Suivre des cours de sport au YMCA

Prenez une vingtaine de filles, de femmes. Toutes shapes, toutes couleurs de peau. Tout âge aussi. Elles regardent toutes un peu éberluées la prof qui rebondit devant elles. Laissez-vous aller, les conjure-t-elle. Dansez. Marchez. Ecoutez le rythme. Amusez-vous. Pour qui vous dansez? Faites-le pour vous. Faites-le pour votre corps.

Photo Julieleone

Alors, doucement, les corps se mettent en route. Les pas s’enchaînent. Les femmes s’entrecroisent. Le cours avance et l’on oublie le miroir. On oublie même de copier la prof. Sa voix amplifiée par le micro rythme les mouvements. La musique est forte comme dans une boite de nuit. On se rend à peine compte de l’attroupement qui s’est formé derrière la vitre pour observer cette insolente liberté. Il y a cette brune aux cheveux tressés qui danse à mouvements lents, et cette autre, 50 ans au compteur, aux gestes plus mécaniques. Il y a les habitués, arborant les chandails du club et les réflexes millimétrés. Et celles qui, comme moi. débutent juste et tente désespérément de se fondre dans la masse.

(Trois semaines plus tard)

Hier, c’était mardi. Et le mardi, c’est donc Nya/Groove. J’ai fait du twist, des pas de rock, et j’ai défilé face à face avec moi même dans un déhanchement incroyable. J’ai mimé une pose, trois fois, et kické en position trois (la plus haute) (enfin je crois). J’ai ensuite tenté de remplir l’espace avec mes bras tandis qu’une fille passait devant moi en faisant des entrechats. Et puis, un riff s’est imposé dans la chanson et la prof a crié : AIR GUITAR.

On était probablement le meilleur band de la rue à c’t’heure. La semaine dernière, on était plutôt des pianistes. J’ai improvisé un solo incroyable.

Ce genre de cours, j’y ai assisté déjà plusieurs fois, et de nombreux autres sont notés sur ma liste. Un lunch sur deux, je saute ma pause et m’engouffre dans l’immeuble de la Rue Stanley, le YMCA Centre-Ville, pour assister à un entraînement d’une heure.

Ce qui m’a attiré là : l’envie d’en découdre avec moi-même, de me gonfler d’énergie, de me redonner du souffle. La salle est voisine de mon bureau et j’avais atteint ma limite à arpenter tous les midis les boutiques des environs. Je voulais allier l’utile à l’effort et à l’agréable.

J’ai repoussé un an durant, je n’étais pas sûre que ça méritait l’investissement. Mais je ne regrette pas un seul instant.

J’ai tenté le spinning, avec une prof sortie d’un magazine, insolemment superbe. Et j’envisage le bosu, le pilates et même quelques longueurs de piscine ou de l’aqua-biking.

Il y en a pour tous les goûts. J’aime bien me connecter le matin sur le site internet et faire défiler les programmes pour voir ce qui est planifié sur mon heure de lunch. Je trouve ça enivrant ce choix, cette possibilité de faire plutôt de la Zumba, ou plutôt du Kick-Boxing, comme ça, sur un coup de tête.

Et vous, vous avez testé le gym (comme on dit chez nous :)) ?

 

-Lexie Swing-

 

Crédit Photo : Julieleone

Brèves d’automne

autumn-1072827_640Des tas de choses me passent par la tête, des choses dont je voudrais parfois vous parler mais qui ne méritent pas vraiment un article. Ce sont des sites internet croisés au détour d’une soirée à légumer devant l’ordinateur. Des recettes pas compliquées ou des idées décos. Des projets réalisés et d’autres qu’on rêverait d’achever. Des films, des bouquins…  Sur le principe du Bits and Bobs d’Hélène, j’ai décidé de vous créer un medley saisonnier. Attention, ici point de logique, juste des feuilles d’automne ramassées au hasard.

