Être le vieux de quelqu’un

Ça a commencé avec un athlète. Un athlète au plus fort de son succès. Au top de sa carrière. Toutes ces années d’entraînement et enfin la consécration. Il avait atteint son objectif, il allait pouvoir prendre sa retraite.

26 ans.

Ça a continué avec une actrice. Une « fille de ». Longue carrière. Récente reconnaissance. Une trilogie et la consécration. La vie désormais rêvée, l’amour, le succès, les belles bagnoles, les robes qui ondulent sur ses hanches.

28 ans.

Ça a pris son envol avec elle. Médecin. Attentive. Cultivée. Elle dit « les enfants sont souvent comme ça », même si je sais qu’elle n’en a pas. Je lui concède ses connaissances même si elle n’en a pas l’expérience. Et lui demande de m’écouter, par le quotidien auquel je suis confrontée.

28 ans

Ça a atteint son point culminant avec un proche. Prof de sport de mes enfants et propriétaire de centres sportifs. Les enfants l’appellent monsieur, je l’interpelle par son prénom. Il apprend à nos enfants à évoluer dans notre société.

27 ans.

Ils sont des athlètes accomplis, des actrices reconnues, les professeurs et éducateurs de nos enfants, leurs maîtresses et maîtres. Ils sont parfois nos patrons, nos chefs de projets, nos homologues. Nos dentistes, nos ophtalmologistes. Elle est mon médecin.

Et ils ont moins de 30 ans.

Le coup de vieux !

Ils sont des gens d’expérience, spécialistes dans leur domaine. Je les crois, je leur fais confiance. Parfois je leur laisse même le bénéfice du doute.

Mais face à eux, mon esprit s’échappe souvent. Et en privé, dans des tablées de vieux comme moi, je ne peux m’empêcher de railler « je pourrais être sa grande sœur! ». Car ces gens là, pour ma tranche d’âge, c’est la petite sœur pénible avec ses couettes croches et son appareil dentaire. C’est le frangin à qui on a fait boire sa première shot de tequila à 13 ans. C’est le môme avec ses lunettes et son blouson trop grand qui devait rentrer avec nous à la fin de l’école, pour ne pas qu’il se perde. C’est la gamine qui rigolait comme une baleine avec son groupe de copines toutes identiques.

Ils sont mes jeunes à moi, mes petits. Tout en étant sûrement les vieux de quelqu’un, eux aussi. Ils ne sont, heureusement, pas des gens que j’ai côtoyés enfants. Je ne sais pas si je pourrais donner du crédit aux propos de quelqu’un que j’ai vu découvrir un jour avec ravissement ses crottes de nez.

Nous avons vieilli. Et eux aussi !

(Mais on reste plus matures, forcément).

Et vous, vous êtes le vieux de qui ?

-Lexie Swing-

Photo : Kyaw Tun

3 façons d’acheter différemment

Quand, il y a quelques mois, nous avons plongé les yeux dans nos dépenses afin de circonscrire le flot continu, nous savions qu’il y avait quelques trous. Comme tout le monde, nous laissions parfois aller nos achats, nous équipant de manière plus ou moins compulsive. Mais ce qui nous a surpris, une fois l’application Mint installée, a été de constater le montant d’argent dépensé certes, mais surtout le nombre de dépenses, le nombre d’achats et de paiements faits, et leur fréquence. Ils pourraient se résumer ainsi : un café au Starbucks, une brioche au Pain Doré, une jolie carte chez Papyrus, un beau stylo chez Indigo, une super promo chez Winners et une incontournable paire de jeans taille 2 ans chez Zara.

Je suis sûre que vous voyez de quoi je parle.

Je travaille en plein centre-ville de Montréal, j’ai une heure de pause le midi et les centres commerciaux sont accessibles par les souterrains depuis mon building. Je peux magasiner par -15 degrés en pull et bottines, entends-tu ça??

Bien sûr j’en ai profité. Ardemment. Mais l’étude de nos dépenses m’a mis face à cette réalité indubitable : je dépensais par ennui et non par besoin. Avec ce qui en découlait : je gâtais trop mes enfants parce que je trouvais toujours des bébelles à ramener, j’encombrais ma maison de choses inutiles, j’encourageais une consommation qui ne me correspondait pas (tsé le petit machin de plastique made in China?).

