Il partait vers le Nord

Pointe Rouge./ Photo Marcovdz

Pointe Rouge./ Photo Marcovdz

Nous marchons au même pas. Ça lui est venu sur un coup de tête, sur un coup de grâce. Quand elle est partie, encore une fois. C’était la troisième, ou la cinquième, je ne sais plus.  Elle a déposé ses valises dans l’entrée, lui a dit que ça ne pouvait plus durer. Il l’a regardée, le coeur plein de soupirs, se demandant si ce bal incessant cesserait un jour. Elle a refermé la porte.

Je ne sais pas si c’est le bois de la porte qui lui paraissait plus brillant dans le soleil du matin. Ou bien la manière dont la poignée, à cause du verrou mal enclenché, semblait un peu de guingois, un peu trop penchée. Mais il s’est dit que c’était lui, cette porte-là. Brillante avec le coeur de guingois. Il méritait mieux que ça.

Alors il est parti.

On s’est rencontré au bord de l’eau. Non loin de Marseille, dans une crique abritée, là où la mer vient lécher les galets au point de les rendre glissants et dangereux. Il a glissé. Il s’est mis à saigner. J’en avais sur moi. Il s’est excusé. M’a demandé de l’accompagner dans son périple.

Il partait vers le Nord, ou vers l’Ouest, il ne savait plus bien. Loin. C’était le mot qu’il prononçait sans cesse. Viens, partons loin.

Et nous voici sur les routes. Il y fait chaud. Tellement, que je crois me consumer. Je me sens brûlant. À travers ses vêtements, sa peau semble brûlante elle aussi. Ses doigts, tout contre moi, abandonnent leur saveur de sel à travers de la sueur qui pourrait tout aussi bien être des larmes tant sa tristesse est palpable.

Il parle sans discontinuer. Je jurerais qu’il s’adresse à moi, même si je crois bien qu’il parle tout seul. Sa voix a adopté un ton monocorde, ponctué par de rares exclamations de rage. Mais tandis que la journée avance, les points d’exclamation s’échappent, bientôt remplacés par des points de suspension.

« C’était la dernière fois! La porte est close! Je mérite mieux que son mépris, mieux que ses aller-retours incessants… »

Ce qui n’était que la voix du coeur devient peu à peu celle de la raison. Malgré la fatigue, son pas semble alors plus appuyé, sa démarche plus sûre. Je ne pourrais en jurer, mais je crois bien que son corps se redresse à mesure qu’il prend conscience de sa toute nouvelle force, et de son indépendance retrouvée.

« Je vais partir m’installer en campagne, dans l’arrière-pays. Avec quelques grillons et l’odeur étourdissante de la lavande fraîchement cueillie… »

Il rêve à voix haute à présent. Inconscient du jour qui s’achève et de la lumière qui décline à l’horizon.

Soudain, ses pas s’arrêtent. Nous sommes face à la mer. Avons-nous fait une boucle ? Je crois reconnaître la crique d’où nous sommes partis. Il s’assied. Contemple, apaisé, l’eau que remue à peine quelques bribes de vent venues de l’Ouest.

« C’est un nouveau départ », jure-t-il, avant de se laisser aller dans une vague prière destiné au Dieu de la mer et de la destinée des âmes blessées. Il improvise, indifférent au ridicule, définitivement prêt à recommencer une vie meilleure.

Et puis il lève la main. « Merci de m’avoir accompagné, murmure-t-il. Nos chemins se séparent ici. » Et dans un long mouvement du bras, geste précis censé lui porter chance, il me jette dans la mer limpide. J’y fais trois ricochets. Je l’entends s’exclamer. Je l’entends s’applaudir.

Et tandis qu’il conjure son mauvais sort, je sombre sous la surface. Rejoignant mes pairs. D’autres galets ronds et lisses, dangereux et glissants. Seules me distinguent les gouttes de sang qui brillent à ma surface et qui, à la faveur de ma porosité, ont déjà atteint mon coeur de pierre.

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Ce texte a été écrit pour les un an des « Jolies Plumes ». Le thème était « Quête d’identité – Votre personnage va vivre une expérience qui va révéler un aspect de sa personnalité, de son identité qu’il ne connaissait pas lui-même. Quelle est cette expérience ? La vivra-t-il seul, accompagné ? Que va-t-elle changer dans sa vie ? A vous de nous raconter ! »

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Les autres participants : Virée dans l’espace – Hello it’s Alexandra – Goldfish Gang Blog – Fil culturel – Ronde2nuit –  L’atmosphérique Marie Kléber – et beaucoup d’autres à venir!

