Où c’est chez nous?

Se sent-on vraiment chez nous un jour lorsque l’on vit à l’étranger? C’est La Maudite Française qui avait posé cette question un jour de février.

Elle était légitime cette question, surtout rendu à la fin février, et peut-être encore plus à la mi-mars, quand il y a eu l’énième tempête de neige et le début des gastros. Quand le moral flottait dans le bol des toilettes, auréolé par la seule lueur d’un cellulaire qu’on a appelé portable pendant tant d’années.

Où c’est chez nous? Je ne me suis jamais vraiment posée la question. Chez moi c’est là où est mon amoureux, toujours. Chez moi, c’est là où sont mes enfants, à chaque instant. Chez moi, c’est une maison à la façade verte et défraichie. Chez moi, c’est une maison aux volets bleus. Chez moi, c’est une maison de trois étages, au coeur débordant et au frigo rempli. Chez moi, c’est un ascenseur qui puait la pisse et un appartement qui fleurait l’amour. Chez moi, ce sont des parties de coinche. Chez moi, c’est une tresse de guimauves colorées achetées au magasin fourre-tout du bas de l’avenue. Chez moi, c’est l’odeur du foin et les aboiements d’un chien. Chez moi, c’est une pile de livres et une lampe de poche. Chez moi, c’est du Pavé d’Affinois, des crêpes surgelées et du chocolat Milka. Chez moi, ce sont leurs sourires, ce sont leurs bras, ce sont leurs odeurs, ce sont leurs photos devant lesquels je m’extasie, leurs lettres que j’épluche et leurs vidéos que je rejoue plusieurs fois.

Chez moi, ce sont des gens que j’aime farouchement, et qui pour certains ne sont plus; ce sont des lieux où j’ai vécus, qui pour certains n’existent plus. Ce sont des odeurs qui me transportent, des noms qui me plongent dans mes souvenirs et des images qui m’apaisent. Ce sont des voix, ce sont des histoires. Chez moi, c’est un amour immense avec le bonheur en noyau.

Chez moi, ce n’est ni ici, ni là-bas. C’est ici, là-bas et mille lieux sur terre, ces lieux de vacances et de découvertes, ces lieux d’expérience qui nous ont construit. Chez moi, j’en suis sûre, c’est avant tout les gens, ma famille, mes amis. Je n’ai aucun doute quant au fait que ma maison cesserait aussitôt d’être mon chez moi si ma famille n’y vivait plus. Les lieux n’ont que le cœur des autres pour battre, et le souffle des souvenirs pour exister.

Je suis étonnée, quand même, de voir des gens se déchirer de l’intérieur, attachés qu’ils le sont à la terre de leur enfance, incapables de s’enraciner dans cet autre lieu qu’ils semblaient pourtant avoir choisi. Cela ne fait que 5 ans que je suis partie, et rien n’est comme avant. Les rues ont changé, les préoccupations aussi. La télévision ne diffuse plus les mêmes émissions et j’ignore le nom des dernières stars de la chanson. De nouveaux magasins sont apparus, d’autres enseignes ont disparu, et les expressions elles-mêmes semblent avoir évoluées.

Rentrer en France était douloureux, tant l’image amoureusement conservée ne correspondait plus à la réalité qui s’offrait sous nos yeux. Les choses ont cessé de l’être quand nous avons compris que le monde, semble-t-il en mouvement, était finalement relativement statique. Et que seule notre perspective pouvait changer. Nous avons alors cessé de voir notre pays d’origine comme notre chez nous, pour le voir comme une terre de découvertes, une terre d’exploration. Nous avons commencé à y partir en vacances, pour de vrai, comme nous aurions toujours dû le faire. Ce pays de vacances que le monde nous envie, tant il est riche et magnifique, mais qui abrite du surcroit ce que nous avons de plus cher : nos familles et de nombreux amis. Qui peut se targuer de partir en vacances dans un pays à découvrir, et d’y retrouver en plus ses proches?

Finalement, c’est où chez nous? Je ne sais pas pour vous, mais pour moi, physiquement parlant, c’est souvent beaucoup moins qu’un lieu paradisiaque ou une maison de vacances sur le front de mer (je ne dis pas non ceci dit!). C’est un canapé moelleux, c’est une chambre cosy, ce sont les lits de mes filles et leurs couvertures d’enfants sous lesquelles j’ai toujours un peu froid, faute d’être complètement couverte. C’est un fauteuil douillet, où je replie mes jambes pour y poser mon livre, c’est aussi une tasse fumante et mon corps penché sur ma table en bois chérie.

C’est un rebord, un recoin, une cuisine pleine des gens que j’aime. C’est chez moi parce que je m’y sens bien, parce que j’y suis apaisée, parce que j’en connais les contours, parce que j’en connais les visages, parce que j’en connais les voix.

Et ces voix-là ont tous les accents du monde.

-Lexie Swing-

Cet immigrant que je ne saurais voir

Pour défendre une certaine notion de patrie, certains, s’érigeant en pourfendeurs de l’immigration, sont portés à croire que la citoyenneté devrait reposer sur des origines, une couleur de peau, la sonorité d’un nom. Ainsi, en France, on a tendance à estimer, par défaut, que le jeune Nicolas est plus français que son ami Chen. Je ne dis pas ces noms au hasard.

Nicolas est certes d’origine française mais il ne connaît rien à la France. Son père était perpétuellement muté dans un nouveau pays, il a notamment passé 12 ans en Afrique et il est né au Kenya.

