réveillée de mes quinze ans de coma esthétique pour m’intéresser à ce que le monde de la beauté avait à m’offrir : une crème matifiante.

Matifiante. Oui ça existe. Avec ou sans protection solaire. Avec hydratation légère. Tenue 6-heures-efficacité-prouvée-panel-représentatif. Avec fragrance ou sans odeurs. Avec ou sans produits chimiques.

C’est bien connu que les produits chimiques sont à la beauté ce que la bombe nucléaire a été à la guerre. Tu te félicites de la disparition soudaine de tes problèmes avant de te demander deux jours plus tard pourquoi tout tombe en ruines.

J’ai donc retourné le web à la recherche de la perle rare. À date je la cherche encore, mais plusieurs sont sur ma liste : Neostrata et Caudalie en tête. Depuis, mon intérêt se réveille. Je tape des mots inconnus dans ma barre de recherche Google : « peau neuve », « cache cernes », « exfoliant ». 

Pire: au hasard d’un passage chez Winners (S. je fais comme toi ;)), farfouillant dans les produits bios, j’ai déniché un antirides Avalon Organics. Le mot Q10 y était inscrit en gros. Comme j’ai 31 ans et que je ne dors pas, j’ai décidé que j’allais me rajeunir la face. 

À ce propos, on m’a toujours dit que les problèmes de puberté terminaient… après la puberté. Certains avaient connu le pire : des boutons jusqu’à – oulala – 25 ans. Ce qu’on avait bien sûr omis de me dire, c’est que les hormones de grossesse, elles-mêmes déréglées par des années de pilule, prendraient la relève. Que l’absence de contraception hormonale mènerait ma peau à une rébellion. Et que oui, je me réveillerais un matin avec des boutons ET des rides. Plus Benjamin Button que Beyoncé, pour selon que j’ai eu un jour l’espoir de ressembler à Beyoncé.

Alors voilà, depuis quelques semaines je redensifie, exfolie, hydrate, et soigne. Je conjugue des verbes et emploie des termes que j’ai longtemps ignoré dans les magazines féminins, incapable de lire un article de 3000 signes sur la pertinence de l’emploi du chou rouge dans les nouvelles crèmes à la mode. 

Je suis une autre femme. 

Enfin pas tant que ça. Il y a une semaine j’ai retiré le vernis de mon gros orteil gauche. Ça partait mal. J’ai plié devant l’effort et remis le boulot au lendemain pour les 9 orteils restants. Ça fait une semaine, et je cache ma paresse dans des chaussures fermées malgré les 28 degrés de cet automne exceptionnel.

Une flemme authentique, toujours.

-Lexie Swing-

Crédit photo : Lexie Swing

Venice MTL, la Californie à ma table 

Il y a un mois, alors que nous fêtions nos dix ans main dans la main, nous nous sommes retrouvés pour le lunch au Venice MTL. Travaillant tous deux au centre-ville, il était un choix évident. Je l’avais déjà testé plus tôt dans l’année avec une amie et j’avais adoré sa salade, la « Venice » , du restaurant éponyme*, que j’avais aussitôt tenté de refaire!
Moderne, joyeux comme un après-midi sur une plage de Californie, l’endroit est très prisé par la clientèle de gens d’affaires des environs et souvent bondé. Une preuve, s’il en fallait, de son excellente nourriture!

Côté menus, sans surprises me concernant, il y a du végé et du vegan en option. Mais pas que! Et c’est ce qui fait le charme de l’endroit : que l’on soit omni, veggie ou flexi tendance pesci, il y a de quoi trouver son bonheur.
Sur la carte, on trouve ainsi des salades composées originales, des tartines, des tacos, d’excellentes frites de patates douces et, paraît-il, des pokés parmi les meilleurs de Montréal. À la carte, pokés de saumon, de crevettes, de tofu ou encore de thon. Vous voudrez revenir pour tout essayer ! Laissez une place au dessert (ou faites comme moi et emportez une partie de votre plat principal en doggy-bag histoire de rendre votre souper plus festif) et faites honneur au menu! À date j’ai essayé le carré citron-basilic et le gâteau au fromage, tous deux délicieux. Le gâteau au fromage, en particulier, est comme je les aime : pas très photogénique mais goûteux et physiquement généreux.

Si vous êtes plutôt dus pour une sortie brunch, l’adresse peut aussi valoir le coup (coût). Le menu est assez similaire avec un accent mis sur les tartines et les smoothies bols.

Notez qu’il y a en fait deux Venice : l’un situé dans le Vieux-Montreal et un second, où je me rends, plus proche du centre-ville, sur Beaver Hall. Ce-dernier est charmant, décoré d’un vieux vélo, de plantes feuillus et de panneaux colorés. On est en vacances le temps d’une heure à peine. Idéal pour se ressourcer.

Les prix du midi : 13$ pour ma salade préférée, 17$ pour un poké de saumon, entre 10 et 13$ pour les tacos et 8$ pour un carré citron-basilic ou un gâteau au fromage savoureux.

Un plat sur la carte : La salade Malibu avec roquette, betteraves, fromage de chèvres, chips de pita, graines de tournesol et vinaigrette au miel et à la moutarde de Dijon.

Bon à savoir : Il faut s’y prendre tôt (ou tard!) si l’on veut pouvoir y dîner (luncher) sans trop d’attente. Rendez-vous à 11h30 ou à 13h, ou bien apprêtez-vous à faire la file un petit quart d’heure. Le temps idéal pour lorgner sur les assiettes et passer la carte en revue!

