Miss Swing et la surdité sélective

Je ne sais pas de quand ça date. Quelques semaines tout au plus. Un problème de vieillesse. Car Miss Swing aura bientôt atteint l’honorable âge de 3 ans. Et les jours avançant elle a développé un trouble assez commun paraît-il : la surdité sélective.

J’ai été tentée de croire qu’il s’agissait avant tout d’une affaire de mots. Comme « consigne », « dormir » ou « manger des choux de Bruxelles ». Mais j’ai vite compris que si la surdité apparaissait pour la phrase « j’ai dit non pour le chocolat », Miss Swing répétant à l’envi « donne un morceau, donne un morceau s’il-vous-plaît maman que j’aime », elle saisit toujours du premier coup la question « Veux-tu du chocolat? ». Il ne s’agissait donc pas d’un problème de mots. Ni de chocolat.

J’ai donc étudié et théorisé la question. Et je peux désormais vous dire ceci : « la surdité sélective se caractérise par un comportement généralement rétif de l’enfant faisant fi des consignes pour jeter délibérément un objet dans les toilettes ou traverser un stationnement en courant, nonobstant les appels répétés de son superviseur parental. Synonyme : bourrique ».

Cette surdité réapparait de manière fréquente. J’ai pu le constater encore ce matin lorsque Miss Swing a jeté un livre sur sa soeur alors que je hurlais à 3 centimètres de son oreille droite « si tu jettes ça, tu es punie! ». Alors qu’elle revenait après sa période de « réflexion », elle m’a avoué benoîtement qu’elle ne m’avait « pas entendue ». Et son visage innocent montrait bien qu’elle n’était en aucun cas responsable de cette surdité soudaine.

Heureusement, si j’en crois les écrits, elle reste temporaire. Disparaissant au bout de quelques mois pour réapparaître dans une dizaine d’années, aux alentours d’une période charnière de la vie autrement appelée « la mule – le retour ». Rdv à l’adolescence.

-Lexie Swing-

Calme et concentré, un beau livre pour les petits yogi

Calme et concentré, aux éditions Nathan./ Photo DR Lexie Swing

Calme et concentré, aux éditions Nathan./ Photo DR Lexie Swing

Il est arrivé par la Poste un matin de décembre. « Cadeau des cousins » était-il estampillé. En vrai, moi je le sais, c’était un présent de Tatie D. Un présent qui a tout de suite enthousiasmé Miss Swing. Sous le papier, elle a découvert un joli livre cartonné. Elle s’est assise, elle a gratté de l’ongle les mandalas à toucher, penché la tête devant les dessins de petit yogi et m’a finalement tendu le livre : « Qu’est-ce qu’il faut faire maman? »

Le livre a pour but de recentrer l’enfant, et de le calmer. Grâce aux mandalas à suivre du doigt tout en respirant, l’enfant apprend à inspirer et expirer. D’autres pages lui expliquent comment se masser des zones spécifiques du corps. Notre préféré : la main. Son père et moi en tenons chacun une, et lui massons au gré des explications de la page : replier les doigts un à un, appuyer là où est dessinée la petite coccinelle (le mont de Vénus), masser les doigts en les tournant, etc.

Une petite aide pendant le Terrible Two./ Photo DR Lexie Swing

Une petite aide pendant le Terrible Two./ Photo DR Lexie Swing

Un autre exercice que l’on fait souvent avant d’aller se brosser les dents : les positions de yoga. Faire le gros dos comme un chat, s’étirer dans la position du chien… Les enfants de l’âge de Miss Swing sont souples et c’est une façon amusante de les aider à se détendre et s’étirer.

Des petits jeux de concentration sont également proposés : transvaser de l’eau, danser et s’immobiliser lorsque la musique s’arrête ou encore transporter des choses en équilibre sur un livre. Des exercices qui rappellent la pédagogie Montessori.

Notre avis :

Adopté par nous, les parents, comme par notre aînée de 3 ans. Vouloir apprendre à son enfant à se relaxer, à bien respirer, c’est une bonne chose, mais avec un support, c’est parfois plus aisé. Tout y est : l’apprentissage durable (savoir respirer et se recentrer est un apprentissage incontournable dans la vie), le moment parent-enfant, le bénéfice d’un enfant calmé et prêt à s’endormir, etc.

« Mes premières activités pour être calme et concentré », collection Haut comme trois pommes aux éditions Nathan. Pour les enfants de 3 à 6 ans. 24,95$ au Québec chez Archambault, 15,90€ en France à la Fnac.

