Tout ce que j’ai oublié de te dire

./ Photo Klausdie

./ Photo Klausdie

Ce serait le titre parfait pour un roman (quoiqu’un peu long), pour une lettre d’adieu ou un mot de souvenir. Mais c’est autre chose. Ce sont les silences du quotidien, le téléphone auquel on ne répond pas car on est trop occupé. Ce sont les mots auxquels je pense alors qu’il est déjà couché. Ce sont les textos que je n’écris pas car cela me paraît trop long avant même d’avoir commencé. Ce sont les phrases laissées en suspens au milieu du souper parce que le bébé a jeté sa purée et que la grande en profite pour crier. Ces mots d’adulte, ces phrases de couple, ces idées folles, ces pensées fuyantes, ces liens internet que je lui transmets sans annotation. Ce sont ces envies, ces rêves mais surtout ces infos du quotidien que je lui confie parfois des jours après, à la faveur d’une promenade en voiture où nous sommes les seuls à résister au sommeil. Ces phrases, ce sont :
– Il faut acheter des couches
– T’as regardé les promos pour Cuba?
– T’en penses quoi de cette robe?
– J’ai lu un truc sur l’éducation bienveillante, sur le temps passé avec nos enfants, il faudrait faire un peu comme ça, mais pas complètement, je ne suis pas d’accord avec tout, je voudrais que tu me donnes ton avis.
– T’as vu pour les femmes en Russie?
– Il faut que j’arrive à sortir la blague sur Francesca.
– J’ai vu un gars hier, un monsieur âgé, il draguait une jeunette, 40 ans de moins au bas mot. Il m’aurait poussée pour se retrouver face à elle. Si je te jure. Elle avait 20 ans. Ben oui, dix de moins que moi…

Il y a des jours où les idées m’échappent, où je voulais lui dire que… et je ne me souviens déjà plus. Ma pensée me revient en pleine nuit, pendant une insomnie. Ou dans le bain, tandis que je clapote les oreilles à l’abri pour faire obstacle aux cris rageurs de notre fille chérie. Parfois j’ai envie de lui laisser des mots. Parfois, en plein milieu de la nuit, je commence des textos. Je les efface après. C’est un peu ridicule. Je lui dirai demain. Je lui dirai tout. Je ne lui dirai probablement rien, en fait. J’aurais oublié. B. nous appellera. E. tentera « papa? » debout contre les barreaux, l’œil larmoyant et le nez qui coule. On se tiendra à l’essentiel, comme on fait souvent.

Bonjour, je t’aime. Bonne journée, je t’aime. Bonne nuit, je t’aime. Je t’aime depuis longtemps, je t’aime pour toujours. Le reste, je te le dirai plus tard, à l’oreille, dans le train, sur une note glissée dans la cuisine, sur ton téléphone, par courriel, entre deux cris, au dessus de leurs têtes, dans une autre vie peut-être. Mais sache que je t’aime et que c’est la seule chose que je n’oublierai jamais de te dire.

-Lexie Swing-

 

Welcome to my mind

Mind./ Photo Devanath

Mind./ Photo Devanath

A la fin de chaque mois, aux alentours du 20, mon opérateur m’annonce d’un ton terriblement détaché (par texto, c’est dire à quel point il s’en fout) que je n’ai plus de mega et que je ne peux donc plus utiliser mon internet en dehors des bornes wifi, à moins de vouloir filer un rein pis la rate pour payer mon forfait.

Je suis donc contrainte à faire autre chose que traîner sur mon cellulaire à Googler des trucs improbables et mettre à jour mes courriels aux 5 secondes. Généralement, la fin du mois concorde avec mon oubli de reprendre des livres à la bibliothèque. Fait que… Je me retrouve à devoir regarder autour de moi et me distraire par moi-même. L’angoisse. Comment on fait déjà ?

Bon ça m’a pris un peu de temps mais j’ai fini par me rappeler. Il faut dire que j’ai une imagination débordante. Quand j’étais ado, je vivais dans ma tête des moments incroyables où j’étais l’héroïne d’aventures amoureuses trépidantes incluant beaux acteurs et rencontres impromptues. Normal.

