Tout ce qu’il fait pour nous

Pause coca./ Photo DR Lexie Swing

Pause coca./ Photo DR Lexie Swing

Cela fait des nuits qu’il n’a pas dormi plus de six heures. Il y a les chambres à préparer, la voiture à changer, les affaires à acheter. Chaque soir, sitôt rentré du boulot, il se change et soupire un instant devant l’ampleur de la tâche. Et puis il se lance. Le pinceau glisse sur les murs, la membrane s’ajuste sous les pieds et le plancher de vinyle s’emboîte religieusement, lame par lame. Entre deux étapes, il vide et nettoie la piscine, appelle le concessionnaire ou l’assurance, rembourse nos prêts, vérifie des prix sur Internet.

De temps en temps il s’arrête, replace une barrette sur la tête de sa fille, l’enjoint à l’aider pour vider une pièce, lui verse un verre d’eau ou lui sert un goûter. Il se désole souvent des repas qu’il ne prépare plus, du linge qu’il n’a pas le temps de ranger, ou des jeux qu’il n’a pas pu partager.

Chaque soir, il recommence. « Je veux aller vite, pour qu’ensuite tu n’aies plus rien à faire ». Seul compte pour lui l’objectif numéro 1 : me délivrer du peu de tâches qui m’incombent désormais mais pèsent lourd sur mes épaules à 9 mois de grossesse. Des nuits qu’il n’a pas dormi, mais il continue vaillamment. Me remerciant trois fois chaque fois que je l’aide à pousser une planche, m’assurant que je lui suis d’une aide très précieuse tandis que je découpe des morceaux de scotch assise sur un petit banc au milieu de la chambre. S’arrêtant chaque fois pour m’aider à me relever ou masser mes jambes endolories dans lesquelles le sang peine désormais à circuler.

« Je ne peux rien faire en ce moment, se plaint-il parfois. Pas de jeux avec notre aînée, pas de câlins avec la petite… » Mais le coeur qu’il met dans leurs 10m2 respectifs, la minutie avec laquelle il fixe chaque lame, et chaque plinthe, vaut bien plus que l’or du monde. Il vaudra bientôt leurs sourires.

-Lexie Swing-

A deux doigts de la délivrance

 Nine Months pregnant./ Photo Shelly Provost

Nine Months pregnant./ Photo Shelly Provost

Comme pour ma première fille, je fais partie d’un groupe en ligne de mamansduesaumoisdaout. Nombre d’entre elles sont nullipares et je me sens l’âme d’une doyenne (et d’une femme d’expérience, oui oui). Comme je suis « due » pour la fin du mois, la plupart ont déjà dépassé les 37 sa et espèrent donc avec un intérêt qu’on comprendra que la délivrance arrive un peu plus tôt que 41 sa.

Et c’est là où les gynécos ou autres entrent en compte. Depuis plusieurs semaines, ça se déchaîne :

« Il m’a dit que c’était pour bientôt, à voir comme le bébé était bas »

« Col ouvert à deux, il me donne une semaine au max »

« Col raccourci, ça travaille, qu’il dit »

J’en passe et des meilleures. Je ne sais pas pourquoi les gynécos s’escriment à donner des pronostics quand ils n’ont à peu près aucune certitude, et pas le moindre début de soupçon, du moment où le bébé arrivera. Ma science personnelle n’est guère exacte mais elle a le mérite de recouper des dizaines de sources. A ce jour je connais plus de filles à qui on a dit qu’elles allaient accoucher dans les jours qui venaient et qui ont vu passer 4 semaines avant d’être délivrées, que de filles pour qui le gynéco a jugé bon de se taire. Et ça m’agace. Ça m’agace que les médecins donnent ainsi de faux espoirs à des femmes enceintes de leur premier qui rêvent de le rencontrer et voient passer les semaines avec le désespoir que l’on peut connaître dans ces cas-là.

J’ai des amies qui ont été alitées toute leur grossesse et qui ont dû être déclenchées. J’ai d’autres amies dont le col était raccourci au 6e mois et qui n’ont pas accouché avant 40 sa. J’en connais plusieurs, aussi, dont le col était fermé à double tour, et qui accouchaient le surlendemain en quelques heures à peine. Il n’y a pas de science exacte en la matière, et le mécanisme du pourquoi l’accouchement intervient à ce moment-là reste encore inexpliqué aujourd’hui.