 

Française de l’étranger

Un pont entre deux mondes./ Photo MFE

Un pont entre deux mondes./ Photo MFE

Mon amie J. est de retour en France après 6 mois passés sur notre continent. Son retour s’est fait avec l’apprentissage des différences culturelles auxquelles on échappe rarement lorsque l’on passe un certain temps dans un autre pays. Du bon et du mauvais. Elle en fait le constat ici.

C’est le lot de tout Français de l’étranger que de comparer à un moment ou un autre ce qu’il a connu et ce qu’il a découvert, son passé et son quotidien, son éducation et celle qu’il délivre désormais à ses enfants sur un sol différent. Avec le temps, on n’oublie de comparer. Parce que le présent prend le pas. On se met alors à évoquer la géographie et la politique d’un pays nouveau, à débattre de la dernière mesure gouvernementale d’un premier ministre qui est désormais le nôtre ou à trépigner devant l’offre démesurée des festivals d’été de ce qui est devenu « notre » ville. Se mêlent des bribes d’information venues de ce pays dans lequel on a grandi et qui nous a donné la nationalité que nous portons ici avec plus ou moins de fierté.

Lorsqu’on demande aux Français de l’étranger, immigrés canadiens, pourquoi ils ont quitté leur patrie, tous ne sont pas critiques envers ce qui fut leur pays. Ils évoquent plutôt l’envie de découvrir autre chose, la perspective d’aborder un nouveau continent, la richesse d’une culture différente. Ils sourient aussi, l’air incertain : « Peut-être que nous rentrerons un jour ». Parce que c’est vrai. Parce que nous n’avons pas toujours le choix. Parce que les envies changent. Parce que certains sont partis sans s’interroger sur le caractère définitif de leur choix et qu’ils n’ont jamais exclu de revenir. Parce que tous se refusent à fermer la porte, au cas où la vie les prendrait de court. Parce qu’ils refusent d’essuyer un sentiment d’échec.

Je suis Française. De nationalité, de racines, d’origines. De souvenirs. De famille. Mais pas de patrie. Je ne me sens d’aucune patrie. Je refuse de faire partie d’un tout, sauf s’il englobe le monde. Je suis partie parce que je voulais découvrir autre chose. Je suis partie parce que je ne supportais plus la France. Et c’est ma propre vérité. Je refuse de caresser le dos du pays qui m’a vu naître pour lui planter un couteau ensuite. Je suis partie parce que je ne supportais plus le manque de perspectives, parce que je ne voulais plus de l’obscurantisme, parce que l’esprit français m’engloutissait peu à peu dans sa morosité latente. Parce qu’à l’aube de mon départ, les manifs anti et pro mariage pour tous, la haine visible, le rejet de l’autre palpable, m’ont mis le coup de grâce.

Être Français, ce n’est pas pour moi être un râleur, un profiteur, un égoïste qui oublie de lever le nez pour se préoccuper des autres. C’est avoir des souvenirs communs, des concordances. Pouvoir répéter en coeur « But, where is Brian? » et se moquer de nos pauvres cours d’anglais dont le niveau fait sourire le monde entier. Rire du Club Dorothée et se demander ce qu’est devenue Justine de Premier Baiser. Critiquer Paris. Oublier qui est le premier ministre. Savoir que nos destinations soleil pas chères, c’était l’Italie, l’Espagne ou le Maghreb, plutôt que Cuba, le Mexique ou la Floride. Louer la proximité que nous avions de l’Europe, toute l’Europe, des pays merveilleux et différents à un jet d’avion à petit prix.

