Il pleuvait des cordes, et Tempête n’était pas sortie. Elle s’ébrouait comme un chien fou, en faisant « bougn-bougn-bougn » – selon sa propre expression – sur son poney gonflable. Alors je lui ai proposé d’aller faire les courses et de passer à la bibliothèque. J’aurais dû penser que la tâche serait ardue parce qu’elle avait compris « on va faire la course » et qu’elle avait déjà traversé la maison en criant « c’est moi je vais gagner ». Alors je lui ai dit qu’on allait d’abord à la bibliothèque, je lui ai fait poser le livre qu’elle était partie chercher dans la sienne, de bibliothèque, elle était dubitative mais elle m’a suivie. Quand j’ai présenté ma carte pour payer des frais de retard que je devais, la dame m’a dit « ça fait de longs mois que vous n’êtes pas venue? » et ça aussi, ça aurait dû me mettre la puce à l’oreille.
Tempête s’est précipitée en avant. Elle avait oublié la bibliothèque mais elle avait aperçu les fauteuils. Elle a jeté son manteau et sa tuque, a empoigné ses bottes et j’ai dû l’arrêter car sinon elle aurait déjà enfilé son pyjama. Je lui ai placé un livre coloré dans les mains, elle a hésité quelques instants puis avisé un petit espace libre, sur une table pour enfants. Du coin de l’oeil, je l’ai vue s’asseoir. Elle s’est désintéressée du livre pour se dévouer à un jeu en bois qui trainait par là. Je suis partie dans une allée, attentive au bruit des billes en bois qui roulaient sous sa main. Je suis réapparue de l’autre côté de l’allée.
Elle avait disparu.
Mon coeur s’est affolé, mais pas trop longtemps. J’ai vite reconnu son doigté caractéristique. La même douceur avec laquelle elle pianote sur ma machine à écrire ancienne. Elle était là, perchée sur une marche d’ordinaire réservée aux bibliothécaires, à taper une recherche incongrue sur les ordinateurs. Je l’ai saisie avant que la barre d’espace ne reste enfoncée sous son index rageur et l’ai emportée avec moi. Je voulais juste un livre – j’avais renoncé de longue date aux 5 auxquels j’ai droit d’ordinaire. Un seul. Je ne savais pas lequel. J’ai tenté de la séduire: « Quel livre pourrait plaire à maman? » Elle m’avait déniché des trésors, par le passé, délogeant ses pépites dans les rayons à sa portée – au dessus de la moquette, ce rayon inexploré. Elle a jeté à mes pieds un livre pioché dans le présentoir. « Comment vivre une retraite heureuse ». J’ai trouvé qu’elle avait de l’humour.
Elle a ignoré les Sophie Kinsella – d’ordinaire elle se passionne pour les couvertures colorées – et a tourné le coin du rayon. Je savais où elle se trouvait. Toute la bibliothèque savait où elle se trouvait. Elle s’époumonait. « Je suis cachée Mamaaaaan, tou me vois pas ». Ensuite, elle est réapparue et m’a sautée dessus, me couchant d’un même élan parce que j’étais accroupie sur le sol. « Tou te caches Maman? » Et puis elle est repartie aussitôt, slalomant entre les lecteurs, chantant à tue-tête une version bien personnelle d’Au Clair de la Lune.
Je vous passe le moment où j’ai dû la ceinturer pour lui enfiler son manteau, qu’elle avait d’abord abondamment traîné sur le sol en jappant : « Je veux faire cacahuète maman! » C’est le moment qu’a choisi la bibliothécaire pour lui dire: « Peux-tu parler moins fort jeune fille? » et qu’elle a dit non. Parce qu’elle a deux ans et qu’elle dit non. J’ai fait mon plus beau sourire et j’ai fait comme si je n’avais rien entendu.
Je vais disparaître de nouveau pour quelques mois. 6 peut-être. Le temps qu’ils oublient son visage. Ça change beaucoup d’apparence un enfant en 6 mois, non?
