Le joli tipi de « Sur le fil »

tente wigwamUne cabane dans les arbres, une maisonnette dans le jardin, une cachette dans le sous-sol… Je pense que tous les enfants du monde rêvent d’un petit coin à eux. Pour ma part, j’ai fantasmé fort longtemps, petite fille, sur la perspective d’avoir une maison pour enfants. Je salivais devant les mini-demeures, rangées dans un recoin de la jardinerie, sans savoir qu’il s’agissait d’abri de jardin.

J’en ai un, maintenant, d’abri de jardin, et c’est pas pantoute cosy, entre les araignées pis la rare lumière du jour.

Reste que, après avoir hésité entre un coffre à jouets et un cheval à bascule, c’est finalement une cachette que nous avons choisie pour Tempête, pour l’anniversaire de sa première année (+ 10 mois, on est du genre indécis). 

Un tipi. Un merveilleux, somptueux tipi. 

Je l’ai vu s’afficher un jour sur le profil d’une amie. Un tipi fait main pour le petit garçon qui les rejoindra bientôt. Il était parfait! Un abri idéal, un élément déco adorable.

Alors j’ai contacté la créatrice, Valérie, pour connaître la démarche. J’ai donné mes préférences de coloris, elle m’a proposé des tissus. J’ai hésité parce que je voulais qu’ils soient bien coordonnés. Elle m’est venue en aide et m’a conseillée. Nous avons opté pour un coussin de sol, Valérie a sélectionné les motifs adaptés. Choix, approbation, paiement des tissus et du travail, et attente avec de belles images en tête.

tente wigwamMais aucune image n’était aussi jolie que le travail que j’ai eu sous les yeux le jour où B. et moi avons fait la route jusqu’à Mascouche. Il était là, dressé au milieu du salon. Avec ses plumes et son tapis motif écorce. Sa cabane, son refuge. Valérie y avait inclus une poche du même motif que les rabats et nous a offert un toutou tout doux, juste comme ça.

Ça a pris un instant pour le plier, un autre à peine pour le faire glisser dans l’auto. Maintenant il est là, dans sa chambre. Il trône fièrement, rempli de peluches et de coussins en tout genre. Les rabats sont souvent fermés. Tempête y tient des conciliabules secrets, avec sa sœur et ses toutous. Un monde s’invente là, entre 5 pieds et plusieurs morceaux de beaux tissus. 

Comment ça fonctionne? On prend contact avec Valérie, elle vous explique quels choix s’offrent à vous, quelle est la taille du tipi, de quelle façon il est possible de le personnaliser, etc. Vous vous accordez sur des choix de tissus, Valérie le confectionne et elle vous envoie des photos de votre tipi une fois créé! Ensuite, plusieurs possibilités : vous venez rencontrer Valérie directement chez elle à Mascouche et vous récupérez votre tipi, vous vous mettez d’accord avec la créatrice pour qu’elle vous le porte car vous habitez dans les environs, ou vous utilisez une livraison traditionnelle (UPS, …).

tente wigwamCombien ça coûte? Toutes les options sont possibles et le prix diffère en fonction des choix que vous faites. Notre tipi, tel que vous le voyez sur les photos, avec tapis de sol, nous a coûté 187 dollars tout compris.

Et si je ne veux pas de tipi? Allez quand même faire un tour sur la page Facebook de Sur le fil! Cette créatrice aux doigts de fée fait de multiples choses : toutou personnalisé,  couverture, bavoirs, courtepointe,  guirlande de fanions…, et elle est ouverte aux suggestions!

-Lexie Swing-

Crédit photo : Lexie Swing

Dormir 6 heures par nuit (et survivre)

Veille sur toiL’application censée me tenir en forme est formelle : je dors trop peu la nuit. Aujourd’hui, elle m’a carrément fait la leçon : il faut dormir 7 à 10h par nuit sans quoi les batteries s’épuisent plus vite. Je schématise mais c’était le propos. Elle me fait même perdre des points, parce que jour après jour, je m’entête à rentrer le chiffre 6 dans mon compte d’heures dormies.

Eteignez votre cellulaire. Gardez votre chambre fraîche. Réservez votre lit au sommeil et au sexe. Couchez-vous à heures fixes. Elle égrénait les conseils. « Vendez vos enfants ». Voilà ce qu’elle n’a pas dit. Mes enfants sont le meilleur Redbull au monde. A peine l’oeil fermé (le mien), elles se mettent à geindre. Avec une ponctualité confondante. Pas tous les soirs à 11 heures, non. Tous les soirs, 11 minutes précises après que j’ai fermé les yeux.

