Eleven: journal d’un anxieux – semaine 2

Eleven au parc./ Photo DR Lexie Swing

Eleven au parc./ Photo DR Lexie Swing

Jour 8: L’eau est toujours jaune, je me demande si je n’ai pas la berlue. Aujourd’hui, j’ai refusé de sortir. J’ai longtemps hésité sur le palier de l’appartement. Je le fais toujours, histoire de me poser la vraie bonne question: « es-tu sûr que tu as suffisamment envie de faire pipi pour affronter le DEHORS? » Parfois, la réponse est non, alors je re-rentre. Et elle crie. Souvent, c’est oui, parce que j’ai dormi dix heures et que j’ai bu tout mon bol d’eau (jaune). Alors, je descends trois marches, et je me repose la question. La deuxième fois est souvent la bonne : je me précipite sur ses talons. Entre-temps, elle a atteint la porte. Je dévale l’escalier. Elle me houspille et me parle des voisins. Je fais celui qui n’entend pas et je marche sur les chaussures qu’ils laissent toujours traîner sur leur palier. J’y abandonne quelques poils, pour me venger. Et je trépigne en attendant qu’elle ouvre la porte. Ce matin, elle a ouvert, et la voisine était là. Alors je suis remonté. Elle a dit « oh pardon », et elle m’a suivi en courant. Elle a tiré sur la laisse et je me suis posée la question: « Avais-je vraiment envie de faire pipi? » Je me suis dit oui quand même, et j’ai descendu trois marches…

Jour 10: Je sens mauvais, mauvais, mauvais. Je sens la pièce du fond, celle dans laquelle ils passent une heure chaque matin à se peigner les poils en laissant couler l’eau. Elle m’a emmené dans un endroit qui sentait comme cette pièce du fond. Même si ça sentait aussi bon le chien. Il y en avait cinq, des chiens. Ils reniflaient, roupillaient, s’amusaient entre les bidons vides. J’aurais dû me méfier lorsque j’ai vu les poils par terre. Des poils coupés. Pas juste négligemment tombés comme les miens s’éparpillent lorsque je m’ébroue au milieu de la cuisine au moment du dîner. Non: coupés. J’ai voulu faire demi-tour, mais un chien est venu me parler. C’était un gentil chien. Il m’a parlé de cette bonne odeur qu’il avait senti avant de passer la porte, à droite, au niveau du caniveau. J’ai fermé à demi les yeux le temps d’imaginer et avant d’avoir pu faire un geste, quatre bras m’ont saisi pour me plonger dans une baignoire. Ils m’ont frotté, aspergé d’un produit à l’odeur horrible, genre savon, et puis ils m’ont brossé, brossé, brossé encore. Le mâle a dit « mais ça s’arrête jamais tous ces poils' », et je n’ai pas compris. Comment aurais-je pu ne plus en avoir?  J’aurais été tout nu! Je ne veux pas être tout nu. En attendant je sens la pièce du fond et je ne me reconnais plus.

Jour 13: On est retourné au parc. La voisine nous a suivi. Elle tenait sa maîtresse en laisse. J’aurais été content de la voir, c’est une voisine sympa Cléo. Mais je ne peux pas saquer sa maîtresse. Elle sent le vieux. Elle est restée à me regarder de longues minutes, malgré la laisse que je tendais au maximum, mon corps arc-bouté et mes yeux que je roulais dans leurs orbites. Mes maîtres ont essayé de la faire partir, en répondant à demi-mot et en regardant par dessus son épaule. Ils appellent ça feindre l’indifférence. Des idées d’humains. Ils auraient mieux fait de lui lancer des « psh psh » en agitant les bras comme ils le font quand un chien qui sourit un peu trop s’approche de moi. Elle a mis 10 minutes à décamper. J’ai eu mal au dos pendant deux jours après ça.

 

-Lexie Swing-

 

 

L’indignation à l’heure du web

Toile./ Photo Garuna bor-bor

Toile./ Photo Garuna bor-bor

Schumacher est sorti du coma. Le saviez-vous? Moi non. Et quand j’ai lu la nouvelle, j’ai pensé “ah oui, tiens…”

Parce qu’on oublie. Assommés d’informations, on se prend des shoots quasi quotidiens de nouvelles intenses. Une victoire, un attentat, une phrase symbolique, une vie en suspend. L’info jaillit sur un média, aussitôt relayé par 1000 autres médias qui se refilent la dépêche comme des miettes de pain pendant la Grande famine irlandaise de 1845.

