Langues de chat au caramel et chocolat

Donner sa langue au chat./ Photo DR Lexie Swing

Donner sa langue au chat./ Photo DR Lexie Swing

Quand j’étais en Irlande, nous avions coutume, au sein de ma famille d’accueil, de réaliser de temps en temps un plat typique de chez nous. C’est ainsi que j’ai choisi de faire un gratin dauphinois avec les ingrédients que j’utilisais à l’époque : beaucoup de crème, de bonnes pommes de terre et une large casserole que l’on pouvait immédiatement jeter ensuite. Guère rentable mais apprécié.

Entre autres roomates, j’ai eu une Espagnole. « Basque » aurait-elle dit, en désignant avec dédain ceux qui n’étaient « que » des Espagnols. Je ne la portais guère dans mon coeur, ni haut dans mon estime, mais force est de constater qu’elle avait le secret des plaisirs simples : elle cuisinait des « lenguas de gato ».

L’autre jour, en pleine lancée de « je suis un bon parent qui cuisine des petits plats pour son tendre enfant », j’ai songé à ces gâteaux odorants et si rapides à faire qui finissaient de cuire à l’air libre.

J’ai donc fait appel à ce bon vieux Ricardo, qui m’a fourni la recette qui suit (pour 12 grosses langues de chat) :

– Préchauffez le four à 180°C ou 350°F.

– Mélangez 1/2 tasse de farine et une pincée de sel. Réservez.

– Dans un autre bol, mélangez 1/4 de tasse de beurre fondu et 1/2 tasse de sucre. Ajoutez un oeuf et quelques gouttes d’extrait de vanille.

– Versez les ingrédients secs dans les ingrédients liquides. Mélangez.

– Sur une plaque allant au four, recouverte de papier sulfurisé, ou parchemin, formez vos langues de chats. Saupoudrez de pépites de chocolat ou d’éclats de caramel.

– Enfournez pour 4 à 6 minutes, ou jusqu’à ce que les bords brunissent. Et sortez-les même si elles ne vous paraissent pas cuites. Elles vont finir leur cuisson à l’air ambiant.

Laissez reposer aussi longtemps que vous en êtes capable, une bonne quinzaine de secondes pour nous, et dégustez!

-Lexie Swing-

Son elle profond

Une autre petite louve./ Vinoth Chandar

Une autre petite louve./ Vinoth Chandar

Mr Swing a toujours refusé qu’on catalogue notre fille, et j’ai suivi son chemin. Nul besoin de lui coller des étiquettes, et il suffisait d’annoncer à quelqu’un que c’était la petite fille la plus sage et calme qui soit pour qu’elle fasse trois pirouettes sur le canapé avant de se rouler par terre pour avoir le dernier carreau de chocolat.

Depuis notre arrivée au Canada, elle a multiplié les rencontres, les visites. Elle a été gardée par plusieurs amis, voit régulièrement leurs enfants et est emmenée souvent au restaurant, dans les magasins ou encore au musée. Elle a commencé la garderie relativement tôt et a suivi des cours de piscine avec d’autres enfants depuis l’âge de 9 mois. Enfants timides, ou désignés comme tels, nous avons voulu lui épargner nos craintes et nos mésaventures en lui faisant découvrir le monde, et du monde. Sans succès.

J’ignore si elle est timide, mais elle est indubitablement méfiante. Elle se tient à distance, des adultes comme des enfants, en les observant de loin, si possible depuis la délimitation sécurisante de nos deux jambes. Certaines personnes, comme mes amies Mat ou Marie, sont devenues des individus de confiance dans son petit univers, et elle se tourne vers elles comme si elle les avait quittées le soir au coucher, qu’importe les semaines qui ont pu s’écouler. Mais elles se font rares dans son agenda personnel.