-Lexie Swing-

Restaurant Venice MTL, 1045 Côte du Beaver Hall, Montréal QC H2Z 1S5. Réservations au (514) 379 – 3997 (Groupe de 8 personnes et plus seulement). Autre succursale rue Saint-François-Xavier, dans le Vieux-Montréal. Site internet : http://www.venicemtl.com/

Crédit photos : Lexie Swing 

*J’ignore si vous connaissez cette règle de grammaire mais j’ai moi-même longtemps fait l’erreur. Éponyme signifie « qui donne son nom ». Par exemple, Led Zeppelin est le groupe éponyme de l’album (le premier) appelé Led Zeppelin. Et non l’inverse . Pourtant vous trouverez l’erreur très souvent dans des articles. Il est fréquent qu’on lise « l’album éponyme de Led Zeppelin (Mariah Carey) (Neil Young) (Queen) ». Faites un pied de nez aux journalistes et ne faites plus cette erreur! »

Elle grandit loin de moi

J’ai voulu la soulever et ce n’était plus possible. Elle avait désormais la carrure d’une adulte, à peine quelques centimètres de moins que moi. Ça aurait pu vouloir dire que j’étais rendue trop faible. Mais il était plus probable que la distance et les années l’ai rendue plus grande et plus forte que mon esprit voulait bien l’accepter. 
C’était il y a un instant à peine, pourtant, que ma nièce, la toute première, reposait là dans le moïse blanc. Celui qui avait accueilli sa mère et son oncle, celui qui bercerait le reste de sa fratrie et sa cousine, plus tard. Avant que l’on s’échappe à l’autre bout du monde et que le berceau de famille ne puisse nous suivre pour accueillir en son sein la petite dernière, née canadienne.
L. a été longtemps la première. Et la seule. Elle était le joli poupon que l’on portait sans cesse. La petite fille qui marchait en tenant nos mains, sous le soleil marocain. Elle a égayé nos jours certains mois de tempête et s’est prise d’affection pour ce chiot blanc et poilu qui avait peur de tout.
Ce même chiot qui aura 8 ans cet automne.
Ma nièce, elle, aura dix ans en janvier. Et ça fait des années que je dois faire un effort pour me souvenir qu’elle n’est plus la toute petite fille que l’on a laissée. Qu’elle est une personne qui raisonne, une personne d’opinion.
La distance et l’absence ont effacé la rupture du temps. Dans ma mémoire, tout se mélange. Malgré nos quelques retours ces dernières années, elle paraît n’avoir jamais eu 6 ou 8 ans. Un jour 5 et puis maintenant bientôt dix. 
Elle entre en CM2 avec un an d’avance. L’an prochain ce sera le collège. L’adolescence. Des préoccupations bien secondaires, bien loin de ce toutou qu’il fallait toujours penser à prendre et de ces nuits où elle ne dormait pas. 
Il nous faut désormais tout réapprendre, tout redécouvrir. Et accepter que dans quelques semaines, sa vie redeviendra en partie, un mystère.
-Lexie Swing-

Crédit photos : Lexie Swing

Envoyer des cartes postales avec TouchNote

Les vacances venues, ma meilleure amie et marraine de ma fille a farfouillé sur le web pour trouver une idée originale de carte postale à nous envoyer. Nous avons ainsi reçu quelques jours plus tard une carte de ses vacances, des photos d’elle et de sa jolie famille, une vue du feu autour duquel ils s’étaient assis, etc.

J’aimais le principe, qui nous a permis de découvrir le lieu où ils s’étaient rendus et des photos d’eux plutôt que des inconnus avachis sur une plage de Provence. Le seul défaut de cette carte était sa teinte. L’impression avait comme assombri les photos.

Alors à mon tour, une fois notre fin de semaine à Sandbanks achevée, je suis partie de sa super idée et j’ai trouvé sur Internet TouchNote. L’application était bien notée, le résultat était jugé satisfaisant: je me suis lancée !

Une fois téléchargée (gratuitement), j’ai lancée l’application et me suis offert un crédit de 5 cartes. Différents modèles étaient proposés, ressemblants au principe des cartes postales habituelles : 2 cases, 3 cases, 4 ou plus… J’ai choisi des photos bien éclairées, et j’ai monté mon agencement. A l’arrière de ma carte, j’ai tapé mon texte, le même que celui que j’aurais écrit à la main depuis la plage (« on s’amuse bien à Sandbanks, les filles font des châteaux de sable… ») et j’ai rentré l’adresse de ma grand-mère après l’avoir enregistrée dans le carnet d’adresses de l’application. Elle l’a reçue trois jours plus tard et elle était ravie. Des photos de sa petite-fille, de ses arrieres-petites-filles, de la plage en fond, du lac superbe où nous nous sommes arrêtés un après-midi…

La suite, vous la connaissez si vous suivez la page Facebook: ma grand-mère m’a reniée au bénéfice de mes filles, déclarant qu’elles étaient absolument superbes. Et moi? Moi j’étais « pas mal oui ça va ». Alors que j’ai mis la seule photo potable de moi des dix dernières années. Forcément.

Les avantages :

 – Un envoi super rapide 

– Des photos personnalisées et un beau rendu final selon ma meilleure amie à qui j’ai envoyé la carte postale suivante 

– Une application très user-friendly, intuitive, qui te permet de garder en mémoire l’adresse de Grand-Mamy pour le week-end suivant.

– La possibilité d’inclure des thèmes : anniversaire, remerciements, félicitations…

– Le Magic Writing qui te permet de donner l’illusion d’un texte écrit à la main.

Les inconvenients :

– La carte est envoyée du pays de production, le Royaume-Uni si je me souviens bien. Pour ceux qui aiment les timbres et qui sont heureux de savoir que leur carte a voyagé, c’est loupé !

