{Photos} Escapade à Villeray – Montréal

Mardi, entrevue avec une nouvelle propriétaire d’un café tout neuf. Pour cela, direction Villeray, à une bonne demi-heure en métro de ma job et l’occasion d’avancer un peu dans mon bouquin du moment. A peine descendue du métro, je ploie sous les assauts du soleil, la main en visière parce que j’ai – as usual – oublié mes lunettes.

Ma première étape, à cinq minutes de la station Jarry, c’est donc le café Perko, un nouveau (bien)venu créé par une ex-avocate reconvertie en heureuse entrepreneure. Mamans, étudiants, travailleurs autonomes, gens du quartier, le monde se côtoie avec facilité dans ce petit café.

Le café Perko./ Photo Lexie Swing

Le café Perko./ Photo Lexie Swing

J’ai repris la route en direction de la station Jean-Talon, non loin du marché du même nom. Villeray, c’est ce quartier voisin de Rosemont  et pas trop loin du Plateau Mont-Royal. C’est le même genre, en moins cher et moins chic, mais en plein développement.

./ Photo DR Lexie Swing

./ Photo DR Lexie Swing

C’est un quartier situé au nord-est de Montréal. Jusqu’en 1905 il s’agissait d’un village à part entière qui a ensuite été annexé à la ville de Montréal.

./ Photo DR Lexie Swing

./ Photo DR Lexie Swing

Je marchais sur l’avenue de Chateaubriand et j’ai tourné rue Dufour, attirée par quelques jardinets prometteurs. Mais finalement, c’est en hauteur que mon regard s’est accroché.

./ Photo DR Lexie Swing

./ Photo DR Lexie Swing

Comme à Rosemont, le quartier Villeray se caractérise notamment par des triplex, des escaliers extérieurs et ces fameuses ruelles où les enfants jouent. J’ai lu que les escaliers avaient été construits à l’extérieur lorsque la population est allée grandissante et qu’il a fallu créer plus de logements sans perdre sur la surface habitable.

./ Photo DR Lexie Swing

./ Photo DR Lexie Swing

Je trouve jolis et typiques les triplex à escaliers mais j’ai toujours une préférence pour les « joliment refaits » avec belles briquettes et escaliers modernes. De la poudre aux yeux peut-être, si je vois avec quelle facilité un revêtement extérieur bien choisi donne un coup de peps à un logement (oui je suis fascinée par les bâtisses :))

./ Photo Dr Lexie Swing

./ Photo Dr Lexie Swing

Avenue de Chateaubriand j’ai aussi croisé un drôle de portail. C’est toute la richesse de ces quartiers là, ces rencontres improbables.

./ Photo DR Lexie Swing

./ Photo DR Lexie Swing

Fut un temps, sur Lajeunesse, où filles et garçons étaient séparés. Même bâtiment mais deux portes d’entrée. Aujourd’hui, c’est un centre pour la jeunesse, justement.

./ Photo DR Lexie Swing

./ Photo DR Lexie Swing

A l’approche de la rue Jean-Talon, j’ai vu un édifice religieux au discours inspirant. En ces temps, voir tous ces symboles affichés ensemble a quelque chose d’émouvant. La photo n’est pas belle mais je me devais d’immortaliser quand même le moment.

Vous connaissez Villeray? On repart en balade bientôt?

-Lexie Swing-

Nos adultes de demain

.Photo Bass_nroll

.Photo Bass_nroll

Elle est brutale, il parle sans discontinuer, elle est introvertie, il est timide, elle est jusqu’auboutiste, il est trop câlin, elle est trop calme, il court tout le temps… Nos enfants sont bien mais trop. Ils ont ces caractéristiques qui nous plaisent parce qu’elles correspondent au standard des livres ou qu’elles nous ressemblent, et ces autres qui nous plaisent moins, parce qu’elles débordent du cadre ou peinent à le remplir.

Mon aînée est calme. C’était tellement chouette d’avoir un bébé calme. Au resto, en avion, chez des amis, elle restait droite et immobile, alerte et silencieuse, assise sur nos genoux, sans un regard pour les enfants qui couraient entre les sièges ou autour des tables. Facile, toujours. Elle a trois ans et demi. Elle reste toujours droite et immobile, assise sur nos genoux. Mais voilà que ça nous dérange. Pourquoi tu ne vas pas jouer avec les autres enfants?, l’implorons-nous. Elle reste silencieuse.