En l’inscrivant dans sa nouvelle garderie, nous avons refusé de lui accoler une mention négative. Après avoir quand même précisé qu’elle était “parfois méfiante”, on s’est entendu répondre “Comme tous ceux qui commencent ici!” Ils n’imaginaient pas à quel point…

Cela fait à peine une semaine. Il y en aura deux autres, et puis les vacances, et dès janvier la routine reprendra, difficile de même, mais peut-être plus rapidement agréable. Viendra le jour où l’on oubliera qu’elle pleurait matin et soir, et qu’elle restait coincée entre les genoux de son éducatrice désignée en regardant les autres jouer. Elle entrera en riant le matin, ne voudra plus repartir le soir. Et en attendant ce jour, son papa la dépose chaque matin, avec son immuable sourire et le coeur au fond des bottes à neige.

Qu’elle soit timide, méfiante ou peureuse, que ce soit temporaire ou définitif, sa nature est là, tout au fond d’elle. Elle la dominera, la dorlotera, l’oubliera parfois ou s’y appuiera, selon ce que la vie lui demandera. Avec toujours, ancrée au coeur, cette petite louve indubitablement sur ses gardes et incroyablement intelligente, comme le sont toutes les petites louves.

-Lexie Swing-

Une histoire de culottes

La photo intitulée "Ready on potty"./

La photo intitulée « Ready on potty »./

« Culotte » me dit-elle, en pointant du doigt le tissu rose pâle qui dépasse du tiroir. Elle aurait pu dire « couche ». Après tout elle sait le dire aussi. Mais voilà, ici c’est « couche dodo ». Pour le reste? Pour le reste, elle est propre!

A 21 mois, ma Miss Swing ne porte plus de couches. Les prémices de l’histoire date de ses 15 mois, quand nous, pauvres parents désœuvrés devant leur bambin qui ne voulait pas marcher, avons choisi pour s’occuper de la mettre sur le pot. C’était juste comme ça, pour voir. Et puis à 16 mois, le rendez-vous est devenu régulier, jusqu’à devenir un incontournable de l’après : après le repas, après la sieste, après la nuit, après les jeux… A 20 mois, l’ensemble était rodé, le poussin pouvait prendre son envol. Alors avec sa nounou, nous avons décidé, d’un commun accord avec l’intéressée qui y a vu la possibilité de porter enfin ces fameuses culottes qu’on lui faisait miroiter depuis l’été, de tout enlever.

Il y a eu une semaine de propreté stupéfiante, et puis des accidents. Quelques doutes de ma part, et le papa, la nounou, les amis parents, qui rassuraient en m’assurant « tu ne peux pas faire marche arrière ».

Et puis elle, elle n’avait pas envie de faire marche arrière. Elles étaient bien trop confortables ces culottes! C’était un lundi. Elle venait d’avoir 21 mois. Elle a demandé à faire pipi. Nous étions dans un café. J’avais oublié l’adaptateur de voyage, en sachant qu’elle ne pouvait pas faire sans. Je l’ai portée au-dessus des toilettes en soupirant. Elle m’a montré qu’en fait elle pouvait aussi faire sans.

Mais c’est quand, deux jours plus tard, elle a demandé une nouvelle fois les toilettes à un kilomètre de la maison que j’ai compris sa détermination. « Miss attend pipi », m’a-t-elle dit. Elle avait compris. Elle était devenue actrice à temps plein de cette propreté désormais acquise.

Elle aura bientôt 22 mois et le changement de garderie, s’il fut dur pour de multiples aspects, n’a entamé en rien la capacité de ma toute petite fille.

Elle nomme, elle dit, elle montre, elle réclame. Et l’on ne compte plus le nombre de fois où on l’attend crier « fini » alors que l’on ignorait même qu’elle se trouvait sur le pot. Heureusement que ses pantalons glissent facilement malgré les boutons parfois serrés! Bref, à de rares occasions, il arrive encore qu’elle s’oublie, son père en a fait la douce expérience il y a peu. Mais il suffit de la voir se précipiter sur le pot en tenant ses pantalons à deux mains pour comprendre que le plus dur de la propreté est acquise : la compréhension.

