L’Indien n’est pas un costume d’Halloween

Lorsque j’étais petite fille, l’Halloween n’était pas encore très courant en France. Lorsque nous nous déguisions, c’était pour Mardi Gras, une fête catholique située juste avant le Carême. Un défilé avait lieu, on mangeait des choses grasses comme des bugnes (ça n’a pas la même forme que des beignes mais c’est gras pareil) ou plus sucrées comme des crêpes, on allait à la vogue et on était heureux.
J’avais les cheveux longs, j’avais le visage fin, je portais bien les nattes, j’étais faite pour être déguisée comme les Indiennes des contes. On m’affublait d’un ruban et de plumes, et d’une robe à franges en suédine. Je me plaisais dans le miroir, c’était un joli déguisement.

On en trouve encore, des déguisements comme ça, dans les rayons des boutiques françaises. Ils sont toujours aussi mignons, mais même si je magasine volontiers dans ces boutiques-là pour l’Halloween, le costume d’Indienne n’est plus sur ma liste. La vision de l’Indienne telle qu’elle est perçue en France n’a rien à voir avec la façon dont est perçue la culture autochtone. Car la femme autochtone n’est pas un personnage. Ce n’est pas le Rocky de Paw Patrol, ce n’est pas le Mario de Mario Kart. Ce n’est pas une pompière, ce n’est pas un M&M’s. Ce n’est ni une job, ni un objet, ni un personnage de dessin animé, ni même un personnage célèbre. C’est une culture et une communauté plurielles. Ce sont des coutumes. Ce sont des langues. Ce sont des personnes auxquelles il serait doux de s’identifier si leur culture n’avait pas été tant (re)niée dans l’Histoire et à l’époque actuelle.

Aussi, et ce n’est pas moi mais une étudiante de Winnipeg qui le disait l’an dernier, ces costumes – car oui il s’en vend aussi au Canada – donnent une image non seulement fausse, mais également très figée de la culture autochtone, une image très datée en réalité. Un professeur du Manitoba, interrogé dans le même article, déplorait même que les Autochtones soient perçus, à travers ces déguisements, comme des « sauvages exotiques ».

Tous, cependant, ne sont pas d’accord avec cette vision des choses. Dans un second article daté également de l’an dernier et paru dans La Presse, on aborde la notion de tabou et d’hypersensibilité, on y insère les mots censure et liberté d’expression, déplorant qu’au nom du politiquement correct, on ne puisse plus se déguiser en Indienne, ou en Geisha, en Chinoise, en Mexicain portant cigare et sombrero ou même en Noir.

Pourtant, cela va – et c’est seulement mon opinion – au delà de la liberté d’expression, c’est prioritaire sur la notion de droit ou de censure, c’est une question de respect. Et c’est la raison pour laquelle ce n’est pas un problème d’être déguisée en Petite Indienne en France, et que ça l’est au Québec. Le poids de l’Histoire, la place d’une communauté dans une société, devrait primer sur le droit de porter n’importe quel déguisement à l’Halloween. La Petite Indienne en France est un personnage de livre, une héroïne de dessin animé. La communauté à laquelle un tel déguisement ferait référence ici au Québec se doit d’avoir le respect de son peuple, les Canadiens. Tout comme n’importe quelle communauté, a fortiori si elle est ou a été discriminée.

Et non, contrairement au parallèle émis dans l’article mentionné ci-dessus, je ne pense pas que cela puisse être mis sur le même plan qu’un déguisement de Flamenco ou de French Cancan. Ni même de Geisha. Et celui qui crie au loup revient à dire que les Françaises dansent toutes le French Cancan, et que les Espagnoles maîtrisent toutes le Flamenco. Pour avoir du sang des deux peuples, je vous confirme que l’on peut être aussi peu douée dans l’un ET dans l’autre.

Alors exit le déguisement de Petite Indienne, nous avons misé sur du solide, du doux, du pelucheux cette année. En bons végés, amis des bêtes, nous avons voté pour la ménagerie. Cette année nous avons donc l’ex chat, devenu souris (une reconversion) et le petit cheval déguisé en chat (des oreilles qui trainaient par là).

