J’aurais aimé être à sa place

Pause lecture./ Photo Daniele Zanni

Pause lecture./ Photo Daniele Zanni

Il est assis là, sur la banquette en faux cuir élimé d’un food court quelconque. Il a jeté son manteau en vrac à ses côtés mais gardé son bonnet sur son front plissé. Je le dévisage sans qu’il ne prenne un instant conscience de ma présence, plongé comme il l’est dans sa lecture. Plongé dans sa lecture… Son abandon fait envie, me fait envie, tandis que je cours prendre mon train. Je descendrai, courrai le long du quai, sauterai dans l’autobus puis partirai faire quelques courses. Il y aura le repas, les jeux, le bain, la vaisselle, le coucher, et peut être un peu de lecture quand même ensuite si le moment s’y prête et que la fatigue ne m’est pas tombée dessus avant.

Il y a quelques mois, au détour de l’été, j’avais dit à Mr Swing combien je voulais prendre un moment, combien j’avais besoin de temps pour moi. « Ok, m’avait-il dit, tu veux faire quoi? Un sport? De la musique? » « Je veux lire dans un café », lui avais-je répondu. Ça sonnait féerique, inaccessible, terriblement restreint aux jeunes étudiants qui étudiaient chaque samedi dans le Starbucks de mon quartier.

Je ne l’ai jamais fait.

Depuis nous avons déménagé et Mr Swing est celui qui rêve d’avoir une fois, rien qu’une fois, un moment en sortant du boulot pour aller arpenter les rayons du disquaire sans traîner derrière lui son enfant complaisante mais affamée, qui parsèmerait les allées de miettes de gâteaux tel un Petit Poucet en vadrouille. Un Petit Poucet qu’il faut moucher, rattraper et empêcher de jouer avec les piles savamment dessinées des derniers albums à la mode. Être parent, c’est savoir que l’on ne sera plus jamais seul. Une idée terriblement réconfortante et aussi relativement angoissante, finalement.

Rien à voir mais un jour, à Dublin, j’observais trois filles à une table. L’une d’elle semblait triste, le regard perdu dans le vague. Sa copine de droite lui tenait la main, tout en lisant un livre de l’autre, et la dernière tapait furieusement un texto sur son cellulaire. Me sentant l’âme critique, je me suis penchée vers l’amie qui m’accompagnait : « tu parles d’une bande d’amies, elles ne se parlent même pas! » Elle a tenu à me contredire :  » au contraire, je trouve que c’est ça l’amitié, être capable de chiller ensemble et de se sentir bien, même quand on a rien à se dire de particulier. Moi je faisais ça avec mes amies en Suisse: on était 5, on s’asseyait dans un café, parfois on débattait pendant des heures mais à d’autres moments, le seul truc important était d’être physiquement ensemble. On vaquait chacune à notre loisir, à notre occupation de l’instant, et c’était bien comme ça! » J’ai gardé ce goût de vivre ça un jour : prendre plaisir à être ensemble sans s’inquiéter que la conversation tourne court. Voir mon amie sortir un bouquin et ne pas me dire que c’est parce qu’elle s’ennuie, plutôt prendre conscience qu’elle est suffisamment bien avec moi pour profiter de l’instant pour prendre un moment pour elle. Et vous, qu’en pensez vous?

-Lexie Swing-

Dans mes bras

Mère et fille./ Photo Aikawa Ke

Mère et fille./ Photo Aikawa Ke

Tu tousses et tousses encore. Nous sommes au milieu de la nuit. Je t’avais prévenue : je reviendrai te donner du sirop lorsque tu tousseras. Les quintes de toux s’envolent et je sais qu’elles ne se calmeront plus. Ton père dort ou essaie, pris à partie par la maladie que tu lui as gentiment refilée. Alors je monte au front seule. Te parle à l’oreille. « Veux-tu du sirop chérie? » Je tente. Tu es grande maintenant et capable de gérer une situation difficile. « Non pas sirop ». Ton ton est péremptoire et tes yeux toujours clos. « Miss Swing dodo ». Le souffle court tu me tournes le dos, espérant que je vais me lasser et renoncer à ma mission. Mais je suis ta mère. Je suis là pour te soigner, comme ces voeux non prononcés qui à ta naissance auraient été : « Dans la joie comme dans la maladie… » Ces voeux que j’emprunte à d’autres moments tout aussi intimes.

