L’emmener au musée

Bébés au musée./ Photo Les musées de la civilisation

Bébés au musée./ Photo Les musées de la civilisation

Hier, à peine le boulot fini, Mr Swing est passé prendre la diablotine à la sortie de la garderie pendant que j’achetais des sandwichs. À 18h15, après plusieurs tours de pâté de maison, nous avons réussi à nous garer et à nous rendre jusqu’au musée des beaux-arts. C’est un peu un challenge d’emmener un enfant de deux ans voir une expo de peinture. Surtout à l’heure du souper, la dernière semaine avant la fermeture de l’expo, lorsqu’il faut faire près d’une heure de file pour acheter des billets.

Heureusement, j’avais payé mes billets en ligne (la file aperçue le dimanche précédent nous avait découragés) et nous avons donc traversé la masse de gens sans nous retourner. Le contrôle passé, nous avons fait ce que tout parent qui se respecte fait pour qu’une visite au musée se passe dans de bonnes conditions : faire faire pipi, donner à manger. C’est donc armée de son sandwich au jambon que la miss et son carrosse ont pénétré dans la première salle… Avant d’être brusquement stoppés par la foule amassée devant les tableaux.

Je vous passe la visite au pas de course, non pas en raison d’un môme hurlant mais bien parce que le monde ne nous permettait guère d’approcher des œuvres. À noter aussi que pourr la première fois depuis que l’on est ici, j’ai vu des gens brusques, agacés, fatigués… Et donc désagréables. Mais je les comprends!

La bonne nouvelle, c’est que Miss Swing a été une visiteuse exemplaire. Elle n’a jeté de morceaux de sandwichs sur personne, s’est contentée d’un « aaah » gutural après avoir bu son jus de pomme et n’a jamais hurlé. À peine a-t-elle crié « papa, t’es où papa? » lorsque celui ci s’est éloigné pour s’approcher d’une œuvre.

Quand l’enfant ne se roule pas par terre et ne prend pas les salles pour un terrain olympique, je trouve que les visites de musée peuvent être vraiment sympas. Le regard de l’enfant est amusé, différent. « Oh le beau chapeau », « tout nu la dame », « un chien maman!! » (Ah mais oui c’est donc ça qu’a voulu peindre Kandinsky!). Les œuvres les plus célèbres deviennent de banales images, à peine plus cool qu’un énième tome de Petit Ours Brun. Fascinant !

Et vous? Vous les emmenez ?

-Lexie Swing-

Vigilance

Dean sleeping./ Photo Andrew Malone

Dean sleeping./ Photo Andrew Malone

Je lui fais toujours une dernière caresse, un dernier baiser envoyé du bout des doigts en allant me coucher. J’ai gardé ce réflexe des premiers jours de poser la main sur son ventre pour vérifier qu’il se soulève. Parfois, elle me surprend. Alors que je la croyais endormie je discerne tout à coup ses yeux brillants dans le noir et sa petite voix flûtée qui demande : « maman, c’est fini dodo? »

L’autre soir, je suis entrée en tâtonnant dans sa chambre. S’habituant à la pénombre, mes yeux sont tombés sur ses petits pieds serrés l’un contre l’autre. J’ai fait glissé ma main le long de ses jambes, puis de son dos, à la recherche de son doux visage. Et puis j’ai heurté la couverture. Une couverture douce et souple qui a longtemps fait office de doudou et qu’on lui mettait comme un deuxième petit matelas tout doux depuis quelques jours. Au dessus de la couverture, il n’y avait rien. Rien que le drap. J’ai compris. J’ai paniqué. Je n’ai pas crié. Aussi vite que j’ai pu j’ai arraché la couverture enroulée autour de sa tête. Dessous, Miss Swing dormait paisiblement, le visage et les cheveux dégoulinants de sueur. J’ai posé ma main sur sa nuque, je l’ai longtemps caressée, je lui ai dit que j’étais désolée, que je ne savais pas. J’ai repoussé la couette et je suis sortie. J’ai raconté à Mr Swing ce qui venait de se passer, on a convenu que la couverture resterait à sa place initiale, celle de petite couverture doudou. Le problème c’est qu’ainsi allongée dessus, elle avait pris l’habitude de rabattre un morceau sur son visage pour s’endormir. Et autant est elle capable, à deux ans bientôt, d’enlever un tissu posé sur sa tête, autant il lui est beaucoup plus difficile de le faire s’il est entièrement enroulé.