Ce que j’ai retenu et qui pourrait peut être servir à quelqu’un :

– La propreté à partir de 18 mois ne s’acquiert pas comme à deux ans et demi. Cela prend de nombreuses répétitions, des mises sur le pot aux deux heures, de l’habitude. Souvent, on demande « tu veux faire pipi? » et l’enfant répond non. Ce n’est pas parce qu’il n’a pas envie, c’est parce que « non » est le best word ever de son vocabulaire.

– « L’enfant est capable de se retenir lorsqu’il sait monter les escaliers », c’est certainement un très bon repère mais on peut faire sans. La preuve, la mienne ne marchait pas encore.

– En parlant de marcher, l’avantage de l’enfant qui ne marche pas, c’est qu’il ne se sauve pas en courant quand on essaye de le mettre sur le pot.

– Avoir un petit panier avec des livres dedans est un accessoire parfait pour occuper un bambin affairé sur le pot.

– Petit Ours Brun n’est pas une lecture fiable pour le pot : difficile de devoir expliquer ensuite que contrairement à ce foutu nounours, on ne mange pas sur le pot, on ne se lève pas les fesses à l’air pour aller chercher son train, et surtout, ON NE TRAVERSE PAS LA MOITIE DE LA MAISON EN PORTANT SON POT PLEIN!

– On peut être propre à 1 an (si si) comme à 3, il n’y aucune règle. Et oui, l’incitation peut venir du parent, par contre le déclic viendra de l’enfant. La tendance actuelle nous aurait plutôt conduit à attendre les deux ans et demi de la demoiselle, qui aurait d’ailleurs coincidé avec l’été, mais ses cousines avant elle avaient prouvé que plus tôt, c’est possible aussi. Autre argument favorable : notre génération semble avoir été majoritairement propre avant deux ans, et ça ne semble pas avoir causé de traumatisme majeur.

– Soignants et encadrants ont bien accueilli la nouvelle. Je m’attendais à des « c’est bien trop tôt » de la pédiatre, et à un refus total de collaborer de la nounou, nous avons plutôt eu droit à « c’est une bonne chose, au niveau hygiène il n’y a pas mieux », et à une nounou ravie d’avoir des couches en moins à changer, qui en a profité pour nous expliquer qu’en Roumanie, quand sa fille est née (en 85), tous les gamins devaient être propres à un an, le rideau de fer empêchant l’approvisionnement en couches jetables et augmentant le ras le bol parental passé la première année.

– Dernière et pas des moindres : la propreté, c’est stressant. Au début, tout est plus compliqué, à commencer par les sorties. Impossible d’aller sereinement se balader, on guette les moindres toilettes, stressé d’entendre un « pipi » plus pressant que les autres. Ma grande peur ? Qu’elle fasse pipi tandis que je la portais dans mon dos. Heureusement, très vite, les choses s’arrangent. Les temps d’attente se font plus longs et la capacité à faire pipi partout du moment que vous formez une cuvette de vos bras (on est peu de choses, hein…) se développe.

Et vous, la propreté, vous allez commencer ? Vous avez terminé ? Vous vous souvenez de ce rude apprentissage pour vous même ?

-Lexie Swing-

Préparation hivernale

Rudolf./

Rudolf./

Les manches ballons en satin froufroutent contre mes poignets. Je déteste cette sensation. Année après année, le vêtement blanc se fait pressant contre mon torse, défiant les gâteaux dont je me suis empiffré pendant l’été. D’un geste, je délivre quelques poils de torse coincés entre les boutons.

Des chants se sont élevés dans le salon. Un premier, bientôt rejoint par dix ou quinze voix de plus. L’ensemble serait charmant si ce sacripan de Titou ne braillait pas en mi majeur comme un cochonnet égorgé pour les Fêtes. Je rabats à la volée la porte en bois lourd de ma chambre, faisant s’interrompre au passage les voix enfantines.

“Il est un peu vieux non?”, souffle l’ours Titou, railleur.

