Le deuxième enfant, un ouragan?

Deux soeurs./ Niklas Montelius

Deux soeurs./ Niklas Montelius

Il paraît que rien n’est plus différent que deux enfants. Entre deux sexes, on s’attend toujours à des écarts (peut-être pas si grands finalement?) mais quand on attend une deuxième fille (ou un deuxième gars), on l’imagine volontiers comme une copie conforme.

Physiquement j’ai tendance à me projeter avec un modèle que je connais déjà même s’il ne me déplairait pas d’avoir une fille dont on dirait pour une fois « qu’est ce qu’elle te ressemble! » (alors qu’en vrai Miss Swing me ressemble mais on trouve toujours que c’est « tout son père », tout ça parce qu’ils ont la même coupe de cheveux) (et la même maniaquerie) (non j’ai rien dit chéri ;)). Ceci dit, si tout va bien, elle sera blonde et bouclée, comme deux de ses grands-parents (et ma blonde mère aura ainsi sa vengeance sur dame nature qui lui a fait avoir deux enfants bruns).

Mais peu importe le physique, c’est surtout sur le caractère que je m’interroge. Miss Swing est têtue et un peu caractérielle, mais elle est aussi surprenante de maturité. Jamais une morsure ou une tape à un autre enfant pour se défendre, jamais d’objets jetés dans la poubelle ou les toilettes pour « voir comment ça fait », une incroyable capacité à rester assise au restaurant plusieurs heures (pour peu qu’on la nourrisse), des jeux qu’elle invente souvent seule, etc. Tout peut encore changer et sans doute nous réserve-t-elle une crise quelconque, qu’on appellera la crise des 27 mois ou des 32, selon le moment où elle débarquera.

Mais il nous est difficile, du coup, d’imaginer qu’une petite fille puisse être si différente. Et pourtant ce sera immanquablement le cas, et heureusement d’ailleurs. Du coup je m’interroge : sera-t-elle du genre à courir partout, à ne pas tenir en place? À avoir besoin de beaucoup d’attention et de bras pour la porter? Sera-t-elle de ces bébés qui sont toujours souriants ? Ou très renfrognée comme je l’étais moi-même enfant ?

Mes filles auront, pour toujours, ceci de différent que leur pays de naissance ne sera pas le même. Et si, au final, elles auront je l’espère toutes deux la double nationalité, il n’en reste pas moins que notre Mini Swing sera la seule petite canadienne de souche.

Et forcément, du coup, je me demande… Aimera-t-elle le sirop d’érable et la poutine?

Bon et chez vous, entre un et deux (ou trois?) (quatre ? Et vous dormez encore ?), quelles différences ?

-Lexie Swing-

Bilingue, le Québec?

Enfant bilingue

Enfant bilingue

« Bonjour, Hi » a longtemps été l’expression qui nous accueillait dans les magasins à Montréal. Il faut dire que nous vivions à NDG, quartier majoritairement anglophone, et que je travaillais (et c’est toujours le cas) proche de la station Peel, le quartier des affaires. L’anglais était donc partout roi, mais les vendeurs et serveurs passaient avec aisance d’une langue à l’autre comme s’ils étaient nés avec les deux depuis toujours.

Pourtant, je me rends compte de plus en plus que cette aisance n’a rien de répandu. Par ma profession, j’ai l’occasion d’échanger avec des personnes travaillant dans l’administration québécoise. Or selon elles, un fossé se crée de plus en plus entre le niveau réel des postulants (qui possèdent souvent un anglais fonctionnel tout au plus) et le niveau de maîtrise d’anglais demandé à Montréal.

Alors quoi? On peut être une petite Française et débarquer en terrain conquis avec sa langue maternelle comme seul bagage ? Que dalle. Je n’en crois pas un mot. La plupart des offres d’emploi requièrent un certain niveau d’anglais. Parfois, celui-ci n’est même pas utilisé, mais c’est « au cas où ». Au cas où l’entreprise ouvrirait des antennes plus à l’Ouest, ou plus au Sud, aux « États » (comme on dit ici). Au cas où le boss serait remplacé par un (une) autre, anglophone cette fois. Au cas où, sur les 10 000 requêtes quotidiennes, il y en aurait une toute petite en anglais dans le texte.

