Et puis mon coeur va à l’Irlande

Irlande./ Photo Thomas Faivre-Duboz

Irlande./ Photo Thomas Faivre-Duboz

« Dans quel pays aurais-tu rêvé de de vivre? » C’est une question typique, un bouche-trou facile entre le fromage et le dessert quand les blancs sont plus nombreux que les miettes sur la table. Pas toujours facile d’y répondre. On pense à la Nouvelle-Zélande et à ses aventures sauvages, à New-York dont le coeur bat si vite qu’on y perd la notion du temps, au Cambodge et à son dépaysement, et puis à la neige de la Patagonie. On pense même à l’Islande, ses citoyennes si impliquées, ses maisons colorées et ses chevaux aux yeux tendres qui galopent en totale liberté. On en citerait mille sans en choisir un seul, parce qu’il est si dur de choisir un endroit, lorsqu’on voudrait tous les connaître.

Un matin d’août, je suis arrivée en Irlande. La fin de l’été faisait scintiller le ciel, de cette lumière si particulière, qui ne semble exister que dans cet endroit du monde. Les gouttelettes de la pluie, qui se termine et reviendra bientôt, habillent le bleu infini de vagues plus sombres. Le meilleur impressionniste n’en saisirait jamais toutes les nuances. On dit qu’il pleut beaucoup en Irlande, plusieurs fois par jour. On oublie de dire que le soleil revient aussi, plusieurs fois par jour. Et parce qu’il a plu, c’est à chaque fois le coeur plus léger que l’on écarte son parapluie pour laisser le soleil nous caresser le visage.

Lorsque j’ai traversé pour la première fois la rue qui borde la Liffey, à la hauteur de Temple Bar, je n’ai même pas marqué un temps d’arrêt. Mes pieds foulaient l’habitude. J’ai été Dublinoise dans une vie oubliée, j’ai déjà arpenté ces pavés, je me sens chez moi entre le ha’penny et Saint Stephen’s Green, résolument amoureuse du Sud où j’ai étudié. Mon coeur s’emballe quand je longe les quais vers l’Est, saluant au passage les personnages du Famine Memorial. Les bourrasques du vent provenant du port sont autant de souffles d’air supplémentaires dans mon corps.

J’ai souri sur tous les ponts, prenant des images qu’on ne qualifiait pas de « selfish » à l’époque. J’ai donné des rendez-vous sous la Spire, admiré les décorations de Noël sur Grafton Street. J’ai couru rencontrer Oscar Wilde, en statue, avant de parcourir la National Gallery. J’ai attendu l’aventure à Connolly Station. Et regretté mon départ au Dublin Airport.

Je suis partie. Je suis revenue. Et puis encore. J’ai aimé chaque rencontre, ri de tous les jeux de mots que je ne comprenais pas. J’ai commandé du cidre en pression, dépensé des milliers chez Avoca, lu tous les Marian Keyes que mon anglais me permettait. Je suis montée à la place du chauffeur, plusieurs fois. Même dans les taxis. J’ai pris le bus de nuit, ignorant l’étage et ses grabuges pour tenir le bras du conducteur, avec mon habituelle frousse des mauvaises rencontres. J’ai aidé à se relever des filles éméchées dont la taille des vêtements étaient inversement proportionnelle à la température extérieure. Et j’ai appris à commander au comptoir.

J’ai aimé démesurément ce pays aux chemins tortueux, dont l’exploration a eu raison de mon mal des transports. Et je cherche depuis cette lumière si particulière, qui baigne les champs vallonnés à l’heure où le coq songe à se coucher. J’ai eu la chance de connaître cet amour indicible pour un endroit et pour ses gens, un endroit refuge, un endroit souvenir, un endroit référence, un endroit au coeur duquel mon propre coeur, s’il s’affolait, retrouverait sa candeur.