Chen est né dans un bled à côté de Strasbourg, de parents chinois immigrés en France une dizaine d’années avant sa naissance. Il a été à l’école à Strasbourg, et il a été à Lyon à l’Université. Un jour, un ami commun lui a demandé comment c’était « là d’où il venait » et il a décrit un village de carte postale où les gens parlaient un français mâtiné d’allemand. Je ne sais pas s’il a fait exprès de parler de son village alsacien mais la vérité, et je l’ai su plus tard, c’est que Chen n’était jamais allé en Chine. Il s’y est rendu plus tard, seul et en backpack, pour découvrir un pays qui était celui de ses origines certes, mais qui lui était inconnu.

J’ai toujours eu plus de points communs avec Chen qu’avec Nicolas. C’était fascinant d’entendre Nicolas raconter ses premiers pas dans la brousse (sérieusement, c’est plus fancy que les trottoirs de Paris ou d’Alger pour apprendre à marcher non ??) mais on n’avait pas la même culture. Il ne connaissait pas les Minikeums, il restait de marbre devant les répliques cultes de la Cité de la peur ou du Père Noël est une ordure, il n’avait jamais lu Astrapi. Chen, si.

C’est cependant en arrivant au Québec que j’ai pris la mesure de la citoyenneté que je portais, et de l’étrangère que j’étais. Même si j’assimile parfaitement l’accent, et que je finis par connaître Montréal comme ma poche; même si je participe à élire le prochain gouvernement et qu’on me délivre un passeport en règle, je ne deviendrais réellement québécoise que le jour où j’en assimilerais la culture. Lorsque le nom des politiques et l’humour des comédiens trouveront écho dans mon esprit et que je pourrais fredonner une toune connue.

Et il y aura d’ailleurs ceci de différent entre mes filles et leurs cousins, qui les rendront définitivement plus proches de leurs amis d’école – quelles que soient leurs origines – qu’elles auront les mêmes souvenirs musicaux, littéraires et bien sûr télévisuels. Parce que la langue elle-même est différente et que rien – à commencer par les films – ne porte le même nom des deux bords de l’Atlantique.

Et c’est bien la preuve, s’il en faut, qu’on ne voit jamais plus loin que le bout de notre nez. Que parce que nos voisins ont les yeux allongés, le teint olive et l’accent marqué, on s’imagine qu’on sait tout : comment ils vivent, pour quel Dieu ils prient et à quoi ils aspirent. On prétend surtout savoir qu’ils ne sont pas d’ici, sans jamais se demander ce que c’est, être d’ici. Est-ce que c’est d’avoir le teint pâle et le ton affecté? Ou bien est-ce d’aimer une terre si fort qu’on a été prêt à traverser le monde pour la rejoindre? Est-ce que c’est respecter des traditions, en les faisant siennes ? Adopter des coutumes, des habitudes et tout un peuple ? Choisir un pays pour y travailler, pour y élever ses enfants et pour s’y endormir chaque soir, en s’y sentant en sécurité et à la bonne place ?

Je me souviens d’une fille, interviewée lors de ma première année au Québec, qui me disait être victime de ce que j’appellerais un double délit : nom et faciès. Elle avait un nom vietnamien, elle avait le type asiatique, et avait été estampillée « français balbutiant » par tout employeur qui croisait son CV, réduisant à néant ses possibilités d’être embauchée dans ce petit coin du Québec où elle vivait. Je lui ai parlé au téléphone. Je ne lui ai parlé qu’au téléphone même. Et pour moi elle n’est restée qu’une voix. Un accent québécois marqué. Des expressions typiques. Rien ne trahissait ses origines. Mais ses parents lui avaient légué ce qu’il y a de plus lourd à porter aujourd’hui pour un enfant d’immigrés : un nom à consonance étrangère et des traits d’ailleurs.

Notre connaissance des autres est construite sur des présupposés. Une femme au foyer est forcément inéduquée, des piercings nombreux sont l’apanage de la marginalité, l’enfant qui court au restaurant est victime d’une éducation laxiste, quand celui qui dort avec ses parents est un enfant-roi.

Notre vision est faite de cases étriquées dans lesquelles nous tentons de faire rentrer le monde qui nous entoure. Nous faisons fi de ceux qui font le grand écart, des funambules, suspendus entre deux réalités, de ceux qui résistent et de ceux dont l’esprit est trop large pour rentrer dans la case assignée.

Nous imaginons notre monde comme l’un de ces immeubles à clapiers, comme ils en poussent par dizaines dans les banlieues françaises. Ces champignons qui empoisonnent la société. Ces cages à poules minuscules qui dégueulent d’immigrants.

Ça ne rentre pas. Quand est-ce que les arriérés de ce monde se rendront compte que ça ne rentre pas? Que la vie n’est pas un putain de sudoku avec un chiffre par case. Que la palette ne suffit plus à créer tous ces métissages. Qu’il va falloir changer de plan. Cesser la linéarité. Accepter les nuances, les contours flous, la cacophonie des accents chantants.

L’aquarelle n’est pas terminée et la réalité n’est pas immuable. Essorez les pinceaux, il est temps de changer le décor.

-Lexie Swing-

Photo : Slava Bowman

Immigration : obtenir un médecin de famille (encore)

DocteurIl est difficile de trouver, et d’obtenir, un médecin de famille au Canada. Tout le monde vous le dira. Et les immigrants ne sont pas seuls dans cette galère : en 2015, 420 000 Québécois étaient inscrits sur les listes d’attente du Guichet pour la clientèle orpheline (GACO), un chiffre qui avait déjà quadruplé par rapport à 2013.

