Christmas Craziness

Décembre touche à sa fin et les vacances de Noël sont bientôt là. On croit (à tort) que décembre sera une promenade de santé sur la côte basque : aérée et sans un chat à l’horizon. C’était compter sans la masse de travailleurs tout aussi à la ramasse que moi qui ont vu arriver le 15 décembre avec l’inquiétude d’une biche traquée. On aurait dû savoir pourtant… la folie de Noël avait commencé tôt, dès les premières requêtes grand-parentales «pour savoir c’est quoi qu’il veut le petit». Je parle pour les autres bien entendu, mes parents ne parlent pas comme ça, ils font des phrases construites et complètes. T’inquiète pas Papa, tu peux fermer l’article c’est bon, l’honneur est sauf. (Je sais déjà que mon père s’apprête à répondre : « De toute façon tu sais bien que ce n’est pas moi qui m’occupe des cadeaux»).

Bref, il a donc fallu faire une liste fissa. Sans catalogues – le Dieu du zéro-déchet et de la parentalité avisée remerciera ici les autorités locales qui interdisent la distribution desdits catalogues : moins de jouets visualisés signifie moins de jouets non-nécessaires (communément appelés «p***** ta mère et ses idées à la con» chez tous les couples de ce monde) (ma famille n’est pas visée ici, celle de la femme que j’ai entendue se morfondre à ce sujet dans le train oui par contre). Sans catalogues disais-je, nous avons fait une liste rapide basée sur les jouets des amis + les jouets entraperçus au magasin + les dessins animés récemment visionnés – l’obligatoire amendement parental + les ajouts réputés pédagogiques (aka, les puzzles), et nous avons divisé le tout par le nombre de membres de la famille.

En parallèle, les bureaux ont commencé à se remplir de décorations à moindre sou et de chocolats Ferrero. Les courriels saisonniers sont arrivés, ponctués d’exclamations retentissantes et de souhaits en tout genre, visant à soutirer la moitié de ton treizième mois pour une aubaine dont tu ne savais même pas avoir besoin. Les repas de Fêtes du boulot se sont enchainés, les échanges de cadeaux ont été orchestrés, et les chandails hideux portés.

Le calendrier de l’école est arrivé sur ces entrefaites. Lundi, accessoires de Noël, mardi, échange de livre, mercredi spectacle, jeudi pique nique… Celui de la garderie y a fait immédiatement écho : Pyjama, père Noël, dessins animés, re-pyjamas, petit déjeuner…

Le dimanche venu je harcelais déjà mes copines : c’est quoi déjà demain? Et mercredi? Non mais pour l’école ok, mais pour la garderie? Attends, la petite dit qu’ils se sont trompés, que la peluche, c’est mercredi qu’il faut l’amener?

La perspective de la dernière semaine avant les congés m’a rappelé que nous n’avions pas témoigné de notre gratitude à toutes les profs et éducatrices qui s’occupent de nos chères filles. Je passe outre le débat «faut-il faire un cadeau aux maîtresses?» ici, parce que vous faites bien comme vous voulez honnêtement, mais mon âme à moi ne se sent légère qu’une fois son éternelle reconnaissance envers les susmentionnées établie. Ainsi, les filles et moi avons pris soin – avec le soin dont sait faire preuve un enfant de 4 ans on s’entend – de réaliser des tablettes de chocolat maison qu’elles ont ensuite distribuées à leurs destinataires. Moins l’une d’elle, qui n’en verra probablement jamais la couleur parce que tu comprends : elle est entourée d’autres enfants, je vais pas la déranger, je l’ai oublié dans mon casier, etc.

À quelques jours de Noël, je me sens désormais encore plus épuisée que durant mes mois de travail les plus occupés. Les cadeaux sont presque bouclés, la liste d’épicerie bien engagée, restera donc – je l’espère – à seulement profiter.

Alors, à tous ceux qui courent encore, à ceux qui devront se taper les magasins de jouets le 24 au matin, à ceux qui ne savent pas s’ils auront un train, à ceux qui seront bientôt dans l’avion, à ceux qui reçoivent et à ceux qui apportent, à ceux qui cuisineront, à ceux qui emballeront, à ceux qui soutiendront, à ceux qui supporteront (le vieil oncle raciste, macho et goguenard), à ceux qui dormiront peu et stresseront beaucoup, n’oubliez pas de prendre un instant pour vous arrêter. Posez vos appareils photos, saisissez votre verre de vin (oui c’est le matin, mais il faut bien fêter la naissance de ce môme dans sa grange), et prenez le temps d’embrasser la scène. Respirez profondément, notez mentalement chaque détail, car c’est de ça dont vos souvenirs, loin des objets depuis longtemps remisés, seront faits.

Bonnes Fêtes à tous!

-Lexie Swing-

 

Photo : Nicole De Khors

L’épuisante routine du soir

Au tournant de décembre, la routine a pris un tour de plus en plus difficile. Si la fatigue est présente, ce n’est rien à côté de la fatigue mentale que représente la routine quotidienne et le fait de jongler entre la garderie, l’école, le boulot et la maison. Ajoutez à ça les activités des enfants dès potron-minet le samedi et vous comprendrez pourquoi mon Spotify est branché en boucle sur la chanson « When I’m gone »…

Chez nous, c’est moi qui gère la routine du soir, mon chum s’occupant de celle du matin. Et sans fard, mon soir, ça ressemble à ça :

– 16h57 : je débarque du train et je cours. Je veux être dans les premiers à arriver à ma voiture pour ne pas pogner le trafic de la seule sortie du stationnement. J’arrive à la voiture en soufflant comme un veau.

– 17h05 : j’ai déjoué le trafic et réussi à tourner dans le sens inverse du mouvement global – toujours une gageure à l’heure de pointe – je saute de ma voiture et cours chercher ma fille cadette.

