« Il s’adaptera de toute façon »

Sainte-Irénée, CharlevoixHier midi, ma prof racontait comment, lors de son jogging, elle était allée à la rencontre des lieux qui avaient ponctué sa vie jusqu’à 20 ans : son école primaire, son école secondaire, l’appartement où elle vivait enfant, le premier qu’elle a loué seule… Elle a voyagé à travers le monde et vécu dans au moins un autre pays, mais les principaux lieux de sa jeunesse, son ancrage, tiennent dans quelques kilomètres carrés. À l’inverse, les deux autres personnes présentes, un autre étudiant et moi, serions incapable d’un tel «voyage». Nos jambes n’y suffiraient pas. Une voiture oui, et plusieurs journées devant nous. Nous avons vécu deux enfances fort différentes, mais elles se ressemblent sur un point : celles-ci ont été ponctuées de maisons et de déménagements. Pas au point des enfants de militaires ou des enfants de parents «Michelin» qui changeaient de pays au rythme des mutations parentales, mais beaucoup plus que certains des amis que nous avons croisés dans nos vies, qui ont ouvert les yeux sur un monde dont les coordonnées topographiques n’ont que peu changé.

Les enfants sont adaptables. Tout le monde le sait, tout le monde vous le dira. Il y a des exceptions cependant, et je garde en mémoire cette personne que j’aime beaucoup et qui regrette l’immigration de ses parents depuis 50 ans. 50 ans oui. Mais les enfants sont adaptables. Est-ce pour autant dire que c’est une chance, pour un enfant, de déménager souvent?

Enfant moi-même, je ne me posais pas vraiment la question. Je suis aussi la résultante de ces changements. Serais-je pire ou meilleure aujourd’hui si je n’avais pas changé plusieurs fois de villes, de maisons et d’habitudes? Seul un univers parallèle pourrait éventuellement y répondre. Serais-je à cet endroit dans ma vie? Non, probablement pas. Je ne crois pas aux destinées. Je crois que notre entourage, notre environnement et la vie quotidienne nous façonnent. Parfois on s’extirpe de son milieu, de sa bourgade, pour filer ventre-à-terre découvrir ce que le monde a à nous offrir. Parfois on voyage toute son enfance et l’on jette l’ancre sitôt la majorité atteinte pour ne plus jamais bouger. Et les gens se désolent : «S’enterrer ainsi, alors que ses parents lui avaient tant fait voir le monde». Je le répète, on est la résultante de ce que l’on a vécu. Quelle que soit l’équation. Nombre de déménagements + nombre d’écoles connues × nombre de jours où l’on a été surnommé «le nouveau» = envie de ne plus jamais bouger.

À l’inverse, un enfant qui aura beaucoup voyagé aura peut-être aussi «la piqûre du voyage». Une fille croisée un jour durant mes études, fille de voyageurs au long cours, m’avait ainsi expliqué se sentir incapable de se poser quelque part. Elle ne se sentait chez elle qu’en «transit». Un drôle de sentiment.

Pour revenir à mon interrogation initiale, car il y en avait une, je me suis souvent demandée, depuis que je suis mère, quel serait le mieux pour mes enfants. J’ai toujours aimé changer, déménager. Immigrer a été pour moi une chance, mais en tant que personne individuelle, et aussi en tant que couple, je rêve d’en voir encore et toujours plus. Parlez-moi de Boston, de Toronto, des Prairies, même de Charlevoix, de Sherbrooke, de la Nouvelle-Zélande, des pays nordiques… Je vous dirais que j’ai déjà regardé chacun de ces endroits, chacun de ces pays, pour savoir quel genre de travail on pouvait y trouver et comment y était la vie. Nous nous sommes déjà demandés si nous serions heureux ailleurs. Mais le nous a grandi.

Je n’ai aucun impératif professionnel. Mon conjoint non plus. Nous n’avons plus d’excuses. Nous pouvons parfaitement nous épanouir professionnellement à Montréal, et nous en avons d’ailleurs le souhait. Pour la première fois depuis que j’ai commencé ma vie d’adulte, je suis arrivée quelque part avec le sentiment d’avoir atteint un but, une ligne d’arrivée. Nous avons seulement toujours eu cet appétit insatiable de voir encore plus, de voir ailleurs. En bons représentants de notre génération, le monde n’est qu’une succession de stations dans un train lancé à grande vitesse.

Mais mes enfants? Les voyages forment la jeunesse, certes. Mais je ne suis pas certaine que les déménagements soient nécessaires, soient obligatoires, pour former une jeunesse équilibrée et sûre d’elle. Déménager, changer d’école et de ville, voire de pays, rend adaptable. Les plus sociables accroissent cette capacité, tandis que les plus timides se renferment. Chez certains, l’adaptabilité frôle l’invisibilité. Ils se fondent dans la masse sans laisser de traces. Puisque de toute façon on les oubliera.

Je crois que j’aimerais ça, que les repères de mes enfants puissent se concentrer sur quelques kilomètres carrés. Au moins sur une partie de leurs vies. Qu’elles évoluent, sûres d’elles, dans un monde qu’elles connaissent et maîtrisent, pour laisser toute la place au reste. Qu’elles n’aient pas à se soucier de se faire connaître. Que leurs racines bien plantées leur apportent le nécessaire, pour qu’elles n’aient à gérer que le superflu.

Je crois que j’aimerais ça oui, puisque c’est aussi pour ça que je suis venue ici. Dans l’idée de leur offrir quelque chose de spécial, une chance particulière, un endroit que nous avions choisi pour y faire notre nid. Elles seront libres plus tard de choisir où faire le leur.

La réflexion demeure…

Et de votre côté? Comment avez-vous grandi? Et qu’avez-vous choisi?

-Lexie Swing-

Crédit photo : Lexie Swing (quand je la vois courir ainsi j’ai toujours la musique de La Petite Maison dans la Prairie dans la tête).

Karaté kid

B. a fait plusieurs activités depuis ses premiers rires. Des cours de bébé-piscine, des sessions Karibou, de la gym-trampoline en septembre dernier. 

