Tannée du froid

Froid./ Photo Geert Schneider

Froid./ Photo Geert Schneider

Je suis tannée du froid. À en croire les gens qui vivent ici depuis des décennies, c’est la première fois qu’il fait aussi froid aussi longtemps. Appréciez la précision. Il a déjà fait aussi froid. Il a déjà fait froid longtemps. Mais aussi froid aussi longtemps, non.
Malgré les températures redoutables de ce mois (le -20 indiquait presqu’un redoux), ce n’est pas tant le froid extrême que la longueur qui commence à me moutarder le nez. Si le soleil est bien présent pendant l’hiver, il ne réchauffe guère. Point de caresse apaisante d’un rayon bienvenu, le froid est bien trop froid pour autoriser une telle entorse à l’hiver.
Je n’envie pourtant pas l’hiver français de mes régions. La pluie et le brouillard sont deux expressions climatiques dont je me passe avec facilité désormais. Mais la longueur de l’hiver est déprimante.

Demain, bientôt, ce sera mars. Les cabanes à sucre, le (vrai) redoux annoncé. -2 en fin de semaine. Et puis avril. Avril et … la pluie. Exit la douceur du printemps, avril est devenu mon number 1 des worst months ever, à peine éclairé par les bougies soufflées pour mon anniversaire. Deux ou trois semaines de pluie infamante pour ce mois réputé être celui du renouveau, de chaussures mouillées, de cheveux trempés. Lorsque l’on sort de six mois d’hiver, la pluie c’est l’enfer, c’est l’ennemi.

Je suis tannée du froid, et si j’en crois les gens qui persiflent le matin dans mon train, cela ferait presque de moi une vraie Québécoise. Car celui qui croit que les Québécois ne sont heureux que dans la neige ne les a jamais croisés au sortir de l’hiver, quand les jupes sont plus courtes que la barre rouge et verticale sur le baromètre.

Heureusement, bientôt mai sera là, dans deux mois?

-Lexie Swing-

Brioche buchty

Brioche buchty./ Photo DR Lexie Swing

Brioche buchty./ Photo DR Lexie Swing

Je partage rarement des recettes de brioche. Il faut dire qu’aucune ne m’a jamais vraiment convaincue. En la matière, mes papilles sont comme retenues en otage par le bon goût des brioches de boulanger et je ne suis guère tendre en ce qui concerne leurs homologues faites maison.

Quand j’ai lu la recette de la brioche buchty, mon attention a été retenue par l’utilisation de la crème fraîche à la place du beurre. Cela m’a rappelé la saveur de la gâche vendéenne. Et puis le blogue qui publiait cette recette vendait bien son produit : la mie filante était inratable!

Je me suis donc attelée à la tâche, non sans avoir au préalable interrogé Mike, l’auteur, pour savoir combien de levure de boulanger sèche utiliser dans ce pays où je n’ai pas encore mis la main sur la levure fraîche.

Pour une brioche (j’ai divisé la recette initiale par deux)

* 250g de farine

* 45g de lait entier

* 2g de levure sèche (si si c’est possible) ou 5g de levure fraîche

* 30g de sucre

* 1 oeuf

* 100g de crème fraîche (celle de chez Liberté est excellente)

* Sel (une demi cuillère à café)

* Sucre glace pour saupoudrer

Délayez la levure dans un peu de lait tiédi et laissez mousser dix minutes environ.

Profitez-en pour verser la farine et le sucre en grains dans le bol du robot. Ajoutez le sel sur un côté. Faites un puits et versez-y la levure. Mélangez.

Ajoutez l’oeuf, le lait, puis la crème. Mélangez et pétrissez au crochet pendant dix minutes à petite vitesse.

Formez une boule, couvrez d’un linge humide et laissez gonfler la pâte dans un endroit chaud.