Un film : Sully, de Clint Eastwood

Sully

On a eu une soirée de libre. What? You? Parents? Et oui! Incroyable! Profitant de cette pause, nous avons filé un soir de semaine à 21h au ciné de Saint-Bruno pour s’asseoir dans une salle où nous étions COMPLÈTEMENT seuls. Je sais, c’est trop romantique. On s’est assis confortablement au dernier rang tout au milieu pour profiter de notre – désormais – projection privée : le film Sully, petit dernier de Clint Eastwood. Les 20 premières minutes, 30 peut-être, j’ai trouvé le temps long. Je me suis retournée plusieurs fois vers Mr Swing en me demandant si nous n’allions pas finir par nous en aller. Un comble pour un Eastwood. C’est peut-être ça, justement, qui nous a fait rester. Et le fait que le film était porté par son acteur principal : Tom Hanks. L’histoire est celle de cette actu de janvier 2009 : un pilote de l’American Airlines, fraîchement décollé de LaGuardia, aéroport de NY, se pose en catastrophe sur l’Hudson River. Alors qu’il est porté en héros par le peuple américain, le bureau des enquêtes l’interroge sans relâche pour savoir pourquoi il n’est pas retourné à l’aéroport, faisant le choix d’un amerrissage dans lequel auraient pu périr l’ensemble des passagers. Ce qui est étonnant c’est que je me souviens parfaitement de la photo de l’avion posé sur l’eau qui avait fait la une de nos journaux en France, rubrique «  photo d’actu ». Mais nous n’avions rien su, ou presque, de la controverse que cet atterrissage héroïque avait pu amener dans son sillage. Alors voilà, au bout de trente minutes, le rythme s’est accéléré, l’enquête aussi. On est revenu dans le moment, les faits, la prise de décision, les passagers qui s’agitent, les pilotes qui s’aperçoivent des moteurs qui lâchent, et l’Hudson River, droit devant. Mon moment hot du film : quand les hôtesses scandent sans relâche : « Position de sécurité, tête sur les genoux, position de sécurité, tête sur les genoux» (ou quelque chose du genre) et la rivière Hudson qui se rapproche à toute allure.

Une découverte Twitter : Xploding Unicorn

exploding unicorn

Ça fait quelque temps déjà que je suis Exploding Unicorn, les tribulations d’un Américain papa de … 4 filles âgées de 6 à 1 ans. Il les cite, revient sur ses constatations à titre de peur et ses désillusions, avec énormément d’humour. Comme le laisse deviner la capture ci-dessus. Pour le suivre, c’est ici. Et il a aussi un compte Facebook, un Instagram, un site web et que sais-je encore.

Un livre pour enfants : les p’tites poules

ptitespoules

Il est arrivé soigneusement empaqueté un jour, comme ça, brut, juste à découvrir. C’était le livre préféré du moment de ma belle filleule de cœur et de sa petite sœur. Mon beau-père, qui avait été désigné durant son séjour pour lire l’histoire du soir, le connaît désormais par cœur. (Un peu trop?). Dans notre cas, nous avions les 4 premiers tomes regroupés, mais je sais qu’ils existent sous forme individuelle. Ce qui m’a plu (et à Beau-Papa aussi), c’est la double lecture : pendant que B. suit Pitikok, ou son fils Carmelito, et l’ami Bellino (il y a beaucoup d’animaux dans ce livre), nous rigolons de voir une poule tomber sur Christophe Colomb ou découvrir les étoiles avec « le vieux monsieur qui regarde le ciel dans son tuyau machin chouette » (Galilée). Les auteurs jouent avec les expressions comme « quand les poules auront des dents » et la petite sœur de Carmelito n’a rien d’une poule mouillée. Je l’a-dore. Et B. aussi, au point qu’on se fait une histoire complète chaque soir désormais. Un site web est consacré à la collection ici.

Une création : une bouillotte sèche

bouillotte seche

J’ai deux mains gauches, je vous l’ai déjà dit? Par contre j’ai une imagination débordante et j’adore faire des choses de mes mains. Le résultat est rarement à l’image de ce que je voyais dans ma tête, cela me prend donc un peu plus de temps que les autres pour venir à bout de mes créations. J’adore notamment coudre, j’avais appris enfant et me suis rééquipée récemment d’une machine à coudre. Pour la shower d’une amie, en plus du cadeau principal, j’ai réalisé une petite bouillotte sèche en forme de cœur. À l’intérieur, un drap en coton découpé en cœur, cousu endroit contre endroit, retourné, gonflé de graines de lin (astuce entonnoir : une petite bouteille d’eau vide coupée pas trop loin du goulot) et recousu dans le bon sens pour limiter les chances que des graines s’échappent (pour éviter de coudre sur les graines, tenez les à distance en piquant tout au long du cœur avec des épingles). C’est la partie qui pourra aller au micro-ondes, il faut donc une matière qui ne brule pas, comme du coton ou du lin. Pour l’extérieur, j’ai un tissu poilu et un tissu avec des motifs. J’ai réalisé une encoche pour pouvoir glisser le sac vert dedans. Et voilà :)

Et de votre côté, quelles sont vos découvertes d’automne?