C’est un art, de la virtuosité à l’état pur. Mieux : c’est une représentation collective. Point de solo, point de violon de tête. Un duo parfait, l’accord piano-voix en démesure majeure. La petite, d’abord. Puis la grande, une heure plus tard. Puis le duo, l’explosion finale. L’apothéose. A 3 heures du matin. Pour une couette mal mise ou une sucette tombée. J’applaudirais si mes mains parvenaient à se rencontrer à cette heure, mais mes yeux clos m’en empêchent.

C’est ainsi que, il y a deux nuits de ça, j’ai désigné la salle de bains à ma fille qui voulait faire pipi à deux heures du matin. « Vas-y chérie ». Sa voix trahissait son doute. « Dans le salon maman? » J’avais les deux yeux encore bien fermés, malgré mon esprit parfaitement clair. Pipi il fallait faire, essuyer l’enfant même j’allais.

Cependant, une nuit sur trois environ, les nuits sont bonnes, complètes, parfaites. Pas de cauchemar, pas d’envie pressante, pas de sucette chue sur le parquet de la chambre. Je coche alors « nuit de qualité » et mon application ronronne de contentement.

Le chiffre 6, lui, reste immuable. Et j’ai longtemps stressé de ce 6 à venir. Rangeant l’épicerie après les courses du soir, jetant assiettes et couverts (ustensiles) dans le lave-vaisselle, pliant le linge familial, l’oeil sur l’horloge et le coeur se serrant. Je n’atteindrais pas le chiffre 7. Pas encore cette fois, pas encore cette nuit.

Et puis je me suis rendue compte. A force d’entendre « je ne sais pas comment vous faites vous les parents qui dormez si peu », à force de prétendre que j’allais dormir debout et d’assurer au boulot, à force de sentir l’adrénaline coulée dans mes veines la douche du matin à peine terminée, j’ai compris que oui, ça allait aller. 6 c’est peu, mais pour le moment c’est assez. J’ai arrêté de stresser et de culpabiliser devant l’heure qui tournait. On peut fonctionner ainsi, on peut avancer, on peut assurer.

Pas pour longtemps, pas pour toujours, même si ça prend quelques nuits ponctuelles de rattrapage où l’on confie cauchemars et pipis nocturnes au bon soin de l’autre parent pour se carapater sur le canapé du salon.

On est capable.

On dormira quand ils seront partis de la maison.

-Lexie Swing-

Crédit photo : Lexie Swing. Veilleuse : Veille sur toi

« J’ai changé de job » : 6 mois déjà!

Il y a six mois je vous annonçais mon grand changement de l’année 2016 (in extremis) : je changeais de job. De journaliste, métier visé depuis l’adolescence, je suis devenue… Je suis devenue quoi au fait?

Je suis devenue coordonnatrice. Ce qui est cool, avec un titre pareil, c’est qu’il veut tout dire. On lui accole toutes les prérogatives, et toutes les possibilités. Il y a des adjointes administratives qui sont des coordonnatrices, il y a des gestionnaires qui ont des titres de coordonnatrices. Et moi… et bien moi je suis un peu au milieu de tout ça. J’ai un poste pivot, un poste transit, je fais de l’administratif, j’ai une responsable à laquelle je me réfère, je coordonne de l’événementiel et soumet mes recherches à des comités. Je suis les discussions en témoin discret, en CC dans les courriels, en adjointe de réunion. Je documente, je garde, je garde tout. Dans un coin dans ma tête, dans mes cartables/classeurs par milliers. Je synthétise des informations, je dresse des bilans, j’accueille des gens, je pose des questions et anime en duo des tables rondes.

Je suis un membre d’équipe, ce que j’ai toujours ardemment souhaité. Je suis un personnage de l’ombre, comme je l’ai longtemps voulu. Je suis une personne référence, et ça me donne un petit quelque chose au quotidien.

Cela fait six mois. Pas une journée n’a été la même, pas une semaine n’a ressemblé à une autre. Je mesure aussi ma chance. Ce changement, sans expérience. Cette confiance, basée sur mes seules compétences et ma seule envie, n’aurait pas été possible ailleurs, en tout cas pas si facilement. Je suis venue au Canada aussi pour ça, et je suis rassurée de savoir que l’oasis au loin n’était pas qu’un mirage.