-Lexie Swing-

Immigration au Canada : ce qu’on n’avait pas imaginé

DSC_0680

En voyage aux USA, tout près./ Photo DR Lexie Swing

Immigrer, c’est se préparer à une autre culture, à un autre mode de vie. Parfois très différent, comme dans le cas de H. à Dakar. Mais malgré toute la préparation psychologique possible, il y a des choses auxquelles on ne s’attend pas, des détails qui nous ont échappés. En immigrant au Canada, je n’avais pas pensé à:

La neige. Je connais la neige. J’allais souvent au ski enfant. Et puis entre Clermont-Ferrand et Saint-Etienne, à l’approche des bois noirs, elle est souvent très présente au coeur de l’hiver. Je connais la neige. On l’attend, on trépigne, elle tombe, on court dedans. Et puis le lendemain on se lève et elle a fondu. Ma réalité canadienne : s’il arrive que la neige de décembre fonde avec un retour ponctuel de la chaleur aux alentours de Noël, la neige de janvier, elle, tient bien. Elle n’est pas juste en montagne, pas juste en campagne. Elle tombe, elle reste, et elle est partout. C’est comme être en station pendant trois mois, chaussé de ses moon-boots et de son blouson de ski. D’ailleurs il n’est pas rare que le forfait pendouille de la poche de poitrine. Personnellement, j’adore (le couic-couic de la neige sous les pieds, vous vous souvenez?).

Le médecin. En France, quand je suis malade, j’appelle Patrick (Patrick, c’est mon médecin) et il me dit de passer dans la journée. Au pire, si c’est la 151e cystite de l’année, il laisse l’ordonnance sur la tablette à l’entrée. Et si c’est dimanche, le médecin d’astreinte au système de répartition de mon département envoie directement l’ordonnance à la pharmacie de garde. Ma réalité canadienne : Nous avons eu la chance de trouver un médecin de famille (un médecin traitant) et c’est presque mission impossible. Quand je suis malade je passe au sans rendez-vous le matin et on m’indique à quelle heure je vais pouvoir revenir. Ou bien j’y vais avec mon ordinateur et je travaille de là-bas. Quand les filles sont malades, j’attends d’être bien bien sûre que ça ne va pas passer tout seul, je ne m’amuse pas à aller voir leur pédiatre juste pour le plaisir de faire « constater » leur nouveau rhume. Si je veux voir mon médecin de famille, c’est rdv le mois prochain. Pour l’angine on repassera, par contre pour le suivi c’est bien. Vivre au Canada apprend donc à relativiser ses menus problèmes et éviter de plomber le système de santé en toquant chez le médecin à la moindre interférence gastrique. Ce n’est pas forcément toujours un système rassurant, c’est certain. Mais au moins il responsabilise.

Le maudit Français. En France, on se critique beaucoup entre Français. On dit que les autres Français sont intolérants, râleurs, on a un peu honte en voyage quand on voit un Français faire une crise à la réception d’un hôtel. Mais quand il est question d’unité nationale on répond présents. Parce qu’il s’agit de notre pays, de nos origines. Ensuite on se remet à critiquer. Ma réalité canadienne : il y a deux types majeurs de Français immigrants au Canada, celui qui vient vivre à l’étranger et celui qui vient en France. Oui vous avez bien lu. Certains de nos compatriotes arrivent au Canada en pensant arriver en France. Après tout on parle français, on mange des patates et surtout il y a fuuuull de Français dans certains coins de la Province. Ils ne sont pas prêts pantoute à découvrir que le Québec, ce n’est pas la France. Ils déplorent l’usage des mots, trouvent la grammaire fantaisiste, et les relations entre humains difficiles. Faque, ils font ce que tout bon Français de souche fait dans une telle situation : ils critiquent. Ouvertement. Ça ne plaît pas aux Québécois, qui se font soupçonneux lorsqu’ils nous voient débarquer avec nos Pajar hors de prix et notre accent pointilleux. Alors même si tu arrives la fleur au fusil avec ton drapeau blanc et ta volonté de t’intégrer, tu tomberas toujours sur des Québécois pas ravis du tout de te voir là. Juste parce que tu es Français? Juste parce que tu es Français… Vois-tu comme, en France, les Marocains intégrés ou tentant de l’être paient pour le seul Marocain qui a décidé que la France, c’était correct de la considérer comme le Maroc vu qu’on y parle français de même et que toute la gang du bled est déjà là et qu’il peut donc ruer dans les brancards et faire des pieds de nez aux règles et lois françaises ? Et ben c’est pareil. Il arrive que tu doives ramer grave pour te faire accepter, et pour certains tu resteras toujours le petit Français avec ton pain blanc, ton béret et tes critiques malvenues sur la grammaire malmenée.