Je t’attrape, petit corps chaud qui gigote pour se libérer de mon emprise. « Dodoooo ». Tes bras se tendent vers ton matelas. Dans un ultime effort pour te dégager de mon emprise, tu te débats. Mais tu as deux ans bientôt et moi j’ai cessé de compter pour ne pas voir débouler la trentaine. Mes bras te retiennent sans peine. Et ils te bercent tandis que tu sanglotes ton désespoir, entrecoupé d’une toux qui s’amplifie. Le gobelet de sirop est là, je te le tends. Tu le repousses, même si tu aimes ce goût de miel sucré, même si tu sais qu’il apaisera ta gorge irritée, parce que tu me le dis, alors bien réveillée, entre collation et souper : « Miss Swing prend « dicament ».

Je suis assise par terre, au milieu du couloir, à l’orée de ta chambre. Dans notre dos, la lumière de la salle de bains nous baigne d’une lumière suffisante. Tu pleures encore, réclame ton lit, ignore mes supplications et le gobelet que j’agite sous ton nez. Un, deux, trois, je le vide dans ta bouche ouverte, qui réclame à grands cris son petit lit. Je suis aussi là pour ça, pour mettre une fin aux sanglots, et te soigner par surprise lorsque tu n’es plus capable de distinguer le nécessaire.

Je te serre longtemps contre moi. Je suis assise tout contre toi. Je ne suis jamais tant mère que dans ces moments-là, lorsque la nuit inonde ta fenêtre et que nous nous accrochons l’une à l’autre en silence. Nous passons notre existence à nous demander si nous saurons nous occuper de nous-mêmes quand nous sommes si bien capables de prendre soin des autres. Quel tendre paradoxe…

-Lexie Swing-

 

L’homéopathie en première réponse

Hôpital dédié?./Photo widdowquinn

Hôpital dédié? /Photo widdowquinn

J’ai lu l’autre jour quelques témoignages au sujet de l’homéopathie. Les lecteurs d’un site témoignaient de l’utilité de ces produits : plus de rhume, plus de maux de ventre, etc. Et puis au milieu de tout ça, un monsieur, le roi des sceptiques en personne, qui se jetait dans la mêlée le sceptre dressé : « Pis c’est des conneries tout ça, on n’a jamais prouvé, malgré de nombreuses recherches, l’effet réel de l’homéopathie, soignez-vous avec de vrais médicaments, pas avec des placebos ».

Moi il y a quelque chose là-dedans qui me chiffonne : les deux « espèces » vivantes sur lesquelles j’ai remarqué que l’homéopathie avait le plus d’effet sont mes nombreux animaux et mon unique enfant. Oui, je fais des expériences scientifiques à base de granules pis j’aime ça. Tout ça pour dire : où est l’effet placebo d’un médicament homéo sur un enfant de quelques mois ou un chien qui ne me croit même pas quand je lui répète pour la 1521e fois depuis qu’il est venu au monde que non, la rue n’est pas dangereuse et que le gars vêtu comme un courtier immobilier ne va pas le transformer en saucisson pour le mettre dans sa mallette? En plus il est tellement gros que même en saucisson il ne rentrerait pas dans la mallette. Bref, ce chien n’a aucun humour.

Je ne suis pas persuadée des vertus purement curatives de l’homéopathie, ou plutôt je pense que peu d’entre nous, à commencer par moi, ont la patience d’attendre que trois granules fassent effet sur leur mal de tête quand un Tylenol fait la job pareil mais en trois fois moins de temps. Par contre, elle a souvent de vraies vertus en traitement de fond.

Pour les enfants de moins de deux ans, il y a peu de choses qui sont accessibles en vente libre à la pharmacie. Et comme le médecin est lui-même peu accessible, il faut se rabattre sur le peu de choix. Dans ce peu de choix, il y a différents mélanges homéopathiques, pour la toux, les dents, les rhumes, les maux de ventre. Chez nous, ils sont une première réponse. Ils empêchent que le nez coule trop fort, ils soulagent une gorge enflée, ils diminuent les douleurs d’un petit ventre qui se tord. Ils sont souvent bons au goût, et se tromper de deux millilitres dans le dosage ne vous entraînera pas aux urgences (contrairement à d’autres médicaments).