Mon jeu préféré n’a pas perdu en intensité mais les beaux acteurs ont été remplacés par des amis perdus de vue ou des personnages importants que je rencontre donc dans ma tête en imaginant des conversations où je brille par mon intelligence. C’est tout moi. Je vous ai déjà dit que j’avais la repartie d’un poulpe à l’agonie? Et bien dans ma tête, non. D’ailleurs quand la phrase ne sonne pas bien, je la recommence. C’est parce que c’est moi le chef.

La rencontre se fait toujours au coin d’une rue. Généralement vers mon boulot. Parce que quand j’y pense je suis sur le chemin, partant de mon bureau. Faque mon esprit divague et, oh boy, incroyable, toi ici? Si loin de ce patelin de France où nous sommes connues (ou « connus », je ne suis pas contre une rencontre avec quelques gars qui m’ont plaquée et que je pourrais désormais éblouir de mon charme de trentenaire accomplie) il y a de cela un siècle environ je sais je n’ai pas vieilli d’un poil. (Toi si par contre mais même dans ma tête je suis pleine de tact alors je souris et je fais fi de rien).

Là, la conversation se déroule. Souvent, je suis accompagnée de mon amoureux (rasé mais pas trop, avec les cheveux attachés à moitié, une chemise, de beaux jeans et sa cadette en porte-bébé façon papa impliqué mais naturellement stylé) et de mes filles donc.

Et je parle de mes filles. Et puis de mon chum. Et je dis chum d’ailleurs. Et j’explique, l’air faussement désolée « c’est le mot québécois désolée j’oublie ». Et puis je ris. Dans mon imaginaire j’ai le rire pointu, bref et satisfait. Dans la vraie vie j’aurais assorti cette remarque d’un rire niais mais héroïne de l’histoire je suis, rire appropriée j’ai donc!

Je parle de Montréal. Ça fait rêver Montréal, l’expatriation, toussa. Surtout quand tu viens de France et que tu pourris sur pied dans le climat qui se détériore (et la météo aussi d’ailleurs). Je dis « Justin » en parlant du premier ministre et je roule des yeux condescendants quand on me répond « qui, Bieber? »

Et je porte une robe ajustée. Genre moi qui vais à un 5 à 7 réseautage journalistes. J’ai mes filles, pis mon chum mais je vais à un 5 à 7 et j’ai la robe parfaite et les talons fashion mais confortables. Logique. D’ailleurs, quand je me perds dans mes pensées, je refais mille fois la scène jusqu’à avoir la bonne tenue, la bonne coiffure et le bon timing. « Je pourrais croiser machine… » Mon esprit s’emballe et puis la raison lui met le holà : « Non mais si tu croises machine la fille-qui-a-tout-réussi à 16h. T’as le temps de jaser ok, parce que ton train est qu’à 50 mais là elle te voit avec ton sac Dollarama avec tes bougies pas chères pis ta nappe à 3 dollars. Ok, on remonte le film. Tu passes pas à Dollarama ce jour-là. Tu sors plus tôt. Tu croises machine la fille-qui-a-tout-réussi à 16h. T’as mis ta super robe et tes escarpins. Ah non pas les escarpins, tes ongles sont moches. Bon on remonte le film. Hier t’es allée te faire faire les ongles pis ce midi t’es PAS passée au Dollarama… »

Fait que oui, j’me dis tu et j’rentre chez moi (chez nous) fatiguée. Ma fille parle du pont d’Avignon et fait le chat qui miaule et on dirait qu’ensuite je serais un oiseau et je me demande bien d’où elle tient tout ça, cette imagination. C’est fou les enfants non?

-Lxie Swing-

Avoir 3 ans

Avoir 3 ans/ Photo Magnus Franklin

En février, Miss Swing a eu trois ans. Un âge plein d’intelligence et de réflexions sensées. Un âge qui est aussi une espèce de no man’s land dans la littérature éducationnelle. Entre terrible two et fucking four, point de chapitre. A lire cela, je me voyais déjà dans une période d’accalmie et de bonheur immodéré où j’aurais gambadé dans la pinède une enfant sur la hanche et l’autre au creux de ma main.

Que nenni. Je sais pourquoi il n’existe pas de chapitre sur les trois ans. C’est parce que, si on le décrivait ne serait-ce qu’une seule fois, la moitié de la population réclamerait une contraception définitive.

