La fille qui ne saluait pas 

On dirait le titre d’un roman de Jonas Jonasson. La fille qui ne saluait pas. J’aurais pu écrire « l’homme qui ne saluait pas » mais à part mon sympathique voisin, je n’ai guère d’exemples masculins dans mon entourage. Mais de femmes … 

Des personnes qui ne saluent pas, qui ne disent pas bonjour, qui semblent avoir le sourire coincé dans l’estomac, on en a tous connues. C’est ce chauffeur d’autobus qui ne répond pas lorsqu’on le salue en entrant dans son véhicule. C’est cette vendeuse qui nous ignore ostensiblement. C’est cette collègue qui fait mine de regarder ailleurs. C’est cette grande-tante qui fait fi des salutations pour lancer la conversation sur un sujet bien plus important : votre future progéniture et/ou votre tour de taille. 

Mais il y a une toute autre espèce. Une espèce qui, loin de la disparition semble plutôt en voie de propagation. Ce sont ces personnes, ces femmes pour moi, qui ne saluent pas. De façon chronique, consciente et délibérée.

L’attitude est étudiée : le regard est franc, l’oreille alerte, la moue boudeuse. Le test consiste en une technique simple qui a fait ses preuves en matière de salut : le bonjour claironné, regard appuyé et sourire éclairé. Imparable. Vous avez même décroché une grimace de plaisir à la boulangère avec ça. 

Mais force est de constater que certaines personnes de votre entourage sont parfaitement insensibles à votre technique supposément infaillible. Autant de fois vous la répèterez, autant de fois votre salut sera superbement ignoré.

J’en ai même conçu une certaine admiration. Comment font-elles pour maintenant ainsi mon regard et accueillir mon bonjour avec autant de froideur ? Quel est le secret de ce silence ? Quelles connexions se font pour rejeter l’appel avec autant de dédain apparent? Je leur remettrais volontiers la palme de la meilleure actrice. Ou de la meilleure garce, c’est selon.

J’ai perdu mon temps et construit des théories. Timidité, maîtrise aléatoire de la langue française, condescendance. Chacune de ces hypothèses s’est vérifiée. Mais pas avec toutes. Certaines mégères résistent à mon interprétation audacieuse. Elles observent mon salut avec le mépris propre aux impolis, les yeux grands ouverts, pour certainement mieux accueillir ma réaction. Elles ne sont ni timides, ni gênées. Même pas réellement condescendantes. Elles sont juste… mal éduquées ? Blasées ?

Délivrez-moi le fin mot de l’histoire ! En connaissez-vous? Êtes-vous vous même une mégère ? Que pensez-vous de cette capacité incroyable qu’ont certaines personnes de soutenir un bonjour sans ciller (et sans répondre)?

-Lexie Swing- (tgif)

Le harcèlement est-il l’apanage des hommes?

Il y a peu, j’ai publié cet article dans lequel je partageais un de ces Ted Talks dont je suis désormais fan et reprenais une idée que j’ai faite mienne : le harcèlement est avant tout le problème des hommes. Par cette idée, je voulais signifier deux choses : que les victimes (les femmes dans mon article) arrêtent de porter sur leurs épaules la responsabilité d’un acte qu’elles avaient subi; et que les hommes, comme groupe identifié, prennent position en s’opposant aux gestes et comportements commis par d’autres hommes, au lieu de se contenter de hausser les épaules en se targuant de «n’avoir jamais eu un tel comportement».

Lorsque les nombreuses affaires (Weinstein, Rozon, Salvail, maintenant Spacey, Archambault…) de harcèlement, voire d’agressions, sont ressorties, le comportement des hommes dans leur ensemble a commencé à être discuté, débattu partout. Et certains hommes, ceux qui nous entourent, nos amis, nos collègues, nos amoureux, nos frères, cousins et pères, ont alors commencé à s’interroger : avaient-ils déjà eu, malgré eux, un comportement indésirable ?

Cependant, c’est à l’occasion d’un échange de courriels avec une connaissance (homme) que j’ai commencé à me poser moi-même des questions. Mon ton était-il correct? Est-ce que je faisais des remarques, voire des blagues, qui pouvaient l’indisposer? J’avais dans ce cas «l’avantage» de l’âge et j’étais en position d’autorité. Dans le doute, j’ai jugulé mon instinct prompt à blaguer sur tout, et j’ai mesuré mes propos. Mais cette prise de conscience m’a amené à une autre introspection. Avais-je déjà mis mal à l’aise quelqu’un par mes propos ou mes gestes ?

De fait, on se déresponsabilise parfois de certaines choses, à commencer par la manière dont on agit avec l’autre sexe. Parce qu’il est vu justement comme le sexe fort. Mais fort ne veut pas dire que l’on ne peut pas être impacté psychologiquement par le comportement de quelqu’un. Cela ne veut pas dire non plus que l’on est indifférent aux mécanismes supérieure/subalterne. L’accession (Dieu merci) croissante des femmes aux postes à responsabilités tend à changer la donne.