Je ne sais pas si vous le savez, j’ai l’impression que beaucoup de gens l’ignorent et pourtant il s’agit d’une chose que n’importe qui devrait connaître : quand on est gravement malade, ce sont les traitements thérapeutiques prodigués par les médecins qui peuvent vous sauver la vie, mais ce qui fait que vous supporterez mieux le traitement, que vous ressortirez de vos mois de bataille solide, ce sont souvent les médicaments alternatifs. Homéopathie et phytothérapie sont des amis de choix, tout comme les médecines alternatives. Protégez vos foies, vos systèmes immunitaires, dopez votre organisme, votre corps n’en sortira que revigoré!

Un bémol cependant : pas d’utilisation de la phyto sans avis de spécialiste. Contrairement à l’homéo, les plantes peuvent modifier la chimie du corps. Et là où vous pensiez traiter, vous empirez alors parfois le problème. Abusez de l’homéopathie, le pire qu’il puisse vous arriver, c’est que cela ne marche pas sur vous. Vous essaierez sur votre chien, Eleven a testé pour lui :)

-Lexie Swing-

Avant que tout bascule

Il est 11h59. Dans une minute, tapante, précise et ferme, Maman franchira la porte de la salle à manger en portant un plat d’huîtres aussi grand que la commode de l’entrée. Au second battement de porte, Papa pénétrera à son tour, armé d’un tire-bouchon et de son meilleur blanc sec du moment. Il le débouchera. En videra quelques millilitres à peine dans mon verre. Il me demandera : « Alors? ». Et ce alors pèsera le poids de ses longues recherches un trimestre durant pour dénicher la bouteille, celle que nous aurons plaisir à déguster le 25 décembre, alors réunis tous ensemble autour de la grande table en bois de rose. C’est son cadeau, sa manière de nous dire « je vous aime assez pour arpenter trois mois durant les vignobles les plus courus du pays, et parfois aussi les moins connus, pour trouver le nectar qui embaumera nos papilles en ce jour précieux où nous sommes tous ensemble ». Une fois l’an, à peine.

Je vais tout gâcher.

Midi. L’horloge de l’entrée résonne à s’en faire péter les entrailles. Maman fait son entrée, Papa la suivant une seconde plus tard. A leur passage, la porte de la salle à manger laisse filer une odeur alléchante d’oignons confits et de miel. La scène est en place, le bal peut commencer.

« Vous voulez passer à table? », invite Maman.

Elle est magnifique. Sa robe rouge et virevoltante habille parfaitement son éternel hâle de fille du Sud. Pas une ride, à peine deux trois virgules et un point d’interrogation au creux du front sur son visage rieur. Le mien est son exact opposé : blanc et figé, comme pourvu d’un masque perpétuel. Il tombe chaque année, le 25 décembre, à 12 heures sonnantes, lorsque mes frères et moi nous retrouvons attablés devant la bonne chère. Qu’importe les soucis, il ne résiste jamais longtemps à la joie sans faille de mes proches.

Mais cette année, impossible de l’enlever.

Papa se presse à mes côtés, impatient. Sans même me demander mon avis, il me sert. Le liquide qui coule dans mon verre est brillant, d’un miel exquis. Il me le tend aussitôt, prêt à entendre le verdict. Pour cacher mon trouble, je prends mon temps, renifle l’odeur sucrée tintée de baies rouges. De baies rouges? Je suis étonnée. J’oublie un instant la déclaration que je m’apprête à faire et plonge mes lèvres entre les sillons d’or. Les baies sont là, tellement présentes en bouche que c’en est irréel.

« Papa, c’est fou, je… »

« Je sais, chérie, je sais… »

Il est fier de sa découverte, heureux de mes yeux qui roulent sous l’effet de la surprise. Déjà, il virevolte entre les sièges, servant mes frères et leurs compagnes, blaguant avec le plus grand des enfants, qui malgré ses 7 ans aimerait bien goûter ce drôle de liquide rendu envoûtant à force de briller.

Au bout de la table, Maman s’est assise. Elle est le chef de famille, celui qui nourrit ventres et coeurs. Le principe est officieux, la situation confirmée par l’habitude, mais aucun d’entre nous, à commencer par mon père, n’oserait remettre en cause la place qu’elle s’est attribuée. Elle va parler, nous souhaiter la bienvenue, nous dire encore une fois combien elle nous aime et à quel point nos présences sont précieuses en ce jour si heureux. Elle va nous demander « Et vous mes enfants, souhaitez-vous dire quelque chose? ».