Mais le fait est qu’on se débrouille. Je fais désormais sans problème des entrevues en anglais, même si j’ai toujours un petit chouillas de doute avant de décrocher mon téléphone. Et regarder Netflix (non francophone) est devenu notre lot quotidien. Je suis persuadée aujourd’hui qu’on peut passer sa vie au Québec sans décrocher un mot d’anglais, mais si l’on veut s’y intégrer, c’est le minimum. Ne serait-ce que pour déjouer les traductions parfois douteuses sur les aliments et autres produits du commerce.

Et de votre côté, anglais obligatoire ou non?

-Lexie Swing-

 

 

Bonjour la crise de nerfs!

L’autre jour, à l’épicerie, un cri suraigu a retenti à travers le magasin, suivi d’un autre, et plusieurs encore. Miss Swing a déclaré, laconique, « il pleure maman ». Pas dupe. C’était bien un petit garçon qui hurlait de désespoir au rayon des surgelés. Une glace refusée? Pas les frites qu’il voulait? Les pleurs ont laissé place à des cris de nerfs et sa mère, blonde et rougie par l’effort, a finalement abandonné courses et caddy et a pris la poudre d’escampette, son garçon sous le bras, à qui elle murmurait : « je suis tannée, tannée, tannée ».

Quel parent d’un enfant de plus de deux ou trois ans n’a pas eu droit un jour ou l’autre à une crise de colère? Qui n’a jamais assisté au spectacle d’un enfant qui se roule par terre pour un « non » au rayon des bonbons?

La réaction est souvent inversement proportionnelle à la gravité du moment. Plus petit est le refus, plus grande est la crise. Et elle peut surgir à tout instant : une chaussette mal mise, un morceau de puzzle incompétent qui refuse de prendre son emplacement, un « non » du parent de laisser l’enfant arracher méthodiquement les poils du chat, etc.

Si elle n’est pas férue des crises de nerf, Miss Swing n’hésite pas à exprimer toute sa colère en lançant divers objets. Un morceau qu’elle n’arrivait pas à piquer vendredi avec sa fourchette a ainsi transformé le repas en pugilat, lorsqu’elle a jeté successivement son assiette, puis son pain et ses couverts par dessus la table.

Punie? Illico! On ne jette pas ses couverts sur les genoux de sa mère! Cependant je m’efforce de plus en plus de l’aider à mettre des mots sur ce qu’elle ressent. Tu es en colère parce que je n’ai pas voulu que tu manges un bonbon; parce que tu n’arrives pas à faire tes lacets; etc.

La réaction paraît souvent énorme au regard du côté dérisoire du moment. Hurler pendant 25 minutes parce que tu n’arrives pas à tourner la page du livre; vraiment? Mais quand on y réfléchit bien, le sentiment ne l’est pas. Quand je mesure la frustration ressentie face à un problème que je ne parviens pas à résoudre, ou la colère de mon amie quand son boss lui refuse une augmentation qu’elle jugeait méritée, je comprends quel chemin nous avons à parcourir. Quelle claque que ce « non »! Quel sentiment détestable que celui de ne pas parvenir à faire quelque chose, fusse de mettre ses chaussettes.

En grandissant, on apprend à moins s’émouvoir, à se contrôler, à juger de l’importance de l’acte. N’en reste pas moins que lorsque la colère ou la frustration nous envahissent, elles nous prennent à la gorge, s’attachent à notre vue comme ces sensations bien égoïstes qu’elles sont, nous obnubilant au point de nous faire oublier le reste. Et que dire du fait que nous sommes souvent, dans ce cas, incapable d’entendre les voix de la sagesse qui nous murmurent à l’oreille : « Ce n’est pas important, il y a des choses plus graves dans la vie ». Il y a plus grave que de ne pas parvenir à faire ses lacets; il y a plus grave aussi que de ne pas obtenir le poste qu’on souhaitait. Il y a toujours plus grave. Mais à cet instant même, on se ferait quand même bien une petite crise de nerfs au rayon des surgelés, juste pour s’exprimer…

-Lexie Swing-

Pipi et comédie

./Photo Todd Morris

./Photo Todd Morris

Je suis aux toilettes et j’ai laissé le verrou ouvert car je suis seule avec la miss.

– Maman?

– Ferme la porte chérie, je fais pipi, j’arrive.

Miss Swing ferme la porte… après être entrée dans les toilettes.

– Maman?