J’aime mon histoire. Je chéris mes souvenirs. Je ne regrette pas la France. Ce n’est pas ma patrie. Je reviendrais pour ma famille. Je ferais le trajet pour mes amis. Le reste est avec moi, en chacune des personnes que je rencontre et qui a les mêmes racines géographiques. Dans la langue que nous partageons et qui est, par la richesse de son vocabulaire, l’une des plus belles au monde. Dans nos lieux communs. Dans nos anecdotes. Et nous sommes capables de les partager sur n’importe quel continent, faisant fi du concept de nationalité, à cheval entre plusieurs mondes. Apatrides, mais tellement libres…

-Lexie Swing-

 

La Saint-Jean à Saint-Bruno

Dévaler la colline dans un ballon./ Photo DR Lexie Swing

Dévaler la colline dans un ballon./ Photo DR Lexie Swing

Quand nous étions plus jeunes avec Mr Swing, et surtout nullipares, nous fréquentions peu les événements et fêtes de village. Rencontrer des voisins, aller « jouer aux boules », faire la conversation… Tout cela importait peu aux antisociaux que nous étions :) Notre toute-petite a définitivement changé cette perspective. Plus elle grandit, plus l’envie grandit avec elle de lui faire découvrir les choses autour de nous.

C’est ainsi qu’hier, j’ai arrimé l’enfant dans sa poussette pour l’entraîner jusqu’à la fête du village. Malgré toute ma bonne volonté, le principe de fête du village sonne inévitablement ringard (ou quétaine, selon d’où l’on vient) à mes oreilles. Je m’attendais donc à quelques tristes jeux, noirs de monde et dispendieux. Mais j’étais résolue à aller voir malgré tout (et à occuper un enfant de 28 mois un après-midi de jour férié).

Bien m’en a pris! Nous avons été accueillis par un petit stand, tenu par des étudiants, qui gonflaient à mesure que les enfants se présentaient des ballons aux couleurs de la fête. J’ai instinctivement levé le nez vers le ciel pour voir combien avaient déjà été échappés, et fût curieuse de n’en découvrir aucun, au vu du nombre d’enfants au mètre carré. Et pour cause : les jeunes avaient conçu un ingénieux système de ficelle à attacher au bras de l’enfant (ou à la poussette!). Notre tour rapidement venu, un jeune homme s’est donc agenouillé vers Miss Swing pour lui prendre doucement le bras et y attacher la précieuse « balloune » bleue, tout en lui demandant comment elle allait et en l’enjoignant à passer un bon moment. La fête commençait bien!

Nous avons découvert une démonstration d’escrime, observé des enfants qui dévalaient des pentes, enfermés dans des immenses ballons. Nous avons dépassé la carriole tirée par un cheval, avant de rejoindre un parcours pour tout-petits, installé par « Karibou », un organisme de baby-gym présent un peu partout au Québec. Après avoir dévalé la glissade et testé les slaloms, sans être jamais gênée par un groupe d’enfants, Miss Swing s’est essayée au château gonflable, malheureusement sans succès (à réessayer l’an prochain :)).

Autour du lac./ Photo DR Lexie Swing

Autour du lac./ Photo DR Lexie Swing

Nous avons continué le tour du lac, agité la main pour faire coucou aux familles qui avaient loué des canots, puis rejoint la file du carrousel des poneys. Celle-ci a fermé avant que la miss ait pu grimper sur une petite selle. Mais son papa, arrivant sur ses entrefaites, en a profité pour remarquer que « les poneys semblaient bien traiter, d’ailleurs ils étaient abrités du soleil » (je l’ai bien éduqué hein? Devant ce genre d’activités il fait désormais comme moi : il vérifie que l’animal a de l’eau pas loin, qu’il ne semble pas fatigué et qu’il bosse dans d’apparentes bonnes conditions).

Nous avons terminé l’après-midi par une limonade, la seule chose pour laquelle nous ayons eu à débourser quelques dollars, toutes les activités étant complètement gratuites.

En attendant l’année prochaine, on lorgne déjà sur la Fête du Canada, le 1er juillet, et sur le cinéparc, qui commence le 3.

Et vous, qu’avez-vous fait pour la Saint-Jean ?

– Lexie Swing-

La deuxième grossesse

Fin de grossesse./ Photo Johan Lefort

Fin de grossesse./ Photo Johan Lefort

C’est ma deuxième grossesse. Peut-être bien la dernière. Dans notre esprit, c’est la dernière. Mais comme la vie et les envies sont parfois surprenantes, je laisse la question volontairement en suspens.