Je suis enfin revenue sur mes rails.

-Lexie Swing-

Enfants : les p’tites boutiques de la Rive-Sud

On est bien chanceux sur la Rive-Sud : la Montérégie regorge de belles adresses de boutiques pour enfants indépendantes. Certaines ont les verres Pat’Patrouille dernier cri, d’autres s’orientent plutôt vers l’écolo et le bio, quand des troisièmes ont à cœur de faire découvrir les créateurs québécois, du genre que l’on trouve sur Etsy. Petite liste non exhaustive. Lire la suite →

Le petit potager pour les nuls

Ça ne pouvait pas louper : ma tendance BoBo écolo-bio m’a fait déboucher sur la construction d’un potager en carré. Associée à l’incontournable argument « mais siii, ça fera tellement plaisir aux enfants », la plantation de légumes home-grown a eu lieu.

Nous avons Youtubé (du verbe Youtuber, regarder sur Youtube) toutes les informations nécessaires : construction du potager, plantation des légumes, taillage des plants… le tout en mode « mute », tant les digressions et autres fautes de langage sont parfois insupportables.

Rapidement, cependant, sont venues les premières questions : quoi planter? Et combien? Directement en plants? Et ça s’arrose beaucoup?

Vous qui connaissez bien la terre ou possédez votre propre potager depuis longtemps, je sais que vous riez. Mais sachez que c’est exactement le genre de questions que j’ai posées à Hélène et Célia (et elles m’ont répondu très sérieusement!).

Quand j’étais enfant, mes grands-parents possédaient une fermette, à laquelle nous nous rendions les fins de semaine et pendant certaines vacances. Cahin-caha sur les chemins (« tu nous secoues comme des salades », riait alors ma grand-mère), nous allions cueillir les légumes fraîchement poussés. Les rares images que mon esprit a conservées sont celles des haricots qui tanguaient dans la chaudière (le seau) de ma grand-mère.

Pourtant, aujourd’hui, je suis obligée de googler « comment savoir qu’un haricot est mûr ».

Sérieux? Oui, sérieux… Je ne sais pas à quoi sont censés ressembler mes radis une fois prêts à cueillir, ni quand mes poivrons verts vont devenir rouges . Je me pose de vraies questions, ça me remet à ma place d’humain complètement déconnectée de la terre mère, et c’est un peu navrant.

Alors voilà, j’ai un potager. Il fait 1m20 par 1m20, les planches sont en bois non traité, et ça m’a pris deux allers-retours à Home Dépôt pour le remplir jusqu’en haut. Dedans, il y a des petites graines bios des Jardins de l’Ecoumène, commandées en ligne (je recommande, leur choix est incroyable) et des plants issus du Marché Longueuil. Il y a des tomates jujubes (c’est vraiment leur nom), un plant de fraises, des haricots verts, des radis français, des poivrons, des courgettes et pas mal d’herbes aromatiques. A date, on a mangé une fraise, et un écureuil a volé la deuxième. C’est une maigre récolte, mais je suis patiente, je finirai par apprendre. En attendant, les filles ont chacune leur « carré » dédié, dans lequel elles ont planté des radis, des haricots et de la ciboulette. Tempête en a déjà déterré une partie et l’écureuil s’est chargé du reste. Mais les radis résistent…

-Lexie Swing-, qui, entre autres choses, peine à différencier herbes aromatiques et mauvaises herbes

Crédit photo : Lexie Swing

EDIT (dix jours plus tard) : nous avons mangé 8 radis et c’est vraiment le fun de dire aux petites « regarde c’est le radis qui vient de la graine que tu as toi-même – sauvagement et en déterrant ce qu’il y avait autour – planté ». Les premières tomates apparaissent également. Par contre j’ignore toujours si les haricots sont dus et je n’ai aucune espèce d’idée par quel bout sont censées pousser les courgettes… Mais on tient le bon, de bout…

La reprise

cupcakeQuand nous sommes revenus de vacances, c’était un dimanche. Dès le lundi nous reprenions tous le chemin de notre quotidien. C’était un choix, et peut-être pas si mauvais compte tenu du fait que cela a évité aux filles de se morfondre devant la fin des vacances, et à nous de traîner la patte pour retourner au travail.