Un ricochet raté et c’est toute la Toile qui se met à vibrer. Pendant 24 ou 48h, les posts Facebook se jumellent, les petites phrases sont retweetées, et chaque détail analysé. On décortique, on découpe en 200 la moindre pensée et la moindre expression, même celles qui ne prennent que trois lettres à écrire.

Lorsqu’un cravaté un brin politisé dit merde à voix haute, son juron est disloqué jusqu’aux plus hautes sphères des médias. France Info nous rend l’info brute, Le Monde nous apprend le contexte, France Inter nous refait l’histoire du mot merde, quand le HuffPost nous donne le top 50 des meilleures-insultes-à-cinq-lettres-déjà-prononcées-par-des-hommes-politiques. Outre Atlantique, on déplore la fin de la bienséance à la française quand Outre Manche, on se moque du taulé général provoqué à cause d’un mot lâché par un type haut placé, mais humain donc.

La toupie tourne si vite que le tournis vous vient. Et puis soudainement tout s’arrête. Cela fait 25 heures, une autre journée commence. Un nouveau mot, de nouveaux morts, de nouvelles naissances, de nouveaux scandales. Les partages reprennent, tambour battant, et déjà, vous oubliez. Quel était le mot? Et qui était cet homme? Comment, déjà, l’a-t-il prononcé? Et pourquoi cela vous a-t-il écoeuré?

Demain, vous n’aurez qu’un souvenir flou, l’image d’un type cerné, la cravate desserrée. Dans dix jours, vous googlerez un pan de mémoire incertain: politique+cravate rouge+ insulte. Dans vingt ans, il mourra, et l’info ressurgira, intacte. L’homme qui avait dit merde est décédé, lirez-vous alors dans la presse en ligne. “Ah oui, tiens…”.

Schumacher, Maddy, Camille, nine eleven, Game of Thrones, Paul Walker et les seins nus de Facebook, l’info va et vient, au gré du partage croissant, des réactions violentes et de l’indignation réelle. Et puis elle s’enfuit, elle glisse entre les fils de la Toile, et l’indignation se met en veille, en même temps que le fond d’écran.

 

-Lexie Swing-

Les « vrais » symptômes de grossesse

Plus de doute./ Photo Sean McGrath

Plus de doute./ Photo Sean McGrath

Google -> Case blanche -> Recherche incertaine -> « J’ai un sein qui danse la sarabande et l’autre qui a triplé de volume, suis-je enceinte? »

Quand on cherche à avoir un enfant, le moindre mal de tête devient un symptôme de grossesse. Et de jour en jour, vos recherches Internet deviennent plus abracadabrantes. Des maux de tête, vous passez aux maux de seins, puis à l’écoute de votre intestin grêle avant de sombrer dans l’étude ô combien glamour de la couleur de vos pertes.

Mais malgré un historique Google bien chargé, vous n’avez toujours pas la réponse! Car, si tous les forums Internet du monde regorgent de femmes qui partagent vos symptômes, aucune d’elles ne témoigne jamais APRES COUP. Elles échangent, comparent la taille de leurs seins et la douleur de leurs ovaires, se soutiennent jusqu’au jour « du test »: J-3, je vais perdre la tête. J-2, mon chéri assure que ma poitrine a grossi. J-1, j’ai douleurs de Rrrr, puis-je encore y croire?

Et puis? Et puis rien. Y’a plus personne. La discussion se termine ainsi. Comme un mauvais film à suspens. On l’aimait, cette Emilou33, dont les symptômes ressemblaient comme des frères aux nôtres. De ligne en ligne, on vibrait avec elle. Etait-elle enceinte? Etait-le LE cycle? Sa vie allait-elle basculée et la nôtre avec? Vous ne saurez pas. Elle n’est plus sur la toile, son profil est supprimé, elle n’a pas changé sa signature Doctissimo et rien ne vous permet de deviner si elle a marqué ou botté en touche.

Mais quels symptômes ont les filles qui sont effectivement enceintes? Ça ressemble à quoi, une fin de cycle heureuse? Mes copines ont joué le jeu.