Je racle ma gorge. Je ne suis pas prête. Je ne le serai jamais. Mais ce moment restera gravé dans ma mémoire et dans la leur, ce jour où, entre le vin et les huîtres, à deux pas du chapon arrosé de miel aux amandes, alors que le soleil de midi baignait la pièce de lumière, j’ai annoncé :

-J’ai rencontré enfin quelqu’un. Je l’aime d’un amour infini, d’un amour aussi scintillant que ce vin Papa, aussi tendre que ton chapon, Maman, aussi drôle que toi, mon petit Tom, lorsque l’on te chatouille et que tu ris aux éclats. Je l’aime plus que tout et nous allons nous marier. Elle s’appelle Elena. C’est une femme. Parce que j’aime les femmes. Ou plutôt, j’aime cette femme-là, passionnément.

Mon souffle s’est fait court alors je me suis tue. Le vin n’avait pas bougé, le chapon continuait sa lente cuisson et le tic-tac incessant de l’horloge de l’entrée n’avait pris aucun retard. Par dessus la nappe, mon frère Jérôme, mon jumeau, m’a adressé un sourire, aussitôt imité par notre aîné. Et puis Maman a tendu la main vers moi, pour tapoter la mienne.

– Nous le savons, ma chérie, nous le savons. Viendra-t-elle à Noël prochain?

Et derrière mon père qui criait « Fêtons ça alors! » en empoignant sa bouteille, Noël a repris sa valse lente, immuable, imperturbable. Et savoureux.

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Cette nouvelle a été écrite dans le cadre de ma nouvelle participation à l’atelier des Jolies Plumes. Le thème était :

« Décrivez un moment de la vie de votre personnage que ce soit quelque chose de routinier (à plus ou moins grande échelle – du petit-déjeuner au repas en famille) ou de plus exceptionnel voire même d’unique. Pour vous aider à rendre crédible votre texte faites appel aux cinq sens : décrivez ce que votre personnage voit, respire, touche, entend, ressent, pense, mange… « 

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D’autres nouvelles chez : (à venir)

-Lexie Swing-

(Trinquons) à nos erreurs

Erreur de cadrage./ Photo from Flikr

Erreur de cadrage./ Photo from Flikr

Nous répétons invariablement nos erreurs. Il nous a fallu trois semaines pour penser à mettre notre fille sur les toilettes avant de partir le matin. Pendant trois semaines, nous enfilions nos manteaux, elle apercevait son pot de bébé négligemment posé dans un coin et demandait : « pipi? ». Il fallait alors tout réenlever et remonter en courant dans la salle de bains, suant sous le manteau que nous, parents, avions gardé, affolés devant l’heure qui tournait et priant pour que le pipi vienne, vite.
Chaque soir, au moment de prendre le train je me demande : quel wagon? Seuls les huit premiers me permettent de descendre à ma gare. Mais sur ces huit premiers, seuls deux sont bien placés pour prendre directement le bus ensuite. Les autres m’obligent à une course effrénée le long du quai pour attraper l’autobus pressé. Je le sais. Chaque soir je m’interroge. Chaque soir je me retrouve à descendre à mi-quai, et à courir. Et chaque soir je me retrouve assise en sens inverse de la marche quand j’étais persuadée que le train partirait dans mon sens.
On n’apprend guère de ces erreurs. Ou du moins on met du temps. Une chute ne suffit pas, il en faut souvent plusieurs pour que la leçon rentre tout à fait. Et on ânonne nos leçons comme jadis nos conjugaisons. « J’arrêterai de succomber au charme de gars qui ne sont pas fait pour moi. Non l’indifférence n’est pas une parade amoureuse et les baffes ne sont pas une marque de sentiment. » Combien de copines, comme autant d’oiseaux blessés, ont répété à mes côtés cette leçon durement apprise. Pour aussitôt retomber en amour avec le premier connard venu.
Et puis arrive ce jour, où l’on pense enfin à l’arrêt pipi avant d’enfiler son manteau, et où l’on prend conscience, parfois à notre corps défendant, que ce gars là est pour une autre. Qu’à défaut de savoir ce que l’on veut, on sait ce que l’on ne veut plus. On a appris la leçon, on repose la craie au creux de son lit et la ferraille blanchie tinte pour marquer la fin du cours. Il y aura d’autres erreurs à commettre, d’autres verbes à ânonner avant de trouver comment bien les conjuguer, imparfaits et entêtés que nous sommes, jusqu’au bout.

