10 photos le 10 du mois

Je connais ce concept des dix photos le dix du mois depuis longtemps. Véritable fenêtre sur le quotidien des blogueurs, il a été repris en ce début d’année par l’auteure du chouette blogue irlandais « J’habite à Waterford ». La consigne est simple : publier 10 photos prises en 10h le 10 du mois. Heureusement pour les retardataires comme moi la règle est souple : on peut publier jusqu’au 16 du mois. Le thème proposé ce mois-ci était « papier ». La mise en page laisse encore à désirer, j’ai dû bidouiller dans le code pour que tout s’affiche à la suite.

1) Pile de livres lus ou à lire sur la table de chevet.

Photo DR Lexie Swing

Photo DR Lexie Swing

 

 

 

 

 

 

 

 

 

2) Depuis que je suis mère, les stylos ont disparu en hauteur, bien cachés à l’abri des petites mains. Seuls traînent sur la table d’inoffensifs crayons gras. « Vous avez de quoi noter votre numéro de dossier? ». Pas de problème…

Photo DR Lexie Swing

Photo DR Lexie Swing

 

 

 

 

 

 

 

 

 

3) On s’est enfin décidé à déneiger les escaliers et voilà : le facteur a bien voulu déposer notre courrier dans la boîte. Sur certains, il avait griffonné « neige », preuve que tant que le chemin n’était pas visible, notre brave facteur ne comptait pas traverser notre terrain à l’aveuglette pour déposer nos missives.

Photo DR Lexie Swing

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4) Le livre chéri de Miss Swing

Photo DR Lexie Swing

Photo DR Lexie Swing

 

 

 

 

 

 

 

 

 

5) Il y a quelques jours c’était la fête (française, la Saint…) de Miss Swing, elle a reçu une adorable carte de ses arrières grands parents.

Photo DR Lexie Swing

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6) Mes idées d’articles pour le blogue, sur un support créé par Vie de Miettes.

Photo DR Lexie Swing

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7) Ma liste de boulot estampillée « All good things are wild and free ». Achetée d’abord pour deux copines, très wild and free elles aussi :)

Photo DR Lexie Swing

Photo DR Lexie Swing

 

 

 

 

 

 

 

 

 

8) J’adore les accessoires(f)utiles. Photographie d’un super bloc post-it (oui oui cette pomme s’effeuille) dénichée pour un article.

Photo DR Lexie Swing

Photo DR Lexie Swing

 

 

 

 

 

 

 

 

 

9) Miss Swing voue un culte aux mouchoirs, si possible sortis un à un de leur boîte et empilés dans les poils du chien.

Photo DR Lexie Swing

Photo DR Lexie Swing

 

 

 

 

 

 

 

 

 

10) Lecture (en retard) du soir… Un article de Courrier International.

Photo DR Lexie Swing

Photo DR Lexie Swing

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Voilà! Challenge completed! Rendez-vous le mois prochain pour dix nouvelles photos d’une inénarrable qualité :) Les autres participations sont recensées sur le blogue de J’habite à Waterford.

 

-Lexie Swing-

Charlie au bout du monde

Photo Canoe

Photo Canoe

Nous sommes Français. Autant dire que, comme tous les Français, le drame qui s’est joué il y a moins d’une semaine nous a touchés de plein fouet. Parce qu’il s’agissait du territoire qui nous a vus naître, parce qu’il s’agissait de figures de notre adolescence et de notre vie d’adulte, parce que l’union et les réunions, les marches et les manifestations, c’était celles des « nôtres ».

Nous sommes Français, mais de l’étranger, et cette situation a ce de particulier que tous les gens qui nous côtoient nous ont considérés comme endeuillés. Chaque courriel professionnel se terminait par un « je suis désolé(e) de ces difficiles événements que vous vivez ». Chaque message plus personnel se demandait « comment vivez-vous ce qui vous arrive? ». Et les parents de la garderie, jugeant de notre nationalité au troisième mot prononcé, demandait « Mais que s’est-il passé, je ne comprends pas ? ».