Depuis que je suis plus grande (qui a dit âgée?), je prête de plus en plus attention à ce que je dis ou aux gestes que je pose. En y réfléchissant, et même si je ne crois pas avoir eu jamais un geste ou une parole déplacé(e) avec un collègue, je me suis toujours déresponsabilisée vis à vis de ce type d’attitude. Et je suis même assez certaine qu’adolescente, un comportement insistant, qui me serait apparu comme proche du harcèlement chez un gars, me serait apparu comme naturel chez moi. Because it’s what men want, right?

Je trouve que le sujet mérite réflexion. À côté de cela, pour aborder un autre angle du problème, j’ai commencé à regarder les comédies romantiques avec plus d’attention. J’avais lu que c’est un cadre dans lequel on prône typiquement une forme de harcèlement (mais qui finit toujours bien). Et c’est vrai ! J’ai été étonnée de constater ça. L’insistance, la personne qui n’en a cure des refus, d’être repoussée, est vu finalement comme quelque chose de positif. C’est la forme relationnelle du « ne te laisse jamais décourager par un non » tel qu’on le voit en business. Dans le monde des affaires, être celui ou celle qui ne prend jamais un « non » pour acquis est une qualité. Dans les relations sociales, le point de vue est tout autre. Pas évident de faire la différence lorsque l’on baigne dans certains milieux…

Et vous, qu’en pensez-vous? Il y a matière à débats, n’est-ce pas ?

Au terme de toute cette réflexion, je me suis finalement sentie très fatiguée. Dommage que l’on ait atteint un point où il est devenu si difficile d’interagir avec les autres. Nous n’avons jamais eu autant d’informations sur nos sociétés et n’avons pourtant jamais été aussi perdus qu’aujourd’hui.

-Lexie Swing-

ps: Svp relisez plusieurs fois si vous êtes en colère à la fin de cet article. Je ne dis pas, à aucun moment, que les femmes victimes sont responsables de ce qui leur arrive. Absolument pas, je n’évoque même pas ce sujet là. Je m’exprine seulement en tant qu’individu qui ne s’est jamais demandé si elle avait toujours eu un comportement adéquat et qui réalise qu’elle a probablement empiété sur la bulle d’autrui en étant parfois trop insistante. 

 

Réflexions post-Halloween

Pour la toute première fois, mes filles et moi sommes allées récolter des bonbons. Elles en avaient déjà eu à la garderie, j’aurais pu sans problème «oublier» encore une fois cette année et dire que j’y penserai l’année prochaine, mais mon amie D. a ri quand j’ai commencé à suggérer que j’allais repousser. Parce que j’avais déjà fait de même l’an dernier, bien sûr… Alors j’ai interrogé l’une de mes collègues, pour connaître les hot-spots de ma ville (clairement pas ma rue, toute désignée pour être un quartier fantôme tant les gens se terraient hier soir pour ne surtout pas avoir à donner des bonbons, nous y compris!).
À la sortie de la garderie, avec l’esprit tranquillisé par l’idée que mon souper était déjà prêt (team «je prépare tous mes repas la fin de semaine»), j’ai chargé mes enfants dans la voiture et j’ai roulé jusqu’au quartier pressenti. La rue dans laquelle je me suis engagée était bien décorée, à la dixième maison invitante je me suis donc garée. J’ai vidé les sacs de bonbons déjà bourrés par la garderie sur le plancher de l’auto et j’ai embarqué mon petit monde dans sa première tournée des maisons (qui a dit «des bars»?). Je m’étais renseignée avant sur ce qu’il fallait dire, ça parait évident comme ça mais je ne voulais pas passer pour la fille qui ne connaît l’Halloween qu’à travers les séries américaines. Exit Trick or Treat, nous avons clamé «Joyeux Halloween» dès que la porte s’est ouverte. Enfin moi surtout parce que ma grande avait déjà la main dans la poche à bonbons et ma petite tentait de repousser les jambes de la dame pour entrer chez elle. J’ai des enfants bien élevés. Après une petite remise en ordre, et aux ordres («on n’entre pas chez les gens», «on dit vous et pas tu», «on ne se sert pas, on attend qu’on vous donne», «on ne réclame pas des bonbons supplémentaires») on a pu continuer notre chemin, sous le regard admiratif de mes filles qui n’en revenaient pas qu’il suffise de taper à une porte pour obtenir des bonbons.

Hansel et Gretel ont donc couru en tous sens dans la rue animée, poussant chaque fois plus loin leur exploration, agrémentée de «oh regarde une autre maison avec une citrouille là-bas» à chaque fois que je sous-entendais vouloir rejoindre la voiture. Dix fourberies du genre plus tard, j’ai finalement obtenu gain de cause. Les sacs ne fermaient plus et mes poches étaient pleines. Ma grande fille a quand même suggéré de vider une nouvelle fois les sacs dans la voiture et j’ai décidé d’ignorer cette tentative sournoise de continuer la soirée (mais de qui tient-elle ces idées?!).