Ce qui plaît à 12 mois ne colle pas aux standards de la prématernelle, ni à ceux du secondaire (du collège) ou de l’âge adulte. Quelle est cette norme que nous avons figée au point de la rendre étriquée? La preuve de son incohérence c’est sa non résistance à l’épreuve du temps.

J’ai lu un article qui louait – finalement – le fait que les enfants «répondent» à leurs parents, preuve de leur volonté de prendre leur vie en main, et de remettre en cause le monde et la société, les normes qui leur sont imposées. Mais à quatre ans, nous leur lançons «on ne répond pas à son père!», quand à 20 on les implorera de faire des choix et de penser un peu par eux mêmes au lieu de suivre comme des moutons les goûts de leur troupeau d’amis tout en végétant au fond de notre salon-sous-sol, incapable de voir le monde autrement qu’à travers nos yeux.

On ne fait pas toujours les mêmes erreurs plusieurs fois. Je dois le reconnaître, nous sommes sacrément plus bienveillants avec notre numéro 2. Elle court partout? La vivacité et la sportivité sont de belles qualités. Elle grimpe sur tout et met ses doigts dans les prises? C’est bien d’avoir le goût du challenge et du risque. Elle est froide de prime abord? C’est une bonne chose de savoir être sur ses gardes…

On devrait être plus indulgents. Avec eux. Avec nous aussi. Mon bébé immobile et ses grands yeux fixes ont mangé le monde et si elle reste souvent dans son coin, c’est pour mieux l’appréhender et le savourer. Cela lui a forgé un sens de l’observation incroyable et une mémoire qui me rend envieuse. Dans tout enfant il y a des qualités insoupçonnées, des superpouvoirs que l’on prend parfois pour des retards ou des incohérences. Il y a la norme, et il y a le reste. La vie, en fait.

-Lexie Swing-

Tout ce que j’ai oublié de te dire

./ Photo Klausdie

./ Photo Klausdie

Ce serait le titre parfait pour un roman (quoiqu’un peu long), pour une lettre d’adieu ou un mot de souvenir. Mais c’est autre chose. Ce sont les silences du quotidien, le téléphone auquel on ne répond pas car on est trop occupé. Ce sont les mots auxquels je pense alors qu’il est déjà couché. Ce sont les textos que je n’écris pas car cela me paraît trop long avant même d’avoir commencé. Ce sont les phrases laissées en suspens au milieu du souper parce que le bébé a jeté sa purée et que la grande en profite pour crier. Ces mots d’adulte, ces phrases de couple, ces idées folles, ces pensées fuyantes, ces liens internet que je lui transmets sans annotation. Ce sont ces envies, ces rêves mais surtout ces infos du quotidien que je lui confie parfois des jours après, à la faveur d’une promenade en voiture où nous sommes les seuls à résister au sommeil. Ces phrases, ce sont :
– Il faut acheter des couches
– T’as regardé les promos pour Cuba?
– T’en penses quoi de cette robe?
– J’ai lu un truc sur l’éducation bienveillante, sur le temps passé avec nos enfants, il faudrait faire un peu comme ça, mais pas complètement, je ne suis pas d’accord avec tout, je voudrais que tu me donnes ton avis.
– T’as vu pour les femmes en Russie?
– Il faut que j’arrive à sortir la blague sur Francesca.
– J’ai vu un gars hier, un monsieur âgé, il draguait une jeunette, 40 ans de moins au bas mot. Il m’aurait poussée pour se retrouver face à elle. Si je te jure. Elle avait 20 ans. Ben oui, dix de moins que moi…

Il y a des jours où les idées m’échappent, où je voulais lui dire que… et je ne me souviens déjà plus. Ma pensée me revient en pleine nuit, pendant une insomnie. Ou dans le bain, tandis que je clapote les oreilles à l’abri pour faire obstacle aux cris rageurs de notre fille chérie. Parfois j’ai envie de lui laisser des mots. Parfois, en plein milieu de la nuit, je commence des textos. Je les efface après. C’est un peu ridicule. Je lui dirai demain. Je lui dirai tout. Je ne lui dirai probablement rien, en fait. J’aurais oublié. B. nous appellera. E. tentera « papa? » debout contre les barreaux, l’œil larmoyant et le nez qui coule. On se tiendra à l’essentiel, comme on fait souvent.