Lorsque celle-ci a doublé de volume, formez des petites boules de pâte d’environ 40g et disposez-les sur une plaque recouverte de papier parchemin ou sulfurisé, tenu par un cadre en aluminium (j’ai utilisé un moule à cheesecake dont le cadre se retire). Espacez-les car elles vont se coller ensuite. Laissez-les monter dans un endroit chaud.

Enfournez à 300°F ou 150°C pour 30 minutes. Attendez que la brioche ait refroidi et saupoudrez de sucre glace.

Notes glanées à force de lectures:

– Vous pouvez remplacer les 100g de crème par 10 cl (la moitié d’un pot donc, souvent) et faire en sorte que votre mélange oeuf + lait = 100g (ainsi que le suggère Valérie de C’est ma fournée).

– Vous pouvez, après la première poussée, réfrigérer votre pâte et former les boules seulement le lendemain matin. Vous pouvez aussi faire les deux levées et réfrigérer votre brioche en filmant bien le plat. Le matin venu, sortez votre pâte, préchauffez votre four à 50° environ et éteignez. Enfournez votre brioche et laissez-la lever de nouveau pendant 40 minutes. Sortez, préchauffez à 300°F ou 150°C et faites cuire 30 minutes.

– Si vous ne comptez pas manger votre brioche dans la journée, congelez-la. Le mieux est de le faire boule par boule.

– Elle est peu sucrée, dans le but d’être mangée avec de la confiture ou de la pâte à tartiner. Si vous aimez les brioches très sucrées, augmentez la dose!

– Beaucoup de blogueurs recommandent d’utiliser de la farine T45.

– La Buchty est une brioche allemande, ou tchèque ou polonaise, selon les histoires, mais de l’Est donc :)

Bonne dégustation!

-Lexie Swing-

Prendre un cours de couture avec les Triplettes

Direction les ateliers./ Photo DR Lexie Swing

Direction les ateliers./ Photo DR Lexie Swing

Je n’ai pas beaucoup de passion durable dans la vie, en dehors des livres et de l’écriture. Mais je saute joyeusement d’un projet à l’autre, toujours en quête de nouveautés.

Quand j’étais enfant, mon amie A. et moi étions gardées par “Tatie”, une nounou comme vous n’en trouverez plus et qui, de métier, était couturière. C’est donc tout naturellement qu’à 4 ou 5 ans elle nous a appris à coudre. Des boutons sur une forme dessinée d’abord, et puis des choses plus compliquées. À la même époque, j’ai eu ma première machine à coudre (et la dernière à ce jour). Et puis je me suis lassée.

Ceci dit, mon amie A., elle, s’y est remise il y a quelques années, et avec talent. Elle a cousu plusieurs choses pour Miss Swing dont sa couverture préférée et la cape de Petit Chaperon Rouge de son dernier costume d’Halloween. Si j’admire énormément ses créations, j’ai vite ressenti moi-même l’envie de faire d’aussi jolies choses. Alors quand ma mère, pour ma fête (oui nous fêtons les fêtes) m’a demandé ce que je voulais, j’étais enfin prête : “un cours de couture”.

Comme mon amie A., je voue un culte au Liberty, un tissu difficile à trouver ici au Canada. Il y a un an, j’avais fini par dénicher le coussin de mes rêves – à plus forte raison parce que c’est un nuage – dans une petite boutique montréalaise tenue par une Française. Elle donne aussi des cours, c’est donc tout naturellement que je me suis tournée vers elle le moment venu.

Marion, la propriétaire, propose plusieurs cours et plusieurs projets à réaliser, comme des coussins, des sacs, des vêtements. Pour ma part, j’ai choisi de réaliser une pochette à dessin pour Miss Swing, en deux cours.

Premier samedi, je me rends donc à Rosemont, dans une bâtisse surprenante abritant de nombreux artistes. Je salue l’autre “étudiante” et me plonge dans les tissus pour choisir avec Marion ce qui sera le plus adapté à ma réalisation.