On nous parlait « du drame », on s’exclamait « pauvres vous! », et de suite il était évident qu’ils évoquaient « notre perte », comme si chacun d’eux avait su que nous avions perdus un être cher dans des circonstances atroces. C’était tout à la fois sympathique et inquiétant. Car si nous étions ça, nous ne sommes rapidement devenus « que » ça. On me disait « je ne t’embête pas avec ça cette semaine tu as autre chose à penser » ou on passait une conversation professionnelle entière à m’interroger sur ce drame que je vivais.

Cependant (heureusement ?), l’humain a la mémoire courte. On a compté jusqu’à 5 (jours) et jugé qu’il était bien temps qu’on se remette au boulot. Tunem’aspasencoreréponduqu’estcequetufous était donc une question en vogue ce matin. Et chez vous, Français de l’étranger, solidarité ou indifférence ?

 

-Lexie Swing-

Mal à la liberté

Je suis Charlie

Je suis Charlie

J’ai mal à la liberté. L’expression vient de ma cousine. Moi j’ai d’abord cru à une (mauvaise) plaisanterie. J’attendais que Mr Swing rigole après me l’avoir dit. Il n’a pas ri. Ce n’était pas le Gorafi. Je veux dire…. assassiner des caricaturistes, des maîtres à penser de l’humour bien mené, quelle ironie.

Je suis humaniste. J’ai vu en premier lieu les corps couchés, les connus comme les anonymes. J’ai pensé aux familles, aux orphelins, à celui qui pleure ce soir d’avoir perdu l’un des siens. Je me suis demandée quel âge ils avaient, j’ai mis des visages sur des noms, des histoires personnelles sur des parcours connus de tous, et chaque fois mon coeur s’est pincé de devoir mettre une date de fin à ces sourires narquois.

Et puis l’emballement du coeur a laissé place à celui d’un autre organe, méconnu, la liberté. Un tout petit organe, logé dans nos entrailles. Un organe qui s’est rebellé dès l’info affichée. De quel droit tue-t-on l’expression ? Depuis quand les armes sont-elles une réponse aux mots, aux stylos, aux dessins griffonnés sur un bout de papier ? Quelle absurdité de l’espèce humaine se joue dans cette attaque démesurée?

Journaliste est l’un des métiers non armés les plus dangereux au monde, dangerosité hier cantonnée aux zones de conflit, désormais transportée jusque dans les rédactions. Et les gros journaux satiriques n’en sont pas les seules victimes. Quel petit journaliste de Province ne s’est jamais vu menacer ? Quel fait-diversier n’a jamais eu maille à partir avec de petits criminels accomplis ? Qui ne s’est jamais entendu répliquer « Changez ça ou c’est avec le fusil que je vous reçois la prochaine fois ».

Nous sommes au coeur de tous les maux. Receveurs, transmetteurs, gestionnaires de conflits, pris entre des clans déchaînés qui utilisent nos espaces comme des zones d’expression personnelle. Appelés, implorés, puis décriés, sans cesse.

J’ai mal à la liberté, cet organe palpitant désormais amputé. Mais la rage est grande et l’espoir immense, les témoignages et les rassemblements le prouvent. Demain chantera peut-être.

-Lexie Swing-

I wish you…

Mila à la plage./ Photo Boudewijn Berends

Mila à la plage./ Photo Boudewijn Berends

J’ai parcouru des tas de billets qui souhaitaient la nouvelle année. Ça m’a un peu ennuyé. Déjà, aussi loin que je me souvienne, le Nouvel An a toujours été une fête barbante. Si ma maturité d’adolescente n’était guère remarquable, j’ai très tôt pris conscience que les moments heureux se situeraient plus autour d’une partie de Time’s up impromptu qu’à attendre minuit un 31 décembre pour embrasser des inconnus. Depuis dix ans, j’ai été malade deux fois ce jour-là, me suis endormie deux fois avant le coup de minuit parce que j’avais trop bu, ai passé la plupart avec ma famille plutôt que dans une grande fête impersonnelle où je ne connaissais personne. Le seul qui m’est marqué date de l’an dernier : un bain à une heure du matin dans un spa extérieur par -30 degrés. À courir sur la glace pieds nus et en maillot.

