
Pause lecture./ Photo Daniele Zanni
Il est assis là, sur la banquette en faux cuir élimé d’un food court quelconque. Il a jeté son manteau en vrac à ses côtés mais gardé son bonnet sur son front plissé. Je le dévisage sans qu’il ne prenne un instant conscience de ma présence, plongé comme il l’est dans sa lecture. Plongé dans sa lecture… Son abandon fait envie, me fait envie, tandis que je cours prendre mon train. Je descendrai, courrai le long du quai, sauterai dans l’autobus puis partirai faire quelques courses. Il y aura le repas, les jeux, le bain, la vaisselle, le coucher, et peut être un peu de lecture quand même ensuite si le moment s’y prête et que la fatigue ne m’est pas tombée dessus avant.
Il y a quelques mois, au détour de l’été, j’avais dit à Mr Swing combien je voulais prendre un moment, combien j’avais besoin de temps pour moi. « Ok, m’avait-il dit, tu veux faire quoi? Un sport? De la musique? » « Je veux lire dans un café », lui avais-je répondu. Ça sonnait féerique, inaccessible, terriblement restreint aux jeunes étudiants qui étudiaient chaque samedi dans le Starbucks de mon quartier.
Je ne l’ai jamais fait.
Depuis nous avons déménagé et Mr Swing est celui qui rêve d’avoir une fois, rien qu’une fois, un moment en sortant du boulot pour aller arpenter les rayons du disquaire sans traîner derrière lui son enfant complaisante mais affamée, qui parsèmerait les allées de miettes de gâteaux tel un Petit Poucet en vadrouille. Un Petit Poucet qu’il faut moucher, rattraper et empêcher de jouer avec les piles savamment dessinées des derniers albums à la mode. Être parent, c’est savoir que l’on ne sera plus jamais seul. Une idée terriblement réconfortante et aussi relativement angoissante, finalement.
Rien à voir mais un jour, à Dublin, j’observais trois filles à une table. L’une d’elle semblait triste, le regard perdu dans le vague. Sa copine de droite lui tenait la main, tout en lisant un livre de l’autre, et la dernière tapait furieusement un texto sur son cellulaire. Me sentant l’âme critique, je me suis penchée vers l’amie qui m’accompagnait : « tu parles d’une bande d’amies, elles ne se parlent même pas! » Elle a tenu à me contredire : » au contraire, je trouve que c’est ça l’amitié, être capable de chiller ensemble et de se sentir bien, même quand on a rien à se dire de particulier. Moi je faisais ça avec mes amies en Suisse: on était 5, on s’asseyait dans un café, parfois on débattait pendant des heures mais à d’autres moments, le seul truc important était d’être physiquement ensemble. On vaquait chacune à notre loisir, à notre occupation de l’instant, et c’était bien comme ça! » J’ai gardé ce goût de vivre ça un jour : prendre plaisir à être ensemble sans s’inquiéter que la conversation tourne court. Voir mon amie sortir un bouquin et ne pas me dire que c’est parce qu’elle s’ennuie, plutôt prendre conscience qu’elle est suffisamment bien avec moi pour profiter de l’instant pour prendre un moment pour elle. Et vous, qu’en pensez vous?
-Lexie Swing-