Bonjour, je t’aime. Bonne journée, je t’aime. Bonne nuit, je t’aime. Je t’aime depuis longtemps, je t’aime pour toujours. Le reste, je te le dirai plus tard, à l’oreille, dans le train, sur une note glissée dans la cuisine, sur ton téléphone, par courriel, entre deux cris, au dessus de leurs têtes, dans une autre vie peut-être. Mais sache que je t’aime et que c’est la seule chose que je n’oublierai jamais de te dire.

-Lexie Swing-

 

Mon bébé intolérant

Un biberon et trois kilomètres de cils./ Photo Kris Kesiak

Un biberon et trois kilomètres de cils./ Photo Kris Kesiak

Je l’ai glissé de temps en temps : «intolérante», «éviction des PLV», sans vraiment y revenir. Tempête est notre deuxième bébé. Quand on a découvert son intolérance, nous n’avons ressenti aucun coup de massue, aucune panique. On a appelé des copains concernés. On est revenu avec eux sur le je peux donner / je ne peux pas. On est passé une fois sur la liste de mots à traquer dans les ingrédients. Et puis on s’est lancé.

C’est l’effet deuxième enfant, probablement. C’est aussi dû au fait que le résultat n’est pas tombé comme un cheveu sur la soupe après une prise de sang. Aucun résultat n’est jamais tombé, d’ailleurs.

L’histoire de Tempête le bébé no PLV, c’est celle d’un bébé de deux mois qui éructe sans vomir, qui ne peut dormir que le torse relevé, un bébé un peu grognon, un peu énervé. C’est aussi celle d’un bébé de cinq mois qui est toujours malade, qui fait une otite, puis une rhinite, puis une otite de nouveau. Un bébé qui, rendu à 8 mois, avait pris des antibiotiques au moins deux semaines sur 4 pendant la moitié de sa vie. C’est aussi celle d’un bébé qui, a 6 mois, s’est mis cette fois à rejeter. Un peu, souvent, tout le temps. Des petites quantités, des plus grosses.

Bébé, nous lui avons donné du lait épaissi, pour bloquer ce que nous avions fini par identifier comme un RGO interne (allo médecin m’entends-tu?) (Ceux qui ont eu un bébé avec un RGO interne savent à quel point on se heurte à l’incompréhension des médecins dans ce cas). Puis nous avons cessé sur les coups de 4 mois. Elle est tombée souvent malade mais cela semblait moins la gêner. Et puis elle s’est mise à vomir pour de vrai et là nous avons forcé la main du médecin.

Oui c’est vrai. Pour la cinquième fois depuis la naissance de Tempête, on a dit «ce n’est pas normal». Pour la cinquième fois on m’a répondu «mais tous les bébés régurgitent c’est une histoire de clapet». C’était la fois de trop, il y avait eu trop de vomissements, trop de médicaments, trop de bébé barbouillé qui ne dormait que surelevé. J’ai demandé si c’était dangereux de donner du lait avec des protéines hydrolisées à un bébé peut-être pas intolérant. On m’a dit non, non mais c’est cher par contre, et c’est pas bon.

On a pris le pari. Elle a fait la gueule au premier biberon. Elle a englouti le deuxième. Et tous ceux qu’elle prend depuis 4 mois. Le lait était cher. Mais pas plus que celui qu’on achetait déjà, parce qu’on a des goûts de luxe. Maintenant, il nous est remboursé. Parce que… oui, le médecin a dû se rendre à l’évidence : au bout de trois semaines (on dit que c’est environ le temps pour que les PLV soient évacués du corps), elle n’était plus malade, elle ne vomissait plus et elle dormait à plat.

Il y a quelques jours, elle s’est remise à vomir en revenant de la garderie. Qu’avez-vous changé? Vous n’aviez pas cette compote là avant si? Lexie inspectrice au rapport. «On repasse aux préparations maison». Retour en arrière.

Tempête était au lait maternisé alors la transition a finalement été simple. On a supprimé le beurre, on n’a jamais commencé les yogourts comme le faisaient les amis du même âge, on a oublié le fromage. Peu à peu, on a introduit le soja, et puis les fromages de brebis et chèvre. Pas de problème.