-Lexie Swing-

Changements de voies et carrières wow

Dans mon métier, j’ai la chance de croiser, rencontrer et interviewer des gens bardés de diplômes aux parcours souvent incroyables. Il y a les profils types, un bacc (équivalent d’une licence), parfois une spécialisation et hop sur le cheval du boulot. Et puis ceux qui ont pris quelques chemins de traverse pour arriver où ils en sont maintenant, le tout en ficelant bien serré un package de compétences comme seul le Canada sait le valoriser.

Succès - carrièreMes préféré(e)s : ces femmes restauratrices anciennes sportives de haut niveau, ces fleuristes ex-partenaires d’affaires dans une banque de renom, ces juges anciennes professeures et ces instit’ ex-recherchiste pour des émissions de télé gros budget ou chargée de communication dans de grosses boites parisiennes (clins d’œil à mes copines ici).

J’aime ces femmes qui ont réussi à prendre des virages aussi improbables et physiquement dangereux que la trajectoire de leur Cessna le laissait supposer. Qui piquent du nez, et rétablissent l’altitude, qui prennent une accélération soudaine pour effectuer un looping parfait à la barbe des « je t’avais bien dit que … » et des non moins courants « quand on a un CDI on le garde ».

Il y a quelques jours j’ai décroché mon téléphone pour ce qui devait être une courte entrevue. Récompense au mérite, félicitations pour la belle carrière. J’ai peu d’infos, le web est muet et LinkedIn sourd à mes supplications.

Elle répond, enjouée. Elle me dit que oui, elle est contente quand même, elle trouve qu’elle a eu une belle carrière jusqu’ici. On ne se doute pas forcément de la portée de ce qu’on fait, quand on est dedans, ajoute-t-elle. C’est une ancienne directrice de club de sport, devenue avocate de haut vol. Qui a mis au monde 4 enfants, entre le début de son droit, et son assermentation.

Il y a cette autre, une femme, découverte sur Châtelaine. Qui a lâché le monde de la banque pour devenir fleuriste. Et tous ceux à qui je parle au quotidien, qui ont deux ou trois bacc, qui sont d’anciens sportifs, qui ont été chefs d’entreprise, qui font du bénévolat en plus de leur shift de juriste de 70h semaine. Ces gens inspirants, ces femmes qui soulignent toujours, avec de l’exaspération même parfois, qu’elles ont des enfants oui, mais qu’ils ont un papa.

Ces gens pour qui le temps semble sans limite et qui repoussent l’impossible aux confins du réel. Quand je les écoute, quand ils me racontent, je comprends qu’ils n’ont jamais entendu parler de voie tracée, qu’ils ont fait fi des prédictions, qu’ils ne croient pas aux certitudes.

Que la vie n’est qu’un poney de bois qui attend qu’on l’anime. Quelques cennes suffiront, et le reste suivra.

-Lexie Swing-

Pardonner aux autres ce qu’on s’autorise à soi-même

On est plus ou moins exigeant avec soi-même. Il y a ceux qui ne lâchent rien, et qui, à ce titre, en profitent pour faire vivre un enfer aux autres. Et ceux, moins regardants, qui s’autorisent volontiers un petit coup de mou de temps à autre. En cette période d’automne, qui chez nous s’est bien vite révélée synonyme de gastro, on s’est retrouvé à traîner la patte. Et pour cause ! Qui a du cœur à l’ouvrage avec la nausée en bandoulière, trois heures de sommeil dans les épaules et le cou qui n’est vaillant que légèrement penché vers la droite (vous noterez le caractère pratique pour taper à l’ordinateur)?
Alors on s’autorise à être plus lent, à repousser un rendez-vous, à faire la moue devant une sortie, à soupirer un peu au téléphone. On s’autorise à ne pas avoir envie. D’une rencontre, d’une discussion, d’un conflit ou d’un problème à régler.

angeEt puis le matin venu, on croise une éducatrice, on saisit la porte après le portier d’immeuble, on lance un regard à la maîtresse, et on s’étonne de ne rien recevoir en retour. Pas un sourire, pas un regard. Juste de la lassitude et un peu d’indifférence. Les réponses viennent un peu tard et elles n’ont comme pas rapport. On loue le temps qu’il fait et on nous répond que l’heure est à la collation.

Et on s’indigne, intérieurement, entre deux feux de croisement, extérieurement, à une collègue qui aime jaser. On se plaint, on argumente « c’est quand même fou ça », et puis « les gens n’ont plus d’éducation ».