Pour Jiji, le symptôme phare (et particulièrement agréable), c’était les mycoses. Rapidement, se sont enchaînées les nausées, les gencives qui saignent et les douleurs ligamentaires.

Le symptôme incontournable de chacune des grossesses de Perrine, ce sont de petites bulles qui clapotaient dans son ventre, juste à hauteur du nombril.

Chez Val, grossesse(s) signifie: plus d’appétit, de plus gros repas, des tiraillements en bas du ventre et des vertiges.

Pour Sarah, maman de quatre enfants, une immense fatigue l’a terrassée avant chaque « + ».

D., elle, n’a connu aucun symptôme… jusqu’au retard de règles et au fameux test, et ce pour ses 4 bébés. Le seul qui soit apparu avant ressemblait en tout point à une belle infection urinaire. Ce n’est qu’arrivé chez son médecin de famille qu’elle a appris ce qui se tramait réellement sous son nombril :)

Quant à moi, les vertiges et une furieuse nausée à la vue de saleté ont rapidement confirmé mes doutes.

Et vous, vos symptômes de femme « qui allait bientôt savoir qu’elle était porteuse d’une bonne nouvelle », c’était quoi?

 

-Lexie Swing-

 

 

Les carottes glacées de Joël R.

Chez nous tout ou presque est fait maison, sauf si ça implique plus de 15 minutes de préparation :) on multiplie donc les techniques pour faire bon mais simple. Quand j’ai découvert cette cuisson des carottes façon Joël Robuchon il y a un an, je suis tombée en amour avec la présentation. Et puis l ‘épicier du coin a choisi de vendre de jeunes carottes déjà épluchées, faisant passer le temps de préparation de 5 minutes à 10 secondes: 10 secondes nécessaires pour jeter les carottes dans la poêle.

Carottes glacées et truite./ Photo DR Lexie Swing

Carottes glacées et truite./ Photo DR Lexie Swing

Si votre épicier refuse d’éplucher vos légumes pour vous, menacez-le. S’il ne cède pas, prévoyez 3 ou 4 jeunes carottes par personne et enlevez la peau. Laissez 1 cm de fane.

Faites chauffer une poêle à fond plat et hauts rebords, puis faites revenir vos carottes dans une cuillère à soupe d’huile d’olive pendant 5 minutes.

Couvrez d’eau et placez au dessus de vos légumes, touchant l’eau, une feuille de papier cuisson (parchemin) percée d’une dizaine de trous. C’est le moment de jouer à « découpe mon joli rond aux ciseaux » avec votre progéniture.

Comptez 20 minutes puis enlevez la feuille et faites chauffer les carottes 10 minutes supplémentaires. Testez la chair au couteau.

Disposez dans l’assiette et accompagnez d’une viande ou d’un poisson.

Joëlement vôtre.

 

-Lexie Swing-

Eleven : journal d’un anxieux – Semaine 1

Mon chien est un anxieux, je vous l’avais déjà dit. Il appréhende de sortir dehors, il craint le moindre passant, s’enfuit devant tout véhicule à pédales et serait prêt à se faire hara-kiri au milieu de la rue à la vue d’un enfant. Début juin, nous avons commencé à traiter son anxiété avec du millepertuis. Voici son journal.

Eleven./ Photo DR Lexie Swing

Eleven./ Photo DR Lexie Swing

Jour 1: Elle a versé un drôle de produit dans ma gamelle d’eau. J’ai rappliqué en courant, croyant qu’elle avait encore trié le pseudo-gras de son jambon blanc et m’en faisait profiter. L’eau a viré jaunâtre, comme si le mini-humain s’était trompé de pot. On aurait dit l’eau des flaques de campagne, quand la pluie a ruisselé le long des prés et draîné la boue des chemins, alors j’ai bu quand même. Et après j’ai éternué. Trois fois.

Jour 2: Elle a recommencé. Elle compte jusqu’à 30, mais le temps qu’elle relève son flacon, il y a toujours trois gouttes de plus qui s’échappent. J’ai compté, ça fait 9 gouttes de plus dans une journée. 63 dans une semaine. 270 sur le mois, parce qu’on est en juin. Je me demande si ça va me tuer. Je me sens bizarre parfois.