La carte de crédit. En France, j’avais une carte de crédit. Depuis mes 16 ans. 16 ans, t’imagines? J’avais un découvert autorisé, et passé ce découvert je ne pouvais plus utiliser un cent de plus. Même si je me retrouvais en rade au sommet de l’Himalaya avec comme seule issue un pot-de-vin à refiler au chef des sherpas. Lorsque je l’utilisais, ça faisait baisser le solde de mon compte immédiatement. Et lorsque je voulais retirer de l’argent au distributeur, j’utilisais cette même carte. Ma réalité canadienne : Ma mère, dont la finance est le métier, m’avait expliqué que ce n’était pas pareil sur le continent nord-américain. Là-bas on avait des cartes de CREDIT. Ouais mais moi aussi j’avais une carte de crédit, et puis quoi? Et puis elle avait raison. Lorsque nous sommes arrivés au Québec, nous avons ouvert un compte et reçu en retour une carte de débit et une carte de crédit avec un plafond de 1000 dollars. Lorsque nous retirons de l’argent, nous utilisons la carte de débit. Nous pouvons également payer avec la carte de débit mais l’achat est prélevé immédiatement sur notre compte. La plupart du temps, nous utilisons la carte de crédit. Visa, Mastercard, même chose que partout. Ce crédit, il faut le rembourser. Chaque semaine, nous évaluons les dépenses réalisées avec la carte de crédit et versons la somme correspondante depuis notre compte pour rembourser le solde. Au fur et à mesure du temps passé au Québec, l’organisme de crédit propose d’augmenter la limite autorisée. Vous pouvez donc avoir droit à, disons, 10 000 dollars. Et là ça peut poser problème. 10 000 dollars, c’est idéal quand on veut payer des billets d’avions pour aller au bout du monde. Mais il faut les rembourser, et vite si possible, sous peine de devoir payer des frais importants. Beaucoup de magasins proposent leur propre système de crédit. Et c’est dans la culture du pays que de passer par ces crédits pour s’offrir des choses. Télévisions à crédit, ordinateurs à crédit, plancher et peinture à crédit, etc. Comme ce n’est pas dans notre culture d’origine de tout acheter à crédit, les Français s’en sortent plutôt bien dans ce système, évitant d’acheter des choses qu’ils savent ne pas pouvoir rembourser immédiatement. Mais qu’importe les origines, tout le monde peut-être envouté par la poule aux oeufs d’or. Et se retrouver englouti dans une spirale infernale de surendettement. Sans un organisme comme la CAF pour venir en aide.

Les mots. En France, on comprend globalement quand les autres nous parlent. Même les patois régionaux laissent la place au français universel de France la plupart du temps. Bien sûr, certaines expressions surprennent parfois. Comme quand je dis « boseigne » à quelqu’un qui ne va pas bien, ou qu’on parle d’aller à la vogue. Mais, en voyant le visage de l’interlocuteur, on se reprend vite car on a conscience d’utiliser un mot de patois. Ma réalité canadienne : Le français du Québec ne ressemble pas vraiment au français de France. Et ce n’est pas du patois, c’est la langue de la province (j’insiste là-dessus). La structure de la phrase est la même, ils se ressemblent pas mal à l’écrit mais à l’oral c’est une autre affaire. Outre le fait que je ne comprenais pas du tout lorsqu’on me parlait au départ, il y a encore aujourd’hui des mots qui me manquent. Quand je fais une recherche pour un produit en particulier dans google, il m’arrive de le taper en anglais, faute de trouver la correspondance en français du Québec. Les articles de puériculture en sont un bon exemple : sac à couches (le sac où on met les affaires de bébé), bassinette (berceau), bas (chaussettes), mitaines (gants, avec des doigts), formule (lait infantile), drap contour (drap housse), etc. Maintenant j’ai deux fois plus de façons de dire les choses, et ça me plaît beaucoup (et je peux faire tourner en bourrique mes amis en France). Il y a aussi des utilisations auxquelles on ne se fait pas, comme pour moi « bouffe » et « cochon ». Bouffe est vraiment usuel. Il désigne la nourriture, mais pas vraiment au sens familier du terme. Il est utilisé dans les publicités, ou pour désigner le « food-court » (l’endroit où on peut trouver à manger) dans un centre commercial par exemple. Et quand on dit qu’un plat est cochon, c’est pour signifier qu’il était bon et copieux. « C’est cochon » entendrez-vous parfois s’exclamer votre ami au restaurant. C’est drôle, et ça me déconcerte toujours!

Les mains tendues. En France, même si la solidarité existe, on pratique pas mal le chacun pour soi. File d’attente, places assises, jour de tempête… C’est souvent d’abord pour soi et ensuite pour les autres. Le métro arrive, je dégomme Mamie Gertrude sur les rails et je m’engouffre dans la rame. Tant pis pour la blonde chargée comme une mule avec ses deux marmots, elle n’avait qu’à pas en pondre deux à la fois. Non mais. Ma réalité canadienne : j’en ai souvent parlé, c’est mon sujet préféré, mais ici il y a une vraie culture de la main tendue. Je suis trop chargée avec bébé Swing à la garderie? Un autre parent m’habille ma grande fille. Je suis trop chargée avec bébé Swing à l’épicerie? Un employé emballe mes courses et les met dans ma voiture. Je suis trop chargée avec bébé Swing dans le bus ou le métro? Deux personnes, un homme ou une femme, parfois un préado (mais un vieux non, les vieux sont partout les mêmes) jaillissent de leur siège pour que je m’assoie. Je suis trop chargée – et trempée – sous la pluie avec bébé Swing? Une famille en voiture s’arrête pour me demander si j’habite loin et si j’ai besoin d’un lift (être ramenée chez moi). Personne ne se dit que je n’ai que ce que je mérite, et que je n’avais qu’à pas pondre ma marmotte dans un pays où il faut – 25 l’hiver. Les gens sont aidants. Les gens sont gentils. Et même je dirais : les gens ne se posent pas la question. Il m’a suffi de voir des adolescentes me proposer leur assistance chaque jour lorsque je prenais le métro à côté d’un lycée de filles pour savoir que c’était dans la culture, dans l’éducation. Qu’importe qu’elles soient premières de la classe, polies et assidues ou jemenfoutistes et rebelles; j’avais l’air d’avoir besoin d’aide, elles me proposaient donc leur aide. C’est tout.