La pochette terminée./ Photo DR Lexie Swing

La pochette terminée./ Photo DR Lexie Swing

Je mesure, je coupe, et puis il est temps de passer aux choses sérieuses : la machine. J’avais quelques appréhensions et des doutes quant à ma capacité à comprendre des consignes simples comme “passe le fil dans le chas” alors j’ai lu quelques tutos et regardé des vidéos. Heureusement, Marion se charge de remplir ma canette, une étape qui me semble insondable à ce stade.

Finalement, les gestes reviennent, ou s’apprennent, vite. L’aiguille court le long du tissu à mesure que mon pied enfonce la pédale. Je prends les courbes, suis les traits droits tracés au crayon et retiens mon souffle au moment de faire un point arrière pour fixer le tout.

Le cours passe à toute allure, je range mon travail en haut d”une étagère et prend congé. Deux semaines plus tard, retour à Rosemont où mon travail m’attend sagement. Nous sommes un peu plus nombreuses et je pense que mes nombreux appels ont retiré quelques minutes d’attention aux autres apprenties couturières. Mais je suis la seule à réaliser un tel projet et la tâche est un peu plus ardue que prévu. Finalement, c’est avec l’aide et la patience de Marion que mon sac à dessin se terminera.

J’ai hâte de recommencer, peut-être pour un programme complet d’apprentissage (travail des différents points et plusieurs projets à réaliser) et je convoite déjà une jolie petite machine pour mon anniversaire le mois presque prochain…

Les Triplettes, Atelier au 5795 de Gaspé, suite 213 B, Montréal

A partir de 24 dollars le cours.

 

-Lexie Swing-

 

Être un bon parent

Câlin du matin./ Photo Matteo Bagnoli

Câlin du matin./ Photo Matteo Bagnoli

Avant d’avoir un enfant, j’avais une vision très pratique du bon parent : il offrait le gîte, le couvert (bio si possible), du linge propre, de l’amour et un cadre solide. C’était un peu comme naître au Ritz : quelqu’un pour répondre à tes moindres désirs, te coucher dans des draps moelleux et te nourrir (à la cuillère en argent).

Et puis elle est née et comme j’ai un sens de l’organisation domestique équivalent à celui d’une dinde enfermée dans le noir, cette notion de la bonne parentalité a tourné court. Côté amour et cadre solide, on se tient. Les règles sont posées, on les répète souvent, on y déroge peu et pas sans de solides arguments étayés en trois dessins commentés. Mais force est de constater que le côté pratique de la chose n’a pas suivi.

Déjà, nous n’avons jamais de tenue de rechange le jour de l’accident, quand la Miss essaye d’attraper un jus de bleuets un matin de brunch dans un restaurant chic et se le déverse entièrement sur ses pantalons neufs (“oooo palon sont sales”… Voilà c’est ça chérie) et nous avons déjà parcouru la moitié de la rue Saint-Hubert à la recherche d’une boutique qui fasse vêtements ET culottes pour réparer les dégâts d’un accident pipi (“vous auriez un sac en plastique avec ça? C’est pour mettre sur le siège…”).

Ensuite, je ne compte plus le nombre de fois où j’ai prononcé la phrase “Je pense qu’il va falloir lui mettre son maillot de bain elle n’a plus de culottes…” et les chaussettes disparaissent mystérieusement après leur tour dans la machine à laver.

Nous ne sommes pas franchement le genre des parents à avoir des caisses de chandails et des mouchoirs au kilo. Nous arrivons régulièrement en fin de stock et sommes contraints de moucher le nez à l’aide de papier toilette et de fouiller les fonds de sacs à dos pour retrouver une couche neuve à 20 heures.

Nous partons en week end sans couverture et devons l’envelopper dans un vieux pull à nous. Nous lui attachons des serviettes avec des noeuds grossiers pour pallier l’absence du bavoir oublié au fond de l’évier. Et nous quémandons de l’arnica aux copains qui ont ça.

