Résultat d’examen

Doctor and patient./ Seattle municipal archives

Doctor and patient./ Seattle municipal archives

Examen médical… Je vais chercher le compte-rendu, mon médecin ayant choisi ce moment opportun pour partir en vacances.

La secrétaire médicale me tend le document, et puis se ravise:

 » Votre médecin les a eus ? »

« Non, il est en vacances. »

Elle insiste : « Et vous allez voir un autre médecin du coup ? »

Je commence à avoir des sueurs froides :

 » Non, mais le mien sait que je devais récupérer les résultats… »

Et alors que je vais enfin les saisir, elle me les retire des doigts :

 » Vous l’appellerez hein? »

Je hoche la tête, les prend fébrilement, sort la feuille en tremblant. Le texte est ponctué du mot « négatif », avant la conclusion finale (en substance) : « Tout est ok ».

Je regarde la secrétaire : « Pourquoi voulez-vous que je parle à mon médecin s’il n’y a rien? »

« Ah, il n’y a rien?, me répond-elle. Tant mieux! Mais je n’en savais rien, je n’ai pas lu vos résultats, je vous posais juste les questions habituelles ».

Ne jamais se fier…

 

-Lexie Swing-

 

 

Perdre le temps

La série Window to the past./ Photo Kerényi Zoltán

La série Window to the past./ Photo Kerényi Zoltán

Je perds le temps. Voilà ce qui décrit ce drôle d’état dans lequel les éléments me plongent parfois. Certains font des crises de panique ou d’anxiété, d’autres sont phobiques, ont le vertige ou ne supportent pas d’être enfermés. Moi je « perds le temps ». Mes repères temporels s’effondrent et l’espace de quelques minutes, une heure parfois, je suis perdue entre deux temps. C’est arrivé la première fois quand un tronc d’arbre a tenu à rencontrer ma tête, à la faveur d’une chute de cheval. Pendant trente minutes j’ai pensé avoir 5 ans à nouveau et je ne comprenais pas bien ce que je faisais à côté de cette bestiole immense pourvue de 4 sabots. Commotion cérébrale. Rien que de très commun finalement. Mais par deux ou trois fois, ces 15 dernières années, une chanson, un visage, une ambiance, une odeur même et je perds mes repères. Ce n’est qu’une sensation, je la connais. Elle se rapproche des crises d’anxiété. Je me sens prise au piège dans l’endroit et dans le temps. Alors je cherche à partir. Comme je ne comprends pas les crises d’anxiété et que je suis du genre à dire à mes proches qui en font « mais bouge toi, il n’y a pas de ´Je ne peux pas ´ qui tienne, on peut toujours » (appelez moi Madame Empathie), je mets ces bons conseils en application et je poursuis ma route en pilote automatique. Mes jointures sont blanches parce que je serre trop fort la barre du métro, mes oreilles sont comme bouchées, hermétiques aux sons extérieurs, et mes yeux fixés sur le chemin que je dois prendre. Pourquoi? Aucune idée. J’ignore même s’il s’agit d’un vrai problème ou si, simplement, le passé lance parfois des hameçons qui nous tirent en arrière de manière imprévue. Il n’est pas toujours facile de distinguer celui qu’on est de celui qu’on a été. De ne se pas se sentir à l’étroit dans son corps d’adulte quand on est confronté à des étudiants, des étudiants comme on en était il n’y a pas si longtemps. Combien de claques le temps nous met-il? Combien de fois pince-t-on les lèvres en déclarant « ça fait 20 ans qu’on se connaît ». Ce temps insolent qui galope comme un cheval fou en nous jetant à la figure le sable de nos incertitudes.
Mon antidote : elle. Ses yeux de velours, son rire, mon présent bien ancré, un vrai coup de pied aux fesses de la réalité.

-Lexie Swing-

La nouvelle du mois

Je participe désormais aux rencontres des Jolies Plumes, qui proposent chaque mois un thème de nouvelle. Ce mois-ci, « Hall d’aéroport, quai de gare, siège arrière d’un taxi, aire d’autoroute. Il y a ceux qui partent, ceux qui arrivent, ceux qui fuient, ceux qui attendent. Et il y a vous/votre personnage. » Si vous voulez nous rejoindre, écrivez un petit mot à latelierdesjoliesplumes@gmail.com.