Et puis on oublie, un peu trop volontiers, qu’il y a l’humain derrière les cernes, derrière le regard las, derrière la fatigue. Peut être la maladie, peut être la tristesse, et peut être juste un temps mal venu ou une nuit trop courte. Et on zappe l’indulgence. On cultive l’empathie, mais juste avec soi-même, alors que la gastro, c’est bien connu, toucherait n’importe qui.

Ça m’a pris un peu trop de temps à réaliser, hier matin, que l’une des éducatrices n’était pas indifférente à ma fille mais visiblement fatiguée, probablement malmenée par un quelconque virus. Le temps de trop. Celui qui m’a fait lui répondre par des sourcils froncés alors que j’aurais dû lui offrir un sourire de soutien.

Si en pareil cas vous pouviez être plus prompte à réaliser que moi je n’aurais pas tout à fait perdu ce temps pour rien.

-Lexie Swing-

4 choses à savoir sur les Français du Québec (ou sur moi seulement, à vous de voir)

Humilité. Pour moi, c’est le maître mot à connaître lorsqu’on immigre dans un autre pays, une autre culture. C’est le mot à garder en tête, lorsqu’on arrive au Québec, et que tout le monde parle comme nous, mais pas tout à fait. On est encore trop nombreux à arriver à Pierre-Elliott Trudeau avec notre Bescherelle et notre bon goût sous le bras, convaincus que l’on va sauver cette pauvre nation de sa vilaine orthographe et de son adoration pour les leggings.

./ Photo Mauricio Lima

./ Photo Mauricio Lima

Humilité donc. Nous sommes ici en terrain inconnu. La culture et l’histoire y sont bien différentes de la nôtre. Notre seul point commun, outre la francophonie, c’est que nous sommes des Occidentaux. Nous avons donc accès à des choses assez communes, un niveau de vie général relativement similaire, des études supérieures, principalement des métiers de service, etc. Mais notre géographie n’est pas la même, notre développement social non plus.

Cependant, quelle que soit notre volonté de rester humble, nous restons Français. Nous restons des étrangers, en fait. Nous avons grandi ailleurs, et nous aimons donc des choses différentes. Et ce qui passe pour de l’insolence ou de la condescendance parce qu’il est souvent mal présenté ou dit avec arrogance, n’est en fait que la résultante d’une enfance dans une autre culture. Démonstration.

L’anglais. Au Québec, de nombreux professionnels sont bilingues. Et beaucoup de gens utilisent des anglicismes, parfois sans le savoir. Tout comme en France. Sauf que souvent, ce ne sont pas les mêmes qu’en France. Par contre, on lutte pour maintenir le français. Dans les magasins, dans les services, dans les écoles, dans les conversations, sur les étiquetages, etc.   En France, notre niveau d’anglais est terriblement bas. À ce jour, les méthodes d’enseignement restent encore assez inadaptées au besoin réel de la réalité internationale et du marché du travail. Alors, pour nous, l’anglais c’est presque exotique! C’est l’étranger, l’aventure, les vacances. On est jaloux de constater que beaucoup de gens sont bilingues. Bien sûr, il nous aurait suffit d’aller plus à l’Ouest pour tenter l’immersion totale, mais tsé, mets pas la charrue avant les bœufs cocotte, on n’a pas dit qu’on voulait parler seulement en anglais, parce que le français reste notre langue d’amour. Ce qui nous amène au point deux.

Le français. Récemment, un guide m’a dit que les Français étaient une chance pour le Québec car ils permettaient un maintien de la langue. Je me suis sentie appréciée et importante. Après il a dit qu’il ferait quand même volontairement du mal aux vertueux de la grammaire française qui rabattent le caquet des Québécois à la moindre expression qu’ils jugent mal orthographiée. Un vidéo, écouter un film, une trampoline, à toutes les heures de la semaine… Tout ça n’existe pas en France. De notre côté, on dit une vidéo, regarder un film, un trampoline et le à (mais que vient faire d’ailleurs ce à que les Québécois n’utilisent pas pour autant à l’écrit?) n’a pas droit de cité dans ce cas. On corrige, mais c’est un réflexe. Vous feriez de même si vous veniez en France et que vous entendiez parler d’une vidéo alors que vous l’aviez masculinisé toute votre vie. Vous pensez avoir mal entendu. Puis vous riez. Vous demandez si c’est une joke/une blague. Et s’ensuit alors le débat habituel France/Québec sur l’utilisation des déterminants. La bonne nouvelle, c’est que rapidement on se met à reprendre les autres Français. On cédule, on dîne à midi et on est choqué qu’ils dinent le soir et on se mord la langue en entendant parler d’un job (en tout cas moi car une partie des Québécois l’utilisent aussi). On s’acculture en fait, et on fait de votre chez vous notre chez nous (pis on pille vos maisons, vos femmes et on abreuve nos sillons comme dit notre charmante chanson).