Je n’en avais pas vraiment conscience, alors que je l’accompagnais, vêtue de son justaucorps, mais elle n’avait pas envie de s’y rendre. L’idée lui plaisait, le sport, l’action, certaines des professeurs, mais il y flottait ce-je-ne-sais-quoi qui la retenait de s’y épanouir. Cela me sert un peu le cœur quand j’y repense. Mais je sais aussi que la vie sera faite de lieux où elle n’aura pas envie de se rendre et de choses dont elle repoussera l’exécution. Les activités de loisirs, cependant, devrait rester une source de plaisir. Pourquoi s’astreindre à faire à tout prix de la course à pied alors qu’on déteste courir? Pourquoi s’inscrire pour abandonner immédiatement? Nous avons tous quelque chose, un sport, une activité, qui nous correspond. J’en suis intimement persuadée. Ce n’est pas parce que faire du sport nous demande un effort suppplémentaire que l’on ne peut y trouver du plaisir, de la satisfaction.

Forts de cette idée, nous avons cherché ce qui pourrait correspondre à notre grande de 4 ans et demi. Un âge où plus d’activités sont désormais permises. Et nous ses parents avons choisi le karaté.

Je dis nous car, à la mention du karaté, B. nous a dit «non». Juste non. Vous ne l’auriez pas inscrite? En vérité, tout comme moi au même âge, et même moi il y a quelques mois , elle n’avait aucune idée de ce qu’était le karaté, de ce qu’on y apprenait. Si c’était drôle, si c’était pour tout le monde.

On a d’abord pensé au karaté car il allait apporter tonus musculaire, équilibre et souplesse à notre petite fille un peu gauche. On a continué à penser karaté quand les deux ans sont devenus trois ans, puis quatre, et que son caractère a dû faire face à la vie, la vie de famille, la société. Quand elle a dû apprendre à garder le contrôle et que l’on a dû apprendre à garder le nôtre. On a enfin évoqué le karaté en apprenant qu’il donnait confiance, que tout le monde pouvait y trouver son compte, que c’était amusant mais rigoureux. Notre petite fille est rigoureuse, elle aime les règles, elle aime l’ordre, elle est souple et enjouée. À elle aussi le karaté pouvait correspondre.

On lui a dit qu’on allait juste essayer. Juste comme ça. On lui a montré une vidéo pour qu’elle ne soit pas surprise de la tenue portée et on s’est inscrit pour le cours d’essai.

Ils étaient plein d’enfants, mais aussi plein de professeurs. C’était joyeux, bruyant. B. était comme anesthésiée, toute à son effort de tout observer. Elle a enfilé la tenue sans mot dire. Le professeur a demandé aux enfants de venir s’asseoir devant lui. 10 se sont mis à courir vers lui. Deux se sont mis à sangloter. On a retenu notre souffle et Tempête qui voulait se joindre au groupe… et la magie a opéré. B., quatre ans et demi, ma toute petite souvent en retrait, a pris sa place dans le groupe. Mieux : elle a dit bonjour. Mieux encore : elle s’est présentée.

Pendant le cours nous observions. Souriants devant son enthousiasme, soucieux devant sa mine parfois fermée. Lorsque le professeur «principal» a sonné la fin du cours, nous sommes restés immobiles. B. nous a rejoint en courant, avec une moue lasse, et en cœur nous avons posé la question qui allait tout déterminer : «As-tu aimé? Veux-tu t’inscrire?»

Son visage s’est illuminé. Elle a dit «oui je veux!», et puis «c’est quand la prochaine fois?». Elle a parlé de jack et de punch, elle a mimé l’esquive. Elle a surtout dit que Monsieur Truc était gentil et il est où Monsieur Truc, est-ce qu’il sera là la prochaine fois? C’est quand la prochaine fois?

Que fait B. au karaté? Elle y va une demi-heure deux fois par semaine. Ils commencent par des étirements, un petit laïus/action sur le contrôle de soi, en groupe ils reprennent les enchaînements de «coups» et mouvements. Puis ils se séparent en petits groupes autour des enseignants «adjoints» pour des exercices plus précis. À la fin, le professeur les invite à s’asseoir autour de lui et il évoque le «mot de la semaine» comme environnement, confiance ou une notion similaire.

Comment c’est? Joyeux, entraînant! La qualité du cours vient en partie de la personnalité du professeur principal. Les notions sont claires, il les encourage, il mime, il parle d’une voix forte et invitante, l’ensemble est rythmé, les professeurs adjoints font pleinement partie du programme et répondent aux questions du professeur principal pour donner le ton à la troupe. La politesse est de mise, ainsi que l’importance de répondre d’une voix distincte et d’un ton clair.

Des défauts? Oui et non. Une demi-heure c’est super. Deux fois par semaine c’est demandant. Cela rajoute un certain stress à notre semaine. Si B. ne s’y plaisait pas autant on ne se donnerait pas la peine. Également, le prix, 100$ mensuels environ, est un investissement supplémentaire à ce qu’on aurait pensé mettre pour l’activité sportive de notre fille de 4 ans.

Je recommande? Oui, je crois que vous l’avez senti. Malgré les inconvénients, l’argent et le temps que cela nous prend, je vous l’assure, it worth it. Comme nous assistons à tous les cours, nous reprenons les thèmes évoqués, nous lui rappelons de parler d’une voix claire et de regarder dans les yeux. Et notre petite se transforme tranquillement, prenant confiance et assurance, et s’amusant, surtout.

-Lexie Swing-

Ma fille porte des fringues de gars (mais pas que …)

Le rose a longtemps été exclu de la garde-robe de ma première fille. Écœurés par les dégradés réduits (rose pâle/rouge framboise/fushia/mauve) et les jouets genrés, nous avons coupé court dès l’annonce de notre première grossesse par le biais d’une véritable campagne de terreur visant à éliminer tout désir d’offrir à notre progéniture quelque vêtement rose que ce soit. Non seulement cela a fonctionné, mais les gens s’excusaient : «Je suis désolée il y a quelques pois roses sur la poche arrière droite», ou «Le smock est blanc rosé mais je peux le découdre si tu préfères». Avec le recul, c’était un poil mesquin de notre part, mais à l’époque nous avions l’impression que cela était nécessaire pour éviter de se retrouver avec une garde-robe unicolore. Et avec raison : les quelques personnes non-prévenues nous ont invariablement offert du rose.

Est-ce parce que toutes les personnes pensent que les petites filles doivent porter du rose? Oui, mais pas seulement. La société bien sûr a codifié cette impression. Et le choix en lui-même reste restreint. Tous les parents qui ont souhaité gardé la surprise du sexe en ont fait l’expérience : au royaume du vêtement pour bébé, le mixte n’existe pas (pas beaucoup disons, restons quand même honnêtes) ou c’est un sac de jute. J’entends par là que le mixte, ou le non-genré, est forcément jaune ou beige.

