Galanterie : savoir-vivre ou sexisme?

Une porte à passer et le geste de la main de l’homme qui se tient à mes côtés. Un proche, un inconnu. Qu’importe. Un signe de tête imperceptible. Sa main pour retenir la porte. Son épaule contre la chambranle.

Un ascenseur. Des hommes et des femmes. Des hommes qui s’effacent. Et laissent passer les femmes. Un regard circulaire. Un couloir qui se créé entre les costumes, entre les cravates et les chaussures cirées. Et moi qui le traverse.

Un fonctionnement acquis, une danse qui se répète. Un ascenseur encore. Un seul homme et cinq femmes. L’homme est près de la porte. Il sera le dernier à sortir. De l’épaule il retient le mouvement de mâchoire, la porte qui s’agite, prête à repartir.

On voudrait changer la donne, prendre sa place, être une égale, épaule contre épaule, intelligence contre intelligence. Mais selon toute vraisemblance, l’éducation et l’habitude nous ont plus façonnées que la volonté et les certitudes. Dans mon repère, les femmes sont brillantes et fières, plus égales aux hommes qu’elles ne l’ont jamais été dans beaucoup de sociétés de part le monde. Mais elles acceptent le jeu, jouent leur rôle.

Et quel rôle d’ailleurs? Que font ses hommes qui laissent passer, qui tiennent la porte? Quels arrières assurent-ils? Quel danger retiennent-ils? Comment, même dans cette société bien plus égalitaire que d’autres, la galanterie a-t-elle si bien gardé sa place?

Et que faire, d’ailleurs? Et doit-on faire quelque chose? Est-ce une autre forme de soumission féminine et de domination masculine? Peut-on considérer que seule la volonté d’aider règne ici? Est-ce important, de refuser de valser cette danse?

Je sais ce que vous en pensez, on s’en fiche un peu de tout ça non? Je suis d’accord. Qu’importe la galanterie, elle ne changera pas la face du monde. En tout cas pas aujourd’hui. Mais si elle la changeait, demain? Si la refuser aujourd’hui permettait de promouvoir l’égalité dans dix ans? Si mon refus, accompagné d’un sourire, ou ma propre politesse (« non je vous en prie, vous le premier ») autorisait mes filles, et les vôtres, à être un jour les parfaites égales des hommes? Si ça leur permettait, à elles aussi, d’assurer un jour les arrières d’un homme, de votre fils peut-être, sans qu’il s’en sente diminué mais au contraire rassuré, voire valorisé?

Plus jeune, hier, je me sentais flattée. Aujourd’hui, je m’interroge. Et demain?

Et puis vous, qu’en pensez-vous?

-Lexie Swing-

Regrets

imageDe la neige douce sous les pieds, un sac à dos rempli de courses et un bébé solidement arrimé sur ma poitrine. C’était moi, hier, quand Tempête s’est levée fiévreuse et qu’il a fallu agiter le drapeau blanc le temps de la requinquer. Parce que justement, elle se remonte en un tour de clé et que la musique est vite repartie, j’ai profité de cette journée off pour la sortir un peu. Fièvre oblige – oui, E. est de ces enfants que rien n’arrête, même 40 de fièvre – je l’ai transportée dans le porte bébé afin de lui épargner le chemin plein de la neige qui s’était amoncelée la veille (25 cm si j’en crois la météo).

Nous sommes parties, cahin caha, moi titubant un peu dans la neige, elle, la tête renversée en arrière, bouche ouverte, tentant d’attraper au vol les quelques flocons qui flottaient encore dans l’air. J’ai déambulé dans les différentes boutiques de Saint-Bruno auxquelles je projetais de me rendre. À l’épicerie, la caissière m’a écartée d’un geste et a rempli avec bienveillance mon sac à dos, le transportant jusqu’à mes épaules pour m’éviter une rotation compliquée. Ainsi chargée, je me suis alors dirigée vers ce petit café dont j’avais entendu parler sans jamais y mettre les pieds. J’y ai croisé la vie de Saint-Bruno, des clients visiblement fidèles, sinon habitués, qui sirotaient leur dose quotidienne. Des gens plongés dans leur journal, dans leur livre, sur leur cellulaire ou dans leur conversation. J’ai aimé ce monde là – et le café était délicieux, ce qui ne gâche rien. Je suis repartie mon gobelet à la main, les yeux perdus dans le ciel bleu.

Je ne suis pas fille à avoir des regrets. Pas même de la nostalgie. Comme si le temps s’évanouissait dès lors qu’il se conjugue au passé. Mais les pieds dans la neige et le cœur léger, j’ai regretté. Regretter les premiers mois de ma deuxième née où mon esprit fugitif avait pris la décision de saborder ma vie de mère. Où j’aurais tout donné pour sortir de cette routine, de cette ville, de cet hiver là, et me retrouver entre les quatre murs d’un bureau. Un bureau que j’ai détesté, sitôt retrouvé, parce que je n’avais toujours pas fait la paix, et que mon esprit, mon cœur et mon corps se livraient une lutte sans merci.