C’est tout, et c’est beau aussi. Et c’est pour ça que c’est le pays où j’ai choisi… de rester.

-Lexie Swing-

 

Dans sa bulle

Il a eu trois ans, il pousse la porte de la garderie. Il est souvent exubérant, perpétuellement en mouvement. Ma fille le salue mais ce matin il est grognon. Alors sa maman se penche un peu : « Tu as besoin de ta bulle? »

Sa bulle. L’image est jolie et elle me parle. Sa bulle l’enveloppe, protectrice. A l’orée de son petit monde, vaguement aux aguets, il regarde ses amis qui courent, qui rient déjà, la bouche barbouillée des fruits de la collation du matin. Ce sont ses quelques minutes, indispensables et salvatrices. Et puis la bulle éclate, la paroi cède. Le gamin bondit comme une biche dans le groupe toujours en mouvement. L’appréhension a disparu, et le voilà qui court déjà à la rencontre de l’autre petit garçon – ils ne sont que deux les pauvres – de la classe.

Je connais bien cette bulle. J’ai mis presque trois ans à l’accepter. Trois ans durant lesquels j’ai tenté souvent de la percer, tantôt enjôleuse, tantôt consolante. Tantôt énervée, voire excédée, même. Trois ans pour comprendre que la bulle était nécessaire.

Alors voilà. On est samedi. C’est l’heure de la gym des tout-petits. La ronde frémit, crépite, les enfants bondissent, rient et courent en tout sens. Ma douce est assise, indolente. A l’abri de mes jambes en tailleur, elle observe. Le groupe s’anime, les monitrices réclament l’enthousiasme, l’attention. Secouer les maracas en rythme. Chanter avec elles les chansons. J’entonne l’hymne, je secoue les petites billes dans leur écrin de bois, mon poing fermé sur le sien, qui tient l’instrument. Elle est une poupée, molle et absente. La musique s’arrête, la gym commence.

Mon enfant bondit. Elle est juchée sur le toboggan. Elle roule en bas du tapis. Elle escalade, rampe, tombe parfois, et recommence. Elle est partout, elle qui n’était pas vraiment là. La bulle a fondu.

Et chaque jour, et chaque samedi, et chaque fois qu’un groupe se réunit, la bulle revient. Palpable et increvable. Difficile à admettre. Agaçante. Mais indispensable.

-Lexie Swing-

Sur les pas d’Agatha

L'exposition A. Christie./ Affiche Pointe-à-Callière museum

L’exposition A. Christie./ Affiche Pointe-à-Callière museum

Agatha, c’est l’un des auteurs que j’ai le plus lus. Chaque semaine, je retire l’un de ses ouvrages de la bibliothèque, religieusement. Parfois, c’est une relecture. Je ne me souviens pas du titre mais réalise qui est le coupable à mi-parcours. Et le plaisir n’en est pas moins présent.

Découvrir qui elle était et d’où elle tenait son inspiration était forcément un de mes vœux. Alors quand ses photos, ses objets personnels et ses bons mots ont pris possession de la salle des expositions temporaires du musée de Pointe-à-Callière, j’ai aussitôt trépigné pour y aller.

Au commencement, ce sont des photos de bébés, des photos d’enfants, des premiers livres, des premiers sourires. Et puis au fil de nos pas, Agatha prend son envol. Bientôt elle est majeure, elle épouse la vie et un aviateur, sa sœur lui lance le défi d’écrire un premier roman policier. Et la plume prend son essor. On parcourt sa vie au rythme de ses publications, retrouvant ses inspirations dans ses rencontres et surtout ses voyages.

Pourquoi y aller ?

– Pour savoir qui était Éric.

– Parce que l’on découvre tout autant l’aspect professionnel de sa vie – ses livres – que personnel, grâce à une biographie dûment nourrie par l’auteure elle-même.

– Pour les photos qu’elle a prises elle-même dans la deuxième partie de sa vie, avec un œil exercé et un intérêt certain pour les gens, qu’importe leur catégorie sociale.

– Pour comprendre d’où lui sont venues certaines de ses idées.

– Pour profiter d’une exposition conséquente et passionnante.

L’exposition Agatha Christie de Pointe-à-Callière est à l’image de ce que propose habituellement le musée : riche, fournie, intelligemment orchestrée. Qu’on soit un lecteur averti de cette auteure ou qu’on la découvre tout juste, l’exposition reste particulièrement intéressante. Un incontournable donc, à découvrir jusqu’au 17 avril.