Et qui sait, peut être un jour arrêterai je de courir le long du quai.

-Lexie Swing-

Hommes au volant

Tu seras un homme mon fils./ Photo  Christian Senger

Tu seras un homme mon fils./ Photo Christian Senger

7h17. Nous sommes en avance à la gare. L’occasion d’attendre quelques minutes au chaud et d’observer le ballet incessant des voitures qui déposent leurs passagers. Mr Swing attire mon attention : “Regarde, encore un gars qui ne veut pas que sa femme le conduise” En effet, devant nous, un cinquantenaire bedonnant s’extirpe du siège conducteur, avant de saisir son attaché-case à l’arrière. A l’intérieur, une femme se contorsionne depuis le siège passager pour glisser ses jambes sous le volant. “Je trouve ça fou, je lui dis. Que ce gars est vieux jeu! Heureusement, plus beaucoup de gens sont comme ça aujourd’hui.” Mon amoureux s’esclaffe, me dit qu’il en voit plein, chaque matin, réaliser cette gymnastique. Abandon du volant pour l’homme, contorsion intérieure pour la femme.

Ça me laisse pantoise. La plupart des gens qui se présentent à la gare sont des habitants du village. 5 minutes en voiture pour tout le monde. Mais pour ces 5 minutes, ces si ridicules 5 minutes, au moins 10 hommes des environs, chaque matin, empoignent leurs clés de voiture pour ne pas laisser leur chère et tendre conduire.

Pourquoi ? Je ne sais pas. Dans un couple, il y a souvent cette règle implicite qui veut que l’un des deux prenne plus facilement le volant. C’est un automatisme, un confort qui se créé à mesure que les années passent et que des habitudes s’installent.

Il y a aussi les conjoints qui ne conduisent pas, ou plus. Mais on est bien d’accord qu’on ne joue pas ici dans la même catégorie. Ici, dans la douce ville qui est la mienne, des femmes conduisent… tant que leur chum n’est pas dans l’habitacle. Sinon elles lui laissent le volant. Même pour 200 mètres.

Ça m’outre.  On me dira que les gens font ce qu’ils veulent dans leur chaumière. Et dans leur voiture. Et que si Monsieur se plaît à être un fier macho, c’est son droit le plus strict. C’est vrai. Mais ça m’outre quand même.

Il y a quelques temps, la nièce d’une amie lui a tapé sur l’épaule, alors qu’elle s’installait au volant, en disant “Ben Tatie, les femmes ça conduit pas…” La glotte de ma copine a joué au ping-pong contre ses mâchoires serrées et puis elle a demandé : “Ben pourquoi tu dis ça chérie ?” avec toute la bienveillance dont est capable une fille de 27 ans qui passe sa vie sur les routes. Facile : maman ne conduit pas, mamie ne conduit pas, mamie-de-l’autre-côté ne conduit pas, les femmes ne conduisent pas. CQFD. Il y a plein de raisons pour lesquelles certaines personnes ne conduisent pas. Par peur, par paresse, parce que c’est plus facile de se faire transporter. Le problème, c’est lorsque cela devient une opposition de sexe. Papa est là donc Maman ne conduit pas. Les femmes ne conduisent pas quand les hommes sont là, c’est quand même simple comme principe non ? Ma nièce, la mienne à moi, m’avait fait pareil avec la bière. Sa maman et sa grand-mère n’en boivent pas. Ce sont des femmes d’élégance vous noterez et c’est, quelque part, une qualité que de ne pas boire de la bière. Mais il est facile dans l’esprit d’un enfant de sauter des faits au conclusion.

C’est pour ça que je bois de la bière.

 

-Lexie Swing-

 

PS Un jour je vous raconterai mon aversion pour cette douce phrase qui est : « Mmmmh je pense qu’on va avoir besoin d’un homme ».

 

La fameuse recette de la brioche croque-monsieur

Brioches croque-monsieur./ Photo DR Lexie Swing

Brioches croque-monsieur./ Photo DR Lexie Swing

Force est de constater que nous mangeons toujours la même chose. Depuis 7 ans et demi que nous partageons notre vie, Mr Swing et moi avons vu défiler notre lot de quiches, crumbles de légumes et autres soupes carottes-céleri. La faute, en partie, à mes goûts un peu restreints en matière de nourriture qui me font faire la moue depuis chaque mélange un peu surprenant et face à toute nouvelle épice.