J’ai regretté parce que j’aurais pu profiter. Les conditions étaient réunies et la neige était bonne. On aurait pu s’en donner à cœur joie, elle et moi. On aurait marché dans la neige un café à la main. On aurait fait l’épicerie, en s’appuyant sur la bienveillance du genre humain. On aurait eu du fun.

Bien sûr, ce n’est pas mon tout petit bébé que je traînais hier. Ce bébé ci fait presque 10 kilos et il parle. Il m’invective et me poursuit dans la maison en criant « Papeauuu » ma tuque à la main lorsque j’oublie de me coiffer pour sortir. Il dit bye d’une voix caverneuse à la sortie de tous les magasins. Il me pince le nez quand je le porte dans le porte bébé, quand il n’essaie pas de visiter une de mes narines. Il tient debout devant la porte, tandis que je me déharnache. Et une fois à l’intérieur, il envoie valser ses bottes et court vite se jeter sur le sofa du salon.

C’est un autre hiver, un nouvel hiver. Et qu’importe le temps qu’il fait dehors, il fera toujours moins froid dans mon cœur que l’hiver dernier. Je regrette d’être passée à côté de ces moments mais je ne voudrais pas y revenir. Le présent est bien plus beau. Mon bébé est devenu lourd à porter mais mon cœur est tellement plus léger que mon corps à trouver son équilibre.

Et puis je n’oublie plus de mettre ma tuque en sortant.

-Lexie Swing-

Un jeudi en rose { Cancer du sein }

breast cancerUne fille de mon entourage m’a annoncé il y a quelques jours son cancer du sein. Pour moi, elle n’est qu’une connaissance. Mais je garde contre mon cœur son regard effaré (j’étais dans les environs alors qu’elle venait de l’apprendre, c’est donc à moi qu’elle l’a dit).

Ça ne me quitte plus vraiment. Ce serait vous mentir de vous dire que ça ne m’a pas fait réfléchir sur ma propre condition (nous avons à peu près le même âge) mais je refuse d’accaparer sa souffrance. Depuis, je cherche comment l’aider, lui témoigner mon soutien de façon non envahissante, à l’image de la simple connaissance que je suis pour elle.

Et c’est à elle que j’ai pensé lorsqu’on m’a abordé il y a quelques jours pour me parler d’un événement organisé en soutien à la lutte contre le cancer du sein. Triste ironie, elle a appris son diagnostic en plein octobre rose, ai-je alors réalisé.

L’événement en question est pour moi une belle façon de parler de la maladie en l’imposant aux yeux du monde. Car cette maladie ne définit personne, par contre elle touche n’importe qui. Une commerçante, une voisine, un oncle même dans mon cas. Elle touche au plus près et au plus loin de soi, et oui, elle nous touche directement aussi parfois. Et en y réflechissant bien, en ajout à tout ce que représente déjà la maladie, il y a ce sentiment d’exclusion fort qui s’installe parfois malgré nous, malgré la personne qui annonce une maladie, malgré son entourage qui lui souhaite bien sûr le mieux.

Et je l’ai trouvée jolie, cette initiative, installée au sein du food court (l’étage des restaurants rapides) du centre commercial Montréal Trust. Des tas de femmes riaient, se coiffaient, se faisaient maquiller assises sur des chaises prévues pour l’occasion. Le tout au milieu des gens attablés, qui observaient ou ignoraient, mais ne pouvaient rester parfaitement indifférents à tout ce qui se tramait . J’ai trouvé ça joli, oui, de mêler ainsi la maladie et le quotidien, de forcer la prise de conscience.

Ainsi, jeudi dernier, des femmes étaient notamment maquillées et apprenaient à nouer de façon travaillée des foulards sur leur tête. Pour se réapproprier leur beauté et leur physique, des choses importantes et qu’on a tendance à parfois laisser de côté quand on est malade. Un atelier montrant des soutiens gorges adaptés à des poitrines ayant subi une ablation était également organisé.

Femmes, maquillage, coiffure, soutien-gorge, cela paraît cliché, oui. Et en même temps, cela peut être si important. Les commentaires bien-pensants crieront au scandale en soulignant qu’on néglige les hommes – une part oubliée des victimes du cancer du sein – et tous les autres aspects de la maladie. Mais moi, je suis d’une nature bonne joueuse. J’ai envie de te dire : commençons quelque part.

Demain, jeudi 20 octobre, le niveau jardin de Montréal Trust accueillera donc une nouvelle édition de cette sensibilisation, qui mettra en vedette les bienfaits thérapeutiques de l’art avec du body painting et des créations gratuites de mandalas et de messages positifs. Jeudi 27 octobre, l’événement aura pour thème la littérature. A noter qu’une exposition est visible en tout temps. Y serez-vous?

Montréal Trust, niveau jardin, les jeudis 20 et 27 octobre, entre 11h30 et 13h30. Plus d’informations sur la page dédiée de Montréal Trust.