J’aurais rêvé de vivre en Irlande, mais je me suis trouvée une autre maison, plus réaliste, plus accessible, plus accueillante sous bien des aspects. Aucun regret, juste de doux souvenirs.

-Lexie Swing-

Nos fantômes

Dancing./ Photo  Andrea Rose

Dancing./ Photo Andrea Rose

Un entrechat et deux sauts de côté, la cheville qui vacille et le souffle qui manque. Le temps de souffler j’échange un regard avec ma prof de sport, amusée. Et puis un flash. A ses yeux se superposent ceux d’une autre. Un regard plus sombre et un jugement sans retenue « Toi, tu ne seras jamais douée ».

Ces fantômes qui hantent notre mémoire sont autant de liens qui nous ramènent à nos faiblesses, à nos mauvais moments. Ils sont un garçon, ou une fille, qui dit non, non, toi et moi jamais. Ils sont un prof, qui murmure au parent fatigué, « son cas est désespéré », et qui rature, exaspéré, le carnet de notes de déceptions à peine voilées. Ils sont un ami qui ne donne plus de nouvelles. Et une copine partie hurler avec les loups. Ils sont un « je ne t’aime plus » et plusieurs « elle est mieux que toi ». Ils sont cet inconnu qui crie « bouge ton gros cul » et une voisine qui interroge « est-ce bien raisonnable de manger tout ce chocolat avec ton poids? »

Ils sont ces gens qui, d’une pichenette qu’ils oublieront à peine le doigt lancé, dégomment nos illusions, soufflant sur le château de cartes de notre estime. Ils sont ces fantômes, enfermés dans des boîtes à souvenirs, qui s’invitent dans notre esprit au détour d’un moment impromptu.

Ils sont ces fantômes qu’on devrait libérer, et de leur poids se décharger.

Ils sont ces fantômes que nous sommes tous aussi, pour quelqu’un d’autre.

Quelqu’un dont on ignore les appels

Quelqu’un dont on a refusé la tendresse

Quelqu’un qu’on a jugé

Quelqu’un à qui on a donné notre avis, même s’il ne voulait pas l’entendre

Quelqu’un qu’on a critiqué

Quelqu’un qu’on a méprisé

Quelqu’un qu’on a oublié,

Mais qui lui ne nous oublie pas, entre deux entrechats.

-Lexie Swing-

Répétition

21 mois./ Photo Glenn Gould

21 mois./ Photo Glenn Gould

« Viens souper » « Non, sans ton bébé », « On le pose là, Bébé te regarde », « Non tu ne peux pas avoir bébé”, “Inutile de demander une quinzième fois”, “Mange tes lentilles”, “Ne jette pas tes lentilles sur maman”, “Sur papa non plus”, “Non le chien ne veut pas de lentilles”, “Tu vas être punie”, “Tu vas être punie… encore”, “Ne dessine pas sur ton puzzle”, “Ne dessine pas sur la table”, “Ne monte pas sur tes livres”, “Pas sur la table du salon non plus”, “Qu’est-ce qu’elle a ta main?”, “Je l’ai essuyée, qu’est-ce qu’elle a encore?”, “Tu peux te laver, il n’y a plus de cheveu sur ta main”, “Je te jure qu’il n’y a rien”, “N’ouvre pas ce shampooing”, “Ferme ce gel douche”, “Ne jette pas ce savon sur le carrelage”, “Ne recommence pas”, “Si tu recommences je te mets au coin… de la baignoire”, “Pourquoi tu cries?”, “Pourquoi tu pleures?”, “Tu es tombée?”, “C’est ta tête?’, “C’est ton pied?”, “Je ne comprends pas”, “C’est quoi teuteu?”, “Tu veux faire pipi?”, “Pourquoi tu dis pipi alors?”, “Qui veut faire pipi?”, “Ah, c’est bébé qui veut faire pipi?”, “Pourquoi tu ne m’as dit que tu voulais faire pipi?”, “Pipi c’est pas dans la culotte!”, “C’est où qu’on fait pipi?”, “Bravo pour ton pipi!”, “Maman est très fière”, “Tu vois Maman dit bravo”, “Tu me fais un bisou?”, “Pas un bisou de loin, un vrai bisou”, “Encore un bisou?”, “Et Papa, il a droit à un bisou?”, “Tu sais qu’on t’aime très fort?”, “Enormément”, “Gros comme ça”, “Encore plus même, regarde, comme les bras de Papa”, “Comme le soleil”, “Comme la terre”, “Non la té – reuh”, “Je sais, tu ne sais pas ce que c’est la Terre…”