Obtenir un médecin est comme trouver le Graal. Au point que, lorsqu’une clinique m’a appelée un jour au bureau en cherchant une ancienne collègue, qui avait visiblement donné le numéro de poste de la ligne qui était désormais la mienne, je me suis dépêchée de la prévenir par LinkedIn qu’un médecin de famille lui avait été attribuée et qu’on cherchait à la joindre. Car le message laissé par la clinique était pressant : elle devait rappeler sans délai sous peine de voir son attribution lui passer sous le nez…

De notre côté, nous avions été chanceux. Sitôt arrivés au Québec, nous avions pris rendez-vous dans une clinique privée pour enfants où, moyennant le paiement d’un abonnement, un médecin nous a été attribué. Cette jeune médecin ayant encore de la place et recevant aussi les adultes dans une autre clinique de Montréal, elle nous a proposé de nous prendre sous son aile… Nous avions un médecin!

Cependant voilà, les années ont passé et nous avons déménagé loin, bien loin de la clinique où se passaient les rendez-vous semi annuels des filles. Une journée de congé était nécessaire pour nous permettre d’y assister. Et même si nous avions créé une routine amusante, dinant toujours au même restaurant et profitant de l’occasion pour arpenter notre ancien quartier, nous avons commencé à songer à trouver un nouveau médecin.

Pas facile, pensez-vous… (avec raison).

Cependant, l’idée n’est pas venue seule. Si nous nous rendions de moins en moins aux rendez-vous de suivi (deux sur quatre seulement pour Tempête), nous avions littéralement pris une carte de fidélité à la toute nouvelle clinique de notre ville pour les otites à répétition de notre toute-petite. Alors que je déplorais la distance qui nous séparait de notre médecin de famille, la secrétaire m’a souligné, en passant, que tous les gens inscrits sur les listes de la clinique avaient été contactés, et qu’il était possible de s’inscrire et d’espérer avoir une place dans l’année.

Aussitôt dit, aussitôt fait. J’avais deux possibilités : nous désinscrire des listes de notre premier médecin et me réinscrire sur celles de notre secteur médical. Ou réussir à nous inscrire sur la liste du Guichet de la clientèle orpheline en conservant notre médecin jusqu’à obtenir une nouvelle attribution. Et la deuxième solution a été validée par ledit guichet!

L’inscription fut faite en septembre, et en novembre nous recevions le précieux appel : celui qui vous informe que vous avez obtenu un médecin. Cela ne représente pas pour nous la joie que cela doit procurer chez ceux qui attendent depuis longtemps, mais tentons d’imaginer quand même le bonheur de cet appel : vous avez enfin quelqu’un vers qui vous tourner lorsque vous êtes malade, quelqu’un qui connait votre dossier et peut faire des suivis, une clinique médicale à laquelle vous référer. Ce n’est plus l’angoisse de devoir faire des vérifications, ou des prises de sang. Mieux : dans notre clinique, et sûrement dans plusieurs cliniques, une fois que vous êtes inscrit auprès d’un médecin de cette clinique, vous pouvez appeler le matin même et espérer obtenir un rendez-vous dans les 24 à 48h.

On ne se rend pas compte de ce que représente le fait d’avoir un médecin de famille, ou un médecin traitant, avant de ne plus en avoir. Si vous venez d’arriver au Québec, ne tardez pas et inscrivez-vous sur la liste du Guichet de votre région. N’hésitez pas, également, à poser la question. Peut-être que, comme nous, le médecin de votre enfant travaille aussi comme médecin de famille pour adultes. Parfois, il suffit juste de tomber au bon moment, sur la bonne personne.

Et de votre côté, avez-vous trouvé un médecin?

-Lexie Swing-

Crédit photo : Hush Nadoo

« Il s’adaptera de toute façon »

Sainte-Irénée, CharlevoixHier midi, ma prof racontait comment, lors de son jogging, elle était allée à la rencontre des lieux qui avaient ponctué sa vie jusqu’à 20 ans : son école primaire, son école secondaire, l’appartement où elle vivait enfant, le premier qu’elle a loué seule… Elle a voyagé à travers le monde et vécu dans au moins un autre pays, mais les principaux lieux de sa jeunesse, son ancrage, tiennent dans quelques kilomètres carrés. À l’inverse, les deux autres personnes présentes, un autre étudiant et moi, serions incapable d’un tel «voyage». Nos jambes n’y suffiraient pas. Une voiture oui, et plusieurs journées devant nous. Nous avons vécu deux enfances fort différentes, mais elles se ressemblent sur un point : celles-ci ont été ponctuées de maisons et de déménagements. Pas au point des enfants de militaires ou des enfants de parents «Michelin» qui changeaient de pays au rythme des mutations parentales, mais beaucoup plus que certains des amis que nous avons croisés dans nos vies, qui ont ouvert les yeux sur un monde dont les coordonnées topographiques n’ont que peu changé.

Les enfants sont adaptables. Tout le monde le sait, tout le monde vous le dira. Il y a des exceptions cependant, et je garde en mémoire cette personne que j’aime beaucoup et qui regrette l’immigration de ses parents depuis 50 ans. 50 ans oui. Mais les enfants sont adaptables. Est-ce pour autant dire que c’est une chance, pour un enfant, de déménager souvent?

Enfant moi-même, je ne me posais pas vraiment la question. Je suis aussi la résultante de ces changements. Serais-je pire ou meilleure aujourd’hui si je n’avais pas changé plusieurs fois de villes, de maisons et d’habitudes? Seul un univers parallèle pourrait éventuellement y répondre. Serais-je à cet endroit dans ma vie? Non, probablement pas. Je ne crois pas aux destinées. Je crois que notre entourage, notre environnement et la vie quotidienne nous façonnent. Parfois on s’extirpe de son milieu, de sa bourgade, pour filer ventre-à-terre découvrir ce que le monde a à nous offrir. Parfois on voyage toute son enfance et l’on jette l’ancre sitôt la majorité atteinte pour ne plus jamais bouger. Et les gens se désolent : «S’enterrer ainsi, alors que ses parents lui avaient tant fait voir le monde». Je le répète, on est la résultante de ce que l’on a vécu. Quelle que soit l’équation. Nombre de déménagements + nombre d’écoles connues × nombre de jours où l’on a été surnommé «le nouveau» = envie de ne plus jamais bouger.