La prochaine étape, c’est la visite des un an, et la réintroduction lente, en espérant que ça disparaisse tranquillement. En attendant, on mijote des recettes véganes et on cuisine aux laits végétaux. Elle a mangé son premier gâteau, fait maison. Et pour la maman d’un bébé intolérant… c’est un grand moment.

-Lexie Swing-

Deuxième enfant : de la théorie à l’usage

Jour de peinture./ Photo Thomas Hawk

Jour de peinture./ Photo Thomas Hawk

Le premier enfant, c’est l’apprentissage. A pas mesurés, on manipule le nouveau-né comme s’il était une bombe à désamorcer. Faux-pas sur le parquet, orteils écrasés, chapeau trop enfoncé et la sirène se met en branle avec une puissance qui pousse à fermer les fenêtres avec toujours, cette interrogation récurrente : « Les gens vont finir par penser qu’on lui fait du mal ».

Avec un premier enfant, tout est réfléchi, tout est inquiétant. Le pain, les prises, le sommeil, le nombre de biberons ou de tétées. Un enfant, c’est du bonheur et de l’insomnie. En gros.

Deux enfants, c’est du bonheur et je-dors-quand-je-peux-deux-heures-par-nuit. Fini l’insomnie, on n’a plus le temps. Deux enfants, ça apprend la relativité aussi. L’enfant arrivera à la prise à la vitesse de la lumière (je suis sûre qu’Enstein a tout pris de ses enfants). L’enfant a toujours envie de faire pipi lorsque le panneau « plus de station service avant 40 kilomètres » vient d’être dépassé. Et il est possible de trouver le même bonheur  aujourd’hui à faire l’épicerie en étant seul-sans-enfants, qu’hier, quand vous alliez clubber à la boîte du coin de Pétanche-les-Alouettes.

Quand arrive le deuxième enfant, on est devenu un vieux sage, et on sait donc que :

  •  Il est correct de donner du pain pour acheter la paix pendant les courses.
  •  Et de faire miroiter l’achat d’un Kinder surprise au passage à la caisse.
  •  Laver les cheveux une fois par semaine est suffisant.
  • On peut à peu près tout faire avec un enfant de dix mois à condition d’avoir le cœur bien accroché et un parquet qui ne craint pas, comme la peinture, la pâte à sel et jouer aux dominos.
  • Et oui, un bébé de dix mois ça lèche la peinture, ça mange la pâte à sel et ça jette les dominos.
  • La réponse à la question «mais comment tu fais pour ne pas qu’il se salisse» est «je garde les yeux fermés».
  • On peut redonner un gâteau pour bébé jeté par terre, il suffit d’enlever les quelques poils collés.
  • Occuper son bébé avec les clefs de la voiture est une mauvaise idée. Tout comme les mouchoirs en papier, le sopalin, le carton du sopalin, les sacs plastiques. Une bouteille d’eau presque vide fait un jeu idéal le temps d’occuper le bébé pendant qu’on appelle le mécanicien pour qu’il vienne crocheter la portière ou arrêter le mode «panique».
  • Un bébé n’aime pas les jeux de bébé. Un bébé aime les chaussures crottées, les poils de chien, les tiroirs, les placards, les toilettes, la baignoire, les prises, les sacs à main, les perles et autres petits accessoires microscopiques des jeux de ses aînés. Les bébés aiment les emballages mais pas le jeu dedans. Le jeu dedans, c’est juste pour le bonheur des parents.
  • Une pochette glissée dans le sac à dos remplie d’une couche, de lingettes et d’un biberon fait un sac à langer idéal.
  • Un body manches courtes est un bon pyjama d’été.
  • Les robes ne fittent pas avec la marche à quatre pattes.
  • Les robes ne fittent pas avec le bac à sable, les jeux d’escalade, la course, la bagarre et les pique-nique. En bas de 8 ans, les robes ne fittent pas, c’est tout. Mais on leur met quand même parce que c’est full cute.
  • Un bisou guérit un bobo. L’arnica guérit un bobo, surtout sous forme de petites granules sucrés.
  • Un enfant peut volontairement se cogner pour avoir de l’arnica.
  • Un bébé a besoin de sortir, même à trois mois. Pour le bien de tous : enfants, adultes, oreilles, patience, baladez-vous le plus souvent possible.
  • Un bébé confond volontiers caresse et morsure/pincement/griffure/tout ça en même temps. A petit bébé, gros animal donc, au risque sinon de voir votre chihuahua transformé en putching-ball pour nouveau-né. Contrairement à ce que croit le peuple, un gros chien est souvent plus calme et doux qu’un petit. Et il fait un excellent poney.
  • Du papier-bulle peut amuser un groupe d’anniversaire entier. Pendant une heure.
  • Inutile de commander un plat enfant au restaurant en bas de trois ans. Une assiette suffit. Avec des fruits dedans.
  • Il y a des habits pour la maison et des habits pour la garderie (l’école). Un t-shirt Mickey décoloré fait un excellent vêtement de garderie. Les vêtements que votre mère offre doivent être cantonnés au week-end.
  • Le blanc n’est pas une couleur. Toutes les cours d’école savent ça et se chargent d’en mettre sur les vêtements offerts par votre mère.
  • Les lessives ont inventé le «plus blanc que blanc», l’enfant a choisi le «plus gris que gris».
  • Lorsqu’un enfant dort, il ne faut pas privilégier les machines, la vaisselle ou le repas. Il faut privilégier le sommeil, la décompression ou le plaisir entre adultes consentants. Un enfant dort peu alors il faut agir vite.
  • Le moment où l’on ressent le plus d’amour pour son enfant est lorsqu’il dort à poings fermés. Le sommeil est donc vecteur d’amour. CQFD.