– 17h06 : ma fille pleurniche parce qu’elle venait juste « de commencer à jouer ». Après quelques tractations, elle accepte de me suivre.

– 17h17 : après dix retours dans son local pour un dessin qu’elle avait oublié, trois parties de cache-cache dans les manteaux et deux je-vous-salue-Marie, Tempête est enfin prête et harnachée dans son habit d’hiver. Je sacre à mots couverts en l’attachant dans la voiture: les bretelles de ceintures ne sont jamais assez longues et je me gèle les doigts.

– 17h28: je me gare devant l’école

– 17h32 : B. arrive du gymnase, elle évite sa soeur qui lui tend les bras, sa soeur hurle, je veux réconforter la soeur mais B. la pousse parce que « toi t’as déjà eu maman c’est mon tour ». Trois respirations profondes (Maman), deux tapes (les filles entre elles), et une menace d’être privées de chocolat pour le dessert et la vie reprend son cours. Tempête disparaît dans un couloir et B. raconte sa journée par le menu, une botte à moitié mise et la tuque de travers. Je m’extasie sur des dessins inachevés tout en poussant le talon fin dans la botte récalcitrante. Tempête réapparaît armée d’une luge. B. glapit que c’est la luge de L. Je prie intérieurement pour que les parents de L. ne soient pas dans les parages et pars en quête du casier dépossédé, aidée par mon aînée toujours à moitié chaussée…

– 17h54 : je descends les enfants de la voiture en leur demandant de rentrer et d’enlever leurs affaires «comme d’habitude». Je fais douze allers retours entre la voiture et l’entrée pour décharger le lot de gants, bonnets, boites à lunchs et dessins qui s’éparpillent dans la voiture. Sur le chemin je rappelle qu’il faut rentrer retirer son manteau. Je ferme la voiture. Je ferme la porte en disant «puisque c’est comme ça, vous n’avez qu’à rester là». Cris d’orfraies des concernées qui jurent leurs grands dieux qu’elles n’avaient pas entendu la consigne les 23 premières fois.

– 18h02 : je mets l’eau des pâtes à chauffer.

– 18h04 : je plonge le nez dans la feuille des devoirs. B. dit qu’elle n’a pas envie et qu’elle travaille déjà trop. Je lui propose d’en faire seulement une petite partie. Nous avons 10 mots à écrire en attaché.

– 18h06 : Tempête réclame des devoirs. B. dit qu’elle est trop petite. Tempête dit que non. B. dit qu’elle est un «bébélala». Tempête s’insurge et me prend à parti.

– 18h12 : Tempête a écrit son nom, résolu trois exercices de mathématiques et dessiné un lutin comme demandé. Elle quitte la table, satisfaite. B. dit que «c’est pas juste, c’était trop facile» et jette son crayon.

– 18h15 : je pense enfin à mettre les pâtes dans l’eau.

– 18h17: B. a fini ses devoirs et part jouer à son tour.

– 18h32 : les filles mettent la table et tout un tas de peluches censés partager leur repas avec nous.

– 18h33 : sous les huées de la foule, je déplace les peluches sur le canapé.

– 18h35 : les pâtes sont (trop) cuites

– 18h42 : mon amoureux arrive. Le temps qu’il quitte ses affaires et accueille le lot d’histoires, requêtes et reproches diverses, je commence à débarrasser le lave-vaisselle.

– 19h13 : après 8 levers de table, trois jets de sopalin, un verre d’eau et deux cuillères de sauce tomate renversés, nous quittons la table.

La suite vous la connaissez : c’est celle de la table à débarrasser, du lave-vaisselle à remplir, des boites à lunchs à préparer. C’est le brossage des dents à surveiller, l’histoire à raconter, les demandes d’eau et de mouchoirs qui faudra combler. Ce sont les nouvelles qu’on échange entre deux portes. Les «je t’ai pas dit, à mon boulot, Martine s’en va», ou les «j’ai eu ma mère au fait, il faudra qu’on…», sans parler des «t’as vu le message de l’école? Il faut penser à rapporter des rouleaux de papier toilette vides / à signer la dictée / à emmener un jeu de société / à l’inscrire à la journée pédagogique…» (rayez la mention inutile). C’est la brassée de linge à laver. C’est la pile de la veille qu’on a pas encore plié. C’est cette ampoule qu’il faut absolument changer. C’est ce truc de boulot qu’il faudrait vraiment terminer. C’est aussi ce temps qu’on voudrait pour soi. Ou ce moment qu’on voudrait pour nous. Et la routine qui recommence dès le lendemain.

Après un (soit-disant) énième article d’une collaboratrice de « La parfaite maman cinglante » sur la difficulté du quotidien, les réponses n’ont pas tardé à se faire acerbes. Les mères d’aujourd’hui donnent une vision de la maternité « déplorable » et ne font « que se plaindre », alors « pourquoi ont-elles même eu des gamins on se demande ».

Je suis navrée de souiller ainsi l’image d’Épinal érigée en vérité de la maternité pendant des siècles mais être parent aujourd’hui, père ou mère peu importe – est difficile. Ça l’était hier et ça l’est depuis toujours. Il n’y a juste plus d’omerta à ce sujet. C’est crevant, il n’y a aucune pause et c’est aliénant. C’est aussi un lien incroyable qui te porte au quotidien et te définit en partie. Ce sont des moments si doux que tu te sais choyé d’avoir eu la chance de les vivre.

Mais ça n’empêche pas l’essoufflement, ça n’empêche pas l’isolement, ça n’empêche pas les jours qui n’en finissent plus et les cris qui viennent faire vriller le fond même de l’âme et les dernières ressources.