Le reste a suivi avec un peu plus de mal. Notre jardin était en friche, notre potager attendait ses plants, le sol du salon était toujours en stand-by, etc. Les jours ont défilé avec cette régularité qui rend facilement indolent face au moins nécessaire, comme le blogue.

Mais les semaines ont passé, nous avons rattrapé le retard des jours d’absence et il est temps de replonger. Ce n’est pas un début d’année mais qu’importe. Nous sommes toujours au commencement de quelque chose.

J’ai réfléchi à ce qui me plaisait de lire ailleurs, et j’ai décidé de le souligner un peu plus ici. Un peu plus de quotidien, un peu plus de choses testées que je souhaiterais vous partager (mais ne comptez pas sur moi pour photographier tous mes plats au restaurant, je n’ai pas la politesse d’attendre avant de dévorer), un peu plus de voyages, j’espère, et quelques repères pour les nouveaux arrivants. Un peu plus de chair, en fait. J’ai aussi décidé (enfin) de changer le physique du blogue. Il a une nouvelle coupe tendance, il a pris le soleil du Sud, il a fait du sport, et désormais il se sent mieux. J’espère qu’il vous plaira ainsi.

Il est possible que vous ayez l’impression que je prends un virage écolo-bio-féministe, ou féministo-biocolo-végétarien. Je veux d’abord que vous sachiez que ce n’est pas un virage. Comme je l’ai déjà souligné, le bio m’a longtemps fait rire (je trouvais que c’était une arnaque) et le véganisme (comme ce cupcake) est longtemps resté pour moi un truc d’extrémiste, chose que – comme je ne vous l’ai jamais caché – j’exècre. Il est vrai que j’évolue tranquillement vers ça (c’est pourquoi j’ai ensuite mangé ce cupcake). Parce que l’on change en grandissant, en vieillissant, et que je trouve ça correct. Il y a peu de chances que je me déclare soudainement la grande papesse de la tendance grano du moment. Parce que, chanceux que vous êtes, ce défaut là commence aussi à disparaître avec le temps. Quatre ans et demi de maternité, quatre ans comme immigrée, six mois comme nouvelle employée… Tout ça contribue à redonner un petit coup de boost à mon humilité.

Là où je vais être chiante, certainement, c’est sur l’égalitarisme, le féminisme. Quel que soit le nom qu’on donne à ce mouvement, il est pour moi central, primordial. Il est à la fois ce que je suis et ce que je transmets. Et j’avoue admettre peu les arguments qui vont dans l’autre sens. Je comprends qu’on puisse se sentir moins concerné, parce qu’on ne l’a pas vécu vraiment de discrimination, parce que le couple de ses parents était un couple très égalitaire, parce que l’on a jamais eu l’impression d’être choisie ou refusée pour son physique ou son sexe, parce que personne n’a jamais eu de paroles déplacées… Encore une fois, je ne suis pas extrême. Je ne suis pas susceptible non plus. Je suis une cause perdue. Je ne sais ni tenir correctement un balai ni faire une division de tête (et encore, s’il ne s’agissait que des divisions…). Je ne rentre dans aucune case de genre, je suis trop à gauche, tassée dans un coin, je dépasse, j’étouffe un peu des fois, et je ne me reconnais pas toujours dans les traits que l’on veut me dessiner, mais comme je suis gentille je me contente de sourire et de tourner les talons. La position est inconfortable, elle l’est depuis longtemps, pour beaucoup de femmes, et beaucoup d’hommes, et aussi pour tous ceux qui ne se reconnaissent pas dans leur genre d’origine. Je veux autre chose pour nous, maintenant, et pour nos enfants, demain. Voilà pourquoi de temps en temps mes articles reviendront sur cette idée. Et pourquoi je continuerai à partager des articles qui font une promotion accessible de l’égalité des genres et des efforts de chacun.

Vous êtes libres de suivre ce qui vous plait, mais ne fermez pas les yeux trop vite. On peut tirer matière à réflexion de tout, même si l’on est pas dans cette tendance, et même si l’on est pas d’accord.

A très vite!

-Lexie Swing-

Crédit photo : Lexie Swing

Galanterie : savoir-vivre ou sexisme?

Une porte à passer et le geste de la main de l’homme qui se tient à mes côtés. Un proche, un inconnu. Qu’importe. Un signe de tête imperceptible. Sa main pour retenir la porte. Son épaule contre la chambranle.