 

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Elle me porte, haletant, foulant à grands pas la grande avenue dallée de l’aéroport. Elle a souri à ses parents, essuyé d’un geste distrait les larmes qui nageaient entre ses cils, et elle est partie. Je bringuebale contre sa poitrine, tandis qu’elle accélère encore. Passage du contrôle. Il attend. Elle piétine. Il insiste. Elle fait mine de ne pas l’entendre. Il est de permanence, elle est en partance. Il déambule dans son quotidien. Elle a décidé de changer le sien.
« Enlevez tout, madame, je vous dis. La ceinture, le sac à dos, les chaussures… » Exaspérée, elle me jette dans ses bras, le temps de se défaire de son arnachement, qu’elle lâche sans un regard dans les paniers de plastique bleu.
« Madame, votre manteau dégringole… »
Elle l’ignore. Me récupère. Ne sonne pas. Plonge vers ses affaires abandonnées et les saisit. Un bref regard vers le contrôleur et la voilà qui s’en va, pieds nus et jeans tombants, vers la porte d’embarquement. Elle m’a poussée contre sa hanche et j’accompagne son pas dansant. Le contrôle passé, il se fait plus lent. Elle savoure, elle attend. Le moment est unique, les instants décisifs. Elle se souviendra toujours de ces heures, de ces visages, de ce hall sans fin qui l’emmène vers une nouvelle vie. Elle me sert contre elle et puis reprend sa course, ses pieds déchaussés frottant sur la moquette usée. L’embarquement a commencé. Elle défie la file, contourne le monde sans sourciller. Devant le tunnel suspendu, elle remet ses chaussures, me serre plus fort, inspire et se lance, sans un regard en arrière.
Place 10D, premier rang, le rang dévolu aux parents. Elle attend le berceau qu’on lui a promis. Sur ses genoux, je regarde le stewart qui me dévisage, l’enfant d’à côté qui supplie déjà sa mère de lancer la télé, la petite vieille du fond arrivée en fauteuil et que l’on peine à installer. Je la regarde. Elle me sourit, plonge son nez dans mes rares cheveux, inspire à pleins poumons mon odeur comme seuls les pères et mères aiment le faire, et puis elle chuchote : « la vie est une aventure, ma toute petite, et l’aventure, comme ta vie, commence à peine ».

 

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Les autres textes : Illyria – Ma Vie de Brune – I feel Blue – Lizzie Austen – Miss Blemish

 

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-Lexie Swing-

Wherever you are

Aéroport./

Aéroport./

Have a good day or a good night, wherever you are right now. C’est ce que j’ai écrit en fin de message à une amie italienne en transfert à l’aéroport. J’ai su plus tard, en consultant Facebook, qu’elle se trouvait à Barcelone, en partance pour l’Océanie. Un peu plus tôt, elle m’avait écrit, “j’adore mais je t’assure que ce n’est pas facile comme vie”.

Il y a de ces vies qui sont belles chez les autres. Parce qu’à leur côté, au bout du fil ou de son clavier, on se sent un peu en voyage. On ne les envie pas, on sait parfaitement que leur vie n’est pas pour nous. Leur vie n’est même pas vraiment pour eux, parfois. Mais ils nous font rêver! Demain, après ses 23h de voyage, si j’en crois son message, elle publiera une photo de Sydney, ou de Wellington. Et ce sera une bouffée d’air pour moi.

Je remercie chaque jour silencieusement ces amis qui enrichissent ma vie. Je n’ai pas le goût de les envier, parce que leurs copains sur les photos ne sont pas les miens, parce que leur job n’est pas ma job et que, bien souvent, ils n’ont que des parents qui les attendent quand moi je suis la mère qui rentre chez soi. Mais cette richesse incroyable qu’ils me font partager, c’est un peu plus que leur travail, c’est un peu plus que leurs voyages, c’est le monde qu’ils nous offrent et que je parcours à travers leurs yeux.

Bon voyage Ele.

-Lexie Swing-

 

À deux…

La main de son père, le visage de sa mère./  Photo Alex Barth

La main de son père, le visage de sa mère./ Photo Alex Barth

Tu donnes les pâtes, je m’occupe du yaourt; je donne le bain, tu l’attends avec sa serviette… Toute notre histoire de parents n’a été qu’un pas de deux pour s’occuper au mieux de Miss Swing. On avait pensé les choses ainsi : on l’a fait à deux, on s’en occupe à deux. La danse a commencé dès les premières nuits, à coup de “c’est ton tour”.