On oublie ce que c’était d’avoir un bébé, d’éduquer un deux-ans, d’accompagner un six-ans, de guider un dix-ans ou de côtoyer un ado. On oublie et on juge. On juge sans savoir et surtout on juge sans contexte. Qu’en sait-on de la routine, des difficultés financières, des couples qui vacillent, des troubles enfantins et de la santé mentale de ceux que l’on juge aussi? Que sait-on de ce qui fait leur vie, de ce qui les tient debout et de ce qui les fait plier?

Quand un enfant de 6 ou 7 ans fait des crises de colère, l’éducation bienveillante prêche sans faillir l’incontournable vérité : « il faut aller au delà de la colère, car celle-ci est souvent une façon d’exprimer une souffrance ». Et vous savez quoi? C’est encore vrai pour n’importe qui. Alors quand vous voyez quelqu’un vaciller, tendez la main, plutôt que de donner la dernière bourrade.

-Lexie Swing-

Maladresse

Il y a des gens dans la vie qui sont plus maladroits que d’autres. Il y a ceux à qui on ne confie jamais la soupière parce qu’ils ont les mains comme des savonnettes. Leur donner un verre revient à les voir exécuter un numéro de jonglerie, grand écart compris. Les jours de chance, ils récupèrent le verre à quelques millimètres du sol. Les mauvais jours, le verre s’explose en micro-particules et il contenait du sirop. Beaucoup de sirop.

Il y a ceux que Mère Nature a doté de deux mains fonctionnelles mais qui sont maladroits dans l’âme. Les gaffeurs nés. Moi, genre.

Si vous venez de faire une gaffe monstrueuse, passez-moi un message. J’ai sûrement fait tout autant un jour. Et je vais vous confier un secret : un jour, on en rit.

Pas sur le moment non, jamais. Sur le moment, on a cette sensation très particulière d’un courant d’air dans la poitrine. Comme si, l’espace d’un instant, le corps entier se vidait de sa substance. Je connais tellement bien cette sensation que comme je suis hypersensible, je la ressens aussi quand les autres font une gaffe.

Mon plus vieux souvenir en la matière remonte à mes 11 ou 12 ans. Après avoir passé un camp d’été avec deux copines rencontrés là-bas, j’ai voulu entretenir les bonnes relations ainsi créées en envoyant deux lettres. A la première, je demandais des nouvelles polies. A la seconde, je donnais toute mon amitié et en profitait pour critiquer la première. Le comble aurait bien sûr été d’intervertir les lettres … le karma, mes amis, le karma. L’histoire dit que depuis, les deux filles sont devenues bonnes amies. Moi, en revanche, je ne fais plus partie du décor.

J’ai reproduit l’expérience des dizaines de fois : mots de colère envoyés à la mauvaise personne, textos osés qui se sont trompés de destinataire, jusqu’à mon plus grand éclat : alors que je voulais quitter un emploi que je ne supportais plus, j’ai fait un « répondre à tous » à un message visant à organiser le repas de Noël de l’équipe avec les mots « pas question que j’y aille, je ne les supporte plus tous ces cons ».

Oui, j’ai un très bon karma dans la vie.

En vrai, l’expérience m’a appris à tenir ma langue : pas de critiques, pas de problème.

Pourquoi je vous parle de tout ça alors ? Parce que j’ai fait récemment une gaffe vraiment drôle, quoique franchement limite selon la pudeur de la personne victime de ma gaffe. Et je m’excuse par avance si je choque quelqu’un.

Récemment, alors que je faisais la file pour sortir du train, j’ai voulu attraper quelque chose dans mon sac à dos. Mon sac à dos qui était déjà sur mon dos. Alors je tends les bras derrière moi, j’empoigne la petite poche à deux mains, que je tâte vigoureusement pour voir si elle contient ce que je cherche.

Et puis la poche s’est mise à parler. Elle a dit « mmmh excusez moi, mais c’est mon sein ça ».

En fait de poche, je tâtais vigoureusement la poitrine de la personne suivante. Preuve que j’avais les mains trop haut d’ailleurs.

La bonne nouvelle, c’est que le cramoisi ça ne se voit pas de dos.

Sur ces bons mots … ;)

-Lexie Swing-

PS Et vous, vos plus belles hontes ?

Mon enfant dort mal, que faire?

Sous ce titre digne du meilleur magazine de parentalité éclairée, se cache une réalité sournoise : celle du parent qui ne dort pas. Car si vous êtes arrivé jusqu’ici en googlant avec férocité « sommeil enfant solutions », nous savons vous et moi que ce n’est pas le sommeil de l’enfant que vous voulez sauver, c’est le vôtre. Et c’est normal. Et c’est sain. Et personne ne vous jugera pour ça. Parce que l’enfant a encore ses siestes pour récupérer mais vous, vous avez un 9h-17h à accomplir et un open-space qui ne vous laisse guère fermer l’oeil. Vous avez sommeil, et faire dormir l’enfant est votre solution. C’est un pari risqué, l’enfant est un allié fourbe, mais vous n’avez guère le choix.

Pourquoi me faire confiance à moi, alors qu’il est de notoriété désormais publique – si mes cernes n’avaient pas vendu la mèche depuis 4 ans – que mon enfant dort mal? Parce que nous, parents d’enfants insomniaques, nous avons de l’expérience. Que sait le parent d’un enfant qui dort? Rien, c’est un parent qui n’a pas vécu, un parent qui n’a pas souffert (vous l’entendez, la voix d’Édouard Baer là-dedans?). C’est un parent chanceux voilà tout! Je le sais, j’ai fait partie de la gang. Je claironnais, cheveux au vent et yeux reposés, que mon premier enfant avait fait ses nuits dès l’âge d’un mois et demi. Officiellement, je me taxais de chanceuse. Officieusement, je mentionnais volontiers mon talent de nouveau parent qui avait tout compris au fonctionnement nocturne du nourrisson.

Ô combien étais-je naïve.