Un ascenseur. Des hommes et des femmes. Des hommes qui s’effacent. Et laissent passer les femmes. Un regard circulaire. Un couloir qui se créé entre les costumes, entre les cravates et les chaussures cirées. Et moi qui le traverse.

Un fonctionnement acquis, une danse qui se répète. Un ascenseur encore. Un seul homme et cinq femmes. L’homme est près de la porte. Il sera le dernier à sortir. De l’épaule il retient le mouvement de mâchoire, la porte qui s’agite, prête à repartir.

On voudrait changer la donne, prendre sa place, être une égale, épaule contre épaule, intelligence contre intelligence. Mais selon toute vraisemblance, l’éducation et l’habitude nous ont plus façonnées que la volonté et les certitudes. Dans mon repère, les femmes sont brillantes et fières, plus égales aux hommes qu’elles ne l’ont jamais été dans beaucoup de sociétés de part le monde. Mais elles acceptent le jeu, jouent leur rôle.

Et quel rôle d’ailleurs? Que font ses hommes qui laissent passer, qui tiennent la porte? Quels arrières assurent-ils? Quel danger retiennent-ils? Comment, même dans cette société bien plus égalitaire que d’autres, la galanterie a-t-elle si bien gardé sa place?

Et que faire, d’ailleurs? Et doit-on faire quelque chose? Est-ce une autre forme de soumission féminine et de domination masculine? Peut-on considérer que seule la volonté d’aider règne ici? Est-ce important, de refuser de valser cette danse?

Je sais ce que vous en pensez, on s’en fiche un peu de tout ça non? Je suis d’accord. Qu’importe la galanterie, elle ne changera pas la face du monde. En tout cas pas aujourd’hui. Mais si elle la changeait, demain? Si la refuser aujourd’hui permettait de promouvoir l’égalité dans dix ans? Si mon refus, accompagné d’un sourire, ou ma propre politesse (« non je vous en prie, vous le premier ») autorisait mes filles, et les vôtres, à être un jour les parfaites égales des hommes? Si ça leur permettait, à elles aussi, d’assurer un jour les arrières d’un homme, de votre fils peut-être, sans qu’il s’en sente diminué mais au contraire rassuré, voire valorisé?

Plus jeune, hier, je me sentais flattée. Aujourd’hui, je m’interroge. Et demain?

Et puis vous, qu’en pensez-vous?

-Lexie Swing-

Des vacances dans le Sud de la France

Suspendu. C’est le mot qui sied le mieux au temps, ces jours-ci. Il s’écoule avec une infinie lenteur, larvé dans une maison en pierres, sous le soleil de Provence. Les minutes s’égrènent avec hésitation. Les groupes se dispersent. Qui pique une tête dans la piscine, qui complote en observant les fourmis au bout du jardin, qui lit à l’ombre du toit de bois, dans le salon d’été, qui rebondit sur le trampoline, au bout du petit chemin, et qui tape au loin, défendant avec acharnement son jeu au tennis, sous un soleil de plomb.
Il y a bien longtemps que nous n’avons pas franchi les limites de la propriété. Qu’elle se suffit. Qu’elle nous suffit. Microcosme dissimulée dans la végétation provençale.

Bientôt, pourtant, on reprend la route. Le temps d’embrasser encore mon amie et sœur que j’aime de tout mon cœur. Les grands-parents. Les oncles et tantes. On fait un crochet par nos terres stéphanoises. Un autre par celles, au milieu des volcans, qui nous ont vus grandir. Et puis on rejoint notre Sud-Ouest d’adultes. Notre premier appartement. Notre deuxième. Notre première maison. Nos allers-retours dans la région montalbanaise. La maison aux volets bleus de mes parents. Les bordures qui sentent la menthe fraîche. L’immense jardin que je tonds. Les chevaux que l’on nourrit, la main bien à plat, et les « tiens donne-leur toi maman ». Le beau Gibbs blanc et noir. Le chat que j’évite. La balade en péniche à l’ombre des platanes et les écluses qui n’en finissent plus de s’ouvrir. La visite à Toulouse pour voir les amis et s’inviter dans les lieux de nos premières amours. Notre crêperie. Notre papeterie. Saluer la fac. Se demander si le sens de la rue a encore changé. S’étonner du nombre de commerces qui ont fleuri depuis notre dernière visite. Visiter des amis à Bordeaux. Rencontrer pour la première fois un grand bébé de trois ans. Se rendre compte que l’enfant qu’on a connu minuscule va entrer au CP. Et que notre grande fille n’était alors qu’un bébé.