Alors on s’est imposé des nouvelles règles : moins d’achats, plus de réflexion, aussi plus de faits-maison dans les repas. On s’est mis à dépenser différemment, voilà comment.

1. Réfléchir avant d’acheter

J’écris cet article un sac Winners sous le bras, une histoire de cordonnier mal chaussé sûrement. Mais il n’empêche que l’item que je dissimule ainsi correspond en tout point à ce que je cherchais. C’est quelque chose dont j’avais besoin, pour une occasion précise. Et je me suis rendue chez Winners trois fois avant de trouver ma perle rare. Niveau rentabilité horaire, zéro, mais en termes de rentabilité objet, on est au top. La règle numéro 1 : n’acheter que ce qui a été voulu, soupesé, estimé. Et surtout ne jamais acheter par dépit. Car acheter quelque chose dont on sait qu’il n’est pas exactement comme on l’imaginait, c’est l’assurance de racheter à plus ou moins court terme un nouvel item, plus adapté. Et c’est valable pour les choses les plus bêtes. J’ai investi comme ça dans un épluche-légumes. Magasin de cuisine reconnu, marque bien sous tout rapport. Mais d’une inutilité crasse. J’avais bien vu qu’il n’était pas comme je cherchais mais tsé, c’était le seul du magasin. Et j’avais justement une soupe à faire ce soir là qui n’en pouvait plus d’attendre… le plan classique!

2. Consommer durable

Il y a quelques années, on nous a très gentiment donné deux gros sacs de bébelles. Le genre de petits gugusses en plastique fin, et des tas de mini accessoires. Il devait y avoir mille morceaux, au bas mot. Ma cadette n’était alors qu’un pépin de pommes et les sacs furent rapidement remisés. Mais maintenant que l’on pourrait les ressortir, voilà qu’ils nous donnent de l’urticaire. Des affaires toutes croches, qui ne tiennent pas vraiment. Des petits bouts, tout le temps, partout, qui glissent dans les coussins du canapé et collent aux poils du chien. Résultat, ils ont réintégré leurs sacs plastiques et partiront bientôt pour d’autres cieux que les miens. Alors pour ne point encombrer plus notre vie, nous avons mis un terme aux petits jouets inutiles, aux bébelles de sacs surprises du supermarché et autres affaires de plastique. Je veux du solide, et surtout du « je te l’offre et tu as intérêt à jouer plus qu’une demi heure avec ». Hier nous avons arpenté Toys’r’us à la recherche de sucettes pour Tempête, l’occasion pour sa grande sœur d’ouvrir des yeux comme des soucoupes en s’exclamant qu’elle était arrivée au paradis (rien que ça). Et bien sûr en réclamant chaque chose qu’elle voyait. Absolument chaque petite chose. Et généralement des peluches moches et des crayons pailletés.

No way.

Et puis une chaise haute et un lit mais pas comme le lit que j’ai mais un autre lit, superposé, pour mes deux bébés.

Elle en a 5, un dortoir n’y suffirait pas.

Alors passé les caisses – et les bijoux et accessoires de coiffures Claire’ s, l’occasion de nouvelles demandes – j’ai pu échanger avec elle et lui demander ce qu’elle aurait choisi dans tout le magasin. Elle a dit la peluche moche (enfin elle n’a pas dit moche bien sûr, elle a dit « le petit tigre trop beau avec ses yeux qui font comme des paillettes »). Après elle s’est ravisée et elle a dit « Rocky et sa voiture ». (On a déjà mais passons). Et puis ce matin elle m’a avoué avoir bien réfléchi. Elle voulait – elle en était sûre et certaine j’en n’ai pas dormi de la nuit maman – elle voulait un cahier de jeux Peppa Pig. On est passé d’un lit superposé en plastique rose à un cahier de jeux Peppa Pig. Apprécie le sentiment d’accomplissement.

D’ailleurs on est sorti du magasin et elle m’a dit « je suis bien fière de ne t’avoir rien demandé maman ». Lol.