La liste est longue et non-exhaustive… Qu’ajouteriez-vous?

-Lexie Swing-

L’enfant intense

 

A l'affût de l'aspirateur./ Photo DR Lexie Swing

A l’affût de l’aspirateur./ Photo DR Lexie Swing

Tu connais le bébé intense? Pas comme dans besoins intenses (le BABI) mais comme dans « tu clignes de l’oeil, je suis à l’autre bout de la pièce en train de manger ton cordon d’ordinateur ». On a ce genre de bébé là nous. On ne connaissait pas. On avait le modèle « je te pose et je reviens dans une heure ». J’aurais pu cligner des yeux une nuit entière elle aurait été assise dans la même exacte position, concentrée sur un puzzle Djeco quatre pièces. Maintenant elle fait des 30 pièces et quelque et elle ne bouge pas beaucoup plus. Elle est juste dérangée de temps à autre par le diable de Tasmanie qui envoie voleter les bouts de ciel des petites pièces bien alignées et file s’essayer à une autre bêtise avant que sa soeur ait eu le temps de relever la tête.

Tu connais-tu ce genre d’enfant là? Tu peux le poser dans sa chambre 50 fois, quand tu reviens dans la cuisine, il t’a devancé et grimpe déjà dans le lave-vaisselle que t’essayes patiemment de remplir. C’est le Lucky Luke du déplacement à quatre pattes, et en plus il n’est jamais à court d’idées dangereuses.

B. dédaignait les prises, la javel et les trucs à escalader. Mettre ses doigts dans une prise est la première chose que E. a fait lorsqu’elle a su se déplacer d’un demi-centimètre sur les fesses. Ensuite elle a approché la mousse d’isolant toxique d’un mur encore nu de plâtre puis elle a  – de nouveau – mangé le fil de mon ordinateur.

C’est le genre d’enfant devant lequel t’oses pas fermer les yeux, au cas où il disparaitrait pendant que tu te reposes l’oeil droit. Le dimanche à 8H30, t’es déjà épuisé d’avoir dû le surveiller, lui qui vient de découvrir la dangerosité des commodes Ikea en même temps qu’Ikea lui-même, qui rappelle ses commodes « parce qu’elles sont tombées sur quelques enfants ». Rassurant.

Tempête avait de l’énergie, mais guère de techniques. Les genoux étaient fuyants et les pieds mal assurés. Un dimanche elle a réussi à glisser un genou sous son ventre, puis un deuxième. Le lendemain elle marchait à quatre pattes, et deux jours plus tard elle se mettait debout. Dix jours plus tard, elle pique mes pantoufles et s’enfuit avec, va rendre visite à son père qui clapote dans le bain et lui lance de l’eau, et puis repart, attirée par cette mousse toxique qui lui fait toujours de l’oeil.