Curieusement, à 3h du matin, ce n’est jamais le concerné qui se lève d’un bond en s’exclamant “bouge pas, c’est à moi”, mais bien toujours l’autre qui est contraint de le pousser violemment hors du lit pour booster sa motivation! Les biberons ont été un allié de taille, car malgré toute la bonne volonté du monde, Mr Swing n’aurait jamais pu donner le sein à ma place, même si je me rappelle avec bonheur de l’aventure de ma copine C., si fatiguée une nuit, que son conjoint l’a assise dans le lit avant de maintenir le petit affamé contre son sein. Si ça, ce n’est pas une belle équipe!

Car c’est ce qu’on est, une équipe. On se relaie, on s’épaule, on se questionne : “tu ferais quoi, toi”. Pas une rougeur dont le traitement ne soit une décision à deux, pas une tenue qui n’ait été brandie sous le nez de l’autre “ça ira bien ça aujourd’hui non?”

On est des alliés, incroyablement chanceux d’avoir toujours été deux, du tout premier jour de sa vie, parce que les pères pouvaient rester à la maternité, à ses premières semaines, comme Mr Swing suivait des cours depuis la maison, à notre arrivée ici, puisque nous avons repris le travail quasiment en même temps.

Il n’y a pas une seule bonne façon, il y a des mères qui reprennent le travail tôt, et des pères qui travaillent trop; il y a des parents au foyer, qui passent volontiers le relais une fois l’autre rentré; il y a des familles monoparentales, où l’on ne peut compter que sur soi, même les soirs où ça ne va pas.

Il y a de multiples façons, mais il y a une seule conception : si l’on décide d’être deux, alors on est vraiment deux. On est pas un et demi : l’un qui s’enfile tous les soirs l’infernal bain-repas-brossage-de-dents-une histoire-et-au-lit tandis que l’autre fait du zapping sur ses 48 chaînes. On est deux, pour pouvoir dire : “là, tel que tu me vois, je suis comme court-circuité de l’intérieur, alors je vais dormir 30 minutes et je te passe la main”. Et on passe la main, sans arrière pensée, sans “y arrivera-t-il”, sans “elle va oublier de lui mettre son bavoir”… On était deux à savoir le concevoir, on devrait être deux à savoir l’élever.


-Lexie Swing-

Il était une fois…

Typewriter./ Photo Derek Gavey

Typewriter./ Photo Derek Gavey

… un concours de nouvelles! Le concours aufeminin, c’est 4 thèmes au choix et des dizaines de nouvelles (centaines?) validées par la rédaction. Pour moi, c’est aussi une deuxième participation (j’ai été finaliste lors de la première), 3 nouvelles écrites en un soir, une nuit d’insomnie, des millions de recherche Google pour en savoir plus sur le concours, etc. A la clé, un sac à main Longchamp, ma seule raison de participer. Pas convaincu? Je vous la refait : à la clé, la rencontre avec des éditeurs, et un sac que je donnerai au plus méritant (ou à celui qui trépignera le plus) (attention Miss Swing est une adversaire coriace).

Pour la découvrir et l’aimer (et la liker donc) (voire la partager), c’est ici.

Pour me dire ce que vous en pensez, c’est juste en dessous, dans mes commentaires.

 

-Lexie Swing-

 

Se souvenir

Premiers pas./ Photo Vincent Huang

Premiers pas./ Photo Vincent Huang

Hier, je trépignais parce qu’elle refusait de marcher, aujourd’hui je m’extasie quand je la vois traverser la pièce en cavalant sur ses deux jambes. Mais demain, j’aurais oublié. On oublie toujours. On choisit un autre cheval de bataille. L’alphabet. L’écriture. Dessiner un bonhomme patate. Il y a toujours de nouvelles choses à apprendre. Mais on oublie toutes celles qu’ils ont déjà apprises.

Dans mes instants (rares) de pleine conscience, je me rappelais qu’elle n’avait marché à 4 pattes que le jour de ses dix mois, après s’être vaillamment affalée sur le ventre à chaque fois que j’essayais de faire tenir ensemble ses quatre membres (appelez moi Mr Bean). Un jour elle ne savait pas, et le lendemain, elle marchait à quatre pattes comme si elle était sortie de mon ventre ainsi! Il va sans dire que l’apprentissage de la marche demande un peu plus d’entraînement – on a oublié ce jeu d’équilibriste qui consiste à avancer d’un pied sur l’autre sans tomber – mais en deux semaines elle traverse désormais l’appartement sans problème, tant qu’il n’y a pas chaussures, jouets ou chien vautré au milieu de son chemin.