– Oui?

– Je veux faire pipi.

– Tu peux attendre ? Là c’est moi qui fait pipi.

– Fini pipi maman.

– Tu permets ?

– Maman?

– Oui?

– (Tendant le papier toilette) Tiens, essuie ton pipi.

– Merci chérie, tu ne veux pas sortir?

– Non, je veux faire pipi.

– Moi aussi j’aimerais bien…

– Maman?

– Quoi chérie?

– (Tentant de glisser l’adaptateur sur les toilettes malgré le fait que je suis assise dessus) Pousse-toi!

– Super merci chérie, bon ok c’est bon, je te laisse la place.

– Fini pipi maman?

– Oui voilà, j’ai fini.

– Bravo pipi maman.

 

Molière n’aurait pas fait mieux…

 

-Lexie Swing-

 

 

 

29 bougies

Mon apprentie écrivaine./ Photo DR Lexie Swing

Mon apprentie écrivaine./ Photo DR Lexie Swing

J’ai atteint le grand âge de 29 ans. Je le trouve terriblement moche ce chiffre, ce 9, j’ai beau le tourner en tout sens, il a un goût d’inachevé pour moi. Il me paraît boiteux, et pourtant il a quelque chose de magnifique, en ce sens qu’il clôt une année riche (première bougie de notre expatriation au Canada, premier achat de maison…) et qu’il augure d’une autre encore plus incroyable (l’arrivée de notre deuxième fille…).

Je n’ai pas trop le sens des jours J. Tout jour peut devenir LE jour pour peu qu’on le pare de suffisamment de paillettes et d’artifices pour le rendre inoubliable. Je n’attendais rien de ce 8 avril particulier, puisque nous le fêterons sûrement le 11, peut-être un peu le 12 et que nous retrinquerons (au jus d’abricot!) au fur et à mesure des visites.

C’est peut-être parce que je n’en attendais rien qu’il a choisi de devenir spécial. Comme lorsque j’ai reçu le cadeau parfait – une machine à écrire Underwood de 1925 en parfait état de marche ; que j’ai réalisé que j’avais exactement aujourd’hui l’âge qu’avait ma mère lorsque je suis née et que j’accoucherai donc au même âge de mon deuxième enfant ; ou encore lorsque ma fille, après avoir dit plusieurs fois « non pas fête de Maman » et « il est où le gâteau? » a choisi de combler le silence laissé par mon acharnement à lui presser un verre plein de jus d’orange en entonnant « Bonne fêteuuuh maman, bonne fête mamaaaan… » ainsi qu’on lui a appris pendant les différents anniversaires de sa garderie.

Il y a eu aussi tous ces copains  et ces proches qui ont pensé à mon anniversaire, les messages débarquant aussi bien sur Whatsapp, que par courriel ou Facebook, et me cueillant au rythme de la journée. Il y a eu ces échanges de nouvelles un peu plus longs que d’ordinaire, parce que ce n’était pas une journée qui l’était. Il y a eu ces photos un peu spéciales prises par des amies qui me connaissent bien. Et ce gâteau offert par mes collègues, le tout premier sur lequel j’ai soufflé des bougies cette année.

Ça s’est fini par un souper improbable. Grilled-cheese et cheesecake. Du cheese partout. Et Miss Swing qui criait « mais il est où le gâteau maman ». Cette bougie que je n’arrivais pas à souffler parce que je voulais qu’elle souffle aussi, et que le souffle que je retenais, conjugué au sien si ténu, n’atteignait même pas la flamme. Ce souper improbable et parfait, en trente minutes parce que j’avais yoga après.

Et puis ces quelques minutes, ma tête contre la sienne dans son grand petit lit. Mes jambes repliées. Mon corps trop grand pour ce petit radeau. La veilleuse coccinelle qui fait danser les étoiles au dessus de ma tête, éclairant tour à tour la montgolfière, le panda au nez pointu et l’arbre de nouveau enneigé derrière la fenêtre. Sa respiration tranquille. Cette nouvelle année qui commence.

-Lexie Swing-

 

Dans son grand lit

Nouveau lit./ Photo DR Lexie Swing

Nouveau lit./ Photo DR Lexie Swing

Ce n’était pas prévu pour tout de suite. Nous voulions attendre mai, lui laisser le temps d’abandonner son lit à barreaux pour le léguer sans regrets à sa petite soeur, mais pas trop tôt non plus, elle qui est si petite encore.