Un peu vieux… Je triture un instant la barbe désespérément blanche qui habille mes joues molles. Depuis quelques centaines d’années, j’ai indubitablement vieilli. Je ne me remets pas comme avant de la nuit blanche à distribuer aux marmots des jouets par milliers, qui ne rentrent d’ailleurs plus dans leurs souliers. Et quand avant je boulottais les chocolats, les gâteaux et le lait, laissés à mon intention par les bambins désireux d’être généreux une fois l’an histoire d’avoir la bicyclette dont ils priaient tous les saints depuis le premier de l’Avent, je suis désormais réduit à dépecer les clémentines trop mûres qu’ils laissent flétrir dans leurs pantoufles pour avoir l’apport en vitamine C suffisant.

“Est-ce qu’il n’est pas trop petit son costume”, demande ce maudit ourson, d’une voix faussement innocente.

Cette phrase cruelle vient me cueillir tandis que je saisis mon traditionnel pantalon rouge de velours. On verra ce qu’on verra! J’éructe, allongé sur le lit conjugal, tenant à deux mains ce fichu bas de costume qui refuse de passer les hanches. Millimètre par millimètre, il progresse pourtant. Hop, vaincue la bosse de Pâques. Et voilà, au placard le pli de Thanksgiving! Parvenu à la taille, je grogne comme un chien teigneux en tentant de fermer les boutons noirs qui trônent sur le devant. Et puis ma main rencontre un petit papier, épinglé à la braguette. “Mon cher et tendre blanc barbu, si les festivités de l’année ont eu raison de ton ventre musclé, détache le petit bouton blanc cassé, que j’ai cousu sur le côté. Signé : ta Santa Mama bien-aimée”. Je ris. Les siècles d’amour nous ont apporté notre lot de petits aléas en tout genre. Il serait juste de dire que l’on se connaît désormais par coeur. C’est tout à la fois rassurant, et effrayant. Mais quel couple ne connaît pas ces affres-là?

Je me relève en sifflotant et enfile tranquillement ma veste de saison. Derrière mon reflet sagement ridé apparaît un nez rouge écrasé contre la fenêtre. Comme chaque année, à la même époque, nos yeux se croisent sans que les siens ne m’identifient. Je ne suis pour lui qu’un nouveau venu, car lui-même est le mille et quelquième de sa descendance de rennes au nez rouge semblablement prénommés pour les besoins de la légende. Pour tirer le traîneau durant des heures, sur plusieurs fuseaux horaires, j’ai en effet besoin d’un jeune athlète fougueux, capable d’abattre des milliards de kilomètres en une journée. Chaque année, l’ancien donne vie au nouveau, qui se retrouve donc devant ma fenêtre, son nez rougi par le froid écrasé contre la vitre, à dévisager ce vieux bonhomme dont on lui rebat les longues oreilles depuis 364 jours.

Un bruit. Je me fige.. La page du livre se tourne. Je retiens mon souffle, immobile. Elle me fixe.

« Et il est où le Père Noël? », demande Papa.

Le petit doigt se balance au dessus de ma tête, incertain, avant de s’écraser sur mon bonnet rouge.

« Pé’Noël », dit l’enfant triomphant. Avant de demander : « Titou? »

Alors le père approche la main et saisissant le livre, tourne vivement la page à la recherche de mon compagnon fripon caché un peu plus loin. Et tandis que l’enfant cherche, je glisse jusqu’à la dernière image, où m’attendent Rudolf et les autres, prêts pour le grand voyage.

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Voici ma participation mensuelle à l’Atelier des Jolies Plumes. Si vous souhaitez y participer, vous pouvez écrire à latelierdesjoliesplumes@gmail.com. Le thème était « Noël »… Ce texte est un hommage à « Titouuuuu », l’ourson que Miss Swing cherche chaque soir dans les pages de son livre « Cherche et trouve pour les bébés : au pays du Père Noël« .

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Les autres participations :  Maman raconte – Eclectikgirl – Et si on bavardait – Virée dans l’espace – Le blog d’Ailho.