Et vous, quels déguisements avez-vous ressorti des placards? Et pensez-vous que l’on devrait pouvoir tout porter?

-Lexie Swing-

Connaissez-vous la région de Charlevoix?

Entre Charlevoix et nous, c’est une histoire d’amour. On a longtemps cru que c’était le nom d’une ville, on voulait « aller à Charlevoix », mais nous avons dû nous rendre à l’évidence : Charlevoix, c’est plus que ça. C’est une région, un ensemble. Des parcs naturels avec des vues à couper le souffle, le Saint-Laurent, les jolies villes qui bordent le chemin, le petit train qui remonte le long du fleuve, entre Québec et la Malbaie. C’est le terroir, la tradition, les élevages d’animaux (même de lamas!), les fromageries…

Nous revenons de Charlevoix. Mon chum a encore dressé des plans, arpenté des terrains et visionné des maisons, j’ai encore retenu mon souffle face au mouvement de l’eau tantôt apaisée, tantôt agitée. Il a fait 25 degrés et de la pluie battante dans la même journée. Et puis orage, le soir venu…

Allez faire un tour, à Charlevoix… Pour deux jours, pour une étape, pour une semaine. Donnez-vous cette chance, c’est une région magnifique.

-Lexie Swing-

Crédit photos : Lexie Swing

 

Quand l’anglais bloque…

Au Québec, à Montréal du moins, tout le monde parle peu ou prou anglais. Au moins un peu. Contrairement à la France, il est rare de commencer une phrase par «Hey, can I ask you…» et de se retrouver face à une personne montrant une incompréhension totale. Suivant le niveau de la conversation, il est possible que l’on vous réponde en français, mais la compréhension orale est bonne. Le quotidien, les publicités, la radio, la télévision et le reste ont largement contribué à cet état de fait.

Alors quand on arrive au Québec, on réalise vite qu’il va falloir maîtriser aussi l’anglais, au moins un petit peu. Lorsque l’on travaille dans les services, ou en contact avec la clientèle, il est (selon moi) indispensable d’être capable d’interagir dans les deux langues, dans le cadre d’une conversation basique au moins. Et surtout, surtout, d’être capable de comprendre son interlocuteur.

Travaillant pour un média francophone, j’ai passé les trois premières années dans un confortable déni de mon piètre niveau. Je m’y suis trouvée confrontée, à de rares moments, lors d’entrevues avec des anglophones, mais la honte du moment était vite oubliée.

Peu à peu, parce que l’on reprenait et synthétisait des articles de médias anglophones, ma compréhension s’est améliorée. Reste que je me retrouvais incapable d’aligner deux mots.

J’ai pourtant passé quelques mois en Irlande, mois dont je suis revenue avec un anglais courant, à défaut d’être fluent. Mais face à la concurrence environnante, et cette aisance à changer de langue au fil d’une même conversation, ma capacité à m’exprimer en anglais s’est comme atrophiée. Je me suis mise à bafouiller, à dire des do quand il fallait dire does, et des is quand j’aurais dû dire was. Mon accent, qui de façon surprenante était relativement correct pour une Française; mon accent est devenu indéchiffrable, incompréhensible. Un yaourt semblait habiter ma bouche. Une patate brûlante.

J’ai changé de travail et j’ai commencé à devoir échanger avec des Anglophones. À l’écrit, à l’oral. Au fil des réunions, ma compréhension devenait quasiment parfaite. Mais lorsqu’il s’agissait de s’exprimer, m’agrippant au principe de la province francophone, je me rabattais sur le français. Toujours. Si je devais écrire un courriel en anglais, je vérifiais la moitié des mots sur Linguee et ne mettait personne en CC.

Et puis un beau jour on m’a proposé des cours d’anglais. Pas parce que mon niveau était atroce mais parce que cela se faisait, dans mon entreprise. Je me suis donc retrouvée face à elle, ma prof. Une Anglophone de Montréal au rire sans fin et au verbe pointu. Une fille passionnante, avec qui j’ai commencé à échanger sur toutes sortes de sujets, faisant fi de cette langue que je ne maîtrisais plus.