À l’inverse, un enfant qui aura beaucoup voyagé aura peut-être aussi «la piqûre du voyage». Une fille croisée un jour durant mes études, fille de voyageurs au long cours, m’avait ainsi expliqué se sentir incapable de se poser quelque part. Elle ne se sentait chez elle qu’en «transit». Un drôle de sentiment.

Pour revenir à mon interrogation initiale, car il y en avait une, je me suis souvent demandée, depuis que je suis mère, quel serait le mieux pour mes enfants. J’ai toujours aimé changer, déménager. Immigrer a été pour moi une chance, mais en tant que personne individuelle, et aussi en tant que couple, je rêve d’en voir encore et toujours plus. Parlez-moi de Boston, de Toronto, des Prairies, même de Charlevoix, de Sherbrooke, de la Nouvelle-Zélande, des pays nordiques… Je vous dirais que j’ai déjà regardé chacun de ces endroits, chacun de ces pays, pour savoir quel genre de travail on pouvait y trouver et comment y était la vie. Nous nous sommes déjà demandés si nous serions heureux ailleurs. Mais le nous a grandi.

Je n’ai aucun impératif professionnel. Mon conjoint non plus. Nous n’avons plus d’excuses. Nous pouvons parfaitement nous épanouir professionnellement à Montréal, et nous en avons d’ailleurs le souhait. Pour la première fois depuis que j’ai commencé ma vie d’adulte, je suis arrivée quelque part avec le sentiment d’avoir atteint un but, une ligne d’arrivée. Nous avons seulement toujours eu cet appétit insatiable de voir encore plus, de voir ailleurs. En bons représentants de notre génération, le monde n’est qu’une succession de stations dans un train lancé à grande vitesse.

Mais mes enfants? Les voyages forment la jeunesse, certes. Mais je ne suis pas certaine que les déménagements soient nécessaires, soient obligatoires, pour former une jeunesse équilibrée et sûre d’elle. Déménager, changer d’école et de ville, voire de pays, rend adaptable. Les plus sociables accroissent cette capacité, tandis que les plus timides se renferment. Chez certains, l’adaptabilité frôle l’invisibilité. Ils se fondent dans la masse sans laisser de traces. Puisque de toute façon on les oubliera.

Je crois que j’aimerais ça, que les repères de mes enfants puissent se concentrer sur quelques kilomètres carrés. Au moins sur une partie de leurs vies. Qu’elles évoluent, sûres d’elles, dans un monde qu’elles connaissent et maîtrisent, pour laisser toute la place au reste. Qu’elles n’aient pas à se soucier de se faire connaître. Que leurs racines bien plantées leur apportent le nécessaire, pour qu’elles n’aient à gérer que le superflu.

Je crois que j’aimerais ça oui, puisque c’est aussi pour ça que je suis venue ici. Dans l’idée de leur offrir quelque chose de spécial, une chance particulière, un endroit que nous avions choisi pour y faire notre nid. Elles seront libres plus tard de choisir où faire le leur.

La réflexion demeure…

Et de votre côté? Comment avez-vous grandi? Et qu’avez-vous choisi?

-Lexie Swing-

Crédit photo : Lexie Swing (quand je la vois courir ainsi j’ai toujours la musique de La Petite Maison dans la Prairie dans la tête).

Elle grandit loin de moi

J’ai voulu la soulever et ce n’était plus possible. Elle avait désormais la carrure d’une adulte, à peine quelques centimètres de moins que moi. Ça aurait pu vouloir dire que j’étais rendue trop faible. Mais il était plus probable que la distance et les années l’ai rendue plus grande et plus forte que mon esprit voulait bien l’accepter. 
C’était il y a un instant à peine, pourtant, que ma nièce, la toute première, reposait là dans le moïse blanc. Celui qui avait accueilli sa mère et son oncle, celui qui bercerait le reste de sa fratrie et sa cousine, plus tard. Avant que l’on s’échappe à l’autre bout du monde et que le berceau de famille ne puisse nous suivre pour accueillir en son sein la petite dernière, née canadienne.
L. a été longtemps la première. Et la seule. Elle était le joli poupon que l’on portait sans cesse. La petite fille qui marchait en tenant nos mains, sous le soleil marocain. Elle a égayé nos jours certains mois de tempête et s’est prise d’affection pour ce chiot blanc et poilu qui avait peur de tout.
Ce même chiot qui aura 8 ans cet automne.
Ma nièce, elle, aura dix ans en janvier. Et ça fait des années que je dois faire un effort pour me souvenir qu’elle n’est plus la toute petite fille que l’on a laissée. Qu’elle est une personne qui raisonne, une personne d’opinion.
La distance et l’absence ont effacé la rupture du temps. Dans ma mémoire, tout se mélange. Malgré nos quelques retours ces dernières années, elle paraît n’avoir jamais eu 6 ou 8 ans. Un jour 5 et puis maintenant bientôt dix. 
Elle entre en CM2 avec un an d’avance. L’an prochain ce sera le collège. L’adolescence. Des préoccupations bien secondaires, bien loin de ce toutou qu’il fallait toujours penser à prendre et de ces nuits où elle ne dormait pas. 
Il nous faut désormais tout réapprendre, tout redécouvrir. Et accepter que dans quelques semaines, sa vie redeviendra en partie, un mystère.
-Lexie Swing-

Crédit photos : Lexie Swing

Immigrer au Canada en dix questions 

Il y a quelques jours, je fêtais mon 4e anniversaire au Québec en surveillant la mouette qui lorgnait sur ma quiche aux champignons. Elle et moi marchions le long du quai, à l’extrémité du Parc Jean-Drapeau, et je faisais face à la skyline de Montréal, comme 7 ans auparavant, lors de nos premières vacances. Cette immigration et les questions qui s’y rattachent feront, je pense, toujours partie de nos vies. J’ai pour preuve cette connaissance, Française immigrée au Québec depuis 25 ans, à qui l’on pose tous les jours une question en rapport. L’accent fait toujours office d’allumette au feu des questionnements.