 

-Lexie Swing-

 

Crédit photo : Sandra Marek

Des corps de toutes formes

Elle est passée devant moi, le mini-short aventureux et la bretelle de débardeur un peu trop fine. Ses cuisses étaient larges, son dos aussi. Je sirotais un café assise sur l’escalier et ma mesquinerie intérieure s’est mise en route. Quelle idée de porter de telles fringues quand on est comme ça. Comme ça. Les mots sont restés en suspens dans ma tête. Et puis ils ont percuté ma pleine conscience.

Putain t’es qui pour dire ça.

J’ai le souvenir très net d’avoir entendu ma voix résonner dans ma tête. Mon intelligence et mon empathie prenaient à partie ma mesquinerie.

Et puis ça veut dire quoi? Au nom de quoi? Tu juges en fonction de quoi? C’est quoi tes critères? C’est quoi être grosse? C’est quoi être maigre? C’est quoi la bonne shape? Le bon vêtement? Et ça change quoi pour toi? Ça t’abime l’œil qu’elle ne s’habille pas comme tu le ferai à sa place.

Ma peur du regard des autres venait d’entrer en scène.

Mon engueulade intérieure a duré de nombreuses minutes tandis que je restais là à contempler la rue passante et mon café froid. Ce n’était pas la première fois que j’amendais un réflexe de critique d’autrui. Mais ce jour-là, c’est comme s’il avait été déconstruit.

Depuis, j’ai l’impression de repartir de zéro. Je juge encore la qualité d’un short, l’agencement entre deux fringues, et la nécessité qu’ont certaines de porter du clinquant. Mais c’est affaire de goût, plus de poids ou de forme.

C’est enivrant, ce reboot. C’est comme si ça ouvrait un champ des possibles, un champ de beauté bien au delà du préformé.

Le #allwomenproject est un produit du genre et c’est fascinant. Deux mannequins ont initié une séance photo avec tous types de femmes. Pas seulement les mannequins des podiums, pas seulement les mannequins taile + telles qu’elles ont la cote aujourd’hui, mais la femme lambda. La pas très grosse, la ronde, la rousse, la blonde, la noire, la métissée, celle avec des tâches de rousseur, celle avec un long nez, avec de petits pieds, avec des jambes démesurées. Toutes ne sont pas représentées mais l’ensemble donne un bel esprit de diversité. On s’y reconnait sans y être. On pourrait être l’une d’elles puisque rien ne semble avoir restreint le choix. A l’exception de la bonne humeur et d’une forme d’acceptation. C’est ce qui ressort de ces photos : la sérénité, la fierté, la joie de vivre. Ce ne sont pas des rondeurs, des pâleurs, des tâches de rousseur. Ce sont des vies, des formes, des existences qui dansent. Loin de tout schéma de pensée, de case et de produits types. De mannequins façonnés, d’identités stéréotypées, de shapes contrôlées.

Et c’est beau à voir.

-Lexie Swing-

L’avortement, c’est un droit (pis ça doit le rester)

./ Pixabay

./ Pixabay

J’ai lu encore hier un article sur un aspect fondamental de l’avortement : c’est un droit, no matter what. Et comme d’ordinaire, ce sujet a déclenché des vagues de commentaires passionnés des pros contre les anti, l’auteure – qui avait d’ailleurs amorcé son texte en soulignant qu’elle était lassée des débats continuels à ce sujet – se retrouvant cernée au milieu d’une bataille qui n’aurait jamais de vainqueur, ni de vaincu, car c’est la bataille de la science et du droit contre celle de l’émotion.

L’avortement a toujours été un droit à mes yeux. Depuis aussi loin que je me rappelle, parce que j’ai été élevée comme ça, les femmes autour de moi, ma mère, mes tantes, leurs amies, leurs collègues, avaient le droit d’avorter, et c’était correct de même. Elles ne l’avaient pas toujours eu ce droit, mais lorsque je suis née en 1986, en France, elles l’avaient conquis depuis 11 ans de haute lutte. La lutte continuait d’ailleurs et n’a jamais cessé, tel un bastion perpétuellement en danger. Au Canada, il est permis sous conditions depuis 1969 et dépénalisé depuis 1988.

Lorsque j’étais lycéenne puis étudiante, je me disais que, si d’aventure je devais tomber enceinte, j’avorterais. Et puis notre couple a eu quelques années au compteur et mon choix m’est apparu moins tranché. Ma grande est née, nous allions partir pour le Canada, nous sommes partis, j’étais en poste depuis quelques mois à peine et parfois mon stérilet me faisait des frayeurs. La question me taraudait de nouveau : quel choix ferais-je? Quel choix ferions-nous?

Lorsqu’un signe + sur un bâtonnet prend les traits d’un enfant que l’on connaît, il devient plus difficile de renoncer à une grossesse, qu’importe les bonnes raisons que l’on a. Ce à quoi l’on s’accroche, ce n’est pas à un amas de cellules mais à un possible, à un futur potentiel. Et l’on veut sans cesse ramener le débat vers cette idée d’un coeur qui bat alors que c’est le possible futur d’une vie qui nous émeut.