La bouffe. Déjà, on ne dit pas bouffe en France. Du moins, pas dans le langage normal ou soutenu. C’est moche et un peu péjoratif. Je me souviens très bien de la première fois où je l’ai vu écrit au centre Desjardins pour indiquer le niveau des restos. Mais on apprend vite, la preuve! La bouffe québécoise, quand on en parle, c’est souvent pour parler de poutine, de barbecue et de crème molle. Voire de guédilles de homard, qui ne sont pas québécoises d’ailleurs il me semble. De repas arrosés de sirop d’érable, de blé d’inde beurré et grillé… Bien sûr que c’est bien plus que ça, que la nouvelle génération de chefs est inventive et extraordinaire. Mais croyez-vous vraiment que la cuisine française, ce sont seulement des escargots et du foie gras? Que l’on cuisine tous un carré d’agneau le dimanche midi? J’aimerais tellement vous montrer que c’est plus que ça, vous faire goûter les petites rates de mon grand-père, la ficelle picarde, le gâteau au chocolat simplissime du goûter le dimanche. Fait que, c’est correct si vous ne mangez pas tous du pâté chinois. Parce que je ne mange pas de blanquette de veau non plus.

Les États-Unis. États-Unis, yeaaah. Les premières années, on va plus souvent dans le Maine, à Boston et NY que dans la région de Charlevoix. Pas toujours mais quand même, beaucoup d’entre nous. Quand on est en France, on entend finalement peu parler du Québec. Sauf pour dire que vous avez de la poutine pis des caribous (*information sélective*). Par contre, les États (en France on dit USA, ou States, mais avec l’accent français) ça nous fait briller des étoiles dans les yeux. Pas pour y vivre mais pour voyager. Alors sitôt rendu à Montréal, on droppe nos valises et on saute dans une voiture louée, trois copains trop serrés sur les sièges arrières, et on file comme le vent entre les bois bien verts des Adirondacks. A l’approche de la Grosse Pomme, on se colle New-York d’Alicia Keys à fond les enceintes et on s’époumone dans la descente en découvrant les gratte-ciel. Et puis assez vite, l’intérêt s’épuise. On découvre la Mauricie, la région de Charlevoix, on pousse jusqu’au Saguenay, on rêve devant les photos de la Gaspésie. Et puis le temps d’une journée, on prend les sacs à dos et on part dans les Adirondacks, juste pour le fun de passer la frontière.

Et encore tout ça, c’est ma réalité, peut-être la moitié de celle de mes amis et pas du tout encore celle d’autres copains. Le propos du départ, c’est que nous ne sommes pas nés exactement sous le même ciel. Si on le dit humblement, c’est quand même correct qu’on vive les choses différemment, non?

Et vous, comment vous voyez le Québec/Canada à travers vos yeux de Français?

-Lexie Swing-

Le temps de l’insouciance

TrinquerBecky G. Vous connaissez? À la faveur d’une lecture aléatoire de clips sur Youtube, je tombe sur un air que je connais et un rythme entraînant. Une chanson entendue à la radio, captée entre deux annonces dans les grands magasins. Curieuse, j’affiche l’onglet de ma vidéo. Et je déconfis.

Elle a douze ans. Environ. (19 en fait, j’ai vérifié).

Je chantonne un air scandé par un bébé à l’aube de sa vie. Une minette en chandail à bedaine qui mime le grand amour sur fond de piscine et de fête alcoolisée. Pis ça m’agace.

Je regarde la vidéo et j’envie un peu cette insouciance. Je me demande si on en a profité. Profité comme ça. Si on a suffisamment pris la mesure de ce que cela signifiait, grandir, vieillir. On voulait déjà le grand amour, les responsabilités, le premier chèque de paie, la première facture. On débattait politique avec des arguments nés dans la bouche de nos parents, en versant dans nos gorges suffisamment des cocktails de pisang ambon ou de manzana pour oublier qu’on avait pas encore 20 ans. On riait d’avoir encore le temps, autant de temps.