Chez nous, les trois ans, c’est comme si crimes et châtiments avait bouffé orgueil et préjugés. Un incroyable mélange de larmoiements, d’argumentation, de justification, de compliments, de tentatives de soudoiement, le tout enrobé d’un entêtement à faire pâlir un Ariégeois, mené d’une main de virtuose par une trois ans minus avec les cheveux qui lui balaient les épaules. Une espèce de poupée de conte, aux cheveux châtains clairs, aux dents qui poussent au petit bonheur et aux cils ourlés, qui a décidé de faire exactement ce que sa tête lui chantait.

En l’espace d’une journée, elle peut ainsi (et elle a déjà):
– Gémir pour qu’on la lève de son lit alors qu’elle a un lit de grande
– Brailler pour ne pas mettre ses pantoufles
– Refuser d’aller faire pipi
– Dire qu’elle voulait des gâteaux, puis des céréales, puis non finalement du pain. Réclamer encore des céréales. Jurer que cette fois-ci c’était pour de vrai. Refuser de manger ses céréales.
– Prendre un jouet à sa sœur au motif qu’elle le mettait dans sa bouche.
– Engueuler sa sœur parce qu’elle touchait une peluche avec des doigts mouillés.
– Dire cinq fois « tu m’as fait mal » pour justifier le fait qu’elle se soit mise à crier, alors qu’on la regardait depuis l’autre bout de la pièce.
– Jeter un jouet d’énervement. Trois fois de suite.
– Lécher le caddy au supermarché, et de nouveau plusieurs fois tandis qu’on lui lance un regard furieux tout en payant à la caisse.
– Commencer un dessin, abandonner au bout de trois minutes parce que « c’est trop fatigant pour mon petit bras maman »
– Faire mine de nous taper
– Faire la poupée de chiffon tandis qu’on l’aide à enfiler son pantalon

Vous avez pris peur? Non ne partez pas! Ce qui est fabuleux avec les enfants de cet âge, c’est cette intelligence incroyable qui ponctue les moments d’accalmie. Entre deux cris de colère, je reste pantoise de ses réflexions. Un vrai florilège. Exemple :

Je suis la fille de P et T?

Non tu es leur petite fille.

Donc c’est toi leur fille?

C’est ça chérie, et c’est qui la soeur de Papa? Tu sais?

C’est facile : c’est Tatie, la maman de mes cousins.

(CQFD)

 

E. c’est ma soeur, ma soeur pour toute la vie.

 

Maman?

Oui?

On va à droite tu as dit

Oui, et?

Tu vas à gauche.

 

Un jour on fera tous ensemble un petit recueil de leurs meilleures réflexions, ça vous dit? En attendant, je vais jeter un oeil au chapitre sur les 4 ans. Il paraît que ça fait froid dans le dos. Surtout quand il se produit en même temps que le terrible two du numéro 2.

 

À bon entendeur…

 

-Lexie Swing-

Comme un enfant

Playing with water./ Photo Fred Mancosu

Playing with water./ Photo Fred Mancosu

Avec l’enfant vient la maturité. Que je croyais! La paperasse de naissance, les nuits hachées, les tarifs de garderie et ceux des paquets de couches… Tout ça te conditionne à devenir adulte, à enfiler pantalon serré et veston ajusté, à jouer un rôle calculé, moitié visage las (les nuits) moitié moue perturbée (le rhume qui perturbe les nuits est il la conséquence d’une détresse enfantine due à une naissance à 9h55 par césarienne plutôt qu’à 10h35 par voie basse?)

Mais tout ça n’est que façade! Personne n’est plus innocent qu’un parent. Applaudir un caca, brailler une poule sur un mur, chercher les flaques d’eau pas trop profondes mais un peu, pour sauter dedans. Choisir, à cet effet, les plus belles bottes de pluie, s’extasier devant une maison de poupée « comme on aurait voulu avoir enfant », pleurer devant un dessin animé, courir en rond, sauter haut, jouer à la cachette et clamer « 8, 9, 10, tu es bien caché? Je vais te trouver! » Et se planquer au fond d’un placard, le souffle coupé et la tête dans les manteaux, avec la même pointe d’excitation que lorsqu’on avait 8 ans.