Jour 3: Toujours cette eau étrange. Ce matin, elle a voulu m’emmener jusqu’à la poubelle pour jeter mes besoins. J’ai vu un type me regarder à 200 mètres alors j’ai préféré m’arrêter, c’était plus prudent. Elle n’a pas vu le danger, et elle s’est arc-boutée pour tirer. Je fais 40 kilos, disons 43 depuis qu’on vit en ville, alors je ne bougeais pas d’un pouce. Et puis un autre gars, un gros malin barbu qui me voulait sûrement du mal, a sifflé depuis sa voiture. J’ai tiré fort pour rentrer. Elle a résisté. Je ne comprenais pas qu’elle ne voit pas qu’ils allaient nous attaquer. Elle a attrapé mon baudrier et m’a traîné jusqu’à la poubelle en me criant que j’avais un grain. Je ne sais pas où est ce grain. Quand elle a enfin relâché la pression, je suis parti en courant. Je l’ai traînée derrière moi. Je crois qu’elle a trébuché parce qu’elle a juré. Je ne me suis pas retourné. Je devais nous mettre à l’abri.

Jour 5: Il est venu en balade avec moi, comme tous les soirs. Il doit un peu me prier pour descendre du perron mais c’est parce que je dois d’abord inspecter les environs. La voie était libre alors je l’ai suivi. La nuit tombée, je me sens différent. Je me sens libre. J’aime bien jouer la nuit. Je bondis autour de lui, je tournoie sur moi-même, je renifle et m’étourdis. Il rit. Ils ne rient jamais la journée quand ils me promènent. Moi non plus je ne ris jamais. La journée, ILS sont partout. Alors je me méfie.

Jour 6: Mon eau semble constamment jaune, leur drogue a décoloré le bol en émail blanc qui me sert de gamelle. Elle dit qu’elle ne m’en donne que trois fois par jour mais je commence à avoir des doutes. Parfois, je ne me maîtrise plus. Je me sens content sans raison, ça me donne même envie d’aboyer de joie dans l’escalier. Ils ont voulu m’emmener au parc. Je me suis caché derrière le véhicule de l’humain miniature, on ne me voyait plus. Après, ils m’ont attaché à une grille, à côté d’eux. Les fous! Ils ne comprenaient pas qu’on était terriblement exposé ainsi, sans même un coin de mur pour nous protéger. Et si un enfant se jetait sur nous? On avait plongé dans la gueule du loup, c’était leur repère. Il n’y en avait pas un, mais dix, qui construisaient des trucs informes au milieu du sable. Je crois qu’ils préparent quelque chose. J’ai essayé de prévenir mes maîtres mais ils souriaient béatement à la ronde, inconscients du danger. Et puis la naine s’est allongée sur moi et j’ai oublié qu’il y avait des gens autour. Je me suis collé à elle. Elle n’est pas grande mais elle est costaud. Elle devrait pouvoir me défendre.

La suite… la semaine prochaine ;)

 

-Lexie Swing-

Je ne suis de nulle part

Quand on est immigré, on vous demande toujours d’où vous venez.

« De France »

Ça les calme deux minutes, mais presque aussitôt, une autre question survient.

« De Paris? »

Quand on est un immigré français, on est toujours « de Paris ».

Je suis de partout sauf de Paris. Je ne suis pas de Paris. C’est la seule chose que je peux dire avec certitude.

Where?

Where?

Parce que je viens de nulle part, d’aucun endroit en particulier. Je suis née dans la Loire où je suis restée trois mois. J’ai fait mes premiers pas ailleurs, vers Grenoble. Ma première rentrée un peu plus loin. J’ai appris à lire dans les Deux-Sèvres, et fumé ma première cigarette à Clermont-Ferrand. Ma vie d’adulte s’est construite dans le Sud, à Toulouse. Et ma vie de mère, quelque part plus à l’ouest, dans le Gers.