30 ans, ce n’est pas assez grand pour observer la vingtaine avec sérénité. On la regarde avec beaucoup de suffisance, un poil de condescendance et certainement une grosse bâche d’envie. On la regarde avec incrédulité aussi, en découvrant que de bons acteurs de films, les chanteurs en vue du moment et les sportifs les plus médaillés, sont désormais nés bien après nous.

Et puis on se souvient, de la tristesse en filigrane, de l’incompréhension, des hormones qui jouent les troubles-fêtes et des relations sociales difficiles. On se souvient des amours vaines, des amitiés qui s’éparpillent, des trahisons et de l’angoisse latente de finir seul. Pas ses jours, mais sa récréation ou son repas de midi. Et on garde de ces années une vague appréhension à l’idée de dîner seul au restaurant entre deux rendez-vous.

On regarde alors avec plus d’attention. Les corps au bord des piscines et les verres de cocktails qui s’entrechoquent. Et l’on entend que certains rires sonnent faux, que certaines postures sont étudiées, que l’acceptation de soi viendra plus tard.

Et que l’insouciance, quelque part, c’est nous qui l’avons. L’insouciance d’être nous-mêmes. Nous ne nous devons qu’à nous-mêmes, nous n’avons plus de compte à rendre à une mère qui attend le sommeil fébrile que l’on passe la porte de la maison ou à un père à l’affût de bonnes notes ou de bons résultats. Nous savons mieux ce que nous valons. Nos corps sont épuisés mais nous les connaissons par coeur. Nous disons plus haut et plus fort ce que nous pensons. Nous avons appris à nous en foutre, à laisser tomber, à accepter, à compter sur nous et sur nous uniquement. Nous vivons toujours la peur au ventre. Nous sommes désormais ces parents qui attendent l’oreille aux aguets toute la nuit durant. Ces adultes qui craignent pour leur emploi, leurs impôts ou les dégâts dans leur maison.

Mais lorsque nos verres s’entrechoquent, ils le font sans arrière-pensée. Ils n’ont plus rien à prouver. Ils n’ont plus qu’à nous faire profiter.

Et ce n’est plus du pisang ambon dégueulasse.

-Lexie Swing-

 

 

Des corps de toutes formes

Elle est passée devant moi, le mini-short aventureux et la bretelle de débardeur un peu trop fine. Ses cuisses étaient larges, son dos aussi. Je sirotais un café assise sur l’escalier et ma mesquinerie intérieure s’est mise en route. Quelle idée de porter de telles fringues quand on est comme ça. Comme ça. Les mots sont restés en suspens dans ma tête. Et puis ils ont percuté ma pleine conscience.

Putain t’es qui pour dire ça.

J’ai le souvenir très net d’avoir entendu ma voix résonner dans ma tête. Mon intelligence et mon empathie prenaient à partie ma mesquinerie.

Et puis ça veut dire quoi? Au nom de quoi? Tu juges en fonction de quoi? C’est quoi tes critères? C’est quoi être grosse? C’est quoi être maigre? C’est quoi la bonne shape? Le bon vêtement? Et ça change quoi pour toi? Ça t’abime l’œil qu’elle ne s’habille pas comme tu le ferai à sa place.

Ma peur du regard des autres venait d’entrer en scène.

Mon engueulade intérieure a duré de nombreuses minutes tandis que je restais là à contempler la rue passante et mon café froid. Ce n’était pas la première fois que j’amendais un réflexe de critique d’autrui. Mais ce jour-là, c’est comme s’il avait été déconstruit.

Depuis, j’ai l’impression de repartir de zéro. Je juge encore la qualité d’un short, l’agencement entre deux fringues, et la nécessité qu’ont certaines de porter du clinquant. Mais c’est affaire de goût, plus de poids ou de forme.

C’est enivrant, ce reboot. C’est comme si ça ouvrait un champ des possibles, un champ de beauté bien au delà du préformé.

Le #allwomenproject est un produit du genre et c’est fascinant. Deux mannequins ont initié une séance photo avec tous types de femmes. Pas seulement les mannequins des podiums, pas seulement les mannequins taile + telles qu’elles ont la cote aujourd’hui, mais la femme lambda. La pas très grosse, la ronde, la rousse, la blonde, la noire, la métissée, celle avec des tâches de rousseur, celle avec un long nez, avec de petits pieds, avec des jambes démesurées. Toutes ne sont pas représentées mais l’ensemble donne un bel esprit de diversité. On s’y reconnait sans y être. On pourrait être l’une d’elles puisque rien ne semble avoir restreint le choix. A l’exception de la bonne humeur et d’une forme d’acceptation. C’est ce qui ressort de ces photos : la sérénité, la fierté, la joie de vivre. Ce ne sont pas des rondeurs, des pâleurs, des tâches de rousseur. Ce sont des vies, des formes, des existences qui dansent. Loin de tout schéma de pensée, de case et de produits types. De mannequins façonnés, d’identités stéréotypées, de shapes contrôlées.