C’était un joli moment, je ne peux qu’en convenir. J’ai aimé les rues animées, les décorations soignées et la gentillesse des hôtes. Les familles entières et les groupes d’amis hilares. Les portes qui s’ouvraient sur de jeunes parents et de tout petits bébés adorablement déguisés. J’ai aimé notre butin, la répartition, la possibilité de dire «ok tu as le droit de manger une sucette avant le souper», parce que c’était une journée si spéciale.

J’ai été surprise par ailleurs de constater que tant d’amis en France avaient eu l’occasion de parcourir eux aussi les rues avec leurs enfants et que l’Halloween était également fêté dans certaines écoles, dans les garderies ou dans les centres aérés. Je pense que j’avais une quinzaine d’années lorsque les premières festivités en la matière sont arrivées en France, mais j’ai souvenir également qu’elles sont vite tombées à l’eau, taxées d’américanisme. On ne voyait pas vraiment l’intérêt de cette fête dont on ne comprenait pas l’origine, la culture et la tradition. Quand je suis partie en 2013, je n’ai pas plus le souvenir de quelque chose d’aussi tangible que ce que j’ai pu voir dans certaines photos. Une chose m’a marquée par contre (et réciproquement si j’en crois certains commentaires de mes amis) : nos déguisements de l’Halloween sont bien plus gentillets que ceux de la France. Ici, dans la rue, j’ai croisé des sorcières oui, mais aussi et surtout des pompiers, des chiens de la Pat’Patrouille, des docteurs, des policiers, des super-héros, des hot-dogs, des animaux en masse, des dinosaures et beaucoup de licornes. Sur les photos de la famille et des amis en France : des masques terrifiants, des maquillages superbes mais épeurants, des sorcières et sorciers, des fantômes, des vampires… Notre Halloween est en fait votre Carnaval, les bonbons en plus et les crêpes en moins.

Sur une autre note, j’ai aimé aussi cette photo que j’ai partagée hier de la famille du Premier Ministre. Justin Trudeau y est déguisé en Clark Kent/Superman, mais ce sont ses deux plus jeunes enfants qui ont attiré mon regard : sa fille, arborant la tenue de Wonder Woman. Son plus jeune fils, déguisé en Skye, la chienne Skye, celle-là même qui est tout de rose vêtue dans Pat’ Patrouille. Car on pourra avoir tous les messages positifs du monde sur la discrimination par le genre et l’importance de respecter les enfants quels que soient leurs choix et leurs envies, il n’y a que les actes qui peuvent donner du poids aux mots. Que l’on aime ou pas ce premier ministre là, cette famille-là, n’enlève ni n’ajoute au fait qu’ils sont des personnes publiques, qui ont envoyé hier un message fort aux enfants de demain, et aux parents qui les accompagnent.

 -Lexie Swing-

Crédit photos : Lexie Swing

L’Indien n’est pas un costume d’Halloween

Lorsque j’étais petite fille, l’Halloween n’était pas encore très courant en France. Lorsque nous nous déguisions, c’était pour Mardi Gras, une fête catholique située juste avant le Carême. Un défilé avait lieu, on mangeait des choses grasses comme des bugnes (ça n’a pas la même forme que des beignes mais c’est gras pareil) ou plus sucrées comme des crêpes, on allait à la vogue et on était heureux.
J’avais les cheveux longs, j’avais le visage fin, je portais bien les nattes, j’étais faite pour être déguisée comme les Indiennes des contes. On m’affublait d’un ruban et de plumes, et d’une robe à franges en suédine. Je me plaisais dans le miroir, c’était un joli déguisement.

On en trouve encore, des déguisements comme ça, dans les rayons des boutiques françaises. Ils sont toujours aussi mignons, mais même si je magasine volontiers dans ces boutiques-là pour l’Halloween, le costume d’Indienne n’est plus sur ma liste. La vision de l’Indienne telle qu’elle est perçue en France n’a rien à voir avec la façon dont est perçue la culture autochtone. Car la femme autochtone n’est pas un personnage. Ce n’est pas le Rocky de Paw Patrol, ce n’est pas le Mario de Mario Kart. Ce n’est pas une pompière, ce n’est pas un M&M’s. Ce n’est ni une job, ni un objet, ni un personnage de dessin animé, ni même un personnage célèbre. C’est une culture et une communauté plurielles. Ce sont des coutumes. Ce sont des langues. Ce sont des personnes auxquelles il serait doux de s’identifier si leur culture n’avait pas été tant (re)niée dans l’Histoire et à l’époque actuelle.

Aussi, et ce n’est pas moi mais une étudiante de Winnipeg qui le disait l’an dernier, ces costumes – car oui il s’en vend aussi au Canada – donnent une image non seulement fausse, mais également très figée de la culture autochtone, une image très datée en réalité. Un professeur du Manitoba, interrogé dans le même article, déplorait même que les Autochtones soient perçus, à travers ces déguisements, comme des « sauvages exotiques ».