– Le prix peut rebuter. 2,99 dollars CAD pour envoyer la carte. Étant donné le prix du timbre pour la France, on ne dépense guère plus. Mais si vous envoyez une carte de vos vacances à Mimosas-les-Bains à votre mère résidant à Narbonne, ce n’est peut-être pas ça de gagné !

– On perd le petit côté « carte écrite sur la plage, raturée et marquée par le sel et le sable ». Plus d’écriture hésitante de l’enfant, plus de possibilité de reconnaître au premier coup d’œil l’écriture de l’émetteur.

En conclusion, je dirais que c’est, comme tout, à utiliser avec d’autres choses. Idéal si vous n’envoyez plus de cartes postales parce que vous êtes lassés du processus, ou si vos grands parents préféreraient voir vos jolis minois que celui du petit garçon payé par un photographe pour prendre la pause sur toutes vos cartes de vacances. Un peu de lettre écrite à la main, un peu d’électronique et de belles photos. Réfléchir à ce qui ferait plaisir à la personne à qui vous destinez votre carte et mixez les possibilités. Voici le secret des relations épistolaires réussies.

TouchNote (gratuit), sur iOS et Android, à découvrir sur le site internet de TouchNote.

Et de votre côté, avez-vous déjà essayé ?

-Lexie Swing-

Ta petite routine

Tout le monde sait ça : un enfant a besoin de routine. Surtout quand il est petit. Surtout quand un magnet mal collé ou une tuque mal mise peuvent provoquer une crise de bacon de deux heures trente. Et gare à vous si vous pensiez que vous pouviez mettre la chaussette gauche avant la droite. C’est droite-gauche sinon rien. Méfiez-vous. Je dis ça pour vous.
Alors on créé des routines, on les illustre, on les encadre au masking tape. Les plus chevronnés sortent leur inventivité et leur plastiqueuse, avec petites fenêtres à velcro et couleurs en fonction des saisons. C’est beau comme un aperçu Pinterest, mais infaisable pour mes deux mains. Chez nous, le tableau est dessiné a mano. Il me prend l’équivalent de deux épisodes de Friends from College pour le rendre compréhensible, mais il fonctionne.

Reste que, la routine m’angoisse. Si elle rassure parfaitement ma progéniture adorée, elle me file des hauts le cœur dès 16h sonnées. Le matin, elle se fait discrète. Nous sommes en retard, les gestes sont automatiques, l’esprit n’a guère le temps de faire un autre compte que 7h00+deux brossages de dents, deux leggings, deux pipis et un rappel parce qu’il restait quelques gouttes = train manqué.

Mais le soir… Le décourage me gagne tout à fait juste après le repas. Quand je m’avachis sur une chaise pour la première fois de la soirée, après avoir fait 12 squats durant le souper pour nettoyer chaque chute d’aliments-c’est-pas-ma-faute-maman et 3 lancers de yogourts par-dessus le comptoir. La table is a mess. Le lave-vaisselle doit être vidé avant d’être rechargé. Et la routine me rappelle son insolente mécanique : le bain, les dents, le pipi, le pyjama, l’histoire, les rappels. Avec les maladies de l’automne, elle devient carrément vicieuse, ajoutant son lot d’antibios, de combo hydrasens-crise de nerfs, de crèmes pour peaux sèches, de vicks sur la poitrine et de pschitt sur l’oreiller.

A l’image des routines bien huilées, mes enfants aiment les livres bien usés et les relectures en série. Le Noël de Splat est en tête du top depuis 10 semaines consécutives, détronant ainsi Le Loup qui voulait voir le monde. Du côté de la plus jeune, nous avons une préférence marquée pour les rimes et les animaux. Trois livres sortent ainsi du lot. Trois livres que nous lisons donc chaque soir. Les yeux fermés et la mémoire auditive à son meilleur.

Après vient le temps de débarrasser tout à fait, de préparer les lunchs du lendemain, le souper du prochain soir, de lancer la sécheuse, d’étendre le linge qui a tourné et de nettoyer quelques petites choses pour éviter le grand ménage du samedi matin.

Il est 21h quand on se retrouve sur le canapé du salon. On évoque les finances, les travaux, on s’émeut des expressions de notre plus grande et des progrès de notre cadette, on se partage les infos du monde et les infos de notre petit monde, on commente, on s’étreint, et puis on lance un épisode, un film qui n’ira pas jusqu’au bout, car mon amoureux se sera endormi longtemps avant la fin.

Le secouer doucement. Éteindre la télé. Sortir le chien. Réfrigérer le souper du lendemain désormais refroidi. Improviser sa propre routine. Et puis dormir, avant que tout recommence.

Parfois je dois freiner mon esprit qui galope, ressassant sans cesse (pas facile à dire) les tâches à venir comme une ritournelle infernale. Heureusement, la routine apporte aussi son lot de moments doux, qu’on ne raterait pour rien au monde. Le chemin vers la garderie et les visages que l’on cherche dans la foule d’enfants. Le premier baiser.  La petite main dans la nôtre, en allant vers la voiture. Les mots d’enfants qui se bousculent. Le repas qui attend. Le souper tous ensemble. Le dernier baiser (même si on sait qu’il y aura des rappels). Et le silence, juste après. 