Quand elle m’a demandé «Que souhaites-tu retirer de ce cours, pour quelle raison es-tu là?», j’ai mentionné mon envie de dépasser mes peurs. Peu importait que je fasse des fautes, je voulais être capable de parler, juste ça, parler.

Trois heures par semaine ont eu raison de mes appréhensions. Tout à coup le barrage a lâché. Tout à coup ma parole s’est libérée. J’ai cessé de tout regarder sur Linguee. Je me suis fait confiance, puisqu’elle semblait me comprendre.

Trois semaines après mes débuts, mon accent était revenu, normal, habituel. Pas parfait mais compréhensible. Et pour la première fois, cette semaine, j’ai mis une collègue en CC. Sans relire dix fois. Juste comme ça. Parce que maintenant je sais, je suis capable, et demain sûrement je saurais encore mieux.

Ce que je fais pour améliorer mon anglais au quotidien:

  • Je lis de la chick-lit. Je sens que là je vous fais rêver… Je suis incapable de lire Bridget Jones et autres comédies romantiques du genre, sauf en anglais! En anglais je n’ai pas conscience du style, ni de l’incohérence de l’histoire. Les histoires sont gentillettes. Parfaites pour lire sans se prendre la tête en butant sur les mots. S’il y en a un que je ne saisis pas, ce n’est pas grave, ça ne devrait pas me faire perdre le fil de l’histoire… Dans le même genre, une amie m’a confiée avoir lu Fifty Shades of Grey dans la langue de Shakespeare. Et puis c’est facile, martinet se dit martinet, en anglais.
  • Je parcours des articles. Je lis Courrier International depuis des années… La distance fait que, désormais, je le lis en priorité sur Internet. Alors quand la version originale est anglophone, je n’hésite plus, je me plonge dans l’article en VO. Et si à la fin j’ai un doute de compréhension, je peux toujours relire la traduction de Courrier International, histoire de…
  • Netfliiiix. A notre arrivée au Canada, nous avons dédaigné la télévision pour investir dans ce qui n’existait alors pas en France : Netflix. Si j’imagine que dans l’Hexagone les films et séries proposés sont traduits en français, il n’en est pas de même ici. Certains sous-titres sont parfois disponibles, mais pas partout, et pas tout le temps. Et puis on s’habitue vite à la vraie voix de Chandler ou de Monica (vous vous rappelez lorsque le doublage changeait soudainement au milieu d’une saison? Affreux!). Désormais, on ne cherche plus. On écoute les films en anglais, sous-titrés en anglais au besoin. Et on imaginerait plus les regarder autrement!
  • J’écoute des podcasts! C’est assez récent, ça a commencé lorsque J. a abordé le sujet de ses podcasts préférés sur son blogue. J’ai notamment commencé à écouter « Terrible, thanks for asking« . Nira McInerny a une histoire difficile mais une voix incroyable. J’adore l’entendre. Plus récemment, je me suis lancée dans « Stuff Mum Never Told You« , un podcast animé par deux Américaines et qui traite de sujets sur les femmes / le féminisme. Je les écoute pendant ma pause lunch au boulot ou dans le train. Je sais que J. écoute plutôt lorsqu’elle marche dans la rue. Chacun ses habitudes, l’important est d’habituer son oreille et d’entrainer sa compréhension orale!

Et vous, parlez-vous bien anglais? Au boulot? Dans la vie de tous les jours? Comment faites-vous pour vous entraîner?

-Lexie Swing-

 

Immigrer au Canada en dix questions 

Il y a quelques jours, je fêtais mon 4e anniversaire au Québec en surveillant la mouette qui lorgnait sur ma quiche aux champignons. Elle et moi marchions le long du quai, à l’extrémité du Parc Jean-Drapeau, et je faisais face à la skyline de Montréal, comme 7 ans auparavant, lors de nos premières vacances. Cette immigration et les questions qui s’y rattachent feront, je pense, toujours partie de nos vies. J’ai pour preuve cette connaissance, Française immigrée au Québec depuis 25 ans, à qui l’on pose tous les jours une question en rapport. L’accent fait toujours office d’allumette au feu des questionnements.