3. Réinvestir son argent

Le problème des items superflus, c’est qu’ils ne sont pas prévus dans le budget. J’imagine que tout le monde prévoit une case plus ou moins lousse de « divers ». Mais pas de « j’ai acheté un poney sur Groupon parce que je m’ennuyais à la job ce midi ». Pour acheter ce qui n’est pas vital, nous commençons donc par nous départir de l’existant. Je rêve de ce moule à tarte rectangulaire (chacun ses passions les gars), je vais donc commencer par revendre cette machine à jus dont nous nions l’existence depuis sa première utilisation. Les filles auraient besoin de quelques paires de jeans supplémentaires ? Pourquoi ne pas commencer par faire de la place dans leur garde-robe avec les paires trop petites. « Maman je voudrais le Livre du Loup qui part sur la Lune ». Miss Swing a donc choisi quelques jouets qu’elle n’utilisait plus et nous les avons mis en vente. Elle est à quelques dollars de pouvoir s’offrir le livre du Loup et j’ai bien hâte de voir son visage quand elle pourra donner elle-même son argent au caissier ou à la caissière de la librairie.

On est passé des bébelles du Dollarama à ma fille qui se paye ses propres bouquins, j’assume.

Mais croyez-moi, terminer la négociation d’une vente par « je ne souhaite pas descendre le prix plus bas, l’argent va à ma fille de 5 ans pour qu’elle puisse s’acheter des livres », ça fait son petit effet.

Pour tout ceux qui aiment les bonnes idées budget, je vous conseille d’aller faire un tour chez Béatrice. C’est le thème central de son blog et elle est pleine de ressources.

Et vous, comment consommez-vous ? Avez-vous des astuces ?

-Lexie Swing-

Photo : Matthew Henry

Cet immigrant que je ne saurais voir

Pour défendre une certaine notion de patrie, certains, s’érigeant en pourfendeurs de l’immigration, sont portés à croire que la citoyenneté devrait reposer sur des origines, une couleur de peau, la sonorité d’un nom. Ainsi, en France, on a tendance à estimer, par défaut, que le jeune Nicolas est plus français que son ami Chen. Je ne dis pas ces noms au hasard.

Nicolas est certes d’origine française mais il ne connaît rien à la France. Son père était perpétuellement muté dans un nouveau pays, il a notamment passé 12 ans en Afrique et il est né au Kenya.

Chen est né dans un bled à côté de Strasbourg, de parents chinois immigrés en France une dizaine d’années avant sa naissance. Il a été à l’école à Strasbourg, et il a été à Lyon à l’Université. Un jour, un ami commun lui a demandé comment c’était « là d’où il venait » et il a décrit un village de carte postale où les gens parlaient un français mâtiné d’allemand. Je ne sais pas s’il a fait exprès de parler de son village alsacien mais la vérité, et je l’ai su plus tard, c’est que Chen n’était jamais allé en Chine. Il s’y est rendu plus tard, seul et en backpack, pour découvrir un pays qui était celui de ses origines certes, mais qui lui était inconnu.

J’ai toujours eu plus de points communs avec Chen qu’avec Nicolas. C’était fascinant d’entendre Nicolas raconter ses premiers pas dans la brousse (sérieusement, c’est plus fancy que les trottoirs de Paris ou d’Alger pour apprendre à marcher non ??) mais on n’avait pas la même culture. Il ne connaissait pas les Minikeums, il restait de marbre devant les répliques cultes de la Cité de la peur ou du Père Noël est une ordure, il n’avait jamais lu Astrapi. Chen, si.

C’est cependant en arrivant au Québec que j’ai pris la mesure de la citoyenneté que je portais, et de l’étrangère que j’étais. Même si j’assimile parfaitement l’accent, et que je finis par connaître Montréal comme ma poche; même si je participe à élire le prochain gouvernement et qu’on me délivre un passeport en règle, je ne deviendrais réellement québécoise que le jour où j’en assimilerais la culture. Lorsque le nom des politiques et l’humour des comédiens trouveront écho dans mon esprit et que je pourrais fredonner une toune connue.