Et c’est beau à voir.

-Lexie Swing-

Le (manque de) sommeil

./Photo Dagon

./Photo Dagon

6 heures. C’est mon nombre moyen d’heures de sommeil depuis un an. Elles sont souvent entrecoupées, parfois sauvagement, aux dix minutes pendant deux heures, parfois savamment, avec une régularité de métronome. Des réveils brutaux, des réveils difficiles, des réveils à-peine-endormie, des réveils à l’orée du jour, des réveils dix-minutes-avant-la-sonnerie-du-cellulaire. Et, alors qu’on engueulait frère, parents et jours venteux quand le réveil venait frapper à notre porte avant 11 heures le samedi, on se lève avec (plus ou moins bonne) grâce, pour nourrir , réconforter, apaiser (ou disputer, ça arrive aussi).

Comme beaucoup, j’étais du genre à penser qu’un bon parent a un enfant au sommeil complet et discret. Je n’ai pas failli entre mes deux enfants mais visiblement ma bonne parentalité a pris le bord. Car si le sommeil de Miss Swing reste agréable et lourd, celui de sa soeur est équivalent à celui d’un pois sauteur endormi sur le dos d’un hérisson remuant. Chaque soubresaut, chaque souffle de vent, sont autant de bonnes raisons de vagir en pleine nuit. Avec force et détermination. Quitte à se rendormir en catimini quand tout le monde est fermement réveillé. Il n’y a pas de petits plaisirs.

Et puis il y a les heures. Tous les réveils ne sont pas équivalents. Ceux de beuverie ou de somnifère sont bien plus pesants que les autres. Ceux des journées de dure labeur et de retour de vacances aussi. Il y a les narquois, qui te guettent à une heure du matin lorsque tu as traîné devant une énième série jusqu’à minuit. Et les roublards, qui anticipent la sonnerie du réveil de quelques minutes à peine, te laissant échevelée et de mauvaise humeur. Il y a les ponctuels, toutes les nuits à deux heures, sauf le jeudi. Et les économiquement durables, un réveil équivalant à une heure de pleurs, histoire de ne pas s’être levé pour rien. Il y a les brefs, le pied à peine posé hors du lit, l’enfant s’est rendormi. Et les brefs-mais-fourbes, qui attendent que tu te sois cogné contre trois pieds de lit et une commode pour rejeter le bébé dans les bras de ce bon vieux Morphée. Il y a même les doux, quand tu n’es pas encore couché et que l’enfant se réveille, les yeux pleins de sommeil et le sourire aux lèvres, juste le temps de sniffer ton pli du cou et de se rendormir béat.

Il y a mille réveils et parfois pas un seul. Mais les jours passent, l’année s’allonge et tu ne sais plus très bien comment c’était avant, sans pleurs, sans réveils. Comment c’était de s’endormir au coeur de la nuit et de se réveiller à peine avant midi. Et tu te surprends à avancer, jour après jour, avec dans ta besace quelques heures rares de sommeil et la conviction inébranlable et nécessaire que ce soir, c’est la bonne. Tu dormiras.

-Lexie Swing-

Etiquettes mignonnettes

L’an dernier, à la même époque, B. poussait la porte de sa nouvelle garderie. Une vraie rentrée pour ma deux ans et demi, avec tout ce qui va bien : nouveaux vêtements, nouvelles chaussures et nouvelles fournitures. La veille du jour J (je suis le genre de personne qui s’y prend à l’avance vous remarquerez), j’ai convoqué Facebook pour une réunion au sommet : «où pouvais-je trouver de belles petites étiquettes faciles à poser pour mes deux mains gauches et mon fer à repasser?».

Etiquettes Ludilabel./ Photo DR Lexie Swing

Etiquettes Ludilabel./ Photo DR Lexie Swing

Comme la team Française a été plus rapide à répondre que la gang Canadienne, c’est une entreprise toulousaine qui a gagné le droit de me fournir mes belles étiquettes (et de supporter mes dix-huit changements d’avis): Ludilabel. Reçues en quelques jours à peine, elles m’ont permis d’identifier les vêtements de Miss Swing avec à peine une quinzaine de jours de retard (non, je n’ai pas eu le goût de sauter sur mon fer à repasser dès le colis reçu, ça m’a pris quelques jours de négociation avec moi-même). Comme je n’avais pas beaucoup de choses à identifier, j’ai choisi un petit kit d’étiquettes thermocollantes pour vêtements mais il existe aussi des packs incluant des étiquettes pour objet (j’imagine que mon fer à repasser n’est pas le bienvenu à ce stade) comme le pack crèche (entendez garderie pour les Québécois) ou maternelle et école.