Je n’ai pas d’accent qui me trahit, pas d’expressions qui m’attacheraient à un endroit en particulier. Je dis barrer la porte et passer la scince, beauseigne et émaselé, en suivant et chocolatine. Ailleurs, je suis de Montréal. A Montréal… je suis d’ailleurs! De France, où en France? Un peu partout…

J’envie quelque part ceux qui savent reconnaître les signes de leur chez-eux: les conifères à l’entrée des mont d’Auvergne, la première image bleue de mer, dans la pente avant Narbonne, le train qui ralentit, à l’approche de Paris. Ils ont des attaches, des racines. Une grand-mère qui les attend, des souvenirs d’enfant dans le parc derrière la maison. Ils rentrent à la Noël ou pour les grandes vacances. Ils sont partis, mais ils reviendront. Ils élèveront leurs enfants ici, entourés des leurs. La terre n’est plus seulement de la poudre ocre ou chocolat, c’est une composante à part entière, un pan de leur identité. Le pied à peine posé, ils exhalent leurs soucis, pour jouir pleinement de ce chez eux. Et dans leurs moments de peine, ils l’imaginent, comme ils le feraient avec une vieille amie au sourire réconfortant.

Mais lorsqu’on est de nulle part, le chez soi n’est pas un lieu. C’est un amour, une personne, une famille. C’est là où des bras s’ouvrent pour nous envelopper. Peu importe où je suis tant que tu y es aussi. Alors chez nous, ce sera.

Et vous, d’où êtes-vous??

 

-Lexie Swing-

 

Harcèlement de rue, on lève le voile (ou le pan de la jupe)

Fille en jupe./ Violaine Bavent

Fille en jupe./ Violaine Bavent

Ça bouillonne sur la Toile, dans les tumblrs, sur Facebook et Twitter.

#harcelementderue

On ne parle que de ça.

D’habitude je n’y prends pas part, je transmets mais je ne donne pas mon avis. À l’heure des réseaux sociaux, ce n’est pas une personne, mais 20 qui se renvoient la balle dès qu’un sujet fait l’actu. Je suis encore nauséeuse de l’avalanche de posts Facebook qui ont suivi le décès de la photographe Camille Lepage. 48 heures plus tard, sur mon fil, elle était comme retombée dans l’anonymat.

Mais bref, là on parle du harcèlement de rue. Un de mes combats de longue date. Pas sur la Toile mais dans la vie. La vraie, celle qui fait résonner vos talons sur le pavé et tourner vos jupes. Qui vous oblige à détourner le regard pour ne pas « inciter » la remarque. À baisser la tête pour ne pas croiser le sourire d’approche. À marcher vite. Et rarement seule.

Moi aussi.

Moi aussi, je me suis greffée à un groupe que je ne connaissais pas pour donner l’illusion que je ne marchais pas seule.

Moi aussi, j’ai emmené des tenues de rechange en soirée, pantalon long et col roulé, pour ne pas rentrer en jupe.

Moi aussi, j’ai appris à éviter les rues isolées.

Moi aussi, j’ai retenu ma respiration en passant devant un groupe de jeunes mecs qui barraient le passage.

Moi aussi, « on » m’a emmerdée.

On nous dit tout, qu’on est jolies, belles, sexys, bonnes, tu suces, tu fais quoi ce soir, vas-y meuf, et sinon tu baises, c’est quoi ton signe astro, t’as perdu ton sourire, tu te prends pour qui, vas-y connasse tu m’ignores, t’es lesbienne, t’aimes les meufs, j’aimerais te voir avec une meuf, t’es vraiment bonne…

Pris en flagrant délit, certains voient rouge mais d’autres se justifient, disent que c’est juste un compliment, et quoi on ne peut plus complimenter, et les filles sérieux vous ne savez pas ce que vous voulez.

Si, la paix.

Ne pas être emmerdées parce qu’on est juste soi. On ne porte pas un nez rouge, ni une combinaison de ski en plein été, on n’a pas choisi la célébrité, mais on ne peut pas être juste des anonymes. On est des femmes, et parce qu’on est des femmes, on ne nous laisse jamais en paix.

Un jour, un ami m’a dit « Mais si je l’aborde et qu’il se passe quelque chose? Si je le fais pas, peut-être que je vais regretter toute ma vie de ne pas l’avoir fait?’ Lâche l’affaire, ou change de ton. Oublie sa jupe, ses bas, son sourire. On n’est pas dans un film. C’est la vraie vie ici, l’ami. Et dans la vraie vie, aucune fille ne sera à tes pieds parce que tu l’abordes dans la rue en lui disant qu’elle est belle. Encore moins qu’elle est bonne. Les dés sont pipés. Dix types avant toi ont eu la même démarche, ça laisse des traces. Enlève ta main de son épaule, garde tes distances, elle suffoque déjà, tu ne vois pas? Garde tes compliments, parle de la pluie et du beau temps. Vous êtes deux et tu n’es pas le maître du jeu. Elle dit non? C’est non alors. Ce n’est pas non peut-être. Ce n’est pas non, mais avec les filles on sait jamais. C’est non, passe ton chemin.