-Lexie Swing-

Ma toute petite fille

Une toute petite fille./ Photo Erkillian5

Une toute petite fille./ Photo Erkillian5

Je te fais face. Nous sommes à table. La chaise haute que tu as désertée a élu domicile pour la soirée contre le placard des céréales. Tes jambes se balancent sous le banc rouge sur lequel tu es juchée. Tu me fais face et tes 82 cm dépassent à peine au dessus de la table du souper. Tu nous dévisages, imperturbable, tandis que l’on échange des regards mi-amusés, mi-effarés, devant le verre d’eau que tu saisis avec plus ou moins de précaution, et le morceau de pizza qui tressaute au bout de ta fourchette. Et puis devant l’évidence. Notre grand bébé est devenue une toute petite fille. Une toute petite fille qui préfère l’inconfort d’un banc rouge au moelleux de sa chaise haute, les toilettes aux couches, la marche à la poussette. Une toute petite fille dont le carré est plus long que le mien et qui nécessite deux couettes et une barrette, chaque matin. Une toute petite fille qui sait mettre la table et ranger les vêtements. Une toute petite fille que la seule vue d’un sac de courses à déballer excite plus que le magasin de jouets. Une toute petite fille désormais capable de raconter ce qu’elle a vu, ce qu’elle a fait, même s’il faut décoder, deviner et moult questions poser. Une toute petite fille qui me rappelle que le chien n’a pas eu à manger et que ses mains ne sont pas lavées. Une toute petite fille qui ne dit pas les R. Une toute petite fille qui veut jouer sans moi mais être dans mes bras. Une toute petite fille dans les cheveux de laquelle mon nez s’attarde et mes doigts se plongent, pour retenir encore un peu, rien qu’un tout petit peu, le bébé joufflu qu’elle était, il y a un instant à peine, et que je discerne encore dans les éclats de rire qui ponctuent les chatouilles. Un bébé qui dit « mon bébé », en parlant d’un autre. Fait de plastique cette fois. Ma toute petite fille.

-Lexie Swing-

Ne te mooc pas de moi!

Mooc./

Mooc./

Ok le jeu de mot est pourri. Mais ces jours-ci le temps aussi! Si je partage régulièrement mes découvertes sur la page Facebook de Lexie Swing, je peine à tenir la barre du blogue ces dernières semaines, ensevelis que nous sommes sous les obligations. Depuis dix jours, je jongle, en plus de cela, avec une pige et mon mooc. Mon quoi? Mon MOOC. Le Mooc, c’est une formation en ligne ouverte à tous (je reprends la définition de Wikipedia, notez bien). Celui que j’ai commencé moi est tout juste sorti de l’oeuf à la Teluq, qui inaugure cette année sa plateforme de cours en ligne gratuits.

J’ai choisi Histoire Politique du Québec, pour plein de raisons.

1) J’ai besoin d’apprendre des choses concrètes. Les grands principes flous n’ont aucune prise sur mon esprit.

2) J’ai besoin de comprendre pourquoi la politique actuelle est ce qu’elle est, et pour cela rien de mieux qu’un peu d’histoire.

3) Je veux en savoir plus sur ce pays qui m’a accueillie et dont je me sens, quelque part, citoyenne, même si je n’en ai pas les droits.

4) Je veux ajouter une corde à mon arc et des connaissances à mon CV.