Vivre une grossesse est une chance incroyable, une première fois, un véritable rite initiatique : nausées, douleurs, lourdeurs diverses, mais aussi sensations incroyables et connues des femmes seules, celles de l’enfant qui bouge en dedans, frôlant de ses pieds la cage thoracique, grattant de ses doigts fins la hanche qui le gène. On est seule, et puis l’on devient deux. Un jour on redevient seule, et c’est de cette trop soudaine solitude que naît parfois la nostalgie de la grossesse qui fût.

Vivre une deuxième grossesse, pour peu qu’elle se passe bien, est un bonheur. Les sensations se renouvellent, le plaisir est toujours là, mais l’impatience est moindre. Pour ma première grossesse, je trépignais dès le 4e mois, pressée de connaître celle qui allait devenir ma fille – et dont j’ignorais d’ailleurs qu’elle était une fille. Je suis enceinte de 31 sa de ma deuxième fille – dont j’ai su dès le troisième mois qu’elle était une fille – et je profite de chaque instant passé avec elle. Elle est en moi, lovée dans mon ventre comme un chaton. S’agitant souvent comme un dragon. Avec toujours cette vigueur qui la caractérise (et me fait craindre le pire pour la suite!!!). Elle ne me fait pas mal comme sa soeur au même terme, qui s’étirait de pied en cap entre mon estomac et le col de l’utérus et rendait toute position hautement inconfortable. Selon la prof de yoga prénatal, les deuxièmes nés sont ainsi : profitant de la place déjà faite par leurs aînés, ils s’installent un peu plus bas, entre le sous-sol et le rez-de-chaussée, quitte à se tordre dans des positions incongrues et à repousser les limites ventrales par les côtés.

J’ai hâte de la connaître, mais elle n’est en rien un fardeau. Je vis sa présence comme une addition proéminente de moi-même; une addition rassurante qui navigue dans mes mers intérieures à n’importe quelle heure. La route n’est pas terminée, le chemin s’étale encore à perte de vue. Avec quelques collines difficiles à gravir, quelques passages caillouteux. Et un binôme de premier choix pour les franchir.

Et est-ce que pour vous aussi la deuxième grossesse a été différente?

-Lexie Swing-

Petite Française

Petite fille en robe jaune./ Photo Amanda Tipton

Petite fille en robe jaune./ Photo Amanda Tipton

Elle porte une robe jaune. Jaune soleil. Une robe d’été, ample et fluide, qui forme une corolle autour d’elle lorsqu’elle s’assoit par terre, jambes exagérément écartées, dans cet improbable grand écart dont seuls les tout-petits et quelques gymnastes sont encore capables.

Elle porte une robe jaune. Elle l’a sortie de son carton ce matin. Colis express. Venu de France. Made in Catimini. Ma maman la gâte, et elle le sait, répétant à l’envi « C’est Talou qui a envoyé la robe ».

Elle porte une robe jaune. Elle l’a enfilée seule, juste après avoir bataillé avec le bloomer assorti. Elle a aperçu ses jambes dans le miroir. A crié « Maman, je suis tout nue ». N’a pas semblé s’en préoccuper davantage. Même si, en bonne fille de sa mère, elle a couru réclamer de la crème solaire.

Elle porte une robe jaune. Et un chapeau de paille. Elle marche avec son papa vers l’épicerie. Une dame les arrête. « Elle est tellement jolie, tellement bien habillée, habillée comme une petite Française ». Ma petite Française et ses robes hors de prix.

Ne rien sacrifier au style. Assortir son chandail et son gilet. Sa robe et son bloomer. Prétexter qu’il fait chaud pour éviter les surcouches malvenues. Penser à la barrette de couleur pour réhausser la tenue. Comme une petite Française.

-Lexie Swing-

17h30

Souper en famille./ Photo USDA

Souper en famille./ Photo USDA

17h30. Nous sommes sur le perron devant chez nous. Le chien trépigne derrière la porte que je tarde à ouvrir. Miss Swing caresse d’une main tendre les fleurs de l’allée déjà fanées. 17h30, c’est l’heure où, dans une autre vie, je partais m’acheter un goûter avant de faire les relectures, de réaliser une dernière interview et d’envoyer les bons à tirer. 17h30, ça a été l’heure où je sortais du lycée, où je sortais du cours de piano ou de l’heure de danse.