Je ne suis pas contre. Les questions sont généralement bienveillantes. Mais d’autres, peut-être, se les posent aussi. Voici dix questions que l’on me pose souvent, une fois mon accent identifié. Pas les dix d’un coup, il n’y a guère que moi qui sois capable de noyer quelqu’un sous un tel flot en l’espace de quelques minutes (#monfreremappellelaGestapo).

1) Mais… pourquoi?

C’est peut-être la question la moins facile. Pourquoi es-tu là? Ton pays est si beau, on y mange si bien, tu as la Sécu, qu’es-tu venue faire ici?

En fait, il y a huit ans, nous avions envie d’aventures. J’avais vécu en Irlande, mon chum avait vécu en Suisse, être étrangers quelque part était une façon de vivre qui nous séduisait. Nous pensions demander un PVT et puis certaines circonstances nous ont contraints à repousser le projet. Un an plus tard, nous nous envolions pour des vacances méritées au Canada. Le coup de foudre! Nous avons réfléchi au projet… jusqu’en 2011! En septembre, j’ai obtenu un contrat de deux ans au fin fond de la France, seul moyen pour décrocher un boulot dans ma branche. Mon chum, lui, commença bientôt à conjuguer boulot alimentaire et job de passion indépendante. Deux ans de contrat, deux ans parfait pour donner le coup d’envoi au projet «Résidence Permanente – Destination Québec». Ce qui nous poussait : l’envie d’ailleurs toujours, doublée d’une difficulté à trouver un travail dans nos branches (Paris exclu) et un climat social délétère (ce serait bientôt la Manif pour tous, rappelez-vous). Quelques problèmes de carte bancaire, de CSQ perdu par la poste et un bébé plus tard, le sésame a été délivré un matin de juillet. Le 25 août 2013, je m’envolais pour le Québec avec Air Transat, mon bébé arrimé dans le dos et mon chien enfermé dans une caisse immense.

2) C’est pas difficile de tout recommencer?

Si! Mais on est porté par l’euphorie du projet. Cependant, je n’aurais pas le goût de recommencer là, maintenant. J’admire pour ça les gens qui immigrent de nouveau dans un autre pays, ou bien qui retournent en France, car la simple pensée de devoir recommencer des démarches entières ou de refaire des cartons me donne de l’urticaire. Mais quand on part, la première fois, c’est magnifique : on fait le tri dans sa vie, dans ses choses, on fait le point sur son existence, on abandonne des gens, des affaires précieuses, des lieux chargés de mémoire, mais on se sent libres comme jamais auparavant. On écrit un nouveau chapitre, et même un nouveau tome. C’est exaltant, magique… Le genre d’émotions qu’on devrait tous pouvoir vivre une fois dans sa vie.

3) La France ne te manque pas?

Non. Enfin si. Mais pas ce que tu crois. Ma famille me manque, mes amis me manquent. La nourriture non, les paysages pas tant. Le plus difficile pour moi est de ne pas pouvoir être dans la spontanéité avec mes proches. Plus question de faire la surprise à mon père de le retrouver pour un lunch le jour de son anniversaire, plus de café «je prends ma pause je reviens dans cinq (20) minutes» avec ma mère, à côté de mon boulot, plus beaucoup d’amis qui passent dans le coin et restent pour souper. Impossible d’accorder plus de trois heures à nos amis lors de nos retours en France et l’essentiel doit être dit dans ce laps de temps. Ils me manquent, c’est évident. C’est triste, tout un pan de vie laissé derrière soi. Mais je ne pourrais revenir en arrière. La vie gagnée ici est une véritable pierre précieuse, une émeraude magnifique. Elle est un peu croche à cause de mes proches qui me manquent, mais elle luit de mille feux.

4) Tu as eu un bébé en France, l’autre au Québec, tu as préféré quoi?