Nous avons donc travaillé ardemment à offrir autre chose à notre fille. Pas parce que nous voulions changer la société par son biais, mais plutôt pour que ses goûts ne se limitent pas au rose, aux robes, aux paillettes, aux smocks, et aux leggings.

Pour les leggings, c’est foutu.

Mais pendant longtemps, le stratagème a fonctionné. Au milieu d’une marée de petites amies déguisées en princesses à l’Halloween, notre B., déguisée en super-héroïne, scandait : «Moi, z’aime le blue».. Et fiers parents que nous étions alors (on est toujours un peu cons, quand on est parent, on s’enorgueillit de choses surprenantes).

Et puis le vent a tourné : elle s’est mise à réclamer des chats, à quémander des paillettes et surtout, surtout, elle s’est mise à aimer le rose. Pire : c’est devenu sa couleur préférée. Et insidieusement, j’ai moi-même commencé à en acheter de plus en plus. Après tout : qui n’a pas envie de «faire mouche» avec son enfant et de voir le bonheur dans ses yeux alors qu’il déballe son quinzième chandail acheté pour la rentrée?

Ça m’embêtait un peu, quand même, cette histoire de rose. Mais je me disais que c’était hors de mon contrôle. La garderie, les amies, avaient eu finalement raison de ses préférences.

Un midi, je me suis retrouvée dans les allées du magasin Old Navy. Pas très cher, et avec des messages sur les pyjamas assez féministes (côté fille en tout cas) comme «Offrez-lui une belle nuit de sommeil afin qu’à son réveil elle soit capable de déplacer des montagnes» (en anglais, c’est plus court ;)) ou «Smart girl». Mais force est de constater que le rose est souvent de mise.

Le matin, j’avais proposé un chandail orange et vert à ma fille, qui m’avait aussitôt tancée : «Ça, c’est pour les garçons». Et tout à coup je me suis réveillée. Mes discours du type «Il n’y a pas de vêtements pour les garçons ou pour les filles, tu peux porter ce que tu veux» n’avaient aucune valeur, puisque moi-même je ne lui offrais pas cette possibilité. Il y avait des couleurs qui devaient être pour les garçons puisque ces couleurs-là, je ne les lui faisais pas porter.

Même sans voir l’enfant qui les porte, la société nous a conditionnés à juger si un vêtement est «de fille» ou «de garçon». Et je ne parle pas d’une jupe ou d’un boxer, mais bien de la couleur ou de la forme. Le rose, les pois, les nœuds, le violet, sont «de fille». L’orange, le vert (foncé surtout), le marron, les formes larges, sont «de garçon».

Ce midi-là, hésitant entre des étoiles et une sirène, j’ai fait deux pas sur la droite et j’ai commencé à évaluer les pyjamas «de garçons». Je faisais la moue. Ils avaient tellement l’air «de garçons». Je me retrouvais à lutter contre mes propres démons et me trouvais soudainement ridicule.

J’ai finalement attrapé un ensemble bleu nuit avec des planètes dessinées en vert. J’espérais ainsi séduire ma fille dont la garderie décline l’ensemble de son organisation ainsi que le nom de ses groupes en rapport avec l’astronomie. Fière de mon choix, je me suis alors dirigée vers les chandails. Plus compliqués, car «portés en publics». Lequel accepterait-elle d’arborer? Quels choix pour une transition en douceur?

J’ai sorti du lot un chandail assez large, avec des manches longues cousues dans des manches courtes. Un chandail bleu chiné, avec des manches longues grises et sur le devant, le S de Superman. Il se trouve que ma fille, si elle aime les super-héros, les apprécie principalement par le biais de ses amis garçons. Ainsi Spiderman et Batman n’ont plus de secrets pour elle. Mais puisqu’on parle peu des super-héroïnes aux garçons, et qu’eux-mêmes s’identifient plutôt aux hommes, ce qui est normal, ma fille elle-même ne se transforme, lorsqu’elle joue, qu’en Spiderman ou autre.

Ce soir-là, lorsque j’ai ramené les vêtements pour ma fille et qu’elle a ouvert le paquet, j’ai vu dans ses yeux, et à la forme de sa bouche, ce «O» de surprise conquise, que oui, j’avais fait mouche. À 4 ans, elle a encore le désir d’aimer les mêmes choses que ses amis. Tous ses amis. Garçons compris.

C’est donc avec bonheur que, dès le lendemain matin, elle a enfilé ses leggings (on ne se refait pas), ses baskets violettes et son chandail Superman. À notre arrivée, nous avons croisé l’un de ses camarades, qui a eu LA réaction que je n’aurais même pas espérée : «Wow Maman, t’as vu le chandail de B.? Comme il est beau? Maman je veux ce chandail! Elle est trop cool B.! »

Ma fille avait tout à la fois enrichi sa garde-robe et créé un nouveau pont avec des amis, un ami du moins. L’expérience était un succès!

Désormais, j’essaye de faire fi de mes préjugés et de glaner les vêtements dans toutes les sections de son âge, en m’attachant à des dessins ou des couleurs qu’elle aime, en faisant fi de l’agencement des couleurs, de la forme, ou des détails.

Et de son côté, la société avance : déjà deux fois que je relaie la décision de boutiques de vêtements pour enfants de cesser un étiquetage en fonction du genre. Juste laisser les gens décider ce qu’ils trouvent jolis, ce qu’ils ont envie de porter, sans se sentir nécessairement hors-norme parce qu’on aime les vêtements un peu larges ou les pois roses.