– Lexie Swing –

Les aléas de l’habillage d’hiver

Quand E. voyage incognito./ Photo DR Lexie Swing

Quand E. voyage incognito./ Photo DR Lexie Swing

C’est beau l’hiver. C’est même féérique. Si vous étiez avec moi ce matin, à déguster un café en grains pas très bon parce que j’ai la flemme de courir à Montréal en racheter, nous nous installerions devant la fenêtre tels deux petits vieux pour regarder la neige tomber. Elle est lourde, épaisse, immaculée, et scintillante dans le jour déjà levé. J’adore la neige. Ça fait couic couic sous les pieds quand on marche, et dans ma petite ville de la rive-sud recouverte de son manteau blanc, j’ai l’impression perpétuelle d’être en vacances aux sports d’hiver, comme on disait avant. Mon âme d’enfant embrasse pleinement toute cette neige. Mon âme de mère, en revanche…

Au Québec, les températures avoisinent volontiers les -15 – 20 l’hiver. Parfois beaucoup moins bien sûr – les fameux pics à -40, et parfois plus. Après tout, le 24 décembre, il faisait 14 degrés. Mais disons que -15, c’est une température avec laquelle nous avons l’habitude de composer. Les habits sont faits en fonction, particulièrement les habits d’enfants, qui ont le chic pour tomber tous les trois mètres (enfin pas tous les enfants, mais la mienne oui) et faire l’ange au milieu du jardin. Les habits sont chauds. Les habits sont étanches. Les habits sont une horreur à mettre. Une crise de nerfs matinale. A vous faire regretter l’été et ses robes-sandales. Jugez plutôt du déroulé :

  • Il est 8h20. Vous devez être à la garderie à 8h30. Vous avez sept minutes de marche. Donc trois pour vous préparer. Vous êtes en retard avant même d’avoir commencé.
  • Vous posez le bébé dans son transat.
  • Vous enfilez son manteau au toddler. Puis ses mitaines (ses gants). Puis sa tuque (son bonnet).
  • Il enlève ses gants au motif qu’ils n’étaient « pas bien mis ».
  • Vous remettez les mitaines.
  • Vous vous rendez compte que vous n’avez pas mis le pantalon de neige. Celui avec les bretelles qui passent sur les épaules.
  • Vous enlevez le manteau du toddler. Il jette ses mitaines par terre. Et sa tuque, parce que « je veux pas de la tuque sans le manteau, c’est moche ».
  • Le bébé pleurniche. Vous lui remettez sa sucette.
  • Vous mettez une jambe dans le pantalon. L’autre. Vous remontez le tout. Le toddler crie parce que le chandail est remonté à mi-dos. Vous poussez avec les doigts pour faire glisser le chandail. Vous malmenez un peu les bras pour les faire passer dans les bretelles. Vous accrochez le tout. Vous voulez mettre le manteau. Mais le toddler veut d’abord mettre les bottes parce que le pantalon sans les bottes, « ça va pas ».
  • Vous mettez les bottes (et rattrapez l’enfant avant qu’il tombe à la renverse). Vous mettez le manteau. Vous mettez la tuque et les mitaines.
  • Vous enfilez votre manteau et votre tuque. Vous attachez le porte bébé.
  • Le bébé crache la suce sur le plancher, directement dans la neige souillée qu’il y avait sous les bottes.
  • Vous partez nettoyer la sucette sous l’eau (et bénissez les anciens proprios d’avoir fait construire une sdb au sous-sol).
  • Quand vous revenez, le toddler a jeté ses mitaines par terre une nouvelle fois. Vous vous acharnez à les lui remettre. Le pouce ne rentre pas. Puis il crie « par dessous par dessous », parce qu’il ne veut pas que les mitaines recouvrent son manteau. Vous les mettez dessous. Il ne veut pas « dessous comme ça », il veut « dessous avec l’élastique noir par dessus ». Vous allez chercher ledit élastique noir dans la manche (la protection pour la neige), vous le mettez par-dessus le gant, puis passez le reste de la manche sur le tout. Vous serrez l’attache au poignet. C’est trop serré. L’enfant veut le faire lui-même. Mais il a des moufles et il n’y arrive pas. Il essaye d’enlever ses moufles. Vous menacez. Il boude et se jette à plat ventre par terre.
  • Vous attrapez le poupon, le glissez dans sa combinaison. Il fait 40 degrés dans votre manteau. Le bébé ne coopère pas d’un poil et tient ses bras serrés sur sa poitrine. Vous arrachez un bras pour le glisser dans la manche. Il hurle comme un petit cochon. Vous enfilez la cagoule. Arnachez le bébé. Suez pour attacher le porte bébé entre les omoplates.
  • Vous ramassez l’enfant. Le bébé hurle de se retrouver la tête en bas. Vous parvenez à enfiler vos bottes sans défaire les lacets. Vous vous rendez compte que vous n’avez pas mis de moufles au bébé sous sa combinaison. Renoncez à l’idée de le défaire et partez à la garderie les coudes serrés le long du corps, pour garder au chaud les mains du bébé glissées dessous (il y a a combinaison par dessus quand meme hein, mais par -20 une paire de moufles supplémentaire n’est pas superflue).

Ouf. Je suis épuisée rien que de l’écrire. Bien sûr il y a des jours où Miss Swing est à la fois autonome et coopérative. Elle enfile ses affaires seule, aide à attacher le porte-bébé, me rappelle que j’ai oublié de mettre les moufles, etc. Il y a des matins, beaucoup d’ailleurs, où la petite mandarine rigole tout le long, en jouant avec sa sucette. Et puis il y a aussi d’autres jours, où il faut remettre les moufles dix fois, où les nez n’arrêtent pas de couler, où je me souviens que j’ai laissé le chèque pour la garderie dans la cuisine à l’étage alors que j’ai déjà mes bottes. Il y a l’arrivée à la garderie aussi, toujours périlleuse. Il faut aider Miss Swing à se déshabiller sans trop balloter sa soeur dans le porte-bébé, puis enlever ses propres bottes souillées pour se rendre au local des 3 ans.