Tous, cependant, ne sont pas d’accord avec cette vision des choses. Dans un second article daté également de l’an dernier et paru dans La Presse, on aborde la notion de tabou et d’hypersensibilité, on y insère les mots censure et liberté d’expression, déplorant qu’au nom du politiquement correct, on ne puisse plus se déguiser en Indienne, ou en Geisha, en Chinoise, en Mexicain portant cigare et sombrero ou même en Noir.

Pourtant, cela va – et c’est seulement mon opinion – au delà de la liberté d’expression, c’est prioritaire sur la notion de droit ou de censure, c’est une question de respect. Et c’est la raison pour laquelle ce n’est pas un problème d’être déguisée en Petite Indienne en France, et que ça l’est au Québec. Le poids de l’Histoire, la place d’une communauté dans une société, devrait primer sur le droit de porter n’importe quel déguisement à l’Halloween. La Petite Indienne en France est un personnage de livre, une héroïne de dessin animé. La communauté à laquelle un tel déguisement ferait référence ici au Québec se doit d’avoir le respect de son peuple, les Canadiens. Tout comme n’importe quelle communauté, a fortiori si elle est ou a été discriminée.

Et non, contrairement au parallèle émis dans l’article mentionné ci-dessus, je ne pense pas que cela puisse être mis sur le même plan qu’un déguisement de Flamenco ou de French Cancan. Ni même de Geisha. Et celui qui crie au loup revient à dire que les Françaises dansent toutes le French Cancan, et que les Espagnoles maîtrisent toutes le Flamenco. Pour avoir du sang des deux peuples, je vous confirme que l’on peut être aussi peu douée dans l’un ET dans l’autre.

Alors exit le déguisement de Petite Indienne, nous avons misé sur du solide, du doux, du pelucheux cette année. En bons végés, amis des bêtes, nous avons voté pour la ménagerie. Cette année nous avons donc l’ex chat, devenu souris (une reconversion) et le petit cheval déguisé en chat (des oreilles qui trainaient par là).

Et vous, quels déguisements avez-vous ressorti des placards? Et pensez-vous que l’on devrait pouvoir tout porter?

-Lexie Swing-

La vie par écrans interposés 

Elles ont 13, 14 ans peut-être. Elles rient et font des mimiques. Leurs cheveux sont coupés à la dernière mode, leurs jeans aussi. Quand elles s’élancent depuis les balançoires trop petites pour elles, leurs Converses balaient le sol, se recouvrant d’une fine poussière de sable. Elles sont deux, elles sont adolescentes, elles sont comme toutes les adolescentes amies de ce monde, aussi insouciantes. Mais aussi plus conscientes. En face d’elles, portés comme un étendard, leurs téléphones en miroir. L’heure tourne et la caméra aussi, sans cesse, ininterrompue. Les photos pleuvent, les bouches en cul de poule s’amoncellent sur la pellicule de leurs iPhones aux coques fleuries.Bientôt, elles s’effondrent dans l’herbe, l’une à côté de l’autre. Leurs épaules se touchent mais leurs esprits sont loin. Ils téléchargent sur Instagram et commentent sur Facebook. Ils sont absents du réel, tout entiers absorbés par le virtuel. Et je ne peux m’empêcher de me demander si leurs souvenirs seront différents des nôtres et si leurs rires résonneront encore longtemps dans leur mémoire ou s’ils finiront par tomber dans les oubliettes de Snapchat.

Il y a bien longtemps qu’on ne croise plus le regard des gens, dans la rue. Bien longtemps que l’on est contraint de slalomer sur les trottoirs, un œil vaguement aux aguets et l’autre rivé sur le message que l’on tape frénétiquement. Les conversations téléphoniques des premières années avaient le mérite de garder les regards droits, mais l’Internet à disposition quasi universelle a balayé la conscience du moment.

On n’a jamais autant parlé de pleine conscience que maintenant que nos esprits sont perpétuellement ailleurs, happés par des conversations à cheval sur plusieurs continents et différents fuseaux horaires. On n’a jamais été autant connectés au monde, et déconnectés des autres.

Je n’aurais jamais pensé estimer un jour la beauté d’un coucher de soleil à travers son potentiel Instragam. Ni prendre mes enfants en photos pour le bien d’autre chose que mes souvenirs et mon cœur : pour mon blog. Je n’imaginais pas non plus que mon esprit intégrerait si bien les décalages horaires et ferait fi de l’océan. Ni que les maisons brisées de Saint-Martin voisineraient une critique locale faite à la météo pluvieuse, qui elle-même chevaucherait des photos d’enfants bronzés en rang pour la rentrée, juste à côté du visage éploré d’un jeune garçon Rohingya dont le père allait être exécuté.

Je ne sais plus vraiment quoi penser de notre époque. Nous n’avons jamais été aussi conscients et au courant, et paradoxalement si distanciés. Le cœur du monde occidental s’indigne désormais avec plus de ferveur pour la bague dérobée d’une vieille dame qu’à la vision de cadavres d’enfants migrants noyés en Méditerranée. Les connaissances n’ont jamais été aussi nombreuses et pourtant les jugements n’ont jamais été aussi instinctifs, aussi peu réfléchis, aussi malaisants, abrités derrière l’anonymat de l’Internet et de l’écran.