Si les spécialistes de la maternité pouvaient cesser de parier sur leurs patientes comme on mise sur des chevaux, ce serait un joli pas. Une grossesse dure jusqu’à 9 mois. Pour les probabilités, on repassera.

-Lexie Swing-

Avoir 15 ans

15 ans./ Photo Psychologies.com

15 ans./ Photo Psychologies.com

Il y a quelque temps, une journaliste du magazine Châtelaine s’est prêtée au jeu des aveux en rédigeant une « lettre à celle qu’elle était à 15 ans ». Des lectrices ont répondu en faisant de même. S’est ensuivi un joyeux débordement ponctué d’amourettes, de beuveries avec les chums, mais aussi, et plus souvent qu’à leur tour, de pertes d’êtres chers, de dépression, de fugue, de violence. Avec toujours, au bout, un message :  » Tu es ensuquée dans des sables mouvants et tu en as pour quelques années à te débattre en diable, mais tu verras, un jour, tout sera différent ».

J’ai lu ces témoignages alors que quelques heures auparavant j’avais croisé un ado, yeux à terre, mains serrées dans ses poches, dos au mur, à moitié enfoui dans un recoin des souterrains commerciaux qui grouillent sous le centre-ville de Montréal. Je me suis demandée qui il deviendrait, et si un jour il sourirait à son reflet, indulgent, en prenant la mesure du chemin parcouru.

Si je croisais celle que j’ai été il y a 14 ans, je lui dirais…

– Qu’elle n’a pas changé. On lui donne 16 ans maintenant, on lui en donne 20 quatorze ans plus tard. Le temps n’a pas de prise sur ses joues d’adolescente.

– Qu’elle devrait apprendre. Et cesser de se tourner les pouces en se disant que suffisamment est acquis. Que l’histoire et le français sont des domaines passionnants, et que tout ce qui n’est pas appris aujourd’hui seront des lacunes demain. Des lacunes difficiles à combler.

– Qu’un jour elle vivra de l’autre côté de l’Atlantique. Sans envie de retour.

– Qu’un jour proche elle ne fera plus attention à son tour de taille. Ou de cuisse. Qu’elle n’aura plus jamais de crises de larmes dans un magasin de vêtements bon marché. Que les 8 kilos pris en quelques mois fonderont, qu’elle fera 51 kilos un matin de terminale. Puis 53 de nouveau. Sans s’en soucier.

– Que ses amis d’aujourd’hui ne seront pas forcément ceux de demain. Mais que les exceptions qui confirmeront cette règle feront de ces amitiés des coeurs tagués au feutre indélébile.

– Qu’elle est forte. Très. Qu’elle affrontera des montagnes, sans jamais se plaindre, sans jamais cesser d’espérer. Mais qu’elle sera insupportable pour le moindre ongle incarné.

– Que porter une jupe de skate et des « Globe », c’est moche. Que laisser voir son string, c’est moche. Que porter un haut moulant et un baggy, oui c’est sexy (si si je le pense encore!).

– Que ce gars-là, assis en face au premier jour de classe, sera un jour le père de ses enfants. L’aînée aura ses yeux à lui et son nez à elle. La deuxième est encore une surprise. Quoique non, ça… je lui laisse le découvrir!

Et vous, que diriez-vous au vous de vos 15 ans?

-Lexie Swing-

On a testé le baby-gym des Parcours Karibou

Le Tour du Monde de Karibou./

Le Tour du Monde de Karibou./

Avant d’avoir des enfants, bon ok un-enfant-presque-deux, je ne comprenais pas les parents qui inscrivaient leurs tout-petits encore en couches à des activités para-garderie (c’est comme para-scolaire mais quand t’as pas encore de dents). Je veux dire… Ne pouvait-on pas laisser ces bébés vivre leur vie plutôt que de chercher à en faire des as de la compétition avant même leurs premiers pas?

Mais quand Miss Swing a eu 8 mois, nous avons eu envie de tenter l’aventure des bébés nageurs. Une superbe idée (je souligne parce que c’est pas toujours le cas!!). Elle s’est révélée être un bébé très intéressé par l’eau et la nage, dégourdi et désireux d’apprendre toujours plus. Une session, deux sessions, trois sessions. Nous déménageons à Saint-Bruno et c’est l’hiver. L’eau à moins de 35 degrés est une plaie pour moi et Mr Swing n’est que moyennement motivé à aller se baigner par -30 degrés. Nous parcourons donc la liste des activités municipales pour tout-petits et arrêtons notre choix sur « les parcours Karibou ».