Je n’aime pas vraiment les festivités convenues, les échanges de politesse, les questions préparées, les discours habituels. J’aime l’originalité, l’extraordinaire. J’ai aimé l’hiver de mes 7 ou 8 ans, quand mes parents ont fait un pied de nez à la famille pour partir passer Noël à Disneyland, just the four of us. J’ai aimé passer Noël avec des amis l’an dernier. Et que mon grand-père dispute une partie de Wii avec nous l’hiver avant qu’il s’en aille pour toujours. J’aime quand mes collègues ou amis me racontent leur périple au soleil pendant les Fêtes. Ou que M. fête la nouvelle année assise sur une plage à l’autre bout du monde.

Je voudrais que Mamie se lève et danse sur du Beyoncé. Que l’on serve de la poutine à Noël et des knackis au Nouvel An. Je voudrais offrir mes cadeaux en août et camper dans le jardin pour compter les étoiles filantes. Qu’on se penche sur le bon goût du jus de pomme plutôt que de faire claquer nos langues en simili connaisseurs de vins. Je voudrais que les enfants n’accaparent pas toujours l’attention, qu’ils soient possible de tenir une conversation sensée sans pencher la tête pour écouter d’une oreille les jérémiades du petit dernier. Je voudrais que leur point de vue compte aussi, et qu’ils aient le droit de s’enfiler des nuggets le 31 si c’est leur plaisir. Ou seulement le dessert. Je voudrais qu’on arrête de me dire que la bûche glacée c’est mieux parce qu’après un gros repas comme ça, ça coule tout seul. Et qu’on décore le sapin du jardin plutôt que d’encombrer le salon chaque année.

Je le disais au début, j’ai parcouru de nombreux billets souhaitant à tous une merveilleuse année. Je m’y associe. Je vous souhaite à tous une excellente année 2015, un chiffre que je trouve particulièrement réjouissant. Avoir 15 ans, obtenir un 15 sur 20. C’est l’insouciance, la réussite discrète, l’assurance de bien faire tout en gardant du temps pour le meilleur. C’est trois fois mes cinq doigts. Même ma fille sait faire.

1) Je souhaite à mes amies enceintes de belles grossesses.

2) A mes ami(e)s célibataires de belles rencontres.

3) A tous de beaux voyages, des découvertes, même au bout de la rue.

4) A mes amis parents de belles nuits.

5) A ceux qui voudraient le devenir, un + sur un bâtonnet plein de pipi.

6) A tous, de la réussite au travail ou comme parent à la maison.

7) Et de la patience.

8) À chacun, une santé pas trop précaire, de bons examens, du psychotage « pour de rien », des médecins compréhensifs.

9) Des sous, bordel, des sous.

10) Des oeufs bénédictines (ok ça c’est pour moi).

11) De l’amour, à donner et à recevoir.

12) De bonnes surprises.

13) Du soutien.

14) De l’improvisation, des week-ends sur un coup de tête, des levers du soleil, des fous-rires, des jeux affalés sur le parquet du salon, des je t’aime et des tu me manques.

15) Et surtout, surtout… de la poutine pour Noël.

-Lexie Swing-

De retour

Waiting./ Photo Samson Benjamin

Waiting./ Photo Samson Benjamin

Quand on est partis, les amis montréalais, le sourire au coin, nous avait prévenus : vous reviendrez épuisés. On est revenu pires que ça : malades. Malades, mais heureux. Dans l’avion qui plongeait sur l’aéroport de Montréal, baigné de lumière dans le soleil couchant, l’hôtesse penchée à notre hublot trépignait : que c’est beau toute cette neige! Vous venez en vacances ? Ça va être un beau séjour. C’est effectivement un beau séjour. Il dure depuis un an et demi. Mais là, on rentre juste à la maison.

En France, au milieu des rires, des cadeaux et de la fête trônaient toujours nos valises, béantes et débordantes. Combien de matins s’est-on levés en se demandant s’il nous restait assez de t-shirts ? Je suis presque sûre d’avoir porté les mêmes chaussettes deux jours de suite. Et que dire de notre grand absent : notre gros chien blanc, resté au bercail pour lui éviter les déboires d’un nouveau voyage en avion.