Internet prend aujourd’hui tellement de place… Dans notre quotidien, au travail, dans les tribunes alors que nous sommes spectateurs de l’activité sportive de notre enfant, au restaurant et jusque dans nos chambres à coucher. Est-ce qu’il n’est pas parfaitement ridicule d’être allongé là, à presser vigoureusement sur l’écran de notre téléphone pour échanger avec des amis au bout du monde, tout en ignorant superbement la personne allongée juste à côté et qui partage notre vie? Combien de fois ai-je tardé à lever les yeux vers mon enfant qui m’appelait parce que mon regard était retenu par un message que je venais de recevoir? Quelles choses ai-je manquées, quelles beautés du paysage ai-je ignorées, parce que mon champ de vision se réduisait à un écran de 4 pouces?

Je fais des in and out. Je pose mon téléphone, l’oublie, me consacre à d’autres choses. La séparation n’est pas si difficile, le manque est celui de l’habitude. Et puis je le récupère, parce que la semaine recommence, le devoir m’appelle, je n’ai plus de livres à lire et dégaine alors la seule occupation quasi quotidienne de ces dernières années : mon téléphone portable. Je lis des choses qui me semblent importantes, sans n’y prêter aucune analyse. J’enregistre, j’oublie aussitôt, je zappe. Les informations se télescopent. Je ne sais plus qui de mes amies ou de la Princess Kate est enceinte. Et cette histoire de maison inondée est-elle arrivée à quelqu’un que je connais? Je commence des phrases par « il y a quelqu’un qui disait que…» en citant de parfaits inconnus. Je sais tout de certains blogueurs outre-Atlantique mais rien de mes voisins.

Je sais que «c’est ça le XXIe siècle». Mais je me demande encore si c’est bien. Et si mes filles y seront heureuses. Sommes-nous vraiment faits, nous humains, pour vivre ainsi d’intangible et de nouvelles jusqu’à l’écoeurement? Je n’ai jamais autant douté.

Et vous?

 

-Lexie Swing-

Comment vendez-vous vos affaires d’occasion?

A l’approche de la rentrée (spirituelle car la garderie et le travail ne connaissent pas vraiment de vacances), nous nous sommes mis à ranger frénétiquement et à sortir tout ce qui ne fait plus : combinaisons d’hiver, manteaux, habits de pluie et affaires diverses. Nous avons aussi entassé pêle-mêle pot, extracteur de jus et jouets. Le but : vendre tout ça durant l’automne.

Outre le fait de faire transiter des affaires en bon état afin de minimiser l’impact écolo de nos anciens achats, il y a une volonté bien plus égoïste. L’argent ainsi récolté ira directement dans la caisse « congés » et devrait nous aider à financer nos futures vacances aux Iles-de-la-Madeleine.

Alors on fait comme tout le monde : quelques photos bien éclairées, différents angles, des textes descriptifs à défaut d’être vraiment accrocheurs, et on publie sur les endroits qui nous paraissent pertinents, comme Kijiji et les groupes Facebook. Reste que, l’hameçon tarde souvent à mordre. Je reçois des messages intéressés parfois des mois après la mise en ligne. Et j’aimerais ça, moi, que les combinaisons d’hiver s’écoulent dès maintenant et que les robots de cuisine inutilisés ne restent pas à prendre la poussière dans ma (nouvelle) cuisine.

Pourtant, je vois de tous côtés des gens, des collègues, des amis, qui vendent. Je vois des personnes afficher des annonces et recueillir de nombreux commentaires. J’entends parler de lots de vêtements vendus en quelques clics.

Il est vrai que nous vendons peu, et certainement pas ce qui est le plus recherché. Lorsque nous vendrons notre glissade à l’aube de l’été, je n’ai nul doute qu’elle recueillera quelques suffrages. Et si je me décidais à mettre en vente nos affaires Souris Mini presque intactes, j’aurais sûrement quelques pouces approbateurs. Mais je n’y arrive pas. Ces affaires-là me sont précieuses. J’en ai rangé quelques-unes dans la boîte dédiée aux affaires à conserver, celles que mes filles et moi pourront ressortir plus tard et flatter de la main en regardant les photos. J’en ai surtout données beaucoup. A notre ostéo, dont la fille est née un an après Tempête, aux filles de nos amis, venues quelque temps plus tard… Redonner au suivant, en espérant que les vêtements chéris continuent à faire briller quelques photographies.

Il en est de même pour les livres et les CD. Nous en avons emmenés peu, mais je ne pourrais me départir d’aucun. J’aime tous mes livres. Je ne suis pas matérialiste pour deux sous, mais les livres sont bien plus pour moi qu’une simple histoire. Ils sont un objet merveilleux, une décoration, une invitation. J’aime les faire vivre, les prêter, mais les vendre jamais.