J’ai eu un deuxième enfant, qui a fait ses nuits à un mois. Un mois, Mesdames et Messieurs, ceci confirmait mes capacités hors du commun en tant que mère. A deux mois, les reflux ont commencé à se faire douloureux et la douleur a emporté dans sa poche nos si belles nuits. Lait adapté, lit surélevé, l’enfant a grandi, les douleurs ont fait place aux cauchemars, les cauchemars aux terreurs nocturnes, les terreurs nocturnes aux réveils fréquents et à l’agitation. Ces temps-ci, ma cadette crie sans se réveiller. Et dans mon malheur, c’est mon nom qu’elle hurle toujours en premier, comme si, au fond de sa mémoire ensommeillée, elle connaissait déjà la profondeur du sommeil de son père. Bref, 4 ans de recherches, d’observation vaillante à 2h du matin, de dosage d’homéopathie et d’incantations chimériques pour produire des résultats invérifiables. Voyons voir…

« Il faut laisser du temps au temps » : ta copine qui ne sait pas ce que c’est que d’avoir un gamin qui ne dort pas parce que le sien roupille de 19h à 7h du matin, 3h de sieste et une grasse mat’ le dimanche.

Laisser du temps au temps, comme son nom l’indique, est un procédé qui demande de la patience et du renoncement. Tout ce dont dispose un parent qui n’a pas dormi depuis des mois et tient debout grâce à huit cafés bien serrés et la menace de perdre son emploi. C’est une forme de deuil, celle du sommeil donc, dans sa dernière phase : celle de l’acceptation. Vous avez accepté que vous ne dormirez jamais plus. Adieu, donc.

« Fais lui sauter la sieste » : ton bon copain qui n’a pas de gamin et donc une logique encore intacte

Comme 2+2 font 4, ton bon copain suit une idée logique : si ton enfant ne dort pas, c’est qu’il n’est pas fatigué. Arrête de le faire dormir la journée et il dormira en soirée. C’est une idée qui n’est d’ailleurs pas inintéressante, surtout si l’enfant a surtout de la peine à s’endormir le soir. Une difficulté que l’on expérimente à loisir par chez nous, avec nos garderies jusqu’à 5 ans accompagnées de leurs siestes obligatoires. Cependant, le jeune enfant qui ne dort pas la journée n’est pas forcément celui qui dormira la nuit. Aucune garantie, ni repris, ni échangé. L’enfant ainsi vicié est un enfant double peine : il s’endort mais se réveille au pire moment, celui où l’on commence tout juste à se pelotonner entre ses draps. Pas de répit pour les braves. Et si en plus il est sujet aux terreurs nocturnes et que vous l’avez couché trop fatigué, vous touchez le jackpot.

« Essayez l’homéopathie » : ton pharmacien qui ne veut pas que tu files un somnifère à ton enfant derrière son dos

L’homéopathie, ça ne marche pas (disent les chercheurs), mais ça ne coûte rien d’essayer (dit la pharmacienne qui a oublié que les précieuses pilules se vendent 10 dollars le tube dans nos contrées). Ça a surtout un merveilleux effet placebo, notre cadette faisant « de tellement beaux dodos » (selon ses mots) depuis qu’elle en prend. Après un mois de traitement, nous arrivons donc en phase de désintoxication, une pilule à la fois. La nuit dernière a connu son lot d’appels à l’aide, course effrénée dans le lit et requêtes pleurnichantes. Le sevrage sera rude.

« Fais-la dormir avec toi » : ta soeur qui en a élevé 5 et apprit à dormir sur un rectangle de 2 (mètres) * 15 (centimètres).

Passées la toute petite enfance et la crainte d’écraser son poupon tout neuf, on peut choisir d’allonger les nuits en partageant son lit. Nul doute que celles du bambin seront allongées, royal qu’il sera à cheval sur vos deux oreillers. En témoigne ce choix éclairé fait par Tempête pas plus tard qu’hier soir : alors que nous lui proposions de se remettre de son cauchemar dans notre lit (où nous n’étions pas encore), mon conjoint lui a demandé si elle voulait être « du côté de papa ou de celui de maman ». « Entre vous », a-t-elle répondu sans hésitation. Car l’enfant qui maudit vos nuits est un enfant qui sait ce qu’il veut. Votre lit, entouré de corps qu’il pourra labourer comme bon lui semble.

 « Fais le 5-10-15 » : une inconnue sur Doctissimo

Le 5-10-15, qui se compte en minutes et pas en secondes comme certaines mères qui ont un peu trop le doigt sur la gâchette, que dis-je, la poignée de la porte, semblent l’ignorer. 5-10-15 minutes donc, qui correspondent au laps de temps que tu laisses entre chaque moment où tu entres dans la chambre pour parler-sans-le-regarder-mais-avec-bienveillance-surtout à ton enfant. Ça c’est la loterie. Soit tu as un enfant qui se lasse vite, soit tu as un monstre qui devient hystérique et n’hésite pas à tambouriner sur le mur pour finalement sortir de sa chambre, les poings sur les hanches, pour t’haranguer tel un pilier de bar après la quatrième tournée : « Ben là, ça fait dix minutes que j’t’appelle! ». Je vous laisse deviner quelle version j’ai enfanté.

« Crie-lui « mais tu vas la fermer bon sang » : mon système lymbique après 4 ans d’insomnies.

Ça défoule. Mais ça ne marche pas. Pire : ça les amuse. Vous voulez d’un perroquet qui répète « mais tu vas la fermer bon sang » pendant une heure au milieu de votre nuit? N’hésitez plus !

Alors on fait quoi? Vous, je ne sais pas mais moi j’attends le début de l’école, l’année prochaine, avec une ferveur toute naïve. Je mise tout sur les récrés à rallonges et l’absence de siestes.

A l’année prochaine (et bonne insomnie à tous!)