J’aime la neige. J’adore même. Mais j’avoue, je gagne chaque jour en admiration pour ces éducatrices qui doivent chaque jour habiller des dizaines d’enfants. Patiemment. En sachant que pour 30 minutes de préparation, ils passeront à peine 15 minutes dehors.

« Oui mais avec Miss Swing c’est facile, elle fait tout toute seule, elle est parfaitement autonome », nous a dit récemment l’éducatrice. Ah…

-Lexie Swing-

Happy 2016

./ Photo Tom Roeleveld

./ Photo Tom Roeleveld

Il y a seize ans, nous « tournions le siècle ». Passez par la case départ, et prenez 2000 ans. Un choc, un vrai, observé avec appréhension par ceux qui prédisaient coupure d’internet et fin du monde (deux choses très similaires, en somme). Seize ans sapristi! Les enfants du siècle sont désormais au volant, qu’ils soient en conduite accompagnée ou apprenti conducteur, de ce côté-ci du globe. Ils sont presque majeurs, généralement vaccinés. Ils vont prendre leur envol. Avons-nous pris notre envol? Nous sommes les enfants du siècle dernier, qu’importe la dizaine affichée. Avons-nous pour autant acquis la maturité? Appris de nos erreurs? Les 15 années écoulées ont montré le pire et le meilleur de la civilisation actuelle. Des découvertes incroyables, notamment scientifiques, et des reculées majeures, dans les guerres, toujours plus sales; dans les moeurs, dont la progression fluctue à mesure que l’acceptation de l’autre se rétracte.

Nous sommes désormais en 2016. Un chiffre marquant pour moi, et quelques autres, car cette année, nous fêterons nos trente ans. Que pourrais-je vous souhaiter, en dehors du meilleur?

  • De la sécurité. Financière, sanitaire, émotionnelle. Parce que lorsque se sent à l’abri et aimé, on est toujours plus à même de s’émanciper, et de se réaliser.
  • Des aventures, beaucoup. Que vous la préfériez dans les livres, ou le sac au dos.
  • De la chance. Parce qu’on a toujours besoin d’un petit coup de pouce du destin.

Ce que je souhaite, tout court :

  • Que l’on cesse de faire cas de ce qui n’a pas la moindre importance, comme la hauteur du gazon de son voisin, l’orientation sexuelle du cousin Gaston ou le nombre d’enfants de la famille Cornichon. Si l’on consacrait la moitié de l’énergie que l’on met à critiquer son prochain dans des projets louables, on aurait déjà changé la face du monde.
  • Que l’on arrive à changer le cours des jours, en cessant de pester des dix heures du matin parce que « décidément cette journée était mal partie ». Ras-le-bol d’avoir le sentiment de perdre des journées entières parce que nous avons posé le mauvais pied au lever ce matin. Fini la déconne, deux heures de malchance, c’est déjà bien assez, changeons les choses. Ou faisons-en au moins de bonnes histoires.
  • Qu’on lâche un peu nos téléphones, nos ordinateurs, pour regarder nos proches dans le fond des yeux et pas seulement depuis l’écran d’un ordinateur. Observer le dernier fou-rire du bébé sur notre téléphone alors qu’il gazouille à nos côtés, c’est ridicule et ça suffit. Mais retrouvons-les quand il s’agit de prendre des nouvelles. N’attendons pas que les autres le fassent. Combien d’amitiés se lassent à force d’attendre le premier pas de l’autre?
  • Et surtout qu’on sautille, qu’on esquisse quelques pas de deux et un entrechat, qu’on accepte de jouer à la marelle au milieu du parking, et à chat sur les bancs du parc. Qu’on montre à nos enfants ce que c’est que le bonheur. Qu’il ne faut pas faire que l’attendre, qu’il faut le créer. Parce que c’est bien d’avouer parfois à ses enfants que papa est triste et maman fatiguée, mais que c’est chouette aussi de leur expliquer qu’on peut embrasser la vie, les bras et les yeux grands ouverts.

Que 2016 soit belle.

-Lexie Swing-

PS Si j’en crois le bruit que fait la petite mandarine, 2016 sera surtout baveuse. Bien à vous ;)

On a adopté Culiniste

Miss Swing aux commandes./ Photo DR Lexie Swing

Miss Swing aux commandes./ Photo DR Lexie Swing

Culiniste, c’est le gars qui te prépare ton épicerie et te dit quoi en faire. En gros. Sauf qu’ils sont probablement plusieurs gars. Et filles. Et que c’est un peu plus fancy que ça.