En récupérer par contre oui! Ainsi suis-je revenue ce printemps d’un troc auquel j’avais emmené une flopée de vêtements avec une quantité équivalente de livres de seconde main. Le bonheur!

Enfin bref, les vacances n’attendent pas! Pouvez-vous me donner vos bonnes adresses, vos techniques infaillibles ? Vendez-vous vite? Et sur quoi? Est-ce que vous vendez de tout, ou avez-vous des choses dont vous ne voulez surtout pas vous départir? Racontez-moi!

-Lexie Swing-

 

Le voisin pénible

On a tous un voisin pénible. J’ai toujours été étonnée par cette constante. Lancez le sujet à un souper de groupe et vous serez étonné par les histoires qui ne manqueront pas de fuser. Même le plus reclus de la gang, celui qui vit dans un château ceint de barbelés, aura une bonne joke à raconter au sujet de son plus proche voisin (1000 kilomètres) qui l’aurait attaqué en justice parce qu’une noix du seul arbre de la propriété serait tombée de son côté de la clôture sous l’effet d’une brise légère et versatile venue du nord-est-est.
Bref, on a tous un voisin pénible. Parfois il est très proche, la porte à côté. Parfois au-dessus (et il a des enfants qui font des claquettes à 5 heures du matin le dimanche). Parfois en dessous (et il a un ado qui écoute du gangsta rap sur son home cinéma à 2 heures du matin en semaine). Et parfois il est à quelques maisons de là, légèrement en diagonale, et il emmerde le monde avec : sa moto, sa tondeuse à des heures indues, son arrosage qui arrose tout le voisinage sauf sa cour, son chien qui aboie sans discontinuer hiver comme été, ses partys à toute heure de la nuit, son goût immodéré pour les attaques en justice diverses et variées (rayez la mention inutile) (ou déménagez).

Et aussi fou que cela puisse paraître, il y a rarement deux voisins pénibles. C’est comme si la rue ou l’immeuble devait attribuer le rôle à quelqu’un. De notre côté, alors que nous vivions dans un bloc de trois étages, nous avons eu quelque temps des voisins bruyants-avec-chien-aboyeur. Le plancher était fin comme du papier à cigarette et notre patience s’est rapidement réduite à la même épaisseur. Le bloc a été vendu et de nouveaux locataires ont pris la place. Home cinéma dans le salon, souliers en liberté anarchique dans l’escalier, cris dans le couloir et engueulades récurrentes ont eu raison de notre raison, justement. Lorsque le chien épeuré s’est retrouvé à dormir toutes les nuits sur le tapis de la salle de bains, tremblant et gémissant, nous avons recontacté notre ami agent immobilier et pris la poudre d’escampette. Direction la banlieue, ses maisons individuelles et leur éloignement.

Le voisin pénible a rapidement été identifié. Il avait comme tout l’kit : le chien jappant jour et nuit, les enfants adolescents et leur gang du secondaire, pétaradant bien après le crépuscule sur leurs scooters débridés, une fascination intrigante pour le gazon fraîchement coupé, des partys d’été étirées jusqu’à tard dans la nuit, des partys d’hiver toute vitre ouverte et un goût immodéré pour le rock alternatif, ainsi que l’habituel caractère acariâtre, toujours vendu en bonus avec ce genre de personnages.

La rue est sa rue. Il l’habite pleinement, complètement, faisant fi des regards courroucés et de la gêne occasionnée. Il ignore les bonjours avec un manque de savoir-vivre proche de l’insulte, et gueule volontiers sur son chien/ses enfants/sa femme, tel un petit exercice quotidien pour bien se mettre en jambes.

Depuis peu, il refait sa maison. Les enfants ont grandi, les lots sont petits, le chalet n’attend plus… Partira-t-il? Nous croisons les doigts!

Et chez vous, à qui la loterie de la rue a-t-elle attribuée le rôle du voisin pénible.

Et si c’était vous, le voisin pénible?

-Lexie Swing-

Photo : Drina, Serbie. La maison serait une cabane construite par un groupe de jeunes à la fin des années 60.

Consentement : qui est responsable ?

imageSoir de pliage de linge, l’occasion rêvée de me mettre à jour sur ma série du moment : Switched at birth. Début d’épisode et une mention prévient le spectateur : on va aborder le sujet du consentement lors de la relation sexuelle (mon iPhone vient d’écrire religion sexuelle, ça me fait réfléchir lol).

La série ne donne pas trop dans la morale, mais les héroïnes sont deux étudiantes, alors… Je voulais aborder le sujet avec vous car je me suis aperçue, à ma grande surprise, que je n’étais pas d’accord avec cette idée de superpuissance du consentement féminin. Je vous raconte ? Vous me donnerez votre avis.