5) Je veux apprendre, sans être tenue de réussir quelque chose.

C’est ce dernier point qui est capital pour moi. Je le disais dès le départ, mais une petite voix stridente me scandait que je ne faisais ça que pour l’esbrouffe, l’image, la réussite. Contre toute attente, j’avais raison et la petite voix avait tort (et je suis définitivement schizophrène). J’attaque cette semaine le module consacré à « Mais qui sont ces Français qui ont fait le choix de venir créer la Nouvelle-France » et je me sens incroyablement excitée par tout ce savoir à portée de clic. Ce savoir qui m’est offert mais que j’ai le droit de refuser. Si je laisse tomber, personne ne sera là pour pointer du doigt mon dédain. Aucune secrétaire d’école ne décrochera son téléphone pour me rappeler de faire signer une feuille d’absence, ou une lettre d’abandon. Je peux tourner le dos à ce savoir. Et c’est pour cela que j’ai tant envie de lui ouvrir les bras.

Apprendre pour le plaisir d’apprendre, je n’avais jamais connu ça. Et c’est incroyablement bon.

Pour qui s’interrogerait sur le caractère pratique du Mooc, je précise que chaque lundi à 10h, un nouveau module est mis en ligne. Il comporte plusieurs vidéos, souvent des entrevues de professeurs, ou de spécialistes. A la fin de chaque vidéo, un quizz de deux ou trois questions est là pour vérifier que vous avez compris les points importants. Le score réalisé permet d’accéder, à la fin de la formation, à une attestation de réussite.

Alors, intéressé?

-Lexie Swing-

Pâtes ricotta, feta, noix et tomates confites au vinaigre balsamique

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Boum. Rien que l’énoncé est alléchant non? Je suis tombée la semaine passée sur cette recette de la déesse des créations gustatives qu’est la belle Marilou, Elle y mélangeait des cheveux d’ange, des noix de pins (pignons), des feuilles d’épinards ou encore de la ricotta. Ayant gardé l’idée mais n’ayant pas pris le temps de faire des courses, j’ai fait avec le contenu de mon placard qui s’est révélé suffisamment riche pour créer une recette goûteuse pour deux personnes.

Dans votre panier de courses, mettez un paquet de pâtes (linguine, cheveux d’ange ou autres selon votre goût), de la ricotta, de la feta, des petites tomates en grappe, du vinaigre balsamique et des noix de Grenoble hachées.

Préchauffez le four à 350 degrés F. ou 180 degrés C. Placez vos tomates entières et préalablement nettoyées dans un plat, saupoudrez d’un peu de fleur de sel et recouvrez à moitié d’huile d’olive. Ajoutez une cuillère à soupe de vinaigre balsamique. Enfournez jusqu’à ce qu’elles commencent à se fendiller, soit 15 à 20 minutes selon la grosseur de la bête.

Faites cuire vos pâtes. Moi j’avais réalisé mes pâtes maison qui cuisent en quelques minutes à peine.

Dans une poêle, faites fondre un beau morceau de beurre, puis versez une demi-tasse de ricotta, 2 cuillères à soupe d’huile végétale (colza ou olive), 1/4 de tasse de feta (une bonne poignée si vous avez envie de mettre la main aux morceaux), du sel et du poivre.

Mettez la poêle hors du feu, ajoutez une poignée de noix hachées, puis vos pâtes égouttées. Mélangez aussitôt et servez. Déposez sur le dessus une tomate confite, ou toute la grappe, si vous présentez vos pâtes dans un plat.

-Lexie Swing-

 

Lève ton voile

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Le loup est une brebis galeuse./

Je suis un peu à la bourre. La faute à nos multiples projets du moment. Il n’empêche que jeudi dernier, comme tous les Canadiens de nom ou d’adoption, je me suis endormie avec en tête les images d’un jeune militaire tué par un homme qui avait des pensées extrémistes. Ça, c’est la version courte. Mais comme c’est aussi la version que la plupart de mes concitoyens et moi-même retiendrons, prenons celle-ci.