-Lexie Swing-

Elle grandit loin de moi

J’ai voulu la soulever et ce n’était plus possible. Elle avait désormais la carrure d’une adulte, à peine quelques centimètres de moins que moi. Ça aurait pu vouloir dire que j’étais rendue trop faible. Mais il était plus probable que la distance et les années l’ai rendue plus grande et plus forte que mon esprit voulait bien l’accepter. 
C’était il y a un instant à peine, pourtant, que ma nièce, la toute première, reposait là dans le moïse blanc. Celui qui avait accueilli sa mère et son oncle, celui qui bercerait le reste de sa fratrie et sa cousine, plus tard. Avant que l’on s’échappe à l’autre bout du monde et que le berceau de famille ne puisse nous suivre pour accueillir en son sein la petite dernière, née canadienne.
L. a été longtemps la première. Et la seule. Elle était le joli poupon que l’on portait sans cesse. La petite fille qui marchait en tenant nos mains, sous le soleil marocain. Elle a égayé nos jours certains mois de tempête et s’est prise d’affection pour ce chiot blanc et poilu qui avait peur de tout.
Ce même chiot qui aura 8 ans cet automne.
Ma nièce, elle, aura dix ans en janvier. Et ça fait des années que je dois faire un effort pour me souvenir qu’elle n’est plus la toute petite fille que l’on a laissée. Qu’elle est une personne qui raisonne, une personne d’opinion.
La distance et l’absence ont effacé la rupture du temps. Dans ma mémoire, tout se mélange. Malgré nos quelques retours ces dernières années, elle paraît n’avoir jamais eu 6 ou 8 ans. Un jour 5 et puis maintenant bientôt dix. 
Elle entre en CM2 avec un an d’avance. L’an prochain ce sera le collège. L’adolescence. Des préoccupations bien secondaires, bien loin de ce toutou qu’il fallait toujours penser à prendre et de ces nuits où elle ne dormait pas. 
Il nous faut désormais tout réapprendre, tout redécouvrir. Et accepter que dans quelques semaines, sa vie redeviendra en partie, un mystère.
-Lexie Swing-

Crédit photos : Lexie Swing

Ta petite routine

Tout le monde sait ça : un enfant a besoin de routine. Surtout quand il est petit. Surtout quand un magnet mal collé ou une tuque mal mise peuvent provoquer une crise de bacon de deux heures trente. Et gare à vous si vous pensiez que vous pouviez mettre la chaussette gauche avant la droite. C’est droite-gauche sinon rien. Méfiez-vous. Je dis ça pour vous.
Alors on créé des routines, on les illustre, on les encadre au masking tape. Les plus chevronnés sortent leur inventivité et leur plastiqueuse, avec petites fenêtres à velcro et couleurs en fonction des saisons. C’est beau comme un aperçu Pinterest, mais infaisable pour mes deux mains. Chez nous, le tableau est dessiné a mano. Il me prend l’équivalent de deux épisodes de Friends from College pour le rendre compréhensible, mais il fonctionne.

Reste que, la routine m’angoisse. Si elle rassure parfaitement ma progéniture adorée, elle me file des hauts le cœur dès 16h sonnées. Le matin, elle se fait discrète. Nous sommes en retard, les gestes sont automatiques, l’esprit n’a guère le temps de faire un autre compte que 7h00+deux brossages de dents, deux leggings, deux pipis et un rappel parce qu’il restait quelques gouttes = train manqué.

Mais le soir… Le décourage me gagne tout à fait juste après le repas. Quand je m’avachis sur une chaise pour la première fois de la soirée, après avoir fait 12 squats durant le souper pour nettoyer chaque chute d’aliments-c’est-pas-ma-faute-maman et 3 lancers de yogourts par-dessus le comptoir. La table is a mess. Le lave-vaisselle doit être vidé avant d’être rechargé. Et la routine me rappelle son insolente mécanique : le bain, les dents, le pipi, le pyjama, l’histoire, les rappels. Avec les maladies de l’automne, elle devient carrément vicieuse, ajoutant son lot d’antibios, de combo hydrasens-crise de nerfs, de crèmes pour peaux sèches, de vicks sur la poitrine et de pschitt sur l’oreiller.

A l’image des routines bien huilées, mes enfants aiment les livres bien usés et les relectures en série. Le Noël de Splat est en tête du top depuis 10 semaines consécutives, détronant ainsi Le Loup qui voulait voir le monde. Du côté de la plus jeune, nous avons une préférence marquée pour les rimes et les animaux. Trois livres sortent ainsi du lot. Trois livres que nous lisons donc chaque soir. Les yeux fermés et la mémoire auditive à son meilleur.

Après vient le temps de débarrasser tout à fait, de préparer les lunchs du lendemain, le souper du prochain soir, de lancer la sécheuse, d’étendre le linge qui a tourné et de nettoyer quelques petites choses pour éviter le grand ménage du samedi matin.

Il est 21h quand on se retrouve sur le canapé du salon. On évoque les finances, les travaux, on s’émeut des expressions de notre plus grande et des progrès de notre cadette, on se partage les infos du monde et les infos de notre petit monde, on commente, on s’étreint, et puis on lance un épisode, un film qui n’ira pas jusqu’au bout, car mon amoureux se sera endormi longtemps avant la fin.

Le secouer doucement. Éteindre la télé. Sortir le chien. Réfrigérer le souper du lendemain désormais refroidi. Improviser sa propre routine. Et puis dormir, avant que tout recommence.

Parfois je dois freiner mon esprit qui galope, ressassant sans cesse (pas facile à dire) les tâches à venir comme une ritournelle infernale. Heureusement, la routine apporte aussi son lot de moments doux, qu’on ne raterait pour rien au monde. Le chemin vers la garderie et les visages que l’on cherche dans la foule d’enfants. Le premier baiser.  La petite main dans la nôtre, en allant vers la voiture. Les mots d’enfants qui se bousculent. Le repas qui attend. Le souper tous ensemble. Le dernier baiser (même si on sait qu’il y aura des rappels). Et le silence, juste après. 

-Lexie Swing- 

Apprendre la propreté : expériences et conseils

Il y a quelques semaines, alors qu’elle venait de fêter ses 23 mois, nous avons retiré les couches de Tempête pour lui mettre des « culoc » taille 2 ans. C’était le deuxième essai que nous faisions. Le premier datait de deux semaines auparavant et s’était soldé par deux accidents pipis dans la matinée. Inutile d’insister, avions-nous alors jugé. Mais le nouvel essai, à 23 mois, fut le bon. Miss Swing, elle, était propre à 21 mois. Mes filles ont été propres tôt ? Certainement ! Rapidement ? Pas vraiment non.

Depuis que je suis maman, j’ai lu beaucoup de choses sur la propreté. Les principales idées étaient qu’il fallait aller au rythme de l’enfant, et attendre qu’il soit prêt. À côté de cela, des parents ont fait le choix de ne jamais mettre de couches et d’apprendre à repérer les signes annonciateurs d’une envie d’aller faire pipi ou à la selle. Soit. Mais moi je suis plutôt un parent lambda.