Tu veux savoir ce que ça fait d’être une femme dans la jungle urbaine ? Pas une femme en mini-jupe, pas une femme en string apparent, non, juste une femme. Attache-toi un chapelet de saucisses, et rends-toi à la SPA. Tu les entends aboyer? Tu les sens te humer? Tu vois ces dix regards posés sur toi? Tu sens leur pression sur ta jambe? Est-ce que t’as une échappatoire? Mais pourquoi t’as choisi un terrain sans issue? Essaye d’appeler le gardien là-bas… Merde, il fait semblant de ne pas t’avoir vu! Quelle idée aussi, de te balader avec un chapelet de saucisses au milieu d’une meute de chiens, franchement tu cherches là! Baisse les yeux, quand on les regarde c’est encore pire. Essaye d’avancer en les ignorant, des fois quand on les ignore ils s’en vont…

T’as eu chaud hein? Moi aussi, tous les jours.

Et des fois, certains mordent.

 

-Lexie Swing-

Le tram de Genève en 1948

Tramway de Genève./ Photo Alain Gavillet

Tramway de Genève./ Photo Alain Gavillet

Tramway de Genève – 1948. La photo a été prise sur la place des Eaux-Vives. Elle correspondait à la ligne 6. Si l’on en croit l’auteur, la ligne 6 a été ouverte le 01-07-1890 de Chantepoulet à Vernier puis dès le 05-05-1941 de Veyrier à Vernier (les jours ouvrables) et de Chantepoulet à Vernier (les jours fériés), les trams ont ensuite été supprimés le 15 octobre 1959 et la ligne convertie en trolleybus.

À noter, la superbe publicité… sur le toit!

 

– Lexie Swing –

Parce qu’elle est épatante

Le week-end dernier, c’était le Grand Prix d’Italie, les championnats du monde de Yoseikan Budo. Qu’est-ce que c’est? Facile! Il s’agit d’un air martial, qui allie combat à mains nues (pieds-poings) et combat avec armes.

Ces Championnats du monde, ma meilleure amie y était. Pas pour porter les bouteilles, non. Elle par-ti-ci-pait, t’entends ça? Oui, je sais, je connais du beau monde.

Yoseikan Budo./ Photo Yoseikan Bordeaux

Yoseikan Budo./ Photo Yoseikan Bordeaux

Ce matin, la frontière passée, elle retrouve du réseau et m’annonce les résultats. « J’ai fini deuxième en pieds-poings ». J’en suis très contente, mais genre, c’est quoi le classement, je suis perdue. Impossible de savoir si cette deuxième place est un détail ou la seconde marche du podium. Je la pousse: « Mais, t’as réussi? C’est quoi ta place? » « Et bien, je suis deuxième ». C’est du sms qui sent le ton laconique. J’insiste (je suis journaliste, tant que j’ai pas le mot que je veux, je peux reposer la question de quinze façons différentes): « Mais est-ce que ça veut dire que t’es vice-championne du monde? » Elle me dit enfin: « Oui voilà, je suis vice-championne du monde ».

L’espace d’un instant, la terre a comme ralenti. Combien de fois dans une vie peut-on entendre de la part d’un proche: « je suis vice-champion du monde »?

S., c’est mon alter égo, mon reflet dans le miroir, le « match » parfait. Elle est aussi organisée que je suis bordélique, aussi réaliste que je suis perchée, aussi sportive que je suis fainéante. A nous deux, on est l’humain complet. Avec un égo un peu surdimensionné ;)

Lorsqu’elle m’a dit il y a un an qu’elle apprendrait un jour des techniques de combat à Miss Swing pour que personne ne puisse jamais l’agresser, j’ai souri. Quand je l’ai vue mettre à terre un bonhomme deux fois plus grand qu’elle, j’ai su qu’elle ne rigolait pas.