Et il y aura d’ailleurs ceci de différent entre mes filles et leurs cousins, qui les rendront définitivement plus proches de leurs amis d’école – quelles que soient leurs origines – qu’elles auront les mêmes souvenirs musicaux, littéraires et bien sûr télévisuels. Parce que la langue elle-même est différente et que rien – à commencer par les films – ne porte le même nom des deux bords de l’Atlantique.

Et c’est bien la preuve, s’il en faut, qu’on ne voit jamais plus loin que le bout de notre nez. Que parce que nos voisins ont les yeux allongés, le teint olive et l’accent marqué, on s’imagine qu’on sait tout : comment ils vivent, pour quel Dieu ils prient et à quoi ils aspirent. On prétend surtout savoir qu’ils ne sont pas d’ici, sans jamais se demander ce que c’est, être d’ici. Est-ce que c’est d’avoir le teint pâle et le ton affecté? Ou bien est-ce d’aimer une terre si fort qu’on a été prêt à traverser le monde pour la rejoindre? Est-ce que c’est respecter des traditions, en les faisant siennes ? Adopter des coutumes, des habitudes et tout un peuple ? Choisir un pays pour y travailler, pour y élever ses enfants et pour s’y endormir chaque soir, en s’y sentant en sécurité et à la bonne place ?

Je me souviens d’une fille, interviewée lors de ma première année au Québec, qui me disait être victime de ce que j’appellerais un double délit : nom et faciès. Elle avait un nom vietnamien, elle avait le type asiatique, et avait été estampillée « français balbutiant » par tout employeur qui croisait son CV, réduisant à néant ses possibilités d’être embauchée dans ce petit coin du Québec où elle vivait. Je lui ai parlé au téléphone. Je ne lui ai parlé qu’au téléphone même. Et pour moi elle n’est restée qu’une voix. Un accent québécois marqué. Des expressions typiques. Rien ne trahissait ses origines. Mais ses parents lui avaient légué ce qu’il y a de plus lourd à porter aujourd’hui pour un enfant d’immigrés : un nom à consonance étrangère et des traits d’ailleurs.

Notre connaissance des autres est construite sur des présupposés. Une femme au foyer est forcément inéduquée, des piercings nombreux sont l’apanage de la marginalité, l’enfant qui court au restaurant est victime d’une éducation laxiste, quand celui qui dort avec ses parents est un enfant-roi.

Notre vision est faite de cases étriquées dans lesquelles nous tentons de faire rentrer le monde qui nous entoure. Nous faisons fi de ceux qui font le grand écart, des funambules, suspendus entre deux réalités, de ceux qui résistent et de ceux dont l’esprit est trop large pour rentrer dans la case assignée.

Nous imaginons notre monde comme l’un de ces immeubles à clapiers, comme ils en poussent par dizaines dans les banlieues françaises. Ces champignons qui empoisonnent la société. Ces cages à poules minuscules qui dégueulent d’immigrants.

Ça ne rentre pas. Quand est-ce que les arriérés de ce monde se rendront compte que ça ne rentre pas? Que la vie n’est pas un putain de sudoku avec un chiffre par case. Que la palette ne suffit plus à créer tous ces métissages. Qu’il va falloir changer de plan. Cesser la linéarité. Accepter les nuances, les contours flous, la cacophonie des accents chantants.

L’aquarelle n’est pas terminée et la réalité n’est pas immuable. Essorez les pinceaux, il est temps de changer le décor.

-Lexie Swing-

Photo : Slava Bowman

La fille qui ne saluait pas 

On dirait le titre d’un roman de Jonas Jonasson. La fille qui ne saluait pas. J’aurais pu écrire « l’homme qui ne saluait pas » mais à part mon sympathique voisin, je n’ai guère d’exemples masculins dans mon entourage. Mais de femmes … 

Des personnes qui ne saluent pas, qui ne disent pas bonjour, qui semblent avoir le sourire coincé dans l’estomac, on en a tous connues. C’est ce chauffeur d’autobus qui ne répond pas lorsqu’on le salue en entrant dans son véhicule. C’est cette vendeuse qui nous ignore ostensiblement. C’est cette collègue qui fait mine de regarder ailleurs. C’est cette grande-tante qui fait fi des salutations pour lancer la conversation sur un sujet bien plus important : votre future progéniture et/ou votre tour de taille. 