17h30, c’est l’heure où désormais je rentre à la maison. 17h30, c’est l’heure où parfois nous soupons. Oui, tu as bien lu. Nous sommes tombés du côté obscur. Du côté des anglo-saxons dont on se moquait volontiers jadis au motif qu’ils mangeaient comme les poules, ou comme les vieux. Et l’on se trouvait terriblement cools, je crois, de dîner au coucher du soleil. A 19 ou 20h, pour ceux dont les parents finissaient un peu tard.

On a résisté quelques semaines. 17h30, qui a faim à 17h30? Et puis doucement, tout doucement, l’heure du repas a pris ses aises à la place du goûter. La collation de la miss était aux alentours de 15h et elle débarquait à la maison réellement affamée. Bientôt, nous nous sommes demandés « pourquoi rajouter un goûter quand nous pourrions juste souper? »

Alors nous avons rangé nos préjugés au placard pour nous mettre à table. En vrai, il n’est pas si courant que nous puissions manger à 17h30. Cela implique que le repas soit déjà prêt, qu’il n’y est pas de courses à faire ou que la journée de Mr Swing n’ait pas trop duré. Mais il est rare, désormais, que nous commencions à manger après 18h.

J’avais des tas d’idées reçues sur le concept, je n’en ai retiré que des bénéfices. Plus de goûter supplémentaire en attendant le dîner, plus de plat un peu gras qui reste sur l’estomac parce qu’il a été dégusté un peu trop tard. Souper tôt, c’est aussi s’autoriser une deuxième vie, un deuxième temps dans sa journée. Pour jouer dehors ou jardiner, pour bouquiner, pour faire du sport ou pour retourner faire quelques magasins, puisque ceux-ci ferment souvent vers 21h en semaine.

Aux petits Français qui rentrent de l’école affamés, on clame toujours « arrête de grignoter, ce n’est pas l’heure de manger! ». Et si, justement, c’était l’heure de manger ? Une revendication corporelle doublée d’une manifestation des papilles que l’on n’écoute rarement, bercés par nos habitudes. Aujourd’hui, si je rentrais chez moi à 17h30 et que l’on me disait « Nous mangerons à 20h », je ne pourrais pas m’empêcher de me demander « Mais pourquoi, t’es-tu sérieux ? »

Et vous, à quelle heure soupez-vous ?

 

-Lexie Swing-

Le cake marbré parfait (recette personnelle)

Cake marbré./ Photo DR Lexie Swing

Cake marbré./ Photo DR Lexie Swing

Vous connaissez le marbré Savane ? Ça m’a démangé pendant des années de trouver une version maison qui l’égale. Mais force est de constater que mes marbrés maison tombaient toujours à plat : pas assez de goût, pas assez gonflés, pas assez appétissants et surtout… pas assez moelleux! Certains avaient un joli aspect à la sortie du four mais perdaient tout attrait après quelques heures. Bref, j’ai renoncé quelque temps au cake marbré, et puis à la faveur d’un lait un peu spécial, j’y suis revenue. J’ai décidé de me servir de ma tête pour créer la recette que je voulais, en me servant bien entendu de recettes existantes, mais aussi de mes goûts personnels.

Voici cette recette. Elle peut être modifiée, améliorée. À vous de me donner vos impressions, vos corrections, pour la rendre vraiment parfaite. Trois ingrédients font, selon moi, la différence : le lait babeurre, fermenté ou lben (selon les différents noms) pour le moelleux, le beurre (ou purée) de noisettes pour le goût, et les pépites de chocolat, pour la gourmandise.

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Ingrédients :

– 210 grammes de farine

– 140 grammes de sucre

– 80 grammes de beurre

– 3 oeufs

– 160 ml de lait babeurre ou lben

– 2 cuillères à soupe de cacao

– 2 cuillères à soupe de pépites de chocolat

– 2 cuillères à café de beurre (ou purée) de noisettes

– 1 cuillère à café bien bombée de levure chimique

– 1 cuillère à café de bicarbonate

– 1 cuillère à café d’extrait de vanille

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– Préchauffez votre four à 350 degrés F. ou 180 degrés C.

– Prévoyez deux bols ou saladiers. Dans le premier, battez les oeufs puis ajoutez le sucre. Fouettez jusqu’à ce que le mélange blanchisse.

– Faites fondre le beurre puis ajoutez-le à la préparation. Versez petit à petit la farine. Puis la levure et la bicarbonate de soude.