L’histoire : Bay, 19 ans, se réveille dans le lit d’un bon copain, qui est son ex d’ailleurs. Elle a déjà un amoureux. La veille, après une chicane avec ledit amoureux, elle a picolé avec l’ex et d’autres amis, fait la fête, rit, jusqu’à ce qu’elle demande à s’allonger un peu. Elle dit au gars de s’allonger à côté d’elle. Et là black out. Elle se réveille le matin avec le feeling qu’il y a « something wrong ». Sa mère, à qui elle en parle sous couvert de « il est arrivé quelque chose à une amie », lui dit que c’est un viol. Et la machine se met en marche.

L’idée véhiculée par la série est qu’il y a relation sans consentement car la fille était trop alcoolisée pour le donner. On a des flashs backs où elle embrasse le type etc, mais on apprend par la suite qu’elle ne se rappelle de rien. L’ex, qui est donc un bon ami, lui répète qu’il n’aurait rien fait si elle n’avait pas voulu. Qu’il avait beaucoup bu également. Dans les flashs, on voit que tout tourne également pour lui. Le père de la fille le tance d’un « peu importe que tu aies bu également, tu es plus grand, plus âgé, t’es le gars, t’aurais du arrêter en voyant qu’elle n’avait pas l’esprit clair ».

Ayoye. Je n’aime pas ces paroles. Je me suis rendue compte qu’à vouloir le consentement à tout prix, on déresponsabilise une nouvelle fois la femme. Elle était trop alcoolisée, elle n’avait pas la conscience claire. Tu étais alcoolisé également mais tu es l’homme, tu aurais dû tout arrêter. J’ai songé à toutes ces soirées trop alcoolisées qui ont tourné de même. A quel moment devient-on responsable du consentement de l’autre? Et quid de deux personnes alcoolisées? Qui doit s’assurer que l’autre veut bien? Pourquoi n’essaie-t-on pas d’en faire un objectif commun, encore une fois? Pourquoi tient-on le discours « toi femme tu dois donner un consentement clair, toi homme tu dois t’assurer qu’elle le donne ». Pour sûr un homme peut moins facilement se faire abuser par une femme que l’inverse. Quoique. Une fellation ? Dans ce cas il pourrait également se sentir abusé, ne pas avoir l’impression d’avoir donné son consentement. Alors je voudrais qu’on annote le présupposé précédent: « Avant de faire une fellation, toi homme donne ton consentement clair et précis (« oui je le veux »), toi, partenaire, vérifie que la personne n’a pas changé d’idée en chemin.

La seule chose que m’a fait ressentir l’épisode d’hier soir, c’est que l’on se trompe, au sujet du consentement. On déresponsabilise les jeunes femmes. Oui, il faut continuer à marteler que non, c’est non, et que le silence ne vaut pas (forcément) acceptation. Mais il faut surtout faire comprendre que l’envie doit être partagée. Et qu’il faut tenter d’envoyer des signaux clairs. Après tout les femmes sont pas mal les spécialistes des mixed feelings. C’est drôle d’ailleurs car en parallèle, et je ne suis pas certaine que les réalisateurs l’aient fait volontairement, la mère de l’héroïne fait justement vivre ça à l’un de ses proches : elle couche avec lui, puis le repousse en lui disant que ce n’était pas une bonne idée, pour finalement l’embrasser de nouveau quelques jours plus tard. En fait si, les réalisateurs en ont conscience puisqu’à cet instant, son chum demande : « es tu sûre que c’est ce que tu veux? »

Voilà comment est vu le consentement aujourd’hui : « une femme qui envoie un signal positif par ses actions et un homme contraint de demander, à haute et intelligible voix, si elle est bien sûr de son choix ».

Encore une fois on oppose les hommes aux femmes au lieu de créer un front commun de respect mutuel et de signaux clairs.

J’avoue que pour ma part, j’ai le goût d’apprendre un peu plus à mes filles. Que non, c’est non, mais qu’il faut respecter l’autre aussi, ne pas jouer avec ses sentiments. Que boire raisonnablement est la clé de bien des maux, y compris des maux de tête. Et que l’amour, comme le sexe, se fait à deux, en accord. Qu’il n’y a pas de toute puissance de la féminité, pas de toute puissance de la masculinité, et que l’écoute est à la base de tout.

Et vous qu’en pensez-vous?

-Lexie Swing-

T’es-tu féministe?

féminismeA l’heure où j’écris ces lignes, Clinton est encore dans la course contre Trump, et ce même s’il a pas mal de grands électeurs d’avance. Les commentaires de Trump (actuels ou passés), la mobilisation des Islandaises pour un salaire plus juste, celle des Polonaises pour le maintien du droit à l’IVG… Partout les femmes font entendre leurs voix, pour faire valoir leurs droits.

Ces valeurs qu’elles défendent sont celles du féminisme. Preuve que les combats des femmes sont ceux du féminisme.