On mélange souvent, je trouve, nos propres souhaits et les droits des autres. Parce que l’on ne se verrait pas avorter, on trouve des raisons pour lesquelles les autres ne devraient pas le faire. Des raisons pour les priver d’un droit. Selon les époques, j’ai vu l’avortement comme une option possible en cas de grossesse non-désirée ou comme une impossibilité parce que mon coeur était déjà bien trop impliqué dans l’affaire. Mais jamais, absolument jamais, je ne me suis demandée si les autres femmes avaient le droit de faire ce choix ou non.

Et il est rassurant de penser que, si je tombais enceinte un jour et que je ne souhaitais ou ne pouvais pas mener cette grossesse, je pourrais légalement et en toute sécurité y mettre un terme. C’est un droit qui devrait être inaliénable, eut égard aux considérations scientifiques, légales et sanitaires que l’on connaît.

Il existe des milliers de raisons pour lesquelles les femmes doivent avoir la possibilité légale d’avorter, et ce sont ces raisons qui ont conduit les pays modernes à adopter ce droit. Mais je suis lasse de voir des femmes se justifier d’utiliser ce droit, et lasse de voir le débat de l’émotion prendre le pas sur celui de la santé, du droit et de la science.

Ce n’est pas que l’argument «moi je n’en serais pas capable» n’est pas recevable, c’est simplement qu’il ne colle pas avec ce débat là. C’est une autre histoire, la vôtre, la mienne, et une autre discussion. Capable ou pas? Et pourquoi? On peut en discuter, échanger nos émotions et notre vécu. Mais de grâce, laissez le droit à l’avortement rester inaliénable, indestructible, une forteresse imprenable. Ne laissez pas vos désirs se prendre pour des droits universels. N’essayez pas d’altérer ce droit en lui trouvant des compromis et des conditions. Il a été conquis de haute lutte et reste encore à conquérir dans plus de pays que mes doigts et les vôtres ne pourraient en compter. Il est un droit de société, un droit de reconnaissance et de progression de la condition féminine, un droit à disposer de son corps. C’est un droit important pour nous les femmes, et pour la société toute entière.

-Lexie Swing-

Pour l’avortement en pratique, deux sites clairs : celui de la Fédération du Québec pour le Planning des naissances, au Québec donc, et celui du Planning familial, pour la France.

L’enfant, la dynamite du couple

N’importe qui vous le dira : les enfants détruisent le couple. Ça pourrait représenter un beau ciment, ce rôle de famille toute neuve, mais en vrai, c’est plutôt de la dynamite.

Si vous manquez de sujets d’engueulades, faites des enfants. Les rôles distribués sont bien souvent les mêmes: l’un des parents décide de devenir la mère de tout le monde, son chum ou sa blonde y compris, et de distribuer règles et reproches à tout ceux qui vivent sous son toit. C’est le parent qui gère l’épicerie, les habits et l’agenda scolaire. Ses phrases commencent par « il faudrait » et se termine par un soupir d’exaspération.

En face, on a l’autre, qui ne voit pas vraiment en quoi faire porter des chaussettes roses avec un pantalon rouge pourrait être une déclaration de guerre et se tient généralement devant le frigo aux alentours de 18h, l’enfant accroché à la jambe, en braillant « le p’tit a faim qu’est ce qu’on fait? ». « On le met à la cave et on attend qu’il apprenne à chasser le rat », crie en retour l’autre parent, fatigué de sa journée de boulot et excédé de la constance avec laquelle ladite question revient tous les soirs à 18 heures.

Selon le thème, les rôles s’inversent. Désintérêt devant l’achat de la voiture familiale ou souci différenciel, l’un des parents chantant les louanges d’un mini van 12 places avec possibilité de transformer l’arrière en parc de jeu pour enfants. L’autre parent déplorant la consommation essence et la faiblesse du moteur.

Et ça se répète à l’infini…

Et si l’enfant est de la dynamite, c’est l’absence de communication entre les parents qui bien souvent allume la mèche. « On n’est plus que des parents », finissent par souffler les concernés, épuisés au bout de quelques années par les engueulades récurrentes et le flou des souvenirs où ils étaient un couple avant d’être l’équipe chef d’une maisonnée en culottes courtes.

Difficile de passer du temps à deux, de se trouver du temps pour parler, pour échanger. Tout est susceptible d’être interrompu par un cri strident d’enfant, y compris le party de corps-tout-nus. Les repas sont une succession de phrases sans queue ni tête et d’histoires dont on ne connaît jamais la fin. Quant au restaurant, c’est bien simple: mieux vaut y aller avec une autre famille si l’on veut espérer avoir une conversation avec au moins un autre adulte.

Nous n’avions pas vraiment l’impression de ne plus nous parler – je veux dire, on s’appelait quinze fois par jour pour se parler de trucs essentiels, comme l’achat de lait en poudre ou le dernier courriel de la garderie – mais c’est un événement fortuit qui m’a fait prendre conscience de tout ce qui nous manquait.

On a pris le train ensemble.