Mon amie Aurore a testé et validé pour nous, il n’y a plus qu’à s’inscrire! A ce stade, nous sommes confiants mais pas trop : si Miss Swing est une intello de la première heure et un vrai poisson dans l’eau, il n’en va pas de même pour la motricité. Des petits parcours avec escalade, tunnel, slalom ou obstacles ont-ils de quoi lui plaire ? Pas si sûr.

C’était bien mal connaître son enfant… Miss Swing a A-DO-RE Karibou. Elle en parlait tous les jours, trépignant pour que dimanche arrive plus vite. Et les premières fois, elle était impossible à canaliser. Voulant tout essayer, elle rebondissait sur les matelas, escaladait la glissade avant de courir entre les obstacles, le souffle rapide mais le coeur vaillant.

Chaque cours se déroulait comme suit : un accueil enthousiaste, l’hymne chanté assis en rond à grands renforts de maracas, puis une explication du parcours. Selon les semaines, il s’articulait autour de différents exercices, consistant généralement à grimper, descendre, sauter, marcher sur des plots éloignés, marquer des paniers ou des buts, etc. Certains dimanches, un jeu gonflable était même installé (et pour mon malheur, j’avais la taille requise pour entrer dedans). La séance se terminait par le choix d’un collant (une bien mauvaise idée quand on connaît Miss Swing et son indécision chronique, j’admire cependant les animatrices qui sont toujours restées parfaitement calmes, même quand ma fille reposait pour la 32e fois le collant qu’on lui tendait en disant « Non, pas celui là »).

L’autre aspect positif, c’est qu’il y a eu un avant et un après Karibou. De petite fille assez gauche, Miss Swing est devenue une enfant dégourdie désireuse d’escalader le moindre support. Elle monte dans des glissades qui font frémir son père (parce qu’il doit la suivre) et le mur d’escalade du parc de jeu est devenu son objectif numéro 1. Elle ne court toujours pas très bien, mais Karibou nous a révélé un enfant plein d’énergie et sans peur. Les animatrices, visiblement bien formées, ont d’ailleurs su parfaitement l’analyser : « Elle ne se précipite jamais, elle observe, elle analyse, elle comprend, elle passe à l’acte et elle ne rate pas son coup ». Une nouvelle facette pour notre toute-petite.

-Lexie Swing-

Le Tour du Monde de Karibou se déplace dans différentes villes et quartiers. A découvrir ici.

Propre de nuit

Potty training./ Photo Tim Johnson

Potty training./ Photo Tim Johnson

Quand je sors du bain et que j’explique à Miss Swing que « je suis propre », elle me répond invariablement : « Ah tu ne portes plus de couches toi non plus? »

Parce que voilà, c’est officiel : Miss Swing ne porte plus de couches, ni le jour… ni la nuit! Nous aurons mis six bons mois entre les deux étapes mais les super-couches maxi absorbantes spéciales pipi de nuit sont désormais supprimées.

Les choses avaient été aisées : sur le pot vers 16 mois, arrêt définitif des couches de jour à 20 mois et propreté réelle (plus aucun accident à déplorer) à l’aube des 21 mois. Ceci étant fait, nous nous sentions nettement moins pressés pour la suite. Difficile de faire jouer la volonté de l’enfant ou sa capacité à reconnaître l’envie de faire pipi lorsqu’il est profondément endormi. Et puis la grossesse est arrivée, et ma propre envie de changer un lit entier à 2 heures du matin a considérablement terni ma motivation.

Quand j’ai demandé à ma copine S. à quel moment elle avait enlevé les couches de nuit de son aînée, elle m’a répondu qu’elle avait été « un peu flemmarde » et avait attendu « environ un mois de couches sèches au réveil » avant de les enlever. La flemme… ça me connaît en ce moment. J’ai fait mien son principe. Un soir, après les courses, j’ai prévenu : « voilà chérie, il y a 30 couches dans ce paquet neuf. 30 couches, c’est 30 dodos. Si tu fais 30 dodos au sec, plus de couches ». Elle a dit oui oui, moi pas dodo maman, et elle est partie en courant, toute nue dans la cuisine, comme tous les soirs.

