Je sors du week-end plus fatiguée que je n’y suis entrée. Tempête a jugé bon de se réveiller un peu près 5 fois (ressenti : 1000) dans la nuit de samedi à dimanche, faisant passer mon temps de sommeil espéré au temps de sommeil réel de 8h à 5h. Alors que je m’étais endormie à ses côtés, les jambes repliées (son lit est relativement large mais particulièrement court), sa grande soeur m’a soudainement appelée pour me préciser que la porte de sa chambre était fermée et qu’elle apprécierait que je la réouvre. J’en ai profité pour me recoucher dans un lit digne de ce nom – le mien. Il était 4h. J’aurais dû me douter que la soirée était mal engagée lorsque ma tentative d’épilation de la demi-jambe droite s’est soldée par un échec. Le combo cire + rasoir m’ayant fait perdre un (certes petit) morceau de peau, cela a pris les soins de mon conjoint, et son assurance – je lui ai fait promettre – que je n’allais pas me vider de mon sang durant la nuit, pour que je puisse enfin remarcher. Si j’avais su que j’aurais l’occasion de mettre mon pansement de fortune à l’épreuve quelques heures plus tard…
Humeur : consternée. Je ne suis pas certaine qu’une humeur puisse être consternée mais la consternation m’habite certainement. Nous profitons pleinement de ce huis clos en famille, nous n’avons jamais été aussi sereins, détendus et accomplis – familialement parlant- que ces jours-ci. Nos filles se sont davantage rapprochées, nos projets avancent, nos boulots respectifs nous laissent du temps, la belle saison arrive et nous autorise du temps en extérieur. Malgré tout, je suis consternée par le monde extérieur, cette impression d’immobilisme. J’ai eu vent toute la semaine des protocoles qui allaient être mis en place dans les écoles de ce monde dans les prochaines semaines et moins que la peur de la maladie, c’est la crainte d’un monde anxiogène qui me rattrape désormais. J’accepte volontiers de me plier à toutes les règles en place, à la distanciation, au lavage de mains à répétition de magasin en magasin, au port du masque pour protéger les autres. Découvrir que nos enfants devraient cohabiter en tout temps à X mètres les uns des autres, rester dans la même salle tout le long de la journée durant, qu’ils ne pourraient jouer qu’avec leurs propres jeux, et jamais ensemble, qu’ils n’auraient plus ni cours de musique, ni cours de sport, ni cours d’informatique, fut pour mon humeur une toute autre histoire, dont je peine, je crois, à me remettre.
Organisation : toujours bonne. Nous avions prévu cette semaine une « journée pédagogique », donc une journée de congé puisque j’avais moi-même congé. Je profiterai certainement des prochaines pour proposer quelque chose de spécial à mes filles, un peu à l’image des journées à thèmes de Deborah. Mais en attendant, nous en avons profité pour passer du temps dans le jardin, grâce à une météo particulièrement ensoleillée, et c’était déjà une bonne entrée en matière avec la belle saison.
Couple : uni. Je dois dire que l’on se sent chanceux de pouvoir compter l’un sur l’autre en cette période compliquée.
Point d’orgue : notre commande Décat’ est enfin arrivée, deux semaines après son avis d’expédition. Un panier de basket trône désormais dans notre cours, pour le plus grand plaisir des enfants. Nous y avons ajouté un hula-hoop et une corde à sauter, avons ressorti pour l’occasion les ballons de soccer et les frisbees. Tout pour s’occuper en attendant d’être déconfinés.
A la télé : on a fait découvrir à nos filles le dessin animé Pixar « Là-Haut » (Up). Elles étaient déjà très émues devant l’histoire accélérée du protagoniste et de sa femme. Sans surprise, j’ai enfanté des hypersensibles (comme moi).
Sous mes yeux : j’ai fait de la boulimie de lecture cette semaine, en commençant par J’aurais aimé être comme vous, d’Anne Bezon, suivi d’un autre Cecelia Ahern : How to fall in Love. J’ai terminé par un roman retrouvé dans ma bibliothèque et que je n’avais pas encore lu : Loin, d’Alexis Michalik (que j’ai adoré).
Vague à l’âme : tarifs exorbitants, fermetures des frontières… à l’heure du coronavirus, l’immigration prend tout son sens. On est celui qui est loin, et qui ne pourra pas passer « faire un coucou » lorsque le confinement sera terminé.
Point bonus : la météo de cette fin de semaine, qui apporte un peu de douceur à ces moments particuliers.
Les bonnes idées de la semaine : réduire sa consommation de l’actualité au strict minimum.
À l’aube de la semaine 8, nous avons déjà confirmé – via sondage – que notre fille aînée ne retournera pas à l’école le 19 mai. Du même fait, il est probable que sa soeur ne reprendra pas la garderie. Si l’ainée semble avoir adopté ce mode de vie un peu particulier, sa jeune soeur se plaint de plus en plus fréquemment de ne plus voir ses amis. Et si nous tâchons de lui promettre de faire notre possible pour qu’elle les retrouve avant de commencer la maternelle, l’incertitude quant à une date officielle de retour et, plus encore peut-être, l’inquiétude qui entoure les conditions dans lesquelles se feront ce retour, commencent à nous peser.