Elle est infatigable… jusqu’à 19h. A 19h elle hurle comme une sirène, c’est le signal qu’il est temps de la coucher. Le lapin a besoin de recharger ses batteries. Elle hurle deux, trois fois dans la nuit, histoire d’être certaine que je ne dors pas trop profondément, et puis repart du bon pied, vers 6h05, avec l’énergie  de ceux pour qui le monde n’est jamais assez grand.

Et vous, vous avez un bébé du genre? DITES-MOI QUE ÇA CHANGE UN JOUR.

-Lexie, épuisée-

Bye Instagram!

./Photo Wokandapix

J’ai lu ce matin cet article de Courrier international sur la place des réseaux sociaux dans nos vies et, j’avoue… J’ai souri. Souri parce que, il y a quelques jours ou semaines, j’ai quitté Instagram, par la petite porte. J’ai cessé de publier, puis de commenter, et finalement de consulter les photos des autres. J’y ai toujours un compte et je consulte parfois en sous-marin. Mais la suppression de l’application sur mon téléphone rend la chose beaucoup plus difficile.

Mon usage était devenu anxiogène. Je publiais finalement peu mais je me surprenais souvent à penser « ça ferait une belle photo Instagram ». J’avais souvent l’impression de stalker mes amis, tout en me demandant où ils étaient, et avec qui.

Je ne veux plus prendre des photos de mon enfant de dos, le jour de son anniversaire, pour pouvoir la publier sur les réseaux sociaux.

Je ne veux plus ouvrir un œilleton grand comme un écran de cellulaire et observer la vie des autres, sans leur contexte, sans leurs coulisses, et sans sous-titres.

Je ne veux plus attendre pour commencer mon plat ou une activité d’avoir instagrammé son contenu.

Quel sens a tout ça? Pour qui sont ces photos que l’on partage par milliers, rarement brutes, souvent retouchées, toujours travaillées.

Quel est la logique d’une mère comme moi qui voit sa fille faire ses premiers pas et, loin d’apprécier le moment, s’empare de son téléphone en disant « vas-y recommence chérie! ». #instababy #mamanfiere #premierspas

Combien de fois avons-nous partagé à des milliers de gens, à travers les réseaux sociaux, des photos qui n’étaient à l’origine destinées qu’à un seul? Et puis quid des visages de nos enfants, mille fois exposés contre leur propre volonté. Le consentement n’a de valeur que lorsqu’il est éclairé, formulé par des enfants suffisamment âgés, est-ce pour cela qu’on doit s’en moquer? Je ne crois pas.

Je prendrais toujours des photos pour les autres, je filmerais toujours mes enfants pour partager leurs apprentissages. Mais je le fais dans un but précis, pour partager à ceux que ça intéresse, à ceux qui les aime et ont un rôle dans leur vie. Des personnes que l’expatriation a rendu distantes de fait et avec qui nous avons besoin d’échanger des images pour donner des couleurs et du son à ce qu’elles savent de nos enfants. D’autres qui sont géographiquement proches, ces oncles et tantes d’adoption qui leur tiennent la main au quotidien. Je ne veux plus de ce système auquel je ne trouve plus de logique. Et je ne veux jamais, plus jamais, interrompre un jeu avec ma fille pour partager sa photo – de dos – à des milliers d’inconnus.

Tout le monde l’aura oubliée un instant plus tard, dans un battement de cils. Restera seulement le souvenir de ma fille, sa mère derrière ce maudit écran, et ses yeux absents.

-Lexie Swing-

 

PS Et désolée pour mes amis qui penseront que j’ai vu leurs photos alors que mon compte est en veille. Mais je reste friande de toutes vos photos, de vos nouvelles, de vos vidéos. Mon cellulaire et mon courriel vous sont ouverts, noyez-moi sous les photos de bébés, de belles vues et de jolis plats. Parce que j’aime toujours ça.

Welcome to my mind

Mind./ Photo Devanath

Mind./ Photo Devanath

A la fin de chaque mois, aux alentours du 20, mon opérateur m’annonce d’un ton terriblement détaché (par texto, c’est dire à quel point il s’en fout) que je n’ai plus de mega et que je ne peux donc plus utiliser mon internet en dehors des bornes wifi, à moins de vouloir filer un rein pis la rate pour payer mon forfait.