Après coup je me suis dit « oui mais elle aurait crié ». Et puis je me suis demandée: « et si je ne l’avais pas entendue? », ou pire : « et si j’avais dit à travers la porte « dors chérie! » comme nous le faisons ces soirs où elle nous rappelle sans cesse? »

Il arrive que l’on se retourne, et l’on retrouve son enfant dans une position dangereuse, debout en haut de l’escalier ou pourvu d’un couteau tranchant qu’il a réussi à attraper sur le plan de travail. Surtout ne pas crier. Un faux pas et c’est la chute. On récupère. On étreint. Mais on se dit toujours : « et si j’étais arrivé trop tard? ».

-Lexie Swing-

Nouvelle lecture : « Demain est un autre jour »

Demain est un autre jour./

Demain est un autre jour./

Vendredi, 16h30, je passe faire un tour à Renaud-Bray avant de prendre le train. Je soulève un Modiano, souris devant le coffret des trois Muchachas, me tourne vers les romans de poche. Mes yeux s’arrêtent sur la couverture de « Demain est un autre jour », de Lori Nelson Spielman. Je me rappelle du titre, croisé à la page Livres d’un Cosmo. Dans mon souvenir, le magazine décrivait ce livre comme « une jolie histoire positive qui met du baume au coeur » ou une idée du genre. J’empoigne et je pars avec, ce sera parfait pour m’accompagner dans le train la semaine prochaine.

17h, dans le train, je lis un passage du bouquin sur l’éducation que j’ai également acheté, et puis je lis la quatrième de couverture de « Demain est un autre jour ». En attendant ma gare, j’attaque le premier chapitre. Arrivée à Saint-Bruno, j’en ai déjà lu trois. J’enfourne mon précieux dans mon sac et pars rejoindre mon petit monde. Le souper avalé, l’enfant couché, je me glisse dans le lit pour lire « encore quelques pages ». À minuit 30, j’éteins. Bouquin fini.
Il y a des histoires subjuguantes, incroyablement bien écrites et dans lesquelles le talent de l’auteur laisse pantois. Et puis il y a ces autres histoires, ces jolies histoires, qui nous embarquent d’un bout à l’autre du roman. Ce ne sont pas les mieux écrites, ce ne sont pas les plus intenses, ni les plus riches intellectuellement parlant. Mais ce sont de belles histoires, qui laissent un petit goût doux dans la bouche, comme si une bonne amie nous avait conté à l’oreille une aventure sympathique qui lui était arrivée.
Le pitch : Brett, 34 ans, perd sa maman d’une maladie rapide et douloureuse. Sa maman qui est aussi la présidente d’une importante entreprise de cosmétiques. Brett, agent marketing au sein de l’entreprise, se prépare depuis l’annonce de la maladie à succéder à sa mère, dont elle est très proche. L’ouverture du testament arrive, ses deux grands frères reçoivent leur part du butin. Et Brett ? Brett reçoit comme seul héritage une liste de rêves. Cette liste même qu’elle avait rédigé à l’adolescence et que sa mère a précieusement gardée. « Réalise les dix rêves aux côtés desquels j’ai mis un astérisque », l’enjoint sa mère dans sa lettre d’adieu. « Alors tu auras droit à ton héritage ». 
Un seul mot : réjouissant.
-Lexie Swing-

L’après grossesse

Pregnancy./ Photo Charlie Davidson

Pregnancy./ Photo Charlie Davidson

Dans les magazines féminins, ou du moins ceux qui traitent de la parentalité, on retrouve souvent cette liste des « 10 choses qu’on ne m’avait pas dites sur la grossesse ». Et c’est vrai qu’il y en a plein. Par exemple, moi, on ne m’avait pas dit qu’à cause des hormones, mon dos se bloquerait dès le tout premier mois. Mais la nature est facétieuse et n’en a que faire de nos projections.

Il y avait pourtant quelque chose qu’on m’avait dit, et dont j’ai déjà parlé, c’est que mes cystites chroniques (permanentes à ce stade) cesseraient peut-être pendant et après la grossesse. J’avais saisi l’idée avec beaucoup de joie (« je galère 9 mois, j’expulse la bête et je suis débarrassée de cette maladie pour toujours et sans traitement ? Je prends doc! »), mais pas dans sa totalité. Ce que je pensais réduit à mes petits désordres personnels pouvait s’étendre à bien des choses, dans le bon comme le mauvais sens. Les hormones de grossesse bouleverseraient en effet la chimie du corps (et je vais m’arrêter là dans les connaissances scientifiques car malgré une consultation quasi quotidienne de Doctissimo je ne suis toujours pas médecin).