Je ne suis pas contre. Les questions sont généralement bienveillantes. Mais d’autres, peut-être, se les posent aussi. Voici dix questions que l’on me pose souvent, une fois mon accent identifié. Pas les dix d’un coup, il n’y a guère que moi qui sois capable de noyer quelqu’un sous un tel flot en l’espace de quelques minutes (#monfreremappellelaGestapo).

1) Mais… pourquoi?

C’est peut-être la question la moins facile. Pourquoi es-tu là? Ton pays est si beau, on y mange si bien, tu as la Sécu, qu’es-tu venue faire ici?

En fait, il y a huit ans, nous avions envie d’aventures. J’avais vécu en Irlande, mon chum avait vécu en Suisse, être étrangers quelque part était une façon de vivre qui nous séduisait. Nous pensions demander un PVT et puis certaines circonstances nous ont contraints à repousser le projet. Un an plus tard, nous nous envolions pour des vacances méritées au Canada. Le coup de foudre! Nous avons réfléchi au projet… jusqu’en 2011! En septembre, j’ai obtenu un contrat de deux ans au fin fond de la France, seul moyen pour décrocher un boulot dans ma branche. Mon chum, lui, commença bientôt à conjuguer boulot alimentaire et job de passion indépendante. Deux ans de contrat, deux ans parfait pour donner le coup d’envoi au projet «Résidence Permanente – Destination Québec». Ce qui nous poussait : l’envie d’ailleurs toujours, doublée d’une difficulté à trouver un travail dans nos branches (Paris exclu) et un climat social délétère (ce serait bientôt la Manif pour tous, rappelez-vous). Quelques problèmes de carte bancaire, de CSQ perdu par la poste et un bébé plus tard, le sésame a été délivré un matin de juillet. Le 25 août 2013, je m’envolais pour le Québec avec Air Transat, mon bébé arrimé dans le dos et mon chien enfermé dans une caisse immense.

2) C’est pas difficile de tout recommencer?

Si! Mais on est porté par l’euphorie du projet. Cependant, je n’aurais pas le goût de recommencer là, maintenant. J’admire pour ça les gens qui immigrent de nouveau dans un autre pays, ou bien qui retournent en France, car la simple pensée de devoir recommencer des démarches entières ou de refaire des cartons me donne de l’urticaire. Mais quand on part, la première fois, c’est magnifique : on fait le tri dans sa vie, dans ses choses, on fait le point sur son existence, on abandonne des gens, des affaires précieuses, des lieux chargés de mémoire, mais on se sent libres comme jamais auparavant. On écrit un nouveau chapitre, et même un nouveau tome. C’est exaltant, magique… Le genre d’émotions qu’on devrait tous pouvoir vivre une fois dans sa vie.

3) La France ne te manque pas?

Non. Enfin si. Mais pas ce que tu crois. Ma famille me manque, mes amis me manquent. La nourriture non, les paysages pas tant. Le plus difficile pour moi est de ne pas pouvoir être dans la spontanéité avec mes proches. Plus question de faire la surprise à mon père de le retrouver pour un lunch le jour de son anniversaire, plus de café «je prends ma pause je reviens dans cinq (20) minutes» avec ma mère, à côté de mon boulot, plus beaucoup d’amis qui passent dans le coin et restent pour souper. Impossible d’accorder plus de trois heures à nos amis lors de nos retours en France et l’essentiel doit être dit dans ce laps de temps. Ils me manquent, c’est évident. C’est triste, tout un pan de vie laissé derrière soi. Mais je ne pourrais revenir en arrière. La vie gagnée ici est une véritable pierre précieuse, une émeraude magnifique. Elle est un peu croche à cause de mes proches qui me manquent, mais elle luit de mille feux.

4) Tu as eu un bébé en France, l’autre au Québec, tu as préféré quoi?

Voyons voir… J’ai adoré, en France, être suivie par une sage-femme, et mon accouchement à Toulouse, à Estaing, était au-delà de toutes mes espérances. J’avais détesté par contre mon début de suivi avec une gynéco et j’ai trouvé le temps long – 4 jours – à l’hôpital. Mon suivi au Québec était moindre. J’ai fait trois échos, même si une seulement était obligatoire. Et j’ai trouvé la deuxième écho expéditive. Si je n’avais pas eu d’autres échos, et si en plus ça avait été mon premier bébé, je pense que j’aurais été affreusement déçue. J’ai beaucoup aimé mon accouchement, la gentillesse du personnel malgré la taille de l’hôpital, la sympathie du médecin. J’ai adoré pouvoir sortir au bout de 36h.

5) C’est quoi ton plat préféré au Canada/ tu me conseilles quoi?

La tarte au sucre et le pouding chômeur. Je ne suis pas une grande fan du sirop d’érable. J’aime, j’adore dans les vinaigrettes même, mais je n’en mets jamais sur les crêpes par exemple. Mais alors le sucre à la crème et autres préparations du genre… C’est bien simple : j’ai goûté une fois les mini-tartelettes au sucre d’un endroit proche de mon ancien boulot… et j’y suis retournée tous les jours, à la saison des sucres suivante, pour savoir quand ils allaient se décider enfin à en refaire! (C’est mon petit côté harceleuse qui ressort… ou la dépendance au sucre)

6) Mais comment t’as fait pour amener ton énorme chien?