Ce n’est pas un gros mot, d’être féministe. Notre génération le dit encore du bout des lèvres, quand elle embrasse pourtant à bras ouverts le concept tout entier. Car qui, aujourd’hui, dans les femmes de 20-30-40 ans, ne souhaitent pas avoir le droit de travailler. Qui pense, en tant que femme, que son travail ne mérite pas un salaire juste? Et qui, en tant qu’homme, pense d’ailleurs qu’une personne mérite de moins gagner, avec pour seule justification le sexe dont elle est affublée? Quelle femme peut prétendre ne pas souhaiter le respect? Quelle femme ne voudrait pas vivre dans la paix? Quel homme ne souhaiterait pas voir sa compagne vivre en sérénité, en sécurité? Quel homme ne souhaiterait pas voir sa compagne gagner un salaire suffisant, pour que la conjugaison de leurs deux salaires leur permettent de vivre décemment?

Le féminisme n’est ni poilu, ni hargneux. Il n’a pas pour mission de détruire les hommes, de les réduire à l’esclavage le nez écrasé par le talon du bottillon. Le féminisme, c’est l’égalité. Et peut-être qu’en effet le terme mériterait d’être dépoussiéré, être appelé égalitarisme. Mais peut-être aussi que le temps n’est pas venu, que les écarts sont encore trop grands et le fossé trop large.

Rien est acquis. Les différences sont omniprésentes, les absences de respect encore trop flagrantes. Tant que vous aurez peur à la nuit tombée, tant que vous aurez l’impression d’être déconsidérée, tant que les écarts de salaires joueront avec le feu sur la grande échelle, tant que vous vous sentirez prisonnière, tant que vous n’aurez pas le choix, suffisamment de choix, tant que l’on vous reléguera au rang d’éternelles secondes…

Alors il faudra se battre. Même un tout petit peu. Se lever pour dire que l’on est pas d’accord. Cesser de sourire d’un air las aux patrons qui nous appellent «  mon petit ». Refuser qu’il y ait des choses inaccessibles aux femmes aux seuls prétextes que la tradition en a fait « des domaines d’homme ».

Il faudra, aussi, admettre que l’on est ni mieux, ni moins bien. Mais qu’on les vaut, les hommes. Que l’on est aussi fortes, aussi capables, aussi raisonnées, aussi ambitieuses, aussi tendres. Aussi libres. Ne pas chercher des excuses quand il n’y a pour argument qu’une coutume orale malmenée à force d’avoir été répétée. Une coutume qui voudrait que l’on soit les deuxièmes, la rature, la copie mal traduite.

Alors que nous sommes en réalité, plus qu’un chapitre, un bouquin entier. Différent, à part. Deux ouvrages, entourés de milliers d’autres, qui se tiennent serrés dans la grande bibliothèque.

-Lexie Swing-

 

PS À l’heure où je termine ces lignes, les choses sont comme mal engagées pour Clinton!

Pardonner aux autres ce qu’on s’autorise à soi-même

On est plus ou moins exigeant avec soi-même. Il y a ceux qui ne lâchent rien, et qui, à ce titre, en profitent pour faire vivre un enfer aux autres. Et ceux, moins regardants, qui s’autorisent volontiers un petit coup de mou de temps à autre. En cette période d’automne, qui chez nous s’est bien vite révélée synonyme de gastro, on s’est retrouvé à traîner la patte. Et pour cause ! Qui a du cœur à l’ouvrage avec la nausée en bandoulière, trois heures de sommeil dans les épaules et le cou qui n’est vaillant que légèrement penché vers la droite (vous noterez le caractère pratique pour taper à l’ordinateur)?
Alors on s’autorise à être plus lent, à repousser un rendez-vous, à faire la moue devant une sortie, à soupirer un peu au téléphone. On s’autorise à ne pas avoir envie. D’une rencontre, d’une discussion, d’un conflit ou d’un problème à régler.

angeEt puis le matin venu, on croise une éducatrice, on saisit la porte après le portier d’immeuble, on lance un regard à la maîtresse, et on s’étonne de ne rien recevoir en retour. Pas un sourire, pas un regard. Juste de la lassitude et un peu d’indifférence. Les réponses viennent un peu tard et elles n’ont comme pas rapport. On loue le temps qu’il fait et on nous répond que l’heure est à la collation.

Et on s’indigne, intérieurement, entre deux feux de croisement, extérieurement, à une collègue qui aime jaser. On se plaint, on argumente « c’est quand même fou ça », et puis « les gens n’ont plus d’éducation ».

Et puis on oublie, un peu trop volontiers, qu’il y a l’humain derrière les cernes, derrière le regard las, derrière la fatigue. Peut être la maladie, peut être la tristesse, et peut être juste un temps mal venu ou une nuit trop courte. Et on zappe l’indulgence. On cultive l’empathie, mais juste avec soi-même, alors que la gastro, c’est bien connu, toucherait n’importe qui.

Ça m’a pris un peu trop de temps à réaliser, hier matin, que l’une des éducatrices n’était pas indifférente à ma fille mais visiblement fatiguée, probablement malmenée par un quelconque virus. Le temps de trop. Celui qui m’a fait lui répondre par des sourcils froncés alors que j’aurais dû lui offrir un sourire de soutien.

Si en pareil cas vous pouviez être plus prompte à réaliser que moi je n’aurais pas tout à fait perdu ce temps pour rien.

-Lexie Swing-