-Lexie Swing-

 

Nouvelles du front

Depuis quelques semaines, je suis prise dans un tourbillon boulot-enfants-dodo. Les journées de travail sont pleines à craquer, et la routine s’installe dès la porte de l’école passée. Mes seuls moments de pause sont les trajets de train, quand je ne passe pas ceux-ci à faire mon épicerie en ligne ou à commander des bottes de neige pour la petite dernière.

Dire que je rêve d’écrire et que l’application Notes de mon téléphone ne désemplit pas des idées foisonnantes que j’ai pour le blog serait vous mentir. Ma jauge d’inspiration est inversement proportionnelle au taux de remplissage de mes journées actuelles : proche de zéro.

Alors, parce qu’on se connait depuis déjà 7 ans (pour certains), et que j’ai horreur de ces pages abandonnées qui trainent comme des zombies mal suturés sur la Toile, j’ai pris le parti – à défaut d’un article structuré – de vous donner des nouvelles.

1)    Numéro 1, ma grande fille de 6 ans et demi, est d’une humeur particulièrement joviale ces jours-ci. Hier j’ai dit «tu peux aller prendre ta douche s’il te plait?», et elle a répondu «bien sûr Maman, j’y vais tout de suite et je viendrai finir mes devoirs après». C’est bien simple, il y a encore une version fantomatique de moi, bouche bée au milieu de la cuisine, qui ne s’est pas encore remise de cet échange.

2)    Il y a un principe (pseudo) scientifique selon lequel : si et seulement si l’enfant numéro 1 s’assagit brusquement, alors son cadet prendra sa place comme maître des enfers. J’ai pour projet de faire floquer un chandail taille 4 ans «Here comes Trouble» (« les ennuis arrivent »). Elle qui avait traversé le Terrible two et le Threenager avec la grâce d’une colombe à l’Armistice se borne désormais à rouler sur le chemin de la vie comme un automobiliste saoul : elle engueule les autres et s’entête à prendre les chemins de traverse, même s’ils sont recouverts de moquette et qu’elle porte des bottes de neige souillées. Elle ne veut que l’assiette rose, les vitamines rouges, les t-shirts avec un bonhomme au milieu, deux tresses et pas une, et surtout pas de légumes. Bref, c’est un charme.

3)    La neige est arrivée mardi – pour une fois Météo Média ne s’était pas trompé. Depuis c’est la file chez le garagiste, nos sacs de feuilles minutieusement ramassés dimanche sont sous 15 centimètres de poudreuse et il a fallu acheter des bottes de neige aux enfants en urgence parce que les anciennes étaient deux pointures trop petites.

4)    On a fêté la Saint de mon prénom, provoquant au passage l’incompréhension de mes amis et collègues. Ici l’anniversaire se dit la Fête, et les fêtes ne se fêtent pas. Autant dire que fêter ma fête à l’automne alors que je suis née au printemps paraissait peu opportun. Finalement, nous nous sommes tous accordés pour dire qu’avoir deux journées à soi au lieu d’une est une richesse que nul ne devrait laisser passer. J’en ai profité pour raconter à mes filles d’un ton énamouré comment, dans mon enfance, la dame de la météo annonçait chaque soir le nom des personnes qu’on allait fêter le lendemain. Leur désintérêt a été aussi vif que ma nostalgie!

5)    Notre fille de 4 ans (la Trouble susmentionnée) (prononcée Troubeul, parce que c’est en anglais) ne semble toujours pas décidée à passer des nuits apaisées. Elle attend systématiquement que j’ai éteint ma propre lumière – s’accordant à l’heure à laquelle je décide de le faire, elle n’est pas difficile – pour hurler mon nom dans son sommeil, réduisant à néant mes efforts dantesques pour repousser mon schéma d’organisation mentale visant à optimiser la réalisation du ménage et l’abaissement de la note d’épicerie. Sommeil : 0; organisation du ménage : 1 (Trouble : en forme, mais cernée).

6)    Lassée de dévouer nos (courts) week-ends au ménage, j’ai créé un schéma (mental donc) de réalisation hebdomadaire. Samedi dernier, j’ai ainsi pu enfiler mes pantoufles et attraper un livre avec la paresse d’un chat sous valériane. Après 7 années à attraper l’aspirateur de bon matin le samedi, je n’en reviens tout simplement pas.

7)    Je regarde présentement pour faire évoluer mes compétences en effectuant ce qu’on appelle ici un certificat (30 crédits). Après 8 ans d’études, j’ai longtemps dit «plus jamais», mais mon changement de carrière il y a trois ans m’a forcé à reconsidérer les choses. Gestion des ressources humaines, gestion de projets, management… les possibilités ne manquent pas, seul le temps (et l’argent) reste un potentiel obstacle. J’avoue avoir peut-être aussi envie de me confronter aux études avec un œil nouveau et une autre maturité, ayant passé l’essentiel de mes études post-bac à attendre d’arriver au bout sans jamais voir l’intérêt des connaissances apprises et du chemin parcouru.

Sur ces 7 points pas nains, je vous laisse. Et vous connaissez la formule : dans l’attente de vos nouvelles, je reste à votre disposition pour de plus amples informations.

Si vous me cherchez, je serais sous mon plaid. Il fait -12 degrés, ressentis – 22, et mes sourcils vont probablement tomber.

-Lexie Swing-

On a oublié la journée pyjama

On avait tout pourtant. Le jouet de la maison, le livre pour l’histoire, les bottes pour la pluie. Au premier pyjama aperçu, on a cru à une renonciation parentale, au deuxième, à un pari perdu, au troisième, on a senti qu’on avait loupé une info. « Il y avait marqué quelque part qu’il fallait venir en pyjama? », ai-je glissé à l’éducatrice de ma fille. « Oui, m’a-t-elle confirmé avec un sourire contrit. C’était dans le courriel de lundi. » Pas de jugement de son bord – elle sait bien que nous jonglons tous avec différentes priorités – mais notre toute petite n’avait pas la même perspective de vie et avait amorcé la bouderie dès le passage de la porte d’entrée, pressentant comme nous qu’une chose fondamentale (pour elle) nous avait échappée. Nous avions oublié la journée pyjama.