-Lexie Swing-

Et puis ce fut le dernier jour

Such a cutie./ Photo Travis Swan

Such a cutie./ Photo Travis Swan

Enfiler la tuque. Chausser les bottes de neige. Tenter de remonter les manches du manteau censé faire deux hivers. Échouer. Recommencer. Attraper les menottes. Y glisser les gants. Faire un bisou à bébé. Reposer bébé dans le lit. Avec la couverture sur les yeux sinon « bébé pas dodo ». Descendre jusqu’à la voiture. Saucissonner le petit corps tout chaud qui sort à peine du sommeil. Ne pas enlever le manteau car c’est-à-cinq-minutes. Se garer. L’attraper sous le bras. Faire glisser la poussette dans l’allée. Dire bonjour Gabi. Dire « Dis bonjour à Gabi ». Enlever le manteau avec les gants qui restent toujours accrochés au bout. Retirer la tuque. Jeter les chaussures. Enfin les « panfloufles ». Ajouter : « va vite rejoindre tes amis à la table ». Embrasser la scène du regard. T’observer serrer dans tes bras ton meilleur copain. Te chuchoter, alors que tu n’écoutes déjà plus, « à ce soir, passe une belle journée ». Voici la routine de la garderie. Celle que vit Mr Swing tous les matins. Celle que je vis plus rarement, parce que moi ce sont les soirs qui me sont dévolus.

Le rituel prend fin, et un autre commence. Les mêmes bottes, le même manteau, le même manège. Mais d’autres amis, d’autres lieux, une autre nounou. Surtout une autre nounou. Ce soir, nous irons chercher ensemble une toute dernière fois notre petite fille dans ce qui fut sa première garderie. Elle y a connu ses premières amitiés, réalisé ses premières créations et fait ses premiers pas. Et si c’est sans remords que nous quittons cet espace devenu trop étroit pour son esprit gourmand et son petit corps virevoltant, le pincement au coeur est là. La page qui se tourne est un peu plus lourde que les autres. C’est la fin d’un chapitre, et aussi d’une époque. Le bébé terriblement joufflu est devenu une petite fille toute fine, indépendante et drôle, qui bavarde, crie et s’obstine, pour se faire entendre.

Lundi, une autre histoire commence. « Lundi, tu rencontres tes nouveaux amis », lui ai-je dit ce matin. « D’accord », m’a-t-elle répondu, avant de repartir jouer. Elle ne réalise pas encore qu’aujourd’hui est une journée spéciale, une journée différente. Ou alors est-ce nous qui exagérons le poids de ces adieux. J’aurais voulu qu’elle sache, et puis j’ai réalisé : ne valait-il pas mieux écrire l’histoire de cette journée comme celle de n’importe quelle autre journée? Rire, pleurer, dormir, jouer, courir, se chamailler, ni plus, ni moins. Et y mettre un point, à la fin.

-Lexie Swing-

Tout est dans la mesure

Pile de torchons./

Pile de torchons./

Je suis journaliste. Je pourrais être boulangère ce serait bien pareil. Mais j’écris des articles. Des articles que j’espère éclairés. Que je rédige plus ou moins vite selon mes contraintes horaires. Parfois celles-ci sont telles que j’oublie un accord quelque part. Ou alors je relis mal mes notes et j’écris 15 au lieu de 16. Des fois, je veux faire un peu mieux que bien. Et je me donne du mal. Parfois, j’écris sur un sujet barbant, comme des Olympiades pour personnes âgées. Et comme je refuse de tomber dans le cynisme, je donne dans l’enthousiasme. Je loue la dextérité de Micheline, 103 ans, capable de mettre un panier à 3 mètres quand je suis capable de le louper les deux bras dedans. Ou je transmets mes félicitations à Georges, dont l’habileté lui permet de jouer au croquet avec sa canne. J’essaye de rendre vivant un sujet dont le caractère soporifique n’est plus à démontrer. Et puis le courriel arrive. Il arrive souvent. Plus vous vous donnez du mal, plus il a de chances d’arriver. C’est mathématiquement incompréhensible mais factuellement révélateur. De quoi ? De cette tendance qu’ont les gens, les lecteurs, les interviewés, les clients de la boulangère, à faire dans la demi-mesure.