-Lexie Swing- 

La vie par écrans interposés 

Elles ont 13, 14 ans peut-être. Elles rient et font des mimiques. Leurs cheveux sont coupés à la dernière mode, leurs jeans aussi. Quand elles s’élancent depuis les balançoires trop petites pour elles, leurs Converses balaient le sol, se recouvrant d’une fine poussière de sable. Elles sont deux, elles sont adolescentes, elles sont comme toutes les adolescentes amies de ce monde, aussi insouciantes. Mais aussi plus conscientes. En face d’elles, portés comme un étendard, leurs téléphones en miroir. L’heure tourne et la caméra aussi, sans cesse, ininterrompue. Les photos pleuvent, les bouches en cul de poule s’amoncellent sur la pellicule de leurs iPhones aux coques fleuries.Bientôt, elles s’effondrent dans l’herbe, l’une à côté de l’autre. Leurs épaules se touchent mais leurs esprits sont loin. Ils téléchargent sur Instagram et commentent sur Facebook. Ils sont absents du réel, tout entiers absorbés par le virtuel. Et je ne peux m’empêcher de me demander si leurs souvenirs seront différents des nôtres et si leurs rires résonneront encore longtemps dans leur mémoire ou s’ils finiront par tomber dans les oubliettes de Snapchat.

Il y a bien longtemps qu’on ne croise plus le regard des gens, dans la rue. Bien longtemps que l’on est contraint de slalomer sur les trottoirs, un œil vaguement aux aguets et l’autre rivé sur le message que l’on tape frénétiquement. Les conversations téléphoniques des premières années avaient le mérite de garder les regards droits, mais l’Internet à disposition quasi universelle a balayé la conscience du moment.

On n’a jamais autant parlé de pleine conscience que maintenant que nos esprits sont perpétuellement ailleurs, happés par des conversations à cheval sur plusieurs continents et différents fuseaux horaires. On n’a jamais été autant connectés au monde, et déconnectés des autres.

Je n’aurais jamais pensé estimer un jour la beauté d’un coucher de soleil à travers son potentiel Instragam. Ni prendre mes enfants en photos pour le bien d’autre chose que mes souvenirs et mon cœur : pour mon blog. Je n’imaginais pas non plus que mon esprit intégrerait si bien les décalages horaires et ferait fi de l’océan. Ni que les maisons brisées de Saint-Martin voisineraient une critique locale faite à la météo pluvieuse, qui elle-même chevaucherait des photos d’enfants bronzés en rang pour la rentrée, juste à côté du visage éploré d’un jeune garçon Rohingya dont le père allait être exécuté.

Je ne sais plus vraiment quoi penser de notre époque. Nous n’avons jamais été aussi conscients et au courant, et paradoxalement si distanciés. Le cœur du monde occidental s’indigne désormais avec plus de ferveur pour la bague dérobée d’une vieille dame qu’à la vision de cadavres d’enfants migrants noyés en Méditerranée. Les connaissances n’ont jamais été aussi nombreuses et pourtant les jugements n’ont jamais été aussi instinctifs, aussi peu réfléchis, aussi malaisants, abrités derrière l’anonymat de l’Internet et de l’écran.

Internet prend aujourd’hui tellement de place… Dans notre quotidien, au travail, dans les tribunes alors que nous sommes spectateurs de l’activité sportive de notre enfant, au restaurant et jusque dans nos chambres à coucher. Est-ce qu’il n’est pas parfaitement ridicule d’être allongé là, à presser vigoureusement sur l’écran de notre téléphone pour échanger avec des amis au bout du monde, tout en ignorant superbement la personne allongée juste à côté et qui partage notre vie? Combien de fois ai-je tardé à lever les yeux vers mon enfant qui m’appelait parce que mon regard était retenu par un message que je venais de recevoir? Quelles choses ai-je manquées, quelles beautés du paysage ai-je ignorées, parce que mon champ de vision se réduisait à un écran de 4 pouces?

Je fais des in and out. Je pose mon téléphone, l’oublie, me consacre à d’autres choses. La séparation n’est pas si difficile, le manque est celui de l’habitude. Et puis je le récupère, parce que la semaine recommence, le devoir m’appelle, je n’ai plus de livres à lire et dégaine alors la seule occupation quasi quotidienne de ces dernières années : mon téléphone portable. Je lis des choses qui me semblent importantes, sans n’y prêter aucune analyse. J’enregistre, j’oublie aussitôt, je zappe. Les informations se télescopent. Je ne sais plus qui de mes amies ou de la Princess Kate est enceinte. Et cette histoire de maison inondée est-elle arrivée à quelqu’un que je connais? Je commence des phrases par « il y a quelqu’un qui disait que…» en citant de parfaits inconnus. Je sais tout de certains blogueurs outre-Atlantique mais rien de mes voisins.

Je sais que «c’est ça le XXIe siècle». Mais je me demande encore si c’est bien. Et si mes filles y seront heureuses. Sommes-nous vraiment faits, nous humains, pour vivre ainsi d’intangible et de nouvelles jusqu’à l’écoeurement? Je n’ai jamais autant douté.

Et vous?

 

-Lexie Swing-

Comment vendez-vous vos affaires d’occasion?

A l’approche de la rentrée (spirituelle car la garderie et le travail ne connaissent pas vraiment de vacances), nous nous sommes mis à ranger frénétiquement et à sortir tout ce qui ne fait plus : combinaisons d’hiver, manteaux, habits de pluie et affaires diverses. Nous avons aussi entassé pêle-mêle pot, extracteur de jus et jouets. Le but : vendre tout ça durant l’automne.

Outre le fait de faire transiter des affaires en bon état afin de minimiser l’impact écolo de nos anciens achats, il y a une volonté bien plus égoïste. L’argent ainsi récolté ira directement dans la caisse « congés » et devrait nous aider à financer nos futures vacances aux Iles-de-la-Madeleine.