J’ai donc posé la question à mon groupe de copines-qui-ont-été-enceintes-en-même-temps-que-moi.

– Le premier truc flagrant (et tellement glamour), ce sont les conséquences intestinales. Autrement dit, la plomberie fonctionne nettement mieux depuis que les hormones ont remis de l’ordre dans tout ça. « Oui mais par contre j’ai un problème de vessie » m’a dit une copine. La faute au médecin qui n’avait pas jugé utile de lui proposer une rééducation après une césarienne. Pourtant, poids du bébé sur tous les organes = remusculation à faire. C’est scientifique. C’est Doctissimo qui le dit.

– La vue baisse. Ce n’est pas une obligation mais ça arrive. Tu es jeune et pourvue d’une vue de lynx et puis tu te réveilles vieille, mère et aveugle. Malheureusement, tu n’es pas sourde.

– Les problèmes dentaires. Les dents s’y mettent aussi et il n’est pas rare de se retrouver avec des petits problèmes à traiter alors qu’on affichait un sourire colgate à toute épreuve.

– La fatigue. Ça c’est mon truc. Je traînais depuis l’adolescence une envie irrépressible de dormir dès la dernière bouchée de mon lunch avalée. Et puis Miss Swing est arrivée et toute fatigue s’est envolée :) Non c’est une blague, c’est piiire. Mais pour de vrai la fatigue post-repas a disparu. La raison en est sûrement la première évoquée : une meilleure digestion. Ou alors ces repas que je n’ai plus le temps de prendre. Allez savoir.

– La thyroïde. Une de mes amies a déclaré (peut on dire ça ainsi?) une insuffisance thyroïdienne qui serait – selon ses médecins – une conséquence de sa grossesse. Une autre suit le même chemin.

– Les pieds s’allongent. Oui c’est stupéfiant. Et avec un peu de chance ils ne font pas tous les deux la même pointure après coup.

Il y a plein de choses donc. Des positives, comme des négatives. Des maladies chroniques comme un eczéma ou des migraines peuvent disparaître soudainement, et d’autres problèmes se déclarer. C’est un peu la loterie. Mais mère nature est facétieuse, je le rappelle, il n’y a aucun moyen de savoir à l’avance de quel lot nous ferons partie. Alors ouvrez l’oeil, et le bon… tant qu’il est vaillant.

-Lexie Swing-

Tous ces m-eaux…

"Visiting tap falls"./ Photo Stevie Spiers

« Visiting tap falls »./ Photo Stevie Spiers

Hier, branle bas de combat. La nouvelle était partout: 28000 litres de diesel s’étaient déversés dans le fleuve rendant impropre à la consommation l’eau de 4 villes de la Rive-Sud de Montreal, dont la nôtre et celle où notre fille va à la garderie. Tout le monde était tellement au courant que mon propre père m’a envoyé un message, prévenu par un ami commun qui me veut du bien. C’est fichtrement la merde mais j’ai quand même trouvé que le destin avait vachement d’humour. Les problèmes d’eau ces temps-ci ça nous connaît. Entre le drain bouché inversant la pesanteur dans nos toilettes du bas et le chauffe-eau trop vieillot que l’on s’apprête à changer, on était comme qui dirait déjà dans le bain (j’me trouve drôle).

Ceci dit, l’amoureux a un peu paniqué et m’a demandé, moi qui travaille sur l’île de Montréal, d’aller acheter quelques bouteilles d’eau pour pallier la pénurie qui s’est installée sur la Rive Sud quelques heures à peine après l’annonce de ce matin. Nous ne buvons que de l’eau en bouteille, élevés tous deux à la sainte source de l’eau minérale délicatement empaquetée, mais on est jamais trop prudents. Je rentre donc, lourdement chargée mais bien armée. L’essence ne passera pas par nous.
-Lexie Swing-

10 photos le 10 du mois

Je connais ce concept des dix photos le dix du mois depuis longtemps. Véritable fenêtre sur le quotidien des blogueurs, il a été repris en ce début d’année par l’auteure du chouette blogue irlandais « J’habite à Waterford ». La consigne est simple : publier 10 photos prises en 10h le 10 du mois. Heureusement pour les retardataires comme moi la règle est souple : on peut publier jusqu’au 16 du mois. Le thème proposé ce mois-ci était « papier ». La mise en page laisse encore à désirer, j’ai dû bidouiller dans le code pour que tout s’affiche à la suite.