Nous n’étions qu’en transit, minutés, prêts à repartir, à sauter dans la voiture, à programmer le gps. Prochaine destination ? À quelle heure repart-on? Le rythme était donné, tambourinant.

Grâce au décalage horaire, nous avons fait traîner les soirées, et puis les grasses matinées. Même l’enfant s’y est mis, oubliant tous ses principes de lever aux aurores.

Vendredi, on a regroupé toutes nos fringues égarées dans la valise, retrouvant au passage quelques t-shirts disparus. On a compressé, pesé, laissé, repesé et réuni les cadeaux (90% pr Miss Swing) dans une seule grosse valise, débordante. Le vol a duré 8h, la faute aux vents tourbillonnants qui ont contraint l’équipage a monté plus au nord. Et puis nous avons atterri. Il était 17h, je me serais bien couchée là, en petite boule sur le tapis des bagages, pour commencer ma nuit, mais des responsabilités nous attendaient encore. Mister S. a conduit. Je me suis plaint pendant une heure. Il est allé chercher le chien. Je lui ai dit que j’allais sûrement mourir de fatigue. Il est rentré dans le garage. Je lui ai dit que j’allais me coucher, merci chéri, peux-tu t’occuper du chien/enfant/bagage/repas éventuels ?

 

C’était vraiment épuisant.

 

-Lexie Swing-

 

Back in France

Aéroport nous voilà./ Photo  abdallahh

Aéroport nous voilà./ Photo abdallahh

7 heures d’avion et au bout du chemin la France. Et mes parents à l’arrivée. Depuis 18 mois nous avons fait moults fois le trajet aller et retour pour l’aéroport. Attendre. Empêcher Miss Swing de lécher les poteaux qui retiennent les cordons. Apercevoir nos proches. Sourire. Trépigner. Serrer dans nos bras. Prendre des nouvelles du vol. Présenter Montréal. Vivre de doux moments. Revenir à l’aéroport. Serrer encore dans ses bras. Retenir ses larmes. Ne pas s’attarder.

Pour la première fois nous sommes ceux qui arrivent, ceux qui repartiront. Nous débarquerons à l’aéroport de Montréal en taxi, chargés comme des mulets et nous installerons dans l’avion en croisant les doigts pour que Miss Swing hurle moins que les dix autres petits enfants aperçus dès l’enregistrement. Le vol se passera. Nous arriverons à Amsterdam, avant de rembarquer pour Toulouse. On nous aura attendus, en trépignant peut-être. Avec le sourire sûrement.

On est contents d’être pour une fois ceux qui partent, ou qui arrivent. Ceux qui sont de passage. Même si l’une de nos valises portera 20 kilos de linge sale… Parce que notre récent déménagement et quelques péripéties avec l’électroménager ne nous a pas permis de faire tourner assez de machines.
Notre agenda est celui d’un candidat à la présidentielle, et la liste de plats gras-au fromage que l’on a prévu de manger effrayante. Ce sera intense, joyeux, éreintant, sûrement triste un peu aussi…. Et puis nous rentrerons nous reposer au travail en janvier.

Et vous, que faites-vous pour les fêtes ?

 