Un paquet plus tard, à l’aube du week-end, nous avons supprimé les couches… avec succès. Un accident le mois précédent du type « elle vient de demander à faire un pipi à minuit, on va pas lui remettre de couche, elle va pas faire deux fois dans la même nuit » m’a appris quelques trucs. Si j’avais trois conseils techniques à donner, ce serait :

– Mettez une deuxième alèse par dessus le drap. En cas d’accident, vous n’aurez qu’à enlever celle-ci pour retrouver un lit propre, et pas à vous battre avec un drap-housse, une alèse, une autre alèse à remettre à la place de la première, un drap-housse, etc…

– Dans la même idée, enfilez un pyjama couvrant à votre apprenti enfant propre et laissez de côté la couverture ou la couette. Réduisez aussi le nombre des peluches. Devoir les sentir une à une à deux heures du matin pour savoir lesquelles ont été atteintes par le pipi et lesquelles ont eu la vie sauve n’a rien d’une affaire rigolote.

– Réduisez l’eau avant le coucher. Le canicule en France et les températures attendues au Québec cette semaine nous poussent plutôt à boire beaucoup mais privilégiez une excellente hydratation la journée et réduisez l’eau après le souper. Ou mieux : attendez la fin de la chaleur pour enlever les couches.

Et puis racontez-moi, ça s’est passé comment chez vous, la propreté ?

-Lexie Swing-

Il partait vers le Nord

Pointe Rouge./ Photo Marcovdz

Pointe Rouge./ Photo Marcovdz

Nous marchons au même pas. Ça lui est venu sur un coup de tête, sur un coup de grâce. Quand elle est partie, encore une fois. C’était la troisième, ou la cinquième, je ne sais plus.  Elle a déposé ses valises dans l’entrée, lui a dit que ça ne pouvait plus durer. Il l’a regardée, le coeur plein de soupirs, se demandant si ce bal incessant cesserait un jour. Elle a refermé la porte.

Je ne sais pas si c’est le bois de la porte qui lui paraissait plus brillant dans le soleil du matin. Ou bien la manière dont la poignée, à cause du verrou mal enclenché, semblait un peu de guingois, un peu trop penchée. Mais il s’est dit que c’était lui, cette porte-là. Brillante avec le coeur de guingois. Il méritait mieux que ça.

Alors il est parti.

On s’est rencontré au bord de l’eau. Non loin de Marseille, dans une crique abritée, là où la mer vient lécher les galets au point de les rendre glissants et dangereux. Il a glissé. Il s’est mis à saigner. J’en avais sur moi. Il s’est excusé. M’a demandé de l’accompagner dans son périple.

Il partait vers le Nord, ou vers l’Ouest, il ne savait plus bien. Loin. C’était le mot qu’il prononçait sans cesse. Viens, partons loin.

Et nous voici sur les routes. Il y fait chaud. Tellement, que je crois me consumer. Je me sens brûlant. À travers ses vêtements, sa peau semble brûlante elle aussi. Ses doigts, tout contre moi, abandonnent leur saveur de sel à travers de la sueur qui pourrait tout aussi bien être des larmes tant sa tristesse est palpable.

Il parle sans discontinuer. Je jurerais qu’il s’adresse à moi, même si je crois bien qu’il parle tout seul. Sa voix a adopté un ton monocorde, ponctué par de rares exclamations de rage. Mais tandis que la journée avance, les points d’exclamation s’échappent, bientôt remplacés par des points de suspension.

« C’était la dernière fois! La porte est close! Je mérite mieux que son mépris, mieux que ses aller-retours incessants… »

Ce qui n’était que la voix du coeur devient peu à peu celle de la raison. Malgré la fatigue, son pas semble alors plus appuyé, sa démarche plus sûre. Je ne pourrais en jurer, mais je crois bien que son corps se redresse à mesure qu’il prend conscience de sa toute nouvelle force, et de son indépendance retrouvée.

« Je vais partir m’installer en campagne, dans l’arrière-pays. Avec quelques grillons et l’odeur étourdissante de la lavande fraîchement cueillie… »

Il rêve à voix haute à présent. Inconscient du jour qui s’achève et de la lumière qui décline à l’horizon.

Soudain, ses pas s’arrêtent. Nous sommes face à la mer. Avons-nous fait une boucle ? Je crois reconnaître la crique d’où nous sommes partis. Il s’assied. Contemple, apaisé, l’eau que remue à peine quelques bribes de vent venues de l’Ouest.