Ça n’est pas la seule chose que l’on a oublié cette semaine. Hier, affublée du costume d’Halloween et pourvu des cupcakes réalisés pour l’école, ma grande et moi avions passé la porte en réalisant notre oubli de la commande – l’énième – du jour : l’apport d’un livre de maison et d’une lampe de poche. La demande avait été inscrite dans le courriel hebdomadaire du vendredi précédent.

« C’est pas comme si on recevait un seul courriel par jour », a résumé mon conjoint. Je ne sais pas comment font les autres parents. Chez nous la liste des choses dont on se rappelle est longue : le cahier de dictée à signer, le jouet du vendredi à apporter, le rendez-vous avec l’instit à booker, les photos de classe à commander, la participation à la fête d’anniversaire que l’on doit confirmer, la nourriture pour animaux à acheter pour la collecte du refuge, la tirelire à monter pour une oeuvre de charité, les kilomètres à parcourir pour le défi santé de l’école… pas un jour sans que les communications scolaires n’apportent leur lot de requêtes.

Et s’il n’y avait que l’école. Qui d’entre nous ne s’est jamais fait alpaguer sitôt après avoir passé la porte du bureau pour accomplir une tâche urgente ou dénouer un conflit miné? Qui n’a jamais rallumer son téléphone professionnel dès l’enfant déposé pour se retrouver assailli d’une horde de courriels pressants ?

Les tâches s’amoncellent de toute part comme autant de piles qu’il faudra bien finir par pelleter. « Jolis cupcakes, m’écrivait ma mère hier, en recevant la photo de mes précieux accomplis une fois les enfants couchés. N’oublie quand même pas de prendre du temps pour toi. »

« Je ne suis pas sûre que je puisse dans cette vie », lui ai-je répondu. Mais je l’espère, ça oui. J’y travaille, j’en ressens l’importance, et je noie la culpabilité des tâches que j’ai faillies dans du café déjà froid et des sourires forcés.

Et puis j’attaque le vendredi en robe très courte, et blouson quechua, je marche en chantonnant et tient des portes trop longtemps à des gens qui rient franchement de se voir ainsi attendus. Et c’est le plus près que je fasse de prendre du temps pour moi.

M’autoriser l’insouciance.

-Lexie Swing-

Dans cinq années de ça

Cet été, notre location de voiture touchait à sa fin, l’occasion pour nous de magasiner une nouvelle voiture. Nous avons finalement échangé notre Subaru Forester contre une Golf, renonçant à la capacité du coffre et des sièges arrières pour quelque chose de plus compact. Les voitures que l’on choisit sont à l’image de la vie que l’on mène. Elles doivent pouvoir embarquer le bon nombre d’enfants – sièges autos compris, les poussettes, le stock de couches, les courses pour 4 ou 5. Et puis, le temps aidant, les préoccupations se déplacent. Les sièges autos se font plus petits, les enfants s’attachent désormais seuls. On a abandonné la poussette au profit de la trottinette et relégué les biberons au rayon des regrets.

La durée des locations est aussi un miroir de la vie qui change. Lorsque nous avons souscrit notre premier contrat, il y a 4 ans, notre vieille auto tombait en ruine et nous avons alors opté pour une solution courante ici, la location, les six mois d’hiver ayant cette fâcheuse tendance à faire passer la moindre voiture neuve de vie à trépas en quelques mois.

Il y a 4 ans, j’étais enceinte de notre deuxième fille, à l’aube d’une vie dont je ne soupçonnais rien encore. Cette vie épuisante, mais pleine, entière. La Subaru fut la première voiture dans laquelle nous avons attaché le siège auto, c’est la voiture qui l’a ramenée à la maison. C’est celle qui nous a conduit jusqu’en Floride, et de l’autre côté, jusqu’au Nouveau-Brunswick. Elle a abrité bien des rires, bien des disputes, bien des siestes d’après-midi et des débuts de nuits. Elle reste marquée de l’empreinte des sièges autos et de celle, moins attendue, de la gourde de compote échappée dans un virage près de Fredericton.

Lorsque nous avons choisi notre nouvelle voiture, nous l’avons voulue rouge, et nous nous répétitions en boucle combien notre cadette serait contente, elle qui ne jure que par cette couleur. Elle qui allait justement fêter ses 4 ans, s’était débarrassée de ses couches et de ses babillages, pour devenir cette petite chose solide, bien campée sur ses deux pieds, qui a voulu monter derrière le volant dès qu’elle a vu la voiture arriver. Nous avons profité du changement de véhicule pour mettre à jour les sièges autos, B. étant désormais en âge et taille d’avoir un simple rehausseur et de s’attacher seule.

Je ne savais pas, il y a 4 ans, que je roulerais avec un enfant déchiffrant les messages de la console centrale par dessus mon épaule. Ni que nous laverions notre voiture au son de la chanson « Envoyez la mousse », scandée par la cadette tel un pilier de bar après la troisième tournée. J’ignorais que les voyages seraient ponctués de remarques fauniques ou ornithologiques, ou parfois scatologiques, les enfants tentant de deviner quel oiseau avait bien pu ainsi se répandre sur le toit vitré de notre nouvelle Golf.