1) Pile de livres lus ou à lire sur la table de chevet.

Photo DR Lexie Swing

Photo DR Lexie Swing

 

 

 

 

 

 

 

 

 

2) Depuis que je suis mère, les stylos ont disparu en hauteur, bien cachés à l’abri des petites mains. Seuls traînent sur la table d’inoffensifs crayons gras. « Vous avez de quoi noter votre numéro de dossier? ». Pas de problème…

Photo DR Lexie Swing

Photo DR Lexie Swing

 

 

 

 

 

 

 

 

 

3) On s’est enfin décidé à déneiger les escaliers et voilà : le facteur a bien voulu déposer notre courrier dans la boîte. Sur certains, il avait griffonné « neige », preuve que tant que le chemin n’était pas visible, notre brave facteur ne comptait pas traverser notre terrain à l’aveuglette pour déposer nos missives.

Photo DR Lexie Swing

Photo DR Lexie Swing

 

 

 

 

 

 

 

 

 

4) Le livre chéri de Miss Swing

Photo DR Lexie Swing

Photo DR Lexie Swing

 

 

 

 

 

 

 

 

 

5) Il y a quelques jours c’était la fête (française, la Saint…) de Miss Swing, elle a reçu une adorable carte de ses arrières grands parents.

Photo DR Lexie Swing

Photo DR Lexie Swing

 

 

 

 

 

 

 

 

 

6) Mes idées d’articles pour le blogue, sur un support créé par Vie de Miettes.

Photo DR Lexie Swing

Photo DR Lexie Swing

 

 

 

 

 

 

 

 

 

7) Ma liste de boulot estampillée « All good things are wild and free ». Achetée d’abord pour deux copines, très wild and free elles aussi :)

Photo DR Lexie Swing

Photo DR Lexie Swing

 

 

 

 

 

 

 

 

 

8) J’adore les accessoires(f)utiles. Photographie d’un super bloc post-it (oui oui cette pomme s’effeuille) dénichée pour un article.

Photo DR Lexie Swing

Photo DR Lexie Swing

 

 

 

 

 

 

 

 

 

9) Miss Swing voue un culte aux mouchoirs, si possible sortis un à un de leur boîte et empilés dans les poils du chien.

Photo DR Lexie Swing

Photo DR Lexie Swing

 

 

 

 

 

 

 

 

 

10) Lecture (en retard) du soir… Un article de Courrier International.

Photo DR Lexie Swing

Photo DR Lexie Swing

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Voilà! Challenge completed! Rendez-vous le mois prochain pour dix nouvelles photos d’une inénarrable qualité :) Les autres participations sont recensées sur le blogue de J’habite à Waterford.

 

-Lexie Swing-

Charlie au bout du monde

Photo Canoe

Photo Canoe

Nous sommes Français. Autant dire que, comme tous les Français, le drame qui s’est joué il y a moins d’une semaine nous a touchés de plein fouet. Parce qu’il s’agissait du territoire qui nous a vus naître, parce qu’il s’agissait de figures de notre adolescence et de notre vie d’adulte, parce que l’union et les réunions, les marches et les manifestations, c’était celles des « nôtres ».

Nous sommes Français, mais de l’étranger, et cette situation a ce de particulier que tous les gens qui nous côtoient nous ont considérés comme endeuillés. Chaque courriel professionnel se terminait par un « je suis désolé(e) de ces difficiles événements que vous vivez ». Chaque message plus personnel se demandait « comment vivez-vous ce qui vous arrive? ». Et les parents de la garderie, jugeant de notre nationalité au troisième mot prononcé, demandait « Mais que s’est-il passé, je ne comprends pas ? ».

On nous parlait « du drame », on s’exclamait « pauvres vous! », et de suite il était évident qu’ils évoquaient « notre perte », comme si chacun d’eux avait su que nous avions perdus un être cher dans des circonstances atroces. C’était tout à la fois sympathique et inquiétant. Car si nous étions ça, nous ne sommes rapidement devenus « que » ça. On me disait « je ne t’embête pas avec ça cette semaine tu as autre chose à penser » ou on passait une conversation professionnelle entière à m’interroger sur ce drame que je vivais.

Cependant (heureusement ?), l’humain a la mémoire courte. On a compté jusqu’à 5 (jours) et jugé qu’il était bien temps qu’on se remette au boulot. Tunem’aspasencoreréponduqu’estcequetufous était donc une question en vogue ce matin. Et chez vous, Français de l’étranger, solidarité ou indifférence ?