 Ce n’est pas toujours pratique, parfois chiant pour les autres. Mais aujourd’hui je sais aussi que ça ne tient pas à ça, d’être un bon parent. À l’image de l’amour conjugal, ce sont plutôt ces petites preuves quotidiennes, ses céréales maison que je prépare le matin, ma main dans la sienne quand elle a peur, mes quelques nuits passées assise sur un pouf, à côté de son lit, quand elle était malade, ma capacité à répondre à ses besoins, à n’importe quelle heure, ma volonté de résister parfois à ses demandes pressantes (“bonbooooons maman”) parce que je veux le meilleur pour elle (et pour ses dents), pas seulement tout de suite, mais aussi dans dix ans.

 Je lis ou croise des femmes, des amies, qui à l’aube de la naissance de leur premier enfant se demandent si “elles sauront”. Mettre une couche, donner un bain, donner le sein ou le biberon, ça s’apprend, mais donner de soi, donner le meilleur, réconforter et réchauffer, fusse dans un vieux pull, c’est inné, c’est en nous, ça ne demande qu’à sortir. Vous saurez.


-Lexie Swing-

 

PS Sur ce sujet du bon parent mauvais parent, je vous encourage à lire ce superbe article, à la fois drôle et plein de bon sens, sur la différence entre être une mauvaise mère et une mauvaise maman.

Je ne veux paaas

Je ne t'entends paaas./ Photo  MS

Je ne t’entends paaas./ Photo MS

On parle souvent du terrible two et de la crise du non, ce mot charmant et court que nos enfants apprennent bien trop tôt. Dans sa version édulcorée, il y a aussi le « pas », et à ce jeu, Miss Swing la littéraire est championne.

– Bonjour chérie, tu as bien dormi ?

– Non, pas dormi chérie.

– Tu n’as pas dormi ou pas bien dormi?

– Pas bien dormi.

– Ok, viens (l’enfant hurle et se débat).

– Noooon, pas viens, dodo dodo.

– Tu veux faire dodo?

– Non, pas dodo

(Je me disais aussi…)

– Allez, on va voir Papa, dis bonjour à Papa.

– Pas bonjour Papa.

– Bonjour à toi aussi chérie, tu veux faire pipi ?

– Non pas pipi.

– Tu veux t’habiller alors ?

– Non je veux pas s’habiller, veux faire pipi.

 

Maman irait bien se recoucher.

 

( Nan pas coucher maman)

 

;)

 

-Lexie Swing-

 

Deux ans

Tes cheveux en bataille, que seule ton éducatrice parvient à dompter

Miss Swing./ Photo DR Lexie Swing

Miss Swing./ Photo DR Lexie Swing

Ton accent mi-anglais mi-créole

Tes yeux immenses

Ton goût pour les fruits

Ton ventre tout rond

Ta litanie « Pour Papa, pour Maman, pour Loulou, pour Talou, pour Mamie… » quand on te brosse les dents.

Ta passion des chaussures

Ton incroyable souplesse

Tes pieds qui ont pris deux tailles en deux mois après avoir stagné pendant un an

Ton amour des animaux. Tous les animaux.

Ta précision

Ta dextérité pour mettre des chaussettes

Tes câlins brefs

Ton nombril que l’on devine sous ton chandail

Ton pouce que tu ne lâches pas

Tes « palons » que tu réclames sans cesse, et que tu refuses de nommer correctement.

Tes phrases de plus en plus construites, et de plus en plus justes.

Tes deux ans avec nous, joyeux, bordéliques, inspirants, parfois épuisants, enthousiasmants, sans regrets, sans aucun regret.

 

Et notre vie que tu as changé pour toujours.

 

Joyeux anniversaire ma toute petite.