Mais il y a une toute autre espèce. Une espèce qui, loin de la disparition semble plutôt en voie de propagation. Ce sont ces personnes, ces femmes pour moi, qui ne saluent pas. De façon chronique, consciente et délibérée.

L’attitude est étudiée : le regard est franc, l’oreille alerte, la moue boudeuse. Le test consiste en une technique simple qui a fait ses preuves en matière de salut : le bonjour claironné, regard appuyé et sourire éclairé. Imparable. Vous avez même décroché une grimace de plaisir à la boulangère avec ça. 

Mais force est de constater que certaines personnes de votre entourage sont parfaitement insensibles à votre technique supposément infaillible. Autant de fois vous la répèterez, autant de fois votre salut sera superbement ignoré.

J’en ai même conçu une certaine admiration. Comment font-elles pour maintenant ainsi mon regard et accueillir mon bonjour avec autant de froideur ? Quel est le secret de ce silence ? Quelles connexions se font pour rejeter l’appel avec autant de dédain apparent? Je leur remettrais volontiers la palme de la meilleure actrice. Ou de la meilleure garce, c’est selon.

J’ai perdu mon temps et construit des théories. Timidité, maîtrise aléatoire de la langue française, condescendance. Chacune de ces hypothèses s’est vérifiée. Mais pas avec toutes. Certaines mégères résistent à mon interprétation audacieuse. Elles observent mon salut avec le mépris propre aux impolis, les yeux grands ouverts, pour certainement mieux accueillir ma réaction. Elles ne sont ni timides, ni gênées. Même pas réellement condescendantes. Elles sont juste… mal éduquées ? Blasées ?

Délivrez-moi le fin mot de l’histoire ! En connaissez-vous? Êtes-vous vous même une mégère ? Que pensez-vous de cette capacité incroyable qu’ont certaines personnes de soutenir un bonjour sans ciller (et sans répondre)?

-Lexie Swing- (tgif)

Le harcèlement est-il l’apanage des hommes?

Il y a peu, j’ai publié cet article dans lequel je partageais un de ces Ted Talks dont je suis désormais fan et reprenais une idée que j’ai faite mienne : le harcèlement est avant tout le problème des hommes. Par cette idée, je voulais signifier deux choses : que les victimes (les femmes dans mon article) arrêtent de porter sur leurs épaules la responsabilité d’un acte qu’elles avaient subi; et que les hommes, comme groupe identifié, prennent position en s’opposant aux gestes et comportements commis par d’autres hommes, au lieu de se contenter de hausser les épaules en se targuant de «n’avoir jamais eu un tel comportement».

Lorsque les nombreuses affaires (Weinstein, Rozon, Salvail, maintenant Spacey, Archambault…) de harcèlement, voire d’agressions, sont ressorties, le comportement des hommes dans leur ensemble a commencé à être discuté, débattu partout. Et certains hommes, ceux qui nous entourent, nos amis, nos collègues, nos amoureux, nos frères, cousins et pères, ont alors commencé à s’interroger : avaient-ils déjà eu, malgré eux, un comportement indésirable ?

Cependant, c’est à l’occasion d’un échange de courriels avec une connaissance (homme) que j’ai commencé à me poser moi-même des questions. Mon ton était-il correct? Est-ce que je faisais des remarques, voire des blagues, qui pouvaient l’indisposer? J’avais dans ce cas «l’avantage» de l’âge et j’étais en position d’autorité. Dans le doute, j’ai jugulé mon instinct prompt à blaguer sur tout, et j’ai mesuré mes propos. Mais cette prise de conscience m’a amené à une autre introspection. Avais-je déjà mis mal à l’aise quelqu’un par mes propos ou mes gestes ?