Rien de plus simple! Je l’ai fait vacciner, y compris contre la rage. J’ai acheté une cage aux normes IATA, assez grande pour qu’il puisse se tourner. Je l’ai mis dedans (mais seulement une fois à l’aéroport). Je l’ai donné au gentil monsieur qui l’a déposé sur le tapis roulant. Je l’ai retrouvé 7h plus tard la queue entre les pattes, au milieu des bagages hors-dimension et je l’ai chargé comme j’ai pu sur un chariot. J’ai payé une taxe de 30 dollars environ pour son arrivée, si ma mémoire est bonne, et il a pu entrer au Canada. Le plus difficile a été de trouver un appartement qui acceptait les chiens (mais pas si difficile dans certains quartiers comme NDG).

7) Comment sont vus les enfants au Québec?

Ils sont les rois! Ils ont généralement des sets à colorier au resto, et des crayons à disposition. Il y a des tables à langer dans de nombreux toilettes de restaurants, parfois côté homme et côté femme, parfois en mixte, dans les toilettes pour personnes handicapées. Il y a beaucoup d’initiatives à leur attention dans les villes, des spectacles, des activités. Je ne peux pas encore parler de l’école mais j’ai le sentiment qu’ils sont globalement acceptés dans leur individualité. Il n’est pas rare d’être arrêté dans la rue par quelqu’un qui veut te parler de tes enfants, parler à tes enfants, te donner un coup de main avec tes enfants (porter ta poussette dans l’escalier). Il fait bon être un enfant au Canada (et être un parent aussi, de fait).

8) Tu rentres tous les combien, en France?

Deux ans environ. On est rentré tous les 12 à 18 mois, mais notre prochain retour se fera seulement dans deux ans. Rentrer correspond à un budget vacances normal, et nous avons envie d’allouer ce budget à d’autres destinations que la France, maintenant que les filles grandissent. Notre prochaine destination devrait donc être les Îles-de-la-Madeleine, l’été prochain.

9) C’est pas difficile de se faire soigner au Québec? La Sécu ne te manque pas?

Avec les années, on oublie un peu ce qu’il est possible de faire ou non en France, notamment au niveau de la Sécurité sociale. La prise en charge y est meilleure, voir certains spécialistes est plus rapide et les hôpitaux, pour certaines choses, sont plus rassurants. Le temps d’attente aux urgences est également moins long, je crois. Mais, sans comparer, voici ce que je peux dire : nous avons eu un médecin de famille très tôt après notre arrivée au Québec, ce qui est plutôt rare. C’est le même médecin que mes filles, et elle s’est proposée pour nous prendre en plus de nos filles. Les enfants trouvent généralement très facilement un médecin, et ils sont prioritaires en bas de 5 ans.

Nous avons fait une demande pour changer de médecin car depuis notre déménagement, nous sommes à une distance trop importante pour nous y rendre. Heureusement, elle nous donne parfois des conseils par courriel, mais nous avons sauté beaucoup de rendez-vous de suivi de notre fille en raison de cet éloignement. Nous sommes désormais sur les listes du Guichet d’accès pour la clientèle orpheline.

Lorsque nous sommes malades, nous allons au «sans rendez-vous». A Montréal, il est courant de se présenter puis d’attendre pour voir le médecin, mais sur la Rive-Sud, la politique est plutôt d’appeler la veille au soir et de réserver une place pour le lendemain matin.

Côté urgences, le service est bon au Children’s pour les enfants. On y est allé 5 fois je crois en 4 ans. Les cas urgents ont été pris de suite et très bien soignés. Pour nous adultes, c’est plus compliqué. Nous avons renoncé une fois car le temps d’attente était trop important. Par contre, une autre fois, mon conjoint a été pris rapidement après que le médecin du sans rendez-vous a appelé l’hôpital pour prévenir de l’urgence de la situation… Il y a du bon, comme du mauvais. Le système aura besoin d’être amélioré, c’est certain. Mais en tant que nouvel arrivant, l’important est surtout d’arriver à le décoder. Repérer quelques adresses, glaner des noms de médecins, afin de s’enlever ce stress particulier qu’est une santé mal encadrée.

10) Pis tu vas rester?

Oui, c’est le plan A. Ce n’est pas gravé dans le marbre, aucune trace indélébile, mais cœurs et raisons nous donnent le goût de rester. Nous sommes heureux, la vie se construit, nos enfants grandissent ici, ils ont de bonnes perspectives d’avenir et avec un peu de chance, nous pourrions obtenir la citoyenneté en 2018 ou 2019. Ma personnalité fait que, à chaque nouvel appartement, maison et ville où nous avons vécus, je m’empressais de parler de la prochaine destination, je ne défaisais jamais vraiment les cartons. Lorsque je suis arrivée au Québec, j’ai su très vite que je ne voulais plus repartir. Et mon envie s’est encore plus concrétisée quand nous avons emménagé à Saint-Bruno. J’aime où je suis, ce que je vis. Je ne voudrais plus bouger d’un iota.

 

– Lexie Swing –

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FaceTime expat enfantsQuand j’étais enfant, mes grands-parents appelaient chaque mardi, le soir venu. «Que fais-tu cette semaine?» et « C’est tout ce que tu me racontes?» étaient probablement des questions rituelles. Avec les années, mon envie de leur confier mon quotidien a connu quelques avaries, mais la constance de leur appel, elle, a demeuré.

C’est avec la quasi même constance que nous appelons les grands-parents de nos filles, chaque semaine. Il y a quelques oublis et des semaines aussi plus prolifiques, mais la répétition est là, généralement la fin de semaine, décalage horaire oblige. La différence est que Miss Swing n’a jamais su porter un téléphone à son oreille. Dans le monde de ma grande, le téléphone a un visage et on le regarde avec ses yeux.