Mais même moi j’ai fini par me lasser de manger toujours les mêmes plats. Depuis quelques jours, nous avons donc pris la décision de  diversifier nos menus, en partie en raison du fait que nous préparons tous nos repas, lunch compris, et que la saturation de saveurs répétitives s’en allait grandissante (me voilà poète).

J’ai créé un bête document Google Drive sur lequel nous (je) notons nos idées et les courses à faire. Ma principale source d’idées : l’actu cuisine d’Hellocoton. C’est comme ça que j’ai remarqué la recette de la brioche croque monsieur. Rien de plus simple qu’un croque-monsieur, mais façon brioche… L’idée me fascinait. Je ne dois pas être la seule car, une fois la photo du plat instagramée, vous avez été plusieurs à me demander la recette. (Souvent, sur les blogues, on lit des choses comme “vous avez été très nombreuses à me demander…”, je me dis toujours “ouaouh ce sont des rockstars, elles ont une horde de fans hurlantes prêtes à déchirer leur petite culotte pour avoir la recette de la dernière tarte tatin in du moment”.)

Gardez vos culottes, voici la recette. Je l’ai dénichée sur le blogue de Pich à la fraise. Depuis que j’ai lu ce nom, j’ai envie d’un Pitch au chocolat. Je ne lui dis pas merci.

J’ai divisé toute sa recette par deux car nous n’avions prévu qu’un seul repas avec ces brioches, mais si vous avez une horde de gourmands – comme toi Sarah – reprenez les mesures de base. Notez que deux heures de repos sont nécessaires pour laisser lever la pâte. À gérer entre goûter, puzzle, bain, bon bouquin, à vous de voir.

Pour 4 brioches croques, vous seront nécessaires :

  • 190g de farine
  • 100 g de lait (voire une lichette de plus)
  • un demi sachet de levure de boulanger sèche
  • 35g d’huile végétale
  • 30g de sucre
  • une pincée de sel
  • du jambon
  • du gruyère

Et toute autre garniture que vous souhaiterez ajouter. Pich ajoute de la béchamel, comme dans certaines recettes de croque, c’est certainement très bon aussi.

Faites tiédir le lait (attention le lait trop chaud détruit les propriétés de la levure, j’ai déjà testé pour vous) dans un bol au micro-ondes. Versez-y le demi sachet de levure. Réservez pour dix minutes.

Dans le bol du robot, versez la farine, le sucre et le sel. Vous pouvez baisser un peu la quantité de sucre si vous craignez les mélanges sucrés salés mais ne l’enlevez pas complètement, votre brioche en a besoin pour gonfler. Ajoutez l’huile et mélangez.

Versez le mélange lait + levure. Pétrissez durant cinq minutes. Votre pâte doit être homogène et souple. Vous pouvez rajouter du lait ou de la farine selon la consistance voulue.

Faites lever dans le four légèrement chauffé (puis éteint) ou près d’un radiateur durant une heure.

Abaissez ensuite votre pâte. Pour ma part, j’ai divisé en 4 pâtons que j’ai garni individuellement mais Pich a choisi une méthode plus simple : étaler un grand cercle, en garnir la moitié et rabattre l’autre moitié, puis découper des parts.

Une fois vos brioches garnies, faites gonfler la pâte de nouveau pendant une heure.

Badigeonnez de lait, de café ou d’un jaune d’oeuf et faites cuire à 350 degrés F ou 180 degrés C durant 20 minutes environ.

À mon avis, ce petit goût sucré serait parfait avec du chèvre… qui tente pour me dire ?

 

-Lexie Swing-

Rive-Sud : prendre le train de banlieue

Au bords des rails./ Photo DR Lexie Swing

Au bord des rails./ Photo DR Lexie Swing

Depuis un mois maintenant nous vivons sur la rive-sud de Montréal. À la faveur d’un achat de maison longuement soupesé – les poids du chien et de l’enfant combinés ne laissaient aucun doute – nous avons rejoint la petite ville de Saint-Bruno-de-Montarville. Parc naturel, pistes de ski, nombreuses activités sportives et de loisirs, coeur commerçant à l’image des gros villages tels qu’on en voit encore en Europe, on pouvait difficilement trouver mieux.