-Lexie Swing, à la maison avec ses filles parce que la garderie est fermée-
Crédit photo : Lexie Swing
Vous voulez passer de beaux moments? Prenez la route pour Sandbanks! Il y a tellement de belles choses qui vous attendent…
Nous devions originellement rejoindre Belleville, au nord du comté, où nous avions réservé un appartement. Mais de Kingston à Belleville, c’est de l’autoroute, de l’asphalte et des kilomètres avalés sans se retourner. A l’approche d’Odessa, alors que nous roulions sur la 401, nous avons brusquement opté pour les chemins de traverse. Tournant plein sud, nous avons cheminé jusqu’à rejoindre la 33, route du littoral. De là, nous avons côtoyé le lac Ontario jusqu’à ce que la route s’arrête abruptement à Adolphustown. Devant nous, une dizaine de voitures sagement arrêtées. Et puis l’eau, scintillante dans la lumière du matin. A peine le temps de se quereller pour savoir qui s’était trompé de route que le traversier arrivait, glissant silencieusement sur l’eau du lac. Quelques minutes plus tard, nous débarquions de l’autre côté, et après une pause pipi – toute cette eau avait affolé les mini vessies – nous avons roulé jusqu’à Picton.
Après avoir visité quelques boutiques, nous avons repris la route pour Belleville où nos amis étaient déjà arrivés. La journée s’est terminée sur les courses habituelles de début de week-end et sur une sortie au parc de jeux tout proche : le parc East Zwick’s Centennial Park. L’horizon est gris mais la richesse et la diversité des jeux valent à elles seules le détour. Je suis persuadée que si la nuit et la pluie n’avaient pas menacé tomber, nos filles – nous n’avions que des fillettes à bord de cette aventure – y seraient encore.





« Bébéouba » – le surnom de Paco et le jazz, appelé ainsi à cause de l’extrait « voix » d’Ella Fitzgerald du livre – est depuis toujours notre livre phare. Offert par une amie, après que B. l’ait découvert dans les mains (et sous les boucles) de son fils, il a connu des jours heureux chez nous. Adoré de ma première, puis plus tard de ma deuxième fille, mille fois recollé, il chante toujours entre leurs mains, trois ans après. Sans changement de pile – un exploit si l’on considère que notre maison est pleine de livres sonores dont certains avaient déjà les piles vides quand ils sont arrivés chez nous – il emplit chaque matin et chaque soir notre maison de notes joyeuses.
On y suit Paco, qui arrive à la Nouvelle-Orléans, « la ville du jazz ». Il s’y fera des amis, et finira même par s’y produire!
Auzou fait partie de ses marques pour enfants dans lesquelles j’ai une confiance aveugle, à l’instar de Djeco, Avenue Mandarine, Janod ou Vilac. J’aime leurs illustrations, le choix des mots, des thèmes, leur ouverture d’esprit.
L’histoire est volontiers positive, les dessins sont adorables et les musiques choisies sont de purs classiques.
J’aime dans les livres sonores la façon dont ma fille peut s’approprier ces musiques, comme elle chantonne ces airs, comme elle dit « je veux Mozart », de la même façon qu’elle dit « je veux Peppa Pig ». J’aime que toutes ces musiques lui soient si accessibles. Et j’espère lui en faire découvrir encore beaucoup d’autres.
L’autre jour, à la garderie, c’était ce jour spécial où ma fille aînée pouvait choisir une assiette et un verre différents de d’habitude.
Ça faisait quelques années que j’avais réduit drastiquement la viande, achetant du jambon «à la coupe», des escalopes de poulet et parfois du magret. Et puis il y a un an, j’ai sauté le pas et banni toute viande de mon frigo. Au fur et à mesure des mois, nous avons lentement intégré des plats véganes. Un an de vie avec un poupon qui ne pouvait pas manger de produits laitiers avait déjà largement enrichi notre vocabulaire en la matière. Ma belle amie D., végane, a aussi contribué à cette transition, nous nourrissant de plats incroyables et alimentant ma bibliothèque.
C’est pour deux de ces initiatives que j’avais envie de venir hier à Saint-Jean-sur-Richelieu. 




Chaque année pour la journée des droits des femmes, le 8 mars, je partage des articles, des graphiques et quelques idées folles. Parfois j’écris, mais souvent non. Parce que ce que je voudrais écrire est dit plus joliment par d’autres, mais aussi parce que je ne me suis jamais limitée à une journée pour évoquer nos droits et ma quête de l’égalité. Je pourrais en parler aujourd’hui, mais je le ferai plutôt demain.