Voyons voir… J’ai adoré, en France, être suivie par une sage-femme, et mon accouchement à Toulouse, à Estaing, était au-delà de toutes mes espérances. J’avais détesté par contre mon début de suivi avec une gynéco et j’ai trouvé le temps long – 4 jours – à l’hôpital. Mon suivi au Québec était moindre. J’ai fait trois échos, même si une seulement était obligatoire. Et j’ai trouvé la deuxième écho expéditive. Si je n’avais pas eu d’autres échos, et si en plus ça avait été mon premier bébé, je pense que j’aurais été affreusement déçue. J’ai beaucoup aimé mon accouchement, la gentillesse du personnel malgré la taille de l’hôpital, la sympathie du médecin. J’ai adoré pouvoir sortir au bout de 36h.

5) C’est quoi ton plat préféré au Canada/ tu me conseilles quoi?

La tarte au sucre et le pouding chômeur. Je ne suis pas une grande fan du sirop d’érable. J’aime, j’adore dans les vinaigrettes même, mais je n’en mets jamais sur les crêpes par exemple. Mais alors le sucre à la crème et autres préparations du genre… C’est bien simple : j’ai goûté une fois les mini-tartelettes au sucre d’un endroit proche de mon ancien boulot… et j’y suis retournée tous les jours, à la saison des sucres suivante, pour savoir quand ils allaient se décider enfin à en refaire! (C’est mon petit côté harceleuse qui ressort… ou la dépendance au sucre)

6) Mais comment t’as fait pour amener ton énorme chien?

Rien de plus simple! Je l’ai fait vacciner, y compris contre la rage. J’ai acheté une cage aux normes IATA, assez grande pour qu’il puisse se tourner. Je l’ai mis dedans (mais seulement une fois à l’aéroport). Je l’ai donné au gentil monsieur qui l’a déposé sur le tapis roulant. Je l’ai retrouvé 7h plus tard la queue entre les pattes, au milieu des bagages hors-dimension et je l’ai chargé comme j’ai pu sur un chariot. J’ai payé une taxe de 30 dollars environ pour son arrivée, si ma mémoire est bonne, et il a pu entrer au Canada. Le plus difficile a été de trouver un appartement qui acceptait les chiens (mais pas si difficile dans certains quartiers comme NDG).

7) Comment sont vus les enfants au Québec?

Ils sont les rois! Ils ont généralement des sets à colorier au resto, et des crayons à disposition. Il y a des tables à langer dans de nombreux toilettes de restaurants, parfois côté homme et côté femme, parfois en mixte, dans les toilettes pour personnes handicapées. Il y a beaucoup d’initiatives à leur attention dans les villes, des spectacles, des activités. Je ne peux pas encore parler de l’école mais j’ai le sentiment qu’ils sont globalement acceptés dans leur individualité. Il n’est pas rare d’être arrêté dans la rue par quelqu’un qui veut te parler de tes enfants, parler à tes enfants, te donner un coup de main avec tes enfants (porter ta poussette dans l’escalier). Il fait bon être un enfant au Canada (et être un parent aussi, de fait).

8) Tu rentres tous les combien, en France?

Deux ans environ. On est rentré tous les 12 à 18 mois, mais notre prochain retour se fera seulement dans deux ans. Rentrer correspond à un budget vacances normal, et nous avons envie d’allouer ce budget à d’autres destinations que la France, maintenant que les filles grandissent. Notre prochaine destination devrait donc être les Îles-de-la-Madeleine, l’été prochain.

9) C’est pas difficile de se faire soigner au Québec? La Sécu ne te manque pas?

Avec les années, on oublie un peu ce qu’il est possible de faire ou non en France, notamment au niveau de la Sécurité sociale. La prise en charge y est meilleure, voir certains spécialistes est plus rapide et les hôpitaux, pour certaines choses, sont plus rassurants. Le temps d’attente aux urgences est également moins long, je crois. Mais, sans comparer, voici ce que je peux dire : nous avons eu un médecin de famille très tôt après notre arrivée au Québec, ce qui est plutôt rare. C’est le même médecin que mes filles, et elle s’est proposée pour nous prendre en plus de nos filles. Les enfants trouvent généralement très facilement un médecin, et ils sont prioritaires en bas de 5 ans.