 Si nul ne remet en cause les qualités d’une vie en maison (seuls!!) (pas de voisins bruyants, s’engueulant, claquant ses portes, injuriant leurs femmes et maris, insomniaques, et j’en passe) et celles d’un jardin, on s’inquiète souvent des transports. “Mais comment tu fais pour venir?”, me demande-t-on sans cesse. Mr Swing travaille sur la Rive-Sud, il voyage donc en voiture, et a du même fait la responsabilité de la miss à couettes (matin et soir, jalousez-moi :)) qu’il dépose et reprend à la garderie.

Et moi ? Moi j’ai découvert le transport en train. Que j’appréhendais, je dois le reconnaître. Sera-t-il à l’heure (une vraie question à se poser lorsqu’il fait -23 comme aujourd’hui) ? Ressemble-t-il à un RER parisien ? Trouverais-je une place assise ? Et puis combien de temps ça me prendra pour arriver au travail ?

 Dire que j’ai été agréablement surprise est un euphémisme (quoique les euphémismes sont d’ordinaire réservés aux idées négatives il me semble). La gare de Saint-Bruno est située un peu en dessous de la ville, sur le chemin de Mr Swing, mon chauffeur particulier! En fait de gare, il s’agit vraiment de quelques abris dispersés le long de la voie de chemin de fer, située à même hauteur que nous. Une vraie gare de campagne! Le train arrive à petite allure, nous montons, le chauffeur observe les passagers debout sur le marchepied. Lorsque les retardataires ont rejoint leurs sièges, il redémarre, toujours à petite allure (50 km heure environ).

 A l’intérieur, c’est neuf, propre et riche en places assises. En montant à Saint-Bruno, peu de chances de se retrouver debout, les sièges ne manquent pas! On s’assoit confortablement, pour un court voyage, au son des gens qui pianotent et des pages de livres qui se tournent. Deux nouvelles gares et nous attaquons la traversée du fleuve Saint-Laurent par le pont Victoria. Un moment assez magique.

 

Traversée du pont Victoria./ Photo DR Lexie Swing

Traversée du pont Victoria./ Photo DR Lexie Swing

25 minutes après notre départ, nous entrons en gare de Bonaventure, tout près du métro du même nom. Les passagers sortent en rang d’oignons, laissant patiemment s’intercaler les voyageurs des autres wagons. Nul ne peste et tout le monde attend son tour, encore un peu endormis que nous sommes par le doux voyage.

 10 minutes et une petite balade à pied – dont une partie en souterrain commercial – plus tard, je rejoins la rue Peel où je travaille. À cinq minutes près, mon temps de voyage est donc équivalent à celui que j’avais en provenance du quartier d’NDG à l’ouest de Montréal, mais je n’ai aucun changement et j’ai toujours une place assise.

 Le soir, trajet retour. Un bus attend les passagers pour remonter en une dizaine de minutes vers le centre-ville où je demeure.

 Un bémol ? Les trains ne circulent qu’aux heures de travail, c’est-à-dire entre 7 et 9h (en gros) et entre 16 et 18h le soir. Un trajet se fait à midi entre la gare et Saint-Bruno mais je m’y suis deja laissée prendre : aucun bus n’attendait à l’arrivée et la gare étant décentrée, j’ai dû finir par appeler – après moult péripéties – un taxi. En journée, le trajet se fait donc par bus, directement vers la station Longueuil depuis laquelle on rejoint la station Berri Uqam. Comptez une heure au moins…

 

 

-Lexie Swing-

 

L’emmener au musée

Bébés au musée./ Photo Les musées de la civilisation

Bébés au musée./ Photo Les musées de la civilisation

Hier, à peine le boulot fini, Mr Swing est passé prendre la diablotine à la sortie de la garderie pendant que j’achetais des sandwichs. À 18h15, après plusieurs tours de pâté de maison, nous avons réussi à nous garer et à nous rendre jusqu’au musée des beaux-arts. C’est un peu un challenge d’emmener un enfant de deux ans voir une expo de peinture. Surtout à l’heure du souper, la dernière semaine avant la fermeture de l’expo, lorsqu’il faut faire près d’une heure de file pour acheter des billets.