-Lexie Swing-

L’accident

Accident./ Archives de Seattle

Accident./ Archives de Seattle

On est aux premières loges. Depuis le quai de notre petite gare de campagne, seuls les rails et un fossé profond nous séparent de la scène. Les lumières clignotent en tout sens sur le toit des véhicules garés. Seule une voiture n’a pas droit à son gyrophare. Celle qui a castagné, qui a pris un mauvais quart, évité un écureuil, mal jugé de l’angle du virage. Elle se tient droite sur ses roues, immobile. Autour d’elle, pompiers et policiers forment un cercle. Aucun ne se penche. Ils échangent au dessus du front plat de taule. La voiture demeure muette. Nous sommes au balcon, sans les jumelles. Pourquoi personne ne se penche ? “Ça va aller, on va vous tirer de là”. C’est ce qu’ils disent toujours dans les films. Le conducteur peut-il l’entendre ? Est-il conscient ? Est-il blessé ? Les urgentistes préparent d’un geste sûr et maîtrisé leur matériel. Nous voyons tout. Nous ne le voyons pas lui. Ou elle. Ou eux. Il doit avoir froid. On a toujours froid quand on a mal. Les couvertures seront-elles assez chaudes ? J’aurais envie de couvertures chaudes si je me retrouvais inconsciente dans ma voiture accidentée par -10 degrés. Et d’un café. Ou alors d’une licorne qui roterait en alexandrins. Qui peut bien savoir ce dont on a envie avec les tripes à l’envers et les dents plantées dans le volant ? Nous assistons à tout, malgré nous, impuissants derrière notre fossé et nos rails enneigés. Le train arrivera, la vie continuera. Et puis toi ?

-Lexie Swing-

Derrière la porte

New Home./ Photo Vincent

New Home./ Photo Vincent

Les chaussettes sont dans la chambre du bas, les céréales dans le 8e sac de courses. On a perdu une chaussure et j’ai vu des morceaux de la tablette à dessiner coincés dans le canapé. On a mangé du traiteur pour souper et du fromage prédécoupé. Les couverts sont dans un sac en plastique et le paquet de verres en polystyrène fait bon usage.

J’ai l’impression d’être en voyage. Je mange dans des assiettes en carton et fouille dans des caisses mal défaites pour retrouver notre vie éparpillée. Les culottes traînent toujours dans le sac de voyage et la plupart des t-shirts ont disparu.

Toi tu souris. Tu écrases ton nez sur le miroir de la chambre, impressionnée de découvrir ton reflet en pied. Tu te tiens bien droite sur la machine à laver, juchée ainsi pour mieux enfiler ton chandail, assise en tailleur sur le plastique gris comme si tu t’étais toujours tenue là.

Tu as compris que sous le parquet grinçant il n’y a désormais plus personne, et tu t’en donnes à coeur joie, rebondissant, courant et jetant par terre tes jouets sans que personne ne te murmure “chuuuut moins fort chérie”.

Bientôt sur les murs il y a aura ces petits traits caractéristiques des enfants qui grandissent. Il y aura la trace de tes doigts crasseux sur la peinture et celle de tes baisers sur le miroir de notre chambre. On croisera peut-être une marque plus foncée que les autres, datée du jour où tu te seras énervée.

C’est ta troisième maison, notre énième. Mais pour la première fois, nous pourrons choisir la couleur des murs, tu pourras coller des stickers et je ne m’inquiéterais pas du “qu’en dira la propriétaire” en voyant un coup de crayon gras à hauteur de tes petits bras.

Bienvenue chez toi Miss Swing.

 

-Lexie Swing-

J’ai signé l’achat de ma maison, c’était un mercredi et il neigeait

Nouvelles clés./ Photo Linus Bohman

Nouvelles clés./ Photo Linus Bohman

Rendez-vous à 18h. Nous prenons la route sous la poudrerie, cette neige fine et battante qui fait des siennes depuis 24 heures. Les rues sont bouchées, les principales artères impraticables, il est 18h10 quand nous passons la porte du notaire.

Ils sont plusieurs à nous attendre déjà : le notaire donc, mais aussi le vendeur et son courtier. Le nôtre, gardien bienveillant, nous rejoindra plus tard, lorsqu’il aura lui -même dompté la tempête.

“Madame, Monsieur…”. Devant tant d’importance, Miss Swing est saisie. Elle profite de l’occasion pour attraper un crayon gras et retapisser le bureau en bois verni du notaire. J’essuie discrètement les traces d’un index humidifié, sans trop de succès.

On nous présente le bâti, les plans, précise que l’occupante a laissé les rideaux. Et puis une pelle, un escabeau, quelques plafonniers, bien trop pressée de partir après des mois d’une succession difficile. “Voici le papier qui vous rend propriétaires”, souligne le notaire. La tension est à sa comble, Miss Swing n’en perd pas une miette, dévorant avec force bruits et postillons une viennoiserie à l’érable dénichée au fond d’un sac et qui devait revenir à son père.