 

-Lexie Swing-

 

 

Un brunch au Communion

Brunch Santé au Communion./ Photo DR Lexie Swing

Brunch Santé au Communion./ Photo DR Lexie Swing

EDIT : le Communion est désormais fermé

Un couple d’amis et leur adorable petit blondinet bouclé étant de passage à Montréal (en provenance de Clermont-Ferrand), j’ai cherché un endroit adapté pour le brunch de dimanche. C’est toujours un véritable challenge de choisir un restaurant dans ce cas : je veux quelque chose de convivial, de bon et d’abordable. J’ai envie de montrer le meilleur de ma ville à mes amis venus de loin et c’est un vrai défi! Après avoir arpenté la Toile, j’ai choisi le Communion. En plus de quelques commentaires très positifs, j’étais tombée sur quelques commentaires négatifs, je m’y suis donc rendue avec une petite appréhension. La consigne c’était : bon, sur le Vieux-Port, adapté aux enfants. Et ce n’est rien de dire que c’était l’endroit parfait!

Déjà, comme nous étions six (avec les pitchous), j’ai pu réserver pour le dimanche, 11 heures. Très appréciable car nul n’a envie de faire la file une heure durant, quel que soit le bon goût des oeufs bénédictines, avec un marmot affamé dans les bras.

Lorsque nous sommes arrivés, les serveuses nous ont immédiatement apporté deux chaises hautes. Nous étions dans une partie moins cosy de la salle, mais beaucoup plus adaptée au nombre que nous étions. En attendant nos amis, on nous a servi du café et un pot en fer contenant du beurre et du pain grillé : demi-bagel, multigrain, blanc, etc. Parfait pour patienter! Nos amis ont finalement réussi à braver la tempête – et quelle tempête dimanche matin! – et nous avons donc pu rapidement commander. À en croire Mr Swing et mon amie, les oeufs bénédictines étaient succulents. Pour ma part, j’avais pris le « santé » : oeufs pochés (un poil trop cuits, plutôt mollets, mais très bons), pousses d’épinards, chèvre frais, tomates confites, pancakes aux bleuets arrosés de sirop d’érable, salade de fruits frais et granola maison. Comme je commence à me lasser un peu du brunch traditionnel du type oeufs brouillés – pommes de terre, j’ai trouvé cette proposition parfaite! À noter qu’une version plus traditionnelle existe aussi.

Côté enfants, deux choix, soit salé, soit sucré. La miss a donc pu déguster des crêpes tandis que son voisin de table se concentrait sur la salade de fruits… Les enfants ne sont vraiment plus ce qu’ils étaient ;)

Une adresse à tester, approuvée notre part!

 

-Lexie Swing-

J’aurais aimé être à sa place

Pause lecture./ Photo Daniele Zanni

Pause lecture./ Photo Daniele Zanni

Il est assis là, sur la banquette en faux cuir élimé d’un food court quelconque. Il a jeté son manteau en vrac à ses côtés mais gardé son bonnet sur son front plissé. Je le dévisage sans qu’il ne prenne un instant conscience de ma présence, plongé comme il l’est dans sa lecture. Plongé dans sa lecture… Son abandon fait envie, me fait envie, tandis que je cours prendre mon train. Je descendrai, courrai le long du quai, sauterai dans l’autobus puis partirai faire quelques courses. Il y aura le repas, les jeux, le bain, la vaisselle, le coucher, et peut être un peu de lecture quand même ensuite si le moment s’y prête et que la fatigue ne m’est pas tombée dessus avant.

Il y a quelques mois, au détour de l’été, j’avais dit à Mr Swing combien je voulais prendre un moment, combien j’avais besoin de temps pour moi. « Ok, m’avait-il dit, tu veux faire quoi? Un sport? De la musique? » « Je veux lire dans un café », lui avais-je répondu. Ça sonnait féerique, inaccessible, terriblement restreint aux jeunes étudiants qui étudiaient chaque samedi dans le Starbucks de mon quartier.

Je ne l’ai jamais fait.

Depuis nous avons déménagé et Mr Swing est celui qui rêve d’avoir une fois, rien qu’une fois, un moment en sortant du boulot pour aller arpenter les rayons du disquaire sans traîner derrière lui son enfant complaisante mais affamée, qui parsèmerait les allées de miettes de gâteaux tel un Petit Poucet en vadrouille. Un Petit Poucet qu’il faut moucher, rattraper et empêcher de jouer avec les piles savamment dessinées des derniers albums à la mode. Être parent, c’est savoir que l’on ne sera plus jamais seul. Une idée terriblement réconfortante et aussi relativement angoissante, finalement.