« Je trouve ça regrettable que vous ayez ainsi jugé notre manifestation sans même prendre le temps d’en comprendre la teneur, votre travail journalistique laisse à désirer, et votre sens de la rigueur est hautement discutable ». Voici en substance le courriel que j’ai reçu après l’article sur les Olympiades. Le fait de tourner de vieilles personnes en sportifs de haut niveau ? La mention des âges des interviewés ? L’oubli d’un partenaire de premier plan ? Pas du tout. J’avais écrit, histoire de donner de la chair à l’histoire, que Georges (en plein partie de croquet) suait un peu sous la tôle de la salle. S’en est suivie une polémique de portée villageoise. Le comité d’accueil ayant pris cette phrase pour un affront personnel fait audit hangar qu’ils prêtaient généreusement à ces ingrats de petits vieux.

Faire dans la mesure est un sport international lorsqu’il s’agit de se plaindre, que ce soit d’un service, d’un produit ou d’un article. J’ai récemment reçu un message m’indiquant que le contenu de mon article était criblé d’erreurs, car j’avais inscrit que 70 élèves allaient participer à la formation, alors qu’ils étaient en réalité 72. Et c’est sans compter sur la mauvaise foi de certains interviewés qui, au choix, n’avaient pas compris que c’était pour un article (« bonjour, je suis journaliste, c’est pour un article… »), faut-il donc que je leur envoie un pigeon voyageur pour confirmer mes intentions? – ou ne se souviennent tout bonnement pas m’avoir parlé, malgré nos échanges de courriels.

Mais si j’en parle, c’est parce que la forme m’importe beaucoup plus que le fond. Pourquoi utiliser les mots « incompétence », « nul », « bidon », « inadmissible », et autres de la même veine, lorsque l’on souhaite simplement corriger une erreur de chiffre ou dire que l’on aurait pas écrit les choses de cette manière là. Pourquoi insulter la boulangère lorsque le pain est un peu plus cuit que d’habitude? Pourquoi hurler sur une pauvre secrétaire ou un employé de centre d’appels, pour finir par lui dire « Je sais que ce n’est pas de votre faute mais… ». Il n’y a pas de mais. Tourner 7 fois la langue dans votre bouche et vos pouces au-dessus du clavier avant de laisser votre venin couler entre vos lignes. Vous ne savez pas de qui vous pourrissez la journée en face. Alors qu’un courriel avec un bonjour, un « merci » et un « cordialement » aurait eu tout autant d’impact. Sauf qu’en plus il y aurait eu du respect dedans. Ça vous aurait fait du bien. Et à moi aussi.

Merde alors.

-Lexie Swing-

Mères et pairs

Tribu./

Tribu./

Chaque matin, je trace ma route sur le trottoir de l’avenue Monkland, après avoir embrassé conjoint et fille devant la maison. Sur mon chemin, je croise des habitudes similaires, des mères qui fendent la foule des écoliers de NDG pour aller prendre le métro, des pères qui remontent la rue en sens inverse, leur progéniture accrochée aux épaules, arrimée à la poussette ou tirée à l’arrière d’une bicyclette. Particularité du quartier? Peut-être. Dans le Monkland Village, les hommes convoient, les mères ramènent. Ou c’est mon imaginaire qui se satisfait de ce partage des affaires équitable.

J’aime cette idée que nous avons atteint un intérêt commun pour la vie que nous avons créée. Que ce ne soit plus seulement un problème de femmes. Je l’ai portée en moi mais il est le premier à l’avoir portée dans ses bras. Allongée sur moi pour notre premier peau à peau, c’était lui qu’elle regardait.

J’aime cette chorégraphie d’un père et d’une mère, de deux mères ou de deux pères, de deux individus qui s’accordent ensemble pour jouer la même mélodie. Elle rattrape l’enfant, il sort le mouchoir, elle essuie, il jette, elle pousse le carrosse, il transporte comme un baluchon leur petit dernier. Et son torse bombé n’est plus le synonyme d’une fierté de jeune premier mais le refuge de l’enfant qu’ils ont porté.

J’aime ce chemin que nous faisons désormais à deux, reliés par un, deux, trois enfants ou plus, encadrant et protégeant ensemble cette famille qui est la nôtre. L’égalité est là, pas dans le partage de l’aspirateur ou la capacité à faire un lit au carré, mais dans la possibilité d’être deux pour aimer, et s’entraider.