Quand Mr Swing a repris le boulot, il s’est mis à reprendre le train. Le même train que moi je veux dire. Pas toujours car nous sommes tous deux susceptibles d’avoir des obligations professionnelles, mais deux à trois fois par semaine. Au début, on n’en revenait pas de se retrouver là, côté-à-côte. On se gardait une place si jamais l’un de nous était monté en premier, on se promenait main dans la main, traversant la ville jusqu’à ce coin, à l’angle de Peel, où je monte tout droit et où il continue sa route. Je me dis souvent, maintenant, que ceux qui posent le regard sur nous à ces instants doivent nous voir comme un jeune couple. Et, dans ma tête, si mes enfants m’apparaissent soudain en superposition, ils deviennent tout à coup un ciment, un ciment fort.

Un des luxes des parents est de pouvoir parler de ses enfants sans être interrompus par ceux-ci. Et de pouvoir parler d’autre chose, aussi… Beaucoup d’entre nous sont effrayés à l’idée de ne devenir qu’une mère, ou qu’un père. Mais quid de son couple plongé soudain dans cette chape de plomb que peut être la parentalité?

Je suis toujours étonnée d’entendre des discours du type «On ne m’avait pas prévenu» ou «Si on m’avait dit» que tous les bébés ne font pas leurs nuits à deux semaines / que l’enfant n’est pas livré avec le mode d’emploi / qu’être parent est rarement inné / qu’un toddler peut faire une crise du bacon en mi majeur au milieu d’une église à l’heure de la messe (rayez la mention inutile). Si on m’avait dit que… le couple pouvait battre de l’aile après l’arrivée d’un enfant… Mais pardi! Dans quel monde vis-tu? Le fameux «quelle idée d’avoir fait un petit troisième en espérant que ça allait améliorer les choses dans leur couple» est l’une des phrases les plus en vogue aujourd’hui, comment as-tu pu passer à côté de ça?

Non, la vraie raison, c’est que l’on sait, on entend mais on refuse d’y croire. Créer quelque chose ensemble – a fortiori un humain, devrait être une mission suffisante pour unir le couple le plus bancal. Ceci dit, dans l’idée, ça se tient. D’ailleurs le couple est généralement assez uni dans la réalisation de l’objectif, lorsque cela passe par des travaux pratiques de jambes en l’air.

Mais l’enfant est un formidable élément dans la vie humaine, capable de révéler le pire et le meilleur de ses parents. Suis-je la seule à m’être émerveillée, la nuit venue, d’avoir été capable de faire «ça», ce bel ange endormi, pour passer quelques heures plus tard, au dixième réveil à un état de nerfs incroyable, jurant mes grands dieux que la prochaine fois c’était ceinture, t’as-entendu-chéri-demain-matin-première-heure-je-prends-rdv-pour-ta-vasectomie.

Une dynamite, je vous dis.

Ce qu’on nous dit aussi, mais que l’on entend pas toujours, c’est qu’il faut se réserver des moments à deux, des soirées, des sorties. Des vacances, pour les plus chanceux. Et on essaie. Et souvent on savoure. Mais c’est toujours trop court et la réalité, le manque de temps et l’absence de communication reprennent vite le dessus.

C’est dans la régularité que j’ai trouvé mon salut.

Avoir chaque semaine un temps privilégié l’un avec l’autre, je trouve ça indispensable désormais. Ce qui est drôle, c’est que des choses qui nous paraissaient routinières, comme un trajet en voiture ou des courses à l’épicerie, deviennent soudain amusantes, et un peu spéciales, à l’image des premières courses réalisées ensemble pour remplir le frigo de notre premier appart. Mais ce sont des moments teintés de ce je-ne-sais-quoi de plus, cette aura particulière due au fait d’avoir tant partagé, dont deux bébés. Ce qui nous unit est bien plus fort que n’importe quel mariage, que n’importe quel commitment d’ailleurs…

Mais ça prend du temps seuls, pour le reconnaître.

-Lexie Swing-

Being a feminist

Feminism on the wall./ Photo DR Lexie Swing

Feminism on the wall./ Photo DR Lexie Swing

Les féministes, ce sont toutes des femmes poilues. Avec des seins nus. Parfois elles ont un sein coupé. Ce sont des Amazones. Des guerrières impitoyables. Elles ont les cheveux courts, les féministes. Les idées aussi d’ailleurs. Elles n’en ont qu’une : écraser l’homme à coups de Santiags – définitivement trop fifille, la Louboutin – mais pas avant de lui avoir extirper sa précieuse semence, histoire de perpétuer l’espèce.

J’aime bien cette vision. Elle est un poil néandertalienne mais assez réjouissante. Je n’aime pas trop ça les poils sous les bras et je porte les cheveux longs. J’aime bien les hommes. Pas toujours c’est vrai. Les libidineux ventripotents au rire gras et à la main baladeuse me donnent des accès de violence mais je vis en parfaite harmonie avec les 99% restants et moins voyants de la population masculine.