Rien à voir mais un jour, à Dublin, j’observais trois filles à une table. L’une d’elle semblait triste, le regard perdu dans le vague. Sa copine de droite lui tenait la main, tout en lisant un livre de l’autre, et la dernière tapait furieusement un texto sur son cellulaire. Me sentant l’âme critique, je me suis penchée vers l’amie qui m’accompagnait : « tu parles d’une bande d’amies, elles ne se parlent même pas! » Elle a tenu à me contredire :  » au contraire, je trouve que c’est ça l’amitié, être capable de chiller ensemble et de se sentir bien, même quand on a rien à se dire de particulier. Moi je faisais ça avec mes amies en Suisse: on était 5, on s’asseyait dans un café, parfois on débattait pendant des heures mais à d’autres moments, le seul truc important était d’être physiquement ensemble. On vaquait chacune à notre loisir, à notre occupation de l’instant, et c’était bien comme ça! » J’ai gardé ce goût de vivre ça un jour : prendre plaisir à être ensemble sans s’inquiéter que la conversation tourne court. Voir mon amie sortir un bouquin et ne pas me dire que c’est parce qu’elle s’ennuie, plutôt prendre conscience qu’elle est suffisamment bien avec moi pour profiter de l’instant pour prendre un moment pour elle. Et vous, qu’en pensez vous?

-Lexie Swing-

Dans mes bras

Mère et fille./ Photo Aikawa Ke

Mère et fille./ Photo Aikawa Ke

Tu tousses et tousses encore. Nous sommes au milieu de la nuit. Je t’avais prévenue : je reviendrai te donner du sirop lorsque tu tousseras. Les quintes de toux s’envolent et je sais qu’elles ne se calmeront plus. Ton père dort ou essaie, pris à partie par la maladie que tu lui as gentiment refilée. Alors je monte au front seule. Te parle à l’oreille. « Veux-tu du sirop chérie? » Je tente. Tu es grande maintenant et capable de gérer une situation difficile. « Non pas sirop ». Ton ton est péremptoire et tes yeux toujours clos. « Miss Swing dodo ». Le souffle court tu me tournes le dos, espérant que je vais me lasser et renoncer à ma mission. Mais je suis ta mère. Je suis là pour te soigner, comme ces voeux non prononcés qui à ta naissance auraient été : « Dans la joie comme dans la maladie… » Ces voeux que j’emprunte à d’autres moments tout aussi intimes.

Je t’attrape, petit corps chaud qui gigote pour se libérer de mon emprise. « Dodoooo ». Tes bras se tendent vers ton matelas. Dans un ultime effort pour te dégager de mon emprise, tu te débats. Mais tu as deux ans bientôt et moi j’ai cessé de compter pour ne pas voir débouler la trentaine. Mes bras te retiennent sans peine. Et ils te bercent tandis que tu sanglotes ton désespoir, entrecoupé d’une toux qui s’amplifie. Le gobelet de sirop est là, je te le tends. Tu le repousses, même si tu aimes ce goût de miel sucré, même si tu sais qu’il apaisera ta gorge irritée, parce que tu me le dis, alors bien réveillée, entre collation et souper : « Miss Swing prend « dicament ».

Je suis assise par terre, au milieu du couloir, à l’orée de ta chambre. Dans notre dos, la lumière de la salle de bains nous baigne d’une lumière suffisante. Tu pleures encore, réclame ton lit, ignore mes supplications et le gobelet que j’agite sous ton nez. Un, deux, trois, je le vide dans ta bouche ouverte, qui réclame à grands cris son petit lit. Je suis aussi là pour ça, pour mettre une fin aux sanglots, et te soigner par surprise lorsque tu n’es plus capable de distinguer le nécessaire.

