On rêve son enfant astronaute, médecin, professeur. On l’imagine en couple, et puis parent. On le voit entouré. On le dessine heureux.
Quand on est parent, et pour peu que l’on ait un peu d’imagination, on s’invente volontiers toutes sortes d’histoires heureuses autour de nos enfants, des milliers de premières fois. On joue la scène à une seule voix, faute de connaître la leur, celle qu’ils auront plus tard, leur caractère, notre relation.
Elle sera la sportive, il sera l’artiste de la famille, elle aura toujours eu du goût pour la musique, il aura toujours aimé les sciences… On essaie de dresser un portrait, volontiers discordant. Qui sait ce que ce trublion en couche-culotte sera capable de faire avec deux chiffres et un crayon? Qui me dit que la finesse du trait de son bonhomme patate augure d’une artiste en devenir ? Que son goût pour la nourriture fera d’elle une cuisinière hors-pair?
Ce matin, les yeux mi-clos sous le soleil de printemps (une denrée rare ces jours-ci!) je les imaginais dans un des plus beaux rôles que la vie nous donne : celui de l’amoureux. Une porte qui s’ouvre, une main tendue, une autre qui s’agrippe à celle de ma fille. « Maman, je te présente… »
Il est brun, grande stature, sourire poli.
J’ouvre mon champ des possibles.
Elle est blonde, petite, yeux de biche.
Je tourne encore quelques clés.
Il est noir. Elle porte un voile.
J’ai poussé la porte. Je passe tout en revue. Il, elle, petit, grande, africain, asiatique, arabe, caucasien, religions diverses, origines diverses, gros, maigre, poilu, trapu, whatever.
Je me confronte aux possibles.
Je suis mauvaise en surprise. Les bonnes, comme les mauvaises. Je ne sais pas les accueillir. Je ne sais pas comment dealer avec. Je manque de spontanéité.
Mais il y a des situations où un « euh » et un regard fuyant ne passeront pas. Quand on a 15 ou 20 ans, qu’on a une belle relation avec ses parents, on veut l’approbation toute entière. Là tout de suite maintenant. Pas dans 5 ans, après des années de cris, de froid et d’hostilité. On veut lire la fierté, on veut lire l’amour, on veut l’absolution et la confirmation.
Je m’ouvre aux possibles car la grandeur de l’amour et les sentiments de mes filles sont les seules choses qui m’importent. Le visage de l’amour n’a aucune importance. Ou plutôt il en a mille: la grandeur de son sourire, le pétillant de ses yeux, la justesse de son humour, la bienveillance de ses propos. Je veux pouvoir m’attarder à mes essentiels, en faisant fi du superflu.
Alors pour ça comme pour le reste je me prépare, je réfléchis. Je ne veux pas mes belles paroles rester lettres mortes. Je ne veux pas du « partout mais pas chez moi ». Je veux que ce soit une possibilité. Des tas de possibilités. Je voudrais que dans leur bouche rien ne sonne comme une révélation, à notre égard. Je voudrais que ce soit une évidence. Que la simplicité prenne le pas sur la justification et sur les étiquettes. Qu’elles puissent me présenter leur « blonde » sans apposer d’étiquette à qui elles sont ou à leur relation. Qu’elles puissent me présenter un homme de confession musulmane sans s’excuser « il n’est pas pratiquant ». Je ne veux pas d’excuses. Je ne veux pas de cases, je déteste les cases. Elles seront et sont déjà bien trop plurielles pour être estampillées d’un label particulier et rangées dans une étagère. Au même titre qu’être artiste n’exclut pas d’être scientifique, qu’être littéraire n’empêche pas d’adorer les maths, qu’être une femme ne donne pas forcément l’envie d’être mère et qu’aucun homme ne vient au monde avec le petit manuel du bon plantage de clous.
Il n’y a que des préférences, des apprentissages et des expériences, ce sont les seules choses qui nous dessinent et nous définissent.
Mon point de résistance : l’âge. Un homme ou une femme (bien) plus âgé(e), plus proche de mon âge que du leur. Voilà un élément qui bloque dans mon imaginaire.
Qu’à cela ne tienne, j’ai dix ans pour travailler dessus !
-Lexie Swing-