Et puis, au détour du coin enfants chez Ikea, elle a plongé dans un lit. Pas un de ces lits tout petits, qui accueillent nos toddlers qui grandissent. Un lit suffisamment large pour en accueillir trois comme elle, mais aussi suffisamment bas pour que notre toute petite puisse y grimper sans encombres. En faire un lieu de repos certes, mais aussi une cabane, un radeau ou même un paquebot.

Alors on est reparti avec, comme souvent chez Ikea. On vient pour trois assiettes et l’on repart avec un salon de jardin. Logique implacable du grand magasin suédois.

Son papa l’a monté, tandis qu’elle trépignait à ses côtés, essayant de grimper dans le carton et d’assembler elle-même les morceaux. Et puis le moment est venu : elle a pris son élan et a sauté dedans. Après s’y être roulée, à plat dos, puis à plat ventre, et encore à plat dos, elle est redescendue et a couru chercher couverture et doudous dans son lit de bébé. La rupture était consommée!

Tout n’est pas encore idéal. Les deux siestes de la fin de semaine se sont faites dans le lit à barreaux, à sa demande. Et c’est un peu perdue qu’elle a suivi le déménagement de celui-ci dans ce qui sera la chambre de sa soeur. Mais le plaisir du grand lit est évident. Elle y reste tard le matin, faisant mine de ne pas entendre nos appels. Et elle en sort par elle-même lorsqu’elle l’a décidé.

Aucun regret de notre côté. Ce nouveau lit lui apporte une belle autonomie. C’est ainsi que ce matin, tandis que je pensais devoir la tirer par les pieds la soulever doucement de son lit pour l’emmener petit déjeuner, je l’ai retrouvée debout dans sa chambre, à moitié nue, enfilant chaussettes et culotte que j’avais préparées la veille. Épatant!

Et chez vous, comment s’est passé le passage dans le grand lit?

 

-Lexie Swing-

Du granola au chocolat…

Granola au chocolat./ Photo DR Lexie Swing

Granola au chocolat./ Photo DR Lexie Swing

Des noix, des flocons d’avoine, un peu de sirop d’érable et du cacao surtout… De quoi te donner envie de te lever d’un bond le matin! J’ai piqué cette recette à Marilou, la blogueuse québécoise de plus en plus connue. Si vous n’avez jamais entendu parler d’elle, allez faire un petit tour sur son site Trois fois par jour…

Ce mélange est parfait à réaliser avec des enfants! Ils peuvent manipuler les cups sans créer de catastrophe (bien sûr on aide pour l’huile, ça fait briller le sol façon patinoire mais ça s’éponge mal, tout comme le sirop d’érable).

Marilou sépare les deux mélanges liquide et solide. Du côté des solides :

3 tasses de flocons d’avoine à cuisson rapide

3/4 de tasse de noix de coco non sucrée, râpée

1/2 tasse de noix de Grenoble, grossièrement hachées

1 tasse de noix de pécan, grossièrement hachées

1/2 tasse de noix de cajou, grossièrement hachées

1/2 tasse de graines de chia

2 c. à soupe de cassonade

Une pincée de sel

Du côté des liquides :

1/2 c. à thé d’extrait de vanille

3/4 de tasse d’huile de canola

1/2 tasse de miel ou de sirop d’érable

1/2 tasse de poudre de cacao

Pour ma part, je ne mets pas de graines de chia, et j’ai choisi le sirop d’érable plutôt que le miel ou l’agave. J’ai déjà utilisé de l’huile de tournesol, elle fait tout aussi bien l’affaire que l’huile de canola, qui se nomme en France huile de colza. Je hache les noix en petits morceaux, moins par goût que pour éviter que ma petite fille, qui raffole du granola mais pense que le mâcher est une option, ne s’étouffe avec une noix entière.

Préchauffez le four à 275 degrés F. ou 135 degrés C.

Mélangez tous les ingrédients liquides d’un côté, et tous les secs de l’autre. Versez les liquides dans les ingrédients secs. Mélangez. Versez sur une plaque de cuisson recouverte de papier parchemin (sulfurisé).

Enfournez pour au moins 30 minutes. Tournez régulièrement pour que vos céréales cuisent uniformément.