Je suis féministe. Parce que dans féministe il y a le mot femme. Je ne sais pas comment on peut être une femme et ne pas être féministe. A vrai dire, à moins d’être un parfait idiot, je ne sais pas non plus comment aujourd’hui on peut être un homme et ne pas être féministe. C’est comme si nous menions ensemble une barque avec deux pagaies. Ça fait des siècles que celle de droite est cassée et que l’on tourne en rond autour du nombril d’un groupuscule masculin qui méprise les femmes, certes, mais souvent aussi les autres hommes, ce qu’on oublie parfois. L’homme est devenu misogyne par intérêt et non par conviction. Juste parce que ça éliminait d’office 50% de la population au moment du partage.

Certains. Certaines surtout, pensent que le féminisme, c’est la pagaie de droite qui frappe la pagaie de gauche et va nous faire tous chavirer. Une vision réductrice souvent prônée par celles et ceux qui préfèrent le confort d’un monde déjà défini et bien compartimenté («les femmes s’occupent des enfants, les hommes ramènent de l’argent») à l’incertitude d’une société à déconstruire, et ce même si ça lèse 50% de la population. Le féminisme, c’est cette conviction qui tente de réparer la pagaie cassée pour que l’on arrive enfin à aller droit et à avancer, au lieu de faire du sur place. Sans le féminisme, c’est toute la chaloupe qui menace de prendre l’eau à chaque instant. Ce sont les femmes qui sont laissées en plan, mais aussi de nombreux hommes finalement. Parce qu’ils sont les conjoints de femmes malmenées, dénigrées, discriminées. Parce qu’en raison du fossé salarial de genre, le couple supporte un manque-à-gagner important.

Je suis épatée par toutes ces femmes qui renient le féminisme. Pour moi, c’est comme si elles refusaient l’égalité. Le féminisme est un mouvement prônant l’égalité et l’extension des droits et du rôle des femmes dans la société. Comment est-il possible de désavouer un tel mouvement en tant que femme à moins d’être une courge absolue ?

Je sais qu’elle est la réponse : beaucoup d’entre elles ne se reconnaissent pas dans les porte-paroles les plus visibles du féminisme, ces Amazones des temps modernes parfois vulgaires qui revendiquent des droits à grands coups d’actions fracassantes. Les mouvements, les conceptions, ne sont pas les gens qui s’en déclarent, ils sont ce qu’on en fait. Le féminisme a mille visages. Celui des Amazones, certes, mais aussi celui des femmes engagées, des travailleuses sociales, des politiciennes et des juristes qui travaillent pour lutter légalement contre les discriminations. Il a le visage des parents qui poussent leurs enfants à voir l’autre comme son égal, quel que soit son genre. Le visage des femmes qui creusent leur place dans la société, qui prennent ce qui leur revient de droit, qui refusent de se laisser classifier, enfermer dans un rôle. Il a le visage des femmes au foyer, qui ne travaillent pas par choix et non parce que cela leur a été imposé. Le visage de celles qui ne veulent pas d’enfants et résisteront à la pression sociale, parce que leur désir individuel prévaut sur le désir communautaire. Et bien sûr le visage de tous ceux qui s’identifient comme hommes, et considèrent la femme comme leur égal, en tous points. Comme une collaboratrice. Comme une partenaire. Comme une alliée avec qui pagayer.

Et l’amoureux, relisant l’article, déclarera sûrement, amusé : «Tu parles, te connaissant, je serais seul à ramer!»

Mais c’est parce que, c’est toujours moi qui lit la carte.

#teamswing

-Lexie Swing-

En pilote automatique

Fleur en burn-out./ Photo HUS0

Fleur en burn-out./ Photo HUS0

{Attention : article dérangeant} Je détache un manteau, enlève un capuchon. Je pousse des bottes sur de tout petits pieds et embrasse sur le front un enfant, deux enfants. Sur ma hanche, le bébé gigote. Il a deux mois, trois mois, quatre mois. Je souris, j’encourage, je compatis.  Je m’enquière du programme de l’après-midi. Je remercie. Je souris. Je ne suis pas là. Je suis une mère en pilote automatique. Je joue mon rôle mais l’esprit est absent. Retranché derrière des sacs de désespoir. Je le vois bien, quand j’ose le regarder en face. Il a un petit fusil, un casque trop grand qui lui tombe sur les yeux et il appelle à l’aide. Je ne peux rien pour lui. C’est la vie. La mienne, la sienne. Et qu’elle le terrorise ne changera rien.

Je suis au foyer. Avant même que ne sonne le glas des journées travaillées, j’ai sauté à reculons. La vie à la maison? Non merci! Enceinte jusqu’au menton, j’ai hanté les magasins climatisés et les petits cafés pour échapper aux murs qui cloisonnaient mon existence. Qu’y a-t-il vraiment derrière les visages souriants des mères qui referment la porte au nez du facteur ou des colporteurs en début d’après-midi ?

J’ai donné naissance. J’ai biberonné. J’ai accompagné à la garderie ma première née, le bébé serré contre mon cœur. Je les ai aimées aussi fort que je détestais ces moments. Je voulais faire de leur vie un conte alors que la mienne devenait un cauchemar. Je me voulais une mère merveilleuse et je leur tournais le dos, avachie sur mon cellulaire, dès que les nuages s’amoncelaient.