De fait, on se déresponsabilise parfois de certaines choses, à commencer par la manière dont on agit avec l’autre sexe. Parce qu’il est vu justement comme le sexe fort. Mais fort ne veut pas dire que l’on ne peut pas être impacté psychologiquement par le comportement de quelqu’un. Cela ne veut pas dire non plus que l’on est indifférent aux mécanismes supérieure/subalterne. L’accession (Dieu merci) croissante des femmes aux postes à responsabilités tend à changer la donne.

Depuis que je suis plus grande (qui a dit âgée?), je prête de plus en plus attention à ce que je dis ou aux gestes que je pose. En y réfléchissant, et même si je ne crois pas avoir eu jamais un geste ou une parole déplacé(e) avec un collègue, je me suis toujours déresponsabilisée vis à vis de ce type d’attitude. Et je suis même assez certaine qu’adolescente, un comportement insistant, qui me serait apparu comme proche du harcèlement chez un gars, me serait apparu comme naturel chez moi. Because it’s what men want, right?

Je trouve que le sujet mérite réflexion. À côté de cela, pour aborder un autre angle du problème, j’ai commencé à regarder les comédies romantiques avec plus d’attention. J’avais lu que c’est un cadre dans lequel on prône typiquement une forme de harcèlement (mais qui finit toujours bien). Et c’est vrai ! J’ai été étonnée de constater ça. L’insistance, la personne qui n’en a cure des refus, d’être repoussée, est vu finalement comme quelque chose de positif. C’est la forme relationnelle du « ne te laisse jamais décourager par un non » tel qu’on le voit en business. Dans le monde des affaires, être celui ou celle qui ne prend jamais un « non » pour acquis est une qualité. Dans les relations sociales, le point de vue est tout autre. Pas évident de faire la différence lorsque l’on baigne dans certains milieux…

Et vous, qu’en pensez-vous? Il y a matière à débats, n’est-ce pas ?

Au terme de toute cette réflexion, je me suis finalement sentie très fatiguée. Dommage que l’on ait atteint un point où il est devenu si difficile d’interagir avec les autres. Nous n’avons jamais eu autant d’informations sur nos sociétés et n’avons pourtant jamais été aussi perdus qu’aujourd’hui.

-Lexie Swing-

ps: Svp relisez plusieurs fois si vous êtes en colère à la fin de cet article. Je ne dis pas, à aucun moment, que les femmes victimes sont responsables de ce qui leur arrive. Absolument pas, je n’évoque même pas ce sujet là. Je m’exprine seulement en tant qu’individu qui ne s’est jamais demandé si elle avait toujours eu un comportement adéquat et qui réalise qu’elle a probablement empiété sur la bulle d’autrui en étant parfois trop insistante. 

 

Réflexions post-Halloween

Pour la toute première fois, mes filles et moi sommes allées récolter des bonbons. Elles en avaient déjà eu à la garderie, j’aurais pu sans problème «oublier» encore une fois cette année et dire que j’y penserai l’année prochaine, mais mon amie D. a ri quand j’ai commencé à suggérer que j’allais repousser. Parce que j’avais déjà fait de même l’an dernier, bien sûr… Alors j’ai interrogé l’une de mes collègues, pour connaître les hot-spots de ma ville (clairement pas ma rue, toute désignée pour être un quartier fantôme tant les gens se terraient hier soir pour ne surtout pas avoir à donner des bonbons, nous y compris!).
À la sortie de la garderie, avec l’esprit tranquillisé par l’idée que mon souper était déjà prêt (team «je prépare tous mes repas la fin de semaine»), j’ai chargé mes enfants dans la voiture et j’ai roulé jusqu’au quartier pressenti. La rue dans laquelle je me suis engagée était bien décorée, à la dixième maison invitante je me suis donc garée. J’ai vidé les sacs de bonbons déjà bourrés par la garderie sur le plancher de l’auto et j’ai embarqué mon petit monde dans sa première tournée des maisons (qui a dit «des bars»?). Je m’étais renseignée avant sur ce qu’il fallait dire, ça parait évident comme ça mais je ne voulais pas passer pour la fille qui ne connaît l’Halloween qu’à travers les séries américaines. Exit Trick or Treat, nous avons clamé «Joyeux Halloween» dès que la porte s’est ouverte. Enfin moi surtout parce que ma grande avait déjà la main dans la poche à bonbons et ma petite tentait de repousser les jambes de la dame pour entrer chez elle. J’ai des enfants bien élevés. Après une petite remise en ordre, et aux ordres («on n’entre pas chez les gens», «on dit vous et pas tu», «on ne se sert pas, on attend qu’on vous donne», «on ne réclame pas des bonbons supplémentaires») on a pu continuer notre chemin, sous le regard admiratif de mes filles qui n’en revenaient pas qu’il suffise de taper à une porte pour obtenir des bonbons.