Dégustez avec du yogourt (le meilleur selon moi…) et quelques pépites de chocolat!

-Lexie Swing-

Mais qu’es-tu donc numérobis?

./ Photo DR Lexie Swing

./ Photo DR Lexie Swing

Quand on a demandé à Miss Swing si elle voulait un petit frère ou une petite soeur, elle a répondu qu’elle préférait une banane. On a senti son implication immédiate :)

Lorsque nous l’attendions, les mois nous ont semblé interminables avant l’annonce du sexe. La gyneco revêche du premier trimestre avait refusé de se prononcer et l’écho du deuxième trimestre repoussée aux calendes grecques, ou plutôt à 23 sa. Le jour J, je me faisais presque pipi dessus, et pas seulement parce qu’on m’avait demandé d’ingurgiter une bouteille d’eau complète trois heures avant (je suis un peu Marseillaise dans l’âme oui). Je savais que j’attendais un garçon. J’ai toujours su que j’aurais un jour un garçon. Le moment venu, lorsque l’échographiste nous a montré son intimité (à notre enfant, pas la sienne, Dieu merci), j’ai vu que c’était un garçon à qui il manquait quelque chose et ça m’a embêtée trente bonnes secondes avant que je réalise que c’était une fille et qu’elle avait bien tout à la bonne place. Oui ma chérie, ta mère est un sacré boulet.

J’avais rendez-vous hier pour l’écho morphologique de mon second enfant. Mon plus gros problème depuis la prise de rendez-vous un mois avant était de savoir comment 750 ml d’eau bus cul sec 1h15 avant l’écho allaient tenir dans ma ridicule petite vessie. J’ai calculé, recroisé les données, arpenté les forums et fait des tests minutés plusieurs semaines avant. 500 ml 40 minutes avant m’ont donc suffi. Après avoir demandé toutes les 3 minutes à mon chéri quelle heure il était et s’il pensait que je pouvais aller faire un peu pipi mais pas trop, on nous a appelés.

Un bras, deux bras, une tête toute ronde, le nez de sa mère, indubitablement. Nous avons découvert ses traits, ri devant ses petits bras qui s’agitaient. Puis la technologue a placé la sonde sous les fesses du bébé, et nous a souri : « Alors, à votre avis? »

Il y avait quelque chose entre les jambes de mon bébé. Je ne m’y ferais pas prendre cette fois. Il y avait vraiment quelque chose. Deux petits traits tout fins. Je le sais parce que moi aussi je suis née ainsi. Avec deux petits traits et pas d’zizi.

Et mon chéri s’est exclamé : « Non… Vous allez être trois filles à la maison ?? Vraiment ?? »

Et puis il a réalisé. Et je crois pouvoir dire que ce matin-là, dans ce coin du Canada, il y avait un papa très heureux à côté de moi.

-Lexie Swing-

 

Entre deux wagons

Métro Berri./ Photo Michel Filion

Métro Berri./ Photo Michel Filion

Il m’a adressé la parole sur le quai du métro, plaisantant poliment sur l’information que je lisais avec tant d’attention. Je l’ai ignoré, feint la surdité. Ils sont tous les mêmes. Ils abordent avec des sourires et des ronds de jambe, demandent l’heure en estimant le monde au balcon. Ils te complimentent quand ils t’approchent et te conspuent quand ils sont forcés de te quitter, agacés parce qu’ignorés.

Enfin ça, c’était avant.

Il m’a adressé la parole sur le quai du métro, plaisantant poliment sur l’information que je lisais avec tant d’attention. Je ne savais pas vraiment ce que le texte disait. Je relisais pour la cinquième fois la même phrase, les yeux encore à moitié fermés par une nuit trop courte. Je me suis un peu raidie. J’ai relevé la tête et j’ai souri. Il avait 40 ans et des tresses africaines. J’ai dit que c’était une information de première main, quelque chose entre la météo glaciale et les retards de train. Il m’a demandé si j’étais Française, m’a avoué que j’avais été trahie par mon accent. M’a demandé d’où j’étais Française. La formulation m’a amusée. Il m’a dit qu’il connaissait Toulouse, m’a cité la brique, la violette et le Capitole. A ajouté que c’était beau le Capitole. Mais qu’il y avait trop de crottes de chien. Pourquoi les Français ne ramassent-il pas les crottes de chien ?, s’est-il exclamé. J’ai hoché la tête, reconnu l’urgence du problème. Dit que Toulouse c’était à peu près ça. La brique, la violette et les crottes de chien. Il a ri. Le métro est arrivé. Je me suis engouffrée pour trouver une place assise pour mon gros ventre et moi. Je n’ai pas relevé la tête. Je me suis replongée dans l’article. Je ne sais toujours pas de quoi il parlait.