Alors on fait comme tout le monde : quelques photos bien éclairées, différents angles, des textes descriptifs à défaut d’être vraiment accrocheurs, et on publie sur les endroits qui nous paraissent pertinents, comme Kijiji et les groupes Facebook. Reste que, l’hameçon tarde souvent à mordre. Je reçois des messages intéressés parfois des mois après la mise en ligne. Et j’aimerais ça, moi, que les combinaisons d’hiver s’écoulent dès maintenant et que les robots de cuisine inutilisés ne restent pas à prendre la poussière dans ma (nouvelle) cuisine.

Pourtant, je vois de tous côtés des gens, des collègues, des amis, qui vendent. Je vois des personnes afficher des annonces et recueillir de nombreux commentaires. J’entends parler de lots de vêtements vendus en quelques clics.

Il est vrai que nous vendons peu, et certainement pas ce qui est le plus recherché. Lorsque nous vendrons notre glissade à l’aube de l’été, je n’ai nul doute qu’elle recueillera quelques suffrages. Et si je me décidais à mettre en vente nos affaires Souris Mini presque intactes, j’aurais sûrement quelques pouces approbateurs. Mais je n’y arrive pas. Ces affaires-là me sont précieuses. J’en ai rangé quelques-unes dans la boîte dédiée aux affaires à conserver, celles que mes filles et moi pourront ressortir plus tard et flatter de la main en regardant les photos. J’en ai surtout données beaucoup. A notre ostéo, dont la fille est née un an après Tempête, aux filles de nos amis, venues quelque temps plus tard… Redonner au suivant, en espérant que les vêtements chéris continuent à faire briller quelques photographies.

Il en est de même pour les livres et les CD. Nous en avons emmenés peu, mais je ne pourrais me départir d’aucun. J’aime tous mes livres. Je ne suis pas matérialiste pour deux sous, mais les livres sont bien plus pour moi qu’une simple histoire. Ils sont un objet merveilleux, une décoration, une invitation. J’aime les faire vivre, les prêter, mais les vendre jamais.

En récupérer par contre oui! Ainsi suis-je revenue ce printemps d’un troc auquel j’avais emmené une flopée de vêtements avec une quantité équivalente de livres de seconde main. Le bonheur!

Enfin bref, les vacances n’attendent pas! Pouvez-vous me donner vos bonnes adresses, vos techniques infaillibles ? Vendez-vous vite? Et sur quoi? Est-ce que vous vendez de tout, ou avez-vous des choses dont vous ne voulez surtout pas vous départir? Racontez-moi!

-Lexie Swing-

 

Apprendre la propreté : expériences et conseils

Il y a quelques semaines, alors qu’elle venait de fêter ses 23 mois, nous avons retiré les couches de Tempête pour lui mettre des « culoc » taille 2 ans. C’était le deuxième essai que nous faisions. Le premier datait de deux semaines auparavant et s’était soldé par deux accidents pipis dans la matinée. Inutile d’insister, avions-nous alors jugé. Mais le nouvel essai, à 23 mois, fut le bon. Miss Swing, elle, était propre à 21 mois. Mes filles ont été propres tôt ? Certainement ! Rapidement ? Pas vraiment non.

Depuis que je suis maman, j’ai lu beaucoup de choses sur la propreté. Les principales idées étaient qu’il fallait aller au rythme de l’enfant, et attendre qu’il soit prêt. À côté de cela, des parents ont fait le choix de ne jamais mettre de couches et d’apprendre à repérer les signes annonciateurs d’une envie d’aller faire pipi ou à la selle. Soit. Mais moi je suis plutôt un parent lambda.

J’avais surtout gardé en tête la pression exercée sur les tout-petits, en France, pour qu’ils soient propres avant l’entrée en maternelle, à 3 ans. Coincés entre les recommandations des médecins et les obligations de l’école, les parents se retrouvaient l’été précédent la rentrée, armés de lingettes, pots, adaptateurs et serpillères, avec un objectif précis à obtenir sur un délai court.

Très peu pour moi! Moi, comme mère, je suis longue à la détente. Je suis comme les enfants, j’ai besoin d’adaptation. Alors j’ai voulu prendre mon temps.

Comment on a fait : Quand nous étions enfants, il était plutôt courant d’être mis sur le pot très tôt, à partir de moment où l’enfant savait s’asseoir. Le prix des couches, les langes à laver pour ceux qui en utilisaient, faisaient certainement partie des motivations principales. De notre côté, nos deux filles ont commencé à découvrir le pot à 15 mois. Il trônait là, dans la salle de bains. Au début, elles s’y asseyaient si elles en avaient l’envie. Vers 16-17 mois, on a commencé à leur proposer tous les soirs, puis tous les matins aussi. A 18 mois, elles faisaient systématiquement des pipis lorsqu’elles s’asseyaient. Très vite  ont suivi les selles. Vers 19-20 mois, nous avons demandé un relais à la garderie, afin qu’elles prennent l’habitude de nouvelles toilettes. A 21 mois, B. était propre. À 22 mois, parce qu’elle demandait désormais systématiquement à aller à la toilette, nous avons mis des culottes à Tempête. Ce fut un échec, sur lequel nous ne nous sommes pas appesantis. Nous avons recommencé trois jours après ses 23 mois, avec succès. 

Quelques conseils : Mes filles ont été propres tôt, c’est un fait. Mais ce n’est pas le cas de tous les enfants, chacun son rythme! Certains s’assoient avec plaisir sur le pot, d’autres ne jurent que par l’adaptateur et d’autres ne voudront juste pas en entendre parler au début. Le seul conseil qui prévaut, selon moi, est de prendre son temps et de faire les choses avec un peu de constance.