J’avais surtout gardé en tête la pression exercée sur les tout-petits, en France, pour qu’ils soient propres avant l’entrée en maternelle, à 3 ans. Coincés entre les recommandations des médecins et les obligations de l’école, les parents se retrouvaient l’été précédent la rentrée, armés de lingettes, pots, adaptateurs et serpillères, avec un objectif précis à obtenir sur un délai court.

Très peu pour moi! Moi, comme mère, je suis longue à la détente. Je suis comme les enfants, j’ai besoin d’adaptation. Alors j’ai voulu prendre mon temps.

Comment on a fait : Quand nous étions enfants, il était plutôt courant d’être mis sur le pot très tôt, à partir de moment où l’enfant savait s’asseoir. Le prix des couches, les langes à laver pour ceux qui en utilisaient, faisaient certainement partie des motivations principales. De notre côté, nos deux filles ont commencé à découvrir le pot à 15 mois. Il trônait là, dans la salle de bains. Au début, elles s’y asseyaient si elles en avaient l’envie. Vers 16-17 mois, on a commencé à leur proposer tous les soirs, puis tous les matins aussi. A 18 mois, elles faisaient systématiquement des pipis lorsqu’elles s’asseyaient. Très vite  ont suivi les selles. Vers 19-20 mois, nous avons demandé un relais à la garderie, afin qu’elles prennent l’habitude de nouvelles toilettes. A 21 mois, B. était propre. À 22 mois, parce qu’elle demandait désormais systématiquement à aller à la toilette, nous avons mis des culottes à Tempête. Ce fut un échec, sur lequel nous ne nous sommes pas appesantis. Nous avons recommencé trois jours après ses 23 mois, avec succès. 

Quelques conseils : Mes filles ont été propres tôt, c’est un fait. Mais ce n’est pas le cas de tous les enfants, chacun son rythme! Certains s’assoient avec plaisir sur le pot, d’autres ne jurent que par l’adaptateur et d’autres ne voudront juste pas en entendre parler au début. Le seul conseil qui prévaut, selon moi, est de prendre son temps et de faire les choses avec un peu de constance.

Bien qu’il s’agisse d’une façon de faire très usitée, je n’aime pas l’idée de se donner un temps déterminé pour « réussir ». Une semaine en été, on enlève les couches et on fait découvrir le pot, je trouve ça un peu intense. Si la machine est déjà bien enclenchée, que le pot a été intégré à une routine, il y a de fortes chances de succès. Mais si le pot est une totale découverte et que l’on n’a jamais tenté de faire repérer à l’enfant ses envies de pipi et de selles, bonjour la galère, sans parler du possible refus de l’enfant, de l’opposition qui surgit souvent à cet âge, etc. Faites-moi confiance, le temps est un allié précieux.

Trouvez un pot confortable, quelques livres plaisants sur le sujet (oubliez Petit Ours et son trip « je mange sur le pot pis j’amène mon précieux à Maman en le transportant jusqu’au bout de l’appartement ») et en voiture Simone! Donnez-vous du temps, ne vous comparez à personne et surtout ne vous mettez pas la pression. Ainsi vous n’en mettrez pas non plus à votre enfant. On devient tous propres un jour ou l’autre, et votre enfant découvrira bientôt qu’une culotte ou un slip propre offre plus de confort ou de liberté qu’une grosse couche souillée.

Et si c’est un cadet, faites jouer à votre aîné le rôle d’exemple! Rien n’a été plus efficace que d’inciter E. à imiter sa soeur. Elle voulait tout faire comme elle : manger sur une vraie chaise, boire dans un vrai verre, faire du vélo. Les toilettes en sont un autre exemple, et le pot, que sa soeur n’utilise plus depuis longtemps, a d’ailleurs été relégué dans le garde-robe, au profit d’un pipi en équilibre sur le bord de la cuvette, une compétence acquise bien plus tard pour Miss Swing qui adorait le confort du pot et de l’adaptateur.

Bons produits/achats : Un gros pot confortable et facile à nettoyer (Babybjorn represent!), un adaptateur tout aussi confortable, et un adaptateur de voyage (parfois le seul moyen pour que l’enfant se décide à faire ailleurs que chez lui). Une protection de toilettes jetable comme celle d’Oxybul ou un Potty Cover, et un gel nettoyant pour les mains seront aussi parfaitement utiles. Mon amie m’a également prêtée une protection imperméable de siège auto, un peu comme celle-ci, qui nous enlève du stress quand on fait de longs voyages en voiture.

Et vous, quelle est votre expérience avec la propreté? Et vos produits phares?

-Lexie Swing-

Le temps des fêtes 

Août est un mois chargé en célébrations chez nous. Outre le fait que mes neveux sont nés ce mois-ci, ainsi qu’une petite fille qui m’est très proche, nous enchaînons également en quelques jours notre anniversaire de rencontre, celui de l’arrivée de mon amoureux au Canada, l’anniversaire de naissance de notre cadette, ainsi que celui de l’arrivée de ma grande, du chien et de moi-même dans notre patrie d’adoption.
Août est un beau mois, il nous réussit certainement. Depuis dix ans désormais, nous célébrons donc chaque année notre rencontre, du moins nos retrouvailles si l’on tient compte du fait que l’on se connaît depuis l’adolescence. Nous avons tenté de nous souvenir de chacun de nos anniversaires, puisque nous les fêtons, mais sans succès! Il y a comme un creux aux alentours des années 2011 et 2012, une incertitude. Quand avez-nous mangé dans ce restaurant sur Saint-Laurent? Est-ce pour notre anniversaire que l’on s’est offert ce voyage? Impossible d’avoir la timeline parfaite. Le temps a fait son œuvre et effacé nos repères, à défaut de notre sentiment d’avoir, malgré tout, réussi. Puisque cela fait dix ans et que l’on débat toujours avec autant de plaisirs, que l’on rit, que l’on échange, et que l’on se choisirait encore certainement, pour une première danse. Bien sûr, les défauts sont devenus plus pesants, et l’habitude a parfois pris le pas sur le plaisir de la découverte. Le fait d’avoir des enfants a fait naître aussi, l’envie plus pressante d’être seul(e). Chez soi, et surtout dans sa tête. Quand les enfants se taisent, on n’a plus autant envie qu’autrefois de relancer une discussion et l’on apprécie la quiétude du silence, fut-il partagé à deux. Mais on a appris aussi à nommer cette évidence, à souligner les incohérences, souvent au prix d’éclats de voix, histoire d’éviter d’autres éclats, au niveau du cœur. Et c’est ça aussi, dix ans. L’âge de sagesse (bientôt la préadolescence! À nous les emportements hormonaux, les boutons pis les cellulaires au forfait bloqué!)