Je me suis endormie sur ces images et réveillée avec une vague amertume. Et puis dans la brume matinale – la semaine dernière a eu son lot de pluie battante, on en a pris pour tout l’automne j’espère! – j’ai croisé une ado. Elle portait un slim, des boots et un sac à dos. Une ado comme tous les ados. Sauf qu’elle portait un voile. Elle regardait par terre et je parierais que c’est simplement parce qu’elle est timide. Parce que moi aussi je regardais souvent par terre en marchant dans la rue. N’empêche…. n’empêche j’ai eu un peu pitié. Car d’instinct j’ai su qu’elle, ou sa soeur, ou leurs copines d’école, seraient stigmatisées. Et qu’au moins l’une d’entre elles, ou l’un d’entre eux, serait pointé du doigt, ce jour-là, et tancé d’un « c’est de ta faute ». Comme si son voile était cousu de fils de culpabilité.

On dit que les gens comprennent, que les gens soutiennent, mais c’est faux. Il suffit de voir les regards courroucés et les accusations à peine dissimulées; il suffit de voir des femmes voilées courber l’échine, et leurs maris fuir les regards. Il suffit de voir les grossièretés qui surgissent sur la toile depuis que des Canadiens qui se revendiquaient de l’Islam s’en sont pris à des militaires. Comme s’il suffisait de lire le Coran pour cautionner les pires actions. Comme si moi, je donnais raison à n’importe quel comportement extrémiste lorsqu’il était commis par un Français.

Quand il s’agit de justifier ses actes, on se raccroche à l’idéologie en vogue, au courant de pensée ou à la religion qui fait la une des médias. Il y a 1000 ans, dans la folie des croisades, les extrémistes se disaient catholiques. Et puis il y a plus de 25 siècles de ça, on commettait les pires atrocités au nom de Zeus ou de Jupiter. Même les athées, comme moi, pourraient un jour se voir sacrifiés au nom d’une violence assumée.

Et comment nous identifiera-t-on alors? Serais-je un jour amenée à dire « Non, je ne suis pas cette athée-là » ou plus probablement : « je ne suis pas cette Française-là »? Devrais-je me mettre à nue sur la toile en brandissant un hashtag qui dit combien je me dissocie de cette folie répandue en mon nom? Ou est-il possible que les esprits changent et que le troupeau ne soit plus mis en danger par un loup déguisé en brebis galeuse ? Il ne suffit pas de revendiquer pour appartenir. Et à la communauté musulmane, clairement, ces loups-ci n’appartenaient pas.

-Lexie Swing-

La posologie se relit toujours deux fois

Crying./ Photo Jack Fussell

Crying./ Photo Jack Fussell

Hier, je m’ennuyais ferme. L’évier débordait de vaisselle, j’avais un article à écrire et dormi 12 heures en trois jours. Pimpante et relaxée, nonchalamment assise au bord de la baignoire dans laquelle l’extension de moi-même jouait à m’éclabousser, j’ai finalement décidé d’appeler Mister Swing pour lui proposer une petite sortie originale.

« Allo chéri? Ça te dit qu’on aille à l’hôpital pour enfants? »

Bon ok, ça a plutôt donné « Chéri? T’es où? Les urgences, MAINT’NANT! » Et le ton était légèrement, très légèrement plus angoissé. Retour en arrière.

17h Miss Swing, supportant tant bien que mal l’antibio que le médecin lui a prescrit samedi pour une otite, otite qu’elle a potentiellement contractée en se rendant à sa visite de routine chez sa pédiatre trois jours plus tôt, réclame chaque soir à cor et à cri (à pleurs et à cris plutôt) les toilettes une heure chaque soir. Je fais donc un crochet par la pharmacie et furète au rayon enfants à la recherche d’un pansement gastrique.