 

-Lexie Swing-

Mal à la liberté

Je suis Charlie

Je suis Charlie

J’ai mal à la liberté. L’expression vient de ma cousine. Moi j’ai d’abord cru à une (mauvaise) plaisanterie. J’attendais que Mr Swing rigole après me l’avoir dit. Il n’a pas ri. Ce n’était pas le Gorafi. Je veux dire…. assassiner des caricaturistes, des maîtres à penser de l’humour bien mené, quelle ironie.

Je suis humaniste. J’ai vu en premier lieu les corps couchés, les connus comme les anonymes. J’ai pensé aux familles, aux orphelins, à celui qui pleure ce soir d’avoir perdu l’un des siens. Je me suis demandée quel âge ils avaient, j’ai mis des visages sur des noms, des histoires personnelles sur des parcours connus de tous, et chaque fois mon coeur s’est pincé de devoir mettre une date de fin à ces sourires narquois.

Et puis l’emballement du coeur a laissé place à celui d’un autre organe, méconnu, la liberté. Un tout petit organe, logé dans nos entrailles. Un organe qui s’est rebellé dès l’info affichée. De quel droit tue-t-on l’expression ? Depuis quand les armes sont-elles une réponse aux mots, aux stylos, aux dessins griffonnés sur un bout de papier ? Quelle absurdité de l’espèce humaine se joue dans cette attaque démesurée?

Journaliste est l’un des métiers non armés les plus dangereux au monde, dangerosité hier cantonnée aux zones de conflit, désormais transportée jusque dans les rédactions. Et les gros journaux satiriques n’en sont pas les seules victimes. Quel petit journaliste de Province ne s’est jamais vu menacer ? Quel fait-diversier n’a jamais eu maille à partir avec de petits criminels accomplis ? Qui ne s’est jamais entendu répliquer « Changez ça ou c’est avec le fusil que je vous reçois la prochaine fois ».

Nous sommes au coeur de tous les maux. Receveurs, transmetteurs, gestionnaires de conflits, pris entre des clans déchaînés qui utilisent nos espaces comme des zones d’expression personnelle. Appelés, implorés, puis décriés, sans cesse.

J’ai mal à la liberté, cet organe palpitant désormais amputé. Mais la rage est grande et l’espoir immense, les témoignages et les rassemblements le prouvent. Demain chantera peut-être.

-Lexie Swing-

I wish you…

Mila à la plage./ Photo Boudewijn Berends

Mila à la plage./ Photo Boudewijn Berends

J’ai parcouru des tas de billets qui souhaitaient la nouvelle année. Ça m’a un peu ennuyé. Déjà, aussi loin que je me souvienne, le Nouvel An a toujours été une fête barbante. Si ma maturité d’adolescente n’était guère remarquable, j’ai très tôt pris conscience que les moments heureux se situeraient plus autour d’une partie de Time’s up impromptu qu’à attendre minuit un 31 décembre pour embrasser des inconnus. Depuis dix ans, j’ai été malade deux fois ce jour-là, me suis endormie deux fois avant le coup de minuit parce que j’avais trop bu, ai passé la plupart avec ma famille plutôt que dans une grande fête impersonnelle où je ne connaissais personne. Le seul qui m’est marqué date de l’an dernier : un bain à une heure du matin dans un spa extérieur par -30 degrés. À courir sur la glace pieds nus et en maillot.

Je n’aime pas vraiment les festivités convenues, les échanges de politesse, les questions préparées, les discours habituels. J’aime l’originalité, l’extraordinaire. J’ai aimé l’hiver de mes 7 ou 8 ans, quand mes parents ont fait un pied de nez à la famille pour partir passer Noël à Disneyland, just the four of us. J’ai aimé passer Noël avec des amis l’an dernier. Et que mon grand-père dispute une partie de Wii avec nous l’hiver avant qu’il s’en aille pour toujours. J’aime quand mes collègues ou amis me racontent leur périple au soleil pendant les Fêtes. Ou que M. fête la nouvelle année assise sur une plage à l’autre bout du monde.