4 ans également passés ici, au Québec. 4 ans de rebondissements, de changements, de joie, de tristesse aussi, mais 4 ans passés dans la plus complète certitude : ici, c’est chez nous. Le Canada n’est pas un eldorado mais il est indubitablement notre petit paradis terrestre. Ses gens bien sûr, mais aussi ses perspectives, sa beauté inégalable, sa richesse, ses surprises, ses associations alimentaires, ses initiatives à destination des enfants et la manière dont la famille est valorisée, sa tolérance, son climat lunatique, sa faune étonnante, et surtout ce sentiment qu’il me procure de n’être jamais complètement arrivé chez moi. Comme si ma vie, depuis 4 ans, était un perpétuel voyage en terre inconnue.

Et puis deux ans d’elle, mon amour. Deux ans que tu ris aux éclats, que tu grimaces, que tu nous enchante. Un an bientôt que tu marches, que tu grimpes, que tu cours, que tu sautes, que tu grimpes encore, et toujours plus haut, que tu fais la sourde oreille, que tu fais des câlins, que tu parles désormais, que tu chantes «Maman les p’tits bateaux» même si tu ne te rappelles jamais de la partie avec le gros nigaud. Tu es mon soleil E. Je t’aime tellement.

-Lexie Swing-

 

 

 

 

Spiderman pour tous 

Hier, je me suis disputée avec ma fille de 4 ans. Elle affirmait quelque chose, j’assumais le contraire. Ce ne sera pas la dernière fois. Mais c’était la première fois sur ce sujet-là. Les princesses qui sont pour les filles et les super-héros qui sont pour les garçons.
Depuis sa naissance, nous lui rabâchons que tous les jouets sont pour tous les enfants. Que Sophie peut aimer Dora ou Batman, et que Gabriel a le droit de préférer Princesse Sophia aux méchants de Star Wars. C’est correct parce qu’en plus, comme dit Gabriel, «le méchant l’est moche alors que Princesse Sophia elle est belle et elle sent bon». Je pense qu’il a une édition spéciale de Princesse Sophia parce qu’elle sent les Caraïbes, mais passons.

Depuis sa naissance, nous lui avons laissé le choix le plus large possible : des poupées, des légos, des voitures, des outils de construction, une ferme… On a magasiné dans toutes les couleurs, pas trop aidés en ça par le grand Dieu des jouets pour qui une poussette est rose, sinon ce n’est pas une poussette, c’est une moto madame (et c’est pour les garçons).

B. a une préférence pour les poupées, et c’est bien correct parce qu’elle a eu le choix. On ne lui a pas imposé de poupées, elle a choisi d’elle-même de se diriger plutôt vers ce jouet-là. Depuis elle a ouvert une garderie, et elle squatte la pouponnière en regardant les bébés d’un air énamouré. Récemment elle a proposé à mon amie d’échanger sa sœur contre son bébé de 8 mois, je pense donc qu’elle est comme «faite pour aimer les bébés». Elle a ça en elle, et c’est beau à voir.

Reste que, aussi fou que ça puisse te paraître, Miss Swing, ma grande fille de 4 ans et demi, aime aussi Spiderman. Moi aussi ça me choque un peu qu’elle adule autant un gars qui pense que le body rouge et les collants bleus sont un bon match, mais on ne choisit pas les gens qu’on aime.

En vrai, je crois qu’elle aime plutôt ce qu’il est «en dedans» : courageux, tolérant… et puis il sait voler, ou du moins se balancer d’immeubles en immeubles, et j’avoue qu’on aimerait tous savoir faire ça, surtout à l’heure de pointe quand les saumons remontent René Lévesque et qu’on met 30 minutes pour faire Peel – Metcalfe.

Fait que, tu vois, ça m’a un peu chiffonnée de l’entendre me dire qu’hier, elle n’avait pas choisi le verre Spiderman parce que c’était pour les garçons. Ce qui m’a encore plus chiffonnée, pour ne pas dire que je contenais courageusement le hurlement qui résonnait dans ma poitrine, c’est que j’ai compris qu’elle n’avait pas eu le choix. Qu’elle avait choisi entre Elsa et Cendrillon, quand Gabriel a dû se décider entre Spiderman et Star Wars.

Mais là où j’ai atteint mon point de non-retour, et que le hurlement est sorti pour de bon, c’est lorsque ma petite fille de 4 ans et demi à qui je répète depuis l’aube de ses jours que les filles, comme les garçons, sont égaux et que tous les jouets sont pour tous les enfants… c’est lorsque cette petite fille là m’a dit «j’ai compris maman ce que tu dis, tout le monde peut jouer avec tout… Regarde on sait que les légos et la construction c’est pour les garçons mais je joue quand même avec, je joue aussi à des jeux de garçons.»

«Pourquoi ce serait pour les garçons?», j’ai demandé.

«Parce que regarde, il y a du bleu, du marron, du vert. Et puis les jeux de construction, c’est plutôt pour les garçons, et puis les poupées pour les filles», elle m’a répondu. Ma petite fille, qui construit chaque soir des immeubles de légos, avec des spidermen qui sautent entre les tours, pensent qu’elle «joue à des jeux de garçons.»

Parfait (je ne te remercie pas).

-Lexie Swing-

FaceTime family

FaceTime expat enfantsQuand j’étais enfant, mes grands-parents appelaient chaque mardi, le soir venu. «Que fais-tu cette semaine?» et « C’est tout ce que tu me racontes?» étaient probablement des questions rituelles. Avec les années, mon envie de leur confier mon quotidien a connu quelques avaries, mais la constance de leur appel, elle, a demeuré.

C’est avec la quasi même constance que nous appelons les grands-parents de nos filles, chaque semaine. Il y a quelques oublis et des semaines aussi plus prolifiques, mais la répétition est là, généralement la fin de semaine, décalage horaire oblige. La différence est que Miss Swing n’a jamais su porter un téléphone à son oreille. Dans le monde de ma grande, le téléphone a un visage et on le regarde avec ses yeux.