17h30 Revenues à la maison, je lui donne le médicament. 2 cuillères à soupe selon la ligne 12+ sur la posologie.

17h35 Deux cuillères à soupe à un enfant de 20 mois, c’est dur à donner quand même, et puis des cuillères à soupe, pour des bébés? Je jette de nouveau un oeil à la posologie. Et là : horreur. Sur une ligne un peu plus haut, j’aperçois la mention « years ». 0-3-6-12, tel qu’indiqués, ne sont pas des mois, mais bien des années. De 0 à 3 ans? « Jamais sans l’avis d’un médecin ».

17h40 Je ne panique pas du tout et appelle donc Mister Swing qui peine à comprendre mes paroles tant mon calme est palpable. Nous choisissons de surveiller notre petite malade, qui est en train de vider l’intégralité de ses puzzles sur le plancher du salon.

18h C’est l’heure du bain, je plonge le homard dans l’eau tiède. Je crois avoir la berlue mais non : son dos et son ventre sont recouverts de plaques rouges.

18h02 Je rappelle Mister Swing avec le calme que l’on sait, il me conseille d’appeler les « infirmières machin chose ».

18h05 J’appelle les infirmières précitées au 811. Au Québec, ce service te permet d’obtenir des conseils de santé lorsque tu as un doute dans une situation non urgente. La petite musique d’attente est charmante, j’échange des textos amusés avec le papa pas du tout stressé, se relaxant dans les bouchons, et me demandant si j’ai quelques nouvelles concernant la situation. Finalement, une infirmière répond. Au vu du problème, elle me conseille d’appeler le pharmacien qui m’a vendu ce délicieux produit.

18h15 La pharmacienne décroche, et pas alarmiste le moins du monde, m’explique que « ce médicament est hautement toxique pour les enfants de moins de 3 ans et qu’il ne faut surtout pas lui donner ça ». « Et si je lui en ai déjà donné? », je lui réponds. « Et bien, il ne faut pas ». « OUI MAIS C’EST FAIT ET EN SURDOSE EN PLUS » Je hurle parce que je commence à penser que son téléphone capte mal. « Il faut aller voir un médecin d’urgence alors, on ne doit jamais… » Elle m’a sûrement donné encore quelques précieux conseils concernant ce médicament toxique pour les bébés en vente libre au rayon enfant de sa pharmacie, mais je n’ai guère eu le temps de les noter étant donné que je devais passer un appel urgent…

Alors que nous pensions attendre deux heures au Children’s nous avons été immédiatement pris en charge par les médecins, tous très sympas. Et cette fois-ci je ne rigole plus. Ils ont ausculté plusieurs fois la miss sans qu’elle ne râle – la force de l’habitude après trois passages dans la semaine chez le médecin – puis ont décidé d’appeler le centre anti-poison (ça fait toujours chic et pas du tout peur comme nom). Finalement, nous sommes ressortis avec la bénédiction du médecin, sans lavage d’estomac, sans sermon, après avoir discrètement rangé les flacons et pansements que Miss Swing avait vidés sur le sol. Le corps de la caille avait assimilé le produit, et les boutons commençaient à disparaître. Le médecin en a profité pour vérifier l’otite et confirmé que celle-ci avait disparu, et que l’on pouvait arrêter l’antibio plus vite que prévu.

Je pense que je vais faire de la soupe avec l’antibio qui reste. Histoire de mettre un peu de piment dans notre prochaine soirée.

-Lexie Swing-

Petits pains pour la semaine

Pain tout juste sorti du four./ Photo DR Lexie Swing

Pain tout juste sorti du four./ Photo DR Lexie Swing

Au Québec, et un peu partout dans le monde d’ailleurs, il y a ces Français qui abandonnent le pain pour le tromper avec des naans indiens, des bagels ou du pain de mie blanc. Et puis il y a les irréductibles, qui achètent en soupirant des baguettes deux fois plus chères qu’en France. Difficile de renoncer lorsqu’on a grandi avec un pain tranché dans la panière et que l’on comptait chaque dimanche ses piécettes pour acheter une baguette blanche et molle à tartiner de toutes sortes de friandises hautement dangereuses caloriquement parlant, comme le Kiri, le beurre ou le Nutella.