Nous avons fait une demande pour changer de médecin car depuis notre déménagement, nous sommes à une distance trop importante pour nous y rendre. Heureusement, elle nous donne parfois des conseils par courriel, mais nous avons sauté beaucoup de rendez-vous de suivi de notre fille en raison de cet éloignement. Nous sommes désormais sur les listes du Guichet d’accès pour la clientèle orpheline.

Lorsque nous sommes malades, nous allons au «sans rendez-vous». A Montréal, il est courant de se présenter puis d’attendre pour voir le médecin, mais sur la Rive-Sud, la politique est plutôt d’appeler la veille au soir et de réserver une place pour le lendemain matin.

Côté urgences, le service est bon au Children’s pour les enfants. On y est allé 5 fois je crois en 4 ans. Les cas urgents ont été pris de suite et très bien soignés. Pour nous adultes, c’est plus compliqué. Nous avons renoncé une fois car le temps d’attente était trop important. Par contre, une autre fois, mon conjoint a été pris rapidement après que le médecin du sans rendez-vous a appelé l’hôpital pour prévenir de l’urgence de la situation… Il y a du bon, comme du mauvais. Le système aura besoin d’être amélioré, c’est certain. Mais en tant que nouvel arrivant, l’important est surtout d’arriver à le décoder. Repérer quelques adresses, glaner des noms de médecins, afin de s’enlever ce stress particulier qu’est une santé mal encadrée.

10) Pis tu vas rester?

Oui, c’est le plan A. Ce n’est pas gravé dans le marbre, aucune trace indélébile, mais cœurs et raisons nous donnent le goût de rester. Nous sommes heureux, la vie se construit, nos enfants grandissent ici, ils ont de bonnes perspectives d’avenir et avec un peu de chance, nous pourrions obtenir la citoyenneté en 2018 ou 2019. Ma personnalité fait que, à chaque nouvel appartement, maison et ville où nous avons vécus, je m’empressais de parler de la prochaine destination, je ne défaisais jamais vraiment les cartons. Lorsque je suis arrivée au Québec, j’ai su très vite que je ne voulais plus repartir. Et mon envie s’est encore plus concrétisée quand nous avons emménagé à Saint-Bruno. J’aime où je suis, ce que je vis. Je ne voudrais plus bouger d’un iota.

 

– Lexie Swing –

Le temps des fêtes 

Août est un mois chargé en célébrations chez nous. Outre le fait que mes neveux sont nés ce mois-ci, ainsi qu’une petite fille qui m’est très proche, nous enchaînons également en quelques jours notre anniversaire de rencontre, celui de l’arrivée de mon amoureux au Canada, l’anniversaire de naissance de notre cadette, ainsi que celui de l’arrivée de ma grande, du chien et de moi-même dans notre patrie d’adoption.
Août est un beau mois, il nous réussit certainement. Depuis dix ans désormais, nous célébrons donc chaque année notre rencontre, du moins nos retrouvailles si l’on tient compte du fait que l’on se connaît depuis l’adolescence. Nous avons tenté de nous souvenir de chacun de nos anniversaires, puisque nous les fêtons, mais sans succès! Il y a comme un creux aux alentours des années 2011 et 2012, une incertitude. Quand avez-nous mangé dans ce restaurant sur Saint-Laurent? Est-ce pour notre anniversaire que l’on s’est offert ce voyage? Impossible d’avoir la timeline parfaite. Le temps a fait son œuvre et effacé nos repères, à défaut de notre sentiment d’avoir, malgré tout, réussi. Puisque cela fait dix ans et que l’on débat toujours avec autant de plaisirs, que l’on rit, que l’on échange, et que l’on se choisirait encore certainement, pour une première danse. Bien sûr, les défauts sont devenus plus pesants, et l’habitude a parfois pris le pas sur le plaisir de la découverte. Le fait d’avoir des enfants a fait naître aussi, l’envie plus pressante d’être seul(e). Chez soi, et surtout dans sa tête. Quand les enfants se taisent, on n’a plus autant envie qu’autrefois de relancer une discussion et l’on apprécie la quiétude du silence, fut-il partagé à deux. Mais on a appris aussi à nommer cette évidence, à souligner les incohérences, souvent au prix d’éclats de voix, histoire d’éviter d’autres éclats, au niveau du cœur. Et c’est ça aussi, dix ans. L’âge de sagesse (bientôt la préadolescence! À nous les emportements hormonaux, les boutons pis les cellulaires au forfait bloqué!)