Et puis redevenir adulte. Dire mais-oui-mon-chéri-je-te-vois sans lever la tête d’un livre. Disputer parce que la boue a taché un pantalon durant la grande invasion des cowboys par les indiens. S’interroger « la poule ne devrait-elle pas picorer plutôt que picoter? » Crier « on a dit pas la tête la première sur le toboggan ». Prévenir qu’à force de tourner, on pourrait tomber. Consoler en disant « je t’avais prévenu que tu allais tomber ». Refuser de lire Tchoupi et Petit Ours Brun parce qu’ils véhiculent des concepts éducatifs douteux. Choisir les livres avec des images rétro-baroques et des textes en alexandrins. Faire répéter un, deux, trois, quatre, cinq, six… Et demander : c’est quoi cette couleur là? Ajouter bravo tout le temps. Tu es capable. Tu es courageux. Essaye. Goûte. Il faut toujours goûter.

Réaliser que ca prend de la maturité pour réaliser. Qu’il faut toujours goûter. Ne pas se tacher. Éviter les flaques et les heures de télé. Qu’à trop tourner on finit par tomber. Qu’on est courageux. Qu’on est capable. Et puis s’amender. Dire pardon tu as raison ce n’est pas si grave. Viens on va jouer aux Indiens. Je te lirai Petit Ours Brun en faisant la grosse voix du papa. Et on tournera jusqu’à s’écrouler. On rira. Mon pantalon sera plein de boue. Je te promets de ne pas soupeser dans ma tête le risque que ça encrasse la machine à laver. Redis-moi, déjà, comment on joue à chat?

-Lexie Swing-

30 belles années

Prête pour la suite./ Photo DR Lexie Swing

Prête pour la suite./ Photo DR Lexie Swing

Je suis née il y a trente ans quelques minutes avant midi, c’était le printemps et il neigeait. Voilà comment débute mon histoire, celle que m’ont toujours contée mes parents. En réalité, comme chaque individu, ma propre histoire me préexiste, fruit de faits et de contextes qui prennent les traits de ceux qui m’ont mis au monde. Je suis la résultante de bonheurs et de déboires, de choix et d’un peu de chance aussi, moi qui suis venue me greffer à ma mère en quelques semaines à peine, comme ma propre fille a si bien su le faire après moi. Il y a trente ans, à Saint-Étienne, il y avait 20 cm de neige. Comme aujourd’hui, sous mes pieds, bien loin de ma Loire natale.

Le bonheur est fugitif. À l’image de la poussière qui se révèle dans la lumière, il se constate plus qu’il ne s’accroche. Mais si je devais le fixer, durant un instant à peine, je choisirais ce jour précis. J’ai trente ans. J’ai connu des jours hasardeux, j’espère des lendemains chantants, mais en cet instant, le bonheur est là, vacillant toujours, mais bien présent.

Je suis où je rêvais d’être, géographiquement certes, mais temporellement, factuellement, aussi. J’écris, j’aime, je pouponne, je câline, je couds, je cuisine, je savoure et je vis surtout. Je peine à prendre du recul tant la vie me semble filer au grand galop, mais je suis ravie, quelque part, de cette cadence qui martèle au rythme de mon coeur.

Je n’ai jamais imaginé qui je serai à trente ans. J’espérais sûrement vaguement être écrivain. Ou une journaliste connue. Je n’ai jamais fait le portrait de l’amour et encore moins de la maternité. J’en avais envie, j’espérais que cela viendrait un jour, mais aucune pensée précise n’était venue se matérialiser dans mon esprit.

J’ai beau avoir l’imagination fertile, la vie m’a offert bien plus que ce j’avais pu imaginer.

Aux trente années écoulées, à celles que je souhaite encore meilleures, et à cet instant parfait.

-Lexie Swing- (nouvelle trentenaire)

 

Un nom de roman

B./ Photo DR Lexie Swing

B./ Photo DR Lexie Swing

Je rentre. Je m’attarde sur un journal gratuit faute d’avoir une autre lecture sous la main. Entrevue avec une auteure. Son héroïne, une adolescente, s’appelle B. Comme ma B. B. est tantôt une fille de jazz, tantôt une fille perdue chantée par M.J., et maintenant une adolescente normale dont le nom s’étale en petites lettres rondes sur une quatrième de couverture.