Alors les vacances s’achèvent, on remplit les sacs en faisant des piles un peu partout sur le sol de la chambre. Les tas sont énormes, les sacs débordent, et l’on ouvre les boîtes de cadeaux pour y loger d’autres petites choses, le nougat entre deux livres et les carnets glissés entre deux morceaux de puzzle 4 ans et + phosphorescent. Les souvenirs s’imbriquent, le temps s’accélère, il est temps de partir. A 4h le réveil sonne. La nuit aura duré le temps d’un battement de paupières, à peine. Voiture, débarquement, aux revoirs, contrôle, douanes, embarquement, longues heures de vol, et puis Montréal, en dessous de nous. Montréal au bout de la piste. Montréal, qui brunche, entre deux averses. Et notre amie qui nous attend, debout à côté de la voiture. Les bagages que l’on jette dans le coffre, le chien que bientôt on récupère, les vêtements et les objets que l’on range, les jouets que l’on ressort. Et la vie, que l’on reprend. Montréal, nous revoilà.

-Lexie Swing-

Crédit photo : DR Lexie Swing

Le coup de pouce à la canadienne

Hier, comme certains d’entre vous le savent grâce à Facebook, j’ai eu droit à une beau coup de main. Perdue sur le stationnement de la gare, sans autobus pour me ramener, j’ai bénéficié de l’aide d’une conductrice sur le départ pour me ramener chez moi avant que je sois en retard pour la garderie. Une simple phrase et elle m’a ouvert sa portière.

Ce que vous ignorez, en revanche, c’est que le jour même où je racontais ce beau geste, un autre s’est produit. Dans l’autobus qui me ramenait en ville – cette fois-ci j’avais eu la présence d’esprit de monter à bord à temps – je me suis rapidement retrouvée seule passagère. Alors que je m’enquérais du parcours suivi par l’autobus et de l’arrêt où je devais descendre pour aller récupérer ma voiture, le conducteur a pris à droite au stop. « Je vous emmène, m’a-t-il proposé. Je reprendrai mon itinéraire juste après. » Et c’est ainsi qu’il m’a déposé devant le capot de ma voiture, à deux blocs de là.

Bien sûr qu’il existe des tas de gens bienveillants et qu’il suffit de sourire un peu, un peu plus large, et un peu plus franchement, pour réveiller cette gentillesse et donner le tour de clé nécessaire. N’empêche qu’il n’y a qu’ici, au Canada, que je l’ai sentie si proche, si palpable. Pour toutes les fois où on m’a rapporté un toutou tombé de la poussette; pour toutes les fois où on m’a porté ma poussette pour monter dans l’autobus; pour toutes les portes qu’on m’a tenues; pour les coins de parapluies qu’on m’a prêtés au passage piéton, en attendant que le feu passe au vert; pour les places assises qu’on m’a laissées; pour la voiture que j’avais coincée dans un banc de neige et que mes voisins – alors tout nouveaux pour moi – ont aidé à dégager; pour la mère de famille qui s’est arrêtée, alors que je marchais sous la pluie battante, pour me demander si j’avais besoin d’un lift jusque chez moi; pour les tomates qu’on a accrochées à la porte de ma maison à cause d’un potager qui débordait; et pour tous les jouets que ma voisine dépose sur notre palier au fur et à mesure que son sous-sol se vide.

Il n’y a qu’ici que je me sens à ce point entourée, à ce point paisible. Parce que j’ai le sentiment que, si je tombe, il y aura des gens pour me relever. Et que si mon char m’abandonne, en rase campagne, il y aura des gens pour me ramener. C’est important, la bienveillance. Parce qu’on vit rassuré, on vit paisible, et on a le goût de donner à son tour, de porter quelques sacs et de tendre son parapluie. Ça rassure et ça porte, les jours de disette, quand les pleurs résonnent dans la maison et que l’on s’accroche au robinet pour ne pas partir avec l’eau qui se rembobine dans le siphon de l’évier. On pense à ce lift, les cheveux au vent, dans une décapotable. On pense au regard ahuri des passants, de nous voir descendre comme une Reine de Saba de notre bus momentanément privatisé. On pense aux sourires surtout, aux regards croisés et à l’interrogation qui s’y lit. Je peux faire quelque chose pour vous aider? On ne dit pas toujours oui mais c’est suffisant, d’avoir proposé, d’avoir demandé, d’avoir montré que non, nous ne sommes jamais tout à fait seuls, sur Terre.