Je vous souhaite une belle 8ème semaine, puisse-t-elle nous apporter des réponses, des projets, ou quelques fou-rires, à tout le moins.
-Lexie Swing-
Six semaines d’écoulées. Mon chum se demandait justement combien de semaines nous avions déjà passées ainsi confinés… Deux de plus et nous aurons fait l’équivalent des grandes vacances. Si l’on m’avait dit un jour que je travaillerais à la maison, tout en faisant des leçons et en proposant des activités à mes enfants, le tout en restant principalement chez moi, durant deux mois (et plus), j’aurais ri. Le cauchemar s’est avéré réalité et finalement il n’était pas si pire que ça.
Cinquième semaine et ils sont encore 4! Personne n’a été éliminé! Les votes du public sont unanimes et nous sommes dus pour rester. Impossible de savoir combien de temps cela durera, c’est le jeu le plus long de l’histoire de la télé.
Je commence à me demander de combien de semaines sera fait ce journal… S’arrêtera-t-on à 9? À 11? Verra-t-on le soleil baigner les fenêtres d’une chaude lumière d’été sans possibilité de courir se rafraîchir au parc? Ma belle-mère pourra-t-elle venir passer quelques semaines chez nous en juillet? B. voyagera-t-elle vers la France? Mes parents seront-ils présents fin août pour la rentrée en maternelle de Tempête?
Je vous dirais bien ce que ça m’invoque, d’avoir 34 ans, mais la vérité est que ça ne transporte aucun élan. J’ignore si c’est la faute à la pluie, ou au confinement, à ce temps qui semble comme suspendu ou seulement à cet âge sans couleur, ni une moitié, ni un début. Un âge pair en plus, moi qui ait toujours préféré les autres, les 1 et 5 et 7.
Cette semaine-ci a été bien meilleure que la précédente, on sent qu’on commence à prendre le rythme. La patience va fluctuante – en témoigne notre retour précipité dans la maison en fin d’après-midi alors que je glissais à mon conjoint « je les rentre maintenant parce que je commence à avoir quelques pensées criminelles ». Notre sortie au jardin avait débuté sous les meilleurs auspices – un ciel bleu azur – mais c’était sans compter la Chouineuse, notre numéro 1, qui avait décidé que rien n’allait, ni le poids du ballon, ni le panier de basket improvisé, ni la boue du jardin (ils étaient, dans l’ordre, « trop lourd, trop facile, trop collante »). Après une remise aux ordres (« je compte jusqu’à 3, si tu te plains encore, tu rentres dans ta chambre et t’y passes l’après-midi » – l’éducation bienveillante à son meilleur), tout aurait pu s’arranger. Mais la Casse-Pieds, notre numéro 2, en avait décidé autrement. Elle a ainsi choisi de laisser libre-court à sa nature d’enquiquineuse en chef en volant le ballon de sa soeur, renversant le panier improvisé et s’étalant dans la boue. En résumé, « une douce après-midi de printemps », comme le décrirait une influenceuse sur Instagram. Et encore, je n’en ai que deux, des enfants. Les parents d’enfants nombreux devraient être sanctifiés…
Le confinement se poursuit. Même si ici, au Québec, il n’est toujours pas acté comme tel, mais plutôt comme une forte incitation à rester à son domicile. Les accès à de nombreux magasins sont devenus restrictifs, on se lave les mains à des lavabos temporaires à l’entrée des supermarchés et les caissiers sont désormais protégés par des parois en plexiglass. Le monde continue de tourner, lentement, mais sans certitude aucune quant au moment où la vie reprendra son cours normal.
Humeur : bonne. Miraculeusement bonne. Qui aurait crû que de ne plus être pris dans une course effrénée consistant à jeter ses enfants à l’école puis à courir jusqu’au boulot nous apporterait l’apaisement nécessaire. Hein? Qui l’aurait crû?
Toutes les familles ont des spécificités, et pas seulement dans leurs modèles – de plus en plus diversifiés aujourd’hui – mais aussi dans leurs goûts, leur quotidien, leurs façons de vivre. On peut avoir les moyens de se faire dorer la pilule tous les hivers à St-Barth, et préférer les road-trip dans l’ouest américain. On peut avoir de toutes petites économies, et les mettre toutes dans des sorties familiales au cinéma – parce qu’on adore ça. On peut aimer les beaux restaurants, ou préférer les sorties fast-food; ne jurer que par les musées, ou par les balades en pleine nature; faire des jeux de société tous les vendredis, ou se replier chacun dans sa chambre, pour savourer un peu de solitude.
Deux heures à perdre pour rentrer chez soi… c’est l’histoire d’une drôle d’aventure. Vendredi soir, au 3e jour à jongler avec l’absence de train, je me suis glissée dans la ligne de bus express recommandée par une amie. Partie tôt du bureau, je suis arrivée sur le fil, suffisamment en avance pour faire partie de la soixantaine de chanceux à embarquer. Décontraction musculaire et abandon de mes multiples sacs sur le sol du véhicule – le vendredi est de ces jours où la pression retombe comme un soufflé mal cuit.