Bien qu’il s’agisse d’une façon de faire très usitée, je n’aime pas l’idée de se donner un temps déterminé pour « réussir ». Une semaine en été, on enlève les couches et on fait découvrir le pot, je trouve ça un peu intense. Si la machine est déjà bien enclenchée, que le pot a été intégré à une routine, il y a de fortes chances de succès. Mais si le pot est une totale découverte et que l’on n’a jamais tenté de faire repérer à l’enfant ses envies de pipi et de selles, bonjour la galère, sans parler du possible refus de l’enfant, de l’opposition qui surgit souvent à cet âge, etc. Faites-moi confiance, le temps est un allié précieux.

Trouvez un pot confortable, quelques livres plaisants sur le sujet (oubliez Petit Ours et son trip « je mange sur le pot pis j’amène mon précieux à Maman en le transportant jusqu’au bout de l’appartement ») et en voiture Simone! Donnez-vous du temps, ne vous comparez à personne et surtout ne vous mettez pas la pression. Ainsi vous n’en mettrez pas non plus à votre enfant. On devient tous propres un jour ou l’autre, et votre enfant découvrira bientôt qu’une culotte ou un slip propre offre plus de confort ou de liberté qu’une grosse couche souillée.

Et si c’est un cadet, faites jouer à votre aîné le rôle d’exemple! Rien n’a été plus efficace que d’inciter E. à imiter sa soeur. Elle voulait tout faire comme elle : manger sur une vraie chaise, boire dans un vrai verre, faire du vélo. Les toilettes en sont un autre exemple, et le pot, que sa soeur n’utilise plus depuis longtemps, a d’ailleurs été relégué dans le garde-robe, au profit d’un pipi en équilibre sur le bord de la cuvette, une compétence acquise bien plus tard pour Miss Swing qui adorait le confort du pot et de l’adaptateur.

Bons produits/achats : Un gros pot confortable et facile à nettoyer (Babybjorn represent!), un adaptateur tout aussi confortable, et un adaptateur de voyage (parfois le seul moyen pour que l’enfant se décide à faire ailleurs que chez lui). Une protection de toilettes jetable comme celle d’Oxybul ou un Potty Cover, et un gel nettoyant pour les mains seront aussi parfaitement utiles. Mon amie m’a également prêtée une protection imperméable de siège auto, un peu comme celle-ci, qui nous enlève du stress quand on fait de longs voyages en voiture.

Et vous, quelle est votre expérience avec la propreté? Et vos produits phares?

-Lexie Swing-

Immigrer au Canada en dix questions 

Il y a quelques jours, je fêtais mon 4e anniversaire au Québec en surveillant la mouette qui lorgnait sur ma quiche aux champignons. Elle et moi marchions le long du quai, à l’extrémité du Parc Jean-Drapeau, et je faisais face à la skyline de Montréal, comme 7 ans auparavant, lors de nos premières vacances. Cette immigration et les questions qui s’y rattachent feront, je pense, toujours partie de nos vies. J’ai pour preuve cette connaissance, Française immigrée au Québec depuis 25 ans, à qui l’on pose tous les jours une question en rapport. L’accent fait toujours office d’allumette au feu des questionnements.

Je ne suis pas contre. Les questions sont généralement bienveillantes. Mais d’autres, peut-être, se les posent aussi. Voici dix questions que l’on me pose souvent, une fois mon accent identifié. Pas les dix d’un coup, il n’y a guère que moi qui sois capable de noyer quelqu’un sous un tel flot en l’espace de quelques minutes (#monfreremappellelaGestapo).

1) Mais… pourquoi?

C’est peut-être la question la moins facile. Pourquoi es-tu là? Ton pays est si beau, on y mange si bien, tu as la Sécu, qu’es-tu venue faire ici?

En fait, il y a huit ans, nous avions envie d’aventures. J’avais vécu en Irlande, mon chum avait vécu en Suisse, être étrangers quelque part était une façon de vivre qui nous séduisait. Nous pensions demander un PVT et puis certaines circonstances nous ont contraints à repousser le projet. Un an plus tard, nous nous envolions pour des vacances méritées au Canada. Le coup de foudre! Nous avons réfléchi au projet… jusqu’en 2011! En septembre, j’ai obtenu un contrat de deux ans au fin fond de la France, seul moyen pour décrocher un boulot dans ma branche. Mon chum, lui, commença bientôt à conjuguer boulot alimentaire et job de passion indépendante. Deux ans de contrat, deux ans parfait pour donner le coup d’envoi au projet «Résidence Permanente – Destination Québec». Ce qui nous poussait : l’envie d’ailleurs toujours, doublée d’une difficulté à trouver un travail dans nos branches (Paris exclu) et un climat social délétère (ce serait bientôt la Manif pour tous, rappelez-vous). Quelques problèmes de carte bancaire, de CSQ perdu par la poste et un bébé plus tard, le sésame a été délivré un matin de juillet. Le 25 août 2013, je m’envolais pour le Québec avec Air Transat, mon bébé arrimé dans le dos et mon chien enfermé dans une caisse immense.

2) C’est pas difficile de tout recommencer?

Si! Mais on est porté par l’euphorie du projet. Cependant, je n’aurais pas le goût de recommencer là, maintenant. J’admire pour ça les gens qui immigrent de nouveau dans un autre pays, ou bien qui retournent en France, car la simple pensée de devoir recommencer des démarches entières ou de refaire des cartons me donne de l’urticaire. Mais quand on part, la première fois, c’est magnifique : on fait le tri dans sa vie, dans ses choses, on fait le point sur son existence, on abandonne des gens, des affaires précieuses, des lieux chargés de mémoire, mais on se sent libres comme jamais auparavant. On écrit un nouveau chapitre, et même un nouveau tome. C’est exaltant, magique… Le genre d’émotions qu’on devrait tous pouvoir vivre une fois dans sa vie.