– Ajoutez progressivement le lait babeurre.

– Séparez votre préparation en deux (c’est là que se révèle l’utilité du deuxième bol). Au premier mélange, ajoutez le cacao et les pépites de chocolat. Dans le second mélange, versez l’extrait de vanille et le beurre de noisette.

– Versez dans un moule à cake beurré en alternant les couches, ou en versant d’abord la pâte blanche puis ensuite la pâte au cacao.

– Enfournez pour 40 minutes environ.

J’ai atteint l’orgasme gustatif en doublant les quantités de pâte. Pour ce faire, je vous conseille de réaliser individuellement vos pâtes dans chacun des bols plutôt que de doubler les quantités dans un seul. À la fin, vous n’avez qu’à mettre cacao et pépites dans un, vanille et beurre de noisettes dans l’autre, en pensant à doubler les quantités pour ces 4 ingrédients.

Bon à savoir : versez l’équivalent d’une préparation et demi dans un seul moule peut avoir des conséquences fâcheuses pour votre four eu égard à la quantité de levure. J’en sais quelque chose : Mr Swing gratte encore le brûlé tout au fond :) Mais le goût est là, c’est indéniable!

 

-Lexie Swing-

 

Le nez dehors

Mon capitaine./ Photo DR Lexie Swing

Mon capitaine./ Photo DR Lexie Swing

Si l’on devait classer la miss quelque part, elle serait certainement – à son jeune âge du moins – dans la case des enfants qui réfléchissent, des enfants qui observent, qui regardent avant d’agir. Les enfants qui aiment les livres et les puzzles. Les poupées et les ours en peluche. Préfèrent le silence aux cris. Et la solitude aux jeux avec trop d’amis.

Mais Miss Swing est comme tous les individus : inclassable. Elle est quelqu’un et puis quelqu’un d’autre encore. Elle est l’été et l’hiver, la lune et le soleil (mon soleil), la canicule et le vent d’ouest, tout à la fois. Parce qu’elle était (les deux ans sont passés par là) si calme et si sage, il était aisé pour nous de nous convaincre qu’elle pouvait rester faire quelques jeux dans le salon tout l’après-midi durant, que lire quelques livres suffiraient à nourrir son imagination. Et puis les crises ont commencé. Tous les soirs, devant la porte, elle criait « non je ne veux pas rentrer ». Elle voulait « encore les fleurs, encore l’herbe, encore le jardin ». Encore les magasins. Encore le parc. Encore la promenade, regarde on est si bien dans le vent du soir.

Miss Swing trouve son équilibre dans le temps qu’elle passe au dehors. Elle n’a rien de ces enfants qui semblent abriter des piles inépuisables dans leurs entrailles, elle marche plus qu’elle ne court, le nez en l’air, tentant de deviner d’où vient l’avion qui l’entoure de son vrombissement. Mais elle est indubitablement faite pour vivre dans le monde, loin de la maison. Une sortie de garderie réussie passe avant tout par un tour au magasin de bricolage avec son papa. Qu’importe si l’heure du souper est passée depuis longtemps, elle parcourt les rayons, tenant précieusement sa boîte de vis. Un dimanche doit se terminer au parc, à tout le moins dans le jardin, à observer les fourmis qui s’agitent et ne semblent jamais vouloir s’arrêter.

Nous étions lassés de la voir se relever 15 fois, à 9h30 passées, visiblement en proie à une énergie qu’elle n’avait guère dépensée! Désormais tous les soirs nous l’occupons : jeux, cuisine, toboggan et même rangement. Nous ne lui laissons guère de répit. Mais l’esprit ainsi nourri, elle s’endort désormais sans problème la nuit venue.

Et quelque part, la vie avec elle est redevenue plus cool aussi. À cet instant précis, elle semble avoir résolument besoin de nous, de notre présence. L’emmener à l’épicerie signifie l’asseoir sur le rebord du caddy et la tenir serrée contre soi tout le long des rayons. Et jouer au train ne se fait souvent qu’en présence de papa ou maman, censés actionner la manette pour faire monter le train dans les hauteurs de la passerelle. Mais notre investissement est récompensé : elle n’hésite plus à partir jouer seule dans sa chambre, le moment venu, après une intense journée à faire des choses ensemble. Et les crises s’atténuent, à mesure que le temps passé à deux ou trois prend de l’ampleur. Bien sûr, tout n’est pas fini. Il y aura d’autres cris, d’autres refus, d’autres soirs où nous n’aurons pas eu suffisamment de temps pour faire des activités en famille. Mais en tâtonnant, on finit par avancer. Et par accepter que son doux agneau est devenu un peu plus que ça. Et que désormais il peut mordre.