Ce n’est pas la première fois que B. est le prénom d’une héroïne de roman. Pas la deuxième non plus. Il y en a eu plusieurs, comme si ce prénom inspirait, un véritable prénom de muse moderne.

Je n’étais pas très prénom court, pas très prénom mode non plus. J’aimais les prénoms qui portent sur leurs épaules une signification tonitruante et une toilette de reine. Quelque chose comme Isolda. Ou Athenaïs. Force est de constater que ce n’est pas vraiment le genre de prénoms dont ont hérité mes filles. Paraîtrait que l’on est deux à les faire et donc deux à choisir leur nom. La décision s’est faite à la faveur d’un 50/50 : mi-court et punchy (pour lui), mi-rare (pour moi). B. donc.

Et quand je vois son prénom sur une couverture de roman ou au détour d’un résumé, quand je vois un auteur se l’approprier, comme un enfant rêvé ou un alter ego plus héroïque, plus juste, plus épanoui aussi, quand je réalise qu’il voit en ce prénom un résumé des enfants de sa génération ou la copine géniale dont toute petite fille pourrait rêver; alors je me dis que notre choix était bon, qu’il était clairvoyant. Car c’est tout ce que je lui souhaite, d’être appréciée, d’être une amie juste et peut-être même d’être une héroïne, à sa manière.

-Lexie Swing-

Des livres gratuits

 

Entre les livres./ Photo 命は美しい

Entre les livres./ Photo 命は美しい

 

J’y passe en soirée, après avoir couché les filles, ou entre deux siestes la fin de semaine. Je ne suis pas vraiment une fille d’habitudes… Je dispose de peu de temps alors je file entre les rayonnages, m’arrêtant à peine un instant au pied des romans mis en avant de la semaine. J’avance jusqu’au rayon des C, empoignant les Agatha Christie les uns après les autres, tentant d’en dénicher un que je n’aurais pas encore lu. Et puis ensuite j’oscille, épousant du regard les couvertures. Nous avons tous des couvertures qui nous attirent plus que d’autres. J’ai du goût pour les pochettes beiges et simples de chez Flammarion. Et un peu, je dois l’admettre, pour celles, vives et colorées, de la chick lit. De cette dernière, je me suis imposée une règle : comédies romantiques ok, mais en VO seulement. Les Kinsella et autres du genre n’ont plus de secret pour moi, et j’improve my english en toute serenite.

Je rêvais d’une bibliothèque géante reflétant mes coups de cœur. Mais la réalité étant celle des prix élevés et des menus budgets, je me suis rabattue sur ce que le gratuit a de meilleur : la culture, surtout celle des livres.
Quatre livres par semaine, plus un ou deux pour les filles, je suis bien équipée pour mes trajets de train. Un oubli et je me sens démunie. Que peuvent bien faire les autres passagers pendant tout le trajet ?
Inscription généralement gratuite dans les bibliothèques du Québec. Preuve de résidence nécessaire. 
Et vous, vous êtes-vous inscrit à la bibliothèque de votre quartier ?
-Lexie Swing-

Long time no see

Saint-Bruno sous la neige./ Photo DR Lexie Swing

Saint-Bruno sous la neige./ Photo DR Lexie Swing

Ça fait quelque temps qu’on ne s’est pas vu, vous et moi. Je passe en coup de vent, le temps d’évoquer quelque jouet, et puis je repars. Vous vous dites probablement que la conciliation travail-famille m’a aspiré dans son vortex avant de me rejeter chaque soir sur la jetée, ou mon lit plutôt, et vous n’avez pas tort. Mais ce n’est pas toute la vérité.