Lorsque nous avons loué notre dernière voiture, les filles ont voulu savoir quand nous allions la rendre. Toujours un coup d’avance, les enfants. « 5 ans », on a dit. « 5 ans ça fait quoi? », a demandé Tempête. « Ça fait que tu auras 9 ans, et ta grande sœur 11 ». Et puis on a ajouté, pour nous mêmes : « Tu seras au milieu du primaire, et ta sœur à l’aube du secondaire ». Et c’était tout un monde qui se profilait. Un monde qui n’avait même pas encore commencé. B. n’avait pas encore mis les pieds au primaire, E. même pas encore à la maternelle. Dans 5 ans de ça, elles seraient des écolières bien avancées, dans des routines installées.

On ne réalise pas à quel point la vie passe, ce qui viendra demain, ce qui ne sera plus. Ce soir là j’ai ouvert le livre d’histoires en réalisant qu’un jour, je n’aurais plus à en lire. Comme j’ai un jour préparé un dernier biberon ou changé une dernière couche.

Mais nous serons aux prémices de nouvelles aventures, les dernières fois s’entremêlant au cœur de premières fois toutes neuves. Et à cet instant, refermant mon livre d’histoire, j’ai laissé glisser le flot ininterrompu de cette vie, et j’ai juste souhaité, de toutes mes forces, être là pour en témoigner.

-Lexie Swing-

Maman a la migraine

On dirait la fin abrupte d’un film réputé érotique. Maman a la migraine alors Papa peut aller se rhabiller. En vrai, la migraine parentale, c’est bien plus dérangeant que de siffler la fin de la partie de jeu. C’est être assis sur le banc des remplaçants, et assister, impuissant(e), au match en cours.

Je n’ai connu mes premières migraines qu’à l’âge avancé de 30 ans, mais j’ai grandi avec une mère pour qui la migraine a toujours été une partenaire de vie. Fêtes, week-ends, événements professionnels et jours fériés, la migraine ne connaissait aucun repos, et n’en laissait guère plus.

Il est souvent difficile d’en trouver la cause, et donc d’en faire un problème curable à long terme. Le quotidien devient donc un jeu de chat et de souris, où l’on tente, autant que faire se peut, de déjouer les pièges et d’échapper aux griffes. Car quand celles-ci se referment, le bal commence, avec des symptômes variés selon les participants. Certaines migraines s’annoncent par des nausées, d’autres attaquent sans préambule par de violents maux de tête. La plupart ne trouve du repos que dans des chambres plongées dans le noir et le silence du milieu de journée. Une gageure lorsque l’on héberge sous son toit des enfants de moins de dix ans.

Techniquement, être parent et migraineux c’est :

– Avoir un enfant qui passe la tête par la porte dix fois en demandant : « Ça y’est, tu vas mieux? »

– Avoir un autre enfant (ou le même) qui entre toutes les 5 minutes en disant : « Je ne te dérange pas longtemps c’est promis juste deux minutes je voulais te montrer le nouveau dessin / le dernier pas de danse / le jeu à la mode / ma liste au Père Noël »

– Entendre dans un demi-sommeil son conjoint chuchoter « chuuuuut tu vas réveiller maman »

– Se faire effectivement réveiller par « juste un bisou »

– Se lever en titubant, découvrir l’état du couloir et du salon et refermer la porte

– Se faire servir au lit

– Se sentir finalement mieux mais traîner encore un peu, parce que c’est pas si souvent qu’on a une bonne excuse pour rester au lit.

La course prend un handicap supplémentaire lorsque se retrouve seul(e) avec ses enfants et que personne ne peut intervenir en back-up. On légume (du verbe légumer, comme chacun sait) sur le canapé du salon, aussi flétrie qu’une aubergine d’automne oubliée sur le comptoir de la cuisine. La télé devient alors une gardienne fidèle et les bols de céréales la pitance quotidienne. « Oui oui je te regarde », dis-je cachée derrière mon bandeau de nuit. Les parents sont doués d’un don de vue exceptionnel.

Au bout d’un temps, certain ou incertain mais toujours d’une durée proportionnelle au nombre de jours de vacances en cours, durée calculée selon la loi de l’emmerdement maximum, la migraine disparaît. Elle laisse derrière elle son lot de pots de médicaments dégoupillés et de tâches inachevées. Jusqu’à la prochaine fois.

On oublie volontiers que nous sommes tous susceptibles de souffrir un jour ou l’autre de maux plus ou moins chroniques qui handicapent un quotidien déjà prenant et la maladie fait partie de ces aspects qu’on n’omet lorsqu’on se projette dans la parentalité, jusqu’à ce qu’ils nous rattrapent.

Et vous, souffrez-vous de maux qui handicapent parfois votre quotidien de parents ?

-Lexie Swing-

Photo Matthew Henry for Burst

Rive-Sud : la Halte 24-7, pour co-worker et trinquer

Endroit cosy, bar fourni et gens amènes, que demander de mieux pour un jeudi soir? C’est ce que mon amie et moi nous sommes demandées, alors que nous devisions au dessus d’un verre de blanc, trempant généreusement nos pitas dans un hummus à rendre fou, chillant à la Halte 24-7, nouvellement installée à Longueuil.

Quelques tables, un sofa, des miroirs anciens, l’endroit est épuré, accueillant comme un salon d’ami, et la bouffe y est, de fait, délicieuse. Venus tout droit du Tricot principal, du chef Martin Juneau, les bouchées servies méritent à elles seules le détour. Le hummus précité est incontournable (honnêtement), le Muhammara est vraiment à découvrir et la burrata a tenu ses promesses en coulant tranquillement dans l’assiette tel un chat paresseux un matin d’été (la faim me rend lyrique).

La carte est joliment fournie en vins, y compris pour ceux qui auraient une préférence pour le vin biologique ou cultivé en biodynamie. Côté cocktails, on nous a gratifié du mélange signature de la maison, délicieusement surprenant : Double dose d’espresso, vodka – kahlúa au shaker.

