J’ai repris le travail. Ça s’est vu : j’ai brusquement disparu de la blogosphère emportant avec moi mes couches sales et mes nuits trop courtes. Je vous rassure, mes nuits sont toujours courtes. Pour les couches sales, en revanche, j’ai passé la main et les paquets de lingettes au super papa.
Depuis dix jours, nous avons échangé les rôles. Je suis l’homme qui travaille, il est la mère au foyer. Voilà ce que, dans des contrées reculées et des temps anciens, nous aurions pu dire. Mais au Canada, au XXIe siècle, je suis une femme qui travaille et il est père au foyer. Le matin je me lève en premier, déjeune à la va-vite en devisant sur la neige qui fond et la vitesse du camion-poubelles avec Miss Swing, et puis je saute dans mes bottes et je cours jusqu’au bus, direction le centre-ville de Montréal, les grands immeubles, le boulot. Dans mon dos, à Saint-Bruno, la routine s’enclenche. Couche, biberon, déjeuners, vêtements propres et dents brossées. A l’heure dite, l’amoureux glisse le bébé dans sa poussette et Miss Swing dans ses vêtements de neige, et prend cahin-caha le chemin de la garderie.
Souvent, à la fin de la journée, je vais chercher Miss Swing à la garderie. Nous prenons notre temps, heureuses de se retrouver puisque nous nous sommes manquées. J’ai l’esprit et les bras libres. Nous marchons dans l’air froid du soir en chantant des chansons.
Quand nous rentrons, ça sent bon dans la maison. L’aspirateur est passé et les lits faits. Le repas cuit doucement dans le four ou la poêle. La table est mise. Le temps est suspendu.
Je les emmène prendre leur bain, le temps que le repas soit prêt et le papa délivré un instant des petits bras potelés qui l’accompagnent partout. La soirée file, souvent douce, parfois électrique. Alors c’est la nuit, la dernière série, les lignes un peu brouillées dans un bouquin. C’est la cuisine qu’on laisse rangée pour que Mister Swing ne se retrouve pas agressé par une pile d’assiettes sales au réveil. C’est le confort d’une maison habitée, bichonnée. Le confort d’une ampoule réparée, d’une mission exécutée. Le confort de la confiance, de pouvoir partir les yeux fermés et le cœur léger puisque l’autre est là, les manches relevés, tout à son rôle de père au foyer,
Ce n’est qu’un temps. Les photos de mon amoureux vêtu d’un porte-bébé, le four qui tourne à 17h, le confort d’avoir le temps, la liberté. Ce n’est qu’un temps. En mai, mon chéri reprendra le chemin du travail. La petite mandarine celui de la garderie. Nous inventerons autre chose, une autre vie.
-Lexie Swing-