Il y a quelques mois, mes blogs québécois préférés se relayaient pour annoncer la bonne nouvelle : une nouvelle tendance venait de voir le jour, celle de proposer à messieurs-dames tout le monde de devenir d’excellents cuisiniers d’un jour, à domicile, dans sa propre cuisine. Grâce à mon amie A., j’ai bénéficié d’une offre pour tester l’un d’entre eux : Culiniste. J’aurais pu vous en parler d’entrée de jeu. Donner ma première impression. J’ai voulu faire un peu plus que ça : vous annoncer que ça y’est, nous étions conquis! Car nous avons déjà commandé de nouveau, par deux fois. C’est une preuve non?

Comment ça marche?

Carton, ouvre toi!/ Photo DR Lexie Swing

Carton, ouvre toi!/ Photo DR Lexie Swing

Culiniste, pour notre famille, c’est trois repas pour deux-trois personnes par semaine, pour 59 dollars. La livraison se fait le mardi, directement sur notre perron. Les aliments sont emballés par recette, avec un sac particulier pour les viandes et poissons, dans un grand carton réfrigéré prévu pour conserver ainsi les produits pendant 24h. Ceci dit, avec le temps qu’il fait depuis lundi, un trou dans le jardin aurait suffi.

Chaque semaine, avant le mercredi, un choix de six recettes est proposé sur le site. Trois sont présélectionnées, en fonction du profil que vous aurez enregistré au moment de votre inscription (viande, poisson, végétarien, envie de tester des recettes exotiques, etc.). Mais vous pouvez les changer comme bon vous semble.

Attention, il faut penser à « sauter la semaine » si vous ne souhaitez pas en bénéficier, sinon vous serez prélevés et recevrez les trois repas présélectionnés.

Chacune des recettes est présentée sur une fiche de papier cartonné, avec les étapes à suivre et des photos pour les accompagner. Il n’y a plus qu’à retrousser ses manches et à s’y mettre.

Saumon grillé, nouilles ramen et soupe miso./ Photo DR Lexie Swing

Saumon grillé, nouilles ramen et soupe miso./ Photo DR Lexie Swing

Est-ce que c’est cool?

C’est awesome! Si le carton arrive suffisamment tôt le mardi, on remonte nos manches et c’est parti! Miss Swing sort méticuleusement chaque ingrédient tandis que son père et moi découpons. Elle a le droit de mélanger et d’ajouter les épices. Une vraie team!

On aime particulièrement le fait que chaque ingrédient soit dans une quantité précise, tout comme les épices ou encore les crèmes. Aucune perte! Autre point intéressant : on a pu tester quelques recettes d’ailleurs, qui nécessitent des ingrédients que l’on trouve parfois difficilement. Pas de gros sac d’épices que l’on ne réutilisera pas, pas de temps perdu à arpenter Montréal à la recherche de l’ingrédient magique : il est dans le carton, dans son mini-sac, pesé au gramme près.

Depuis qu’on utilise Culiniste, je me rends compte que notre façon de cuisinier a un peu évolué. On pense au fond de viande pour faire une sauce, on réutilise la même poêle entre nos préparations pour un même plat, on met plus d’échalotes et d’oignons, et aussi plus de moutarde. On a découvert des aliments, ou de nouvelles façons de les préparer, et on refait maintenant certaines des recettes qui nous ont vraiment plu.

Des points négatifs?

Il n’est pas noté l’origine des produits sur les contenants. Je voulais leur poser la question mais j’oublie à chaque fois. Est-ce de la viande issue de l’élevage du coin ou est-elle importée d’ailleurs? J’avoue que j’aimerais savoir. En tout cas, les produits sont frais.

Autre petit défaut : selon le secteur où l’on se trouve, le livreur (mais cela ne dépend pas de Culiniste en vérité) ne peut passer qu’en toute fin d’après-midi. Pas facile de préparer une des recettes le soir même lorsque le carton est livré à 18h30.

Le principe du site fait que, si l’on oublie de « sauter la semaine », il n’est plus possible de faire marche arrière et les recettes sont alors livrées, et notre compte débité. Parfois, cela tombe bien. D’autres fois, les recettes qui débarquent ainsi ne sont pas du tout à notre palais et tendent à nous dégoûter un peu du système (mais c’est le jeu ma pauvre Lucette!).

Dans l’ensemble, sur trois commandes, nous avons été conquis! A tester donc…

-Lexie Swing-

La Saint B.

 

Bonne fête./ Photo Rendezvousenfrançais

Bonne fête./ Photo Rendezvousenfrançais

En janvier, nous fêtons la Saint B. Nous disons donc « bonne fête », à ne pas confondre avec le « bonne fête » québécois, qui correspond au « joyeux anniversaire » français. L’occasion de vivre quelques quiproquos. Avec la concernée, déjà :

« Ce sera l’anniversaire de Talou (sa grand-mère).

– Elle aura des cadeaux?

– Oui.

– J’aurais des cadeaux?

– En fait oui, parce que ce jour-là c’est aussi ta fête. Enfin pas ta fête « ta fête ». Ta fête parce qu’on célèbre les B. ce jour-là.

– Ah… Je vais souffler des bougies?

– Non parce que ce n’est pas ton anniversaire, c’est ta fête. La Saint B. A la Saint B. on ne souffle pas de bougies.

– Mais pour ma fête je pourrais?