Je suis donc contrainte à faire autre chose que traîner sur mon cellulaire à Googler des trucs improbables et mettre à jour mes courriels aux 5 secondes. Généralement, la fin du mois concorde avec mon oubli de reprendre des livres à la bibliothèque. Fait que… Je me retrouve à devoir regarder autour de moi et me distraire par moi-même. L’angoisse. Comment on fait déjà ?

Bon ça m’a pris un peu de temps mais j’ai fini par me rappeler. Il faut dire que j’ai une imagination débordante. Quand j’étais ado, je vivais dans ma tête des moments incroyables où j’étais l’héroïne d’aventures amoureuses trépidantes incluant beaux acteurs et rencontres impromptues. Normal.

Mon jeu préféré n’a pas perdu en intensité mais les beaux acteurs ont été remplacés par des amis perdus de vue ou des personnages importants que je rencontre donc dans ma tête en imaginant des conversations où je brille par mon intelligence. C’est tout moi. Je vous ai déjà dit que j’avais la repartie d’un poulpe à l’agonie? Et bien dans ma tête, non. D’ailleurs quand la phrase ne sonne pas bien, je la recommence. C’est parce que c’est moi le chef.

La rencontre se fait toujours au coin d’une rue. Généralement vers mon boulot. Parce que quand j’y pense je suis sur le chemin, partant de mon bureau. Faque mon esprit divague et, oh boy, incroyable, toi ici? Si loin de ce patelin de France où nous sommes connues (ou « connus », je ne suis pas contre une rencontre avec quelques gars qui m’ont plaquée et que je pourrais désormais éblouir de mon charme de trentenaire accomplie) il y a de cela un siècle environ je sais je n’ai pas vieilli d’un poil. (Toi si par contre mais même dans ma tête je suis pleine de tact alors je souris et je fais fi de rien).

Là, la conversation se déroule. Souvent, je suis accompagnée de mon amoureux (rasé mais pas trop, avec les cheveux attachés à moitié, une chemise, de beaux jeans et sa cadette en porte-bébé façon papa impliqué mais naturellement stylé) et de mes filles donc.

Et je parle de mes filles. Et puis de mon chum. Et je dis chum d’ailleurs. Et j’explique, l’air faussement désolée « c’est le mot québécois désolée j’oublie ». Et puis je ris. Dans mon imaginaire j’ai le rire pointu, bref et satisfait. Dans la vraie vie j’aurais assorti cette remarque d’un rire niais mais héroïne de l’histoire je suis, rire appropriée j’ai donc!

Je parle de Montréal. Ça fait rêver Montréal, l’expatriation, toussa. Surtout quand tu viens de France et que tu pourris sur pied dans le climat qui se détériore (et la météo aussi d’ailleurs). Je dis « Justin » en parlant du premier ministre et je roule des yeux condescendants quand on me répond « qui, Bieber? »

Et je porte une robe ajustée. Genre moi qui vais à un 5 à 7 réseautage journalistes. J’ai mes filles, pis mon chum mais je vais à un 5 à 7 et j’ai la robe parfaite et les talons fashion mais confortables. Logique. D’ailleurs, quand je me perds dans mes pensées, je refais mille fois la scène jusqu’à avoir la bonne tenue, la bonne coiffure et le bon timing. « Je pourrais croiser machine… » Mon esprit s’emballe et puis la raison lui met le holà : « Non mais si tu croises machine la fille-qui-a-tout-réussi à 16h. T’as le temps de jaser ok, parce que ton train est qu’à 50 mais là elle te voit avec ton sac Dollarama avec tes bougies pas chères pis ta nappe à 3 dollars. Ok, on remonte le film. Tu passes pas à Dollarama ce jour-là. Tu sors plus tôt. Tu croises machine la fille-qui-a-tout-réussi à 16h. T’as mis ta super robe et tes escarpins. Ah non pas les escarpins, tes ongles sont moches. Bon on remonte le film. Hier t’es allée te faire faire les ongles pis ce midi t’es PAS passée au Dollarama… »

Fait que oui, j’me dis tu et j’rentre chez moi (chez nous) fatiguée. Ma fille parle du pont d’Avignon et fait le chat qui miaule et on dirait qu’ensuite je serais un oiseau et je me demande bien d’où elle tient tout ça, cette imagination. C’est fou les enfants non?