“Signez ici Madame”. Je transfère enfant, sac et miettes à Mr Swing et saisis un stylo au hasard – le notaire en a une bonne trentaine absolument identiques sur son bureau – et signe d’une main et d’un oeil, tandis que l’autre tente d’identifier les possibilités qu’une petite main graisseuse se pose sur le papier au moment où je vais glisser celui-ci vers mon co-signataire.

 Et puis il est l’heure de sortir. On nous tend les clés sans cérémonie. De toute façon, l’un de nous est déjà parti à la recherche d’un nain repu égaré dans le couloir. On se retrouve sur le parking un peu hébétés, nos nouvelles clés carillonnant dans nos mains. Un détour par une boutique de sandwichs pour s’approvisionner et nous traversons lentement la petite zone de commerces située au dessus de la maison. La neige continue sa valse tourbillonnante et le sol uniformément blanc donne à Saint-Bruno un petit air de village de ski.

 On a fêté notre achat accoudés (ou assis, selon nos tailles respectives) aux meubles de la cuisine, avec des sandwichs chauds, des chips (les premières pour Miss Swing dont l’appétit était déjà revenu) et du jus de pomme. Un pique-nique improvisé dans notre maison vide et silencieuse, toute prête pour notre nouvelle vie.

 

Ensuite Miss Swing a découvert les placards où se cacher, les escaliers à descendre sur les fesses, la chasse d’eau que l’on peut tirer quinze fois de suite, les poignées de porte à sa hauteur… Et le spectacle a commencé.

 

-Lexie Swing-

 

Shoot de bonheur

Certains rires seront toujours francs./ Photo  WiLPrZ

Certains rires seront toujours francs./ Photo WiLPrZ

Je vois leurs sourires sur leurs photos de profil, sur leurs clichés de vacances. Ils sont partis au soleil, ont dévalé les premières pentes de ski de l’année. Toutes dents blanches dehors, ils affichent un bonheur insolent en 12 millions de pixels. Je clique sur « j’aime », je parcours les albums, envie ce plaisir qui se dégage, ces amitiés que j’ai autrefois partagées et qui ne sont plus que des ersatz de messages envoyés au hasard, lorsque l’on se rend compte que l’on ne sait plus bien qui ils sont.

Les minutes passent et puis je me demande: qu’y a t il derrière ce bonheur figé? Que s’est-il passé une fois l’appareil rangé? Ont-ils partagé ce bonheur qu’ils affichent? Piqué une tête, dévalé une pente en riant? Ou ont-ils replongé dans leur somnolence en songeant au roulis de la lassitude dans leurs entrailles ? A-t-elle demandé à ce qu’on refasse la photo parce que l’étiquette de son maillot dépassait? A-t-il enlevé exprès son bonnet parce qu’il sait que ça lui donne l’air niais?

En grattant le vernis on retrouve l’horizon du quotidien. On se rappelle que ces deux corps bronzés amicalement entrelacés préféraient se détester, il y a 15 ans. Et que cette fille qui affiche avec fierté sa bague en or certifié nous a confié il y a un an que c’était « l’enfer la vie avec lui ».
Il y a des photos qui respirent la joie parce que le cœur de ceux qui posent vibre de bonheur. Et celles qui en disséminent trop pour qu’il en reste suffisamment à ceux qui les partagent.

Libre à tous de publier ainsi des photos de bonheur volé, qu’il soit palpable ou fictif. Mais vous, spectateurs cachés dans l’ombre de votre écran, cessez de comparer du photoshoppé à votre propre réalité. Photographiez votre café-journal là, votre petit bonheur du quotidien. Saisissez le sourire endormi de vos enfants quand vous les câlinez le matin. Shootez du vrai, du personnel, votre bonheur à vous, sans cocotiers, sans skis aux pieds, mais avec ce tout petit filet d’air, à l’odeur ténue de biscuit chaud, qui s’enroule autour de votre cœur.

 

-Lexie Swing-