Hansel et Gretel ont donc couru en tous sens dans la rue animée, poussant chaque fois plus loin leur exploration, agrémentée de «oh regarde une autre maison avec une citrouille là-bas» à chaque fois que je sous-entendais vouloir rejoindre la voiture. Dix fourberies du genre plus tard, j’ai finalement obtenu gain de cause. Les sacs ne fermaient plus et mes poches étaient pleines. Ma grande fille a quand même suggéré de vider une nouvelle fois les sacs dans la voiture et j’ai décidé d’ignorer cette tentative sournoise de continuer la soirée (mais de qui tient-elle ces idées?!).

C’était un joli moment, je ne peux qu’en convenir. J’ai aimé les rues animées, les décorations soignées et la gentillesse des hôtes. Les familles entières et les groupes d’amis hilares. Les portes qui s’ouvraient sur de jeunes parents et de tout petits bébés adorablement déguisés. J’ai aimé notre butin, la répartition, la possibilité de dire «ok tu as le droit de manger une sucette avant le souper», parce que c’était une journée si spéciale.

J’ai été surprise par ailleurs de constater que tant d’amis en France avaient eu l’occasion de parcourir eux aussi les rues avec leurs enfants et que l’Halloween était également fêté dans certaines écoles, dans les garderies ou dans les centres aérés. Je pense que j’avais une quinzaine d’années lorsque les premières festivités en la matière sont arrivées en France, mais j’ai souvenir également qu’elles sont vite tombées à l’eau, taxées d’américanisme. On ne voyait pas vraiment l’intérêt de cette fête dont on ne comprenait pas l’origine, la culture et la tradition. Quand je suis partie en 2013, je n’ai pas plus le souvenir de quelque chose d’aussi tangible que ce que j’ai pu voir dans certaines photos. Une chose m’a marquée par contre (et réciproquement si j’en crois certains commentaires de mes amis) : nos déguisements de l’Halloween sont bien plus gentillets que ceux de la France. Ici, dans la rue, j’ai croisé des sorcières oui, mais aussi et surtout des pompiers, des chiens de la Pat’Patrouille, des docteurs, des policiers, des super-héros, des hot-dogs, des animaux en masse, des dinosaures et beaucoup de licornes. Sur les photos de la famille et des amis en France : des masques terrifiants, des maquillages superbes mais épeurants, des sorcières et sorciers, des fantômes, des vampires… Notre Halloween est en fait votre Carnaval, les bonbons en plus et les crêpes en moins.

Sur une autre note, j’ai aimé aussi cette photo que j’ai partagée hier de la famille du Premier Ministre. Justin Trudeau y est déguisé en Clark Kent/Superman, mais ce sont ses deux plus jeunes enfants qui ont attiré mon regard : sa fille, arborant la tenue de Wonder Woman. Son plus jeune fils, déguisé en Skye, la chienne Skye, celle-là même qui est tout de rose vêtue dans Pat’ Patrouille. Car on pourra avoir tous les messages positifs du monde sur la discrimination par le genre et l’importance de respecter les enfants quels que soient leurs choix et leurs envies, il n’y a que les actes qui peuvent donner du poids aux mots. Que l’on aime ou pas ce premier ministre là, cette famille-là, n’enlève ni n’ajoute au fait qu’ils sont des personnes publiques, qui ont envoyé hier un message fort aux enfants de demain, et aux parents qui les accompagnent.