La vérité est que nous avons récemment été pris aux griffes d’un montre puissant, implacable, vindicatif et assoiffé, qui est revenu maintes fois à la charge avant d’être terrassé. La ma-la-die. Une maladie qui a frappé bruyamment à la porte un samedi matin en assaillant Miss Swing d’un bon petit 40 de fièvre qui l’a laissée exsangue et fatiguée. À peine semblait-elle avoir repris du poil de la bête que nous avons dû à notre tour livrer bataille. Plusieurs fois. Au point de ne plus pouvoir se lever. Au point de défiler à la clinique. Au point de finir à l’hôpital parce que le monstre avait pris trop d’ampleur. Il a fallu les bons médicaments et l’appui indéfectible de nos amis Aurore et Thomas pour que le vilain prenne ses microbes sous le bras et s’en aille terrasser d’autres foyers que le nôtre. Une semaine à ne pas pouvoir se lever. Une semaine à tituber. Une semaine à manger des restes et du congelé. Une semaine à espérer que demain serait meilleur et à ne pas voir le jour se lever.

Je le répète : sans nos amis, qui sont la famille que nous n’avons pas ici, nous serions probablement encore dedans, faute d’avoir pu se libérer du temps pour se soigner. Alors prenez soin des vôtres, tous les vôtres, pas seulement ceux dont le sang et le nom resplendissent dans votre arbre généalogique.

Et que cet hiver que je n’ai presque pas vu, arrivé tard et parti tôt (je sais je sais, « on va sûrement se prendre une autre tempête dans les dents», mais c’est ça qu’on aime non? La belle tempête finale après avoir ressorti le barbecue?), s’éloigne tout à fait. Lui, ses températures mitigées, sa slush et ses moues dépitées à la gare le matin, qui me laissent à penser que tout le monde est définitivement tanné de ce demi-hiver qui prend fin.

À nous les cabanes à sucre.

À nous les beaux trenchs de printemps.

À nous l’herbe et les fleurettes, bien gardées au chaud sous leur manteau de neige.

À nous les factures Hydro qui reviennent à des montants raisonnables.

À nos enfants les parcs à jeux qui réouvrent leurs glissades et leurs balançoires.

Et à moi les trente printemps.

-Lexie Swing-

 

PS Ce n’est pas parce que je n’écris pas que mon esprit ne fonctionne pas, lui. Plusieurs idées me sont venues au fil de mes jours d’agonie. Ainsi, plus de photos devraient bientôt apparaître sur le site, un blogroll, une rubrique spéciale sur les boutiques et créateurs pour enfants québécois et même une vidéo pour vous faire découvrir en sons et en images notre dernier coup de cœur de la littérature enfantine. See you!

La reprise

Father and son./ Photo Frank Lindecke

Father and son./ Photo Frank Lindecke

J’ai repris le travail. Ça s’est vu : j’ai brusquement disparu de la blogosphère emportant avec moi mes couches sales et mes nuits trop courtes. Je vous rassure, mes nuits sont toujours courtes. Pour les couches sales, en revanche, j’ai passé la main et les paquets de lingettes au super papa.
Depuis dix jours, nous avons échangé les rôles. Je suis l’homme qui travaille, il est la mère au foyer. Voilà ce que, dans des contrées reculées et des temps anciens, nous aurions pu dire. Mais au Canada, au XXIe siècle, je suis une femme qui travaille et il est père au foyer. Le matin je me lève en premier, déjeune à la va-vite en devisant sur la neige qui fond et la vitesse du camion-poubelles avec Miss Swing, et puis je saute dans mes bottes et je cours jusqu’au bus, direction le centre-ville de Montréal, les grands immeubles, le boulot. Dans mon dos, à Saint-Bruno, la routine s’enclenche. Couche, biberon, déjeuners, vêtements propres et dents brossées. A l’heure dite, l’amoureux glisse le bébé dans sa poussette et Miss Swing dans ses vêtements de neige, et prend cahin-caha le chemin de la garderie.
Souvent, à la fin de la journée, je vais chercher Miss Swing à la garderie. Nous prenons notre temps, heureuses de se retrouver puisque nous nous sommes manquées. J’ai l’esprit et les bras libres. Nous marchons dans l’air froid du soir en chantant des chansons.
Quand nous rentrons, ça sent bon dans la maison. L’aspirateur est passé et les lits faits. Le repas cuit doucement dans le four ou la poêle. La table est mise. Le temps est suspendu.
Je les emmène prendre leur bain, le temps que le repas soit prêt et le papa délivré un instant des petits bras potelés qui l’accompagnent partout. La soirée file, souvent douce, parfois électrique. Alors c’est la nuit, la dernière série, les lignes un peu brouillées dans un bouquin. C’est la cuisine qu’on laisse rangée pour que Mister Swing ne se retrouve pas agressé par une pile d’assiettes sales au réveil. C’est le confort d’une maison habitée, bichonnée. Le confort d’une ampoule réparée, d’une mission exécutée. Le confort de la confiance, de pouvoir partir les yeux fermés et le cœur léger puisque l’autre est là, les manches relevés, tout à son rôle de père au foyer,
Ce n’est qu’un temps. Les photos de mon amoureux vêtu d’un porte-bébé, le four qui tourne à 17h, le confort d’avoir le temps, la liberté. Ce n’est qu’un temps. En mai, mon chéri reprendra le chemin du travail. La petite mandarine celui de la garderie. Nous inventerons autre chose, une autre vie.