J’ai cherché un peu, et je n’ai pas l’impression que les saints soient fêtés au Québec, peut-être à cause du rejet de l’Eglise depuis la Révolution Tranquille des années 60. Sans doute aussi à cause de la grande diversité culturelle et religieuse du pays, et de la Province en particulier. La Saint B. entraîne alors quelques questionnements. Comme auprès des éducatrices…

« Elle risque de parler de sa fête aujourd’hui…

– Ah bon? (Jetant un oeil au calendrier des anniversaires.) Ce n’est pas en février?

– Si mais aujourd’hui c’est la Saint B.

– Ah? Je ne savais pas. Vous faites ça en France?

– Oui, enfin non. Enfin pas tout le monde. C’est catholique en fait. Nous on est pas catholiques mais on fête les fêtes. C’est … de famille! (Ouf, j’ai trouvé une explication). On fait ça dans notre famille depuis longtemps.

– Donc aujourd’hui on fête la Saint B.

– En fait pas vraiment, on fête les Guillaume.

– …

– C’est que B., c’est tirée de Guillaume.

– … ?!?!

– Guillaume c’est Wilhelm en allemand. Sa version féminine est Wilhelmina, et B. c’est le diminutif de Wilhelmina.

– Elle s’appelle Wilhelmina en vrai?

– Euh… Non.

 

Moralité, désormais je réponds : ça n’existait pas, il nous fallait un jour, on a pris celui-là. Dans ma famille, on offre un petit cadeau pour fêter son saint, et on fait un repas spécial, à tout le moins un dessert. C’est comme un anniversaire, en plus petit. Ou comme une fête, en plus petit. C’est une petite fête, en fait…

Et vous, les fêtez-vous, les saints?

-Lexie Swing-

 

PS C’est vraiment tiré de Wilhelmina.

Le Noël des expatriés

Le cadeau de Noël de l'éducatrice./ Photo DR Lexie Swing

Le cadeau de Noël de l’éducatrice./ Photo DR Lexie Swing

Quand on est expatrié, il y a – grosso modo – trois façons de fêter Noël. La première, très courue, consiste à rentrer en France. Heureux possesseurs d’un billet hors de prix, nous nous engouffrons dans un avion vêtus de nos manteaux prévus pour affronter -30° qu’il nous faudra quitter dès le pied posé sur le sol français. S’enchaînent alors dix jours, voire deux semaines pour les plus chanceux, d’un marathon intense où l’on se relève à peine les fesses posées sur un canapé. Ce sont les Fêtes du pire et du meilleur. Toute la famille est réunie, on a la chance de croiser Mamie Berthe en dehors de sa maison de retraite et les amis éparpillés en France et dans le monde sont tous revenus passer Noël « au pays ». Mais ce sont des vacances sans repos, des vacances où il est impossible d’accorder plus d’une heure de temps à quelqu’un, des vacances où l’on avale les kilomètres autant que les chocolats et le gratin dauphinois. Des vacances qui ne sont pas des vacances. Juste des retrouvailles éphémères.

Il y a la version « la France vient chez moi ». Alors on file chercher à l’aéroport nos familles englouties jusqu’aux yeux sous des vêtements de ski dernier cri. On leur avait promis un Noël blanc mais voilà que l’herbe renaît sous leurs pas. Ou alors on leur parlait des températures clémentes et leur avion se pose sur un mètre trente de neige. Environ. Pas de demi-mesure. Ils sont ravis. Nous aussi. Ils ont apporté du foie gras dans leurs bagages, même si personne n’est bien sûr que c’est légal. On en profite pour passer quelques jours « au chalet », tout en déplorant l’absence du reste de la famille. On s’inquiète un peu de l’arrière-grand-mère qui ne sortira guère de sa résidence pour les Fêtes, des frères et soeurs qui ne verront pas nos parents pour le 25. Mais on en profite. On est un peu égoïstes.

Et puis la dernière possibilité, en dehors de rester entre-soi, c’est de retrouver son autre famille. La canadienne. Celle que l’on s’est construite, à coups de rencontres entre blogueurs, ou entre forumeurs. Grâce au travail, grâce au sport, grâce aux enfants. Une grande famille d’expats, qui se serre toujours les coudes. On mélange nos traditions, on réinvente la culture des Fêtes. On apporte un peu d’ici, et beaucoup d’ailleurs. On se comprend. On est pareil. On est de partout. On est de France, souvent. On ne se serait jamais rencontrés en France. On se serait croisés au détour d’un ciné. Et ignorés. Ici, on est amis. On est ensemble. On est une famille. Demain soir, je retrouve ma famille. L’autre. Et j’ai hâte de même.

Où que vous soyez, avec vos parents, vos frères et soeurs, avec Mamie Berthe, avec vos voisins, avec vos collègues ou avec vos amis. Que vous soyez bien ou mal accompagné… Passez de belles fêtes, soyez heureux, profitez-en. Même si c’est trop, même si vous courez, même si ce n’est pas exactement comme vous l’aviez imaginé… Avec une guirlande de Noël, on peut illuminer tout un monde. Demander à un enfant qui traîne par là, il vous le dira…

Et à bientôt…

-Lexie Swing-