-Lexie Swing-

Conversation à demi-mot

Cheminement./ Photo Nina Matthews

Cheminement./ Photo Nina Matthews

En quelques mois, Miss Swing a développé un vocabulaire incroyablement riche. A la visite des 18 mois, l’assistante de la pédiatre m’avait demandé si elle disait « 10 mots au moins ». C’était inscrit tel quel dans son petit carnet du « bébé idéal qui rentre dans des cases préformatées ». Bon elle disait 10 ou 11 mots, et elle marchait. Seulement depuis un mois, et avec un équilibre précaire, mais elle marchait. Par dessus l’épaule de l’assistante, j’ai pris connaissance des questions qu’on nous poserait à l’avenir. Dans la case deux ans était inscrit « 50 mots au moins ». Beau challenge, me suis-je dit. Parce que j’ignorais encore qu’on pouvait apprendre 40 mots en six mois, et plus vraisemblablement peut-être 70 ou 80.

Chaque jour voit se dessiner sur les lèvres de ma belle un nouveau mot. Il fait souvent deux syllabes, les trois syllabes et plus se trouvant réduits à leur portion congrue. Il y a d’abord eu le chien, le chat, la vache, le poisson, l’oiseau, et le mouton, les livres en pagaille de sa bibliothèque regorgeant de bêtes en tout genre. Et puis les autocollants ont laissé place au lion, à la « to’tue », à « l’éphan » (éléphant) et au « codile » (crocodile).

Bientôt, elle a commencé à se prénommer (tant mieux son prénom fait deux syllabes), à nommer ses amis (en boucle), ses grands-mères et sa tante (tant pis pour les autres), son chien, rebaptisé « Heaven » pour l’occasion (il n’en demandait pas tant) et ses nounous. Elle a décrit ce qu’elle faisait, parce qu’elle met ses chaussettes, sa culotte, son « palon » et ses chaussu’, avant d’aller (je cite) « aux toilettes », puis de « manger un gâteau », de boire « du lait » et « de l’eau », voire « du pain », du « cola » (chocolat). Elle a appris la politesse, distribuant « bonjour », « mici », « teplè » et surtout byebye à qui mieux mieux, surtout quand l’on tarde trop et qu’elle veut s’en aller.

Elle a 21 mois et qq brouettes. Et nos conversations s’enrichissent de jour en jour. Elle sait désormais nous dire qu’elle veut « un bisou », « s’asseoir ici », qu’il faut qu’on « se tou’ne » pour qu’elle nous coiffe « les sseveux » (cheveux). Elle résume mon « Papa est sorti, il viendra t’embrasser quand tu dormiras » par un « Papa bisou Bébé dodo? » et puis me demande, tandis que nous regardons sa nounou s’éloigner dans le 51 : « Mona pa’tie dans bus? »

Et chaque fois qu’elle me dit « bonjour maman » lorsque je la réveille le matin, chaque fois qu’elle me répond « ici maman » lorsque je sacre en me demandant où diable j’ai pu mettre mes clés, et chaque fois que je comprends une histoire qu’elle me raconte et que je reçois ainsi un petit bout de sa journée, je me demande où a filé la toute petite fille que je contemplais dans son berceau de plastique, paisiblement endormie à l’orée de sa vie.

-Lexie Swing-

10 choses que vous ignoriez sur moi

Sabine, de Sabine et associés, a réalisé son propre tag il y a peu. Largement repris puisqu’il joue sur la fibre narcissique de tous les blogueurs du comté. Son petit nom ? 10 choses que vous ignoriez sur moi. J’ai le nombril proéminent alors voilà.

1) How I met your mother est la série que j’ai le plus aimé, de toutes, au monde. Et puis j’ai vu le dernier épisode. Non seulement il m’a gâché quelques jours de ma vie mais je n’ai plus jamais pu revoir un seul épisode. Merci hein.

2) Je peux être d’une mauvaise foi crasse.