Un jour j’ai pleuré dans la voiture. Sur le siège passager. Ce n’était pas la première fois. J’ai crié : « Sûrement que je fais une dépression et tu ne le vois même pas! » Il a dit si, je vois. Je vois que ça ne va pas. Mais non, je ne pense pas. Ce n’est pas que je ne veux pas voir. C’est juste que je ne crois pas. Tu n’as sombré dans rien, tu ne voulais déjà pas. Il a ajouté : « ton équilibre, c’est famille et travail. Tu n’as que la famille en ce moment, et oui ça ne va pas. Mais tu le savais, tu le sentais. A ton 4ème jour de congé maternité, avant même que le bébé naisse, tu disais déjà que tout ça, ça n’était pas pour toi. Pour moi, tu n’es pas en dépression, tu es juste dans le mauvais quotidien. Et bientôt il va changer. »

On allait partir en vacances et j’allais passer le relais. Trois semaines plus tard, le travail reprenait, charge à lui de devenir le parent au foyer. Il avait raison, cette vie-là n’était pas pour moi. Je n’avais pas eu le choix. J’avais espéré faire de mon mieux. J’avais espéré triompher. J’avais espéré pouvoir dire « ce n’était pas pour moi mais j’y suis parvenue ». Je n’y suis pas arrivée. Et j’ai choisi de ne pas me flageller. Je n’aime pas moins mes enfants parce que cela me rend malheureuse de ne me consacrer qu’à elles. Il y a des milliers de façons d’être mère, et ce n’est pas la mienne…

J’ai repris le travail. Et ma vie avec. J’ai jonglé. Appris à laisser mes préoccupations repartir avec le train qui file vers Mont-Saint-Hilaire tandis que je descends sur le quai. J’ai retrouvé ma fille tous les soirs à la garderie, et serré dans mes bras libres de tout bébé son petit corps chaud. J’ai souri devant chaque photo de ma cadette envoyée par son papa, en en réclamant encore plus, impatiente de glisser mon nez dans le creux de son petit cou. J’ai lu des histoires, fait des roulades et scandé paté-fais-toi-bien en tapant sur des seaux retournés. Et je me suis retrouvée.

Ce n’est pas toujours évident à admettre. Ce n’est pas toujours bien accepté. Il y a la connivence que je lis dans le regard de celles qui ont vécu la même désillusion. Et l’agacement de celles qui pensent qu’aimer ses enfants revient à s’en occuper à plein temps. Il y a ceux et celles qui pensent que le combo non-allaitement-maman-travaillant n’abrite en réalité qu’une femme dont les hormones ont tourné plus vite que l’horloge de la maturité et qu’elle s’est retrouvée pognée avec des mômes juste pour « faire comme tout le monde ». Il y a des tas de présomptions et pas beaucoup d’innocence. Mais ce n’est pas grave. Je défendrai toute ma vie le droit d’être un parent qui travaille, d’être un parent qui sort, d’être un parent qui vit, d’être un parent qui a le choix surtout.

On donne la vie à nos enfants, mais il n’est marqué nulle part qu’on doit donner la nôtre avec.

Mon petit soldat d’esprit a lâché son  fusil et retrouvé sa plume. Et il va mieux, merci.

-Lexie Swing-

Une vraie fille

Vue de dos./ Photo Cristian

Vue de dos./ Photo Cristian

C’est une vraie fille. Une vraie fille. Elle est douce et câline. Elle aime les poupées et jouer à la cuisine. Une vraie fille. Une fille à son papa, qui aime se lover dans ses bras. Une sœur aimante et tendre, aux gestes méticuleux et aux cheveux longs. Une vraie fille. Qui aime les princ… Merde? Elle n’aime pas les princesses ? Quand il a fallu porter un chapeau de fête « de fille » à la garderie, elle a dit « non, je veux Flash Mécouine ». Et le jour où j’ai sorti une jupe, elle s’est mise à pleurer. Elle voulait des baskets et ses chandails d’été. Ceux qui sont larges et à manches courtes, et qu’elle porte par dessus des t-shirts aux manches trop longues. Je lui ai dit « mais regarde la jupe tourne! » Alors elle s’est mise à tourner. Elle a ri et applaudi. Ouf, une vraie fille! Elle a pris « gros bébé », elle lui a fait un câlin. Elle l’a puni au coin et elle s’est mise à chanter. Faux.

Sa sœur est arrivée. Les cils ourlés. Des cils de fille. Une peau douce. Un sourire d’ange. Elle portait du bleu. Une dame m’a rassuré « même si elle est habillée comme un garçon, avec son joli visage, on voit bien que c’est une fille ». Elle a grandi. Elle s’est mise à crier, à rouler, à tempêter. Elle a saisi des cheveux et donné des coups. Elle a eu pâle figure en rose. Elle a porté du rouge, beaucoup, parce que ça lui va si bien.

Je suis une vraie fille. Avec des émotions exacerbées et la colère en bandoulière. Enfant discrète, adulte silencieuse, qui regarde le trottoir pour ne pas avoir à soutenir les regards. Je suis une cuisinière, une couturière, une littéraire. Je suis une vraie fille.