Je voudrais que Mamie se lève et danse sur du Beyoncé. Que l’on serve de la poutine à Noël et des knackis au Nouvel An. Je voudrais offrir mes cadeaux en août et camper dans le jardin pour compter les étoiles filantes. Qu’on se penche sur le bon goût du jus de pomme plutôt que de faire claquer nos langues en simili connaisseurs de vins. Je voudrais que les enfants n’accaparent pas toujours l’attention, qu’ils soient possible de tenir une conversation sensée sans pencher la tête pour écouter d’une oreille les jérémiades du petit dernier. Je voudrais que leur point de vue compte aussi, et qu’ils aient le droit de s’enfiler des nuggets le 31 si c’est leur plaisir. Ou seulement le dessert. Je voudrais qu’on arrête de me dire que la bûche glacée c’est mieux parce qu’après un gros repas comme ça, ça coule tout seul. Et qu’on décore le sapin du jardin plutôt que d’encombrer le salon chaque année.

Je le disais au début, j’ai parcouru de nombreux billets souhaitant à tous une merveilleuse année. Je m’y associe. Je vous souhaite à tous une excellente année 2015, un chiffre que je trouve particulièrement réjouissant. Avoir 15 ans, obtenir un 15 sur 20. C’est l’insouciance, la réussite discrète, l’assurance de bien faire tout en gardant du temps pour le meilleur. C’est trois fois mes cinq doigts. Même ma fille sait faire.

1) Je souhaite à mes amies enceintes de belles grossesses.

2) A mes ami(e)s célibataires de belles rencontres.

3) A tous de beaux voyages, des découvertes, même au bout de la rue.

4) A mes amis parents de belles nuits.

5) A ceux qui voudraient le devenir, un + sur un bâtonnet plein de pipi.

6) A tous, de la réussite au travail ou comme parent à la maison.

7) Et de la patience.

8) À chacun, une santé pas trop précaire, de bons examens, du psychotage « pour de rien », des médecins compréhensifs.

9) Des sous, bordel, des sous.

10) Des oeufs bénédictines (ok ça c’est pour moi).

11) De l’amour, à donner et à recevoir.

12) De bonnes surprises.

13) Du soutien.

14) De l’improvisation, des week-ends sur un coup de tête, des levers du soleil, des fous-rires, des jeux affalés sur le parquet du salon, des je t’aime et des tu me manques.

15) Et surtout, surtout… de la poutine pour Noël.

-Lexie Swing-

De retour

Waiting./ Photo Samson Benjamin

Waiting./ Photo Samson Benjamin

Quand on est partis, les amis montréalais, le sourire au coin, nous avait prévenus : vous reviendrez épuisés. On est revenu pires que ça : malades. Malades, mais heureux. Dans l’avion qui plongeait sur l’aéroport de Montréal, baigné de lumière dans le soleil couchant, l’hôtesse penchée à notre hublot trépignait : que c’est beau toute cette neige! Vous venez en vacances ? Ça va être un beau séjour. C’est effectivement un beau séjour. Il dure depuis un an et demi. Mais là, on rentre juste à la maison.

En France, au milieu des rires, des cadeaux et de la fête trônaient toujours nos valises, béantes et débordantes. Combien de matins s’est-on levés en se demandant s’il nous restait assez de t-shirts ? Je suis presque sûre d’avoir porté les mêmes chaussettes deux jours de suite. Et que dire de notre grand absent : notre gros chien blanc, resté au bercail pour lui éviter les déboires d’un nouveau voyage en avion.

Nous n’étions qu’en transit, minutés, prêts à repartir, à sauter dans la voiture, à programmer le gps. Prochaine destination ? À quelle heure repart-on? Le rythme était donné, tambourinant.

Grâce au décalage horaire, nous avons fait traîner les soirées, et puis les grasses matinées. Même l’enfant s’y est mis, oubliant tous ses principes de lever aux aurores.

Vendredi, on a regroupé toutes nos fringues égarées dans la valise, retrouvant au passage quelques t-shirts disparus. On a compressé, pesé, laissé, repesé et réuni les cadeaux (90% pr Miss Swing) dans une seule grosse valise, débordante. Le vol a duré 8h, la faute aux vents tourbillonnants qui ont contraint l’équipage a monté plus au nord. Et puis nous avons atterri. Il était 17h, je me serais bien couchée là, en petite boule sur le tapis des bagages, pour commencer ma nuit, mais des responsabilités nous attendaient encore. Mister S. a conduit. Je me suis plaint pendant une heure. Il est allé chercher le chien. Je lui ai dit que j’allais sûrement mourir de fatigue. Il est rentré dans le garage. Je lui ai dit que j’allais me coucher, merci chéri, peux-tu t’occuper du chien/enfant/bagage/repas éventuels ?

 

C’était vraiment épuisant.

 

-Lexie Swing-