Le procédé est ludique : tapez le nom, choisissez une police, une couleur de police, une couleur de fond et une petite illustration pour aller avec. «À mon époque», une seule illustration était possible (ou alors je suis passée à côté de quelque chose, comme ma clairvoyance, ce qui n’est pas exclu) mais désormais c’est par gang de trois qu’elles s’ajoutent à vos étiquettes (à tour de rôle, pas de jalouses).

Ma belle et féroce E. a ainsi hérité d’un lion a-do-rable parce que je me suis sentie obligée de lui faire aussi des étiquettes même si elle n’avait que 10 jours à l’époque (mais j’étais ravie d’écrire son nom entier quelque part et encore plus de le voir apparaître sous mes yeux par retour de colis quelques jours plus tard!).

Les copines françaises m’avaient également recommandé c-monetiquette.fr à l’époque, sur le même principe.

Côté Québec (go achat local), je sais que Colle ton nom à la cote, tout comme C’est à moi. Personnellement j’ai une petite préférence pour Colle à moi que je testerai sûrement à une prochaine rentrée, j’ai un vrai faible pour leurs jolies illustrations.

Et vous, vous identifiez? Je sais qu’il y a des réfractaires à l’identification qui font fi des sourcils froncés de la directrice et des mots trois fois soulignés dans le carnet. Mais pour les autres? Envoyez vos bonnes adresses!

-Lexie Swing-

Immigration : les petites habitudes 

./ Photo Hugo Chisholm

./ Photo Hugo Chisholm

Quand elle sera grande, Miss Swing dira peut-être que « chez (elle), on mangeait toujours à 18h ». Elle ajoutera qu’on allait souvent faire un tour de vélo les soirs de fin de semaine, l’été venu, et que ses grands-parents venaient plusieurs fois par année. Elle précisera que pour Papi et Mamie, c’était toujours aux alentours de fin septembre, proche du marathon de Montréal, et qu’elle loupait alors la garderie, et peut-être l’école, pour une journée ou deux, histoire de profiter d’eux. Elle se souviendra que chez elle on mangeait beaucoup de légumes, souvent du tofu et presque pas de viande. Que les dimanches d’hiver sentaient le gâteau maison et ceux d’été le barbecue. Et qu’il y avait souvent des amis pour le partager. Elle se rappellera du train de banlieue que ses parents prenaient le matin, et par lequel ils rentraient le soir. Celui qu’elle guettait parfois, à la gare, quand son papa rentrait un peu plus tard. Elle dira dans un rire que ses vacances, c’était souvent la France. Et à ceux que ça fera rêver elle rappellera que pour elle c’était plutôt les vacances en famille que la côte et son sable fin. Mais elle saura aussi que ses voyages à elle, c’était les Etats-Unis, le Québec, et le reste aussi.

Si la nouveauté devient routine, alors elle se souviendra aussi des vacances en Floride, chez son oncle, du potager de légumes dans le jardin, et des paysages de la région de Charlevoix, qui ont tant séduit son père.

Ce qu’elle ne saura pas, c’est l’avant, l’avant elle, les premiers nous. Le frigo plein de croque-monsieur Herta, et de pâtes farcies. Les repas à 20h. Les 4h de route pour rejoindre Clermont-Ferrand. Les vacances dans les capitales européennes. Le jambon sous vide et le foie gras un peu trop souvent. Le vin qu’on débouchait généreusement. La neige inexistante. Elle ne connaîtra pas certains visages, elle ne saura rien de ce que furent nos habitudes et notre quotidien. La télé qui tournait sans cesse, les séries dont on se gavait, la musique omniprésente. Le travail qui finissait à 19h et les week-ends de permanence. Elle devra faire un effort pour compter en euros, et ne pas rajouter de taxe. Elle sera très généreuse avec les serveurs, distribuant des pourboires avec obligeance et obligation. Elle aura l’accent chantant de ceux qui vivent de l’autre côté de l’Atlantique. Elle aura ses propres habitudes, les nôtres, bien loin de ce qu’elles furent alors.

-Lexie Swing-