Qui ne porte pas de bijoux. Qui ne se fait pas les ongles. Qui porte du parfum un jour par semaine, souvent le vendredi. Qui aime les beaux vêtements et les beaux talons. Qui ne pousse pas de cris suraigus, ni pour la peur ni pour la douleur. Qui pleure devant tous les films, surtout les dessins animés. Qui ne pleure pas aux enterrements. Qui déteste porter du rose. Et encore plus du violet. Qui aime les beaux mots et la belle musique. Qui n’a jamais chanté devant un miroir armé d’une brosse à cheveux.

Qui lutte depuis 15 ans contre les clichés, contre les stéréotypes, contre les cases, contre les bien-pensants, contre les idées reçues, contre les hommes misogynes, contre les femmes misogynes, contre les « nous les filles » et « eux les gars ».

Et qui ne sait plus, à force, s’il vaut mieux bricoler car coudre c’est trop cliché, s’il vaut mieux piétiner les princesses pour détruire les stéréotypes, s’il ne faut afficher que de la force et de la froideur pour éviter d’être taxée de vraie fille ou de garçon manqué.

Une fille, c’est quelqu’un qui se considère comme telle. En bleu, en rose, en paillettes, en jean-baskets, en pleurs, en cris, en jurons ou en silence. Avec des cheveux noirs, blonds, roux. Ou pas de cheveux du tout. Avec une religion, avec des questions, avec des certitudes, avec des soupçons. Debout, assise ou couchée. Malade ou en bonne santé. En avocate, en coiffeuse, en chômeuse, en ingénieure ou en vendeuse. Avec ou sans enfants. Avec ou sans poils. Avec ou sans amants.

Une fille, c’est 50% de la population mondiale environ. Ça va vous prendre un paquet de cases pour nous ranger dedans…

-Lexie Swing-

Où il est question de taille

50 cm à la naissance./ Photo DR Lexie Swing

50 cm à la naissance./ Photo DR Lexie Swing

La taille a toujours été un truc qui me fascine. Et bien sûr ça fait moitié perverse à ce stade mais attendez que je m’explique. Je suis dans la courbe basse des adultes. Pas minuscule, mais ce que l’on a coutume d’appeler « petite ». Même Anthropology en a fait une taille à part. Et même si « tout ce qui est petit est mignon », quelques centimètres de plus n’auraient pas fait de mal à mon estime personnelle, surtout à l’adolescence. Quand je maîtrisais encore mal la séduction. Et les talons.

Miss Swing est née dans la courbe moyenne. Elle y est restée jusqu’à ses deux mois environ, et puis la courbe a commencé à flancher. Aucune cassure, juste du très normal : Miss Swing était « petite » elle aussi. Elle continue à l’être, représentant indifféremment le clan des petits-mais-pas-minuscules.

Je me suis débattue durant toute sa première année avec des tailles de vêtements qui ne correspondaient que trop bien. Trois mois à trois mois, six mois à six mois, neuf mois à neuf mois… voire un peu plus! Les gilets étaient souvent de la taille en dessous, et les pantalons doivent désormais être resserrés à la ceinture pour tenir.

Et puis E. est arrivée. Elle faisait exactement la même taille que sa soeur à la naissance. Même taille, même poids, à quelques grammes près. Des copies conformes. Deux semaines plus tard, rendez-vous chez le médecin. Elle avait pris deux centimètres. Et mes prédictions ont pris l’eau.

Depuis, la petite mandarine a tout d’une belle orange. Elle grossit et grandit à vive allure. Et si elle daignait s’asseoir ou ramper, on la prendrait facilement pour un bébé de quelques mois de plus. Impossible de fermer les cache-couches, difficile de couvrir les jambes avec le pantalon. E. aura quatre mois dimanche, et hier j’ai sorti à reculons la boîte estampillée « 9 mois – 12 mois ». J’ai vidé entièrement le six mois pour faire de la place. Je me suis dit qu’au pire, les pantalons tirbouchonneraient quelque temps.

Ils n’ont pas tirbouchonné.

Je ne me leurre pas. Elle n’a pas soudainement atteint 75 cm dans la nuit. Tout au plus toise-t-elle 64 ou 65 cm. C’est le haut de la courbe, pour ses quatre mois. Et elle ne rentre plus dans le six mois car les créateurs de vêtements pour enfants ont prévu les choses ainsi depuis que la mode est monde : une taille de plus que l’âge.

Je sais autre chose : elle sera probablement à peine plus grande que moi. Combien d’entre nous ont vécu ce passage incroyable de dominer les autres de quelques centimètres pour se retrouver finalement dans les fonds du classement l’adolescence venue? En attendant, chaque fois que le temps de la mesurer est venue, je ressens un fond d’excitation mêlé d’appréhension. Combien désormais? Et pourquoi? A qui as-tu pris ça ma petite mandarine? Resteras-tu mon bébé géant? Le temps me le dira…

Et vous, la croissance vous a-t-elle joué des tours?

-Lexie Swing-