Quand elle est triste, je suis triste. Quand elle est heureuse, je chantonne avec elle. En réussissant l’exploit d’être vice-championne du monde, elle a réussi pour nous deux. Je suis donc un peu vice-championne du monde moi aussi.

Non, je plaisante ;)

Je suis très fière de toi!

 

-Lexie Swing-

Lexie a deux ans

Le côté légèrement penché c'est voulu... Si, si, c'est de l'art./ Photo DR Lexie Swing

Le côté légèrement penché c’est voulu… Si, si, c’est de l’art./ Photo DR Lexie Swing

Alerte Twitter dans mes courriels ce matin: vous avez créé le Twitter “Lexie Swing” il y a deux ans, bon anniversaire!

Deux ans, flash-back: je suis dans un appart-hôtel à Paris, dans une rue de Saint-Germain des prés. Je songe à toutes ces fois où je me tais, parce que j’estime que les autres n’ont pas besoin de mon opinion. Je me dis que ce serait bien, des fois, de pouvoir donner mon opinion. Avec mes mots, ces mots qui coulent comme de l’eau lorsque je saisis crayon ou clavier. Ces mots qui restent souvent bloqués, à la barrière de mes lèvres, après l’inspiration de trop et le “bof il est trop tard”.

J’ai le courage des anonymes.

Je créé ce blogue et le partage à quatre de mes proches. Trois mois plus tard, toute la famille est abonnée. L’année qui suit, je partage certains posts de Lexie sur ma page Facebook et accepte enfin qu’on me juge pour ce que je suis, et pour ce que je dis.

Et qu’est-ce que ça fait de bloguer?

1) On parle de soi à la troisième personne. “Le dernier billet de Lexie”, “Il faut que j’aille voir Lexie”… On se dédouble avec plaisir, au rythme des articles et des commentaires. Mais nous allons bien, merci.

2) On cache son identité. Une bonne moitié de mes lecteurs me connaissent “pour de vrai”, ils savent donc que je porte un nom long comme un jour sans pain. Pour les autres, Lexie, tiré d’un nom courant dans ma famille, est une bonne alternative. Un nom qui, sous certains aspects, me ressemble un peu plus.

3) On cache l’identité de ses proches. En deux ans, j’ai mis en tout et pour tout une photo de Miss Swing et aucune de Mister (il a l’âge de porter plainte). Internet étant ce qu’il est, je n’ai aucune envie d’exposer leurs visages aux yeux d’un pédophile psychopathe de Trugudu-sur-mer. Je vous rassure, ils sont très beaux, sinon j’aurais déjà déménagé.

4) On a des urgences intellectuelles. On voit passer une mariée très pomponnée, un bébé joufflu, une pétition pour sauver les baleines et hop, l’esprit se met en marche. La réflexion se fait frénétique, l’envie d’écrire impérieuse. Alors on note, sur un coin de table, une serviette, un carnet. Ou sur son iPhone, onglet Notes, directement délivré dans les courriels de Lexie.

5) On fait des moments difficiles des instants comiques. Quand vous vous retrouvez allongée sur un trottoir en train de tenter de rattraper Léo l’hélico sous une voiture, vous ne pestez plus, non. Vous vous dites: “Je tiens l’histoire du jour”. Voilà. C’est un remake du “scoop” en journalisme. Sauf que c’est vous qui avez mal.

6) On raconte des trucs improbables. Vos phrases commencent par “Y’a une fille qui racontait l’autre jour…”. Au début vos proches pensent que vous parlez de votre voisine de table à la cantine de midi, mais très vite ils comprennent que non, vous parlez d’une blogueuse, une fille qui vit probablement à 10000 km de là (ça arrive souvent quand vous immigrez :)) et que sa diatribe ne vous était pas adressée, mais a bien été “entendue” par quelques centaines de lecteurs, dont vous. C’est une copine donc.

Et vous, blogueurs, blogueuses, ça a changé quoi à votre vie?

 

-Lexie Swing-

 

PS: Il y a  deux ans, assise dans ma chambre d’appart-hôtel à choisir le nom de mon blogue, j’ignorais que quelques mois plus tard, je devrais choisir un autre nom: celui de ma fille. J’étais enceinte de 5 jours.