Ce matin j’ai échangé 20 mots avec un parfait inconnu. Ce n’était ni bon, ni mauvais. Mais pour la première fois depuis des années, je ne me suis pas sentie oppressée, je ne me suis pas sentie comme une brebis piégée qui évalue les chances de s’éclipser avant d’être interpellée. Et le Canada, pour moi, c’est aussi ça.

-Lexie Swing-

Et tu t’appelles B. comment?

Miss Swing ne connaît pas son nom de famille. Je ne sais pas à quel âge les enfants sont susceptibles de donner leur nom entier mais ce n’est pas demain la veille pour nous. Elle ne répond pas à la question « Comment tu t’appelles? », elle parle beaucoup mais répond rarement aux questions, surtout si c’est en public, encore plus si elle peut nous faire honte. Ma fille est une sacrée tête de mule mais c’est une autre histoire…

Dans son billet d’hier, Marine évoquait ce choix, ce difficile choix, peut-être le premier vrai choix à faire à deux qui nécessite moult argumentations : le choix du prénom. S’il y en a un autre qui se fait souvent naturellement, c’est plutôt le choix du nom de famille.

En France, comme au Canada et dans de nombreux pays, le nom du père a longtemps été plus qu’une légitimité : une légalité. L’enfant prendra le nom du père, point. Et puis l’évolution de la société a joué son rôle et le nom de la mère est devenue une option.

Pour moi,  et cela ne concerne que mon ressenti, on en est resté là. Dans les mentalités, le nom de la mère reste une option. Pourquoi ? Parce que la coutume a la vie dure et la carapace solide. Parce que les administrations jouent admirablement leur rôle en termes de destruction de l’équilibre chèrement acquis, il suffit de lire le témoignage de LMO pour s’en rendre compte. Mais aussi parce que, nous tous, nous nous sommes habitués à ce que ce soit « le nom du père ». « Vous êtes Monsieur Martin, le papa de Jean Martin? ». C’est l’évidence même.

Notre cas le prouve. Notre fille, et bientôt son frère ou sa soeur, porte mon nom, puis celui de son père. Elle porte nos deux noms, mais le mien en premier. Aucune vélléité féministe, j’ai laissé libre choix au papa quant à l’ordre des noms ou même d’ailleurs, quant au fait de donner seulement l’un des deux, car vraiment la question m’indifférait. Mais il a fait ce choix là, dans ce sens là, entre autres pour une facilité de prononciation.

Seulement voilà : aussitôt décidé, aussitôt rebaptisé! Mon conjoint a gagné le droit de s’appeler Monsieur N., comme moi. Cocasserie : il est ainsi renommé comme mon frère, dont il partage le prénom. Exemple : le médecin demande le nom de notre fille, puis remplit les cases père et mère. Il sait que les noms sont différents puisque le nom de notre fille est double et que de surcroît au Canada la femme ne porte pas le nom du mari (et vice versa), mais il commence toujours pas remplir la case père avec le premier nom. Puis c’est logique non?

Dans la vie, nous avons beaucoup d’automatismes. Malgré toutes mes bonnes résolutions progressistes, je continue à chercher les femmes mariées au nom de leur mari, une habitude que j’apprends à perdre puisqu’elle n’a pas lieu d’être ici. Au même titre que j’apprends chaque jour à ne pas supposer que l’ami de mon enfant a forcément un papa et une maman, ou que cette dame qui vient le chercher à la garderie est forcément sa mère (alors que c’est sa belle-mère, une situation très courante aujourd’hui). Mais il est dur de repartir l’esprit vierge de toute supposition et de toutes habitudes.

À noter qu’au Québec, on peut donner le nom du père, le nom de la la mère, les deux, dans un sens, dans l’autre, et changer pour l’enfant suivant. Oui, oui. Notre deuxième pourrait donc porter nos noms dans le sens inverse. Bonjour les complications!

-Lexie Swing-