Nos relations sont des «FaceTime ones». Comme beaucoup d’expatriés ou d’immigrés, mais aussi finalement comme des millions de parents dans le monde. Parce que Clermont-Ferrand est à 4 heures de Paris, et que ça prend autant de temps de faire Montréal-Vancouver que de traverser l’Atlantique. Nous sommes tous des parents au bout du monde, au bout d’un monde. Combien d’entre nous ont encore la chance d’avoir leurs parents, les grands-parents de ses enfants, à distance de marche?

Alors à défaut d’être à distance de marche, ils sont à portée de voix. Il n’y a rien comme un tout-petit du XXIe siècle pour déverrouiller un téléphone ou une tablette et reconnaître le nom de ses grands-parents dans la liste des derniers appels vidéos. Plus ils grandissent, plus les choses racontées s’étoffent et plus les appels durent.

On les trimballe dans la maison, et les visages virevoltent au gré des idées de l’enfant qui les transporte. Il devrait y avoir un nom pour cette nausée qui gagne la personne ainsi bringuebalée. Ils ne voient souvent de leur petit-enfant que le haut des yeux, le front et la pointe des cheveux. Beaucoup de plafond aussi. Ils sont retournés à demi, vers le jeu qu’on voulait leur montrer ou le dernier dessin créé. Et ils essayent de deviner. Ponctuent de « oh c’est joli » et de « ah oui vraiment » les réflexions de leurs petits-enfants, qui comme tous les enfants ont le verbiage aléatoire et les histoires un peu trop longues.

Parfois, ils sont juste posés là, en travers de la table du petit déjeuner, appuyés sur le pot de confiture, entre deux tartines beurrées. Ils partagent un peu de notre quotidien, tentant de comprendre entre les bouchées et les postillons. Sans parler de cette fichue tablette qui s’affale sans cesse, le pot de confiture glissant imperceptiblement sous le poids de l’écran. Personne ne connaît aussi bien le plafonnier de la cuisine que les grands-parents.

Reste alors le perpétuel questionnement. Tempête reconnaît-elle ces grands-parents nés de l’autre côté de la grande flaque? Qu’y a-t-il de similaire entre ces faces un peu pixellisées et les visages de chair et d’os qu’elle malaxe entre ses petites mains potelées, lors des retrouvailles.

La voix.

J’ai mis longtemps à deviner à quoi mes filles reconnaissaient leurs grands-parents, et j’ai fini par comprendre. Leur voix est unique. A peu près inchangée entre l’appareil et la réalité. La voix de mon père a créé le souvenir nécessaire à B., lorsqu’à 18 mois elle s’est retrouvée face à lui, qui l’attendait sur le perron de notre maison. La voix de ma mère est imprimée dans la mémoire de Tempête, qui galope à travers la maison lorsque je l’appelle en catimini depuis ma chambre. Celle de ma belle-sœur, leur tante, est inimitable. Tout comme les rires de leurs cousins, «venus dîner chez Mamie».

Au Québec, on dit souvent que ça prend un village pour élever un enfant. Désormais, ça prendra un peu plus que ça. Quelques états, un océan, des milliers de kilomètres, des trajets en avion, et des grands-parents à portée de voix. FaceTime en plus.

-Lexie Swing-

Crédit photo : Lexie Swing

 

Pédiatre : notre première visite au Canada

Miss Swing ayant fêté ses 9 mois dimanche dernier, il était temps de faire un coucou au pédiatre pour la visite de routine. Direction le club Tiny Tots, sur Décarie, où nous avons rendez-vous. GPS de l’iPhone en main, nous faisons le tour du quartier avant de nous garer… devant un centre commercial (Tadam!). Oui la clinique est située tout au fond, en haut, après Winners, Homesense et autres boutiques du genre. A mes amis canadiens je précise que trouver une clinique dans un tel endroit est assez dépaysant pour un Français!

Teddy bear doctor./ Photo Christiaan Triebert

Teddy bear doctor./ Photo Christiaan Triebert

On grimpe donc jusqu’au 3e étage, où une porte vitrée nous dévoile un hall propre, un large comptoir et une fresque où deux personnages en blouse blanche sont dessinés. On s’enregistre, on paye (il s’agit d’une clinique privée, on règle donc une cotisation à l’année de 40 dollars, les visites elles-mêmes sont prises en charge par la Ramq) et on patiente. On patiente dix minutes montre en main avant qu’une demoiselle nous ouvre la porte de la salle 2. Elle est l’assistante de la pédiatre et elle va faire le premier check-up. Matricule, taille, poids, elle remplit la fiche de Mlle Swing, pose quelques questions d’usage, la pèse, la mesure, avant de nous demander si on a des questions précises à poser au docteur. Ma parole, à croire qu’elle potasse ses réponses dans la pièce à côté!

Elle nous demande de garder Miss Swing en l’état (c’est-à-dire en couche). Les minutes sont longues (une urgence peut-être, une pause pipi qui a mal tourné, que sais-je…), le gnome tout nu en profite pour jeter son jean par dessus sa tête et lécher ses chaussures. Finalement, la voilà. Une jeune doctoresse, le sourire aux lèvres, commence par répondre aux quelques questions que l’on a soumises à son assistante avant d’ausculter le bébé. Hurlements de rigueur, l’auscultation est le talon d’Achille de Miss Swing, traumatisée par les médecins depuis un vaccin un peu trop rude au 2e mois.