-Lxie Swing-

Bonne fête de la Saint-Jean!

 

Balloune aux couleurs de la fête./ Photo DR Lexie Swing

Balloune aux couleurs de la fête./ Photo DR Lexie Swing

La Saint-Jean, ou Saint-Jean-Baptiste, est la fête des Québécois. Si j’en crois Wikipedia, c’était initialement une fête religieuse célébrant la naissance de Saint Jean le Baptiste, récupérée depuis 1834 comme fête des Canadiens Français. C’est un jour férié pour nous.

Tempête qui bronze d'un seul pied./ Photo DR Lexie Swing

Tempête qui bronze d’un seul pied./ Photo DR Lexie Swing

Chaque année, ma ville organise son lot de festivités gratuites autour du lac de Saint-Bruno : ballons, jeux gonflables (au moins 5 ou 6 cette année), carrousel de poneys (mais pas pour nous), animaux de la ferme dont des lapins que les animateurs permettaient de caresser, canoé, maquillage, démonstrations sportives, concerts de l’école… C’est festif, les files ne sont pas longues pour accéder aux jeux et la limonade est bonne. Que demander de plus? Ah oui, un enfant accompagnant, histoire que Miss Swing ne nous fasse pas faire la file 40 fois pour finalement renoncer à monter dans les jeux! L’an prochain avec Tempête peut-être?

Les jolis lapins./ Photo DR Lexie Swing

Les jolis lapins./ Photo DR Lexie Swing

Et vous, votre Saint-Jean?

-Lexie Swing-

Grande soeur de rêve

Entre soeurs./ Photo DR Lexie Swing

Entre soeurs./ Photo DR Lexie Swing

Si  j’avais eu une grande soeur, j’aurais voulu que ce soit Miss Swing. Je ne connais personne d’aussi prévenant et d’aussi patient qu’elle. Le matin débarque, et avec lui son lot d’habitudes et de choses à faire. Elle crie « bonjour petite soeur! » à Tempête qui, bien souvent, s’est réveillée avant elle. La petite bat des mains et secoue ses genoux, tentant vainement d’imiter son aînée qui s’affale sur le sol, empêtrée dans ses propres pieds.

Elle voudrait l’emmener par la main mais l’âge du bébé le contraint à l’immobilité. Alors elle me presse : « Prends la maman », et puis « donne lui un gâteau elle a faim ». Le gâteau tombe de la chaise haute, Miss Swing se jette au bas de son banc, abandonnant tartines et conversations pour se saisir du gâteau et le reposer sur la tablette de sa cadette.

Il y a les chaussures qu’elle n’oublie jamais, le chapeau qu’elle enfile quelque peu brutalement sur sa tête et qui est souvent source de chicanes car Tempête n’aime guère que l’on mette un chapeau sur sa tête… Il y a la peluche, la sienne, qu’elle prête sur le chemin car sa soeur n’en a pas, et les baisers qu’elle revient faire par trois fois, avant de laisser sa soeur à son éducatrice et de rejoindre son groupe.

Il y a surtout ses conseils, ses expressions, son scepticisme. Ses « mais non, ma soeur n’aime pas ça » et ses « tu as oublié son gilet ». Il y a ces jouets dont elle l’ensevelit de peur que sa soeur s’ennuie et son air grave, lorsqu’elle se tient contre la chambranle d’une porte en déclarant « je reste là, comme ça elle me voit, sinon elle pleure quand elle ne me voit pas. Ici je peux parler avec toi maman, mais je n’avance pas sinon elle ne me verra plus ».

Il y a cet amour, incroyable, débordant. Ses affirmations « je l’aime ma soeur, pour toute la vie ». Ses raisonnements « Je suis sortie de ton ventre en premier, et elle en deuxième, c’est pour ça que je suis plus grande, j’étais un bébé, et puis j’ai grandi et maintenant c’est elle le bébé ». Elle ne se souvient pas comment c’était avant, elle ne sait plus qu’elle a été seule, enfant unique. Et elle ne veut pas se souvenir. Elle est une soeur, avant d’être une seule. La meilleure des soeurs.

-Lexie Swing-