4 ans également passés ici, au Québec. 4 ans de rebondissements, de changements, de joie, de tristesse aussi, mais 4 ans passés dans la plus complète certitude : ici, c’est chez nous. Le Canada n’est pas un eldorado mais il est indubitablement notre petit paradis terrestre. Ses gens bien sûr, mais aussi ses perspectives, sa beauté inégalable, sa richesse, ses surprises, ses associations alimentaires, ses initiatives à destination des enfants et la manière dont la famille est valorisée, sa tolérance, son climat lunatique, sa faune étonnante, et surtout ce sentiment qu’il me procure de n’être jamais complètement arrivé chez moi. Comme si ma vie, depuis 4 ans, était un perpétuel voyage en terre inconnue.

Et puis deux ans d’elle, mon amour. Deux ans que tu ris aux éclats, que tu grimaces, que tu nous enchante. Un an bientôt que tu marches, que tu grimpes, que tu cours, que tu sautes, que tu grimpes encore, et toujours plus haut, que tu fais la sourde oreille, que tu fais des câlins, que tu parles désormais, que tu chantes «Maman les p’tits bateaux» même si tu ne te rappelles jamais de la partie avec le gros nigaud. Tu es mon soleil E. Je t’aime tellement.

-Lexie Swing-

 

 

 

 

Enthousiasme et sportivité : mon Canada

C’était un rainy sunny day. Un de ces jours typiquement irlandais comme l’été québécois en est ponctué cette année. J’étais arrivée sous un soleil brûlant, regrettant déjà la crème solaire oubliée dans la voiture. La nourriture tout juste sortie des frigos, l’orage a tonné, sonnant le glas du temps d’été et de l’insouciance. Lire la suite

« J’ai changé de job » : 6 mois déjà!

Il y a six mois je vous annonçais mon grand changement de l’année 2016 (in extremis) : je changeais de job. De journaliste, métier visé depuis l’adolescence, je suis devenue… Je suis devenue quoi au fait?

Je suis devenue coordonnatrice. Ce qui est cool, avec un titre pareil, c’est qu’il veut tout dire. On lui accole toutes les prérogatives, et toutes les possibilités. Il y a des adjointes administratives qui sont des coordonnatrices, il y a des gestionnaires qui ont des titres de coordonnatrices. Et moi… et bien moi je suis un peu au milieu de tout ça. J’ai un poste pivot, un poste transit, je fais de l’administratif, j’ai une responsable à laquelle je me réfère, je coordonne de l’événementiel et soumet mes recherches à des comités. Je suis les discussions en témoin discret, en CC dans les courriels, en adjointe de réunion. Je documente, je garde, je garde tout. Dans un coin dans ma tête, dans mes cartables/classeurs par milliers. Je synthétise des informations, je dresse des bilans, j’accueille des gens, je pose des questions et anime en duo des tables rondes.

Je suis un membre d’équipe, ce que j’ai toujours ardemment souhaité. Je suis un personnage de l’ombre, comme je l’ai longtemps voulu. Je suis une personne référence, et ça me donne un petit quelque chose au quotidien.

Cela fait six mois. Pas une journée n’a été la même, pas une semaine n’a ressemblé à une autre. Je mesure aussi ma chance. Ce changement, sans expérience. Cette confiance, basée sur mes seules compétences et ma seule envie, n’aurait pas été possible ailleurs, en tout cas pas si facilement. Je suis venue au Canada aussi pour ça, et je suis rassurée de savoir que l’oasis au loin n’était pas qu’un mirage.

Je suis enfin revenue sur mes rails.

-Lexie Swing-