Nos relations sont des «FaceTime ones». Comme beaucoup d’expatriés ou d’immigrés, mais aussi finalement comme des millions de parents dans le monde. Parce que Clermont-Ferrand est à 4 heures de Paris, et que ça prend autant de temps de faire Montréal-Vancouver que de traverser l’Atlantique. Nous sommes tous des parents au bout du monde, au bout d’un monde. Combien d’entre nous ont encore la chance d’avoir leurs parents, les grands-parents de ses enfants, à distance de marche?

Alors à défaut d’être à distance de marche, ils sont à portée de voix. Il n’y a rien comme un tout-petit du XXIe siècle pour déverrouiller un téléphone ou une tablette et reconnaître le nom de ses grands-parents dans la liste des derniers appels vidéos. Plus ils grandissent, plus les choses racontées s’étoffent et plus les appels durent.

On les trimballe dans la maison, et les visages virevoltent au gré des idées de l’enfant qui les transporte. Il devrait y avoir un nom pour cette nausée qui gagne la personne ainsi bringuebalée. Ils ne voient souvent de leur petit-enfant que le haut des yeux, le front et la pointe des cheveux. Beaucoup de plafond aussi. Ils sont retournés à demi, vers le jeu qu’on voulait leur montrer ou le dernier dessin créé. Et ils essayent de deviner. Ponctuent de « oh c’est joli » et de « ah oui vraiment » les réflexions de leurs petits-enfants, qui comme tous les enfants ont le verbiage aléatoire et les histoires un peu trop longues.

Parfois, ils sont juste posés là, en travers de la table du petit déjeuner, appuyés sur le pot de confiture, entre deux tartines beurrées. Ils partagent un peu de notre quotidien, tentant de comprendre entre les bouchées et les postillons. Sans parler de cette fichue tablette qui s’affale sans cesse, le pot de confiture glissant imperceptiblement sous le poids de l’écran. Personne ne connaît aussi bien le plafonnier de la cuisine que les grands-parents.

Reste alors le perpétuel questionnement. Tempête reconnaît-elle ces grands-parents nés de l’autre côté de la grande flaque? Qu’y a-t-il de similaire entre ces faces un peu pixellisées et les visages de chair et d’os qu’elle malaxe entre ses petites mains potelées, lors des retrouvailles.

La voix.

J’ai mis longtemps à deviner à quoi mes filles reconnaissaient leurs grands-parents, et j’ai fini par comprendre. Leur voix est unique. A peu près inchangée entre l’appareil et la réalité. La voix de mon père a créé le souvenir nécessaire à B., lorsqu’à 18 mois elle s’est retrouvée face à lui, qui l’attendait sur le perron de notre maison. La voix de ma mère est imprimée dans la mémoire de Tempête, qui galope à travers la maison lorsque je l’appelle en catimini depuis ma chambre. Celle de ma belle-sœur, leur tante, est inimitable. Tout comme les rires de leurs cousins, «venus dîner chez Mamie».

Au Québec, on dit souvent que ça prend un village pour élever un enfant. Désormais, ça prendra un peu plus que ça. Quelques états, un océan, des milliers de kilomètres, des trajets en avion, et des grands-parents à portée de voix. FaceTime en plus.

-Lexie Swing-

Crédit photo : Lexie Swing

 

Aider un enfant de 4 ans à changer son comportement 

Prendre l'avion à 4 ans J’ignore comment vous percevez Miss Swing, mais c’est peu dire que le surnom de «Tempête» lui conviendrait parfaitement à elle aussi ces temps-ci. Elle crie, elle tape, elle bouillonne, elle coupe la parole, elle répond… Je peux dater assez précisément nos premiers déboires : le jour où je suis tombée enceinte de sa petite sœur. Son sixième sens lui a fait comprendre avant moi les chamboulements à venir. Depuis, nos journées ont connu leur lot de cris et de tornades.Cela fait donc deux ans et demi, mais les choses sont devenues plus compliquées il y a an. Le combo «ma sœur est en fait un véritable individu»/«j’entre dans le fucking four» a eu raison de …sa raison. Comme tous les parents modernes, nous avons lu, expliqué, crié, pleuré, puis recommencé. On en est de nouveau au début. Nous avons lu. Nous nous sommes mis ensemble, et nous avons décidé d’aborder le problème différemment. Avec ce que ça prenait de psychologie et de patience, de rabâchage et de «conséquences» (punitions).

On galère toujours à mort…

… mais moins quand même. On voit une lueur d’espoir. On gratte un peu et on s’aperçoit que la petite B. est bien là, sous la fureur née de la jalousie et la rage de tout comprendre et de ne rien pouvoir faire seule. Elle a une petite voix flûtée que je ne comprends pas toujours tant elle est haut perchée. Et des raisonnements qui laissent pantois.

« Je peux avoir encore du lait?

– Non chérie, tu n’auras plus faim pour le souper.

– Mais papa, le lait ça se boit. Si je bois encore du lait, je n’aurais plus soif. Mais j’aurais toujours faim!»

CQFD.

C’est en googlant « mon enfant de 4 ans tape» que j’ai trouvé mes premières réponses utiles. Car sa violence est, à date, notre principal problème. Le plus visible en tout cas. Les solutions que l’on a trouvées, celles auxquels on a réfléchies ensemble, évolueront sans doute. En attendant, les voici.

Être parents ensemble

Miss Swing a un soleil, moi. Je dis ça sans rire. Et avec un peu de désarroi. Mais pour bien éduquer, il faut que les adultes de la maison travaillent ensemble et de façon cohérente. Pas seulement physiquement, mais aussi dans le cerveau de son enfant. Malgré le temps dévolu à nos enfants (quasiment égal), les temps de jeu (égaux), les fois où l’un ou l’autre allait les chercher à la garderie (égales), Miss Swing se tourne toujours vers moi. Par automatisme certainement, et aussi parce qu’elle semble penser que j’ai la réponse pour toute son existence. Nous nous employons à déconstruire ça en repensant nos rôles et notre implication respective. Il n’est pas juste que ce soit toujours le même qui soit le bad cop, et toujours le même qui propose d’aller manger une glace ou de repousser l’heure du coucher. À côté de ça, mon chum a augmenté le temps consacré à notre fille : plus de partage, plus de jeux, plus de discussions. Nous voulons qu’elle comprenne que nous sommes deux, inséparables dans son existence, avec un discours commun.