On nous a prévenu : au Canada les visites, c’est deux minutes chrono! Alors on se tient prêt à dégager le plancher, notre fillette en couches sous le bras. Mais la pédiatre prend son temps, vérifie les réflexes de Miss Swing, son maintien assis et debout, ses quenottes. Nous demande comment elle mange, boit, dort, joue, parle. Détaille les aliments qu’elle peut manger, les choses qu’on peut lui apprendre. Vérifie ses vaccins français et précise ceux qu’il nous faudra faire pour rattraper le calendrier vaccinal canadien. Et puis, la traditionnelle interrogation de fin de visite tombe, celle durant laquelle notre pédiatre précédente avait déjà rangé le carnet de santé et annoncé le montant de son chèque : « Vous avez des questions? » Elle est là, elle attend, elle sourit à la petite qui fait la moue (elle lui a regardé les yeux et les oreilles, elle est un poil rancunière). On est pris de court, habitués à ne rien demander. Alors elle finit par nous laisser, nous donnant rendez-vous dans trois mois.

D’ici là, on aura rendu visite au CLSC, pour bénéficier de la gratuité des vaccins de Miss Swing. On vous racontera…

-Lexie Swing-

Le cinquième des douze travaux : trouver une garderie

Prenez n’importe quel blogue ou message de forum et vous y lirez immanquablement la même rengaine : impossible de trouver une nounou à Montréal à moins d’avoir le portefeuille de Bill (Gates).

Je suis votre lueur d’espoir.

Car, lisez bien ceci : j’ai trouvé une garderie en un jour. A côté de chez moi. A 7 dollars la journée.

A long time ago./ Photo Biblioarchives Canada

A long time ago./ Photo Biblioarchives Canada

Bon, ce n’est pas un CPE (Centre de la petite enfance) mais comme Miss Swing toise à peine 70 cm, je craignais qu’elle ne se sente perdue au milieu d’une quarantaine d’enfants hurlant, courant, se jetant des jouets et de la poutine (ok ceci est totalement un cliché je plaide coupable, mais vu de la France ça fait exotique la Poutine comprenez-moi). Nous avons donc trouvé une garderie familiale subventionnée avec deux nounous et 9 enfants au maximum.

Comment je m’y suis prise…

Jeunes parents nouvellement immigrés, je vous tiens en haleine… Vous rêvez de vous débarrasser de votre progéniture pour aller courir le Mont-Royal n’est-ce pas?
Depuis la France, je me suis enregistrée sur le site Enfancefamille.org. J’ai rempli le dossier de Miss Swing et demandé des CPE et des garderies dans le quartier que l’on visait. Puis je me suis connectée sur le site Ma Garderie qui regroupe la plupart des offres de garde et j’ai fait une recherche par secteur.

Et puis je suis tombée sur une adresse, dans une rue de Notre-Dame-de-Grâce. Des photos sympathiques, des appréciations dithyrambiques, deux gardiennes, une place de libre et un chiffre qui m’apaisa : 7$ par jour. Je la contacte sans trop y croire, depuis la France. Et quelques heures plus tard j’ai sa réponse dans ma boite mail : je vous attends. Nous avons atterri un dimanche, et deux jours plus tard Miss Swing rencontrait ses nounous.

Elle a pleuré pendant une heure et j’ai du venir la chercher. Ça aurait été trop facile sinon.

Mais on est revenu, un peu plus à chaque fois. Et jour après jour, elle s’est habituée. En à peine une semaine, elle y passait la journée, sieste comprise.

Et puis est arrivé  le soir. Ce fameux soir où, lorsque j’ai voulu récupérer Miss Swing, elle m’a regardée longtemps… avant de se cacher dans le cou de la nounou. Adoptée, elle l’avait.

-Lexie Swing-

Le premier des douze travaux : obtenir un visa

Deux ans. Le 19 août 2011, nous lancions les jalons de notre immigration. Première étape, obtenir le Certificat de Sélection du Québec. Un mois et demi pour réunir diplômes, actes de naissance, attestations de travail, fiches de paie, preuves de notre vie commune, et les faire certifier. Aaaah la certification des copies, une demi-heure assise face au maire qui, effaré devant les deux piles de documents, m’a proposé de les tamponner tandis qu’il les signait. Un vrai travail d’équipe!

La bonne nouvelle./ Photo David et Déborah

La bonne nouvelle./ Photo David et Déborah

Une longue année aura été nécessaire pour obtenir le CSQ sans entrevue, année qui s’est soldée par la perte du Certificat par la Poste. Après envoi d’une copie par le bureau de l’immigration, l’original a finalement réapparu deux mois plus tard, après un passage par le service des pertes, et un retour à l’envoyeur…

Septembre 2012, deuxième envoi, en recommandé international, direction Sydney, Nouvelle-Ecosse. En janvier, mes instructions pour la visite médicale arrivent, mais pas celles de M.Swing (on a le chic nous). Quelques échanges de mails et un accouchement plus tard, nous passons la visite médicale et préparons les papiers pour le passager supplémentaire. Re-CSQ (un mois et demi), re-visite médicale (Bordeaux est une jolie ville), paiement des FDRP (frais de résidence permanente) (« Vous ne vous êtes pas acquittés des FDRP depuis notre courriel de janvier, vous avez 30 jours pour payer »; « NON MAIS QUEL COURRIEL???? » – échange de mails, paiement, passage de l’e-cas en « décision prise »).

Et puis le sésame, un matin dans la boîte aux lettres. Une enveloppe brune comme dans nos rêves. On la soupèse, on évalue le contenu. Et puis on la déchire, pour pouvoir savourer l’instant tout à fait. On se serre dans les bras, on ouvre une très bonne bouteille gardée pour l’occasion, on textote la nouvelle avec un victorieux « on l’a euuuuue », et puis on part en vacances. Il faut bien récupérer un peu, la suite s’annonce intense.

-Lexie Swing-