3) La France ne te manque pas?

Non. Enfin si. Mais pas ce que tu crois. Ma famille me manque, mes amis me manquent. La nourriture non, les paysages pas tant. Le plus difficile pour moi est de ne pas pouvoir être dans la spontanéité avec mes proches. Plus question de faire la surprise à mon père de le retrouver pour un lunch le jour de son anniversaire, plus de café «je prends ma pause je reviens dans cinq (20) minutes» avec ma mère, à côté de mon boulot, plus beaucoup d’amis qui passent dans le coin et restent pour souper. Impossible d’accorder plus de trois heures à nos amis lors de nos retours en France et l’essentiel doit être dit dans ce laps de temps. Ils me manquent, c’est évident. C’est triste, tout un pan de vie laissé derrière soi. Mais je ne pourrais revenir en arrière. La vie gagnée ici est une véritable pierre précieuse, une émeraude magnifique. Elle est un peu croche à cause de mes proches qui me manquent, mais elle luit de mille feux.

4) Tu as eu un bébé en France, l’autre au Québec, tu as préféré quoi?

Voyons voir… J’ai adoré, en France, être suivie par une sage-femme, et mon accouchement à Toulouse, à Estaing, était au-delà de toutes mes espérances. J’avais détesté par contre mon début de suivi avec une gynéco et j’ai trouvé le temps long – 4 jours – à l’hôpital. Mon suivi au Québec était moindre. J’ai fait trois échos, même si une seulement était obligatoire. Et j’ai trouvé la deuxième écho expéditive. Si je n’avais pas eu d’autres échos, et si en plus ça avait été mon premier bébé, je pense que j’aurais été affreusement déçue. J’ai beaucoup aimé mon accouchement, la gentillesse du personnel malgré la taille de l’hôpital, la sympathie du médecin. J’ai adoré pouvoir sortir au bout de 36h.

5) C’est quoi ton plat préféré au Canada/ tu me conseilles quoi?

La tarte au sucre et le pouding chômeur. Je ne suis pas une grande fan du sirop d’érable. J’aime, j’adore dans les vinaigrettes même, mais je n’en mets jamais sur les crêpes par exemple. Mais alors le sucre à la crème et autres préparations du genre… C’est bien simple : j’ai goûté une fois les mini-tartelettes au sucre d’un endroit proche de mon ancien boulot… et j’y suis retournée tous les jours, à la saison des sucres suivante, pour savoir quand ils allaient se décider enfin à en refaire! (C’est mon petit côté harceleuse qui ressort… ou la dépendance au sucre)

6) Mais comment t’as fait pour amener ton énorme chien?

Rien de plus simple! Je l’ai fait vacciner, y compris contre la rage. J’ai acheté une cage aux normes IATA, assez grande pour qu’il puisse se tourner. Je l’ai mis dedans (mais seulement une fois à l’aéroport). Je l’ai donné au gentil monsieur qui l’a déposé sur le tapis roulant. Je l’ai retrouvé 7h plus tard la queue entre les pattes, au milieu des bagages hors-dimension et je l’ai chargé comme j’ai pu sur un chariot. J’ai payé une taxe de 30 dollars environ pour son arrivée, si ma mémoire est bonne, et il a pu entrer au Canada. Le plus difficile a été de trouver un appartement qui acceptait les chiens (mais pas si difficile dans certains quartiers comme NDG).

7) Comment sont vus les enfants au Québec?

Ils sont les rois! Ils ont généralement des sets à colorier au resto, et des crayons à disposition. Il y a des tables à langer dans de nombreux toilettes de restaurants, parfois côté homme et côté femme, parfois en mixte, dans les toilettes pour personnes handicapées. Il y a beaucoup d’initiatives à leur attention dans les villes, des spectacles, des activités. Je ne peux pas encore parler de l’école mais j’ai le sentiment qu’ils sont globalement acceptés dans leur individualité. Il n’est pas rare d’être arrêté dans la rue par quelqu’un qui veut te parler de tes enfants, parler à tes enfants, te donner un coup de main avec tes enfants (porter ta poussette dans l’escalier). Il fait bon être un enfant au Canada (et être un parent aussi, de fait).

8) Tu rentres tous les combien, en France?

Deux ans environ. On est rentré tous les 12 à 18 mois, mais notre prochain retour se fera seulement dans deux ans. Rentrer correspond à un budget vacances normal, et nous avons envie d’allouer ce budget à d’autres destinations que la France, maintenant que les filles grandissent. Notre prochaine destination devrait donc être les Îles-de-la-Madeleine, l’été prochain.

9) C’est pas difficile de se faire soigner au Québec? La Sécu ne te manque pas?

Avec les années, on oublie un peu ce qu’il est possible de faire ou non en France, notamment au niveau de la Sécurité sociale. La prise en charge y est meilleure, voir certains spécialistes est plus rapide et les hôpitaux, pour certaines choses, sont plus rassurants. Le temps d’attente aux urgences est également moins long, je crois. Mais, sans comparer, voici ce que je peux dire : nous avons eu un médecin de famille très tôt après notre arrivée au Québec, ce qui est plutôt rare. C’est le même médecin que mes filles, et elle s’est proposée pour nous prendre en plus de nos filles. Les enfants trouvent généralement très facilement un médecin, et ils sont prioritaires en bas de 5 ans.