Depuis un an, nous passions donc près de 20 dollars par semaine pour s’acheter notre dope croustillante, qui n’a même pas la vertu d’être « vraiment bonne ». C’en était trop! Moi et Fred, mon Kitchen Aid (toute volonté de faire rimer le nom et l’engin serait purement fortuite) avons donc décidé de mettre le crochet à la pâte. La recette qui suit est testée, approuvée et refaite chaque semaine. J’utilise de la farine blanche, mais il existe de multiples choix et possibilités, que je n’hésiterais pas à tester dès que l’envie de passer plus de 3 minutes 30 à faire du pain (moi je pèse, je verse, et Fred s’occupe du reste).

Pour six petits pains bien joufflus, comptez :

– 500g de farine (au total, mais vous pouvez par exemple essayer 450g de farine T50 et 50g de farine complète)

– 5 g de levure sèche

– 390ml d’eau tiède (30 degrés environ)

– 5 g de sel

Versez vos 5g de levure et vos 390 ml eau tiède au fond du bol, et laissez la magie opérer dix minutes. Ajoutez les 500g de farine et les 5g de sel, tout en haut de votre monticule de farine afin que le sel et la levure ne se rencontrent pas tout de suite (ils sont timides). C’est là que Fred entre en scène. Pétrissez au crochet (ou à la main si vous êtes joueur) 10 minutes en vitesse 1. Profitez-en pour lancer Breaking Bad, si comme moi, vous avez 5 saisons de retard.  Laissez reposer 5 minutes votre pâte, et remettez à pétrir 10 minutes.

Faites glisser votre pâte légèrement coulante dans un bol à fond plat. Laissez reposer 20 minutes et remettez un épisode de Breaking Bad. A l’aide d’un découpe-pâte ou d’une maryse si vous êtes aussi bien équipé que moi, rabattez les bords de la pâte vers le centre. Elle ne va pas rester ainsi en place, il s’agit simplement d’exécuter le mouvement. Le site easy-cooking, à qui j’ai piqué la recette, en fait la démonstration en vidéo. Laissez reposer 20 minutes, rabattez au découpe-pâte de nouveau. Recommencez encore deux fois ces étapes.

C’est le moment de former vos petits pains, vos baguettes ou n’importe quelle forme que vous auriez envie de donner à votre pain (faites-moi rêver). Farinez votre plan de travail, vos mains, la pâte, et c’est parti. Il faut dix doigts, Fred et son crochet unique ne le feront pas pour vous. Couvrez d’un linge humide et laissez gonfler 30 minutes. Préchauffez votre four à 410°F ou 210°C en plaçant un ramequin d’eau sur un côté.

Enfournez vos pains pour 30 minutes environ. Ils sont cuits lorsque tapoter sur leur base produit un son creux.

Alors, alors, alors?

 

-Lexie Swing-

 

 

Stop à la sexualisation des enfants!

2 ans./

2 ans./

Mardi, j’étais chez la pédiatre (avec qui j’ai eu cette sympathique conversation), et je m’ennuyais ferme en l’attendant. Son assistante m’avait déjà fait mettre Miss Swing en culotte pour pouvoir la peser et la mesurer, et celle-ci, insensible au petit courant d’air froid (ai-je déduit lorsqu’elle m’a jetée au visage la veste que j’avais osé poser sur ses épaules) buvait sa brique de lait à la paille assise sur le petit matelas réservé aux auscultations.