Un jour, elle courra, et ses premiers pas chancelants se perdront dans ma mémoire. Un jour, elle suivra un cours d’anatomie, et j’oublierai qu’elle savait montrer le nez, la bouche, mais hésitait sur les yeux, avant de m’arracher les cils. Un jour, elle récitera la table des 9, et le « un, deux, trois, quatre » qu’on récitait ensemble, et puis le « cinq » qu’elle ne trouvait jamais ne seront plus qu’une drôle d’histoire écrite sur son carnet.

Alors à chaque hésitation, à chaque pas manqué, j’essaye de me souvenir de toute la pente qu’elle a déjà gravi. Sur le dos, sur le ventre, à quatre pattes, sur ses deux pieds, en riant, en pleurant, en balbutiant, en prononçant ses premiers mots, en fredonnant ses premières chansons.

Ce qui me fait penser à cette citation : « On passe 18 mois à espérer qu’ils parlent, et les années suivantes à prier pour qu’ils se taisent »

 

-Lexie Swing-

Petit dessert sur coin de table

J'ai pas dit qu'il était beau./ Photo DR Lexie Swing

J’ai pas dit qu’il était beau./ Photo DR Lexie Swing

Ce soir, vous pouvez manger quelques fruits… ou alors en faire un dessert plutôt sympa à déguster après une salade! C’est en tout cas ce que je me suis dit, perdue dans ma contemplation de la coupe de fruits tandis que Miss Swing soupait. J’ai donc épluché et découpé deux poires, avant de les répartir dans des ramequins. Puis, pendant que la belle attaquait sa plâtrée d’épinards (elle mange seule), j’ai laissé courir mon imagination en mélangeant aux doigts farine, sucre et beurre, rajoutant de l’un ou de l’autre pour obtenir la consistance voulue. J’en ai saupoudré les poires avant d’enfourner le tout avec le pain qui cuisait. Certes, il fait chaud, mais 1 degré de plus ou de moins quand il en fait déjà 35 à l’intérieur… J’ai fait simple, parce que mes placards crient famine, mais j’ai plein d’idées:

– rajouter du chocolat

– rajouter d’autres fruits, genre pommes ou bleuets

– rajouter du sirop d’érable

– mettre de la poudre d’amande dans la pâte à crumble

– faire un mélange pommes-caramel au beurre salé

– mettre un fond de compote d’abord

– essayer avec des fraises et de la rhubarbe…

Bon, et vous, vous feriez quoi?

 

-Lexie Swing-

Génération expat

Canada./ Photo Lynn Harris

Canada./ Photo Lynn Harris

Il est 6h. Il dort encore. Je me lève. Ils mangent. Elle goûte. Ils s’endorment… pour leur nuit suivante. Génération d’expatriés. Nous étions du même endroit minuscule, et nous avons envahi le monde, à la recherche d’aventures, de meilleurs jobs, d’une plus belle vie. On a suivi quelqu’un, on est parti seul, on a déconstruit, reconstruit, on s’est invité, on a décidé qu’ici c’était chez nous, et que là-bas, c’était chez nous aussi.

A l’échelle de l’expatriation massive de notre génération, les océans sont des piscines à bulles. Il n’y a plus vraiment de frontières, plus vraiment de patries. On picore le meilleur de chaque, recevant par colis tout ce qu’on ne trouve pas, dévalisant les commerces de tout ce qui fait la richesse d’ici. On mange des chèvres chauds au sirop d’érable, de la poutine au camembert. On a plus de mots d’argot que n’importe qui à notre vocabulaire.

Folle génération d’expatriés, qui partout s’est évadée. Toujours vus comme des fugitifs, alors que nous ne sommes que des assoiffés, qui voulons perdre nos habitudes, se mettre en danger, recommencer de zéro, et aimer à nouveau, poser un regard neuf, s’extasier, apprécier, rentrer, repartir, se trouver, se choisir un endroit, pour poser ses bagages. Planter les fils de sa vie, avec des sardines branlantes, regarder la toile se défaire, et dévaler dans la pente. Être près à s’envoler, n’être ni d’ici ni d’ailleurs, mais toujours, toujours, chercher le meilleur.

(J’ai plus de souffle, trop longue tirade)

 

-Lexie Swing-