Nous avons fait une demande pour changer de médecin car depuis notre déménagement, nous sommes à une distance trop importante pour nous y rendre. Heureusement, elle nous donne parfois des conseils par courriel, mais nous avons sauté beaucoup de rendez-vous de suivi de notre fille en raison de cet éloignement. Nous sommes désormais sur les listes du Guichet d’accès pour la clientèle orpheline.

Lorsque nous sommes malades, nous allons au «sans rendez-vous». A Montréal, il est courant de se présenter puis d’attendre pour voir le médecin, mais sur la Rive-Sud, la politique est plutôt d’appeler la veille au soir et de réserver une place pour le lendemain matin.

Côté urgences, le service est bon au Children’s pour les enfants. On y est allé 5 fois je crois en 4 ans. Les cas urgents ont été pris de suite et très bien soignés. Pour nous adultes, c’est plus compliqué. Nous avons renoncé une fois car le temps d’attente était trop important. Par contre, une autre fois, mon conjoint a été pris rapidement après que le médecin du sans rendez-vous a appelé l’hôpital pour prévenir de l’urgence de la situation… Il y a du bon, comme du mauvais. Le système aura besoin d’être amélioré, c’est certain. Mais en tant que nouvel arrivant, l’important est surtout d’arriver à le décoder. Repérer quelques adresses, glaner des noms de médecins, afin de s’enlever ce stress particulier qu’est une santé mal encadrée.

10) Pis tu vas rester?

Oui, c’est le plan A. Ce n’est pas gravé dans le marbre, aucune trace indélébile, mais cœurs et raisons nous donnent le goût de rester. Nous sommes heureux, la vie se construit, nos enfants grandissent ici, ils ont de bonnes perspectives d’avenir et avec un peu de chance, nous pourrions obtenir la citoyenneté en 2018 ou 2019. Ma personnalité fait que, à chaque nouvel appartement, maison et ville où nous avons vécus, je m’empressais de parler de la prochaine destination, je ne défaisais jamais vraiment les cartons. Lorsque je suis arrivée au Québec, j’ai su très vite que je ne voulais plus repartir. Et mon envie s’est encore plus concrétisée quand nous avons emménagé à Saint-Bruno. J’aime où je suis, ce que je vis. Je ne voudrais plus bouger d’un iota.

 

– Lexie Swing –

Le voisin pénible

On a tous un voisin pénible. J’ai toujours été étonnée par cette constante. Lancez le sujet à un souper de groupe et vous serez étonné par les histoires qui ne manqueront pas de fuser. Même le plus reclus de la gang, celui qui vit dans un château ceint de barbelés, aura une bonne joke à raconter au sujet de son plus proche voisin (1000 kilomètres) qui l’aurait attaqué en justice parce qu’une noix du seul arbre de la propriété serait tombée de son côté de la clôture sous l’effet d’une brise légère et versatile venue du nord-est-est.
Bref, on a tous un voisin pénible. Parfois il est très proche, la porte à côté. Parfois au-dessus (et il a des enfants qui font des claquettes à 5 heures du matin le dimanche). Parfois en dessous (et il a un ado qui écoute du gangsta rap sur son home cinéma à 2 heures du matin en semaine). Et parfois il est à quelques maisons de là, légèrement en diagonale, et il emmerde le monde avec : sa moto, sa tondeuse à des heures indues, son arrosage qui arrose tout le voisinage sauf sa cour, son chien qui aboie sans discontinuer hiver comme été, ses partys à toute heure de la nuit, son goût immodéré pour les attaques en justice diverses et variées (rayez la mention inutile) (ou déménagez).

Et aussi fou que cela puisse paraître, il y a rarement deux voisins pénibles. C’est comme si la rue ou l’immeuble devait attribuer le rôle à quelqu’un. De notre côté, alors que nous vivions dans un bloc de trois étages, nous avons eu quelque temps des voisins bruyants-avec-chien-aboyeur. Le plancher était fin comme du papier à cigarette et notre patience s’est rapidement réduite à la même épaisseur. Le bloc a été vendu et de nouveaux locataires ont pris la place. Home cinéma dans le salon, souliers en liberté anarchique dans l’escalier, cris dans le couloir et engueulades récurrentes ont eu raison de notre raison, justement. Lorsque le chien épeuré s’est retrouvé à dormir toutes les nuits sur le tapis de la salle de bains, tremblant et gémissant, nous avons recontacté notre ami agent immobilier et pris la poudre d’escampette. Direction la banlieue, ses maisons individuelles et leur éloignement.

Le voisin pénible a rapidement été identifié. Il avait comme tout l’kit : le chien jappant jour et nuit, les enfants adolescents et leur gang du secondaire, pétaradant bien après le crépuscule sur leurs scooters débridés, une fascination intrigante pour le gazon fraîchement coupé, des partys d’été étirées jusqu’à tard dans la nuit, des partys d’hiver toute vitre ouverte et un goût immodéré pour le rock alternatif, ainsi que l’habituel caractère acariâtre, toujours vendu en bonus avec ce genre de personnages.

La rue est sa rue. Il l’habite pleinement, complètement, faisant fi des regards courroucés et de la gêne occasionnée. Il ignore les bonjours avec un manque de savoir-vivre proche de l’insulte, et gueule volontiers sur son chien/ses enfants/sa femme, tel un petit exercice quotidien pour bien se mettre en jambes.

Depuis peu, il refait sa maison. Les enfants ont grandi, les lots sont petits, le chalet n’attend plus… Partira-t-il? Nous croisons les doigts!

Et chez vous, à qui la loterie de la rue a-t-elle attribuée le rôle du voisin pénible.

Et si c’était vous, le voisin pénible?

-Lexie Swing-

Photo : Drina, Serbie. La maison serait une cabane construite par un groupe de jeunes à la fin des années 60.