« C’est un nouveau départ », jure-t-il, avant de se laisser aller dans une vague prière destiné au Dieu de la mer et de la destinée des âmes blessées. Il improvise, indifférent au ridicule, définitivement prêt à recommencer une vie meilleure.

Et puis il lève la main. « Merci de m’avoir accompagné, murmure-t-il. Nos chemins se séparent ici. » Et dans un long mouvement du bras, geste précis censé lui porter chance, il me jette dans la mer limpide. J’y fais trois ricochets. Je l’entends s’exclamer. Je l’entends s’applaudir.

Et tandis qu’il conjure son mauvais sort, je sombre sous la surface. Rejoignant mes pairs. D’autres galets ronds et lisses, dangereux et glissants. Seules me distinguent les gouttes de sang qui brillent à ma surface et qui, à la faveur de ma porosité, ont déjà atteint mon coeur de pierre.

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Ce texte a été écrit pour les un an des « Jolies Plumes ». Le thème était « Quête d’identité – Votre personnage va vivre une expérience qui va révéler un aspect de sa personnalité, de son identité qu’il ne connaissait pas lui-même. Quelle est cette expérience ? La vivra-t-il seul, accompagné ? Que va-t-elle changer dans sa vie ? A vous de nous raconter ! »

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Les autres participants : Virée dans l’espace – Hello it’s Alexandra – Goldfish Gang Blog – Fil culturel – Ronde2nuit –  L’atmosphérique Marie Kléber – et beaucoup d’autres à venir!

 

Française de l’étranger

Un pont entre deux mondes./ Photo MFE

Un pont entre deux mondes./ Photo MFE

Mon amie J. est de retour en France après 6 mois passés sur notre continent. Son retour s’est fait avec l’apprentissage des différences culturelles auxquelles on échappe rarement lorsque l’on passe un certain temps dans un autre pays. Du bon et du mauvais. Elle en fait le constat ici.

C’est le lot de tout Français de l’étranger que de comparer à un moment ou un autre ce qu’il a connu et ce qu’il a découvert, son passé et son quotidien, son éducation et celle qu’il délivre désormais à ses enfants sur un sol différent. Avec le temps, on n’oublie de comparer. Parce que le présent prend le pas. On se met alors à évoquer la géographie et la politique d’un pays nouveau, à débattre de la dernière mesure gouvernementale d’un premier ministre qui est désormais le nôtre ou à trépigner devant l’offre démesurée des festivals d’été de ce qui est devenu « notre » ville. Se mêlent des bribes d’information venues de ce pays dans lequel on a grandi et qui nous a donné la nationalité que nous portons ici avec plus ou moins de fierté.

Lorsqu’on demande aux Français de l’étranger, immigrés canadiens, pourquoi ils ont quitté leur patrie, tous ne sont pas critiques envers ce qui fut leur pays. Ils évoquent plutôt l’envie de découvrir autre chose, la perspective d’aborder un nouveau continent, la richesse d’une culture différente. Ils sourient aussi, l’air incertain : « Peut-être que nous rentrerons un jour ». Parce que c’est vrai. Parce que nous n’avons pas toujours le choix. Parce que les envies changent. Parce que certains sont partis sans s’interroger sur le caractère définitif de leur choix et qu’ils n’ont jamais exclu de revenir. Parce que tous se refusent à fermer la porte, au cas où la vie les prendrait de court. Parce qu’ils refusent d’essuyer un sentiment d’échec.

Je suis Française. De nationalité, de racines, d’origines. De souvenirs. De famille. Mais pas de patrie. Je ne me sens d’aucune patrie. Je refuse de faire partie d’un tout, sauf s’il englobe le monde. Je suis partie parce que je voulais découvrir autre chose. Je suis partie parce que je ne supportais plus la France. Et c’est ma propre vérité. Je refuse de caresser le dos du pays qui m’a vu naître pour lui planter un couteau ensuite. Je suis partie parce que je ne supportais plus le manque de perspectives, parce que je ne voulais plus de l’obscurantisme, parce que l’esprit français m’engloutissait peu à peu dans sa morosité latente. Parce qu’à l’aube de mon départ, les manifs anti et pro mariage pour tous, la haine visible, le rejet de l’autre palpable, m’ont mis le coup de grâce.