 -Lexie Swing-

Crédit photos : Lexie Swing

L’Indien n’est pas un costume d’Halloween

Lorsque j’étais petite fille, l’Halloween n’était pas encore très courant en France. Lorsque nous nous déguisions, c’était pour Mardi Gras, une fête catholique située juste avant le Carême. Un défilé avait lieu, on mangeait des choses grasses comme des bugnes (ça n’a pas la même forme que des beignes mais c’est gras pareil) ou plus sucrées comme des crêpes, on allait à la vogue et on était heureux.
J’avais les cheveux longs, j’avais le visage fin, je portais bien les nattes, j’étais faite pour être déguisée comme les Indiennes des contes. On m’affublait d’un ruban et de plumes, et d’une robe à franges en suédine. Je me plaisais dans le miroir, c’était un joli déguisement.

On en trouve encore, des déguisements comme ça, dans les rayons des boutiques françaises. Ils sont toujours aussi mignons, mais même si je magasine volontiers dans ces boutiques-là pour l’Halloween, le costume d’Indienne n’est plus sur ma liste. La vision de l’Indienne telle qu’elle est perçue en France n’a rien à voir avec la façon dont est perçue la culture autochtone. Car la femme autochtone n’est pas un personnage. Ce n’est pas le Rocky de Paw Patrol, ce n’est pas le Mario de Mario Kart. Ce n’est pas une pompière, ce n’est pas un M&M’s. Ce n’est ni une job, ni un objet, ni un personnage de dessin animé, ni même un personnage célèbre. C’est une culture et une communauté plurielles. Ce sont des coutumes. Ce sont des langues. Ce sont des personnes auxquelles il serait doux de s’identifier si leur culture n’avait pas été tant (re)niée dans l’Histoire et à l’époque actuelle.

Aussi, et ce n’est pas moi mais une étudiante de Winnipeg qui le disait l’an dernier, ces costumes – car oui il s’en vend aussi au Canada – donnent une image non seulement fausse, mais également très figée de la culture autochtone, une image très datée en réalité. Un professeur du Manitoba, interrogé dans le même article, déplorait même que les Autochtones soient perçus, à travers ces déguisements, comme des « sauvages exotiques ».

Tous, cependant, ne sont pas d’accord avec cette vision des choses. Dans un second article daté également de l’an dernier et paru dans La Presse, on aborde la notion de tabou et d’hypersensibilité, on y insère les mots censure et liberté d’expression, déplorant qu’au nom du politiquement correct, on ne puisse plus se déguiser en Indienne, ou en Geisha, en Chinoise, en Mexicain portant cigare et sombrero ou même en Noir.

Pourtant, cela va – et c’est seulement mon opinion – au delà de la liberté d’expression, c’est prioritaire sur la notion de droit ou de censure, c’est une question de respect. Et c’est la raison pour laquelle ce n’est pas un problème d’être déguisée en Petite Indienne en France, et que ça l’est au Québec. Le poids de l’Histoire, la place d’une communauté dans une société, devrait primer sur le droit de porter n’importe quel déguisement à l’Halloween. La Petite Indienne en France est un personnage de livre, une héroïne de dessin animé. La communauté à laquelle un tel déguisement ferait référence ici au Québec se doit d’avoir le respect de son peuple, les Canadiens. Tout comme n’importe quelle communauté, a fortiori si elle est ou a été discriminée.

Et non, contrairement au parallèle émis dans l’article mentionné ci-dessus, je ne pense pas que cela puisse être mis sur le même plan qu’un déguisement de Flamenco ou de French Cancan. Ni même de Geisha. Et celui qui crie au loup revient à dire que les Françaises dansent toutes le French Cancan, et que les Espagnoles maîtrisent toutes le Flamenco. Pour avoir du sang des deux peuples, je vous confirme que l’on peut être aussi peu douée dans l’un ET dans l’autre.

Alors exit le déguisement de Petite Indienne, nous avons misé sur du solide, du doux, du pelucheux cette année. En bons végés, amis des bêtes, nous avons voté pour la ménagerie. Cette année nous avons donc l’ex chat, devenu souris (une reconversion) et le petit cheval déguisé en chat (des oreilles qui trainaient par là).

Et vous, quels déguisements avez-vous ressorti des placards? Et pensez-vous que l’on devrait pouvoir tout porter?

-Lexie Swing-