Heureusement, j’avais payé mes billets en ligne (la file aperçue le dimanche précédent nous avait découragés) et nous avons donc traversé la masse de gens sans nous retourner. Le contrôle passé, nous avons fait ce que tout parent qui se respecte fait pour qu’une visite au musée se passe dans de bonnes conditions : faire faire pipi, donner à manger. C’est donc armée de son sandwich au jambon que la miss et son carrosse ont pénétré dans la première salle… Avant d’être brusquement stoppés par la foule amassée devant les tableaux.

Je vous passe la visite au pas de course, non pas en raison d’un môme hurlant mais bien parce que le monde ne nous permettait guère d’approcher des œuvres. À noter aussi que pourr la première fois depuis que l’on est ici, j’ai vu des gens brusques, agacés, fatigués… Et donc désagréables. Mais je les comprends!

La bonne nouvelle, c’est que Miss Swing a été une visiteuse exemplaire. Elle n’a jeté de morceaux de sandwichs sur personne, s’est contentée d’un « aaah » gutural après avoir bu son jus de pomme et n’a jamais hurlé. À peine a-t-elle crié « papa, t’es où papa? » lorsque celui ci s’est éloigné pour s’approcher d’une œuvre.

Quand l’enfant ne se roule pas par terre et ne prend pas les salles pour un terrain olympique, je trouve que les visites de musée peuvent être vraiment sympas. Le regard de l’enfant est amusé, différent. « Oh le beau chapeau », « tout nu la dame », « un chien maman!! » (Ah mais oui c’est donc ça qu’a voulu peindre Kandinsky!). Les œuvres les plus célèbres deviennent de banales images, à peine plus cool qu’un énième tome de Petit Ours Brun. Fascinant !

Et vous? Vous les emmenez ?

-Lexie Swing-

Vigilance

Dean sleeping./ Photo Andrew Malone

Dean sleeping./ Photo Andrew Malone

Je lui fais toujours une dernière caresse, un dernier baiser envoyé du bout des doigts en allant me coucher. J’ai gardé ce réflexe des premiers jours de poser la main sur son ventre pour vérifier qu’il se soulève. Parfois, elle me surprend. Alors que je la croyais endormie je discerne tout à coup ses yeux brillants dans le noir et sa petite voix flûtée qui demande : « maman, c’est fini dodo? »

L’autre soir, je suis entrée en tâtonnant dans sa chambre. S’habituant à la pénombre, mes yeux sont tombés sur ses petits pieds serrés l’un contre l’autre. J’ai fait glissé ma main le long de ses jambes, puis de son dos, à la recherche de son doux visage. Et puis j’ai heurté la couverture. Une couverture douce et souple qui a longtemps fait office de doudou et qu’on lui mettait comme un deuxième petit matelas tout doux depuis quelques jours. Au dessus de la couverture, il n’y avait rien. Rien que le drap. J’ai compris. J’ai paniqué. Je n’ai pas crié. Aussi vite que j’ai pu j’ai arraché la couverture enroulée autour de sa tête. Dessous, Miss Swing dormait paisiblement, le visage et les cheveux dégoulinants de sueur. J’ai posé ma main sur sa nuque, je l’ai longtemps caressée, je lui ai dit que j’étais désolée, que je ne savais pas. J’ai repoussé la couette et je suis sortie. J’ai raconté à Mr Swing ce qui venait de se passer, on a convenu que la couverture resterait à sa place initiale, celle de petite couverture doudou. Le problème c’est qu’ainsi allongée dessus, elle avait pris l’habitude de rabattre un morceau sur son visage pour s’endormir. Et autant est elle capable, à deux ans bientôt, d’enlever un tissu posé sur sa tête, autant il lui est beaucoup plus difficile de le faire s’il est entièrement enroulé.

Après coup je me suis dit « oui mais elle aurait crié ». Et puis je me suis demandée: « et si je ne l’avais pas entendue? », ou pire : « et si j’avais dit à travers la porte « dors chérie! » comme nous le faisons ces soirs où elle nous rappelle sans cesse? »

Il arrive que l’on se retourne, et l’on retrouve son enfant dans une position dangereuse, debout en haut de l’escalier ou pourvu d’un couteau tranchant qu’il a réussi à attraper sur le plan de travail. Surtout ne pas crier. Un faux pas et c’est la chute. On récupère. On étreint. Mais on se dit toujours : « et si j’étais arrivé trop tard? ».

-Lexie Swing-