Atténuer la jalousie

C’est un travail de longue haleine et il mériterait un article à lui seul. En substance, il passe notamment par le fait de lui consacrer du temps rien qu’à elle, de tenter de rester juste au maximum (pas de la punir elle seulement, en laissant à sa sœur le bénéfice du doute), de passer du temps séparément la fin de semaine, et de la valoriser comme grande sœur.

Sœur de 4 ansRéapprendre à parler normalement

«Fais la petite voix». C’est en entendant mon amoureux dire cette phrase que j’ai su qu’il avait lu à fond le dernier article que j’avais trouvé. Notre problème : Miss Swing ne parle pas, elle crie. Est-ce dû à la garderie? À son besoin de parler par-dessus sa sœur? Peut-être. Reste que cela fait vite monter la pression chez nous, avec la fatigue de la journée, les cris de la petite sœur et les tâches à accomplir au milieu de ça. «Fais la petite voix», nous lui demandons maintenant. Son papa lui a montré. Elle a reproduit. Nous recommencerons au besoin mais désormais c’est un infaillible. «Fais la petite voix, que je t’entende mieux…» Et tout le monde respire.

Se faire aider de la garderie

Lorsque Miss Swing avait la trouille des camions poubelles, je me suis fait aider de la garderie pour que nous expliquions ensemble, et avec des méthodes différentes, qu’il n’y avait pas de danger. Alors comme depuis un an Miss Swing s’endort à 22h lorsqu’elle a fait la sieste, nous avons fini par demander de l’aide de nouveau. Plus de sieste, mais un temps lecture. Et une fillette qui s’endort à 20h, fait une nuit complète et se réveille (pas toujours quand même!) de bonne humeur. Un point pour tous.

Contrôler ses émotions

Pour contrôler sa voix, encore faut-il qu’elle ne soit pas en pleine crise de nerfs. Lorsque j’ai recherché pour la première fois des informations concernant les enfants qui perdent ainsi le contrôle de leurs nerfs, je ne suis tombée que sur des articles concernant les «enfants de deux ans» qui étaient incapables de «gérer leurs émotions faute de vocabulaire». Rien ne pouvait être plus faux de notre côté. Une enfant plus âgée, un vocabulaire très élaboré pour son âge… Alors quoi penser? Finalement, en cherchant plus autour du Fucking four, je me suis aperçue que la gestion des émotions restait difficile à cet âge également. On parlait de «coups dans la porte», «d’objets qui volent», «d’enfant capable de hurler à en shaker de nervosité». Là, ça me parlait. On est donc revenu à la base : exprimer ses émotions, rappeler qu’il est correct d’être en colère, évoquer l’idée de la frustration, trouver ensemble des solutions pour gérer ces débordements. C’est notre difficulté la plus intangible et la plus difficile à gérer. Lorsque nous atteignons un certain point de colère, un bouton «non retour» se met en place et il est alors quasiment impossible de la faire revenir rapidement à un seuil de contrôle. On y travaille!

Routiniser, décrire et expliquer

Pour prévenir les crises, nous essayons d’annoncer ce qui vient ensuite dans la journée et de respecter un certain rythme. «Nous allons arriver à la maison, je vais te détacher et tu monteras sur le perron pour m’attendre pendant que je détache ta sœur et que je prends les sacs. Tu marches directement et tu vas jusqu’en haut» fonctionne nettement mieux désormais que «Voilà, tu es sortie de la voiture, va en haut allez, non ne t’arrête pas au milieu de la route! Monte je te dis! Pourquoi tu reviens? Bon sang la moto, attention…!!»

Parc des aviateurs Utiliser des phrases positives

C’est beta comme tout et pourtant nous nous sommes aperçus que dire «marche sur le trottoir» était plus efficace que «ne marche pas sur la route». C’est pourquoi «Fais la petite voix» a trouvé enfin un écho alors que «parle moins fort» pouvait être répété jusqu’à 45 fois sans succès. On a naturellement tendance à utiliser la négation, qui est certainement plus difficile à comprendre pour un enfant. «Range après avoir joué», «mange avec tes couverts» et «utilise un mouchoir» devraient donc être plus efficaces que «Ne laisse pas tout traîner!», «Ne mange pas avec tes doigts» et «Ne mets pas tes doigts dans ton nez!». C’est particulièrement vrai, je pense, lorsque l’enfant a une capacité d’attention moindre et qu’il a tendance à écouter seulement certains mots de la phrase.

Montrer l’exemple

J’ai rendu à B. une gifle qu’elle venait de me mettre. J’écris ça là. Vous en pensez ce que vous voulez, vous condamnez, vous reconnaissez que ça vous est arrivé une fois aussi, vous admettez, vous ne pouvez pas concevoir, etc… Le fait est que, c’est arrivé alors qu’elle venait de taper violemment sa sœur et que je l’ai saisie par le bras en criant «on ne tape pas dans cette famille». Elle m’a tapée, et je lui ai rendue. Si je suis parfaitement honnête, j’ai réagi d’instinct, je ne me souviens pas avoir réfléchi à quoi que ce soit. J’étais très en colère devant la violence et la gratuité de son premier geste (envers sa sœur). La gifle qu’elle m’a mise m’a surprise (dans le mauvais sens du terme) et les guts ont fait le reste.

Reste que… A quel point est-ce abscons de crier «on ne tape pas dans cette famille!» pour ensuite gifler son enfant? Je sais, je sais… Moi aussi je me suis trouvée cave. Si je donne cette règle, je dois pouvoir l’appliquer en premier lieu. Désormais, je me calme d’abord, ça m’apprendra!

La règle des trois R

Pour bien éduquer il faut être capable de se contrôler. Et Dieu sait que ce n’est pas toujours évident. La règle des trois R est donc : Recule, respire, réagis. En d’autres termes : tu sens que tu vas décapsuler, tu recules un peu, tu t’isoles, tu prends une marche si nécessaire. Lorsque tu es prêt à jouer ton rôle de parent patiemment et efficacement, tu reviens.

Et tu recommences deux minutes plus tard parce que les cris suraigus de ton petit dernier ont eu raison de tes bonnes résolutions.

À la nôtre hein! On s’en sortira…

-Lexie Swing-