Je te serre longtemps contre moi. Je suis assise tout contre toi. Je ne suis jamais tant mère que dans ces moments-là, lorsque la nuit inonde ta fenêtre et que nous nous accrochons l’une à l’autre en silence. Nous passons notre existence à nous demander si nous saurons nous occuper de nous-mêmes quand nous sommes si bien capables de prendre soin des autres. Quel tendre paradoxe…

-Lexie Swing-

 

L’homéopathie en première réponse

Hôpital dédié?./Photo widdowquinn

Hôpital dédié? /Photo widdowquinn

J’ai lu l’autre jour quelques témoignages au sujet de l’homéopathie. Les lecteurs d’un site témoignaient de l’utilité de ces produits : plus de rhume, plus de maux de ventre, etc. Et puis au milieu de tout ça, un monsieur, le roi des sceptiques en personne, qui se jetait dans la mêlée le sceptre dressé : « Pis c’est des conneries tout ça, on n’a jamais prouvé, malgré de nombreuses recherches, l’effet réel de l’homéopathie, soignez-vous avec de vrais médicaments, pas avec des placebos ».

Moi il y a quelque chose là-dedans qui me chiffonne : les deux « espèces » vivantes sur lesquelles j’ai remarqué que l’homéopathie avait le plus d’effet sont mes nombreux animaux et mon unique enfant. Oui, je fais des expériences scientifiques à base de granules pis j’aime ça. Tout ça pour dire : où est l’effet placebo d’un médicament homéo sur un enfant de quelques mois ou un chien qui ne me croit même pas quand je lui répète pour la 1521e fois depuis qu’il est venu au monde que non, la rue n’est pas dangereuse et que le gars vêtu comme un courtier immobilier ne va pas le transformer en saucisson pour le mettre dans sa mallette? En plus il est tellement gros que même en saucisson il ne rentrerait pas dans la mallette. Bref, ce chien n’a aucun humour.

Je ne suis pas persuadée des vertus purement curatives de l’homéopathie, ou plutôt je pense que peu d’entre nous, à commencer par moi, ont la patience d’attendre que trois granules fassent effet sur leur mal de tête quand un Tylenol fait la job pareil mais en trois fois moins de temps. Par contre, elle a souvent de vraies vertus en traitement de fond.

Pour les enfants de moins de deux ans, il y a peu de choses qui sont accessibles en vente libre à la pharmacie. Et comme le médecin est lui-même peu accessible, il faut se rabattre sur le peu de choix. Dans ce peu de choix, il y a différents mélanges homéopathiques, pour la toux, les dents, les rhumes, les maux de ventre. Chez nous, ils sont une première réponse. Ils empêchent que le nez coule trop fort, ils soulagent une gorge enflée, ils diminuent les douleurs d’un petit ventre qui se tord. Ils sont souvent bons au goût, et se tromper de deux millilitres dans le dosage ne vous entraînera pas aux urgences (contrairement à d’autres médicaments).

Je ne sais pas si vous le savez, j’ai l’impression que beaucoup de gens l’ignorent et pourtant il s’agit d’une chose que n’importe qui devrait connaître : quand on est gravement malade, ce sont les traitements thérapeutiques prodigués par les médecins qui peuvent vous sauver la vie, mais ce qui fait que vous supporterez mieux le traitement, que vous ressortirez de vos mois de bataille solide, ce sont souvent les médicaments alternatifs. Homéopathie et phytothérapie sont des amis de choix, tout comme les médecines alternatives. Protégez vos foies, vos systèmes immunitaires, dopez votre organisme, votre corps n’en sortira que revigoré!

Un bémol cependant : pas d’utilisation de la phyto sans avis de spécialiste. Contrairement à l’homéo, les plantes peuvent modifier la chimie du corps. Et là où vous pensiez traiter, vous empirez alors parfois le problème. Abusez de l’homéopathie, le pire qu’il puisse vous arriver, c’est que cela ne marche pas sur vous. Vous essaierez sur votre chien, Eleven a testé pour lui :)

-Lexie Swing-