 

-Lexie Swing-

Nostalgie

Balade dans le Vieux-Port. Entre la slush et le grésil, je navigue à vue. Les roues de la poussette s’embourbent en bas des trottoirs et je lutte tant bien que mal pour rejoindre la voiture. À quelques mètres de celle-ci, je souris. Fais quelques pas. Recule. Et m’arrête enfin. Devant moi trône une affiche épinglée sur une porte vitrée. Une grande affiche, ancienne. Deux gamins s’y embrassent, dans l’oubli du monde. Leurs culottes courtes sont le reflet de leur époque. Je connais bien cette image. Il y a longtemps, elle était accrochée au dessus du cadre de lit, dans la chambre d’amis qui nous accueillait, de passage chez mes grands-parents.

Elle me paraissait déjà trop rétro pour l’époque, je n’aimais pas vraiment cette image d’un temps plus ancien encore, trop révolu. Son caractère désuet me faisait frissonner, moi qui ait souvent du dégoût pour la nostalgie. Mais de la voir là, suspendue dans une vitrine, m’a fait me plonger en un instant dans une pièce désormais inoccupée. Une pièce perchée au 10e étage d’une tour HLM, et dans laquelle trônait un lit un peu bancal collé contre un autre, pliant et blanc, d’une place pour enfant. Une pièce dans laquelle j’ai pioché et dévoré des tas de bouquins, tous annotés sur la page de garde de l’écriture fine et serrée de ma grand-mère, dans cette petite dédicace habituelle qu’elle faisait à ma mère, dévoreuse de livres depuis ses premiers mots.

Il y eu trois temps. Trois temps très courts. La découverte. Le sourire. La douleur. La douleur de la nostalgie. De ce temps révolu. De cette pièce habitée par d’autres âmes que je ne connaîtrais pas. Et qui, dans un autre espace-temps, côtoient des âmes que je ne connais que trop bien. Et qui ont disparu. Cette photo, c’est un peu un naufrage. Celle de mon coeur, qui a, à cet instant précis, pris en pleine gueule la déferlante du temps qui s’enfuit et qui détruit tout. Restent alors les souvenirs. Me font une belle jambe les souvenirs. Eux qui ne sont que des mots, que des sourires, que des images. Qu’une affiche placardée sur une porte vitrée. Il n’y aura pas d’odeur de rates grésillant dans la poêle pleine de beurre, pas de petites saucisses cocktails pas très bonnes dans le bol des apéros, pas La Snoop’ gras et vaguement malade occupé à croquer des petits beurres, pas mon oncle racontant, soucieux du détail, l’erreur faite à ce point de l’Histoire, pas d’insouciance derrière ces mains veinées, et guère plus d’anecdotes rendues grandiloquentes par leur introduction : « Madame D., m’a-t-il dit, je suis d’accord avec vous!»

Restent les souvenirs. Et la nostalgie au détour d’une rue. Cette fichue nostalgie qui laisse un goût amer dans la bouche. Parce qu’elle goûte l’absence. Elle goûte la mort. Elle goûte ce passé qui ne reviendra pas. Ces gens qu’on ne serrera plus dans nos bras. Ce qui fut, et ne sera jamais plu. Et qu’il ne subsiste qu’une affiche.

Et une affiche moche, en plus.

 

-Lexie Swing-