3) J’ai proposé d’appeler notre fille Mohini et Aelitha. Son père a tenté de comprendre mon engouement par un « c’t’une blague j’espère? »

4) J’ai fait 15 ans d’équitation. Le galop a bercé ma vie. Depuis 5 ans je n’ai pas (ou presque) remis les fesses sur un cheval. Et ça ne me manque pas.

5) Quand j’aime une expression je l’utilise pendant un mois non stop et après ça me passe.

6) Je ne suis pas quelqu’un qui vit dans le regret, quand je pars d’un endroit j’oublie comment c’était pour me consacrer à l’endroit où je vis. Ce n’est pas une qualité particulière, mon esprit est ainsi. Je vis aussi beaucoup dans le futur potentiel, un temps propre aux rêveurs, ce qui est un autre problème :)

7) J’ai été saxophoniste quelque temps et j’ai même été la chanteuse d’un petit groupe improvisé. Je chantais avec mon saxophone accroché autour de mon cou.

8) Quand je parle j’ai besoin qu’on me regarde pour me faire signe qu’on m’a bien entendu. Je suis prête à reposer la même question 5 fois au besoin. Et à suivre mon interlocuteur jusqu’à la porte des toilettes s’il le faut.

9) J’ai un faible pour les hommes qui portent les cheveux longs.

10) Je ne donne jamais le vrai nom de ma fille, mais il n’est pas secret pour autant. Je trouve qu’à l’heure actuelle on ne sait pas quel impact auront les photos et les infos que l’on publie de nos enfants. Je ne veux pas qu’on puisse un jour la googler et tomber sur ce blogue qui parle d’elle. Pour revenir à son prénom, il est facile à deviner : c’est celui d’une chanteuse de jazz, de l’héroïne d’une chanson de M.Jackson, d’une joueuse de tennis américaine, c’est un prénom mixte, qui sonne très anglophone mais qui est, en réalité, d’origine allemande.

Bon… qui se prête au jeu?? Je laisse volontiers la place à tous ceux et celles qui voudraient participer, je suis d’une curiosité sans limite!!

-Lexie Swing-

Son père me manque

Dressage au crépuscule./ Photo   Edoardo Costa

Dressage au crépuscule./ Photo Edoardo Costa

Son père me manque. Il est parti il y a quelques années, alors que je n’étais plus dans les environs depuis longtemps. Mais je gardais, au fond de ma tête d’enfant, ses sourires un peu rares et ses mots d’encouragement. Il était à mes yeux de ces gens qui dispensent conseils et tendresse avec mesure, comme pour leur donner plus de poids.

De lui je n’ai conservé que des visions floues. Parce que j’avais 8 ans, 10 ans, 13 ans finalement, et que les grandes personnes n’avaient qu’un intérêt très relatif dans mon quotidien de pré-adolescente. Et l’impression que j’en ai gardée est teintée des remarques de ma mère, qui louait sa droiture et sa gentillesse.

Car il était ainsi, droit dans la vie comme sur un cheval. Aussi carré dans ses analyses que les pieds de sa monture à l’arrêt. Aussi posé qu’un appuyer. Aussi franc qu’un départ au galop en C. Aussi mesuré dans sa façon de me recadrer qu’un passage sur la diagonale.

Il était de ceux qu’on a connus enfant et perdus de vue, mais dont on se dit de temps en temps, « j’aurais aimé lui dire : tu avais raison d’avoir confiance en moi, ça a marché tu vois ». Ils sont un enseignant, un parent, un mentor de passage. Il était un peu tout ça, à la fois.

Doubler en A. Arrêt en X. Salut. Il a salué, et puis il est sorti. Quand je l’ai appris, la reprise était terminée depuis quelque temps déjà, et je n’ai pu accueillir la nouvelle que les bras ballants.

Son père me manque. Ton père me manque. Je crois que je ne te l’ai jamais dit, ou pas assez. Je pourrais te dire « c’était quelqu’un de bien », mais je dirais plutôt, et je serais alors plus juste, « c’était quelqu’un de rare ».

-Lexie Swing-