Je l’observais donc, et j’ai dégainé mon portable, toujours à l’affût d’une belle photo de ma progéniture. Ladite photo est parfaite de « mignonnité » : ma belle est perdue dans ses pensées, assise en culotte sur le matelas froid, les lèvres pincées autour de la petite paille de sa briquette. Sur son ventre, un filet de lait échappé de la bataille dégouline. J’ai envoyé cette photo à son papa. Et puis à ses grands-parents. J’ai pensé à sa tante, et puis à mon amie A. avec qui j’échange souvent des photos de nos bébés respectifs. Je l’ai aussi transmise à ma copine M., qui me demande parfois des photos choues de ma fille. Et puis la nounou m’a envoyé un message et je lui ai renvoyé la photo en lui disant « devine où on est?? » Je la trouvais tellement cool cette photo que je l’ai mise en fond d’écran de mon cellulaire.

Et puis ce matin je suis là, assise à la pharmacie. Je contemple d’un oeil des magazines en tête de gondole, tout en surveillant mon cellulaire. Machinalement j’appuie et ma fille apparaît. A mes côtés, une dame regarde aussi ma photo. Une seconde je suis fière, résistant à l’envie de lui glisser « C’est mon bébé, vous savez, la mienne, elle a eu 20 mois, et hier… », et puis la seconde d’après, mes yeux tombent sur un titre de magazine, un titre qui proclame « Des parents sommés d’habiller leur fillette de 2 ans qui courait sans t-shirt le long du bord de mer ». C’était aux USA, en Italie, en Espagne, je ne sais pas où. C’était au Canada. Ou ça aurait pu être au Canada. Après tout, cet été, une mère a été sommée de mettre un haut de maillot à sa fille de trois ans. Et qu’importe ce qu’on a dit de la réaction de la mère, le fait est là : on lui a demandé – et c’était le point de départ – de recouvrir les seins de sa fille. Les seins. A 3 ans.

Et puis très vite, j’ai repensé à cette maman américaine, qui s’est vue retirer ses enfants parce qu’elle avait publié des photos où ses trois enfants, en sous-vêtements, jouaient avec leur mère dans le lit de celle-ci. On a jugé les photos obscènes. C’est tellement stupéfiant qu’on a envie d’en rire. D’un rire niais, un peu emprunté, marqué d’un vague « je ne comprends pas ». Car c’est exactement ça. Je ne comprends pas comment on peut sexualiser le corps d’un enfant de deux ans. Si je coupe la photo de ma fille au niveau des épaules, on serait incapable de savoir qu’elle est une XX, sauf eut égard à cet attribut relativement « petit-féminin » que constitue… sa culotte à pois! Mais le ramdam est tel et les justiciers des moeurs tellement aux abois que pour la première fois, en regardant ma fille, je n’ai pas vu une petite fille de 20 mois. J’ai vu une poitrine nue, un filet de lait le long du ventre, une culotte à pois. J’ai vu l’artifice, j’ai sexualisé ma fille malgré moi, obnubilé par les bien-pensants et leur vindicte virtuelle implacable.

J’ai eu envie de vomir d’avoir vu ça.

Ma fille n’est qu’un bébé de 20 mois. Bientôt elle sera une enfant. Un jour, elle sera une ado, puis une adulte. Elle aura une poitrine, que la société lui recommandera de dissimuler, ce qu’elle fera dès qu’elle aura constaté l’apparition de ses seins naissants, parce que les jeunes filles sont ainsi et que la société, les copines, les amoureux, les conduisent par la main vers cette dissimulation, qui est aussi, le moment venu, une forme d’émancipation.

Mais laissez ma fille n’être qu’un bébé, qu’un enfant, sexuée par ses couettes et ses robes qui volettent, plutôt que par d’hypothétiques attributs, dont l’apparence ne peut se conjuguer qu’au futur.

-Lexie Swing-

PS She’s soooo cute, m’a finalement dit la femme à côté de moi. Forcément, je me suis sentie obligée de dire que, puisqu’elle m’en parlait, ma fille avait eu 20 mois et…