-Lexie Swing-

« J’aime pas ça » {repas et enfant}

A 4 ans, on aime un jour mais pas toujours. Surtout le riz et le brocolis, surtout si c’est vendredi et qu’on préférerait des pâtes avec des petites lettres pour faire des mots, hein, dis oui maman.

Tous les soirs, si seule elle choisissait, B. mangerait l’alphabet. Mais en parents contraignants, nous diversifions leur alimentation. Nous jouons la carte des légumes, du quinoa et fruits à tous les repas. On est pénibles, mais pas trop quand même. De la crème glacée deux repas de suite ne nous fait pas froid au gosier, et les bonbons, s’ils ne sont pas légion, ne sont pas pour autant bannis de la maison.

Mais nous avons des règles. On goûte, et on juge. On n’aime pas? On prend son yogourt, et on s’en va. Mais on goûte, c’est la règle. Et parce que B. a quatre ans, outrepasser la règle est devenu son objectif.

Ainsi certains soirs elle gémit, elle trépigne, elle se roulerait par terre de devoir goûter du maïs ou des tomates farcies. On insiste : « Une seule cuillère, pour goûter ». Et souvent ça marche. Elle goûte. Parfois même, elle en reprend un peu, pour voir si… Ça veut dire que la règle fonctionne et qu’elle a raison d’être. Aller au delà des appréhensions et découvrir le goût des choses.

Mais parfois, parce qu’elle a 4 ans et besoin d’asseoir sa volonté, la consigne se fait menaçante et la perspective du dessert ne suffit plus. L’engouement parental ne trouve pas écho et la crainte de quitter la table sans délai ne l’effraie pas du tout.

Ainsi, ce soir, elle a quitté la table. Elle a bu un verre d’eau, un verre de lait d’amande et elle a quitté la table. C’était la deuxième fois qu’elle tentait d’obtenir du sucré sans passer par le salé. Mais les consignes sont simples à la maison, elles sont souples aussi. Mais on n’y déroge pas.

Et si elles peuvent sembler un peu absconses, elles ont leur raison d’être. Elles trouvent leurs racines dans le souvenir d’une petite fille de 5 ans qui ne voulait pas manger. Une petite fille de 8 ans qui avait peur des œufs au plat. Une adolescente de 14 ans qui détestait le riz. Une adulte de 20 ans qui ne mangeait pas les aliments « qui se touchent dans l’assiette ».

Et même si tout le monde n’est pas cette petite fille là, et même si les enfants évoluent et font d’autres choix, moi je souris tranquillement quand mon amie me dit « bof il mange que des pâtes mais ça lui passera ». Parce que oui, c’est vrai peut être, peut être ça lui passera. Peut-être qu’il se découvrira un goût certain pour les épices, pour le fait maison, pour les légumes de saison. Peut-être qu’il aura un palais incroyable et deviendra critique culinaire. Et les journaux en feront leur anecdote, de ce gourmet-là qui ne mangeait que des pâtes, à 5 ans.

Mais sache que non, tout le monde ne change pas. Et que certains comportements sont vains, ancrés dans l’individu comme une routine bien huilée. Voir un nouveau plat, dire je n’aime pas au simple regard, réclamer des crêpes surgelées.

Tu me dis « tu es beaucoup trop dure, moi je le laisse manger ce qu’il veut, ça finira bien par lui passer ». Et je te crois. Mais sache que non, parfois, ça ne passe pas. Et l’on passe sa vie à déconstruire ce manque d’apprentissage, ce goût qu’on a pas forgé, cette appréhension de la nourriture qu’on a créé. On devient un poids pour sa famille, un vrai boulet de la vie en société. On rencontre l’homme de sa vie, on fait la moue au premier grain de riz, et on croise son regard incrédule. On a 20 ans, on fait la liste des choses que l’on n’aime pas, et on n’a pas assez d’une feuille A4 pour en venir à bout.

Ça m’a pris 25 ans pour aimer manger, ma belle amie. Alors sache que je ne passerai pas les 26 prochaines années à lui faire cuire des crêpes surgelées.

-Lexie Swing-