-Lexie Swing-

Enfumée

Smoke./ Photo Jurek D.

Smoke./ Photo Jurek D.

Hier, je suis descendue du trottoir et me suis éloignée, malgré les voitures approchant, parce qu’une jeune femme faisait quelque chose que je ne supporte pas. Elle fumait.

Je n’ai rien contre les gens qui fument. Je n’ai pas vu dans son geste de l’irrespect. Elle n’avait pas levé les yeux de son portable et ignorait encore tout de ma proéminence. Je n’ai vraiment rien contre ceux qui fument. J’ai fait partie de la gang. Et je gênais les autres. Avec probablement toute l’indolence et le jemenfoutisme qui caractérisent certains jeunes de 20 ans.

Je ne supporte plus les vagues de fumée qui s’attardent à mes narines. Me tenir à proximité d’une cigarette que l’on grille me fait frémir. Me retrouver soudainement dans un boudoir de fumeurs me fait quitter la pièce. Et cela n’a rien à voir avec la maternité.

J’ai écrasé ma dernière cigarette entre deux véhicules, sur le trottoir, face à un appartement toulousain que nous devions visiter. Je ne me souviens pas de son goût. Je crois que je l’ai jetée avant la fin parce que nous étions pressés. Est-ce que je savais que c’était la dernière ? Je crois que oui. Je suis de ceux qui ont besoin de planifier leurs derniers moments.

Je n’ai jamais refumé. J’en ai eu envie, mille fois. Surtout après trois verres de vin. Surtout après le café du matin. Surtout après l’amour. J’avais l’envie de l’habitude et le tanin s’est toujours marié à merveille avec le goût de la cigarette. Mais je n’ai jamais pu y retoucher.

Et aujourd’hui je fuis son odeur, ses volutes de fumée. Elle est devenue persona non grata dans mon environnement. Parfois, les fumeurs voient ça comme une attaque, une volonté de réduire leur liberté. Mais leur liberté raréfie mon air et l’espace propre à chacun est bien souvent transgressé par la fumée qui n’a cure des frontières de nos bulles respectives. Cependant chacun devrait être libre dans l’espace public, alors je fais deux pas de côté, je détourne la tête, la main sur le nez. Mais je voudrais quand même te dire, jeune femme qui fume sur le chemin piétonnier : elle me fait chier ta cigarette.

-Lexie Swing-

De l’escalade de l’auto-apprentissage parental

J’aime bien les titres improbables.

J’ai la chance d’avoir des amies tolérantes et bienveillantes. Il en faut parfois, de la tolérance, pour gérer une fille comme moi qui ne veut ni allaiter, ni rester à la maison, qui fait une tête pas possible quand on lui présente une robe rose, scalpe les Barbies et roule des yeux quand on lui parle du cododo.

On s’est construit sur cette base solide de tolérance : chacune fait comme elle veut, et personne ne donne son avis si on ne lui a pas demandé avant. J’ai donc des amies qui allaitent, qui donnent le biberon, qui mettent des robes roses à leur fille, ou des shorts roses à leur garçon. J’en ai qui laisse leur bébé regarder la télé dès le premier mois, et d’autres qui ne jurent que par les jeux-faits-maison-inspiration-Montessori. Certaines ont refilé des petits pots, d’autres ont écrabouillé des légumes bios avec enthousiasme, mais la plupart ont fait un peu des deux, quand même. Il y a mes amies mères au foyer, celles qui s’essayent au temps partiel et puis les accros-au-boulot qui peinent à décrocher plus d’un mois (je plaide coupable).

Il y a surtout, de la mesure. Des divergences, mais peu d’empoignades. On a des tas d’idées reçues lorsqu’on commence dans la vie comme parent, et celles-ci sont reléguées au rang de niaiseries rapidement, bien souvent par les enfants eux-mêmes. Mais les amies qui font « autrement » sont autant de sources d’inspiration parentale, pour autant qu’on s’essaye à la tolérance.