La Halte 24-7 est l’endroit qui manquait, dans le paysage longueillois. Une place où travailler, se restaurer mais aussi se retrouver pour un 5@7, le jeudi soir. Pour des gens qui, comme moi, travaillent à la journée longue en entreprise, c’est un lieu idéal de rencontres. Pour ceux qui, comme mon amie, travaillent de la maison, c’est un endroit approprié pour une rencontre professionnelle, un cocktail de réseautage, etc.

En arrivant, nous avons eu la surprise de découvrir la Halte à un endroit de Longueuil où les cafés et restos se font rares. Olivier Berthiaume et Philippe Tremblay, les co-fondateurs, font ici un pari. Un beau pari, pour ce lieu qui a beaucoup à offrir. Son homologue montréalais, installé depuis 5 ans, a déjà convaincu les professionnels des environs. À noter que la Halte 24-7 offre un format café-salon de thé en journée, avec sandwichs et viennoiseries servis sur fond de jazz.

Copains de la Rive-Sud, parents en besoin intense de décompression, foodies avisés, si vous ne savez pas quoi faire le jeudi… pensez à moi ;)

L’adresse à noter : Halte 24-7 Longueuil, 1490 Chemin de Chambly, Longueuil, QC J4J 3X3, 450-332-1411; http://haltecafe.com/.

-Lexie Swing-

Le goût de l’effort

Dimanche, il faisait encore nuit quand nous nous sommes levés. L’aube était sereine, comme seules les aubes savent l’être, alors que le jour porte encore des lueurs d’espoir. On s’est dit que c’était trop tôt, pour un dimanche. Un dimanche qui concluait une semaine riche en activités et faible en sommeil. On s’est dit qu’on aurait pas dû s’imposer ça, on aurait dû savoir que la reprise serait difficile et que l’automne nous grugerait notre énergie quotidienne. Mais il est des choses, bien des choses, qui se réservent à l’avance et se doivent d’être honorées, quoi qu’il en coûte. 

Leur inculquer le goût de l’effort et le respect des engagements a commencé ici, dans ce dimanche d’octobre ensommeillé. «On s’est inscrit, leur a-t-on rappelé. Tu étais d’accord, tu t’es engagée.» Après, quand on a 6 et 4 ans, l’engagement reste quand même une notion assez floue alors on a édulcoré : «Si tu passes la ligne d’arrivée, tu auras une médaille!»

Déjeuner avalé, vêtements de sport enfilés, on prend la route du semi-marathon de Granby et de ses courses multi-niveaux. Sur la route, la clarté du jour reste timide derrière les nuages. Pour réveiller la foule endormie, on propose le jeu du «partage la chanson que tu aimes». À tour de rôle, chacun choisit la chanson qu’il veut écouter. Ainsi défilent le John Butler Trio, Nick Cave, la chanson des Trolls, Goldman et puis Elsa Esnoult. À nos titres précis succèdent les appellations hésitantes : «la préférée de ma cousine»; «Celle qui dit que les étoiles brillent», «Un, deux, trois, Rock’n’Roll», «Celle que papa il jouait à la guitare quand j’étais bébé sur le canapé». Les meilleurs titres sont ceux des souvenirs.

Arrivée sur le site, stationnement lointain, pas hâtif pour rejoindre le stand de distribution des dossards. À la vue du sien, B. se plaint que le dossard de sa sœur a un chiffre plus grand qu’elle. Malgré l’argument de l’évidence : son nom a été enregistré en premier et son chiffre est donc plus haut sur la liste, rien n’y fait. Entre frère et sœur, la jalousie revêt parfois un costume inattendu.

Retour au parcours. L’amoureux enjambe les fils de sécurité pour rejoindre la foule du dix kilomètres, au son de sa cadette qui scande «Go, Papa, Go». À l’avant, des entraîneurs font monter l’excitation, enchainant course sur place et ronds de jambes sur une musique endiablée.

Départ de la course et quelques larmes. La sensibilité exacerbée de mon aînée lui fait oublier un instant le but de l’exercice. «Je ne voulais pas laisser Papa», balbutie-t-elle. Rassurée finalement de savoir que dix kilomètres et un tour de lac plus tard, son père sera de retour, elle part rejoindre sa sœur aux jeux, opportunément installés à proximité. Le parc est grand, bien aménagé, de quoi occuper des enfants une heure durant, malgré le froid saisissant de ce début d’automne.

50 minutes et un passage périlleux aux toilettes sèches, nous voilà de retour dans le public de l’arrivée, Tempête ayant retrouvé son refrain d’encouragement. Quelques foulées derrière le «lapin des 60 minutes» – je ne me lasse pas de l’appellation – l’amoureux apparaît, provoquant le bonheur des demoiselles et leurs applaudissements. La vue de la médaille paternelle fait monter leur enthousiasme et c’est en trépignant qu’elles prennent à leur tour le début de leur course, une heure plus tard.

1 kilomètre à peine, mais tout un kilomètre. C’est long lorsque l’on fait tout juste 1 mètre de haut. Tempête, qui a pris un départ lent, part à toutes jambes pour retrouver sa sœur qui l’attend devant (en l’engueulant). Après quelques réajustements chaotiques, leur père – qui les accompagne, s’ajoutant au passage un 11e kilomètre dans les jambes – parvient à rassembler son monde et à relancer la cadence. À l’arrivée, une animatrice de course annonce le nom des participants qui passent à sa hauteur. Un moment qui restera marqué dans l’esprit de ma toute-petite, qui le répétera à l’envi par la suite. N’est-ce pas la marque des grands champions que d’entendre son nom lancé dans les haut-parleurs?

Quelques photos et deux médailles : nous sommes prêts à prendre le chemin du retour. L’arrêt à la boulangerie Canaël est bienvenu et le brunch servi toujours délicieux. Dimanche nous offre encore tout un après-midi, mais l’on pourra d’ores et déjà dire que les enfants ont pris le frais!

-Lexie Swing-