Être Français, ce n’est pas pour moi être un râleur, un profiteur, un égoïste qui oublie de lever le nez pour se préoccuper des autres. C’est avoir des souvenirs communs, des concordances. Pouvoir répéter en coeur « But, where is Brian? » et se moquer de nos pauvres cours d’anglais dont le niveau fait sourire le monde entier. Rire du Club Dorothée et se demander ce qu’est devenue Justine de Premier Baiser. Critiquer Paris. Oublier qui est le premier ministre. Savoir que nos destinations soleil pas chères, c’était l’Italie, l’Espagne ou le Maghreb, plutôt que Cuba, le Mexique ou la Floride. Louer la proximité que nous avions de l’Europe, toute l’Europe, des pays merveilleux et différents à un jet d’avion à petit prix.

J’aime mon histoire. Je chéris mes souvenirs. Je ne regrette pas la France. Ce n’est pas ma patrie. Je reviendrais pour ma famille. Je ferais le trajet pour mes amis. Le reste est avec moi, en chacune des personnes que je rencontre et qui a les mêmes racines géographiques. Dans la langue que nous partageons et qui est, par la richesse de son vocabulaire, l’une des plus belles au monde. Dans nos lieux communs. Dans nos anecdotes. Et nous sommes capables de les partager sur n’importe quel continent, faisant fi du concept de nationalité, à cheval entre plusieurs mondes. Apatrides, mais tellement libres…

-Lexie Swing-

 

La Saint-Jean à Saint-Bruno

Dévaler la colline dans un ballon./ Photo DR Lexie Swing

Dévaler la colline dans un ballon./ Photo DR Lexie Swing

Quand nous étions plus jeunes avec Mr Swing, et surtout nullipares, nous fréquentions peu les événements et fêtes de village. Rencontrer des voisins, aller « jouer aux boules », faire la conversation… Tout cela importait peu aux antisociaux que nous étions :) Notre toute-petite a définitivement changé cette perspective. Plus elle grandit, plus l’envie grandit avec elle de lui faire découvrir les choses autour de nous.

C’est ainsi qu’hier, j’ai arrimé l’enfant dans sa poussette pour l’entraîner jusqu’à la fête du village. Malgré toute ma bonne volonté, le principe de fête du village sonne inévitablement ringard (ou quétaine, selon d’où l’on vient) à mes oreilles. Je m’attendais donc à quelques tristes jeux, noirs de monde et dispendieux. Mais j’étais résolue à aller voir malgré tout (et à occuper un enfant de 28 mois un après-midi de jour férié).

Bien m’en a pris! Nous avons été accueillis par un petit stand, tenu par des étudiants, qui gonflaient à mesure que les enfants se présentaient des ballons aux couleurs de la fête. J’ai instinctivement levé le nez vers le ciel pour voir combien avaient déjà été échappés, et fût curieuse de n’en découvrir aucun, au vu du nombre d’enfants au mètre carré. Et pour cause : les jeunes avaient conçu un ingénieux système de ficelle à attacher au bras de l’enfant (ou à la poussette!). Notre tour rapidement venu, un jeune homme s’est donc agenouillé vers Miss Swing pour lui prendre doucement le bras et y attacher la précieuse « balloune » bleue, tout en lui demandant comment elle allait et en l’enjoignant à passer un bon moment. La fête commençait bien!

Nous avons découvert une démonstration d’escrime, observé des enfants qui dévalaient des pentes, enfermés dans des immenses ballons. Nous avons dépassé la carriole tirée par un cheval, avant de rejoindre un parcours pour tout-petits, installé par « Karibou », un organisme de baby-gym présent un peu partout au Québec. Après avoir dévalé la glissade et testé les slaloms, sans être jamais gênée par un groupe d’enfants, Miss Swing s’est essayée au château gonflable, malheureusement sans succès (à réessayer l’an prochain :)).

Autour du lac./ Photo DR Lexie Swing

Autour du lac./ Photo DR Lexie Swing

Nous avons continué le tour du lac, agité la main pour faire coucou aux familles qui avaient loué des canots, puis rejoint la file du carrousel des poneys. Celle-ci a fermé avant que la miss ait pu grimper sur une petite selle. Mais son papa, arrivant sur ses entrefaites, en a profité pour remarquer que « les poneys semblaient bien traiter, d’ailleurs ils étaient abrités du soleil » (je l’ai bien éduqué hein? Devant ce genre d’activités il fait désormais comme moi : il vérifie que l’animal a de l’eau pas loin, qu’il ne semble pas fatigué et qu’il bosse dans d’apparentes bonnes conditions).

Nous avons terminé l’après-midi par une limonade, la seule chose pour laquelle nous ayons eu à débourser quelques dollars, toutes les activités étant complètement gratuites.