Ceci dit, et c’est rare que je le pense, il y a une limite à cette tolérance (oui j’ai mis trois paragraphes à arriver au coeur du sujet), c’est la mise en danger. Internet a permis l’auto-beaucoup de chose. L’auto-formation, l’auto-médication… Mais il a véhiculé avec cette liberté un danger : celui de prendre pour argent comptant tout ce que véhicule les forums, et de mal comprendre les informations que donnent des sites plus officiels. Quand on apprend quelque chose à l’école, par exemple, on a pour support un livre. Il délivre l’information. Le prof, si c’est un bon prof (à mes yeux) ne se contente pas de retransmettre cette information, il l’explique, il la met dans un contexte, il en souligne l’origine et les limites, tout en passant rapidement sur les cas particuliers.

Il y a quelques semaines, mes cheveux se sont dressés sur ma tête au détour d’une conversation que j’écoutais. Une jeune mère disait avoir attendu les 15 mois de son fils pour lui donner de la nourriture solide. Elle s’est inquiétée quand il a commencé à perdre du poids, se disant qu’elle ne devait pas avoir assez de lait. Elle est alors passée au biberon comme supplément, mais sans succès. Pourquoi avait-elle tant attendu ? Parce qu’elle avait lu que, plus on attend pour donner les aliments, plus on réduit les risques d’allergies. Elle était également sûre d’elle : l’OMS recommandait un allaitement exclusif jusqu’à 18 mois.

Si on y réfléchit, c’est vrai : on lit parfois que donner certains aliments comme les arachides assez tard permettraient de diminuer le risque de développer une allergie. On lit de plus en plus aussi l’inverse : une étude israélienne a récemment montré que les enfants qui consommaient tôt des arachides avaient des risques égaux sinon moins importants de développer une allergie. Le Canada applique ce principe-là, recommandant d’introduire la plupart des aliments, fruits tropicaux et noix compris, aux alentours de six mois, du moins quand on commence la diversification. En gros : on dit beaucoup, et son contraire, comme pour tout lorsqu’il est question de prévention. Mais en aucun cas on ne prescrit d’attendre les 18 mois de l’enfant pour commencer la diversification. Mais voilà : on lit « il vaut mieux attendre pour certains aliments » et une mère, sûrement bien intentionnée, estime que 18 mois peut alors être l’âge juste. Mieux encore : l’OMS recommande un allaitement exclusif jusqu’à 6 mois je crois, et sûrement le plus longtemps possible ensuite après la diversification, probablement 18 mois. Mais ladite maman y a lu un raccourci : allaitement exclusif jusqu’à 18 mois. Forcément…

Avec les enfants, comme avec les médicaments, surnombre = danger. Non je plaisante. Avec les enfants comme avec les médicaments, il faut se méfier de « l’auto ». Accepter d’admettre que l’on peut se tromper. Recouper ses sources. Mettre ses choix à l’épreuve de la vie. Ne pas se focaliser sur des dates, sur le temps présupposé donné par les médecins pour apprendre à marcher. Poser des questions, surtout. Au pédiatre, à la nounou, aux sage-femmes, et aux amis. « Comment tu fais toi? » La réponse n’a pas valeur de jugement. Elle n’est pas non plus coercitive. Elle donne une indication. Elle aide, dans tous les cas, à faire le bon choix.

Il n’est jamais idiot de demander de l’aide, de poser des questions comme « et comment je les cuis les carottes du petit? » Parce qu’il y a de bonnes et de mauvaises choses. De bons et de mauvais choix. Et qu’il n’est pas évident de savoir – par exemple – qu’un enfant de moins de un an ne devrait pas consommer du miel. Ou que le blanc de l’oeuf peut-être allergène. Voire encore, qu’il vaut mieux introduire un aliment à la fois, pas parce que les mélanges provoquent des réactions mais parce qu’en cas d’allergie, il sera plus facile d’identifier le coupable si on n’a pas testé le même jour choux de Bruxelles et salsifis (mais qui fait ça à son enfant??? Pourquoi pas foie de veau tant qu’on y est?). En matière de parentalité, il n’y aura jamais de mauvaises questions. Juste des précautions.

-Lexie Swing-