En attendant l’année prochaine, on lorgne déjà sur la Fête du Canada, le 1er juillet, et sur le cinéparc, qui commence le 3.

Et vous, qu’avez-vous fait pour la Saint-Jean ?

– Lexie Swing-

La deuxième grossesse

Fin de grossesse./ Photo Johan Lefort

Fin de grossesse./ Photo Johan Lefort

C’est ma deuxième grossesse. Peut-être bien la dernière. Dans notre esprit, c’est la dernière. Mais comme la vie et les envies sont parfois surprenantes, je laisse la question volontairement en suspens.

Vivre une grossesse est une chance incroyable, une première fois, un véritable rite initiatique : nausées, douleurs, lourdeurs diverses, mais aussi sensations incroyables et connues des femmes seules, celles de l’enfant qui bouge en dedans, frôlant de ses pieds la cage thoracique, grattant de ses doigts fins la hanche qui le gène. On est seule, et puis l’on devient deux. Un jour on redevient seule, et c’est de cette trop soudaine solitude que naît parfois la nostalgie de la grossesse qui fût.

Vivre une deuxième grossesse, pour peu qu’elle se passe bien, est un bonheur. Les sensations se renouvellent, le plaisir est toujours là, mais l’impatience est moindre. Pour ma première grossesse, je trépignais dès le 4e mois, pressée de connaître celle qui allait devenir ma fille – et dont j’ignorais d’ailleurs qu’elle était une fille. Je suis enceinte de 31 sa de ma deuxième fille – dont j’ai su dès le troisième mois qu’elle était une fille – et je profite de chaque instant passé avec elle. Elle est en moi, lovée dans mon ventre comme un chaton. S’agitant souvent comme un dragon. Avec toujours cette vigueur qui la caractérise (et me fait craindre le pire pour la suite!!!). Elle ne me fait pas mal comme sa soeur au même terme, qui s’étirait de pied en cap entre mon estomac et le col de l’utérus et rendait toute position hautement inconfortable. Selon la prof de yoga prénatal, les deuxièmes nés sont ainsi : profitant de la place déjà faite par leurs aînés, ils s’installent un peu plus bas, entre le sous-sol et le rez-de-chaussée, quitte à se tordre dans des positions incongrues et à repousser les limites ventrales par les côtés.

J’ai hâte de la connaître, mais elle n’est en rien un fardeau. Je vis sa présence comme une addition proéminente de moi-même; une addition rassurante qui navigue dans mes mers intérieures à n’importe quelle heure. La route n’est pas terminée, le chemin s’étale encore à perte de vue. Avec quelques collines difficiles à gravir, quelques passages caillouteux. Et un binôme de premier choix pour les franchir.

Et est-ce que pour vous aussi la deuxième grossesse a été différente?

-Lexie Swing-

Petite Française

Petite fille en robe jaune./ Photo Amanda Tipton

Petite fille en robe jaune./ Photo Amanda Tipton

Elle porte une robe jaune. Jaune soleil. Une robe d’été, ample et fluide, qui forme une corolle autour d’elle lorsqu’elle s’assoit par terre, jambes exagérément écartées, dans cet improbable grand écart dont seuls les tout-petits et quelques gymnastes sont encore capables.

Elle porte une robe jaune. Elle l’a sortie de son carton ce matin. Colis express. Venu de France. Made in Catimini. Ma maman la gâte, et elle le sait, répétant à l’envi « C’est Talou qui a envoyé la robe ».

Elle porte une robe jaune. Elle l’a enfilée seule, juste après avoir bataillé avec le bloomer assorti. Elle a aperçu ses jambes dans le miroir. A crié « Maman, je suis tout nue ». N’a pas semblé s’en préoccuper davantage. Même si, en bonne fille de sa mère, elle a couru réclamer de la crème solaire.

Elle porte une robe jaune. Et un chapeau de paille. Elle marche avec son papa vers l’épicerie. Une dame les arrête. « Elle est tellement jolie, tellement bien habillée, habillée comme une petite Française ». Ma petite Française et ses robes hors de prix.

Ne rien sacrifier au style. Assortir son chandail et son gilet. Sa robe et son bloomer. Prétexter qu’il fait chaud pour éviter les surcouches malvenues. Penser à la barrette de couleur pour réhausser la tenue. Comme une petite Française.

-Lexie Swing-